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Virginie de Leyva

Chapter 5: III L’Italie au commencement du dix-septième siècle.
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About This Book

Un dossier de procès italien est reconstitué pour retracer la vie et le drame survenu dans un couvent de femmes au début du XVIIe siècle, où les archives dévoilent intrigues, passions et abus de l'autorité religieuse. L'auteur commente documents et témoignages pour exposer l'hypocrisie des formes extérieures de piété, le contraste entre discipline apparente et corruption intérieure, et les conséquences morales d'une éducation et d'une civilisation fondées sur les convenances. Le récit mêle enquête archivistique, portraits psychologiques et méditation sur la morale, la foi et la société.

III
L’Italie au commencement du dix-septième siècle.

Étrange époque, le commencement du dix-septième siècle, surtout au Midi, particulièrement en Italie ! Le Nord ne faisait alors qu’imiter faiblement ces saturnales italiennes, aussi bouffonnes que lugubres.

Les peuples du Midi, possédant depuis longtemps une civilisation élégante, raffinée et vicieuse, poussaient à bout ce raffinement, allaient du même pas au grotesque et au crime, se drapaient dans l’emphase et commettaient mille atrocités puériles.

Chez nous Callot, Cyrano de Bergerac, Saint-Amant copiaient avec plus ou moins d’esprit et de talent ce dévergondage méridional. La corruption italienne était profonde et invétérée ; la nôtre, toute d’imitation et de mode, s’arrêtait à la surface. Le Maderno, le Bernin, le Borromini, le poëte Marini, sur lesquels nous nous modelions entre 1600 et 1640, nous révoltèrent bientôt ; la France se replia sur les anciens : elle en avait assez de l’orgie et revint à la raison. Notre inconstance naturelle nous sauvait encore une fois. La folie sérieuse des autres n’avait été pour nous qu’un intermède.

L’Italie eut plus de peine à se dégager de cette glu brillante de vice allié au mauvais goût, de fausse poésie alliée aux vices de l’âme ; — Sociale bruttura… eta di tronfi poeti e di morie, d’artisti barocchi e di streghe, di lanzichinecchi e d’avvelenatori ; — ainsi parle M. Dandolo de cette époque italienne.

Toute indépendance politique était morte dans la Péninsule ; si les étrangers se battaient comme à l’ordinaire dans la haute Italie qu’ils couvraient de sang, ce n’était pas pour sauver la victime, c’était pour se disputer la proie.

Les Espagnols dominaient sans contrôle à Milan et à Naples ; une seule ruine de grandeur libre se laissait entrevoir dans la pénombre : c’était Venise.