Un rustre en son buffet avais mis un fromage,
Lorsque par une fente il aperçoit un rat;
Vite, il y fait entrer son chat,
Afin d'empêcher le dommage:
Mais notre Mitis, aux aguets,
Mange le rat d'abord, et le fromage après.
LE BAILLY.
L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE
Aidons-nous mutuellement,
La charge de nos maux en sera plus légère;
Le bien que l'on fait à son frère
Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.
Confucius l'a dit: suivons tous sa doctrine.
Pour la persuader aux peuples de la Chine,
Il leur contait le trait suivant:
Dans une ville de l'Asie
Il existait deux malheureux,
L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux.
Ils demandaient au ciel de terminer leur vie;
Mais leurs vœux étaient superflus,
Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,
Couché sur un grabat dans la place publique,
Souffrait sans être plaint; il en souffrait bien plus.
L'aveugle à qui tout pouvait nuire,
Etait sans guide, sans soutien,
Sans avoir même un pauvre chien
Pour l'aimer et pour le conduire.
Un certain jour il arriva
Que l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,
Près du malade se trouva;
Il entendit ses cris, son âme en fut émue.
Il n'est tels que les malheureux
Pour se plaindre les uns aux autres.
«J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres;
Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.
—Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,
Que je ne puis faire un seul pas,
Vous-même vous n'y voyez pas:
A quoi nous servirait d'unir notre misère?
—A quoi? répond l'aveugle, écoutez: à nous deux
Nous possédons le bien à chacun nécessaire:
J'ai des jambes et vous des yeux;
Moi, je vais vous porter, vous, serez mon guide:
Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés;
Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.
Ainsi, sans que jamais notre amitié décide
Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,
Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.
FLORIAN.
LE
DANSEUR DE CORDE ET LE BALANCIER
Sur la corde tendue un jeune voltigeur
Apprenait à danser; et déjà son adresse,
Ses tours de force, de souplesse,
Faisaient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance,
Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,
Hardi, léger autant qu'adroit,
Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche sans qu'on le voie,
A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,
Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m'embarrasse?
Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grâce,
De force et de légèreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras et tombe.
Il se casse le nez, et tout le monde en rit.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe?
La vertu, la raison, les lois, l'autorité,
Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine?
C'est le balancier qui vous gêne,
Mais qui fait votre sûreté.
FLORIAN.
LE GRILLON
Un pauvre petit grillon,
Caché dans l'herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs,
L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes:
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
«Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas;
Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.
L'insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;
Un troisième survient, et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux vivons caché.
FLORIAN.
LE ROI ALPHONSE
Certain roi qui régnait sur les rives du Tage,
Et que l'on surnomma le Sage,
Non parce qu'il était prudent,
Mais parce qu'il était savant,
Alphonse, fut surtout un habile astronome:
Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,
Et quittait son conseil
Pour la lune ou pour le soleil.
Un soir qu'il retournait à son observatoire,
Entouré de ses courtisans:
«Mes amis, disait-il, enfin j'ai lieu de croire
Qu'avec mes nouveaux instruments
Je verrai cette nuit des hommes dans la lune.
—Votre Majesté les verra,
Répondait-on; la chose est même trop commune.
Pendant tous ces discours, un pauvre dans la rue,
S'approche, en demandant humblement chapeau bas,
Quelques maravédis; le roi ne l'entend pas,
Et sans le regarder son chemin continue.
Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main,
Toujours renouvelant sa prière importune;
Mais les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain,
Répétait: «Je verrai des hommes dans la lune.»
Enfin le pauvre le saisit
Par son manteau royal, et gravement lui dit:
«Ce n'est pas de là-haut, c'est des lieux où nous sommes
Que Dieu vous a fait souverain.
Regardez à vos pieds: là vous verrez des hommes,
Et des hommes manquant de pain.
FLORIAN.
LE HIBOU, LE CHAT, L'OISON ET LE RAT
De jeunes écoliers avaient pris dans un trou
Un hibou,
Et l'avaient élevé dans la cour du collège.
Un vieux chat, un jeune oison,
Nourris par le portier, étaient en liaison
Avec l'oiseau; tous trois avaient le privilège
D'aller et de venir par toute la maison.
A force d'être en classe
Ils avaient orné leur esprit,
Savaient par cœur Denis d'Halicarnasse,
Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit.
Un soir, en disputant, des docteurs c'est l'usage,
Ils comparaient entre eux les peuples anciens.
«Ma foi, disait le chat, c'est aux Égyptiens
Que je donne le prix: c'était un peuple sage,
Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux,
Rempli de respect pour ses dieux;
Cela seul à mon gré lui donne l'avantage.
—J'aime mieux les Athéniens,
Répondit le hibou: que d'esprit! que de grâce!
Et dans les combats quelle audace.
Que d'aimables héros parmi leurs citoyens!
A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens?
Des nations c'est la première.
—Parbleu, dit l'oison, en colère,
Messieurs, je vous trouve plaisants:
Et les Romains que vous en semble?
Est-il un peuple qui rassemble
Plus de grandeur, de gloire et de faits éclatants?
Dans les arts, comme dans la guerre,
Ils ont surpassé vos amis.
Pour moi ce sont mes favoris:
Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre.»
Chacun des trois pédants s'obstine en son avis,
Quand un rat, qui de loin entendait la dispute,
Rat savant qui mangeait des thèmes dans sa hutte,
Leur cria: «Je vois bien d'où viennent vos débats:
L'Égypte vénérait les chats,
Athènes les hiboux, et Rome, au Capitole,
Aux dépens de l'État nourrissait des oisons:
Ainsi notre intérêt est souvent la boussole
Que suivent nos opinions.»
FLORIAN.
LA BREBIS ET LE CHIEN
La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah! disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois pour prix de ton zèle
Des coups et souvent le trépas.
Moi qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu'un de ma famille
Assassiné par ces méchants.
Leurs confrères, les loups, dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste!
Il est vrai, dit le chien! mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère?
Va, ma sœur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
FLORIAN.
LE PACHA ET LE DERVIS
Un Arabe, à Marseille, autrefois m'a conté
Qu'un pacha turc, dans sa patrie,
Vint porter certain jour un coffret cacheté
Au plus sage dervis qui fût en Arabie.
Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis,
Des diamants de très grand prix:
C'est un présent que je veux faire
A l'homme que tu jugeras
Être le plus fou de la terre.
Cherche bien, tu le trouveras.
Muni de son coffret, notre bon solitaire
S'en va courir le monde. Avait-il donc besoin
D'aller si loin?
L'embarras de choisir était sa grande affaire:
Des fous toujours plus fous venaient de toutes parts
Se présenter à ses regards.
Notre pauvre dépositaire,
Pour l'offrir à chacun, saisissait le coffret:
Mais un pressentiment secret
Lui conseillait de n'en rien faire,
L'assurant qu'il trouverait mieux.
Errant ainsi de lieux en lieux,
Embarrassé de son message,
Enfin, après un long voyage,
Notre homme et le coffret arrivent un matin
Dans la ville de Constantin.
Il trouve tout le peuple en joie:
«Que s'est-il donc passé?—Rien, lui dit un iman;
C'est notre grand-vizir que le sultan envoie,
Au moyen d'un lacet de soie,
Porter au prophète un firman.
Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;
Et, comme ce sont des misères,
Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.
—Souvent?—Oui.—C'est fort bien. Votre nouveau vizir
Est-il nommé?—Sans doute, et le voilà qui passe.»
Le dervis à ces mots court, traverse la place,
Arrive, et reconnaît le pacha son ami.
«Bon! te voilà, dit celui-ci,
Et le coffret?—Seigneur, j'ai parcouru l'Asie:
J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.
Aujourd'hui ma course est finie;
Daignez l'accepter, grand-vizir.»
FLORIAN.
LE COLIMAÇON
Sans ami, comme sans famille,
Ici-bas vivre en étranger;
Se retirer dans sa coquille
Au signal du moindre danger;
S'aimer d'une amitié sans bornes;
De soi seul emplir sa maison;
En sortir, suivant la saison,
Pour faire à son prochain les cornes;
Signaler ses pas destructeurs
Par les traces les plus impures;
Outrager les plus belles fleurs
Par ses baisers ou ses morsures;
Enfin, chez soi comme en prison,
Vieillir de jour en jour plus triste;
C'est l'histoire de l'égoïste,
Et celle du colimaçon.
ARNAULT.
L'ANE ET LA FLUTE
Les sots sont un peuple nombreux,
Trouvant toutes choses faciles;
Il faut le leur passer: souvent ils sont heureux:
Grand motif de se croire habiles.
Un âne, en broutant ses chardons,
Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,
D'une flûte dont les doux sons
Attiraient et charmaient les bergers du bocage.
Cet âne mécontent disait: «Ce monde est fou!
Les voilà tous, bouche béante,
Admirant un grand sot qui sue et se tourmente
A souffler dans un petit trou.
C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaire
Tandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici:
Car je me sens trop en colère.»
Notre âne en raisonnant ainsi,
Avance quelques pas, lorsque sur la fougère,
Une flûte, oubliée en ces champêtres lieux
Par quelque pasteur amoureux,
Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,
Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux;
Une oreille en avant, lentement il se baisse,
Applique son museau sur le pauvre instrument,
Et souffle tant qu'il peut; oh! hasard incroyable!
Il en sort un son agréable.
L'âne se croit un grand talent.
Et, tout joyeux, s'écrie, en faisant la culbute:
«Eh! je joue aussi de la flûte.»
FLORIAN.
LES DEUX RATS
(Voir page 105.)
Certain rat de campagne, en son modeste gîte,
De certain rat de ville eut un jour la visite;
Ils étaient vieux amis: quel plaisir de se voir!
Le maître du logis veut, selon son pouvoir,
Régaler l'étranger; il vivait de ménage,
Mais donnait de bon cœur, comme on donne au village.
Il va chercher, au fond de son garde-manger,
Du lard qu'il n'avait pas achevé de ronger,
Des noix, des raisins secs; le citadin, à table,
Mange du bout des dents, trouve tout détestable.
«Pouvez-vous bien, dit-il, végéter tristement,
Dans un trou de campagne enterré tout vivant?
Croyez-moi, laissez là cet ennuyeux asile;
Venez voir de quel air nous vivons à la ville.
Hélas! nous ne faisons que passer ici-bas;
Les rats petits et grands marchent tous au trépas;
Ils meurent tout entiers, et leur philosophie
Doit être de jouir d'une si courte vie,
D'y chercher le plaisir. Qui s'en passe est bien fou.»
L'autre, persuadé, saute hors de son trou.
Vers la ville à l'instant ils trottent côte à côte;
Ils arrivent la nuit; la muraille était haute;
La porte était fermée; heureusement nos gens
Entrent sans être vus, sous le seuil se glissant.
Dans un riche logis nos voyageurs descendent;
A la salle à manger promptement ils se rendent.
Sur un buffet ouvert trente plats desservis
Du souper de la veille étalaient les débris.
L'habitant de la ville, aimable et plein de grâce,
Introduit son ami, fait les honneurs, le place;
Et puis, pour le servir, sur le buffet trottant,
Apporte chaque mets, qu'il goûte en l'apportant.
Le campagnard, charmé de sa nouvelle aisance,
Ne songeait qu'au plaisir et qu'à faire bombance,
Lorsqu'un grand bruit de porte épouvante nos rats:
Ils étaient au buffet, ils se jettent en bas,
Courent, mourant de peur, tout autour de la salle;
Pas un trou!... De vingt chats une bande infernale
Par de longs miaulements redouble leur effroi.
«Oh! oh! ce n'est pas là ce qu'il me faut à moi,
Dit le rat campagnard; mon humble solitude
Me garantit du bruit et de l'inquiétude;
Là je n'ai rien à craindre, et si j'y mange peu,
J'y mange en paix du moins; et j'y retourne... adieu.»
ANDRIEUX.
L'HORLOGE ET LE CADRAN SOLAIRE
Un jour la montre au cadran insultait,
Demandant l'heure qu'il était.
«Je n'en sais rien, dit le greffier solaire.
—Et que fais-tu donc là si tu n'en sais pas plus?
—J'attends, répondit-il, que le soleil m'éclaire,
Je ne sais rien que par Phébus.
—Attends-le donc; moi je n'en ai que faire,
Dit l'horloge; sans lui je vais toujours mon train.
Tous les huit jours un tour de main,
C'est autant qu'il m'en faut pour toute ma semaine.
Je chemine sans cesse et ce n'est point en vain
Que mon aiguille en ce rond se promène.
Ecoute; voilà l'heure»; elle sonne à l'instant:
Une, deux, trois et quatre. «Il en est tout autant»,
Dit-elle. Mais tandis que la montre décide,
Phébus, de ses ardents regards
Chassant nuages et brouillards,
Regarde le cadran, qui fidèle à son guide,
Marque quatre heures et trois quarts.
«Mon enfant, dit-il à l'horloge,
Va-t'en te faire remonter.
Tu te vantes, sans hésiter,
De répondre à qui t'interroge:
Mais qui t'en croit peut bien se mécompter.
Je te conseillerais de suivre mon usage:
Si je ne vois bien clair, je dis: je n'en sais rien.
Je parle peu, mais je dis bien;
C'est le caractère du sage.»
LAMOTTE.
L'ABEILLE ET LA MOUCHE
L'abeille, par un beau matin,
Picorant sur sa route et la rose et le thym,
S'en alla visiter sa parente la mouche.
Celle-ci relevait de couche,
Et, seule dans un coin, avait le cœur chagrin,
N'ayant causé depuis la veille;
Mais elle se remit voyant venir l'abeille.
Pattes dessus, pattes dessous.
Elle lui fait mille caresses.
Hé! bonjour, cousine; est-ce vous?
Quel bon vent, dites-moi, vous amène chez nous?
La faiseuse de miel lui rend ses politesses,
Caresse pour caresse, et caquet pour caquet,
Ainsi qu'il se pratique entre bonnes amies.
Ayant mis fin à leurs cérémonies,
L'abeille lui parla d'un miel qu'elle avait fait;
C'était un miel exquis, parfait,
A son gré préférable à celui de l'Hymette.
«Il faut, dit-elle, il faut que je vous en remette,
Pour vos maux de poitrine il sera souverain:
Et d'abord, apprenez comment je le compose:
De serpolet, de romarin
Je mélange un extrait avec du suc de rose,
Ensuite j'y joins une dose.....»
La mouche l'interrompt enfin.
«Cousine, parlons d'autre chose;
Croit-on que l'été sera chaud?
—Ah! reprit l'abeille aussitôt,
On craint bien que le miel ne manque cette année:
Heureusement j'en suis approvisionnée,
Et pour passer l'hiver j'aurai ce qu'il m'en faut,
Pour peu qu'à travailler mon essaim s'évertue.
—Je n'y tiens plus, l'ennui me tue,
Reprit l'autre: sortons; je reprends mes vapeurs.
—Des vapeurs! Ah! ma sœur, y seriez-vous sujette?
J'ai pour ce mal une recette
Excellente, et qu'en vain vous chercheriez ailleurs;
Et je vais d'abord vous la dire:
D'un extrait de mon miel avec un peu de cire....,
—Eh! de grâce, à la fin laissez là votre miel,
Reprit la mouche impatiente:
Je ne crois pas que sous le ciel
Jamais bavarde impertinente
Ait tenu des propos d'un ennui plus mortel.
Adieu; partez: de votre vie
Ne remettez les pieds chez moi.»
Il faut en toute compagnie
Le moins qu'on peut parler de soi.
GRENUS.
LE LABOUREUR
Allons bœuf, et toi, bouvillon,
Aimez-vous mieux, cœur sans courage,
Toujours provoquer l'aiguillon
Que d'avancer ce labourage?
Le jour s'en va; voici le tard,
Et ces maudits n'ont pas en somme,
De l'arpent sillonné le quart.
Il faut demain qu'on les assomme.
Dieu soit loué! dit le plus vieux,
Aussi bien ce travail nous tue,
Une mort prompte nous plaît mieux
Que votre éternelle charrue.
La maudite au pauvre animal
Attire et menace et piqûre:
Parlez-lui: je ferais gageure
Que c'est elle ici qui va mal.
«Eh! bien, dit l'homme, allez, charrue!
Allez donc! N'entendez-vous pas?
Devant, derrière on s'évertue,
Et vous ne pouvez faire un pas!
—On se plaint de moi! Quelle injure!
Répondit-elle en gémissant,
Je vais de mon mieux, je vous jure.
Voyez ce fer obéissant!
Il est poli comme une glace,
Et brûlait moins sous le marteau,
Mais comment emporter morceau
D'un sol si dur et si tenace?
—Ainsi, champ fatal, c'est donc toi
Que devrait punir ma colère!
Dit le rustre en frappant la terre;
Songe un peu que je suis ton roi!
Pourquoi ces barbares caprices?
Toujours trempé de mes sueurs,
Tu veux l'être encor de mes pleurs,
Et mon sang ferait tes délices.»
A ces mots, du sein des guérets,
Une voix s'élève et lui crie:
«Mets donc un terme à ta furie,
Ou je retire mes bienfaits.
Insensé, tes bœufs, ta charrue,
Ton champ, font très-bien leur devoir;
Les défauts qu'en eux tu crois voir,
C'est chez toi qu'ils frappent ma vue.
Tu veux gronder? Apprends d'abord,
Apprends des experts du village
A bien guider ton attelage,
Et tais-toi, car toi seul as tort.»
J-J. PORCHAT.
LA SOURIS BLOQUÉE
Une souris de campagne
Choisit pour cantonnement
Un vaste champ de froment:
C'était pays de Cocagne.
Dans son trou dès le matin
Par la faim sollicitée
D'un riant espoir flattée,
Elle courait au butin.
Du lendemain n'avait cure,
Faisant ses quatre repas,
Puis courant à ses ébats:
Bref tout aux lois d'Épicure
Dans le fond de son réduit
Jamais de graine amassée;
Un peu de paille entassée,
Voilà tout; c'était son lit.
Devers son manoir tranquille
Un maudit chat vint rôder;
Elle, habile à s'évader,
D'un saut gagna son asile.
Soit! nous reviendrons demain,
Dit-il faisant la grimace:
Puis observant bien la place,
Il poursuivit son chemin.
Le matois dès l'aube arrive;
Mais il a beau se blottir,
La souris près de sortir,
L'aperçoit, rentre et s'esquive.
Oh! dit-il, un peu confus,
Celle-ci me fait la nique!
Nous l'aurons, et je m'en pique!
Changeons le siège en blocus.
Aussitôt devant la porte
Vient se camper le matou,
Les yeux fixés sur le trou.
Qu'elle paraisse, elle est morte!
Il faudra faire une fin,
Dit-il, petite rebelle.
Choisissez, mademoiselle,
De ma gueule ou de la faim.
L'autre de terreur glacée,
Et tremblante au fond du nid,
De jeûner bientôt lassée,
En pleurant mangea son lit.
Vain secours, faible ressource.
Ah! que n'a-t-elle amassé
Tant de froment dispersé
Sans profit dans mainte course!
Dans son gîte elle pourrait
Du chat braver la menace.
Tant qu'enfin de cette place
L'appétit le chasserait.
Cependant l'âpre famine
Ronge, affaiblit la souris.
Pour échapper du logis,
Ouvrons, dit-elle, une mine.
Mais vit-on jamais quelqu'un
Travailler sans nourriture!
Hélas! la terre est si dure,
Quand l'estomac est à jeun!
Elle cesse, elle succombe
Et dit: Je n'ai plus d'espoir,
C'en est fait et dès ce soir,
Ma maison sera ma tombe.
Ah! plutôt sortons d'ici.
Puisqu'il faut que je périsse,
Pour abréger mon supplice,
Rendons-nous à l'ennemi.
Vers lui la pauvrette avance,
De l'œil encor l'implorant;
Le chat sur elle s'élance,
Et la croque en murmurant:
Du sage l'on compte en somme
Mille définitions,
Le sage pour moi c'est l'homme
Qui fait des provisions.
J.-J. PORCHAT.
TABLE
| Préface | 3 | |
| Le Père et l'Enfant | J.-J. Porchat | 5 |
| Une bonne semaine | Mme Amable Tastu | 6 |
| Aux jeunes Gens.—Sonnet | Drelincourt | 6 |
| La Feuille du chêne | Millevoye | 7 |
| Le séjour dans le pays natal | A. Vinet | 8 |
| Prière d'Esther | Racine | 9 |
| Les Hirondelles | Béranger | 11 |
| La pauvre Fille | A. Soumet | 12 |
| Le Colporteur vaudois | G. de Félice | 13 |
| La pauvre Veuve malade | G. de Félice | 15 |
| Le départ du petit Savoyard | A. Guiraud | 17 |
| Le petit Savoyard à Paris | A. Guiraud | 19 |
| Le retour du petit Savoyard | A. Guiraud | 20 |
| L'Écolier | Mme Debsordes-Valmore | 22 |
| Les dix francs d'Alfred | A. Guérin | 25 |
| La Vache perdue | Casimir Delavigne | 27 |
| Athalie interrogeant Joas | Racine | 30 |
| Bonheur de l'Enfant pieux | J. Racine | 35 |
| L'Enfant et la Fauvette | L. Tournier | 36 |
| L'Hirondelle | Th. Gontard | 36 |
| Elégie | André Chénier | 37 |
| Le petit Enfant | L. Tournier | 38 |
| Le petit Espiègle | Mme Desbordes-Valmore | 39 |
| L'Enfant aveugle | J.-F. Chatelain | 40 |
| L'Enfant du soldat | 41 | |
| Consolation | Malherbe | 42 |
| L'Ange et l'Enfant | Reboul | 43 |
| La Fauvette et ses Petits | Aubert | 45 |
| Adieux à la vie | Gilbert | 46 |
| Christophe Colomb | Casimir Delavigne | 47 |
| L'Aumône | Victor Hugo | 49 |
| La Chute des feuilles | Millevoye | 50 |
| Le Coin du grand-père | L. Tournier | 51 |
| Hymne de l'enfant | Lamartine | 53 |
| Dernier chœur d'Esther | J. Racine | 54 |
| Le Nid | E. Souvestre | 57 |
| Le Montagnard émigré | Chateaubriand | 58 |
| Le Retour dans la patrie | Béranger | 59 |
| Ah! si j'étais petit oiseau! | Mlle Isabelle Rodier | 61 |
| Une Promenade de Fénelon | Andrieux | 64 |
| Quatrains moraux | 69 | |
| Le bon Emploi du Temps | Mme Amable Tastu | 70 |
| Le Cèdre du Liban | Le Brun | 70 |
| La Feuille | Arnault | 71 |
| Le plus doux nom | Th. Gontard | 71 |
| Dandolo | E. Legouvé | 72 |
| L'Oreiller d'une petite fille. | Mme Desbordes-Valmore | 73 |
| Paraphrase du ps. CXLVI | Malherbe | 74 |
| Le bonheur du chrétien | A. Monod | 75 |
| Le Nid de Fauvettes | Berquin | 76 |
| A mes Oiseaux | L. Tournier | 77 |
| Le vaisseau Le Vengeur | E. Le Brun | 78 |
| La Mort des Templiers | Raynouard | 80 |
| La sainte Alliance | Béranger | 81 |
| Mort de Coligny | Voltaire | 83 |
| Le Meunier Sans-Souci | Andrieux | 85 |
| Le Chien coupable | Florian | 87 |
| Stances | Racan | 90 |
| Les Châteaux en Espagne | Colin d'Harleville | 92 |
| Moïse sauvé des eaux | Victor Hugo | 94 |
| Jeanne d'Arc | Casimir Delavigne | 97 |
| Les Catacombes de Rome | Delille | 100 |
| Prière enfantine | Mme Amable Tastu | 103 |
| La Cigale et la Fourmi | La Fontaine | 104 |
| La Renoncule et l'Œillet | Bérenger | 104 |
| Le Rat de ville et le Rat des Champs | La Fontaine | 105 |
| Le Chêne et le Roseau | Id | 106 |
| Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf | Id | 107 |
| Le Lièvre et la Perdrix | Id | 108 |
| La Robe de l'Innocence | Lachambaudie | 109 |
| Le Singe et le Léopard | La Fontaine | 109 |
| La Laitière et le Pot-au-lait. | Id | 110 |
| Les Animaux malades de la peste | Id | 111 |
| Les deux Pigeons | Id | 113 |
| Le Coche et la Mouche | La Fontaine | 115 |
| Le Vieillard et les trois Jeunes Hommes | Id | 116 |
| Les deux Chèvres | Id | 117 |
| Le Corbeau et le Renard | Id | 119 |
| L'Ane et le Chien | Id | 119 |
| Le Loup et la Cigogne | Id | 121 |
| Le Laboureur et ses Enfants | Id | 121 |
| Le Cochet, le Chat et le Souriceau | Id | 122 |
| Le Lion malade et le Renard | Id | 123 |
| Le Villageois et le Fromage | Le Bailly | 124 |
| L'Aveugle et le Paralytique | Florian | 124 |
| Le Danseur de Corde et le Balancier | Id | 126 |
| Le Grillon | Id | 127 |
| Le roi Alphonse | Id | 128 |
| Le Hibou, le Chat, l'Oison et le Rat | Florian | 129 |
| La Brebis et le Chien | Id | 130 |
| Le Pacha et le Dervis | Id | 131 |
| Le Colimaçon | Arnault | 132 |
| L'Ane et la Flûte | Florian | 133 |
| Les deux Rats | Andrieux | 134 |
| L'Horloge et le Cadran solaire | La Motte | 135 |
| L'Abeille et la Mouche | Grenus | 136 |
| Le Laboureur | J.-J. Porchat | 138 |
| La Souris bloquée | Id | 140 |