Les Islandois sont cachez comme des blereaux dans ces maisons, où ils vivent au delà de cent ans, & ne se servent ni de Medecins, ni de medecines.
XXVIII. Il n'y a dans toute l'Islande que deux vilages, aux deux Eveschez, de Hole, & de Schalholt; dont le plus grand, qui est celuy de Hole, ne consiste qu'en fort peu de maisons contiguës. Et comme il n'y a ni viles, ni vilages dans l'Islande, il n'y a point de grâns chemins. Ce qui oblige ceux qui voyagent dans cete Isle, à se servir de boussoles, pour aler d'une Province à l'autre, & à planter des balises aux endroits où il y a des goufres de nege, & où l'on tomberoit, si l'on n'y metoit ces marques. Les Islandois n'habitent d'ordinaire, que sur les rivages de la mer, ou prés des rivieres, à-cause de la pesche, & des pasturages, & le milieu de l'Isle est comme desert. Il y a un Colege à Hole, où les enfans estudient jusques à la Retorique, & vienent à Copenhague, faire leur cours de Filosofie, & de Teologie. Il y a une Imprimerie, où depuis peu l'on a imprimé le vieux Testamànt, traduit en Islandois. Le nouveau n'est pas achevé, faute de papier; apres lequel il y a long temps que les Imprimeurs crient, mais ils crient de si loin, qu'on ne les entànd point.
XXIX. L'Evesché de Hole a esté pourveu de grâns Evesques, dont le Catalogue est escrit, dans la Crimogée d'Angrimus Jonas. Et entre autres, du dernier mort Gundebrand de Torlac, que j'ay cy-dessus màntionné, homme de grand savoir, & de grande probité. Angrimus Jonas a esté son Coadjuteur, & a refusé l'Evesché qu'il devoit avoir apres la mort de Gundebrand, & que le Roy de Danemark luy vouloit donner. Il a prié le Roy de l'en dispànser, tant pour se retirer de l'envie, que pour vaquer à ses estudes avec plus de repos. Le bon homme est vivant. Le Docteur Vormius son bon amy, m'a assuré qu'il a plus de quatre-vints dix ans: Et m'a dit de plus, qu'il n'y a que quatre ans qu'il s'est remarié avec une jeune fille. Il est savant, & fort homme de bien, en grande estime parmy tous les doctes, & tous les curieux de la contrée du Nort; & le sera de tous ceux qui le connoitront, par les beaux livres qu'il a faits.
XXX. J'obmetois de vous dire une particularité de l'Esprit des Islandois, qui n'est pas à mespriser. C'est qu'ils sont tous joüeurs d'eschets, & qu'il n'est point de si chetif païsan en Islande, qui n'ait chez luy son jeu d'eschets, faits de sa main, & d'os de poisson, taillé à la pointe de son couteau. La diferànce qu'il y a de leurs pieces aux nôtres, est, que nos Fous sont des Evesques parmy eux; & qu'ils tienent que les Eclesiastiques doivent estre prés de la personne des Rois. Leurs Rocs sont de petits Capitaines, que les Escoliers Islandois qui sont icy, apelent Centuriones. Ils sont represàntez, l'espée au costé, les joües enflées, & sonnant du Cor, qu'ils tienent des deux mains. J'aurois à vous faire un long discours sur le sujet des Cors, que les Capitaines du Nort portoient à la guerre, pareils à celuy de nostre Roland: Et pour pràndre la chose de plus haut, tel qu'estoit le Cor, ou la Trompete de Misene, de qui Virgile a dit; Hectoris hic magni fuerat comes. Où l'on voit un Trompete camarade d'Hector. C'est de là sans doute, que les Trompetes Alemans, & de toutes ces contrées, ne passent pas pour valets, comme ils font ordinairement en France; mais pour oficiers des compagnies où ils servent. Je reserve de vous en parler à une autre ocasion. Reprenons le discours de nos Eschets.
XXXI. Ce jeu n'est pas seulement ancien, & commun, chez les Islandois, mais dans tous les païs du Nort. La Cronique de Norvege raporte, que le Geant Drofon, qui avoit nourry Heralde le Chevelu, tout ainsi que Chiron avoit nourry Achile, ayant oüy parler des grâns exploits que faisoit son Nourrisson, estant Roy de Norvege, luy envoya des presâns de grand prix: Et entr'autres, la Cronique fait màntion d'un jeu d'eschets, tres riche, & tres beau. Ce Heralde regnoit environ l'an de Grace, 870. Et si Encolpe dans Petrone, a eu la curiosité d'escrire, qu'il avoit veu joüer Trimalcion aux dames, sur un Tablier de Terebinte & de Cristal, avec des dames d'or & d'argent: Je vous diray que j'ay eu l'honneur de joüer aux Eschets avec Madame la Contesse Eleonor, fille du Roy de Danemark, & fàme de Monsieur le Conte Wlfeld, Grand Maitre, & premier Ministre du Royaume, sur un Tablier d'Ambre blanc & jaune, avec des pieces d'or, esmaillées de mesmes couleurs que le Tablier, & tres curieusement travaillées. Les Rois & les Reines, sont assis sur des Trônes, avec le Manteau Royal, la Couronne en teste, & le Septre à la main. Les Evesques sont richement mitrez. Les Chevaliers sont montez sur des chevaux bien faits, & bien harnachez. Les Rocs, sont des Elefans sur lesquels il y a des Tours. Et les Pions sont de petits Mousquetaires qui ont couché en joüe, & qui sàmblent atàndre le commàndemànt pour tirer.
XXXII. Je vous ay dit, que la langue des Islandois est fondée sur l'anciene langue Runique. Le Docteur Vormius, qui entànd ce Runique, & qui en a fait un livre, m'a asseuré que l'Islandois est le plus pur Runique que nous ayons. Pour preuve de cela, les caracteres Islandois dont Blefkenius a donné un Alfabet dans sa Relation, sont Runiques: Et le mesme dit, que parmy ces caracteres, il y en a d'hyeroglifiques, qui signifient des mots entiers. Le bon homme Angrimus s'est estàndu sur ce chapitre dans sa Crimogée. Et parce que ce livre est fort rare en ce païs, & qu'il l'est sans doute au lieu où vous estes; vous aurez agreable que je vous entretiene de la lecture que j'en ay faite: Car en vous descouvrant l'antiquité de la langue Islandoise, elle nous donne une grande connoissance des antiquitez du Nort.
XXXIII. Angrimus dit, que les Annales d'Islande, qui parlent des premiers habitans du monde Arctique, les font venir d'un Prince Asiatique, nommé Odin, que d'autres ont dit Ottin; lequel poussé par les armées Romaines, que Pompée commàndoit dans la Frigie mineure, prit la route du Nort, & se vint ràndre en ces quartiers, avec des troupes Frigienes qui le suivirent. Et le bon Angrimus avoüe, que l'epoque de ses Annales Islandiques, ne s'estànd pas plus avant que d'Odin. Il assure neanmoins, que beaucoup d'autres peuples du Nort, en ont de plus ancienes: & que leurs Histoires font màntion d'un Prince apelé Norus, qui donna les premieres loix à la Norvege, & l'erigea en Royaume. Que Norus estoit fils de Thorré, Roy de Gotland, & de Finland, le plus grand, le plus vertueux, & le plus excellànt Prince de son siecle. Que ses peuples l'adorerent comme un Dieu apres sa mort. Que la Norvege apela le mois de Janvier, Thorré, de son nom. Et que ce nom est ancore aujourd'huy retenu dans l'Islande. Que le Roy Thorré eut une fille d'une grande beauté, nommée Goa, qui fut enlevée par un Prince estranger. Que son frere Norus courut apres le ravisseur. Et que le mois suivant celuy de Janvier fut nommé, Goa; qui est le mesme nom dont se servent ancore aujourd'huy les Islandois, pour le mois de Février. Angrimus fait en suite une carte genealogique des predecesseurs de Norus, qui ont esté mis par les peuples du Nort au nombre des Dieux, qui de la mer, qui des vàns, qui de la nege, qui du froid; Et d'un entr'autres qu'ils adorerent sous le nom de Dieu du feu, qui n'estoit pas mal fait, & boiteux comme le Vulcan des Grecs, mais le mieux formé, & le plus beau de tous les hommes; qu'ils apelerent pour sa grande beauté, Halogie; c'est à dire grande & bele flame. La genealogie dessànd jusques à un neveu de Norus, apelé Gilve: Auquel temps, dit la Cronique, le grand Odin Asiatique entra dans le Nort.
XXXIV. Cete diversité d'Annales a obligé Angrimus d'aler ancore plus avant, que ces premiers Rois de Norvege: Et de raporter l'origine des peuples du Septàntrion aux anciens Geans Cananeens, que Josué chassa de la terre promise, & qui vindrent peupler cete contrée, de Geans, tels qu'ont esté les premiers habitans du Monde Arctique, & d'où l'on croit que sont derivez les premiers Gots, qui signifient, Geans. Or, Monsieur, il ne sera pas hors de propos, que je vous die deux mots en cét endroit, & de ce grand Odin Asiatique, & de l'opinion receüe en ce païs, que les premiers hommes du Nort ont esté Cananeens.
XXXV. Le grand Odin Asiatique a esté adoré dans tout le Septàntrion, sous le nom de Mercure, à cause de son excellànt esprit. On croit que c'est le premier Auteur de la Poësie, & de la Magie Septàntrionale, si celebre, & si renommée, par tout ailleurs. Je vous ay parlé de sa Poësie; & j'aurois beaucoup de choses à vous dire de sa Magie: Mais le sujet merite une narration particuliere, que je reserve à une autre fois. Je me contànteray de vous dire maintenant, que je ne me puis assez estonner de la negligeance de quantité d'honnestes gens, qui suivent avec si peu de reflexion des erreurs inveterées, & s'y laissent emporter sans resistànce. Jusques là mesme, que plus ces erreurs choquent le bon sens, & moins elles ont de vray-sàmblance, plus ils les croyent, & plus ils taschent de les faire acroire aux autres. Car, Monsieur, quele aparànce y a-t'il de pouvoir acommoder tous les contes que l'on fait d'Odin Asiatique; & quel raport peuvent avoir des fables si fables, avec le siecle de Pompée, qui est un siecle si connu, & si historique.
XXXVI. Mais n'admirez vous pas ceux qui parlent des premiers fondateurs des Nations, ou des Grâns hommes de l'antiquité, & qui les font Geans. On diroit qu'ils parlent de quelques Loûs, que l'on fait toujours plus grâns qu'ils ne sont. Hercule à ce qu'on dit, estoit trois fois plus grand que les autres hommes. Virgile fait Enée & Turne, hauts comme des montagnes. Quantus Athos, aut quantus Erix. Le mesme compare Pandarus, & Bitias, à deux grâns chesnes. Tous les Portraits, & toutes les statuës qui se voyent de Charlemagne, dans les Tàmples des Alemâns, sont beaucoup plus grandes que l'ordinaire des hommes. Et j'ay veu un Roland élevé en colosse de bois, au milieu de la place de Breme, de la hauteur d'une Pique. Saxo Grammaticus a fait ses premiers Danois, Geans. Joannes, & Olaus Magnus, freres, & Historiens Suedois, ont fait leurs premiers Suedois, Geans. Angrimus Jonas Islandois, a fait ses premiers Islandois Geans. Il dit que, Got, signifie, Geant. Et que les premiers Gots estoient Geans. Et parce que les premiers Geans, dont la Bible parle depuis le deluge, sont les Geans Cananeens, que Josué défit, & chassa de la Terre Sainte: Il veut que ces Geans se soient retirez dans les païs froids du Septàntrion; parce qu'il faisoit trop chaud pour eux dans la Palestine.
XXXVII. Les deux freres Suedois, & qui ont esté l'un apres l'autre Archevesques d'Upsal, vont plus avant qu'Angrimus Jonas; & déterminent, que les premiers Suedois sont dessàndus des enfans de Jafet. Ils pretàndent mesme avoir demontré que la ville d'Upsal a esté bastie du temps d'Abraham. Je m'estonne qu'Angrimus Jonas ne les ait suivis; & qu'il n'ait fait sortir les premiers habitans de son Isle, de la mesme tige de Jafet. Et cela avec d'autant plus de vray-sàmblance, qu'il est escrit des enfans de Jafet au chap. 10. de la Genese. Ab his divisæ sunt Insulæ gentium, in regionibus suis, unusquisque secundum linguam suam, & familias suas, in nationibus suis. Car l'opinion estant receüe & ortodoxe, que les enfans de Noé ont repeuplé le monde apres le deluge, & que les enfans de Jafet ont particulierement repeuplé toutes les Isles du monde; Angrimus pouvoit dire avec plus de certitude des premiers habitans de son Isle, ce que Joannes & Olaus Magnus, avoient dit des premiers habitans de la Suede: & les faire sortir sans hesiter, de la branche de Jafet, puis que la Genese autorisoit plus fortement sa conjecture pour son Isle, qu'elle n'autorisoit cele des Suedois pour leur terre ferme. Et il s'ensuivroit de cela aussi, que l'Islande auroit peu estre habitée long temps devant la venüe des Geans Cananeens, dans le païs du Nort.
XXXVIII. A vous dire ce que je pànse de ceux qui recherchent trop exactement, quels ont esté les premiers hommes qui ont repeuplé le monde apres le deluge: Je croy, Monsieur, que leur curiosité est vaine & inutile, parce qu'on ne le peut savoir: & que toute sorte d'histoire nous manquant pour cela, ce que l'on en peut dire, n'est fondé que sur des conjectures, ou sur le raport de quelque Cronique, fabuleuse, ou historique, mal conceüe, & plus mal expliquée. En quoy je ne pretàns pas contredire le seul M. Angrimus, que j'honore, & que j'estime infiniment. Le vice est general. Il n'est pas le premier qui a fait sortir les premiers hommes du Nort, des Geans Cananeens. Et ce qui l'a d'autant plus engagé dans cete erreur, sur l'opinion receüe; est, qu'il a creu avoir trouvé quelques mots Islandois, qui avoient du raport avec quelques mots de la langue Hebraïque, que l'on a apelée, le langage de Canaan, depuis que les Juifs se ràndirent maîtres de la terre promise, & qu'ils en chasserent les Geans Cananeens. Mais le bon homme n'a pas consideré, que ces Geans ne parloient pas Hebreu, que l'Hebreu leur estoit estranger: Et qu'ils n'ont peu porter dans le Septàntrion, quand mesme ils l'auroient habité, l'usage d'une langue, qu'ils n'entàndoient, & qu'ils ne parloient pas.
XXXIX. Ce que je dis vous fera remarquer de sàmblables béveües, dans les escrits de quelques savâns hommes, & grâns Critiques de nostre siecle, qui ont cherché l'origine des premiers peuples, dans l'origine, ou dans l'etimologie de certains mots, Alemâns, ou Hebreux, qu'ils ont creu avoir quelque raport, ou avec le langage, ou avec les noms de ces mesmes peuples. M. Grotius a escrit dans la dissertation qu'il a faite de l'origine des peuples de l'Amerique, que les Americains ont esté Alemâns d'origine; par cete raison, qu'ils ont beaucoup des mots, qui finissent en lan: & que land, est un mot Alemân. Et parce qu'il y a des peuples dans l'Amerique, que l'on apele Alavardes; que M. Laet dit avoir esté ainsi apelez, d'un Capitaine Espagnol, nommé Alvarado, qui les conquit. M. Grotius asseure, que les Americains Alavardes, ont esté originaires Lombards, & qu'ils ont esté apelez, Alavardes, de Lombards qu'ils estoient, par la mesme corruption de langage, à ce qu'il dit, que les François d'aujourd'huy apelent Halebardes, les armes des Lombards, que les anciens François apeloient, Lombardes.
XXXX. C'est sur de pareilles origines, & sur de sàmblables conjectures, que M. Bochard, non moins savant que M. Grotius, a composé le docte livre qu'il a fait, & qu'il a intitulé, Phaleg, parce qu'il contient le partage, & les premieres habitations de toutes les terres du monde. Et je ne puis assez admirer la subtilité de son esprit, dans la connoissance qu'il a des langues Oriàntales, d'avoir trouvé dans la langue Hebraïque, l'interpretation des vers Cartaginois qui se lisent dans le Pœnulus de Plaute. Mais quoy que ses conjectures soient fort ingenieuses, je ne saurois croire que ce Cartaginois ait esté de l'hebreu. La raison est, que Didon qui a basti Cartage, estoit Feniciene: Que le langage Fenicien a esté diferànt de l'Hebraïque; & qu'il ne se peut que le Cartaginois que l'on parloit du temps de Plaute, ait esté, je ne dis pas de l'Hebreu, diferànt du Fenicien; mais que ç'ait esté le mesme Fenicien, que l'on parloit du temps de Didon. M. Samuel Petit autre savânt homme, & grand Critique, avoit trouvé avant M. Bochard, une autre explication de Plaute, dans la mesme Comedie, & d'autres paroles que celes de M. Bochard. Ce qui me fait croire qu'un troisiesme intelligent comme eux dans la langue Hebraïque, trouveroit s'il vouloit, un troisiesme sens dans le mesme Cartaginois de Plaute, par des transpositions de letres, & de poincts, dont ces Messieurs se sont servis, & que l'usage permet aux Critiques de la langue Hebraïque; a qui l'on fait dire, comme a des cloches, tout ce que l'on veut, par une sàmblable liçànce.
XXXXI. Vous excuserez, Monsieur, la digression que j'ay faite, parce que je ne l'ay pas creüe esloignée de mon sujet. Et que le bon homme, Angrimus dans l'etimologie qu'il a cherchée de quelques mots Islandois chez les Hebreux, a suivi une erreur ordinaire aux Doctes comme luy. Il n'en doit pas estre creu, non plus que les autres; puis qu'il n'est rien de si trompeur, ni de moins solide, que des conjectures fondées sur de sàmblables etimologies.
XXXXII. Je croyois qu'Angrimus Jonas feroit sortir ses premiers Islandois des mesmes Geans Cananeens, qui avoient peuplé selon luy-mesme, toutes les contrées du Nort. Mais il n'a pas voulu que l'Islande ait esté habitée de ce temps-là. Ce qu'il en a dit est curieux, & merite de vous estre escrit. Il dit que l'Islande a esté premierement descouverte par un Naddocus, qui aloit aux Isles de Fare, & fut jeté par la tàmpeste à la côste Oriàntale de l'Islande, qu'il nomma, Snelande, à cause des hautes neges qu'il y trouva. Mais Naddocus ne s'y arresta pas. Le second qui la descouvrit, fut un Suedois nommé Gardarus, qui ala chercher cete Isle, sur ce qu'il en avoit oüy dire à Naddocus, & l'ayant trouvée en l'an 864. y passa l'Hyver, & apela l'Isle Gardarsholm: c'est à dire, l'Isle de Gardarus. Le troisiesme qui la descouvrit, fut un Pirate renommé, de Norvege, nommé Flocco, qui se servit d'une invàntion tres-bele, pour trouver cete Isle, sur le raport qui luy en avoit esté fait. On ne savoit encore en ce temps-là quoy que ce soit de l'aiguille aimantée, ni de l'usage du compas. Et comme il aloit d'une Isle à une autre, sans descouvrir cele qu'il cherchoit. Il prit trois Corbeaux, en partant de l'Isle de Hetland, une des Orcades; & en lascha un, lors qu'il crût estre bien avant en mer. Mais il connut qu'il n'estoit pas si esloigné de terre qu'il pànsoit, parce que le Corbeau reprit la route de Hetland, & s'y envola. Il poussa plus avant dans la mer, & lascha le second Corbeau, qui roda de tous costez, & ne voyant pas de terre retourna dans le vaisseau. Il ne fut pas trompé au troisiesme Corbeau, qui descouvrit l'Isle, & fondit dessus. Flocco l'ayant suivy des yeux & des voiles; car il avoit le vànt favorable; aborda heureusement à la partie Oriàntale de Gardarsholm, où il passa l'Hyver; & le Printemps venu, se voyant assiegé des glaces, que les Islandois apelent Groenlandiques, il donna le nom d'Islande, à cete Isle, qui signifie le païs des glaces. Et ce troisiesme nom luy est demeuré. Flocco passa un autre hyver dans la partie Meridionale de l'Islande; mais n'y ayant pas trouvé son conte, non plus qu'à l'Oriàntale, il retourna en Norvege, où il fut apellé, Rafnafloke: c'est à dire Flocco le Corbeau, à-cause des Corbeaux dont il s'estoit servy pour descouvrir l'Islande.
XXXXIII. Le premier fondateur des Islandois, est un Ingulfe, Baron de Norvege; qui se retira en Islande avec son beau-frere Hiorleifus, pour avoir tué deux freres des plus grâns Seigneurs de leur contrée. Et comme c'estoit la coûtume des banis de Norvege, d'arracher les portes des maisons qu'ils laissoient en leurs païs, & de les emporter avec eux; Ingulfe estant à la veuë de l'Islande, jeta ses portes dans la mer, pour aborder où le hazard, & les flots, les pousseroient. Mais il arriva à un autre endroit, quoy qu'à la mesme partie Meridionale de l'Isle. Il ne trouva ses portes que trois ans apres. Ce qui l'obligea à changer de demeure, & à s'arrester au lieu où ses portes s'estoient arrestées. Ingulfe & son beau-frere, visiterent premierement l'Islande, en l'an de Grace 870. Et ne l'habiterent que quatre ans apres, en l'an 874. qui est l'Epoque determinée & definie, dans les Annales de l'Islande, pour la premiere habitation de cete Isle. Et les mesmes Annales asseurent, qu'Ingulfe trouva l'Islande Inculte & deserte, lors qu'il y arriva. On remarqua neanmoins, que quelques Mariniers Anglois, ou Irlandois, avoient mis autre fois pied à terre aux rivages de l'Isle, par quelques cloches, par quelques croix, & par quelques autres ouvrages faits à la mode d'Irlande & d'Angleterre, que l'on y avoit laissez, & quelques livres qui y furent trouvez. On demeure aussi d'acord, que les Irlandois avoient fait diverses dessàntes dans cete Isle, avant la venüe d'Ingulfe. Et leurs Annales raportent, que les anciens Islandois apeloient ces Irlandois, Papas. Et nommerent la partie Occidàntale de l'Islande, Papey, parce que les Irlandois avoient acoustumé d'y aborder, comme à la plus proche, & à la plus commode.
XXXXIV. Or, Monsieur, sur ce que les Annales d'Islande asseurent constamment, que l'Islande estoit inculte & deserte, lors qu'Ingulfe y arriva; Angrimus Jonas asseure fortement aussi, que l'Islande n'a jamais esté habitée avant ce temps-là. Et le bon homme s'emporte avec passion contre tous ceux qui disent le contraire. C'est un plaisir de lire ce qu'il a escrit dans son Specimen Islandicum, contre Pontanus, & contre les Auteurs que Pontanus a aleguez, pour prouver que l'Islande estoit l'anciene Thulé, de laquelle Virgile disoit à Auguste. Tibi serviat ultima Thule. Car dit-il, si nostre Islande estoit cete ultima Thule, elle auroit esté habitée au temps d'Auguste. Et que deviendroit la foy de nos Annales, qui asseurent qu'elle n'a esté habitée qu'au temps d'Ingulfe?
XXXXV. Mais je le prie de se ressouvenir de ce qu'il a luy mesme escrit, & que je viens d'aleguer; que des mariniers Irlandois avoient acoûtumé de metre pied à terre en Islande, avant la venuë d'Ingulfe, & que les anciens Islandois apeloient ces Irlandois, Papas. Je le prie de me dire, qui estoient ces anciens Islandois? J'acorde à Angrimus que l'Islande ne fut absolument Chrestiene, que quelques années apres la dessànte d'Ingulfe. Mais il ne peut pas nier, qu'il n'y eust en ce temps-là beaucoup de Chrestiens dans la contrée du Nort. Les Irlandois l'estoient. Et Ingulfe en trouva des marques, en arrivant à l'Isle. La Crimogée remarque, que le beau-frere mesme d'Ingulfe, qui aborda l'Islande avec luy, s'il n'estoit pas Chrestien, avoit des sàntimàns Chrestiens. Et il est certain que le Christianisme estoit en ce temps-là respàndu dans toutes les contrées du Septàntrion, & dans l'Islande nommément. Ce que je demontreray un peu plus bas. Or cela estant, quel temps veut donner Angrimus à ces Islandois payens, qui estoient si fort atachez à leurs ancienes Religions? & principalement à cele de leur Odin, par lequel ils juroient, & qu'ils apeloient le grand Protecteur Asiatique. Il est certain que de toutes les superstitions Payenes, les plus ancienes, sont les sacrifices des hommes; Et j'ay fait voir cy-dessus, qu'ils ont esté pratiquez avec grande devotion parmy les Islandois. Leurs Annales disent qu'en la partie Occidàntale de l'Islande, il y avoit un Cirque, au milieu duquel s'élevoit un grand Rocher, où ils escrasoient les hommes, & versoient le sang en sacrifice à leurs Idoles. Ces mesmes Annales remarquent, que cete coutume ayant esté abolie dans l'Islande, comme elle fut par tout ailleurs, le Rocher retint plusieurs siecles apres, la couleur rouge du sang humain qui y avoit esté respandu. Je demande à Angrimus: quel temps il veut donner à ces Plusieurs siecles, dont ses Annales mesmes font màntion? Et je luy demande, en quel temps ont esté invàntées les Fables de l'Edda, qui sont si ancienes, & si nées avec les Islandois, qu'elles ne sont presque point connües des autres peuples du Nort, & du tout point de toutes les autres Nations du monde.
XXXXVI. Adjoûtons à cela, Monsieur, que les Annales d'Islande, où se lisent les voyages de Naddocus, de Gardarus, & de Flocco, avant celuy d'Ingulfe, ne disent point que l'Islande estoit deserte lors qu'ils y arriverent. Flocco y a vescu deux ans entiers. Et il est à presumer qu'il y a vescu des commoditez qui se trouvoient dans un païs habité. Mais que dira Angrimus à ce qu'il a dit: Que les Islandois ont esté si curieux, qu'ils ont recueilly dans leurs Annales toutes les histoires des peuples de l'Europe: Et pour me servir de ses propres termes; Qu'ils ont esté, Ad totius Europæ res historicas Lyncei. C'est ce qu'Herodote & Platon ont escrit des Egyptiens: Qu'ils avoient dans leurs Biblioteques les ancienes Histoires de toutes les contrées du monde; Et que c'estoit par cela mesme que les Egyptiens pretàndoient prouver l'antiquité prodigieuse de leur nation. Pour autoriser ce qu'Angrimus a dit de ses Islandois; je vous diray à ce propos, que le Docteur Vormius a une copie Islandoise des Annales de la partie Occidàntale de l'Islande, qu'il m'a leüe & expliquée en divers endroits. J'y ay remarqué diverses histoires de Norvege, de Danemark, de l'Angleterre, des Orcades, & des Hebrides; & entr'autres, l'irruption des Normâns dans nostre Normandie, qui est sans date. Apres laquelle vient la dessànte d'Ingulfe dans l'Islande. D'où il s'ensuit, qu'il y avoit des Escrivains, & des Croniqueurs dans l'Islande, avant la venuë d'Ingulfe. Et que l'Islande estoit par consequant habitée avant ce temps-là.
XXXXVI. Je croy que les Annales d'Islande qui font màntion d'Ingulfe, & que cite Angrimus, sont veritables. Je croy qu'Ingulfe n'est venu en Islande qu'en l'an de Grace 874. Et il s'est peu faire que les endroits de l'Isle Meridionale où il aborda estoient inhabitez, ou par quelque grande mortalité, ou parce que des Pirates en avoient exterminé les habitans: Mais il ne s'ensuit pas de là, que toute l'Isle fust inhabitée. Il est certain qu'Ingulfe seul ne l'a pas peuplée. Car les Annales mesmes d'Islande asseurent, que diverses Nations voisines & Meridionales, en ont peuplé diverses parties. Entre lesquels Angrimus specifie un habitant des Hebrides nommé Kalmannus, & dit expressément, que ce fut le premier qui s'arresta à la partie Occidantale de l'Islande. Il est remarcable, qu'Angrimus ne raporte aucune date de la venuë de Kalmannus, non plus que de quantité d'autres Irlandois, Escossois, & Orcades, qui ont habité les autres parties de nostre Isle. Et cecy me fait croire, qu'il faut distinguer les Annales de l'Islande, selon qu'elle a esté Payene, ou Chrestiene. Les Annales de l'Islande Chrestiene, se doivent pràndre à la venüe d'Ingulfe. Ce que l'Ere Chrestiene marque evidàmment, par l'an de Grace 874. Les Annales de l'Islande Payene, n'ont pas de date, & sont d'un temps indéfini.
XXXXVII. Cela posé, & entàndu de cete sorte, il n'est rien de si aisé que de concilier l'Islande Payene avec l'Islande Chrestiene, que d'acommoder les Annales de l'une avec les Annales de l'autre; que d'acorder Angrimus avec Angrimus mesme; & de l'acorder particulierement avec Pontanus, qui veut que l'Islande d'aujourd'huy soit la Thule des Anciens: & le prouve par quantité, d'autoritez, prises de divers Auteurs Grecs, & Latins; de l'Histoire d'Adam de Breme, qui a escrit en l'an de Grace 1067. de Saxo Grammaticus, qui l'a suivy de prés; d'Andreas Velleius, qui a traduit le Saxo en Danois, & qui a toujours pris dans sa traduction les Tylenses de Saxo, pour les Islandois d'aujourd'huy. Qu'Angrimus ne die pas qu'Adam de Breme a escrit des sotises dans son Histoire. Et cele-cy entr'autres. Que de son temps cete vieille tradition estoit receüe, qu'il y avoit en Islande des glaces si ancienes, & si seches, qu'elles bruloient quand on les jettoit dans le feu, comme le charbon que les Flamans apelent Hoüille. Il ne s'agit pas icy de la sotise simplement. Il n'est question que de l'antiquité de la sotise, & du temps qu'elle a este creüe. Car plus la sotise est grande, plus nous devons presumer que le temps est vieil, qui l'a mise en credit. Et cele-cy nous oblige d'autant plus à croire, que l'Islande estoit connüe de toute ancieneté. Angrimus dira que les Auteurs Gres & Latins se seroient trompez en la situation precise de l'Isle de Thulé, s'ils l'avoient prise pour l'Islande. A quoy je respons, que les mesmes Auteurs ne se sont pas moins trompez dans la description de beaucoup d'autres endroits, dont eux & nous demeurons d'acord. Il n'est pas icy question de savoir, si ces Auteurs ont descrit precisément l'Islande, tele qu'elle a esté, ou qu'elle est maintenant: Mais si l'Islande qu'ils ont voulu descrire a esté cele dont il s'agit: Et si l'Islande qu'ils ont cherchée, a esté cele que nous avons.
XXXXVIII. Ce qui m'oblige d'autant plus à croire, que c'est la mesme dont nous parlons, est, que Casaubon le croit ainsi: Et qu'il a decidé dans les doctes Commàntaires qu'il a faits sur Strabon, que la Thulé de ce grand Geografe, est l'Islande d'aujourd'huy. La chose mesme autorise cete croyance: En ce que l'Islande est mise aujourd'huy, comme autre fois, par tous les Geografes, à l'extremité de l'Ocean Deucaledonien, ou d'Escosse, qui est le Britannique. Et que la Thulé des Anciens a esté creüe la derniere des Isles Britanniques. C'est une chose connuë de tous, que l'Escosse a esté apelée Caledoniene, du nom de la grande forest Caledoniene, de qui il ne reste maintenant que le nom, & pas un arbre dans toute l'Escosse. Seldenus a escrit, que les Escossois Septàntrionaux ont esté apelez, Deucaledoniens: C'est à dire en leur langue, noirs & sombres Caledoniens. Et c'est de là sans doute, que l'Ocean qui lave l'Escosse Septàntrionale, & ses Isles voisines, a esté apelé Deucaledonien; soit pour les ombres perpetueles qui couvrent cete mer, soit pour l'espaisseur de l'air qui la rànd pesante. A cause dequoy Pline l'a apelée, Mare pigrum. Et Adam de Breme, Mare jecoreum, & pulmoneum. Parce que cete mer a de la pêne à s'émouvoir; & qu'elle ne court non plus que si elle estoit asmatique. C'est dans ce mesme sens que Plaute a dit d'un mauvais pieton, qu'il avoit des pieds pulmoniques.
XXXXIX. Angrimus se laisseroit persuader que l'Islande seroit la mesme que l'anciene Thulé, s'il pouvoit estre convaincu, que son Isle eust esté habitée avant la venüe d'Ingulfe. Et quoy que les preuves que j'en ay raportées le deussent plénement satisfaire; Je luy vay d'abondant faire voir, que l'Islande estoit habitée avant ce temps-là, par d'autres raisons bien pressantes. J'ay deux Croniques du Groenland en langage Danois. L'une est en vers, & l'autre en prose. La Cronique en vers commànce son Histoire par l'an de Grace, 770. que le Groenland fut descouvert. Et la Cronique en prose raporte, que celuy qui partit de Norvege pour aler en Groenland, passa par l'Islande: Et marque expressément, que l'Islande estoit habitée en ce temps-là. D'où il s'ensuit, que l'Islande n'a pas commàncé d'estre habitée en l'an de Grace 874.
L. Angrimus dira, que ma Cronique Danoise ne s'acorde pas avec sa Cronique Islandoise, qui porte que le Groenland ne fut descouvert qu'en l'an de Grace, 982. ni habitée qu'en 986. Mais j'apuyeray ma Cronique Danoise de l'autorité d'Ansgarius, grand Prelat, & François de nation, que tout le monde Arctique reconnoit pour son premier Apostre. L'Empereur Louis le Debonnaire, le fit Archevesque de Hambourg: Et estàndit la jurisdiction de son Archevesché, par toutes les contrées du Nort, depuis l'Elbe, jusques à la mer glaciale, & au delà. Les Letres patàntes de l'Empereur, qui erigerent Hambourg en Archevesché, & qui firent Ansgarius Archevesque de Hambourg, sont de l'année 834. Elles furent confirmées & ratifiées par le Pape Gregoire IV. l'année apres, 835. Pontanus raporte l'original des Letres patantes de l'Empereur, & de la Bulle du Pape, confirmative de ces Letres, dans le livre 4. & dans l'année 834. de son Histoire Danoise. Or il est dit expressément dans les Letres patantes. Que la porte de l'Evangile avoit esté ouverte; Et que Jesus-Christ avoit esté annoncé dans l'Islande, & dans le Groenland, dequoy l'Empereur rànd particulierement graces à Dieu, dans ces mesmes Letres.
LI. Ce qui prouve deux choses. L'une, que l'Islande estoit habitée & Chrestiene, avant l'année 834. & quarante ans avant cele de 874. qu'Ingulfe l'habita. L'autre, que le Groenland estoit habité, & Chrestien, avant la mesme année 834. Et se raporte avec ma Cronique Danoise, qui pose la descouverte du Groenland, en 770. Angrimus ne sachant que dire à cela, dit neanmoins, qu'il doute que la Bulle de Gregoire IV. aleguée par Pontanus, soit originale, & croit que ce n'est qu'une meschante copie. Il me permetra de luy repliquer; Qu'il n'a pas fait consister le veritable honneur de l'Islande, là où il le devoit poser. Il a creu qu'il estoit obligé à soutenir la verité pretàndüe de ses Annales. Et il auroit esté beaucoup plus avantageux pour luy, d'avoir renoncé à ses Annales, que d'avoir voulu oster à son Isle, qui est sa patrie, cete bele Couronne de vieillesse, qui a blanchy dans les glaces qui l'environnent depuis tant de siecles. Qui ne sait que le siecle d'Ingulfe estoit un siecle de barbarie pour les Letres? Les Gots ont esté acusez de l'avoir introduite en ce temps-là par toute l'Europe. Et les mesmes Gots ne se doivent pas scandaliser, si on leur dit, qu'elle estoit en ce temps-là chez eux, comme dans son Thrône. Qui me voudroit obliger à croire tout ce qui est escrit dans les Croniques d'un siecle si peu esclairé, me persuaderoit aussi aisément toutes les folies qui se lisent dans nos Romans, d'Oger le Danois, des quatre fils Aymon, & de l'Archevesque Turpin, qui sont, ou de ce mesme temps, ou qui n'en sont pas esloignez.
LII. Je souhaiterois, Monsieur, que vous eussiez leu les livres d'Angrimus Jonas, que je n'ay eu le moyen que de parcourir. Vous y remarqueriez sans doute, beaucoup de raisons que j'ay obmises, pour l'antiquité de l'Islande. Il vous sera aisé d'avoir le Specimen Islandicum, imprimé à Amsterdam, en 1643. Je ne say si la Crimogée sera si facile à recouvrer. Cele que j'ay leüe a esté imprimée à Hambourg, en 1609. Vous pràndrez plaisir de lire ces livres, si l'un & l'autre vous tombent en main. Et je vous y renvoye pour avoir une connoissance plus exacte de ce que je vous ay succinctement escrit: Qui est tout ce que j'ay peu apràndre de l'Islande, digne comme j'ay creu, de vous estre communiqué. Je vous envoyeray la Relation du Groenland, si vous me tesmoignez que cele-cy ne vous a pas esté desagreable. J'avoüe, Monsieur, que pour la presànter à une personne de la haute estime, & de la grande reputation que vostre vertu, & les livres excellàns que vous donnez tous les jours au public vous ont acquise, je devois aporter plus de soin que je n'ay employé à la polir. Mais je devois avoir aussi plus de temps, & plus de repos, que je n'ay eu pour cela. Souvenez vous je vous prie, que vous m'avez obligé d'entrepràndre cét Ouvrage; & que vous estes par cela mesme obligé d'en excuser les defauts. Faites moy l'honneur aussi de me croire,
MONSIEUR,
Vostre tres humbble & tres obeïssant serviteur La Peyrere.
Escrit la premiere fois, de Copenhague, le 18. Decembre, 1644.
PERMISSION
de Monsieur le Lieutenant
Civil.
Il est permis à Thomas Jolly, & Louis Billaine, Marchands Libraires, d'imprimer la Relation de l'Islande: Composée par le Sieur La Peyrere. Fait ce 3. Septembre, 1663.
Signé, D'AUBRAY.
NOTES DU TRANSCRIPTEUR
On a conservé l'orthographe de l'original avec toutes ses particularités. On a cependant introduit la distinction entre u/v, et i/j, selon l'usage moderne. On a également résolu quelques abréviations par signes conventionnels (ex. "Comme" au lieu de "Cõme").
Les corrections suivantes ont été effectuées:
- dans ce commàncemànt ("commànmànt" dans l'original)
- où ie laisse ("oû")
- Ie le laisse à ("a")
- à l'honneur ("lhonneur")
- Filosofie ("Filosfie")
- partie Oriàntale de Gardarsholm ("Gadarslhom")
- qu'en la partie Occidàntale ("Occidentàle")
- le Docteur Vormius a vne copie ("à")
- ne l'a pas peuplée ("ne la")
- vn habitant ("ha//tant" sur un saut de page)
- qui laue l'Escosse ("qui l'aue")
- a esté apelé Deucaledonien ("Deucalodonien")
- profons ("profoñs")