M. le rapporteur.—Oui, si c’était vrai! mais je proteste contre cette description!
M. de Lamarzelle.—Alors?
M. le rapporteur.—Quand M. Delahaye sera ici, il aura à cœur de s’expliquer sur la légende du musée secret. J’y ai mené beaucoup de nos collègues et je vous affirme que, musée secret pour musée secret, si M. Delahaye apportait ici son musée du XVIIIe siècle, il pourrait en faire un fameux avec les œuvres destinées à l’alcôve de la Pompadour, les Clodion, les Beaudouin et les Boucher!
M. de Lamarzelle.—Je n’ai pas signé le contre-projet en question; mais l’État, je crois, pourrait choisir et ne pas y mettre des inconvenances semblables à celles que signale M. le rapporteur lui-même.
M. le rapporteur.—Venez avec moi chez Rodin et vous verrez si l’on ne s’est pas trompé!
M. de Lamarzelle.—Il ne s’agit pas de musée secret ou non secret.
M. le président de la Commission.—Et les gargouilles de nos cathédrales, qu’en pensez-vous?
M. de Lamarzelle.—Je discuterai la question des cathédrales, quand vous voudrez.
M. le président de la Commission.—Je parle des gargouilles.
M. de Lamarzelle.—Je parle en ce moment du musée Rodin; or, ce n’est pas moi qui le qualifie, c’est le rapporteur lui-même de la Chambre. Est-ce vrai ou non? Je ne le connais, ce musée, que par ce qu’en a dit l’honorable M. Simyan, qui doit être édifié sur ce point, et je soutiens qu’il y a là de quoi blesser les catholiques qui, pendant tant d’années, ont vu, dans ce couvent, des religieuses élever leurs filles.
M. le rapporteur.—Je vous assure que, dans l’œuvre de Rodin que vous interprétez comme diabolique...
M. de Lamarzelle.—Ne me faites pas parler...
M. le rapporteur.—Elle n’a rien de satanique, je vous assure.
M. de Lamarzelle.—C’est là un mot que je n’ai jamais prononcé.
M. le rapporteur.—On l’a insinué. Si Rodin demande une chapelle désaffectée et vide, c’est parce qu’elle est là, qu’elle s’offre pour y mettre des chefs-d’œuvre. Je vous assure que, lorsque vous les aurez vus, vous reconnaîtrez que ces réticences font plus de tort à Rodin que la vérité.
M. de Lamarzelle.—Je prends acte de votre déclaration et je déléguerai M. Delahaye à ma place pour voir le musée Rodin.
M. le rapporteur.—Après ce pèlerinage, il sera converti.
M. de Lamarzelle.—J’ajoute que, même en dehors de ce sentiment pénible que j’éprouve dans mon cœur, j’aurais combattu le projet, en effet, quoique vous puissiez en penser, certains des artistes qui défendent Rodin ne le font pas seulement par amour de son talent, mais surtout contre la tradition de l’art français. (Dénégations sur divers bancs.) Or, vous savez que, sans qu’il soit besoin même d’invoquer mes convictions religieuses, j’ai toujours protesté et je protesterai toujours à cette tribune contre toute attaque, quelle qu’elle soit, qui pourra être dirigée contre nos traditions françaises.
Je le fais pour l’art, comme je l’ai fait pour l’enseignement; je le ferai toujours, dans toute la mesure de mes forces. (Très bien! très bien! à droite.)
M. le rapporteur.—Je livre ma conclusion à la vôtre.
Reprise de la discussion du projet de loi
portant acceptation définitive de la donation de M. Auguste Rodin.
M. le président.—Nous reprenons, messieurs, la discussion du projet de loi concernant la donation de M. Auguste Rodin.
La parole est à M. le sous-secrétaire d’État.
M. le sous-secrétaire d’État.—Messieurs, au point où est parvenue la discussion et après que, de part et d’autre, les arguments ont été échangés, que partisans et adversaires du projet de loi ont apporté leur sentiment, le Sénat entend bien que je n’ai que de très courtes observations à lui présenter. Mais, puisqu’on a dirigé de ce côté du Sénat (la droite) contre l’œuvre et la personnalité de M. Auguste Rodin, auquel le Gouvernement a décidé de faire ce qu’on a appelé l’honneur exceptionnel d’un musée, même de son vivant, j’ai le devoir d’indiquer dans quelles conditions le Gouvernement à été amené à déposer sur le bureau des Chambres le projet qui est actuellement en discussion.
En 1912, au moment où on voulut essayer de chasser Rodin de l’hôtel Biron, une campagne de presse commença, très active et très vive, pour qu’on ne démolît pas l’hôtel Biron et qu’on y créât le musée Rodin.
Quels sont les hommes qui, sans pression et sans parti-pris, furent les premiers à solliciter du gouvernement le commencement de conversation auquel M. Steeg faisait allusion tout à l’heure?
Ce sont, pris au hasard: M. Louis Barthou qui écrivait: «Admirateur du génie de Rodin, je donne très volontiers mon adhésion au projet de la création d’un musée de son œuvre»; M. Jules Lemaître: «J’envoie de tout mon cœur mon adhésion au projet de création du musée Rodin»; M. Jean Richepin, de l’Académie française: «Je suis avec vous pleinement et de tout cœur pour le musée Rodin à Paris»; M. Maurice Barrès, député de Paris, membre de l’Académie française: «Un projet présenté par vous, qui avez si bien parlé du génie de Rodin, a toute mon approbation»; MM. Henri de Régnier, Edmond Rostand, Claude Debussy, Jules Claretie, notre ancien collègue le duc de Rohan, tombé glorieusement, il y a quelques semaines, dans la Somme: «Un pays s’honore en honorant le talent. La France doit créer le musée Rodin.»
On a apporté tout à l’heure le sentiment d’un membre du Conseil municipal de Paris. J’ajouterai que M. Adrien Mithouard, actuellement président du Conseil municipal de Paris, dont tout le monde connaît ici la compétence en matière d’art, était alors l’un des premiers signataires de la demande de création du musée Rodin.
Les discussions traînèrent. Tour à tour, M. Steeg, M. Klotz, ministre des Finances, MM. Léon Bérard et Jacquier, mes prédécesseurs, mirent sur pied des projets de contrats, d’accord avec M. Rodin, et enfin la donation fut faite.
Quelle est-elle? Il faut bien tout de même que j’indique au Sénat son importance.
On essayait de faire croire, tout à l’heure, que Rodin ne donnait que quelques-unes de ses dernières œuvres; on voulait bien concéder qu’autrefois il en aurait fait de tout à fait belles, mais que, depuis, il aurait fait des œuvres de second ordre, celles qu’il voudrait céder à l’État.
L’importance et la valeur de cette donation se traduisent par ces chiffres:
77 marbres, 50 bronzes, 300 terres cuites, 1.200 modèles originaux, 2.000 dessins ou aquarelles, 60 toiles d’artistes contemporains qui sont signées: Claude Bonet, Renoir, Raffaelli, Cottet, Zuloaga, etc., des eaux-fortes originales de Legros; des antiques: 562 pièces d’art égyptien; 1.094 pièces de céramique antique; 398 pièces de sculpture grecque et romaine; des objets d’art d’Orient et d’Extrême-Orient; 2.000 volumes; les droits d’auteur sur les manuscrits ou imprimés inédits ou non; droits d’auteur sur toutes les reproductions de ses œuvres et, avec réserve d’usufruit, les droits de reproduction par moulage, estampage ou bronze. En outre, par sa dernière donation, car je résume ici les trois donations, celle dont vous êtes saisis aujourd’hui et celles dont vous serez saisis demain, M. Rodin cède tout son domaine de Meudon, meubles et immeubles.
La valeur de ces donations a pu être discutée; elle a été estimée par des experts qui n’ont pas eu intérêt—le Sénat comprend pourquoi—à majorer les prix, à 2 millions et demi. Vous voudrez bien me permettre d’indiquer par un exemple combien cette valeur est plus considérable. Les 2.000 dessins ont été cotés 50 francs pièce par les experts. Or, à la dernière vente, à la vente de M. Roger Marx, un dessin de Rodin a atteint le prix de 700 francs. Il y a quelques mois, avant les donations de Rodin, un amateur, dont je puis dire le nom au Sénat, M. Zubanof, payait 60 de ces dessins 60.000 francs. On peut donc affirmer que la valeur de la donation Rodin est d’au moins du double du chiffre des experts. (Très bien! très bien! à gauche.) Elle représente une valeur de 4 ou 5 millions donnée par ce grand artiste de son vivant.
M. le président de la Commission.—Au moins.
M. le sous-secrétaire d’État.—J’avais employé, à la Chambre, le mot de pèlerinage: ceux d’entre vous qui ont fait le voyage de Meudon, l’ont fait, j’en suis convaincu, pleins de respect pour l’homme qui, là-bas, humblement, modestement, dans une petite maison, continue à vivre comme un ouvrier. Il a écrit: «J’ai vécu toute ma vie comme un ouvrier.» Il a vécu dans l’humble et modeste maison de travail de Meudon comme un de ces grands ouvriers—votre rapporteur le rappelait tout à l’heure—auxquels on ne pardonne pas d’avoir du talent. (Applaudissements à gauche.)
Sur ce point, en effet, se réunissent et se rejoignent les hommes politiques et les artistes. Ceux qui sont à la tête des partis ou qui, dans leur pays, occupent des situations importantes et éclatantes ont toujours trouvé des ennemis dressés contre eux. Rodin les a trouvés lorsqu’il voulait se présenter à l’École des Beaux-Arts, au moment de son premier envoi au Salon. Lorsqu’on veut abattre l’ennemi, il faut l’accuser de tous les forfaits. On l’a accusé d’avoir moulé son Age d’airain.
Il a eu cependant la bonne fortune de trouver aussi toute sa vie des hommes qui se sont dressés contre cette accusation de ceux, peut-être, qui, plus âgés que lui, ne pardonnaient pas à sa gloire! (Applaudissements sur les mêmes bancs.) Voici les noms de ceux qui sont venus apporter à l’Administration des Beaux-Arts leur protestation indignée parce qu’on voulait déshonorer l’homme auquel on ne pardonne pas d’avoir du talent: c’est Falguière, membre de l’Institut, car il y a aussi à l’Institut des hommes qui sont pleins de respect et d’admiration pour le génie de Rodin; Delaplanche, ancien grand prix de Rome, médaillé d’honneur du Salon; Paul Dubois, membre de l’Institut, directeur de l’École des Beaux-Arts; Boucher, médaillé d’honneur du Salon, commandeur de la Légion d’honneur, qui se dressaient indignés pour empêcher qu’on déshonore cet homme et qu’on l’arrête dans sa route et dans son travail. (Applaudissements.)
D’aucuns se sont élevés contre le projet de loi acceptant la donation d’Auguste Rodin; parmi ceux-là, il y a des hommes pour le talent desquels j’ai le plus grand respect. J’aurais préféré que les sculpteurs dont les noms figurent au bas de la protestation aient laissé ce soin à d’autres et soient restés hors de cause.
On nous a dit qu’ils ne sont que dix, parce qu’il ne faut pas toucher à Rodin, qu’aussitôt les articles de journaux abondent. Ce n’est pas cette considération qui aurait empêché les artistes de faire entendre leur voix.
Ces protestataires ont apporté un certain nombre d’arguments que je n’ai pas retrouvé dans cette discussion.
Ils ont dit: «Vous allez faire à Rodin un honneur tout à fait exceptionnel, que l’on n’a jamais accordé à aucun artiste.» Il y a à cela une raison bien simple: jamais, de mémoire d’homme, un artiste n’a fait un tel cadeau à son pays. Les artistes ont vendu leurs œuvres; ils ont eu raison.
Rodin, lui, qui a des œuvres dans tous les musées et dont la gloire est consacrée par le monde entier, a toujours été hanté par cette idée de garder pour son pays le meilleur de son effort et de son travail, de le grouper, afin qu’il ne soit pas dispersé à tous les vents et de réserver à la France le bénéfice moral de l’effort accompli par lui. (Applaudissements à gauche.)
On a dit que l’hôtel Biron aurait pu servir pour constituer un musée du XVIIIe siècle. Mais les œuvres de ce siècle sont actuellement déposées au Louvre, à Cluny, à Versailles, à Compiègne, et la plupart des donations, surtout celles qui sont au Louvre, ont été faites avec une affectation déterminée au musée. Il est impossible de les reprendre aujourd’hui; au surplus, je suis convaincu que vous ne voteriez pas un crédit ayant pour but de créer un musée du XVIIIe siècle à l’hôtel Biron.
M. Gaudin de Villaine.—On aurait dû en faire un musée de la guerre, consacré aux mutilés.
M. le sous-secrétaire d’État.—Quand on voudra créer un musée de la guerre, je serai le premier à vous prêter mon concours et mon modeste appui. Mais ce n’est pas cette question que nous discutons en ce moment.
Messieurs, je l’ai déjà dit à la Chambre des députés au moment de la discussion de ce projet de loi, il n’est pas question pour moi de créer un art officiel, dans mon cabinet, et de décréter que tel artiste a du talent, au surplus je n’en ai pas la volonté. Mais quand un homme comme Rodin se présente avec la donation dont j’ai indiqué la valeur, escorté non seulement par les témoignages de ceux dont j’ai donné les noms, mais par les témoignages nouveaux que je vous apporte, je n’ai pas le droit, au nom de l’État, de ne pas accepter cette donation, de ne pas demander au Parlement de la ratifier. (Applaudissements à gauche.)
On a vu, dans un journal, un soir, dix signatures de protestation: ce sont des centaines de signatures qui, spontanément, nous sont parvenues en faveur du musée Rodin, et non pas de Paris seulement.
Un argument a été invoqué qui consiste à dire à des représentants des départements: «Vous allez créer un musée à Paris: en quoi cela peut-il intéresser les départements?» Or, la France est solidaire dans les beautés artistiques, comme elle est solidaire dans toutes les nobles causes qui se défendent. Nombre de maires de province ont aussi envoyé leur adhésion.
Je ne parle pas de celui de Lyon qui est acquis à la cause de Rodin, mais ceux de Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nice, Cannes; sur tous les points du territoire, nombreux sont ceux qui se sont étonnés des résistances que rencontrait la création du musée Rodin.
Citerai-je encore une société qui ne passe pas pour révolutionnaire en art, je suppose, la société nationale des Beaux-Arts, que préside M. Roll, qui a comme vice-présidents MM. Jean Béraud et Bartholomé, sculpteur? Voici la lettre qu’au nom de cette Société M. Roll a adressée à Rodin; elle vaut plus que toutes les opinions que nous pourrions formuler:
Paris, le 6 octobre 1916.
«A Auguste Rodin.
«Le Comité de la Société nationale des Beaux-Arts adresse à l’illustre président de sa section de sculpture, Auguste Rodin, ses plus chaleureuses félicitations pour le don splendide qu’il fait à la France, de la totalité de son œuvre et de ses collections. Il saisit cette occasion pour exprimer une fois de plus l’admiration qu’il professe pour le grand artiste qui a contribué si glorieusement au succès des expositions de la Société nationale. Tous ses confrères du Comité estiment que les pouvoirs publics rendront un magnifique et juste hommage à l’art français tout entier en acceptant le don du grand sculpteur.
«Pour le Comité:
«Roll,
«président de la Société nationale
des Beaux-Arts.»
Voici la lettre adressée de Rome—cette ville est loin des passions, des intrigues—par un homme dont vous ne suspecterez pas le témoignage, Albert Besnard, directeur de l’Académie de France à Rome: il n’est pas révolutionnaire celui-là!
17 octobre 1916.
«Mon cher Rodin,
«J’étais persuadé que l’offre généreuse que vous fîtes au pays de l’ensemble de votre œuvre était définitivement acceptée. Or, j’apprends, à mon arrivée à Paris, que tout n’est pas officiellement conclu encore et qu’en outre quelques objections isolées se sont élevées contre ce projet.
«Je tiens, mon cher ami, à vous appuyer de toute l’autorité que peut avoir un artiste vis-à-vis de l’opinion et des pouvoirs publics. Je tiens, surtout, à vous dire combien je suis heureux de penser que les générations à venir pourront admirer l’ensemble d’une œuvre admirable qui fut un tel enseignement pour celle-ci et qui porta le renom de notre statuaire française au delà de toutes les frontières, et par delà les mers.
«Toujours bien à vous de cœur.
«A. Besnard.»
Voici une lettre de M. Frantz Jourdain, président du Salon d’automne. Voilà l’adresse de l’Association de l’«art français», signée de son président M. Rosenthal. Voici la Société des peintres et graveurs. Voici le président de la Société des peintres orientalistes français.
Et alors voici des noms—je ne les lis pas tous au Sénat. Ce sont de longues listes d’artistes qui viennent en cortège accompagner ici cette gloire nationale qu’est Rodin; ce sont, entre autres, MM. Elemir Bourgès et Paul Margueritte, membres de l’Académie des Goncourt; Gabriel Seailles, professeur à la Sorbonne; Le Dantec; Raymond Kœchlin, président des amis du Louvre; Gabriel Mourey, conservateur du musée de Compiègne; Armand Dayot, inspecteur général des Beaux-Arts; Couyba, président de la Société de l’«Art à l’école»; c’est le Comité des artistes français.
A cette liste, je pourrais ajouter des centaines d’autres noms. Je ne veux pas faire perdre son temps au Sénat. Il n’y a pas jusqu’au nom du grand poète Verhaeren qui ne soit sur cette liste.
M. Gaudin de Villaine.—Il y en a autant de l’autre côté de la barricade.
M. le sous-secrétaire d’État.—Je ne sais pas s’il y en a autant de l’autre côté de la barricade. Je n’en ai vu que dix-sept ou dix-huit. J’attendais une seconde liste, je ne l’ai jamais vue paraître. Mais ce que je dis, en réponse à M. Gaudin de Villaine, c’est que Rodin n’est pas l’homme d’un parti, puisque depuis M. Barrès jusqu’aux hommes les plus avancés en politique comme en art, tout le monde a signé et demande au Sénat d’adopter le projet.
Dans ces conditions, ce serait faire injure au Sénat d’insister davantage. Le don que nous fait cet homme à la fin de sa vie, à l’heure où il pense à son pays, permettez-moi de dire qu’il vient à son heure. Je n’accepte pas le reproche que vous nous avez apporté que le projet viendrait à un moment particulièrement malencontreux. Permettez-moi de répéter ce que disait tout à l’heure, avec force et éloquence, M. le rapporteur de la Commission: ce n’est pas au moment même où l’art français, le goût français, la culture française ont été violemment attaqués de l’autre côté des frontières, où tant de chefs-d’œuvre français ont été détruits, où les obus pleuvent sur les chefs-d’œuvre de notre sculpture et de notre architecture, que la France va repousser du pied ce que n’importe quel pays du monde accepterait avec reconnaissance. (Très bien! très bien! et vifs applaudissements.)
M. le président.—Si personne ne demande plus la parole, je consulte le Sénat sur le passage à la discussion de l’article unique du projet de loi.
Il a été déposé sur le bureau une demande de scrutin signée de MM. Gaudin de Villaine, Charles Riou, Brindeau, Guilloteaux, Rouland, de Las Cases, Leblond, Brager de la Ville-Moysan, Martell, de la Jaille, de Lamarzelle, Audren de Kerdrel, Fabien Cesbron et Bodinier.
Il va être procédé au scrutin.
(Les votes sont recueillis.—MM. les secrétaires en opèrent le dépouillement.)
M. le président.—Voici, messieurs, le résultat du scrutin:
| Nombre des votants | 235 |
| Majorité absolue | 118 |
| Pour | 209 |
| Contre | 26 |
Le Sénat a adopté.
M. le président.—Je donne lecture de l’article unique:
«Article unique.—Sont acceptées définitivement, aux charges et conditions stipulées, les donations consenties à l’État par M. Auguste Rodin, statuaire, grand officier de la Légion d’honneur, suivant actes notariés des 1er avril, 13 septembre et 25 octobre 1916, dont copies sont annexées à la présente loi.»
Avant de mettre ce texte en délibération, je dois donner lecture de l’amendement suivant, déposé par M. de Lamarzelle:
«Article unique.—L’hôtel Biron, situé à Paris, rue de Varennes, nº 77, ainsi que la chapelle annexée à cet immeuble et toutes ses dépendances, sont mis à la disposition du ministre de la Guerre pour y hospitaliser, dans les conditions que fixera un règlement d’administration publique, des mutilés de la guerre, incapables de rééducation physique, choisis parmi les plus méritants et les plus délaissés.»
M. le président de la Commission.—D’accord avec le Gouvernement, la Commission demande au Sénat de ne pas adopter le contre-projet de M. de Lamarzelle qu’elle a examiné et qu’elle repousse.
M. de Lamarzelle.—Je demande la parole.
M. le président.—La parole est à M. de Lamarzelle.
M. de Lamarzelle.—Messieurs, il ressort manifestement de ces débats que, ce qui est en discussion, ce n’est pas le talent de M. Rodin, mais la question de savoir si l’on doit donner à son art un privilège absolument exorbitant.
J’aurais compris que l’État favorisât une fondation privée en faveur de M. Rodin et de ses partisans. M. Rodin, nous a-t-on dit, gagne 200.000 francs par an, il a énormément de partisans; qu’il fasse une fondation privée et que cette fondation soit privilégiée: pour mon compte, j’aurais voté ce projet avec enthousiasme. Le régime légal des fondations devra être certainement, je ne dis pas renouvelé ou fortifié, mais créé de toutes pièces.
Nous avons déjà des fondations de ce genre: l’Académie Goncourt, le musée Sully-Prudhomme. Je n’aurais fait aucune espèce d’opposition à cette création, j’aurais même appuyé de toutes mes forces un projet dans ce sens; mais quant à créer un musée d’État en faveur, non pas du talent de M. Rodin, mais de son école, de la cause artistique au service de laquelle il a mis son talent, c’est une autre question!
On dira là-dessus tout ce que l’on voudra, on apportera des signatures, il y a des signatures contre et s’il n’y en a pas de plus nombreuses, je vous ai démontré pourquoi. C’est parce que ce n’est pas impunément qu’on s’attaque à cette idole qu’est Rodin ou plutôt la conception d’art qu’il représente.
Il y a un moyen de nous arranger: il y a une question sur laquelle nous sommes tous d’accord: celle qui a trait aux secours aux victimes de la guerre. Il faut leur venir en aide tout de suite. Que les amis de Rodin et de sa conception d’art fassent une fondation, cela est parfait. Mais qu’un immeuble d’État leur soit donné, je dis non. Je demande que cette maison soit mise à la disposition du ministre de la Guerre pour la création d’un asile en faveur d’une classe de mutilés particulièrement intéressante, ceux qui sont incapables de rééducation physique, incapables, par conséquent, de gagner leur vie.
Vous avez parlé de statues qui élèveraient l’âme des visiteurs de cet hôtel Biron. Vous me permettrez à cet égard une métaphore qui est vraiment bien à sa place, en l’espèce.—Il y aurait là, dans ce jardin ouvert au public, comme des statues vivantes représentant le sacrifice à la patrie, avec lesquelles pourraient causer les enfants, et desquelles les générations à venir apprendraient comment on peut se sacrifier pour la patrie. (Très bien! à droite.)
C’est là une cause sur laquelle nous sommes tous d’accord; et je voudrais qu’un vote unanime sur cette question des mutilés de la guerre confondît dans les urnes les voix de tous les bons Français! (Très bien! très bien! à droite.)
M. le sous-secrétaire d’État.—Je demande la parole.
M. le président.—La parole est à M. le sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts.
M. le sous-secrétaire d’État.—L’adoption de la proposition de l’honorable M. de Lamarzelle aurait comme conséquence directe l’échec complet de l’acceptation, par le Parlement, de la donation Rodin. Il ne faut pas s’y tromper, en effet.
M. de Lamarzelle voudra bien croire que ceux de ses collègues qui voteront et les membres du Gouvernement qui ont déposé le projet Rodin ont, comme lui, le souci de l’avenir des mutilés de la guerre. Mais il ne faudrait tout de même pas, sous le prétexte d’assurer à ces derniers un abri que nous pouvons facilement leur trouver ailleurs, que l’on fît échouer d’une façon définitive la donation qui doit enrichir l’art français. J’ai confiance que le Sénat repoussera le contre-projet de M. de Lamarzelle. (Très bien! très bien!)
M. le président.—Je consulte le Sénat sur l’amendement présenté par M. de Lamarzelle comme contre-projet.
(Le Sénat n’a pas adopté.)
M. le président.—M. de Lamarzelle vient de me faire parvenir plusieurs dispositions additionnelles à l’article unique du projet de loi.
Avant de les mettre en délibération, je donne une nouvelle lecture de cet article:
«Sont acceptées définitivement, aux charges et conditions stipulées, les donations consenties à l’État par M. Auguste Rodin, statuaire, grand officier de la Légion d’honneur, suivant actes notariés des 1er avril, 13 septembre et 25 octobre 1916, dont copies sont annexées à la présente loi.»
Je mets aux voix l’article unique du projet de loi.
(Ce texte est adopté.)
M. le président.—Je donne lecture de la première des dispositions additionnelles présentées par M. de Lamarzelle: «Ajouter à la fin de l’article la disposition suivante: A l’exception, toutefois, des clauses concernant la chapelle, laquelle ne sera pas comprise dans l’immeuble affecté au musée.»
M. le président de la Commission.—La Commission, d’accord avec le Gouvernement, demande au Sénat de ne pas prendre cet amendement en considération. (Très bien!)
M. le président.—La parole est à M. de Lamarzelle, sur la prise en considération.
M. de Lamarzelle.—Messieurs, je suis un peu étonné, pas trop cependant, que le Gouvernement repousse mon amendement.
Le Gouvernement lui-même, en effet, dans l’acte de donation, s’est réservé le droit d’extraire de la donation, si je puis m’exprimer ainsi, les clauses relatives à la chapelle, c’est-à-dire de reprendre cette chapelle.
Il a fait preuve en cela d’un sentiment de délicatesse dont je ne saurais assez le louer. Eh bien, je lui demande d’aller jusqu’au bout et de décider que la chapelle ne fera pas partie de la donation.
Il serait superflu de revenir sur la nature et la cause des sentiments qui me guident; mais enfin la chapelle va recevoir certaines œuvres que vous savez (Mouvements divers.), je laisse de côté le musée secret.
M. le sous-secrétaire d’État.—Il n’y en a pas.
M. de Lamarzelle.—M. Rodin lui-même, cependant, l’a reconnu dans une interview.
M. le sous-secrétaire d’État.—L’interview est inexacte.
M. de Lamarzelle.—Je le veux bien; il n’y a donc pas de musée secret, mais il y a un musée qualifié par M. le rapporteur de la Chambre dans les termes que je vous ai dits...
M. le rapporteur.—Il y a du nu!
M. de Lamarzelle.—Ce n’est pas la question!...avec le caractère indiqué dans les lignes que j’ai citées tout à l’heure et qui sont très caractéristiques.
M. le rapporteur.—Ingres a dit: «Ce qui est indécent, ce n’est pas le nu, c’est le retroussé». (Sourires approbatifs.)
M. de Lamarzelle.—C’est le rapporteur de la Chambre qui a commis l’exagération...
M. le rapporteur.—Son admiration a exagéré son expression.
M. de Lamarzelle.—Je le veux bien, mais le document est authentique, il restera: le rapporteur, organe de sa Commission, a caractérisé l’œuvre de Rodin comme je l’ai indiqué.
M. le rapporteur.—Il l’a fait avec éloquence!
M. de Lamarzelle.—Eh bien, je répète que l’introduction, dans la chapelle, des œuvres de Rodin, telles qu’elles sont décrites dans le rapport de M. Simyan, serait un acte blessant, non pas seulement pour tous les catholiques, mais pour tous ceux qui ont certains sentiments de délicatesse.
Tout à l’heure, on nous disait avec éloquence: «Alors que tant d’œuvres d’art sont détruites par la guerre, c’est le moment, pour l’État, d’en acquérir d’autres.» Je renverse l’argument et je dis: Ce n’est pas au moment où tant d’églises catholiques viennent d’être détruites par l’envahisseur—plus de trois mille!—qu’il faut, permettez-moi de prononcer le mot qui est sur mes lèvres et que je ne prends pas dans son sens mondain mais dans le sens religieux, qu’il faut déshonorer une chapelle!
M. le rapporteur.—Les œuvres auxquelles il est fait allusion sont de petites œuvres; elles sont dans l’hôtel Biron. Mais, dans la chapelle, il n’y aura que la vingtaine des grands chefs-d’œuvre devant lesquels la mère, sans danger, pourra conduire sa fille.
M. de Lamarzelle.—Oui, tant que vous serez là, peut-être, mais c’est un musée pour toujours que vous créez!
Je dis que, dans ce moment où nous sommes si unis—nous venons de le constater une fois de plus tout à l’heure à l’audition du remarquable discours de M. le ministre des Finances—vous devez faire disparaître de ce projet cette cause de division.
Je ne vous demande que peu de chose: retirer la chapelle de la donation; admettez même, si vous voulez, qu’elle soit rendue au culte: vous devez bien cela aux catholiques de France, si unis avec vous sur tous les terrains, dans un patriotisme complet, comme M. le ministre des Finances vient de vous le dire. (Très bien! très bien! à droite.)
M. le président.—Je consulte le Sénat sur la prise en considération de l’amendement de M. de Lamarzelle, dont j’ai donné lecture.
(Le Sénat n’a pas adopté.)
M. le président.—M. de Lamarzelle se proposait d’ajouter la disposition suivante:
«Toutefois, il sera ajouté à l’article 3 de la deuxième donation, après les mots «destiner par la suite» ceux-ci: «et qui auront été comptées par une commission nommée par le sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts.»
Mais cet amendement portant, non sur l’article unique, mais sur le texte même de la convention, je ne puis le mettre en délibération. (Assentiment.)
M. de Lamarzelle.—Je n’insiste pas.
M. le président.—Je donne connaissance au Sénat du dernier amendement présenté par M. de Lamarzelle:
«Ajouter la disposition suivante:
«Toutefois, il sera ajouté aux actes de donation susvisés une clause aux termes de laquelle l’acceptation desdites donations, ainsi que les avantages qu’elles confèrent au donateur, seront révoqués purement et simplement, dans le cas d’inexécution dûment constatée d’un des engagements de M. Rodin.»
La parole est à M. de Lamarzelle sur la prise en considération.
M. de Lamarzelle.—Le premier acte de donation comporte, messieurs, des conditions résolutoires ainsi conçues:
«Dans le cas d’inexécution dûment constatée de toutes les conditions ci-dessous, ou de l’une d’elles seulement, la présente donation sera révoquée purement et simplement et M. Rodin reprendra la propriété des biens donnés.»
M. le rapporteur nous dit, à la page 5 de son rapport, que c’est là une clause de style; je lui en demande bien pardon: dans le régime des donations, on distingue les causes déterminantes de la donation, donnant lieu à des conditions résolutoires et les causes secondaires qui ne donnent pas lieu à la résolution, si la condition n’a pas été accomplie. C’est là une distinction classique en matière de donations.
M. le rapporteur.—Bien entendu.
M. de Lamarzelle.—Par conséquent, votre clause est tout à fait exorbitante du droit commun.
En effet, en ce qui touche M. Rodin, si la moindre condition de la donation—il dit, par exemple, que le chauffage sera organisé de telle façon—n’est pas exécutée, si le chauffage n’est pas organisé comme il convient, si M. Rodin est mal chauffé—je prends cet exemple le plus topique, mais il y en a bien d’autres—M. Rodin aura le droit de dire: «Voilà une condition qui n’est pas importante, c’est vrai, mais comme la donation doit tomber pour inexécution de n’importe quelle condition, elle tombera!»
L’État, au contraire, lui, est soumis au droit commun; la donation, pour lui, n’est révocable que si les conditions résolutoires ne sont pas réalisées.
Je dis que si l’on sort du droit commun à l’égard de M. Rodin, il faut en sortir aussi à l’égard de l’État: c’est un principe formel de notre droit, que l’égalité des parties doit exister dans un contrat synallagmatique.
Je demande donc simplement que l’égalité soit maintenue, conformément au droit commun, entre les deux parties, l’État et M. Rodin. (Très bien! à droite.)
M. le sous-secrétaire d’État.—Je me permettrai de faire observer à l’honorable M. de Lamarzelle que M. Rodin donne et que l’État reçoit.
M. de Lamarzelle.—Pardon! L’État donne aussi de son côté.
M. le président de la Commission.—Que donne-t-il?
M. de Lamarzelle.—L’immeuble où l’on installe le musée; d’autre part, si, au bout de vingt-cinq ans, cet immeuble est désaffecté, l’État logera les œuvres de M. Rodin dans un autre immeuble.
M. le sous-secrétaire d’État.—Quelle clause M. Rodin pourra-t-il ne pas remplir?
M. de Lamarzelle.—Je ne puis répondre, n’ayant pas sous les yeux le texte de la donation: il pourrait vendre, par exemple, une de ses œuvres.
M. le sous-secrétaire d’État.—Il s’est interdit ce droit, par le texte de la donation, dès maintenant; c’est ainsi que depuis la première donation, c’est l’Administration des Beaux-Arts qui a la conservation de tous les objets compris dans la donation et que M. Rodin s’est interdit même le droit de faire faire des répliques sans le consentement de cette Administration. Dans ces conditions, je ne vois pas à quelle clause M. Rodin pourrait manquer. Voter ce texte serait injurieux pour lui.
M. de Lamarzelle.—Alors le texte de M. Rodin est injurieux pour l’État?
M. le sous-secrétaire d’État.—M. Rodin pose ses conditions.
M. de Lamarzelle.—L’État supporte de son côté des charges énormes: il donne l’hôtel Biron.
M. le président de la Commission.—Il le loue.
M. de Lamarzelle.—Si vous voulez, M. Rodin, dans ce contrat, se trouve donc dans une situation privilégiée.
M. le sous-secrétaire d’État.—Les droits de reproduction sont, dès maintenant, acquis à ce musée. Je vous donne ce renseignement qu’il y a, dès maintenant, pour plus de 150.000 francs de commandes dont le montant tombera dans la caisse de ce musée. Il vivra donc par ses propres ressources, et si, un jour, il veut se transporter ailleurs, il en aura sans doute les moyens. Je ne vois pas en quoi M. Rodin pourrait manquer alors qu’il a le désir de nous apporter ses collections.
L’État a, en même temps, des droits de conservation, puisque, depuis le jour de la première donation, ce sont les gardiens nationaux qui surveillent les collections au dépôt des marbres et même à Meudon.
M. de Lamarzelle.—Je serais désolé de discuter, au sujet de cette question, une question de gros sous; mais, enfin, nous évaluons, d’un côté, ce que donne M. Rodin, d’un autre côté, ce que donne l’État. Si la valeur vénale des œuvres de M. Rodin peut être telle aujourd’hui, elle peut être différente dans vingt ans. Nous ne savons rien de ce que nous donne M. Rodin, au point de vue vénal, tandis que nous savons ce que donne l’État à M. Rodin, à l’heure actuelle.
M. le président de la Commission.—L’État prête son immeuble.
M. de Lamarzelle.—Il y a des conditions venant de causes déterminantes et des conditions venant de causes accidentelles. Pour toutes ces conditions M. Rodin a le droit de révoquer la donation. Au contraire, l’État reste sous l’empire du droit commun. Il n’y a que les conditions déterminantes pour lesquelles il puisse demander la révocation. L’État est donc dans un état d’infériorité vis-à-vis de M. Rodin, ce qui est contraire à l’équité. (Aux voix! aux voix!)
M. le président.—Je consulte le Sénat sur la prise en considération de l’amendement de M. de Lamarzelle.
(Le Sénat n’a pas adopté.)
M. le président.—En conséquence, l’article unique du projet de loi demeure adopté.
Adoption d’un projet de loi ouvrant un crédit pour la création d’un
musée rodin.
M. le président.—L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi, adopté par la Chambre des députés, portant ouverture, sur l’exercice 1916, d’un crédit de 10.813 francs en vue de la création d’un musée Rodin.
Si personne ne demande la parole dans la discussion générale, je consulte le Sénat sur la question de savoir s’il entend passer à la discussion de l’article unique du projet de loi.
(Le Sénat décide qu’il passe à la discussion de l’article unique.)
M. le président.—Je donne lecture de cet article:
«Article unique.—Il est ouvert au ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Inventions intéressant la Défense nationale, au titre de l’exercice 1916, en addition aux crédits provisoires alloués par les lois des 29 décembre 1915, 30 mars et 30 juin 1916, et par des lois spéciales pour les dépenses du budget général, un crédit de 10.813 francs applicable à un chapitre nouveau de la deuxième section du budget de ce ministère (Beaux-Arts) portant le nº 55 bis et intitulé: «Musée Rodin.—Matériel.»
Si personne ne demande la parole sur cet article, je le mets aux voix.
Il va être procédé au scrutin.
(Les votes sont recueillis.—MM. les secrétaires en opèrent le dépouillement.)
M. le président.—Voici, messieurs, le résultat du scrutin:
| Nombre des votants | 239 |
| Majorité absolue | 120 |
| Pour l’adoption | 212 |
| Contre | 27 |
TABLE
| Rodin a l’Hotel de Biron | 1 |
| Notes d’Album | 53 |
| Rodin a Meudon | 86 |
| Appendice | 129 |