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Virginie de Leyva

Chapter 15: XIII La prieure Saccha. — Les religieuses de Sainte-Marguerite. — Isabella degli Ortensii. — Assassinat de Molteno.
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About This Book

Un dossier de procès italien est reconstitué pour retracer la vie et le drame survenu dans un couvent de femmes au début du XVIIe siècle, où les archives dévoilent intrigues, passions et abus de l'autorité religieuse. L'auteur commente documents et témoignages pour exposer l'hypocrisie des formes extérieures de piété, le contraste entre discipline apparente et corruption intérieure, et les conséquences morales d'une éducation et d'une civilisation fondées sur les convenances. Le récit mêle enquête archivistique, portraits psychologiques et méditation sur la morale, la foi et la société.

XIII
La prieure Saccha. — Les religieuses de Sainte-Marguerite. — Isabella degli Ortensii. — Assassinat de Molteno.

Voici ce qui résultait des confessions de Virginie de Leyva.

Quand la jeune descendante des conquérants espagnols fut confiée aux soins de la vieille prieure Saccha, il y avait près de dix années que celle-ci commandait aux religieuses et dirigeait le couvent de Sainte-Marguerite.

Saccha le gouvernait assez mal ; elle avait grand’peur des Castillans, maîtres du pays.

Sa recrue nouvelle, la petite princesse issue de l’officier navarrais Antoine de Leyva, sœur Virginie était une bonne fortune pour son monastère ; — elle l’accueillit très-bien, la nomma sacristaine (segretana) et lui confia plusieurs jeunes filles à élever ; entre autres Isabella degli Ortensii, fille d’un bourgeois, séculière, mise en pension chez les religieuses.

Or le seigneur Osio demeurait à côté, comme je l’ai dit ; et n’ayant rien de mieux à faire, il admirait ces demoiselles tantôt par les fenêtres de sa chambre, qui ouvraient sur une cour intérieure du monastère, tantôt par de petits trous qu’il pratiquait à la muraille de son poulailler.

Je conviens que s’occuper d’autres études aurait mieux valu. Dans le couvent aussi l’on n’apprenait pas grand’chose, et l’on s’ennuyait. Quelle issue à ces âmes ? quel essor préparé à ces activités féminines, espagnoles et italiennes ?

Un soir Virginie de Leyva, qui était dans la fleur même et dans l’éclat inutile de ses vingt ans, aperçut vers un angle de la basse-cour du couvent sa petite élève dont les regards s’élevaient très-haut sans aller à Dieu. C’était à une fenêtre pratiquée dans le mur du jeune gentilhomme qu’ils s’adressaient.

Sœur Virginie la réprimanda, comme c’était son devoir ; elle lui adressa un sermon sur l’honneur du cloître, sur les dangers de la femme et les suites fatales des démarches étourdies. Puis elle la pria de rentrer au dortoir. Le jeune homme avait disparu de la fenêtre.

Le lendemain l’intendant de la princesse Molteno, fiscal ou notaire à Monza, fut appelé par Virginie. Informé par elle des périls que courait la jeunesse d’Isabelle, il en instruisit la famille. Les parents, la jugeant mûre pour l’amour et la vie conjugale, la firent sortir du couvent et la marièrent.

Les projets du séducteur Osio étaient déconcertés. Celui-ci tua d’un coup de poignard Molteno le fiscal.