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Traité de la concupiscence cover

Traité de la concupiscence

Chapter 23: CHAPITRE XXII Si le Chrétien bien instruit des maximes de la foi peut craindre de tomber dans cette espèce d’orgueil ?
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About This Book

The work offers a compact theological and moral exposition of scripture warning against worldly attachment, analyzing concupiscence as disordered desire and its roots in curiosity, pride, and sensuality. It blends homiletic exhortation, scriptural commentary, and moral reflection to diagnose how love of the world corrupts judgment and spiritual life, at times extending critique to learning and historical curiosity. Drawing on patristic and biblical sources, the text proposes interior practices, self-knowledge, and renunciation as remedies, and uses concise, often paradoxical arguments and vivid prose. It closes with lyrical meditations on nature that underline the call to a hidden, contemplative devotion.

CHAPITRE XXII
Si le Chrétien bien instruit des maximes de la foi peut craindre de tomber dans cette espèce d’orgueil ?

Tels étaient les Pharisiens, et telle était leur justice, pleine d’elle-même et de son propre mérite. Ils se regardaient comme les seuls dignes du don de Dieu, comme s’ils eussent été[139] d’une autre nature, et formés d’une autre masse et d’une autre boue que le reste des humains ; ils les excluaient de sa grâce, ne pouvant souffrir qu’on annonçât l’Évangile aux Gentils, ni qu’on louât d’autres qu’eux[140]. C’est là donc cette fausse et abominable justice qui est détestée par saint Paul en tant d’endroits : et une telle justice, si clairement réprouvée dans l’Évangile, ne devrait point trouver de place parmi les Chrétiens.

[139] Déforis : et de même que s’ils étaient d’une autre nature.

[140] Déforis : d’autres hommes qu’eux.

Mais les hommes corrompent tout, et abusent du Christianisme, comme du reste des dons de Dieu. Il s’est trouvé des Hérétiques, tels qu’étaient les Pélagiens, qui ont cru se devoir à eux-mêmes leur salut ; et il s’en est trouvé d’autres qui, en ne s’en attribuant qu’une partie, ont cru trouver toute l’humilité nécessaire au Christianisme, et rendre à Dieu toute la gloire qui lui était due.

Mais les véritables Chrétiens, tel qu’était un saint Cyprien, tant loué par saint Augustin pour cette Sentence, ont dit qu’il fallait donner, non une partie du salut, mais le tout à Dieu, et ne nous glorifier jamais de rien, parce que rien n’était à nous[141]. Ils l’avaient prise de saint Paul, dont toute la doctrine aboutit à conclure, non que celui qui se glorifie se puisse glorifier, du moins en partie, en lui-même, mais qu’il ne doit nullement se glorifier en lui-même, mais en Dieu ; c’est-à-dire, uniquement en lui.

[141] S. Cypr., Test. adversus Judæos, ad Quirin., II, IV ; S. August., Contra duas Ep. Pelag., VI, X, 25 et seq.