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Virginie de Leyva

Chapter 8: VI L’Italie devenue espagnole. — Effets de la conquête et de la servitude.
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About This Book

Un dossier de procès italien est reconstitué pour retracer la vie et le drame survenu dans un couvent de femmes au début du XVIIe siècle, où les archives dévoilent intrigues, passions et abus de l'autorité religieuse. L'auteur commente documents et témoignages pour exposer l'hypocrisie des formes extérieures de piété, le contraste entre discipline apparente et corruption intérieure, et les conséquences morales d'une éducation et d'une civilisation fondées sur les convenances. Le récit mêle enquête archivistique, portraits psychologiques et méditation sur la morale, la foi et la société.

VI
L’Italie devenue espagnole. — Effets de la conquête et de la servitude.

Le joug espagnol en Italie était d’avant plus dur que la conquête était plus belle. L’Espagne, qui venait seconde dans la grande arène de la civilisation, n’oubliait pas, — et l’Europe ne peut oublier, — qu’elle a été le sublime champion de la chrétienté contre l’Asie et l’Afrique. Son arrogance était justifiée par ses grandes actions. L’Italie cependant n’acceptait pas le joug sans frémir.

Elle se souvenait d’avoir brisé la féodalité gothique et absorbé la féodalité même. Sans égale dans les arts, l’Italie avait étonné le monde par l’essai hardi de ses républiques antiques à coupole chrétienne. Elle maudissait donc ses maîtres sans pouvoir se débarrasser d’eux. Ceux-ci, détestés, devinrent plus terribles.

Entre esclaves et maîtres il n’y a échange que de vices. La férocité ibérique se greffa sur l’astuce ausonienne ; et pour résultat de cet inceste contre nature on eut de monstrueux prodiges — par exemple les Borgias.

L’histoire particulière que je résume est semée de noms italo-hispaniques : Arrighone, Pesen, Procazone, Fuentès y Acevedo, Bersaglia, Salamanca, Caterina de Meda. Notre héroïne elle-même n’est qu’une suzeraine espagnole transplantée, en dehors des mœurs hautaines et des contraintes nécessaires de sa race, dans le couvent assez libre d’un vieux municipe lombard.

Suivons-la donc où elle nous conduit.