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Traité de la concupiscence cover

Traité de la concupiscence

Chapter 11: CHAPITRE X De l’Orgueil de la vie, qui est la troisième sorte de concupiscence réprouvée par saint Jean.
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About This Book

The work offers a compact theological and moral exposition of scripture warning against worldly attachment, analyzing concupiscence as disordered desire and its roots in curiosity, pride, and sensuality. It blends homiletic exhortation, scriptural commentary, and moral reflection to diagnose how love of the world corrupts judgment and spiritual life, at times extending critique to learning and historical curiosity. Drawing on patristic and biblical sources, the text proposes interior practices, self-knowledge, and renunciation as remedies, and uses concise, often paradoxical arguments and vivid prose. It closes with lyrical meditations on nature that underline the call to a hidden, contemplative devotion.

CHAPITRE X
De l’Orgueil de la vie, qui est la troisième sorte de concupiscence réprouvée par saint Jean.

Quoique la curiosité et l’ostentation, dont nous venons de parler, semblent être des branches de l’orgueil, elles appartiennent plutôt à la vanité. La vanité est quelque chose de plus extérieur et superficiel ; tout s’y réduit à l’ostentation, que nous avons rapportée à la concupiscence des yeux. La curiosité n’a d’autre fin que de faire admirer un vain savoir, et par là se distinguer des autres hommes. L’ostentation des richesses vient encore de la même source, et ne cherche qu’à se donner une vaine distinction.

L’orgueil est une dépravation plus profonde : par elle l’homme, livré à lui-même, se regarde lui-même comme son dieu, par l’excès de son amour propre. Être superbe, dit saint Augustin, c’est en laissant le bien et le principe commun auquel nous devions tous être attachés, qui n’est autre chose que Dieu, se faire soi-même son bien et son principe, ou son auteur[88] ; c’est-à-dire, se faire son dieu : Relicto communi, cui omnes debent hærere, principio, sibi ipsi fieri atque esse principium.

[88] De Civit. Dei, XIV, XIII, 1.

C’est ce vice qui s’est coulé dans le fond de nos entrailles à la parole du Serpent, qui nous disait en la personne d’Ève : Vous serez comme des dieux[89] ; et nous avons avalé ce poison mortel, lorsque nous avons succombé à la tentation. Il a pénétré jusqu’à la moelle de nos os, et toute notre âme en est infectée. Voilà en général ce que c’est que cette troisième concupiscence, que saint Jean appelle l’orgueil ; et il ajoute : l’orgueil de la vie, parce que toute la vie en est corrompue ; c’est comme le vice radical d’où pullulent tous les autres vices : il se montre dans toutes nos actions ; mais ce qu’il y a de plus mortel, c’est qu’il est la plus secrète comme la plus dangereuse pâture de notre cœur.

[89] Gen., III, 5.