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Un Misanthrope à la Cour de Louis XIV: Montausier, sa vie et son temps cover

Un Misanthrope à la Cour de Louis XIV: Montausier, sa vie et son temps

Chapter 9: I. Anecdotes sur le duc de Montausier.
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About This Book

The biography traces an aristocrat’s life from early military service through participation in major campaigns and steadfast loyalty amid civil strife, then follows his withdrawal to provincial life and a prominent literary salon. It portrays him as a modest poet and discreet patron who maintained friendships with notable men of letters, emphasizes the contrast between his austere candor and courtly corruption, and considers his measured tolerance toward persecuted Protestants. The author also reassesses earlier hagiographic accounts by comparing surviving memoirs and testimonies to present a balanced portrait of public career, private character, and the intellectual milieu that shaped his era.

APPENDICE.

228

I.
Anecdotes sur le duc de Montausier.

M. de Montausier, qui avoit été gouverneur du dauphin, et qui, tant qu'il a vécu, le servit assidûment de premier gentilhomme de sa chambre, ne lui dit jamais que Monsieur, parlant à lui, et ne se contraignit pas de déclamer contre l'usage qui s'étoit introduit de lui dire Monseigneur. Il demandoit plaisamment si ce prince étoit devenu évêque. C'est que peu auparavant, dans une assemblée du clergé, les évêques, pour tâcher à se faire dire et écrire monseigneur, prirent délibération de se le dire et se l'écrire réciproquement les uns les autres. Ils ne réussirent à cela qu'avec le clergé et le séculier subalterne. Tout le monde se moqua fort d'eux, et on rioit de ce qu'ils s'étoient monseigneurisés. (Saint-Simon.)

Louis XIV disoit à M. de Montausier qu'il venoit enfin d'abandonner à la justice un assassin auquel il avoit fait grâce après son premier crime, et qui avoit tué vingt hommes: «Non, sire, répondit M. de Montausier, il n'en a tué qu'un et Votre Majesté en a tué dix-neuf [158]

M. de Montausier disoit à Corneille, après le mauvais succès de sa tragédie de Bérénice: «Monsieur, j'ai vu le temps que je faisois d'assez bons vers; depuis que je suis vieux je ne fais rien qui vaille. Il faut laisser cela aux jeunes gens.»

Un jour que le curé de Rambouillet, homme simple et sans façon, lui disoit en dînant avec lui des vérités assez désagréables, un de ses valets de chambre lui témoigna qu'il s'étonnoit de ce qu'on lui parlât avec tant de hardiesse: Pourquoi ne le trouverois-je pas bon? répondit le duc, on a droit d'être hardi quand on dit la vérité.

Il dit à peu près la même chose lorsqu'on lui fit entendre que Molière l'avoit pris pour modèle en faisant la fameuse comédie du Misanthrope. On cherchoit à l'irriter contre l'auteur de cette pièce, mais il répondit toujours: Je n'ai garde de vouloir du mal à Molière, il faut que l'original soit bon, puisque la copie est si belle.

Le seul reproche que j'aye à lui faire, c'est qu'il na pas imité parfaitement son modèle, je voudrois bien être comme son misanthrope, c'est un honnête homme.

Il disoit en parlant des ambitieux: Ce sont ou des glorieux qui se démentent en faisant des bassesses, ou des mercenaires qui veulent être payés.

A la guerre, il réprima toujours avec sévérité l'ardeur du soldat pour le pillage; il avoit des égards pour les ennemis, et disoit ordinairement en ces sortes d'occasion: Faisons-leur craindre notre valeur, et non pas notre cupidité.

Il avoit le cœur si bon et si tendre, malgré tout ce qu'on pouvoit dire de sa dureté, que jamais il n'a pu se trouver à un conseil de guerre, ni donner sa voix pour condamner à mort.

Il aimoit extrêmement les livres: c'étoit sa plus forte passion; mais il semble qu'il n'en a jamais aimé aucun plus que celui des Évangiles: il l'avoit lu cent treize fois.