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Terres de soleil et de sommeil cover

Terres de soleil et de sommeil

Chapter 36: IX
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About This Book

The narrator records an extended journey through Central African rivers and forests, combining episodic travel accounts with reflective sketches of landscape, village life, and the daily routines of expeditions. Vivid sensory description conveys oppressive silence, sudden beauty, heat, rain, and the loneliness that alternates with communal bonds among companions. Essays and vignettes meditate on the difficulty of becoming at home in an unfamiliar land, the moral and aesthetic effects of prolonged exposure to wilderness, and the mixture of admiration, melancholy, and spiritual questioning that such travel provokes.

IX

Ce fut par un clair et silencieux matin que je quittai Binder pour retourner à Léré. Les mimosas épineux épandaient toujours dans la campagne leurs blondes odeurs amoureuses. Je m’arrêtai dans tous les villages. Comme avant, j’y trouvai la vie paysanne, toute humble et anonyme. A Ellboré, je m’arrêtai devant le lieu de la prière, comme devant le dernier sanctuaire de l’Islam avant la barbarie. C’est un simple mur rectangulaire, peu élevé au-dessus du sol et sans toiture. Du côté de l’ouest, une ouverture est ménagée pour servir d’entrée. Au fond, la muraille est évidée en demi-cercle ; c’est la place du marabout. Pas un ornement ni un amusement. Cette simplicité est plus touchante que les nobles architectures de Stamboul, plus belle encore que l’antique.

En arrivant près de Léré, le pays devient âpre. La terre se crispe en monticules de pierre d’une désespérante aridité. Les palmiers nains et les rôniers sont le seul ornement de ces campagnes. Vers trois heures, je parviens à un village d’où j’aperçois vers l’Est de belles collines roses aux sommets arrondis. Je crois reconnaître les approches du lac de Tréné… Pays ardent comme l’été… Ciel des Tropiques… Sur le sentier pierreux qui passe de loin en loin au milieu des demeures des sauvages, je pense que c’en est fait de la belle ferveur de Binder. La vie du monde me reprend et me possède à nouveau. Je vais voir des êtres que je ne connais pas encore, visiter des pays où je n’ai pas encore posé le pied. Mais je ne retrouverai plus ce bel élan du cœur qui m’a ravi dans les régions les plus voluptueuses des rêves.

Du haut d’une colline, je découvre le lac de Tréné. Ce nom chante doucement à ma mémoire. Je me le redis sans cesse, comme mes porteurs bayas sur la route chantaient sans se lasser leur éternelle gamme en mineur… Tréné ! c’est un thrène, une caresse lente qui ne s’achève pas, un parfum triste qui se traîne…

De grands oiseaux pêcheurs, des sarcelles, des aigrettes tournent au-dessus de l’eau étale. Des collines roses et violettes enserrent le lac étroit comme un cadre de pierreries, une miniature d’autrefois.

En bas, le Kabi sinue, après un court delta, parmi des prairies vertes qui dorment. Mais à Léré, mon souvenir retourne obstinément vers la vieille ville des Foulbés qui dort là-bas sous l’ardente brume du soleil, parmi l’odeur des mimosas, éternellement.