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Ruy Blas: Drame cover

Ruy Blas: Drame

Chapter 19: SCÈNE QUATRIÈME.
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About This Book

A humble servant is elevated by a vindictive noble as part of a scheme to disgrace the court, then unexpectedly succeeds in gaining political authority and popular esteem. He pursues earnest reforms and becomes consumed by an impossible love for the queen, placing personal passion against public duty. When the conspiracy and his true origins are exposed, the resulting collision of honor, social hypocrisy, and thwarted desire produces a tragic denouement that punishes both the manipulator and the man caught between two worlds.

SCÈNE QUATRIÈME.

RUY BLAS, seul.

Il est comme absorbé dans une contemplation angélique.

Devant mes yeux c’est le ciel que je voi!

De ma vie, ô mon Dieu! cette heure est la première.

Devant moi tout un monde, un monde de lumière,

Comme ces paradis qu’en songe nous voyons,

S’entr’ouvre en m’inondant de vie et de rayons!

Partout, en moi, hors moi, joie, extase et mystère,

Et l’ivresse, et l’orgueil, et ce qui sur la terre

Se rapproche le plus de la Divinité,

L’amour dans la puissance et dans la majesté!

La reine m’aime! ô Dieu! c’est bien vrai, c’est moi-même.

Je suis plus que le roi puisque la reine m’aime!

Oh! cela m’éblouit. Heureux, aimé, vainqueur!

Duc d’Olmedo,—l’Espagne à mes pieds,—j’ai son cœur!

Cet ange qu’à genoux je contemple et je nomme,

D’un mot me transfigure et me fait plus qu’un homme.

Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé!

Oh! oui, j’en suis bien sûr, elle m’a bien parlé.

C’est bien elle. Elle avait un petit diadème

En dentelle d’argent. Et je regardais même,

Pendant qu’elle parlait,—je crois la voir encor,—

Un aigle ciselé sur son bracelet d’or.

Elle se fie à moi, m’a-t-elle dit.—Pauvre ange!

Oh! s’il est vrai que Dieu, par un prodige étrange,

En nous donnant l’amour, voulut mêler en nous

Ce qui fait l’homme grand à ce qui le fait doux,

Moi, qui ne crains plus rien maintenant qu’elle m’aime,

Moi, qui suis tout-puissant, grâce à son choix suprême,

Moi, dont le cœur gonflé ferait envie aux rois,

Devant Dieu qui m’entend, sans peur, à haute voix,

Je le dis, vous pouvez vous confier, madame,

A mon bras comme reine, à mon cœur comme femme!

Le dévoûment se cache au fond de mon amour

Pur et loyal!—Allez, ne craignez rien!—

Depuis quelques instants, un homme est entré par la porte du fond, enveloppé d’un grand manteau, coiffé d’un chapeau galonné d’argent. Il s’est avancé lentement vers Ruy Blas sans être vu, et, au moment où Ruy Blas, ivre d’extase et de bonheur, lève les yeux au ciel, cet homme lui pose brusquement la main sur l’épaule. Ruy Blas se retourne comme réveillé subitement; l’homme laisse tomber son manteau, et Ruy Blas reconnaît don Salluste. Don Salluste est vêtu d’une livrée couleur de feu à galons d’argent, pareille à celle du page de Ruy Blas.