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Voyage d'un jeune grec à Paris (Vol. 2 of 2) cover

Voyage d'un jeune grec à Paris (Vol. 2 of 2)

Chapter 2: TABLE DES CHAPITRES.
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About This Book

An observant visitor tours Parisian monuments, museums, libraries, manufactories, markets, and civic buildings, combining detailed description with critical commentary and practical proposals. The account documents architectural neglect and losses, denounces the dispersal and deterioration of artistic treasures, and urges legal protections, museum restorations, and new collections of casts and copies to fill lacunae. It advocates conservation methods favoring durable materials, improvements in urban sanitation and public spaces, reforms to markets and institutions, and more coherent decorative and liturgical treatments, balancing respect for historical fabric with concrete plans for embellishment, access, and long-term preservation.

The Project Gutenberg eBook of Voyage d'un jeune grec à Paris (Vol. 2 of 2)

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Title: Voyage d'un jeune grec à Paris (Vol. 2 of 2)

Author: Hippolyte Mazier du Heaume

Release date: June 19, 2011 [eBook #36469]

Language: French

Credits: Produced by Mireille Harmelin and the Online Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE D'UN JEUNE GREC À PARIS (VOL. 2 OF 2) ***

Produced by Mireille Harmelin and the Online Distributed

Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)

VOYAGE D'UN JEUNE GREC À PARIS

Par M. Hippolyte MAZIER DU HEAUME,

Auteur des Observations d'un Français sur l'enlèvement des chefs-d'oeuvre du Muséum de Paris, en réponse à la lettre du duc de Wellington au lord Castelreagh, en 1815.

TOME SECOND.

À PARIS, CHEZ Fr. LOUIS, LIBRAIRE-ÉDITEUR.

1824.

     Qu'Athènes du tombeau renaisse à votre voix!
     Rendez-lui ses talens, ses vertus et ses lois.

VOLTAIRE.

TABLE DES CHAPITRES.

TOME I.
CHAPITRE PREMIER.

Philoménor, né à Rhodes, fait ses études à Athènes.—M. Fauvel.—Le jeune grec quitte l'Achaïe.—Il se retire à Parga.—Il abandonne la Grèce.—Il fait voile pour l'Italie.—Il parcourt les états de cette presqu'île; il se rend en Hollande et en Angleterre.—Il arrive en France et s'y fixe.—Son enthousiasme pour ce beau royaume.—Abus nombreux qui détruisent son enchantement.—Son indignation.—Ses reproches très-fondés.

CHAPITRE II.

Philoménor assiste à une séance publique de l'Institut.—Ses idées sur les salles intérieures de ce monument.—Ses questions.—Mes conseils.—Pensée de Platon.—Piron.—Façades extérieures.—Réflexions de Philoménor à ce sujet.—Société des Amis des arts.

CHAPITRE III.

Sur le bien que la Société des Amis des arts peut produire en étendant les premières attributions de sa destination.—Palais.—Hospices.—Mendicité.—Fondation d'un hôtel des Invalides religieux et d'un hôtel des Invalides civils.—Vers de Gilbert.

CHAPITRE IV.

Moyens faciles d'embellir Paris et d'en faire disparaître les plus ignobles quartiers, tout en conservant les monumens les plus remarquables.—Indication sommaire des principales antiquités de Paris.—Plaintes fondées sur la destruction des plus beaux édifices de France.—Château de Chambord.—Comment on peut préserver les édifices célèbres des ravages du vandalisme.—Fontaines de Paris.—Purification des eaux.—Projet du docteur Doé.—Nouvel édifice thermal.—Tableau de Paris, en suivant les plans de l'auteur.

CHAPITRE V.

Il faut être constant dans l'exécution des plans mûrement réfléchis et arrêtés.—Puérilité des décors employés dans les fêtes et cérémonies d'apparat.—Moyen d'y remédier.—Rétablir quelques réglemens de l'ancienne Académie.—Combien il est dangereux de laisser sortir de France des chefs-d'oeuvre introuvables.—Regrets de l'auteur sur leur disparition et leur sortie de France.—Exemples frappans.—Collection Fesch.—Magnifique Paul-Potter.—Armure du chevalier La Hire.—Introduction en France d'une loi romaine conservatrice.—Non-seulement il faut conserver, mais faire encore de nouvelles acquisitions.—Anathême lancé sur certains artistes.—Moyens de se procurer de nouvelles richesses en antiques.—Voyages en Grèce, en Italie, d'un homme célèbre.—Espérances trompées des amateurs des arts.—Facilité de découvrir de nouveaux monumens.—Pêche monumentale du Tibre.

CHAPITRE VI.

Corps législatif.—Observations de Philoménor sur ce palais.—Fameuse pétition relative aux émigrés.—Vues diverses de l'auteur à ce sujet.—Légère rétribution.—Domaines en Corse.—Statues de la salle du palais.—Anecdote inédite sur le buste de Louis XVII.—Voeux de l'auteur.

CHAPITRE VII.

Penchant des décorateurs pour les colifichets qui se renouvellent souvent.—Bas-relief de Louis XIV à Versailles.—Bas-relief du même monarque au Musée détruit des Petits-Augustins.—Morceaux intéressans qui s'y détériorent d'un jour à l'autre.—Nécessité d'un nouveau répertoire de ces objets précieux.—Musée d'architecture.—Critique du projet d'un architecte.—Recréer l'ancien Musée français avec les débris non replacés.—Nécessité d'un répertoire nouveau de ces objets précieux.—Fondation d'un Musée de sculpture moderne.—Établissement d'un Musée universel statuaire en modèles de plâtre.—Musée des copies des plus excellens tableaux que nous avons perdus ou que nous n'avons jamais possédés.—Réponses péremptoires aux objections que l'on ferait à ce sujet.

CHAPITRE VIII.

De l'usage malheureusement trop commun des compositions fragiles.—Fronton du Corps législatif et des Invalides.—Chapelle expiatoire de la Conciergerie.—Église Sainte-Élisabeth.—Val-de-Grâce.—Tombeau du cardinal Du Belloy.—Carrières des marbres de France.—Caveaux des deux premières races à Saint-Denis.

CHAPITRE IX.

Il ne faut se servir dans les monumens publics que de matières solides.—Passage extrait du voyage de Kamgki, par M. le duc de Lévis.—Faire moins et faire bien.—Imiter ses ancêtres.—Mosaïques des Invalides et du Musée.—Nos modes contribuent à leur destruction.—Peintures à fresque.—La Mosaïque doit être plus particulièrement encouragée.—Musée royal.—Mouleurs en plâtres ou réparateurs des statues.—Dissertation historique sur la Vénus de Milo.—Rapprochemens singuliers entre cette Vénus du Musée français et une autre Vénus du British Muséum.—Zodiaque de Denderah.—Anecdote sur l'aiguille de Cléopâtre.—Lacune presque continuelle dans les tableaux du grand Musée.—Moyens d'y suppléer.—Projet d'un complément conservateur de ce monument.—Musée du Luxembourg.—Lacunes essentielles à remplir.

CHAPITRE X.

Manufacture des Gobelins.—Critique des bâtimens de cet établissement.—Plan et moyen de restauration.—Notice historique.—Ouvriers, tentures, expositions.—Améliorations, encouragemens.—Musée des arts et métiers.—Maison des Jeunes-Aveugles.—Leur admirable industrie.

CHAPITRE XI.

Marchés publics.—Abus.—Réformes possibles.—Bazars, leur agrément.—Bibliothèque royale, son histoire abrégée.—Bibliothécaires.—Cabinet des médailles.—Anecdotes curieuses et importantes sur l'enlèvement forcé de quelques objets de cette collection.—Cabinet des gravures.—Galeries des manuscrits.—Histoire du vol d'Aimon.—Hôtel de ville.—Sa bibliothèque.—Réparer ce monument municipal; indication des moyens.

CHAPITRE XII.

Cathédrale.—Préparatifs pour la fête du baptême du duc de Bordeaux.—Décors peu analogues avec la vieille métropole.—Ornemens plus en rapport avec l'architecture gothique.—Avantages qui en eussent résulté.—Note remarquable.—Philoménor assiste à la cérémonie du baptême.—Pièce de vers.—Présages anecdotiques sur le duc de Bordeaux.

CHAPITRE XIII.

Suite du même sujet.—Description du choeur de Notre-Dame.—État déplorable des autres parties de cette basilique.—Continuelles mutilations qu'elle éprouve.—Ornemens mesquins.—Voeux de l'auteur pour cet édifice et les autres églises qui sont à construire et à réparer.—Obstacles qui doivent contrarier ses plans.—Il est nécessaire d'agrandir la place de la cathédrale.—Éloigner l'Hôtel-Dieu de cette enceinte.—Motifs de cette mesure.—Emplacement favorable pour cet établissement.

CHAPITRE XIV.

Le pays latin.—Lecteurs ambulans.—Les arts ont singulièrement gagné dans la classe des riches bourgeois de Paris, et même dans celle des artisans.

CHAPITRE XV.

Montagne Sainte-Geneviève.—Bibliothèque.—Leçon d'un professeur du collège de France.—Étonnement du jeune, Grec sur l'emploi du local.—Anecdote prussienne.—La Sorbonne et sa restauration.

CHAPITRE XVI.

La Sainte-Chapelle.—Le Palais.—Incohérence de ses différentes parties.—Cheminées, tuyaux.—Procédé anglais pour absorber et utiliser la vapeur des poêles.—Embellissemens possibles pour le tribunal suprême.—Terre-plein du Pont-Neuf.—Échafaudage monstrueux près d'un des plus beaux monumens de Paris.—Chambre de cassation.—Statues de d'Aguesseau et de l'Hôpital.—Monument Malesherbes.—Galeries du Palais telles qu'elles sont et telles qu'elles devraient être.

CHAPITRE XVII.

Fête publique.

CHAPITRE XVIII.

Inauguration de la statue de Louis-le-Grand sur la place des
Victoires.—Description de la cérémonie.—Pièce de vers.

CHAPITRE XIX.

De l'ancienne salle de l'Opéra.—Translation des acteurs au théâtre Favart.—Nécessité sentie d'une salle provisoire.—La salle de la rue Richelieu ne doit pas être regrettée.—Quel emploi convenable on eût pu faire de cet édifice.—Quelques mots sur Monseigneur le duc de Berri.—Anecdotes et rapprochemens singuliers.—De la nouvelle salle.—Censure piquante et naïve d'un homme du peuple.—Mot heureux d'un littérateur très-connu.—Pourquoi l'on a choisi et préféré l'hôtel Choiseul pour y mettre l'Opéra.—Facilité de mieux placer ce théâtre.—À quel édifice de Paris ressemble la façade de la nouvelle Académie de musique.—Façade latérale de la rue Pinon.—Quelques abus détruits, d'autres conservés.—Intérieur de la salle.—Usage accidentel des cinquièmes loges.—Grandes loges.—Parterre très-commode.—Lustre magnifique.—Foyer.

CHAPITRE XX.

La salle d'Opéra provisoire rend indispensable un théâtre solide et durable.—La France est lasse de colifichets.—Quelles sont les raisons de ce dégoût?—Colysée antique.—Les obstacles à l'érection d'un opéra permanent doivent être nuls.—Singularité.—Projets.—Panoramas de la scène perfectionnés.—Vaucanson modernes.—Moyen d'assainir la salle.—Illusions en tout genre.—Théâtre de Bologne, de Milan, de Parme.—Il est à craindre que le provisoire ne soit incommutable.—Concours, non des élèves architectes, mais des artistes maîtres pour une salle définitive.

CHAPITRE XXI.

Emplacement d'un théâtre durable.—Projets du prince de Ligne, magnifiques, mais impossibles.—Notice sur cet amateur des arts.—Quartier superbe de Paris, si l'on eût suivi ses plans.—Arc de triomphe de l'Étoile, l'achever et le consacrer à la paix.—Champs-Élysées.—Comment les embellir.—Planter des jardins d'hiver, qui manquent à Paris.—Jardins d'hiver de Vienne et de Pétersbourg.—Description de ceux qui se trouvent dans cette dernière ville.—Espérances de l'auteur.—Réfutation du plan d'un homme de grand mérite.—Monument de la Bourse.

CHAPITRE XXII.

Philoménor au spectacle de l'Opéra.—Ses nombreuses questions.—Acteurs, actrices.—MM. Dérivis, Bonnel, La Feuillade, Nourrit, Adolphe, Laïs, Dabadie, Lecomte.—Anecdote sur Lavigne.—Mmes Branchu, Grassari, Javareck.—Les doublures jouent plus souvent que les premières cantatrices.—Admirable talent de Mme Albert, qui, depuis sa rentrée, n'a pas eu de rôle dans les pièces nouvelles.—Résultat fâcheux du congé sec donné à Mme Fay.—Traité aussi ridicule que désavantageux entre la direction du théâtre de Londres et celle de l'Opéra de Paris.—Chef d'orchestre.—Les instrumens couvrent beaucoup trop les voix.—Récompense proposée pour une ingénieuse découverte.—Pirouettes.—MM. Paul, Albert.—Danse grave.—Singuliers contrastes.

CHAPITRE XXIII.

Art mimique.—Son origine.—Rhume d'Andronicus.—Système admirable des immortels abbés de l'Épée et Sicard.—Réflexions d'un encyclopédiste.—Mmes Heinel, Guimard, Gardel et Clotilde.—On doit la perfection de la pantomime à Mlle Bigottini.—Portrait de cette actrice dans le ballet de Clari.—Mmes Courtin, Fanny Bias, Anatole, Marinette.—MM. Albert, Montjoie, Ferdinand.—Pantomimes de MM. Franconi dans leurs tournois.

CHAPITRE XXIV.

Promenades nouvelles de Philoménor dans certains quartiers de Paris.—Étrange malpropreté.—Chantiers de la capitale.—Ponts sans cesse obstrués.—Abus toujours renaissans malgré les ordonnances.—Reléguer strictement certaines professions dans des marchés communs.—Raisons de cette mesure.—Fontaine de Grenelle.—Colonnade du Louvre.—Intérieur et cour du même palais.—Guinguettes et magasins de plâtres-modèles.—Carrousel.—Salle de réunion des trois pouvoirs.—Plan de ce temple des lois.—Faire disparaître les ménageries de ce quartier, et pourquoi.

CHAPITRE XXV.

Quelques réflexions sur les fondateurs de nos principaux monumens.—École Militaire.—Quelle pourrait être sa destination.—Champ de Mars.—Y élever des amphithéâtres.—En entretenir et en planter les terrasses.—Utilité de ces réparations.—Mot très-vrai de M. de Lacretelle sur nos fêtes publiques.—On doit conserver les édifices élevés pendant la révolution.—Il faut leur imprimer des formes royales.—Colonne de la Place Vendôme.—Arc de Triomphe du Carrousel.—Tuileries.—Étonnement très-fondé de Philoménor.—Statues des niches et portiques du Palais, des Jardins et Bosquets.—Réaliser un projet de M. le duc de Lévis.—Surveillance trop peu sévère au Carrousel, et en quoi.—Jours de revue.—Saint-Cloud.—Versailles.—Dévastations non réprimées dans les parcs et parterres de ces résidences.—Bains d'Apollon violés.—Rocailles et ornemens des bosquets fermés et publics.—Colonnades du Château.—Les vrais moyens de restauration n'ont point été employés dans les bois détruits en 1815.—Accidens arrivés aux monumens de Paris.

CHAPITRE XXVI.

Guichets des Tuileries.—Passages infectés par des immondices.—L'invention de M. Dufour, perfectionnée par de nouveaux essais, devrait être généralisée dans tout Paris.—Éclairage mesquin du Palais, les jours de réception.—Projet plus digne de la majesté du lieu.

CHAPITRE XXVII.

Philoménor se rend à Feydeau.—La scène de ce théâtre a trop peu de profondeur.—Les pièces anciennes devraient être remontées à neuf.—Découvertes de M. Paul.—Opéra d'Aline.—Projet de véritables illusions.—Foyer.—Actrices.—Mmes Lemonnier, Boulanger, Paul, Leclerc, Casimir, Pradher, Rigaut, Letellier, Desbrosses, Belmont.—Regrets sur Mme Duret.—Mme Lemonnier et M. Martin, dans les Voitures versées.—Mme Boulanger dans Emma, et Mme Pradher dans le Solitaire.—Tableau très-édifiant de ce théâtre.—Note sur les moeurs de l'époque.—En dépit de Huet, Visentini, Ponchard, Alexis et Darancourt, on s'aperçoit qu'il y manque un Elleviou.—École mutuelle de chant.—Ses avantages, ses inconvéniens.—De belles voix ne suffisent pas à ce théâtre.—Acteurs propres à remplacer Elleviou.—Anecdote sur Lecomte.—Notice sur Elleviou.—Goûts de nos grands acteurs pour la vie champêtre.—Description de la maison de campagne de Larive.—Quelques mots sur les jardins de Talma.—Anecdote singulière sur Larive.

CHAPITRE XXVIII.

Palais-Royal.—Passages vitrés.—Musée des rues.—Enseigne.

SUITE DU PALAIS-ROYAL.

Souterrains anciens et modernes.—Maisons de jeu.—Embellissemens, jardins suspendus.

TOME II.
CHAPITRE XXX.

Premier Théâtre-Français.—Mot du prince de Ligne et de Voltaire.—Ancienne salle.—Abus.—Salle nouvelle.—Anecdotes.—Examen critique des décors.—Acteurs, actrices.—Moyen nouveau de recruter des sujets.—Foyer.—Récompense à décerner.—Régulus.—Clytemnestre.—Sylla.

CHAPITRE XXXI.

Filles publiques du Palais-Royal, des boulevards de Gand et des
Variétés.

CHAPITRE XXXII.

Les Catacombes.—Grotte sacrée.—Cimetière du Père Lachaise.—Abus révoltant.—Constructions nécessaires.—Plantations et réparations convenables.—Fête funèbre.—Anecdote.—Pièce de vers.

CHAPITRE XXXIII.

Place Royale.—Fossés de la Bastille.—Greniers d'abondance.—Leur incontestable utilité.

CHAPITRE XXXIV.

Jardin royal des plantes.—Lacune remarquable.—Projet utile à la botanique.—Serpent à sonnettes.—Anecdote.

CHAPITRE XXXV.

Suite du même sujet.—Vallée suisse.—Réflexions philosophiques.—Montagnes.—Belvéder.—Projet d'hommage aux amateurs de la nature.—Améliorations possibles.—Un jardin de Kew en France.

CHAPITRE XXXVI.

Hôtel Bazancourt.—Marché aux vins.—Quelques réflexions sur les travaux publics.

CHAPITRE XXXVII.

Marché aux fleurs.—Fabriques nécessaires.—Plantations exotiques.—Avantages qui en résulteraient.

CHAPITRE XXXVIII.

Café Procope.—Odéon.—Boutiques.—Échoppes.—Anecdote anglaise.—Artistes usurpateurs.—École de Médecine.—Étalages ambulans.

CHAPITRE XXXIX.

Affiches, placards.—Mot de Mercier.—Plaisans contrastes.—Création de compagnies de police, et d'un nouvel inspecteur des monumens.—Fosses inodores; gaz hydrogène.—Preuves de ses inconvéniens.—Avantages et dangers des nouvelles découvertes.

CHAPITRE XL.

Salle de l'Odéon.—Mesquinerie des décors.—Acteurs tragiques.—Vêpres
Siciliennes.
—Mlle Georges.—Victor.—Mlle Anaïs.—Perrier.—Mlle
Millen.—Marivaudage.

CHAPITRE XLI.

Embarras de Philoménor au sortir du spectacle.—Quinquets réflecteurs.—Nouveaux anathèmes contre certaines expériences.—Moyens de faire disparaître les abus.—De la voierie de Paris.—Nouvelles attributions de l'inspecteur des monumens et des compagnies à ses ordres.—Leur formation, leur organisation, leur traitement, leur occupation journalière.—Extinction de la mendicité en France.

CHAPITRE XLII.

Description d'un des cafés de Paris.—Limonadiers.—Garçons servans.—Les cristaux, la brillante argenterie, les moellons de sucre ne doivent pas séduire.—Cafés lyriques.—Ce genre a peu de succès à Paris.—Café Italien.—Tortoni, sa prospérité.

CHAPITRE XLIII.

Obstacles qui s'opposent aux succès des cafés chantans.—Sociétés.—Théâtre Italien.—Vaudeville. Salle, décorations, actionnaires.—Acteurs.—Raison de la décadence de ce théâtre.—Gonthier.—M. Désaugiers.—Gravelures.—Claqueurs soldés.

CHAPITRE XLIV.

Théâtre des Variétés.—Acteurs.—Potier, Vernet, Tiercelin,
Bosquier-Gavaudan, Le Peintre, Mmes Flore, Gonthier, Pauline,
Jenny-Vertpré.—Façade grecque.—Intérieur de la
salle.—Pièces.—Réforme.—Claqueurs.

CHAPITRE XLV.

Mélodrames de la Porte Saint-Martin, de la Gaîté et de l'Ambigu-Comique.—Franconi.—Gymnase.—Panorama-Dramatique.

CHAPITRE XLVI.

Panorama.—Diorama.—Vie délicieuse d'un amateur des arts à Paris.—Fêtes champêtres.—Maisons de campagne.—Maisons de santé.—Jardins publics.—Anecdote.—Abus à réformer.

CHAPITRE XLVII.

Fête de la Rosière.

CHAPITRE XLVIII.

Domestiques.—Grands restaurans.—Les gastronomes.—Dîner de jeunes gens.—Cuisines en plein air.—Restaurans de la moyenne propriété.—Tailleurs à la mode.—Demoiselles de salle.—Leurs caquets.—Leurs habitudes.

CHAPITRE XLIX.

Société de Paris.—Philoménor est introduit chez une Mme de Valmont.—Son attachement pour cette dame.—Caractère du jeune Grec.—Ses succès dans le monde.—Fête donnée chez Mme de Valmont.—Présens et pièce de vers.—Description d'un hôtel.—Une séance royale.—Espérances de Philoménor pour le bonheur de sa patrie.—Note critique sur des usages de la cour en France.

CHAPITRE L.

Discussion sur la cause des Grecs et des Turcs.—Légitimité des Ottomans.—MM. de Bonald, Condorcet.—Bacon.—Les Comnènes.—Droits des Bourbons au trône de Constantinople.—L'intérêt politique et l'intérêt mercantile reconnaissent seuls la légitimité turque.—Mesures du gouvernement anglais relatives aux Sept îles.—Défense de l'Angleterre.—Conquête de l'Inde, facile pour la Russie.—Motifs de l'insurrection grecque.—Les Grecs ne sont point des carbonari.—L'équilibre de l'Europe, détruit, peut être aisément rétabli; moyens.—Selon certains Anglais, les Grecs ne sont propres qu'à l'esclavage.—Réclamation de Mme de Valmont à ce sujet.—Peinture du sérail actuel de Constantinople, d'après le fidèle récit d'un des médecins de Sa Hautesse.

CHAPITRE LI.

Reproches peu fondés faits aux Grecs anciens, et réplique décisive à ce sujet.—Comparaison entre les arts de l'Égypte et ceux de la Grèce.—Les Grecs modernes ne sont point étrangers aux connaissances utiles, aux sciences et aux lettres.—De leur littérature.—Cause de l'insurrection de la Grèce.—Avantages dont ils jouissaient avant la révolution.—Nouvelle accusation relative à leurs privilèges.—Leur défense.—Ali.

CHAPITRE LII.

La politique échauffe de plus en plus les têtes.—Mme de Valmont interrompt brusquement la conversation.—Abus dans les spectacles.—Déclamation.—Costumes, décorations, jeux de scène.—Le Kain.—Les réformes qu'il a introduites pour la tragédie doivent avoir lieu pour la comédie.—Outrage sacrilège fait impunément par les acteurs aux pièces de nos grands maîtres.—Coutre-sens complet dans certaines représentations.—Concerts spirituels, devenus, avec les courses de Longchamp, les jeux olympiques de la France.—Obligation à imposer à MM. les comédiens du Roi.—Invraisemblances notables sur la scène.—Quelques avis à MM. les acteurs et actrices.—Mlle Mars.—Joanny.—Mlle Duchesnois.—Mlle Georges.—Absence de la musique aux représentations extraordinaires.—Répertoire musical.—Abus difficiles à faire disparaître, et pourquoi.—Moyens d'y remédier.—Organisation nouvelle des théâtres royaux, favorable aux auteurs, aux acteurs, et au public.—Mot de Francklin.

CHAPITRE LIII.

Bal.—La passion du jeu l'emporte sur celle de la danse.—Peinture générale de la société des salons.—Certains usages ont disparu et fait place à d'autres.—L'écarté fait fureur.—Les charades en action passées de mode.—Les comédies et petits opéras très-en vogue sur les théâtres de campagne.—Charme des sociétés de la capitale.—Des Album.

CHAPITRE LIV.

Au milieu de la fête, Philoménor reçoit des dépêches de la Grèce.—Il veut quitter la France.—Son dévouement à son pays.—Affreux malheurs de la Grèce.—Reproches que mérite l'Europe à ce sujet.—Philoménor réclame pour sa patrie l'appui de la France.—Avantages qui en résulteraient pour elle.—Voeux du jeune Grec.—Ses touchans adieux.

VOYAGE D'UN JEUNE GREC À PARIS.

CHAPITRE XXX.

Premier Théâtre-Français.—Mot du prince de Ligne et de Voltaire.—Ancienne salle.—Abus.—Salle nouvelle.—Anecdotes.—Examen critique des décors.—Acteurs actrices.—Moyen nouveau de recruter des sujets.—Foyer.—Récompense à décerner.—Régulus.—Clytemnestre.—Sylla.

Philoménor, qui n'avait point encore visité le premier Théâtre-Français, depuis les réparations faites à cet édifice, vit avec plaisir que les baraques, placées naguère sous les portiques, avaient en partie disparu[1], mais il remarqua avec douleur et une sorte de pitié que les embasemens des colonnes, vraiment dégoûtantes par leur saleté, n'avaient point subi la restauration commune. «Était-il donc indispensable, dis-je à mon Grec, de substituer à ces échoppes des espèces de cages où chaque soir le public est pour ainsi dire véritablement parqué, et dont les grillages, enchaînés aux murailles pendant le jour, donnent un air de prison[2] ou de garde-meuble aux parvis du temple de Thalie et de Melpomène? Si le bon ordre et la sûreté personnelle rendent ces barrières utiles, n'eût-on pas dû les dessiner sur un modèle plus gracieux, plus léger, et leur donner la couleur du fer ou du bronze? Oh! que le prince de Ligne, me disait Philoménor, avait bien raison lorsqu'il écrivait à ce sujet: «Que l'économie n'aurait point dû arrêter sa décoration intérieure, et que le spectacle de la nation aurait dû être traité autrement qu'un magasin à bombes.»

La critique de cet écrivain, injuste pour l'Odéon, Favart et quelques petits théâtres secondaires, me semble subsister ici dans toute sa force. Aussi un homme plus célèbre encore, Voltaire, reprochait à notre nation de ne s'assembler que dans des salles de spectacle sans goût, sans proportion, sans ornemens solides, et aussi défectueuses dans l'emplacement que dans la construction.

Aux réflexions un peu sévères du philosophe de Ferney, j'ajouterai avec franchise que peu de spectacles étaient naguère aussi mal tenus que celui de la rue Richelieu. Comme au temps d'Augias, cette salle réclamait les travaux d'un nouvel Hercule pour nettoyer ses portiques, son vestibule, son foyer, ses loges, son parterre, dont les banquettes salies, rapetassées, annonçaient presque l'indigence dans un lieu où tout doit respirer la richesse et un luxe national. Que vous dirai-je encore de ces misérables tréteaux où se vendaient les rafraîchissemens! Il est peu de tavernes qui n'offrent des buffets plus décens à Paris. On eût presque cru qu'il n'y avait point de budget pour les dépenses urgentes.

Quant à l'architecture intérieure, point de grandiose: que signifiaient pour le premier théâtre du monde civilisé, quelques ornemens en bois marbré, peint ou doré, lorsque partout dans la capitale, les glaces, les stucs, les mosaïques, le porphyre, les statues de marbre, de bronze et d'albâtre décorent les hôtels, les magasins, les boutiques, même celles des herboristes, et se trouvent prodigués dans tous les cafés.

Cependant nous savions que le prince propriétaire de ce théâtre, avait accordé quatre cent mille francs pour le réparer et l'embellir. Des personnes dignes de foi nous avaient assuré que son altesse sérénissime eût même donné une somme plus forte si on l'eût demandée et jugée nécessaire. Nous devions nous attendre à des merveilles: c'était la volonté du prince, c'était le voeu de Talma; nous étions donc entièrement préparés à nous extasier sur des décorations monumentales, parfaitement en harmonie avec nos chefs-d'oeuvre dramatiques. Philoménor était persuadé d'ailleurs que l'élévation du génie de Corneille et de Racine avait pénétré l'architecte d'un noble enthousiasme; et les vers de vos poètes, ajoutait-il, auront inspiré des idées sublimes, des idées dignes de ces hommes immortels.

Cependant je m'aperçus que la foule grossissait et se pressait autour des portes qui s'ouvraient. «Entrons, dis-je à mon ami, nous n'en disserterons que plus à notre aise.»

Le vestibule nous parut aussi bien orné, que le plafond, écrasé par la masse de l'édifice, semblait le permettre. Après avoir admiré un des chefs-d'oeuvre de Houdon, je veux dire la statue de Voltaire en marbre qui nous parut placée là tout exprès pour y recevoir les admirateurs de son beau talent, et y narguer ses ennemis par un rire véritablement sardonique, nous prîmes possession de deux places à l'orchestre, d'où nous pouvions parfaitement tout voir, tout entendre, et nous communiquer mutuellement nos observations. Nos yeux avaient parcouru l'ensemble et les détails: notre étonnement fut grand; des colonnes de bois, assez mesquines, avaient été abattues et remplacées par de petits cylindres dorés, cent fois plus mesquins encore. «Que ne prenait-on un moyen terme, me dit tout bas le jeune Grec? Si quelques colonnes gênaient la vue du spectacle, il fallait en réduire le nombre, les diminuer de grosseur, les revêtir de stuc, mais non les détruire entièrement. Quelle idée singulière ont eu les architectes en soutenant ces galeries par des fuseaux de fer doré[3]!» «Pas tant ridicule, lui répondis-je, c'est peut-être une espièglerie des artistes; n'auraient-ils point voulu représenter le caractère distinctif de la société de ce théâtre, dont l'autorité occulte, l'autorité despotique est tombée depuis si long-temps en quenouille. À quelle époque sera-t-il plus urgent de mettre en vigueur la loi salique? Voici une anecdote, nous dit un de ces hommes que l'on appelle furets de coulisse, et que le hasard avait placé à côté de moi: Voici une anecdote qui prouve bien ce que vous venez d'avancer. Un de mes amis, auteur d'une comédie moderne, fut informé que sa pièce avait été reçue à l'unanimité, mais qu'aucune époque n'avait été fixée pour la mise en scène, et conséquemment pour la représentation. Heureux sous un rapport, et pourtant désespéré, il se rend chez une de nos meilleures comédiennes, lui conte sa mésaventure, et surtout lui lit avec chaleur le rôle qu'il avait fait exprès pour elle, un rôle tout à la fois gai, naïf, touchant, ingénu, et dans lequel la célèbre virtuose crut apercevoir sur-le-champ tous les élémens du plus brillant succès. Lorsque le poète eut achevé sa lecture, l'excellente actrice lui dit: Rassurez-vous, votre affaire ira bien, je m'en charge; j'en réponds; vous serez joué, et sous peu. Quelques momens après elle monte dans sa voiture, se rend au comité français alors réuni, et sans autre préambule, demande quel jour on devait distribuer les rôles de la comédie, de M. D***, qu'elle venait d'entendre réciter et dont elle était encore émerveillée.—Il serait assez difficile, Mademoiselle, lui répondirent quelques importans personnages du sanhédrin comique, il serait assez difficile de vous donner à ce sujet une réponse bien certaine et bien précise. Vous ne l'ignorez pas, la tragédie de M. S***, le drame de M. P***, la comédie de M. G***, doivent par ordre de date passer nécessairement avant la pièce du jeune auteur auquel vous prenez un si vif intérêt. À dieu ne plaise! nous ne sommes pas ici dans l'usage de faire de passe-droits à qui que ce soit.—J'admire vos scrupules, repartit en riant Mlle ***; je vous crois sur parole; je dirai plus, je suis très-persuadée qu'aucun auteur n'oserait à juste titre vous démentir sur un point aussi délicat. Mais songez donc, je vous prie, que la comédie de M. D*** est véritablement charmante; songez qu'elle a le mérite de l'à-propos; c'est tout à Paris: il y aurait plus que de la sottise à n'en pas profiter; et puis mon rôle, oh! oui, mon rôle est délicieux; enfin, je vous l'annonce très-positivement, si la pièce n'est pas mise à l'étude lundi prochain, le jour même, comptez sur ma démission, j'y suis parfaitement décidée.

À cette déclaration aussi inattendue que foudroyante, tous les auditeurs sont justement consternés. Le trésorier croit voir sa caisse vide ou renversée. On se tait; on ne trouve pas la plus petite objection à présenter contre des argumens aussi forts qu'irrésistibles. À l'instant même les rôles sont distribués; et en moins de quelques semaines la comédie de M. D*** fut apprise, jouée et applaudie à tout rompre.

Ce fait n'est pas sans exception, reprit un de mes amis, qui, m'ayant aperçu, était venu se mêler à notre conversation. Quelle finesse aussi, Messieurs, n'a pas été obligée d'employer la jolie Mlle *** pour vaincre tous les obstacles qui s'opposaient à ses débuts, et pour se soustraire à ce joug que s'est laissé imposer si bénévolement la troupe du premier théâtre.

Au sortir du conservatoire, dont elle était élève, elle commença par prendre des leçons de déclamation d'un de nos plus célèbres acteurs, chez lequel elle se rendait chaque jour. Insensiblement, en formant son écolière, le maître ressentit pour elle un sentiment plus vif que l'amitié, une affection qui ressemblait beaucoup à celle du tendre Abeilard pour la nièce du chanoine Fulbert. Mais, hélas! il ne rencontra pas dans Mlle *** une Héloïse. Sans rebuter précisément un homme qu'elle avait tant d'intérêt à ménager, Mlle ***, coquette et prude tour à tour, éludait, par des réponses évasives, de souscrire à des avances qu'elle ne voulait pas écouter. Tout en récitant les vers du Misanthrope de Molière, elle saisit si complètement dans ses relations avec son pédagogue dramatique, le caractère de la coquette, tracé par le poète, que cette habile Célimène parvint facilement à tromper ce crédule Alceste. Les progrès de Mlle *** devinrent surprenans. Elle s'en aperçut, et désira débuter: le maître promit; à l'entendre, il menait tout le comité, presqu'entièrement composé, disait-il, de femmes dont l'autorité se bornait à des caquets, qu'il avait le secret de faire taire par quelques soins délicats, et quelques attentions recherchées.

Cependant le jour du début n'arrivait point; Mlle *** s'aperçut que les espérances que lui donnait son professeur n'étaient pas aussi solides qu'il avait désiré le lui faire croire. Toutefois, elle ne voulut pas rompre brusquement avec lui; en fille prudente, ses visites devinrent plus rares; et probablement quand elle se crut appuyée par des protecteurs plus puissans, les visites cessèrent tout-à-fait; le maître s'en étonna; à la surprise succéda le mécontentement. Un jour, bien conseillée sans doute, Mlle *** écrivit à Messieurs les sociétaires une requête humble et polie dans laquelle elle demandait à débuter. L'aréopage comique connaissait son talent; la réponse fut un refus, qu'on pouvait regarder presque comme absolu. On daigna l'adoucir en le motivant «Il y en avait tant d'autres avant elle; on ne pouvait tout au plus lui donner qu'un jeudi, et encore ce jour était si rapproché, que la représentation de faveur qu'on semblait vouloir bien lui accorder devait être regardée comme illusoire.» D'après cette réponse Mlle *** écrit un second placet dans lequel elle sollicite une audience. Cette fois sa demande fut octroyée. Parée de sa jeunesse, de sa beauté, de ses grâces, encore embellie par la toilette la plus recherchée, la belle aspirante se rend au théâtre dans l'équipage le plus élégant. Des domestiques richement vêtus, qui l'avaient accompagnée, ouvrent la portière, et lui aident à descendre; l'un se charge de son cachemire, l'autre de son ombrelle; suivie de ce cortège imposant, elle reçoit avec grâce, sous le péristyle, la main d'un sociétaire, qu'un heureux hasard avait conduit sous les portiques de la salle.

Mlle **** est introduite; à sa vue, les acteurs sont éblouis; quelques actrices froncent le sourcil, ou montrent un sentiment d'humeur mal dissimulé, lorsque la modeste pétitionnaire adresse à l'assemblée un petit discours le plus adroitement tourné, dans lequel tous les amours-propres sont flattés, caressés, adulés avec un art et surtout un débit parfait. Elle finissait par témoigner aux sociétaires le regret profond qu'elle ressentait d'avoir pour ainsi dire perdu l'espoir d'entrer dans une société dont les membres étaient aussi remarquables par les plus rares talens que par les qualités du coeur et de l'esprit.

Elle ne voulait pas, disait-elle, les contraindre, quoiqu'elle possédât entre ses mains une pièce qui semblait lui en donner le droit. Elle ajouta qu'elle était décidée à n'en pas abuser. Et au même instant, elle tire de son sac, et présente au comité un ordre de début, signé du ministre.

Le précieux papier passe ou plutôt vole de main en main; on peut à peine en croire ses yeux. On lit, on relit l'ordre de début; l'embarras est général; on se regarde, on étudie chaque physionomie, on s'interroge réciproquement des yeux; et l'on finit par ne rien décider.

Témoin de cette singulière irrésolution, Mlle *** est prête à se retirer. Tout-à-coup, elle reprend l'arrêté du ministre qu'examinait encore un acteur, et le déchire en mille morceaux. À cette scène imprévue tous les visages s'épanouissent. L'honorable société se croit débarrassée de la fausse position où elle se voyait réduite, et que tout était fini. Combien ne fut-elle pas désappointée quand la fine postulante déclara qu'elle acceptait néanmoins avec reconnaissance, la proposition de début que les sociétaires lui ont faite pour le jeudi suivant.

À peine Mlle *** est-elle sortie, à peine a-t-elle regagné sa voiture, que la séance devient extrêmement orageuse. On délibère. On cherche un biais pour revenir sur une décision qu'on n'avait regardée jusque-là que comme un refus civil et honnête.

On se détermine donc à lui répondre, que le début promis pour le jour suivant ne pouvait avoir lieu; qu'une répétition d'ensemble, absolument indispensable, était impossible, attendu que les lundi, mardi et mercredi étaient pris pour les soins qu'exigeait une pièce depuis long-temps à l'étude.

Nouvelle réplique de Mlle *** où elle déclarait qu'elle était tellement pénétrée de son rôle, qu'une répétition d'ensemble était superflue, et qu'elle comptait définitivement sur les offres du comité. Cette fois sa lettre n'était pas adressée à la société, mais bien à l'un des coryphées les plus influens, à son ancien maître, qu'elle qualifiait de président en chef du comité; et cette dernière épître fut expédiée sans être cachetée.

À la réception de cette curieuse missive, le président prétendu était absent: d'abord la suscription déplut à tous. Ensuite puisque la lettre n'était point cachetée, on arrêta unanimement qu'aucune convenance n'empêchait d'en faire sur le champ la lecture. Si l'adresse avait déplu, le contenu parut bien plus difficile à digérer: Mlle *** a une mémoire très-fidèle. En écrivant donc à l'ancien directeur de ses études, la jeune élève était étonnée des difficultés qu'elle éprouvait; et surtout d'être éconduite d'une manière aussi peu d'accord avec la puissance qu'il s'était vanté d'exercer sur le comité, composé presque entièrement de femmes, qu'il devait si facilement réduire au silence en faisant des avances à celle-ci, en prodiguant des promesses à celle-là, quelques douceurs à cette autre; et tous ces mots étaient soulignés.

Sur ces entrefaites, lorsque l'indignation était à son comble, l'acteur auquel la lettre avait été spécialement écrite, arrive. Les reproches les plus vifs et les plus amers lui sont adressés. Et d'abord, il n'y avait point de président dans une société où il ne devait se trouver que des égaux. Que signifiaient d'ailleurs les expressions soulignées?

Les explications données par le sociétaire inculpé, ne paraissant pas satisfaisantes, plusieurs de ces dames lui firent vivement sentir combien les expressions relatées dans la lettre, leur étaient sensibles et blessaient leur extrême délicatesse.

Enfin, tout bien calculé, les sociétaires, un peu remis d'une première émotion, ne pouvant revenir décemment sur leurs pas, prirent le parti de se résigner, et de jouer dans les pièces que Mlle *** avait choisies pour son début. Le sacrifice était grand, mais pour tempérer la joie qu'un succès eût pu causer à la débutante, on mit en réquisition le ban et l'arrière-ban de tous les claqueurs à la solde, qui furent mandés, non pour l'applaudir, mais pour la siffler à toute outrance. Ces prudentes mesures furent déjouées. La vue de Mlle *** que les claqueurs ne connaissaient pas, excita leur admiration. Dès les premières scènes, elle eut le secret de capter leur bienveillance; et ce point capital obtenu, au lieu de siffler, ils se joignirent au public pour lui prodiguer des applaudissemens mérités.

On assure que, le soir même, l'ancien maître de la débutante donna sa démission, et qu'il reçut le lendemain l'invitation de se rendre aux Menus-Plaisirs; non seulement il y trouva M. l'intendant, mais un sage ministre qui lui rappela toutes les bontés dont il avait été comblé par le gouvernement, et lui déclara que si sous vingt-quatre heures il ne réparait pas la faute de la veille, il serait aussitôt privé de ses pensions, et même de celle de retraite. Cet excellent acteur fit à ce sujet de mûres réflexions; et fort heureusement pour les sociétaires, il se décida à recevoir encore long-temps les applaudissemens d'un public qui sait si bien apprécier son beau talent.

«Cette anecdote est très-piquante, lui dis-je; mais reprenons le fil de nos observations qui nous ont procuré le plaisir de l'entendre. Décidément, je crois que nos architectes conserveront éternellement le goût des colifichets. Partout on est forcé de le répéter. Nous ne les verrons jamais revenir à ce beau réel qui résulte de l'étude des convenances, méditées et réfléchies.

«Les lois immuables de ce beau, reprit Philoménor, sont pourtant écrites sur tous les monumens de l'antiquité. Le laps des siècles ne les a point altérées; tous les ans le gouvernement envoye des élèves à ses frais pour les étudier sur la terre classique des arts. Mais à quoi bon? si le fruit qu'on se promet de ces utiles voyages se dessèche et tombe avorté. Pour nous, mon cher ami, sans cesse nous les admirons ces lois immortelles qui ont guidé dans leurs travaux les Vitruves français à Sainte-Geneviève et au Val-de-Grace, au Louvre et au Luxembourg, à Trianon et à Versailles. Pourquoi certains hommes ont-ils les yeux fermés?

«Le rideau amarante est d'un grand effet; ses plis onduleux sont parfaitement calqués, et semblent céder au poids des broderies et des crépines d'or. Mais comment ne pas rire de l'espèce d'arlequinade qu'offre le coup d'oeil général de la salle, et qui n'est que le résultat de tant de nuances bizarrement assorties, et surtout très-défavorables pour la toilette des femmes?

«N'est-il pas étonnant, me disait encore Philoménor, que l'on ait exilé de leur sanctuaire Thalie et Melpomène[4]? Quoi! ces deux muses n'y ont pas leurs attributs les plus remarquables! N'eût-on pas dû, en conscience, sacrifier une vingtaine de mille francs, pour y placer dignement ces deux soeurs d'Apollon avec les trophées de leur gloire? Que dites-vous encore de ces magots grisâtres si pesants et si laids, et que pourtant l'on appelle des Amours? N'était-il pas encore facile de ménager au-dessus des loges un asile pour les bustes de nos principaux poètes? On les avait tout sculptés; en les ôtant du foyer, ils eussent pu être remplacés par ceux des auteurs plus modernes, tels que La Harpe, Chénier, Beaumarchais qui les ont suivis dans la même carrière, et qui pourtant ne s'y trouvent pas. Les images des pères de la scène française, transportées ainsi au milieu des spectateurs, eussent en quelque sorte paru jouir de leurs triomphes et s'associer à nos plaisirs. Je ne me trompe point, les peintures du plafond me semblent faites sur papier[5]; au devant des galeries du haut et du centre de la salle, on croit retrouver du papier; on en remarque même dans l'intérieur des loges; il faut pourtant excepter celle du propriétaire, qui me paraît très élégamment décorée. Pour ne point blesser le ton d'uniformité, n'eût-on pas dû disposer toutes les premières sur le même modèle, et draper les secondes et troisièmes avec des tissus moins riches, mais plus solides.»

«Avec cinquante mille francs, et beaucoup moins, je me serais chargé de les faire tapisser toutes d'après votre plan, nous dit un inconnu qui avait écouté notre conversation, et que je pris pour un négociant de la capitale; voyez, Messieurs, ajouta-t-il, comme cet or est grossièrement appliqué; je crains bien que son éclat ne soit pas plus durable que tout le clinquant de l'Odéon et de l'Opéra provisoire.» «Pour moi, reprit Philoménor, je crois vos architectes entièrement brouillés avec les sculpteurs pour les statues et bas-reliefs en marbre et les fondeurs en bronze, dont ces messieurs font si peu d'usage; et je suis convaincu qu'ils ont de plus une antipathie très-marquée pour les marchands d'étoffes en laine, coton et soieries, dont ils se servent le moins possible.» «En revanche, reprit notre voisin en souriant, je soupçonne fort qu'ils ont fait à la sourdine un arrangement exclusif avec les plâtreurs, barbouilleurs et fabricans de papiers peints; peut-être ma présomption n'est-elle pas dénuée de vraisemblance.» «Mais supposez, répliquait Philoménor, un étranger aussi passionné que moi pour l'art dramatique; supposez un étranger qui, pour se rendre plus tôt à Paris, courrait toujours la poste sans s'arrêter dans aucune des villes où sont vos plus célèbres ateliers et vos plus florissantes manufactures; supposez encore que cet Italien, ce Russe, ce Polonais se fasse dès le soir même de son arrivée conduire de suite au premier théâtre, au théâtre Français par excellence, et que son Cicerone l'introduise par un des escaliers latéraux dans l'enceinte intérieure de la salle; quelle idée se fera-t-il de la France et de son industrie? Oh! bien certainement, en apercevant les plus riches substances de la nature et les produits réels des arts, imités uniquement à coups de pinceau, il doutera si vous avez les talens nécessaires pour sculpter les matières dures; et si dans vos départemens vous possédez la plus petite carrière de granit. Vous croira-t-il même initiés à ces procédés utiles qui marmorisent les pierres gypseuses, ou qui déguisent, sous une couche de stuc, des murs grossiers ou de frêles colonnes en bois, lorsqu'il ne verra nulle part l'emploi brillant de ces incrustations savantes et de ce précieux mastic? Ne se persuadera-t-il pas que vous éprouvez une affreuse disette d'étoffes précieuses et même communes, en réfléchissant avec quelle parcimonieuse économie on les a mises en oeuvre dans vos décors? Et, quand la toile sera levée, il se figurera être placé dans un magasin de couleurs, devenu le péristyle d'un palais.»

«Plaisanterie à part, lui dis-je, mon cher Grec, ce théâtre eût été très-convenable pour les Variétés ou l'Ambigu-Comique; mais il n'a pas cette gravité qu'exige la première scène tragique du monde civilisé. La petitesse raccourcie du plan, et son insignifiante restauration, auraient dû décider le directeur des travaux à mettre au concours la restauration de cette salle; et on eût été pour lors à l'abri de ces gauches et sottes méprises. Cet édifice était, ce me semble, assez important pour rendre cette mesure indispensable.»

On était prêt de commencer la pièce: il se fit un grand silence. Philoménor m'entendit soupirer bien bas ces mots: Ô France! ô ma chère patrie! quel usage fait-on de tes arts! ne seraient-ils réservés que pour décorer les palais et les monumens de l'étranger[6] ou les magasins de tes artistes[7]? Le rideau avait disparu. Philoménor, immobile, craignait, pour ainsi dire, de respirer, dans la crainte de perdre un hémistiche de la pièce; mais je le vis plus d'une fois frapper du pied, et se courroucer, d'une manière très-sérieuse, contre ces éternels habitués dont le catarrhe inguérissable sert mieux que les sifflets, l'antipathie ou l'esprit de parti dont ils sont animés. Les deux pièces étaient finies, et le jeu parfait de nos grands acteurs tragiques ou comiques, qui presque tous avaient paru sur la scène, avait rempli le jeune Grec d'étonnement. «Vous avez pu vous convaincre, mon cher ami, lui dis-je, que les bons acteurs ne sont pas aussi rares au premier théâtre que voudraient le faire croire certains prôneurs du temps passé. Selon ces messieurs, les grands talens étaient alors si communs, qu'on avait sifflé jusqu'à Larive, Fleury et Mlle Raucourt, artistes devenus depuis l'objet de leur éternelle admiration et de leurs inconsolables regrets. Nous avons été à portée d'apprécier la valeur de ces touchantes élégies. Quand Talma, Lafont[8], Michelot, Firmin, Desmousseaux nous restent; quand nous avons Mmes Duchesnois, Paradol, Bourgoin, pour la tragédie; quand Damas, Armand, Cartigny, Faure, Baptiste, Monrose, Stoklet[9], Menjaud, Mmes Mars, Leverd, Demerson, Dupuis, Dupont, Hervey, brillent dans les salons de la comédie française; quand plusieurs de ces acteurs, de ces actrices, ont un égal succès dans les deux genres, doit-on crier que tout est perdu? quand enfin Mlle Mante apparaît subitement comme un météore qui doit un jour éclipser toutes ses rivales, on doit être parfaitement rassuré. Mais l'autorité ne devrait-elle point empêcher qu'on suivît à son égard le système d'Harpagon pour son cher trésor? MM. les sociétaires se contenteront-ils de la posséder comme une belle médaille nouvellement frappée, que l'on conserve dans un coffre-fort bien fermé, qu'on montre, suivant le caprice, aux curieux, mais qu'on ne met point en circulation? Afin de démentir complètement les lamentables et sinistres prédictions sur la ruine prochaine du premier théâtre, pourquoi ne pas adopter Bernard de Bruxelles, et Lagardère, Mmes Gros et Valmonzey, dont les débuts ont été si heureux? Pourquoi ne pas recevoir comme des enfans prodigues échappés de la maison paternelle, Saint-Eugène et Victor, qui marchent de triomphe en triomphe dans les pays étrangers et les départemens? Pourquoi ne pas rappeler Michot, dont le jeu rond et plein de franchise plaisait universellement, et qui n'a quitté la scène qu'au moment où il était en possession de la faveur publique? S'il joue à Rouen et ailleurs, qui l'empêche de jouer à Paris?

«Il est donc aisé d'apercevoir qu'avec des acteurs aussi transcendans et les recrues que je propose, on pourrait se consoler de la disparition d'artistes aussi justement célèbres, que le temps ou l'amour de la retraite ont enlevés à nos plaisirs.» «Soit, pour le présent, reprit Philoménor; mais que deviendra votre premier théâtre, si vous ne songez pas plus à l'avenir? car enfin, malgré ce tribut d'éloges, très-mérité sans doute, au moins pour quelques sujets, permettez-moi de n'être pas entièrement de votre avis. Ne fût-ce qu'en raison de l'âge, il est malheureusement trop vrai que les rôles de jeunes premiers doivent être depuis long-temps vacans. On tomberait dans une grave erreur si l'on se figurait être éternellement propre à remplir le premier emploi, parce qu'on est parvenu à déclamer passablement des vers; et si l'on croyait qu'avec des traits ignobles ou communs, une taille grêle ou de portefaix, on doit exclusivement, et par droit d'ancienneté, représenter jusqu'à l'âge caduc, les marquis de Molière, les chevaliers à la mode et l'homme du jour.»

«Je vous comprends, lui répondis-je; vous voulez qu'on se souvienne qu'il est indispensable d'avoir été favorisé d'autres dons que de celui d'un bel organe, et qu'il faut avoir reçu une figure régulière, mobile et piquante, les formes, l'aisance, les grâces de certains élégans du jour. Vous joignez sans doute encore à ces avantages une mémoire imperturbable et d'heureuses dispositions pour saisir au besoin tous les tons, tous les airs, toutes les nuances des différens caractères. Avec ces qualités réunies, je le prédis, un pareil sujet comblera tous les voeux; il fera fureur; on se disputera les loges pour l'entendre, ne fût-ce même que pour le voir: que dis-je? elles seront retenues un mois d'avance pour quelque nouvelle pièce; la salle sera trop petite; elle ne pourra contenir les spectateurs, et surtout les spectatrices; on s'étouffera jusque dans les corridors. Mais ce merveilleux, cet incomparable acteur, éblouissant de jeunesse, de beauté et de talent, ce nouveau Molé, ce nouveau Talma, qui doit produire ce concours, cette affluence, où est-il? Quel heureux coin de la France le possède? serait-il introuvable dans une population de trente millions d'hommes? ou plutôt serait-il encore à naître?»

«Et pourtant, répliqua un des conteurs d'anecdotes, n'est-il pas souverainement ridicules de voir presque continuellement remplacer à ce théâtre les jeunes adolescens par des femmes travesties?» «Vous avez raison, repris-je; on met en réquisition des acteurs qui font prospérer un petit théâtre lyrique, pour les transplanter dans un spectacle où l'on ne chante point; je veux désigner Perlet. Certainement cet acteur prendrait avec plus d'avantage la route de Feydeau ou du Vaudeville, pour y faire valoir ses moyens comme musicien, qui ne lui seront presque d'aucun usage rue Richelieu. Pour une raison toute opposée, ne conviendrez-vous pas avec moi que Lemonnier, dont l'organe est si faible comme chanteur, mais dont la tenue dans certains rôles est si pleine de dignité, dont le physique est d'ailleurs très-agréable, ferait bien de postuler l'emploi de jeune premier au Théâtre-Français? Si ces transmigrations avaient lieu dans les grandes et petites académies de musique, lorsque les chanteurs et les cantatrices perdent leur voix sans cesser d'être des comédiens parfaits, que d'excellens acteurs ne conserverait-on pas à l'art dramatique! D'ici à longues années, Dérivis, Nourrit, Martin et Huet, Lepeintre et Tiercelin, Émile et Potier, et cent autres, ne parleraient de retraite absolue; ils passeraient seulement, pour ainsi dire, d'un trône à l'autre, et le temps seul les avertirait de léguer aux élèves qu'ils auraient formés, le sceptre de leur génie.»

Tout en faisant ces réflexions, nous allâmes respirer au foyer, où mon ami se complaisait à graver dans sa mémoire les fidèles images des auteurs dramatiques que la France a produits. «Les bustes de tant de grands hommes, lui dis-je, qui ont enrichi MM. les comédiens du Roi, doivent bien exiger chaque année les soins qu'on leur a dernièrement prodigués, et dont ils avaient tant besoin. D'autres, tels que La Fontaine et Quinault, mériteraient bien que la pierre fût métamorphosée en marbre.»

«Pourquoi, me dit Philoménor, ne trouvai-je pas dans ces salons les portraits des Lekain et des Dumenil, des Larive et des Clairon, des Préville et des Contat, des Raucourt et des Saint-Prix? quelle juste récompense pour ces acteurs! quel encouragement pour ceux qui leur ont succédé, quelle jouissance pour les étrangers et tous ceux qui ne les ont connus que par tradition! Une pareille galerie serait précieuse, si les portraits en étaient peints par les Robert Lefebvre, les Prud'hon, les Gérard et les Kinson. Un pareil usage, que nous avons déjà vu dans certains grands établissemens, tels qu'à l'École de Médecine, l'Académie[10] et malheureusement un peu trop tard à Feydeau, produirait mille heureux effets, s'il était suivi par tous les grands et petits théâtres, au moins pour les talens renommés.»

En nous quittant, nous formâmes le projet d'entendre successivement Régulus si fortement écrit, les beaux vers et les scènes si touchantes de Clytemnestre, sans oublier Sylla. «Attendez-vous à être encore vivement ému, dis-je à mon Grec. Le caractère de ce farouche dictateur est neuf au théâtre: Talma, il faut l'avouer, y développe un talent unique; vous verrez s'il n'y rend pas inimitablement la sombre profondeur d'un politique consommé dans les forfaits, et blasé sur les assassinats. Ce portrait, si ressemblant, serait intolérable si l'auteur n'en avait pas affaibli l'horrible teinte par des sentimens dignes de toute la fierté, de toute la grandeur d'une âme véritablement romaine. Cette pièce, comme celle de Clytemnestre est sans amour. Outre le mérite du style, des coups de théâtre multipliés captivent l'attention et soutiennent l'intérêt jusqu'au dénouement le plus inattendu. Indépendamment d'autres motifs, telle est je crois, la raison du prodigieux succès de cette tragédie.»

CHAPITRE XXXI.

Filles publiques du Palais-Royal, des boulevards de Gand et des
Variétés.

La soirée était belle; je proposai à mon ami de faire un tour de promenade dans le jardin du Palais-Royal, qui n'était pas encore fermé. À peine y étions nous descendus que mon Grec fut accosté par une jeune demoiselle, qui, malgré ses petites grâces, ses minauderies, la douceur ou la licence de ses propos et tout l'attirail de sa parure, eut le chagrin de se voir très-froidement rebutée. Tel était l'empire de la vertu sur Philoménor; le vice, à ses yeux, enlaidissait même jusqu'à la beauté et lui faisait perdre ses attraits. Ce jeune homme, ordinairement si touché des charmes de l'innocence et de la candeur, si profondément ému de tout ce qui était véritablement beau, éprouvait une répugnance invincible pour ces femmes avilies qui chaque jour se livrent sans choix au plus honteux des trafics. Il dédaignait d'ailleurs des plaisirs payés, et voulait être aimé, non pour sa bourse, mais pour lui-même; et comme nous le verrons, il eut au moins une fois en France ce rare bonheur.

«Je ne puis revenir, me disait-il, de la hardiesse de ces femmes, de la grossièreté de leurs avances, sous des vêtemens qui sembleraient annoncer la réserve et la retenue». «Elles sont effectivement plus décentes dans leur mise qu'elles ne l'étaient autrefois, repris-je; avant et depuis la révolution, elles se promenaient presque demi-nues. On les voyait prendre les costumes de toutes les nations, et principalement de quelques provinces de France; Provençales et Cauchoises, Alsaciennes et Gasconnes; Mauresques et Négresses, s'y trouvaient réunies; pour plaire, elles usurpaient même l'habit de notre sexe. Présentement cette espèce de saturnale n'est guère tolérée que pendant le carnaval. En 1814, les vieilles kadunes surintendantes des sérails qui nous entourent, décidèrent, dans leur haute sagesse, qu'il fallait se hâter de profiter d'une circonstance extraordinaire, et user d'un moyen de succès inventé jadis par la coquetterie[11], mais depuis long-temps abandonné.

Pendant quelques mois, on ne rencontrait plus que des toques à l'anglaise, des plumes de coq à la prussienne, et des coiffures russes ou tartares. Frais à demi perdus! ce petit stratagème réussit peu; souvent, en se promenant, on entendit ces mères abbesses se plaindre hautement en public de la parcimonieuse libéralité de ces étrangers, qu'elles avaient regardés comme des mines d'or inépuisables. Je vous ferai encore observer que le nombre des filles a diminué dans ce palais, au moins en apparence: la dernière classe, le rebut de ces maisons de débauche circule et se répand le soir dans les galeries de bois et le passage vitré: les plus élégantes semblent s'être adjugé exclusivement les allées du jardin et la galerie dite des Bons-Enfans. Le partage ainsi fait, les galeries de la Rotonde et du café de Foy semblent leur être interdites; au moins, on n'y en voit point. En été, d'autres occupent les boulevards de Gand et des Variétés; elles y attaquent peu, excepté dans les lieux sombres et ombragés. Leur isolement affecté, leur coup d'oeil, leur allure inquiète et précipitée, la bonne ou la duègne qui les accompagne, sont les indices qui les affichent suffisamment; car elles n'y paraissent aujourd'hui qu'avec la mise des femmes de bien et d'une haute vertu. La police, qui, je le présume, exige et prescrit ce grave maintien et cette pruderie très-louable, la police, dis-je, qui a d'ailleurs les yeux très-éveillés sur leur conduite, ne ferait peut-être pas mal de rendre cette mesure plus générale dans d'autres quartiers, où tant de jeunes enfans sans expérience sont le soir exposés à tous les genres de séduction.

CHAPITRE XXXII.

Catacombes.—Grotte sacrée.—Cimetière du Père Lachaise.—Abus révoltant.—Constructions nécessaires.—Plantations et réparations convenables.—Fête funèbre.—Anecdote.—Pièce de vers.

À son réveil, je trouvai le jeune Grec en proie aux plus tristes pensées, qu'un temps sombre et nébuleux rembrunissait encore. Son âme sensible avait été flétrie par l'impression profonde que lui avait fait éprouver la représentation d'Hamlet. Souvent notre propre situation nous identifie avec les personnages de la scène. Les souvenirs d'un père chéri, d'un père dont il s'était éloigné, et dont plus de cinq cents lieues le séparaient, avaient troublé son sommeil. «Non, mon cher ami, me dit-il, non, ne cherchez point à me distraire. La mélancolie a pour moi des charmes: aujourd'hui, pour un coeur tel que le mien, c'est un sentiment délicieux.»

«Eh bien! repris-je aussitôt, n'éloignons pas des idées où votre âme semble se complaire. Je n'ai point cette froide insensibilité, cette apathique indifférence qui ne sait point compâtir aux peines de l'amitié. Ne détruisons point, mon cher Philoménor, le prestige d'une jouissance qui semble avoir tant d'attraits pour vous. Je veux même entretenir, par des images plus fortes, des sensations que je partage.» «Je suis sensible, me dit mon Grec en me serrant la main, et en fixant sur moi des regards attendris, je suis sensible à cette preuve touchante de votre amitié. Dans mon voyage en Italie, je m'en souviens, je me trouvai dans une situation d'esprit à peu près semblable. J'étais à Rome; je me fis conduire dans ces profonds souterrains[12] où la charité chrétienne cacha, pendant une affreuse persécution, les corps sanglans des premiers martyrs du Christ; je me plaisais à errer sous les parois ténébreuses de cet immense tombeau. Non, jamais les pyramides sépulcrales de l'Égypte ne m'ont causé une impression plus profonde. À chaque pas, à chaque détour, je croyais voir les grandes ombres de ces héros magnanimes qui semblaient me rappeler toutes leurs vertus. Mon ami, vous ne me refuserez pas: partons, conduisez-moi aux catacombes de Paris.» «Ah! n'exigez pas de ma complaisance, mon cher Philoménor, répliquai-je aussitôt, que je descende avec vous dans ces souterrains funèbres, où, depuis trente années, nous avons déposé les restes de nos pères. Eh! qu'y verriez-vous? des sentiers vastes, sablonneux, quelquefois humectés par de faibles ruisseaux; et ces sentiers vous conduiraient, sous des voûtes retentissantes, a quelques autels expiatoires qu'éleva la religion et qu'entretient la piété. Hélas! sans les inscriptions consolantes des poètes sacrés et profanes, qu'une main bienfaisante grava sur les énormes piliers qui soutiennent ce temple de la mort, tout attesterait dans ces lieux l'empire du néant et l'absence de la vie. La pâle lueur des flambeaux qui servent de guide aux voyageurs ne s'y réfléchit que sur des murailles d'ossemens humains[13], tristes débris des générations de vingt siècles. Vous, mon cher Philoménor, dont l'âme est si pure, et si ennemie des sales voluptés, vous n'avez pas besoin de contempler les effets corrosifs des plaisirs effrénés, et des plus horribles infirmités qui puissent torturer l'espèce humaine. Apprenez donc, mon cher ami, que dans un antre secret, la morale tient sans cesse école ouverte, et qu'elle donne ici les leçons les plus pathétiques.

«Non, vous n'irez point comme moi frissonner d'horreur à la vue de ce voile sombre, dont je n'ai approché qu'avec un saint respect, voile sacré qui, tendu devant l'ouverture d'une grotte ensanglantée, cache et dérobe aux yeux les innombrables victimes des boucheries de septembre 1792; les victimes de cette révolution dont le poignard n'épargna ni la dignité des grandeurs, ni les trésors du savoir, ni les grâces de la jeunesse, ni les attraits de la beauté, ni la candeur de l'enfance, ni la majesté de la vieillesse, ni la simplicité de l'innocence, et pour qui ces priviléges mêmes de la nature furent de nouveaux titres à ses coups. Cependant, mon ami, que demandaient les provinces en 1789? la réforme de quelques abus, le paiement de la dette publique, la suppression de l'arbitraire, et la monarchie consolidée par des lois stables et justes pour tous. Oh! comme la plupart de nos commettans furent infidèles à leurs mandats! comme ils trompèrent nos voeux et nos espérances! Le déficit ne fut point comblé. De nouvelles, d'innombrables déprédations ruinèrent nos finances; la chute des antiques institutions entraîna celle du trône: à l'ordre succéda l'anarchie. La république naquit; son règne fut cimenté par des torrens de sang. Pour nous, spectateurs impuissans, persécutés, proscrits, nous vîmes nos fortunes séquestrées, nos monumens s'écrouler, nos arts disparaître, nos lumières s'éteindre, nos richesses en tout genre s'engloutir au milieu de la disette, de la famine et des massacres. Dans ces temps d'extermination, un orateur l'a dit, «le bonheur n'était nulle part» j'ajouterai pas même chez les bourreaux, car le bonheur n'habite pas sous le même toit que les remords. Les camps seuls étaient devenus l'asile de la gloire, et pas toujours de la sûreté personnelle; et le même courrier qui annonçait la victoire de tel général, annonçait souvent le supplice de ses proches. Pour surcroît à tant de maux divers, nous eûmes vingt-cinq années de combats, dont il ne reste aucun fruit; et nous subîmes deux invasions étrangères, source intarissable de tant de larmes, de tant de privations, de tant de calamités, qui ont fini par mettre pour ainsi dire la France sous le scalpel de l'Europe. Cessons de vous entretenir des causes et des effets d'une révolution qui précipita dans le gouffre des catacombes les restes palpitans de milliers d'infortunés. Fuyons, mon cher Philoménor, fuyons des lieux qui nous rappelleraient plus vivement tant d'horreurs. Mais si les artisans de ces catastrophes épouvantables respirent encore l'air d'une patrie dont ils ont déchiré le sein, eux seuls, mon ami, doivent descendre dans ces cavernes sombres. Ah! puissent leurs remords et leur désespoir, puissent les soupirs et les pleurs d'un repentir tardif, apaiser d'augustes mânes; et surtout une Providence suprême et terrible, qui semble quelquefois sommeiller, mais qui, tôt ou tard, inexorable, attend et saisit le criminel, parce que la garantie de son impérissable justice est dans son éternité.

«Sans vous ensevelir tout vivant, mon cher Grec, dans les entrailles de la terre, suivez-moi plutôt dans un lieu où tout vous inspirera des idées tristes, mais qui ne révolteront pas au moins toutes les facultés de votre âme. Allons dans ce lieu d'un repos éternel, dans cette solitude paisible, jadis l'humble maison de plaisance du confident[14] de l'un de nos plus grands rois[15], et là nous rêverons ensemble.»

Philoménor y consentit; après une course longue, monotone, à travers des rues désertes, nous découvrîmes enfin cet amphithéâtre des trophées de la mort, où tous les âges, tous les rangs, toutes les conditions sont confondus, anéantis; où la pyramide du maréchal de France s'élève fastueusement à côté de l'urne modeste de l'homme de lettres; où la statue consacrée par des enfans pieux à la mémoire d'une mère chérie, se rencontre tout près du bas-relief ciselé par la main de l'Amour, qui semble sans cesse l'arroser de ses pleurs; où les vertus et les talens sont seuls immortalisés par les soupirs de la reconnaissance, et les regrets inspirés par le respect et l'admiration.»

Déjà nous avions franchi le seuil redoutable. Déjà nous étions dans l'asile des tombeaux, dont une pluie avait rendu les abords très-difficiles. «Dans quel abîme m'avez-vous conduit? s'écria mon jeune Grec, dont la chute subite et peu dangereuse m'avait d'abord alarmé. On devrait bien consolider et paver plus soigneusement l'entrée de cette fatale enceinte; peut-être, ajouta-t-il, n'a-t-on pas les fonds nécessaires?» «Que dites-vous? repris-je aussitôt. Ici l'intérêt vend au poids de l'or la poussière des sépulcres. L'avarice y a placé ses ateliers et ses comptoirs. Les coups redoublés du marteau et les cris aigus de la scie y déchirent votre oreille, y troublent le silence des mausolées, y interrompent les prières de la piété, et semblent y insulter aux gémissemens des malheureux. Aurait-on oublié ce vers du plus célèbre de nos poètes modernes:

Malheur à qui des morts profane la poussière![16]

Un ordre supérieur et formel avait, si je me le rappelle, éloigné ces sacriléges établissemens. Pourquoi ce réglement est-il enfreint? on y a construit une chapelle: que la maison des ministres saints qui seront employés à la desservir, aurait bien une couleur locale, si elle eût pris les formes d'un antique monastère. Et, malheureusement, les matériaux, je veux dire les ruines, ne manqueraient pas. Où seraient mieux placés de pieux ermites? quel téméraire oserait ici insulter à leur barbe vénérable et à leur robe de bure? quelle sensation n'éprouverait-on pas en apercevant ces solitaires errer comme des ombres au milieu des tombeaux! en les considérant implorer l'éternelle miséricorde pour ceux qui ne sont plus! en entendant les sons religieux de la cloche argentine retentir au milieu de ces bois sauvages, de ces bois qu'on ne peut trop multiplier par de nouvelles plantations, pour masquer les longues murailles de cette nouvelle vallée de Josaphat, qui semblerait alors n'avoir d'autre terme que les seules barrières opposées par la nature!»

«J'admire, reprit Philoménor, j'admire ce site pittoresque disposé comme exprès par la nature pour son triste emploi; mais, chose étonnante! je cherche sur cette colline des sentiers doucement sinueux, des gazons frais, des arbustes vigoureux qui me rappellent à la pensée consolante de l'immortalité, et qui semblent me dire: Tout n'est pas mort ici; et, faute de soins assidus et journaliers, je n'y rencontre qu'une végétation affaiblie, que quelques touffes d'herbe, souvent desséchées, sur une terre jaunâtre et aride. À chaque pas, mon oeil est attristé par des arbres presque toujours aussi dépourvus de vie que les froides reliques qu'ils étaient destinés à couvrir de leur ombrage. Enfin, si je veux payer un juste tribut d'hommages à ces illustres ou touchantes victimes du sort, je ne puis quelquefois parvenir près d'elle, sans courir quelques dangers, tant les chemins y sont raboteux, inclinés, coupés de ravins et mal entretenus[17]. Du reste, pas une seule fontaine apparente pour les cérémonies expiatoires: pas un filet d'eau où le saule, ami des pleurs, puisse baigner ses rameaux mélancoliques. Quel est donc le gouffre où vont s'engloutir les trésors accumulés par le trépas? Que les impôts levés sur la douleur, sur l'amitié, sur la reconnaissance, seraient bien employés s'ils servaient uniquement à la conservation à l'entretien, à l'embellissement de ce lieu aussi fréquenté par les vivans que par les morts!»