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Vie de Benjamin Franklin, écrite par lui-même - Tome 1 / Suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires

Chapter 39: AVIS
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About This Book

The memoir recounts the author's upbringing and formative years, tracing a path from modest origins through self-education and industrious advancement while relating personal anecdotes, practical experiments, and civic engagements. It weaves reflections on moral habits, thrift, and public conduct with concise maxims and advice for personal improvement. The volume also assembles posthumous essays and miscellaneous political, moral, and literary pieces, accompanied by translator's notes, editorial fragments, and contextual commentary that illuminate the work's composition and publication history.

CONSEILS

À UN JEUNE ARTISAN.

ÉCRITS EN L'ANNÉE 1748.

À mon ami A. B.

Vous désirez que je trace ici les maximes qui m'ont été utiles, et qui, si vous les suivez, peuvent l'être aussi pour vous. Les voici:

N'oubliez pas que le temps est de l'argent. Celui qui, dans un jour, peut gagner dix schellings par son travail, et qui va se promener, ou qui reste oisif la moitié de la journée, quoiqu'il ne dépense que six sous durant le temps de sa promenade, ou de son oisiveté, ne doit pas compter cette seule dépense: il a réellement dépensé, ou plutôt prodigué, cinq schellings de plus.

N'oubliez pas que le crédit est de l'argent. Si un homme ne retire pas de mes mains l'argent que je lui dois, il m'en donne l'intérêt, au plutôt il me fait présent de tout ce que je puis gagner avec cet argent, pendant qu'il me le laisse; et cela se monte à une somme considérable, si un homme a un grand crédit et sait en faire usage.

Souvenez-vous que l'argent est de nature à se multiplier sans cesse. L'argent produit de l'argent; celui qu'il produit en donne d'autre; et ainsi de suite. Cinq schellings en font bientôt six; ensuite, ils font sept schellings, trois sous, et finissent par monter à cent livres sterlings. Plus il y en a, plus il produit chaque fois qu'on le fait valoir; de sorte que les profits ont une rapidité toujours croissante. Celui qui tue une truie pleine, détruit des milliers de cochons. Celui qui assassine une piastre, perd tout ce qu'elle pourroit lui produire, c'est-à-dire, plusieurs vingtaines de livres sterlings.

Souvenez-vous que six livres sterlings ne font pas quatre sous par jour. Cependant, cette petite somme peut être journellement prodiguée, soit en dépense, soit en perte de temps. Un homme d'honneur doit toujours, sur son crédit, avoir à sa disposition, cent livres sterlings; et quand il est actif et laborieux, il retire un grand avantage d'un pareil fonds.

Souvenez-vous du proverbe, qui dit qu'un bon payeur est le maître de la bourse des autres.—Celui qui est connu pour payer ponctuellement, au terme de ses engagemens, a, dans tous les temps et dans toutes les occasions, l'argent dont ses amis peuvent disposer. Cela est quelquefois d'un grand avantage. Après l'assiduité au travail et la frugalité, rien n'est plus utile à un jeune homme qui veut prospérer, que l'exactitude et l'intégrité dans toutes ses affaires. Ainsi, ne gardez jamais l'argent que vous avez emprunté, une heure au-delà de l'époque où vous avez promis de le rendre, de peur qu'un manque de parole vous ferme pour jamais la bourse de votre ami.

On doit faire attention aux moindres choses qui peuvent altérer le crédit d'un homme. Le bruit de votre marteau à cinq heures du matin et à neuf heures du soir, peut engager le créancier qui l'entend, à rester six mois de plus sans vous rien demander: mais s'il voit que vous êtes dans un billard, ou s'il entend votre voix dans un cabaret, tandis que vous devriez être à l'ouvrage, il envoie chercher son argent le lendemain, et le demande, avant de pouvoir le recevoir tout-à-la-fois.

En outre, votre assiduité au travail montre que vous vous ressouvenez de ce que vous devez. Elle vous fait paroître aussi soigneux qu'honnête homme, et augmente encore votre crédit.

Gardez-vous de croire que tout ce que vous possédez est à vous, et de vivre en conséquence. C'est une erreur dans laquelle tombent beaucoup de gens, qui ont du crédit. Pour l'éviter, tenez pendant quelque temps un compte exact de vos dépenses et de votre revenu. Si vous commencez par prendre la peine de tenir ce compte bien en détail, vous en retirerez un assez grand avantage. Vous verrez à quelles sommes considérables s'élèvent de très-petites dépenses; et vous apprendrez ce que vous auriez épargné, et ce que vous pourrez épargner à l'avenir, sans un grand inconvénient.

Enfin, si vous voulez connoître le chemin de la fortune, sachez qu'il est tout aussi uni que celui du marché. Pour le suivre, il ne faut que deux choses, l'assiduité et la sobriété; c'est-à-dire, ne prodiguer jamais ni le temps, ni l'argent, et faire le meilleur usage de l'un et de l'autre. Sans assiduité et sans sobriété, on ne fait rien; et avec elles on fait tout. Celui qui gagne tout ce qu'il peut gagner honnêtement, et qui épargne ce qu'il gagne, à l'exception des dépenses nécessaires, doit certainement devenir riche, si toutefois la providence de cet être qui gouverne le monde, et que nous devons tous prier de bénir nos entreprises, n'en a pas autrement ordonné.

Un vieux Artisan.

 

AVIS

NÉCESSAIRE À CEUX QUI VEULENT

DEVENIR RICHES.

Écrit en 1736.

L'argent n'a de l'avantage que par l'usage qu'on en fait.

Avec six livres sterlings, vous pouvez, dans un an, faire usage de cent livres sterlings, pourvu que vous soyez un homme d'une prudence et d'une honnêteté reconnues.

Celui qui dépense inutilement plus de quatre sous par jour, dépense inutilement plus de six livres sterlings dans un an; ce qui est l'intérêt ou le prix de l'usage de cent livres sterlings.

Celui qui chaque jour perd dans l'oisiveté pour quatre sous de son temps, perd l'avantage de se servir de cent livres sterlings tous les jours.

Celui qui prodigue sottement pour cinq schellings de son temps, perd cinq schellings, avec autant d'imprudence que s'il les jetoit dans la mer.

Celui qui perd cinq schellings, non-seulement perd ces cinq schellings, mais tout le profit qu'il pourroit en retirer en les fesant travailler; ce qui, dans l'espace de temps, qui s'écoule entre la jeunesse et l'âge avancé, doit s'élever à une somme considérable.

De plus: celui qui vend à crédit, met toujours, à l'objet qu'il vend, un prix équivalent au principal et à l'intérêt de son argent, pour le temps dont il doit en être privé. Celui qui achète à crédit, paie l'intérêt de ce qu'il achète: et celui qui paie argent comptant, pourroit mettre cet argent à intérêt. Ainsi celui qui possède une chose, qu'il a achetée, paie un intérêt pour l'usage qu'il en fait.

Cependant, il vaut toujours mieux payer comptant les objets qu'on achète, parce que celui qui vend à crédit, s'attendant à perdre cinq pour cent, par de mauvaises dettes, augmente d'autant le prix de ses marchandises.—Celui qui achète à crédit, paie sa part de cette augmentation.—Celui qui paie argent comptant, y échappe ou peut au moins y échapper.

Note 67: (retour)

A penny sav'd is two-pence clear;

A pin a day's a groat a year.

 

MOYENS

POUR QUE CHACUN AIT BEAUCOUP

D'ARGENT DANS SA POCHE.

À présent que tout le monde se plaint de la rareté de l'argent, c'est un acte de bienfaisance que d'apprendre à ceux qui n'ont pas le sou, comment ils peuvent faire cesser leur pénurie. Je veux leur dire quel est le vrai secret de gagner de l'argent, le moyen certain de remplir leur bourse et de la conserver toujours pleine. Pour cela, il suffit d'observer deux règles très-simples.

Premièrement, sois constamment probe et laborieux.

Secondement, dépense toujours un sou de moins que tu ne gagnes.

Alors, ton gousset se remplira et ne criera jamais qu'il a le ventre vide; les créanciers ne te tracasseront point; l'indigence ne t'accablera pas; la faim ne pourra point te dévorer, ni le défaut de vêtemens te faire transir de froid. L'univers entier te paroîtra plus brillant; et le plaisir dilatera tous les replis de ton cœur.

Suis donc les règles que je viens de te prescrire, et sois heureux. Bannis loin de toi la tristesse qui glace ton ame, et vis indépendant. Tu seras alors vraiment un homme. Tu ne détourneras point la vue à l'approche du riche, ni tu ne seras humilié d'avoir peu, quand les enfans de la fortune marcheront à ta droite; car l'indépendance, soit qu'elle ait peu ou beaucoup, est toujours un bonheur, et te placera de niveau avec ceux qui s'enorgueillissent de posséder la toison d'or.

Oh! sois donc sage; et que l'assiduité au travail marche avec toi, dès le matin, et t'accompagne jusqu'à ce que tu ayes atteint le soir l'heure du repos. Que la probité soit comme le souffle de ton ame. N'oublie jamais d'avoir chaque jour un sou de plus que le montant de tes dépenses. Alors tu parviendras au plus haut degré du bonheur, et l'indépendance sera ton bouclier, ton casque et ta couronne; alors ton ame sera élevée, et ne s'abaissera pas devant le faquin vêtu de soie, ni ne souffrira point un outrage, parce que la main qui ose le faire, porte une bague de diamant.

 

PROJET ÉCONOMIQUE,

ADRESSÉ

AUX AUTEURS D'UN JOURNAL68.

Note 68: (retour) En 1784, il parut une traduction de cette pièce dans un des journaux de Paris. Celle que nous donnons ici, est faite d'après l'original, auquel Franklin a fait, depuis, des corrections et des additions.

Messieurs,

Vous nous faites souvent part de nouvelles découvertes. Permettez que je me serve de la voie de votre journal, pour en communiquer au public une que j'ai faite moi-même, et qui, je crois, peut être d'une grande utilité.

Je me trouvai, il y a peu de jours, dans une maison où il y avoit nombreuse compagnie, et où la nouvelle lampe de MM. Quinquet et Lange fut présentée et beaucoup admirée à cause de son éclat. La société demanda, en même-temps, si la quantité d'huile que cette lampe consumoit, n'étoit pas proportionnée à sa lumière, auquel cas il n'y auroit aucune économie à s'en servir. Aucun de ceux qui étoient présens ne put nous satisfaire sur ce point; mais tous convinrent qu'il méritoit d'être connu, et qu'il étoit à désirer qu'on pût rendre moins cher le moyen d'éclairer les appartemens, puisque tous les autres objets de dépense d'une maison étoient considérablement augmentés.

Je fus extrêmement flatté de voir ce désir général d'économie; car l'économie me plaît singulièrement.

Je me retirai et me mis au lit à trois ou quatre heures après minuit, la tête encore remplie du sujet, dont on venoit de s'entretenir. Un bruit accidentel me réveilla vers les six heures du matin. Je fus surpris de voir ma chambre très-éclairée. Je crus d'abord qu'on y avoit transporté un grand nombre de lampes de Quinquet. Mais après m'être frotté les yeux, je m'apperçus que la lumière venoit à travers les fenêtres. Je me levai, je regardai dehors pour découvrir quelle pouvoit en être la cause; et je vis que le soleil s'élevoit précisément au-dessus de l'horizon, d'où ses rayons pénétroient dans ma chambre, parce que mes domestiques avoient eu la négligence de ne pas fermer les volets.

Je regardai ma montre, qui va très-bien, et je vis qu'il n'étoit que six heures. Pensant encore qu'il étoit un peu extraordinaire que le soleil parût de si bonne heure, je pris mon almanach, où je trouvai que c'étoit l'heure marquée, ce jour là, pour le lever du soleil. Je tournai quelques feuillets, et je vis qu'il devoit se lever chaque jour encore plus matin jusqu'à la fin de juin; et que dans aucun temps de l'année il ne se levoit pas plus tard que huit heures.

Vos lecteurs qui, comme moi, lisent rarement la partie astronomique de l'almanach, et n'ont jamais apperçu avant midi, aucun signe du lever du soleil, seront aussi étonnés que je l'ai été moi-même, quand ils apprendront qu'il se lève de si bonne heure, et sur-tout quand je les assurerai qu'il éclaire aussitôt qu'il se lève. J'en suis convaincu, j'en suis certain. Personne ne peut être plus sûr d'aucun autre fait. Je l'ai vu de mes propres yeux; et après avoir renouvelé l'observation trois jours de suite, j'ai chaque fois trouvé précisément le même résultat.

Cependant il arrive que quand je parle de cette découverte à quelques-uns de mes amis, je m'apperçois aisément à leur air, que quoiqu'ils ne me le disent pas expressément, ils ont de la peine à y ajouter foi. L'un d'entr'eux, qui, certes, est un très-savant physicien, m'a assuré que je dois sûrement m'être trompé quant à la lumière qui a pénétré dans ma chambre; parce qu'il est, dit-il, bien connu que comme il ne pouvoit pas y avoir de lumière dehors à cette heure-là, il ne pouvoit pas en entrer dans l'appartement; et que puisque mes fenêtres étoient accidentellement ouvertes, elles devoient, au lieu de laisser entrer la lumière, faire sortir l'obscurité. Il a employé plusieurs argumens ingénieux, pour me prouver combien je pouvois à cet égard m'être fait illusion. J'avoue qu'il m'a un peu embarrassé: mais il ne m'a point satisfait; et les observations que j'ai faites, et dont je vous ai rendu compte plus haut, m'ont confirmé dans ma première opinion.

Cet évènement m'a fait faire plusieurs réflexions sérieuses et importantes. J'ai considéré que si je ne m'étois pas éveillé de si bon matin, j'aurois dormi six heures de plus, à la clarté du soleil, et qu'en revanche j'aurois la nuit suivante, passé six heures de plus à la clarté des bougies; et comme la dernière est beaucoup plus coûteuse que l'autre, mon goût pour l'économie m'a induit à faire usage de tout le peu d'arithmétique que je sais, pour faire les calculs dont je vais vous faire part. Je vous observerai, pourtant, auparavant, que l'utilité est, suivant moi, le principal mérite des inventions, et qu'une découverte, dont on ne peut pas faire usage ou n'est pas bonne à quelque chose, ne vaut rien.

J'établis pour base de mon calcul la supposition qu'il y a à Paris cent mille familles, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougie ou de chandelle par heure. Je pense que c'est une estimation raisonnable; car quoique je croie que quelques familles en consument moins, je sais que beaucoup d'autres en consument bien plus. Alors, si nous prenons six heures par jour pour terme modéré du temps qui s'écoule entre le lever du soleil et le nôtre, puisqu'il se lève durant six mois, depuis six heures jusqu'à huit heures avant midi, et qu'alors nous brûlions de la chandelle chaque jour pendant sept heures de suite, voici le compte qui en résultera.

Dans les six mois, qui s'écoulent depuis le 20 mars jusqu'au 20 septembre, il y a:

Nuits183
Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle7
La multiplication donne pour nombre total d'heures1,281
Ces 1,281 heures multipliées par le nombre de 100,000 qui est celui des familles, donnent128,100,000
Ces cent vingt-huit millions et cent mille heures, passées à Paris, à la clarté de la bougie ou de la chandelle, font, à demi-livre par heure 64,050,000 liv. pes.
Soixante-quatre millions cinquante mille livres pesant, estimées l'une dans l'autre à trente sols la livre, font la somme de quatre-vingt-seize millions soixante-quinze mille livres tournois96,075,000 liv. tour.

Somme immense, que la ville de Paris pourroit épargner tous les ans, en se servant de la lumière du soleil, au lieu de bougie et de chandelle.

Si l'on prétend que le peuple, étant opiniâtrement attaché à ses vieilles coutumes, il seroit difficile de l'engager à se lever avant midi, et que conséquemment ma découverte ne peut être que fort peu utile, je répondrai: nil desperandum. Je crois que tous ceux qui ont le sens commun, et qui apprendront par cet écrit, qu'il fait jour dès que le soleil se lève, essaieront de se lever avec lui. Pour y obliger les autres, voici les règlemens que je proposerai.

1o. Qu'on mette un impôt de vingt-quatre livres tournois par chaque fenêtre, où il y a des volets, qui font que les rayons du soleil n'éclairent pas les appartemens.

2o. Que pour empêcher de brûler de la bougie et de la chandelle, la police emploie le salutaire moyen, qui, l'hiver dernier, nous a rendus plus économes, dans la consommation du bois; c'est-à-dire, qu'on mette des sentinelles, à la porte des épiciers, et qu'il ne soit permis à personne d'acheter plus d'une livre de bougie ou de chandelle par semaine.

3o. Qu'on ordonne aux gardes de la ville d'arrêter toutes les voitures qui passeront dans les rues après soleil couché, excepté celles des médecins, des chirurgiens et des sage-femmes.

4o. Que chaque jour, au lever du soleil, on fasse sonner toutes les cloches des églises; et si cela ne suffit pas, qu'on tire le canon dans toutes les rues, afin d'éveiller efficacement les paresseux, et de les forcer à ouvrir les yeux, pour voir leur véritable intérêt.

La difficulté du succès de ces règlemens ne se fera sentir que dans les deux ou trois premiers jours. Après quoi la réforme sera aussi naturelle, aussi aisée, que l'est l'irrégularité actuelle; car il n'y a que le premier pas qui coûte. Obligez un homme à se lever à quatre heures du matin, et il est plus que probable qu'il se couchera volontiers à huit heures du soir. Or, quand il aura dormi huit heures, il se lèvera volontiers à quatre heures du matin.

Mais la somme de quatre-vingt-seize millions soixante-quinze mille livres tournois, n'est pas tout ce qu'on peut épargner par mon projet économique. Vous devez observer que je n'ai fait mon calcul que pour la moitié de l'année; et l'on peut épargner beaucoup durant l'autre moitié, encore que les jours soient beaucoup plus courts. En outre, l'immense quantité de bougie et de suif qu'on ne consumera pas pendant l'été, rendra la bougie et la chandelle moins chères l'hiver suivant; et le prix en diminuera progressivement aussi long-temps qu'on maintiendra la réforme que je propose.

Quelque grand que soit l'avantage de la découverte que je communique si loyalement au public, je ne demande ni place, ni pension, ni privilége exclusif, ni aucune autre espèce de récompense. Je ne veux que la seule gloire de l'avoir faite. Malgré cela, je sais bien qu'il se trouvera de petits esprits envieux, qui voudront, comme de coutume, me la disputer, et qui diront que mon invention étoit connue des anciens. Peut-être même citeront-ils, pour le prouver, des passages de quelques vieux livres.

Je ne soutiendrai point, contre ces critiques, que les anciens ne savoient pas que le soleil devoit se lever à certaines heures. Probablement des almanachs, comme ceux que nous avons aujourd'hui, le leur prédisoient. Mais il ne s'ensuit pas que les anciens sussent qu'il fesoit jour aussitôt que le soleil se levoit.

C'est là ce que j'appelle ma découverte. Si les anciens connoissoient cette vérité, elle doit avoir été oubliée depuis long-temps; car elle est ignorée des modernes, ou du moins des Parisiens; et pour le prouver, je n'ai besoin de faire usage que d'un argument bien simple.

Les Parisiens sont un peuple aussi bien instruit, aussi judicieux, aussi prudent qu'aucun autre qui existe sur la terre. Tous les Parisiens professent, comme moi, l'amour de l'économie; et d'après les nombreux et pesants impôts qu'exigent les besoins de l'état, ils ont certainement bien raison d'être économes. Je dis donc qu'il est impossible que dans de pareilles circonstances, un peuple aussi sensé se fût servi si long-temps de l'enfumante, mal-saine et horriblement coûteuse lumière de la chandelle, s'il avoit réellement su qu'il pouvoit avoir pour rien autant de la pure lumière du soleil.

Un Abonné.

Fin du premier Volume.

 

TABLE DES ARTICLES

Contenus dans ce Volume.

Vie de Benjamin Franklin.

Extrait du Testament de Benjamin Franklin.

Codicile.

Sur les Personnes qui se marient jeunes. À John Alleyne.

Sur la mort de son frère, John Franklin. À miss Hubbard.

Lettre au Docteur Mather de Boston.

Le Sifflet, histoire véritable, adressée, par Franklin, à son Neveu.

Pétition de la Main Gauche, à ceux qui sont chargés d'élever des Enfans.

La belle Jambe et la Jambe difforme.

Conversation d'un essaim d'Éphémères, et soliloque d'un Vieillard. À Madame Brillant.

Morale des Échecs.

L'art d'avoir des Songes agréables; adressé à Miss ... et écrit à sa sollicitation.

Conseils à un jeune Artisan. Écrits en l'année 1748. À mon ami A. B.

Avis nécessaire à ceux qui veulent devenir riches. Écrit en 1736.

Moyens pour que chacun ait beaucoup d'argent dans sa poche.

Projet économique adressé aux Auteurs d'un Journal.

Fin de la Table du premier Volume.



NOTE DU TRANSCRIPTEUR

L'original comporte en page 190, se rapportant au texte «qui ont eu lieu entre les propriétaires», une note de bas de page illisible qui n'a pas pu être restituée.