II
Un vieux procès.
S’occuper d’un vieux procès, oublié dans le pays même où s’est joué le drame, serait oiseux et presque ridicule, si le travail archéologique du chevalier Dandolo ne faisait partie de ce mouvement d’érudition européenne, surtout méridionale, servi depuis le commencement du siècle par les hommes les plus savants et les plus ingénieux d’Espagne et d’Italie ; — et si les Promessi Sposi de Manzoni n’avaient pas popularisé le sujet et les acteurs, tout en affaiblissant l’intérêt moral et historique de ces vieux documents.
Leurs terribles péripéties et leurs drames sanglants appartiennent à l’histoire générale, comme je l’ai dit.
Ce sont des leçons importantes, des enseignements graves, non sur la politique présente, mais sur la politique du passé qui à enfanté celle d’aujourd’hui ; — sur la religion dépravée qui a fait tant de mal à l’idée divine et à l’idée chrétienne ; — sur l’éducation des femmes ; — sur la décadence des grands peuples ; sur la liberté détruite et l’esclavage séculaire.
Enfin ces documents éclairent l’histoire des mœurs, des âmes, des idées et des esprits, qui vaut assurément mieux que cette autre histoire, amas de dates confuses et de faits stériles.