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Virginie de Leyva

Chapter 16: XIV Suites de l’assassinat de Molteno. — Pirovano. — Lettre de la princesse.
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About This Book

Un dossier de procès italien est reconstitué pour retracer la vie et le drame survenu dans un couvent de femmes au début du XVIIe siècle, où les archives dévoilent intrigues, passions et abus de l'autorité religieuse. L'auteur commente documents et témoignages pour exposer l'hypocrisie des formes extérieures de piété, le contraste entre discipline apparente et corruption intérieure, et les conséquences morales d'une éducation et d'une civilisation fondées sur les convenances. Le récit mêle enquête archivistique, portraits psychologiques et méditation sur la morale, la foi et la société.

XIV
Suites de l’assassinat de Molteno. — Pirovano. — Lettre de la princesse.

Tuer pour se venger état une morale acceptée. Chaque époque a une morale qui lui est propre.

Grammont trichait au jeu sans que son honneur de gentilhomme en souffrît. Richelieu emprisonnait, pendait et faisait brûler les gens avec beaucoup de sang-froid. Un gentilhomme lombard, en 1630, se débarrassait d’un notaire, sans que personne le blâmât ; Il lui suffisait, pour qu’on l’inquiétât assez peu, de se mettre bien soit avec les autorités soit avec les amis ou les amies des autorités.

N’avons-nous pas aujourd’hui certaines habitudes qui étonneront nos petits-neveux ?

L’Osio, homme bien élevé, très au courant des mœurs et des honnêtes coutumes de l’époque, rentra chez lui après avoir fait son coup, s’y barricada paisiblement, arma ses domestiques, et, se promenant dans son jardin, attendit l’événement.

Il y avait à Monza un auditeur de justice, le signor Carlo Pirovano. Toute vieille société possède ce qui complète une administration bien réglée : elle a des juges, elle a une religion, et une littérature.

Comment se passerait-on de ces nécessités ou de leur simulacre ?

Pirovano ne se pressa pas de dénoncer ou de poursuivre le meurtrier que la voix publique lui signalait ; un homme prudent ne va pas aussi vite. Quelques gentilshommes le sollicitaient en faveur de l’Osio ; assassiner était presque passé en usage ; l’Osio vivait considéré, jeune, aimable et riche ; pourquoi le perdre ? Un vivant est plus estimable qu’un mort, et un gentilhomme vaut plus de deux notaires. D’après ce calcul il fallait ménager le criminel. C’est là une philosophie que je ne prêche pas et que je déteste ; il paraît néanmoins que certains peuples s’en accommodent ; — Dieu sait ce qu’ils deviennent !

Pirovano espérait que cette affaire bien menée pourrait lui tourner à bénéfice ; et il n’avait pas mal spéculé. Il triompha comme on triomphe toujours quand on calcule avec justesse. En effet, après avoir menacé, promis, attendu ; après avoir hésité, temporisé et gardé le silence, il reçut une lettre de la princesse qui autorisait la temporisation du magistrat.

Virginie le priait de ne point agir contre le meurtrier, de surseoir à toute poursuite et de laisser l’Osio en paix.

Pirovano répondit que les désirs de la princesse étaient pour lui des ordres ; qu’il ferait à sa considération ce qu’il n’aurait accordé à personne au monde ; et qu’il était trop heureux de manquer à son devoir pour obéir à une si puissante dame, qui certes reconnaîtrait le sacrifice.