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Sganarelle, ou le Cocu imaginaire cover

Sganarelle, ou le Cocu imaginaire

Chapter 3: FIN DE SGANARELLE.
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About This Book

A comic play centers on a suspicious husband whose jealousy multiplies through misunderstandings, overheard remarks, and misread gestures. Parallel intrigues involve a young couple resisting parental arrangements and servants who both complicate and parody social manners. Scenes of fainting, secret consultations, and mistaken identities escalate the confusion until explanations and confrontations gradually expose errors. The action satirizes credulity, the arbitrariness of authority in marriage arrangements, and the gap between appearance and reality, using brisk dialogue and farcical set pieces to turn domestic anxieties into comedic spectacle.

Hé ! mutuellement, croyons-nous gens de bien ;
Je risque plus du mien que tu ne fais du tien.
Accepte sans façon le parti qu'on propose.

- la femme de Sganarelle -

Soit. Mais gare le bois si j'apprends quelque chose !

- Célie -

(à Lélie, après avoir parlé bas ensemble.)

Ah ! dieux ! s'il est ainsi, qu'est-ce donc que j'ai fait ?
Je dois de mon courroux appréhender l'effet.
Oui, vous croyant sans foi, j'ai pris pour ma vengeance
Le malheureux secours de mon obéissance ;
Et depuis un moment, mon coeur vient d'accepter
Un hymen que toujours j'eus lieu de rebuter.
J'ai promis à mon père ; et ce qui me désole…
Mais je le vois venir.

- Lélie -

Il me tiendra parole.

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SCÈNE XXIII. - Gorgibus, Célie, Lélie, Sganarelle, la femme de Sganarelle, la suivante de Célie.

- Lélie -

Monsieur, vous me voyez en ces lieux de retour,
Brûlant des mêmes feux ; et mon ardent amour
Verra, comme je crois, la promesse accomplie
Qui me donna l'espoir de l'hymen de Célie.

- Gorgibus -

Monsieur, que je revois en ces lieux de retour,
Brûlant des mêmes feux, et dont l'ardente amour
Verra, que vous croyez, la promesse accomplie
Qui vous donne l'espoir de l'hymen de Célie,
Très humble serviteur à Votre seigneurie.

- Lélie -

Quoi ? Monsieur, est-ce ainsi qu'on trahit mon espoir ?

- Gorgibus -

Oui, Monsieur, c'est ainsi que je fais mon devoir :
Ma fille en suit les lois.

- Célie -

                           Mon devoir m'intéresse,
Mon père, à dégager vers lui votre promesse.

- Gorgibus -

Est-ce répondre en fille à mes commandements ?
Tu te démens bientôt de tes bons sentiments.
Pour Valère tantôt… Mais j'aperçois son père :
Il vient assurément pour conclure l'affaire.

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SCÈNE XXIV. - Villebrequin, Gorgibus, Célie, Lélie, Sganarelle, la femme de Sganarelle, la suivante de Célie.

- Gorgibus -

Qui vous amène ici, seigneur Villebrequin ?

- Villebrequin -

Un secret important, que j'ai su ce matin,
Qui rompt absolument ma parole donnée.
Mon fils, dont votre fille acceptait l'hyménée,
Sous des liens cachés trompant les yeux de tous,
Vit depuis quatre mois avec Lise en époux,
Et, comme des parents le bien et la naissance
M'ôtent tout le pouvoir d'en casser l'alliance,
Je vous viens…

- Gorgibus -

                 Brisons là. Si, sans votre congé,
Valère votre fils ailleurs s'est engagé,
Je ne vous puis celer que ma fille Célie
Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie ;
Et que, riche en vertus, son retour aujourd'hui
M'empêche d'agréer un autre époux que lui.

- Villebrequin -

Un tel choix me plaît fort.

- Lélie -

                            Et cette juste envie
D'un bonheur éternel va couronner ma vie.

- Gorgibus -

Allons choisir le jour pour se donner la foi.

- Sganarelle -

(seul.)

A-t-on mieux cru jamais être cocu que moi !
Vous voyez qu'en ce fait la plus forte apparence
Peut jeter dans l'esprit une fausse créance.
De cet exemple-ci ressouvenez-vous bien ;
Et, quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.

FIN DE SGANARELLE.

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Notes [from 1890 edition]

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(0) Ce personnage comique est une création de Molière, et le nom de Sganarelle est resté au caractère qu'il représente : on disait les "Sganarelles", comme on avait dit les "Jodelets", les "Gros-Renés", etc.

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(1) "Clélie", roman de mademoiselle de Scudéry.

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(2) Ces deux ouvrages tenaient autrefois dans l'éducation de la jeunesse la même place que les fables de la Fontaine y tiennent aujourd'hui.

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(3) Livre de dévotion, par Louis de Grenade, dominicain espagnol, mort en 1588. (B.)

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(4) "Si ferai bien, je meure". Ce qui veut dire "Oui, assurément je le ferai bien". "Si" est un vieux mot que Molière emploie assez souvent, et qu'on trouve même dans le "Tartufe". Nicot, dans son "Trésor de la langue françoise", dit qu'il sert à renforcer le verbe qui le suit.

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(5) Nicot fait venir ce mot de l'espagnol "truhant", un "bateleur", un "plaisanteur", un vagabond, et par induction, "canaille", "belistre", "méchanceté", "malice".

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(6) "Marri" est un vieux mot ; il signifie "fâché", "chagrin". Le piquant jeu de mots auquel il donne lieu ici est devenu proverbe parmi tous les confrères de Sganarelle. (Lem.) Ce mot vient du latin barbare "marritio", que Vossius interprète "douleur", "ressentiment d'un affront reçu".

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(7) "Prendre la chèvre", pour "imiter la chèvre", animal vif, impatient ; se fâcher de rien, prendre tout au pied de la lettre. C'est le propre des esprits bourrus. Nous disons aujourd'hui "prendre la mouche" à peu près dans le même sens.

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(8) "Avoir des visions cornues", c'est-à-dire, "avoir des idées chimériques", "folles", "ridicules".

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(9) "Jocrisse", mot populaire qui renferme toute la peinture d'un individu. Un jocrisse est en même temps sot, avare, laid, et poltron. C'est un homme qui ferme les yeux sue les désordres de sa femme, et s'abaisse aux plus petits détails du ménage.

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(10) "Ce n'est pas pour des prunes". Proverbialement, ce n'est pas pour peu de chose.

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(11) Mot qui vient de l'italien "capriola". On disait autrefois "caprioler" ; mais déjà, du temps de Richelet, le mot "cabrioler" était plus usité.

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(12) Il faut chercher l'origine de ce proverbe dans les usages de l'ancienne chevalerie. Les chevaliers avaient deux espèces de chevaux : ceux qu'ils montaient habituellement étaient connus sous le nom de "coursiers de palefroi" : c'étaient des chevaux d'une allure aisée et d'une force ordinaire. Mais, les jours de bataille, on leur amenait des chevaux d'une vigueur et d'une taille remarquable, que des écuyers conduisaient à leur droite, d'où leur est venu le nom de "destriers". Ces destriers étaient présentés aux chevaliers à l'heure même du combat : c'était ce que l'on appelait alors "monter sur ses grands chevaux". Depuis, par allusion à cet usage, on a dit "monter sur ses grands chevaux", pour se mettre en colère, menacer, prendre un parti vigoureux, montrer de la fierté, de l'arrogance, du courage.

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(13) "Et Si, plus je l'écoute". Nous avons déjà donné, p. 190 [Note (4)], une explication de ce vieux mot, qui est employé ici pour "néanmoins", "pourtant".

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