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Vers la lumière... impressions vécues

Chapter 53: ENFIN !
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About This Book

A collection of journalistic impressions and essays reflecting on the Dreyfus affair, recounting public reactions and episodes of violence, criticizing military secrecy and abuses of authority, and analyzing the press's role in exposing and shaping opinion; the author traces moral consequences of collective hatred, explores legal injustice and humiliation inflicted on the accused, urges mercy and respect for human dignity, and combines personal anecdote with polemic to call for transparency, accountability, and tempering of authority by compassion.

ENFIN !


Rennes, 2 septembre 1899.

Peu d’interrogatoires ont été aussi suggestifs que celui du général Gonse, par Labori, ce matin, établissant que, sur deux lettres adressées au colonel Picquart après qu’il eut quitté le 2e bureau, et interceptées, l’une, la vraie, susceptible d’être réclamée par le destinataire sur avis de l’expéditeur, était parvenue à son adresse, l’autre, la fausse, destinée à compromettre l’ex-chef des renseignements, avait été retenue.

Cela prête à quelques réflexions... et de la sueur perlait sur le crâne du général Gonse.

Mais il en vint à d’autres tempes lorsque M. de Fonds-Lamothe précisa la fraude par omission commise envers la Chambre criminelle : le silence gardé sur la circulaire ministérielle du 17 mai avertissant les stagiaires qu’ils n’iraient point aux manœuvres, donc, détruisant, du même coup, l’appropriation du bordereau et sa date prétendue. La franchise des camps — la rude franchise des camps !

C’était dans la bouche de l’ex-militaire, présentement ingénieur, qu’on la retrouvait. Aussi M. Roget n’y put-il tenir. Bombant le torse, la face horizontale parallèle au plafond, le jabot gonflé, il s’avança.

Mais il avait affaire, cette fois, à forte partie. Ni son regard de haut, ni son verbe tranchant, ni sa présomption, ni sa jactance, ne pouvaient rien sur ce témoin résolu. Et pour la première fois, depuis tant de jours, les rôles furent intervertis.

M. Roget, pressé de questions du tac au tac, rompit, perdit pied. Le ton péremptoire de ses affirmations ne les garantit point des démentis, des rectifications. Il en plut, c’est le cas de dire, et comme grêle. Le « pékin » connaissait son affaire et l’homme n’avait pas froid aux yeux.

Plus d’une fois, en ce quart d’heure, le général Roget dut regretter que l’escorte de Déroulède n’ait pas été en nombre suffisant pour déterminer son cheval à changer de route, à tourner la tête du côté où l’on eût pu faire taire à sa guise les indiscrets, les « insolents ». Un instant même, en souvenir d’Henry, le général Roget essaya de la contradiction outrageante.

Peine perdue ! Inutiles efforts ! M. de Fonds-Lamothe poursuivit sa démonstration ; ne se laissa pas prendre à la feinte ; ne lâcha point la proie pour l’ombre ; ni le but pour le dérivatif.

Il négligea même de demander à M. Roget la raison de son encombrance ; comment il pouvait se faire qu’étranger au débat de 1894, étranger au débat de 1898, il intervînt en tout, pour tout, à propos de tout, porte-paroles d’accusés anonymes ; bavard de l’école de Trochu ; Pellieux un peu supérieur à celui de l’autre année, mais insupportable, finalement, au Conseil, à l’auditoire, à tous, par la morgue de son verbe et la fréquence de son apparition !

Le voilà « remisé » : ce n’est pas trop tôt !

On le reverra cependant encore, pendant les deux séances de témoignages qui vont commencer la semaine.

Avocat de l’état-major, du 2e bureau, de la mémoire glorieuse d’Henry, de tout le « fourbi », comme dirait le colonel Cordier, qui a abouti à ce beau gâchis, à tant d’intrigues vilaines, de machinations criminelles, il ne se retiendra pas d’élever la voix.

Mais M. de Fonds-Lamothe a donné un exemple qui sera imité. — Fini, le tonnerre !

On a vu que les foudres n’étaient que de fer-blanc !