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Virginie de Leyva

Chapter 10: VIII Dernières conséquences du moyen âge italien.
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About This Book

Un dossier de procès italien est reconstitué pour retracer la vie et le drame survenu dans un couvent de femmes au début du XVIIe siècle, où les archives dévoilent intrigues, passions et abus de l'autorité religieuse. L'auteur commente documents et témoignages pour exposer l'hypocrisie des formes extérieures de piété, le contraste entre discipline apparente et corruption intérieure, et les conséquences morales d'une éducation et d'une civilisation fondées sur les convenances. Le récit mêle enquête archivistique, portraits psychologiques et méditation sur la morale, la foi et la société.

VIII
Dernières conséquences du moyen âge italien.

Demandez à Machiavel pourquoi l’Italie moderne, qui rayonne du sentiment du beau et de l’instinct du grand, a toujours manqué la conquête de la liberté. C’est que son monde social était peuplé de personnages semblables à l’Osio ; rusés, hardis, sans équité.

C’est son malheur et non sa faute. Dans la vie privée même, son éducation sans liberté morale lui a toujours fourni trop de Machiavels, de Castracani, de Vilollozi, de Baglioni ; trop de ces intelligences aiguisées pour la fraude ; gens de trop d’esprit ; tacticiens de l’égoïsme, pleins de vénération pour la manœuvre. Ainsi s’efface le sentiment du juste ; ainsi périt la liberté qui est le droit. Bailly, lorsque des monstres le traînaient à la mort, s’écriait : « Vous voulez être libres et vous ne savez pas être justes » ; beau mot adressé par un mourant à une autre nation qui ne doit pas l’oublier.

Que d’iniquités dans ces rapports entre les maîtres et les vaincus !

L’avant-scène de notre récit nous montre déjà une enfant emprisonnée dans le cloître, et sa vie mise au rebut, et sa conscience forcée ; une suzeraine qui est religieuse ; une humble novice qui est princesse ; la morale, le confessionnal, l’éducation livrés à un Arrighone.

Bientôt le crime et le sang vont regorger autour de nous et nous apprendre ce que le moyen âge italien avait fait en 1609 de cet admirable peuple.

Il avait désiré la liberté ; mais ses orageuses républiques n’avaient jamais pu ni la fonder ni même l’inaugurer, faute de justice.

Le monde païen avait légué à ce peuple l’amour de la force ; et quiconque aime la force aime l’esclavage. Ses républiques splendides avaient espéré créer la liberté en organisant l’État ; mais elle ne se réalise que par la valeur de l’individu.

Enfin, confondant le pouvoir spirituel avec le pouvoir temporel et absorbant l’un dans l’autre, elles avaient marié le Khalifat avec l’anarchie ; de manière à ruiner la liberté et la justice, l’individu et l’État.