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Terres de soleil et de sommeil cover

Terres de soleil et de sommeil

Chapter 13: II
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About This Book

The narrator records an extended journey through Central African rivers and forests, combining episodic travel accounts with reflective sketches of landscape, village life, and the daily routines of expeditions. Vivid sensory description conveys oppressive silence, sudden beauty, heat, rain, and the loneliness that alternates with communal bonds among companions. Essays and vignettes meditate on the difficulty of becoming at home in an unfamiliar land, the moral and aesthetic effects of prolonged exposure to wilderness, and the mixture of admiration, melancholy, and spiritual questioning that such travel provokes.

II

Les Bayas sont couchés sur le sol. Cercles noirs autour des feux qui s’éteignent, dans la nuit sombre. Quelques-uns dorment. D’autres sont là, immobiles, étendus sur le dos, les yeux ouverts. Tout à coup, un chant s’élève, et il emplit mon âme à en mourir. O le souvenir de cette obsédante lamentation ! Son endormante tristesse ! Il n’y a pas de paroles à cet air. C’est une gamme en mineur qui commence haut, par une note éclatante, et s’achève en sourdine, par une note traînée et basse, comme un soupir de détresse. Ceux qui chantent s’arrêtent subitement, et d’autres reprennent, avec des voix lasses et blanches qui font mal.

Un homme est à mes pieds près d’un feu solitaire. Je le reconnais : c’est Sama. Il ne chante pas et semble ne rien entendre, couché sur le côté, un coude sur la terre, ses yeux semblables à deux pierres dures perdues dans le vide.

C’est un enfant, Sama. Comme sa pose est gracieuse et délicate ! Il est tout nu ; son corps est mince, comme celui des Adonis antiques. Sa face me plaît infiniment ; il n’a pas le nez épaté et la lèvre lippue, selon l’idée que l’on se fait des noirs en France. Il a deux grands yeux énormes, toujours ouverts, presque immobiles. Je le regarde longtemps ; je voudrais épier tous ses gestes. C’est si peu, un « sauvage », et je suis si loin de lui ! Il est pour moi un mystère que jamais je ne déchiffrerai…

Il se soulève pour mettre quelques branches dans le feu. Sa figure, parfaitement ovale au-dessus de son cou trop long d’adolescent, s’illumine tout à coup à la flamme ranimée. Puis il se recouche, tandis que la chanson baya s’égrène dans la nuit, plus lente, plus lasse encore que tout à l’heure. Alors une grande pitié m’envahit. Comment ! il porte une caisse, ce gamin ; il fait nos rudes étapes avec une caisse sur la tête, ce petit être si fin, aux gestes si purs ; il fait ce dur métier, sans révolte et sans murmure. Quelle misère et quelle tristesse !

Je lui dis en baya :

— Sama, tu ne porteras plus ; demain, tu prendras mon fusil et tu marcheras avec moi.

Sama se tourne vers moi. Ses grands yeux me regardent dans la pénombre et il sourit doucement en montrant ses deux rangées de dents blanches et saines.