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Véritables mémoires de Cagliostro

Chapter 3: LIVRE PREMIER L’ADOLESCENCE D’UN IMMORTEL
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About This Book

This work presents the purported memoirs of an enigmatic figure, exploring themes of mysticism, identity, and the nature of truth. The narrative unfolds through the reflections of a character who claims to be Cagliostro, recounting his life experiences, including his childhood in Palermo, his time in a convent, and his eventual rise to fame as a magician and alchemist. The memoirs blend historical events with personal anecdotes, revealing the character's philosophical musings on immortality and the human condition. The text invites readers to question the authenticity of the memoirs while engaging with the rich tapestry of 18th-century European culture.

VÉRITABLES MÉMOIRES DE CAGLIOSTRO

LIVRE PREMIER
L’ADOLESCENCE D’UN IMMORTEL

I
Où sont relatées les raisons qui me décident à écrire mes mémoires.

Que vient de m’apprendre Fra Pancrazio, mon geôlier et ami ? La Révolution française se fâche, et le roi Louis a été décapite au moyen d’une machine appelée « guillotine », qu’un médecin français s’imagine avoir inventée, bien qu’elle ait été employée, il y a fort longtemps déjà, à Rome particulièrement, car on lit dans la relation du supplice des Cenci : « Quand la signora Lucrezia se fut étendue sur la planche, le bourreau lâcha le ressort, et le couperet tomba. »

Un peuple libre, un roi tué, que d’histoire en peu de jours ! Et moi, que fais-je ici ? Dans quel sépulcre m’a-t-on plongé ? Au moment où une volonté suprême bouleverse l’Europe et la jette dans les aventures, je pourris entre quatre murs. Pourtant, n’est-ce pas par moi et les miens que cette révolution a été préparée ? Ne l’ai-je pas annoncée dans mes prophéties ? N’est-ce pas moi qui ai prédit trois ans d’avance la chute de la Bastille ?

Ah ! la France était encore le meilleur pays ! J’avais bien besoin, moi, le divin Cagliostro, de venir à Rome, comme un imbécile, me mettre sous la griffe de l’Inquisition ! M’ont-ils assez torturé, assez humilié, ces moines m’ont-ils fait assez plat, assez lâche, dans leurs monstrueux interrogatoires !

Cependant, que faire ?

Attendre. Je me sens plus fort, plus ardent que jamais. Ai-je cinquante ans ? A peine. Et puis, quelle imagination est-ce là ? ne suis-je pas immortel ?

Pour se résigner, pour se réserver avec fruit, il faut être sans colère, sans emportement, et quand on ne peut oublier, il faut se souvenir. Cela use le temps. — Si je racontais à Fra Pancrazio cette étrange histoire que je traîne après moi, inconnue, prodigieuse, obscure et éblouissante à la fois ? Oui, je l’écrirai et la lui lirai ; cela nous amusera tous les deux. Pancrazio m’est fidèle. Cet espion qu’on a placé près de moi pour me vendre, est devenu mon ami. Il m’appartient, car je l’ai fait Rose-Croix et l’ai converti à la Lumière.

D’ailleurs, s’il m’arrivait quelque chose, — on ne sait jamais à quoi s’en tenir avec la sainte Église romaine, — ces papiers seraient un adieu pour ma femme, pour cette pauvre Lorenza, qui doit bien s’ennuyer au couvent de Sainte-Apolline. Que diantre peut-elle y faire, elle qui, de sa vie, n’a récité un Ave ? Je sais bien qu’elle cause et badine avec son confesseur et qu’elle voit de loin, le matin, le prêtre qui dit la messe. C’est quelque chose, cela. Un couvent vaut mieux qu’une prison. O mon Dieu ! je l’atteste et vous prie d’y réfléchir, je n’ai vu depuis quatre ans que la jupe de la Madone ! Le temps n’est plus où je donnais le Baiser de Paix à tant de belles Initiées ! Chassons ces chimères aimables et commençons d’écrire la Divine Aventure du comte de Cagliostro.