«Les chefs par ancienneté du premier théâtre, qui éloignent, dit-on, avec tant de soin les jeunes sujets capables un jour de les effacer[133], n'y consentiront jamais. Ces vétérans surannés des coulisses, qui, par l'égoïsme le plus absurde, contribuent si puissamment à la décadence de l'art dramatique, sont malheureusement trop attachés aux anciens abus qu'ils appellent des traditions, abus dont la suppression contrarierait leur paresse, les conduirait à de pénibles études, et les engagerait à de nouvelles dépenses. Dans l'espoir d'attirer exclusivement la foule, il est plus court, le jour d'une représentation extraordinaire, d'annoncer des billets de corridor à six francs, et d'embaucher les premiers acteurs du second-théâtre, en leur versant le Lunel et la Malvoisie, ou les vieilles liqueurs de madame Anfou[134]. D'ailleurs pourquoi se gêner? beaucoup se souviennent qu'avant l'établissement très-vexatoire du second théâtre, les comédiens de la rue Richelieu roulaient paisiblement chaque année dans le cercle étroit et perpétuel d'une trentaine de tragédies, comédies ou drames dont le mérite était reconnu; quoiqu'ils aient, incontestablement, le plus riche répertoire, rarement on les voyait exposer leurs talens aux chances périlleuses d'une nouveauté. Ce bon temps serait-il passé, lorsqu'on vient au théâtre bien moins pour Racine ou Molière, que pour entendre les premiers acteurs? Plaisanterie à part, en laissant les sociétés d'acteurs avec leur organisation actuelle, j'ai lieu de conjecturer que l'Odéon, qui vient de recevoir un directeur, peut donner quelques espérances d'amélioration. Là, il n'y aura point d'antiques traditions à suivre, pour morceler nos grands maîtres. L'émulation doit opérer ce prodige. Là, on ne craindra point de lésiner sur les décorations et les costumes, si le magasin et la garde-robe n'y sont point portés à un prétendu complet.» «Vous avez indiqué la vraie source du mal, reprit M. de Clinville; vous avez porté le fer dans la plaie, et touché jusqu'au vif. Quoique deux commissaires royaux aient été nommés près le premier Théâtre Français et Feydeau, je crois qu'il existe un moyen plus sûr de restauration, et qui me semble fort simple.
«Comme l'a fort bien dit un jeune acteur, dans ses Idées sur les deux Théâtres. «Des comédiens ne peuvent se gouverner eux-mêmes. Ce n'est point entre leurs mains que doit être remis le sort des jeunes gens qui entrent dans la carrière. Les études de l'artiste ne peuvent pas d'ailleurs se concilier avec celles d'administrateurs[135].»
«Aussi lui a-t-on fait payer assez cher cet aveu naïf, répliqua Mme de Valmont, qu'on n'attribuera jamais qu'aux plus nobles motifs. Victor aura voulu, par cette abdication de puissance, favoriser les progrès de l'art; et conséquemment servir les intérêts du public.» «Je pense bien comme vous, reprit Dancour; mais, probablement, certains sociétaires, véritables despotes de comité, ne lui auront pas pardonné son indépendante franchise, et surtout de vouloir leur arracher une autorité dont il avait été précédemment la victime.» «Je suis charmé, ajouta M. de Clinville, que cet intéressant acteur ait provoqué lui-même les dispositions principales du plan que j'ai conçu. Il faudrait, selon moi, dissoudre les sociétés des théâtres royaux, en leur donnant une administration semblable à celle du grand Opéra, en mitigeant toutefois l'autorité du directeur par un conseil d'hommes de lettres, aussi justes qu'éclairés; cette mesure prudente ne doit pas être négligée; elle est même indispensable pour tempérer l'espèce de despotisme qui, plus d'une fois, a jeté la terreur et le découragement dans le palais des Grâces et des Amours.
«D'après cette organisation nouvelle, les comédiens ne seraient plus seuls avec les censeurs, les juges des auteurs dramatiques et les arbitres de leur sort. Un conseil serait formé pour la réception, le choix, ou la mise en scène des pièces nouvelles, et même de celles qu'une paresse insouciante fait négliger, quoiqu'elles fassent partie intégrante du répertoire, et que leur apparition contribue singulièrement à varier nos plaisirs. Ce conseil, composé, comme je vous l'ai déjà dit, d'hommes de lettres aussi zélés qu'impartiaux, discuterait sur le mérite ou les défauts du drame présenté; écouterait l'opinion raisonnée, les réclamations, répliques et contredits des ci-devant sociétaires présens et présentes à la lecture et à la délibération. Sous l'autorisation des premiers gentilhommes de la Chambre, ce conseil jugerait en dernier ressort sur l'adoption ou le rejet des pièces soumises à son examen. À des jours réglés, ces commissaires royaux se réuniraient pour faire une revue générale et approfondie des richesses manuscrites renfermées dans le chartrier dramatique, où, peut-être, depuis si longues années, dorment en paix, ensevelies dans de poudreux cartons, tant de tragédies excellentes et de comédies d'une facture exquise. En provoquant pour ces drames divers la faveur d'une représentation et le jugement du public, on donnerait à leurs auteurs une sorte de résurrection. Si ces réglemens favorisent les auteurs, je puis affirmer que les artistes eux-mêmes auront lieu de s'en applaudir, puisqu'ils leur procureront de nouvelles occasions de développer leurs moyens dans des rôles plus variés; dès lors, les talens, justement appréciés, seront mis à leur vraie place, sans avoir égard à l'ancienneté d'un sujet nul ou médiocre. Le mérite seul, sans autre considération, obtiendra le rang qu'il aura justement acquis; et les récompenses décernées aux premiers sujets en tout genre, les fixeront dans notre patrie. Nous n'aurons plus la douleur de les voir, même en hiver, s'exiler dans les départemens, ou chercher fortune dans les pays étrangers: remarque assez importante dans un moment où nous sommes menacés de perdre, peut-être pour toujours, MM. Garcia et Perlet, et Mmes Fodor, Pasta, Perlet et Léontine.
«Oui, Messieurs, si l'autorité suit la marche que j'ai tracée, si elle opère ces changemens, ces transmutations, ces réformes, ces améliorations, peu à peu vous verrez disparaître tous les abus; alors nous démentirons cet axiome que j'ai souvent entendu sortir de la bouche de Francklin.
«La négligence ouvre la porte aux abus; l'égoïsme les introduit; l'ignorance les accueille; le temps les affermit; la multitude en souffre; les particuliers en profitent; le zèle y cherche un remède; la science le trouve; et la cupidité le repousse.»
CHAPITRE LIII.
Bal.—La passion du jeu l'emporte sur celle de la danse.—Peinture générale de la société des salons.—Certains usages ont disparu et fait place à d'autres.—L'écarté fait fureur.—Les charades en action passées de mode.—Les comédies et petits opéras très-en vogue sur les théâtres de campagne.—Charme des sociétés de la capitale.—Les Album.
Tout en applaudissant aux plans de M. de Clinville, on était sorti de table. De l'eau avait été offerte aux convives, dans des vases de cristal azuré, pour se laver les mains et la bouche; et l'on était passé dans une autre pièce pour y prendre le café et les liqueurs.
Rentrée dans le grand salon, Mme de Valmont y trouva une assemblée extrêmement nombreuse; indépendamment des amis intimes invités au dîner, toutes ses connaissances s'étaient empressées de venir la complimenter et de se rendre au bal qu'elle donnait le soir pour terminer plus gaiement le jour de sa fête.
Déjà l'orchestre avait préludé par la plus douce symphonie; bientôt succède une musique vive et bruyante; et ce fut alors que Mme de Valmont ouvrit le bal avec Philoménor, dans un quadrille où les belles formes grecques et les grâces légères de France présentèrent, par le plus heureux accord, un spectacle véritablement ravissant; l'admiration était portée à son comble; et je n'ai pas besoin de dire que tout le monde s'était levé, et avait formé cercle pour le contempler; cela se devine, quand on connaît Paris. Mais, le jeu, qui a bien aussi ses attraits, avait réuni dans les autres appartemens les personnes d'un âge plus mûr, qui ne dansent point; et même beaucoup de jolies dames et de jeunes gens. Après les premières contredanses, Philoménor fut étonné de voir la maîtresse de la maison être obligée de recruter des danseurs groupés autour des tapis verts. Par un motif très-louable, elle désirait que les demoiselles, qui jouent peu dans les grandes réunions, ou qui même ne jouent point du tout, pussent au moins danser, et qu'au son de la plus entraînante harmonie, tant de charmantes personnes ne fussent pas trop justement comparées à la vivante statue de l'opéra de la Belle Arsène, se morfondant pendant un siècle sur son triste piédestal; elle voulut donc presser le moment où quelque séduisant enchanteur viendrait, par une invitation magique, les tirer de la plus ennuyeuse immobilité. Semblable à une fée protectrice, d'un seul mot elle réussit à leur imprimer le mouvement, et pour ainsi dire une nouvelle existence. Pendant qu'une foule d'élégans, sans attendre le résultat du coup le plus piquant et le plus décisif, s'empressait de céder aux désirs de Mme de Valmont, en confiant rapidement ses intérêts pécuniaires aux soins de l'amour ou de l'amitié; pendant que chaque danseur se précipitait dans la salle du bal, invitait une jeune beauté, et se mettait en place, Philoménor, débarrassé du tourbillon, et rapproché de moi, s'amusait infiniment de scènes éminemment dramatiques. Ce n'étaient plus les jeunes gens qui avaient déserté le grand salon, c'étaient de jeunes femmes qui, préférant l'écarté au plaisir de la danse, se lançaient au jeu avec une incroyable vivacité. Celle-ci assiégeait la place vacante; supplantait lestement l'homme pacifique que son tour y appelait; le consolait poliment d'un sourire; l'engageait à parier dans son jeu, en lui promettant les chances les plus heureuses, fondées, disait-elle très-sérieusement, sur un rêve de la nuit. Celle-là, après avoir épuisé sa bourse, empruntait à mi-voix à son voisin, ou jouait sur parole, dans la persuasion, assurait-elle, que ce moyen unique, infaillible, portait bonheur. D'autres dames, enfin, beaucoup mieux inspirées sans doute, ne faisaient pas une partie sans changer de cartes, sans mêler le jeu de leur adversaire, en y ajoutant la culbute[136].
«Oh! que votre J.-B. Rousseau, me disait à mi-voix mon ami, avait bien raison d'écrire ces vers d'une épigramme qui s'est presqu'involontairement gravée dans ma mémoire:
«Ce monde-ci n'est qu'une oeuvre comique
Où chacun joue un rôle différent.»
OEuvres choisies, page 313.
De bonne foi, ces femmes, si spirituelles et si charmantes, croyent-elles réellement ce qu'elles ont l'air d'affirmer d'un ton si positif? Pourquoi chercher à nous persuader qu'elles conservent encore ces petits préjugés de l'enfance?» «Je présume en deviner la raison, lui répondis-je; mais comme, sous peine d'être taxé d'indiscrétion, je ne pourrais vous la dire, vous applaudirez sans doute à mon silence.» «Je n'en reviens pas, insistait le jeune Grec. Quoi! avec un jugement si sain, tant de lumières, tant d'instruction, une éducation aussi soignée, la superstition aurait-elle pu les gagner et les séduire? régnerait-elle encore dans un siècle aussi éclairé que le nôtre?» Sa surprise redoubla en voyant que le goût du jeu ne les abandonnait pas, même en exécutant un pas de Coulon ou d'Aumer, et même en valsant avec le plus aimable abandon. Un joueur se levait-il de table, nous entendions souvent une merveilleuse tenir, en pirouettant, aux attentifs qui l'entouraient, ce langage digne de Sparte:—Ai-je gagné? ai-je perdu?—Madame, voici votre argent.—Bien, très-bien: gardez… vite, mettez pour moi; je fais mon paroli.
«Quelle fureur du jeu!» ne cessait de s'écrier Philoménor. «Vous rêvez, lui dis-je, et, dans ce moment, vous n'avez pas assez d'indulgence. Concevez-donc combien il est piquant de jouir, dans l'instant le plus fugitif et le plus rapide, de quatre plaisirs à la fois; de la musique, de la danse, du jeu et des triomphes de la coquetterie.» «Paix! répliqua Philoménor, parlez plus bas; vous seriez entendu peut-être; et, pour la dernière jouissance, beaucoup de femmes ont la prétention de n'en pas vouloir convenir. Au surplus, j'avoue que mes observations sont complètement ridicules; et le genre que je censurais si sottement, doit être le nec plus ultra de la civilisation.» «N'en doutez pas, repris-je; permettez-moi toutefois de vous faire remarquer que les amusemens de la société de Paris ont singulièrement changé depuis huit ou dix ans. À cette époque, la bouillotte, que l'on ne joue plus qu'au marais, était alors en grande faveur. Ce jeu est entièrement passé de mode au quartier Saint-Germain et dans la Chaussée d'Antin. Le loto royal se joue beaucoup au pavillon de Flore. Le boston, l'impériale, le wist se soutiennent encore dans certaines maisons. Mais il est un autre jeu, mon cher Philoménor, qui devrait être à jamais proscrit dans les salons: je veux parler du creps; l'anglomanie l'avait fait adopter; Mme de Valmont n'a pas permis qu'on l'introduisît chez elle, surtout depuis qu'un jeune homme qui lui avait été singulièrement recommandé, y perdit dans une seule séance près de cent mille francs. C'était une dette d'honneur qui devait être acquittée sans délai. Pour se procurer cette somme jouée sur parole, cet infortuné, à peine sorti de l'enfance écrivit à sa mère une lettre très-attendrissante, dans laquelle en exprimant ses regrets et ses chagrins, il la priait de vendre une ferme éloignée et de lui en faire passer la valeur. Cette bonne mère, retirée depuis son veuvage dans une terre magnifique, près des Cévennes, lui répondit:
«Je suis moins touchée, mon fils, de la perte assez considérable que vous avez faite, que des suites qu'elle peut avoir si vous ne suivez pas les conseils de votre meilleure amie. Qui pourrait, hélas, me répondre que votre fortune ne soit pas un jour entièrement compromise? Après avoir relu votre lettre, j'ai mûrement réfléchi au parti que je devais prendre; et je crois avoir choisi le plus sage; je suis décidée à venir à votre secours; mais sous la condition expresse que vous quitterez Paris et que vous me rejoindrez aussitôt. Si vous acceptez mes offres, répondez-moi poste pour poste; et la somme dont vous êtes redevable sera incessamment comptée à vos créanciers. Je suis bien loin, mon fils, de vouloir gêner votre liberté; mais, à dix-sept ans et demi, Paris serait peut-être pour vous un gouffre sans fond. Vous reverrez cette capitale lorsque vous aurez plus d'âge et d'expérience. En payant vos folies d'un jour, je n'ai point voulu entamer des immeubles; j'ai préféré m'imposer à moi-même des sacrifices personnels et vous punir de votre imprudence, en vous donnant une leçon que chaque jour vous rappellera. J'ai détruit pour quelques années les agrémens d'une terre qui doit vous revenir lorsque je ne serai plus. Ces hautes futaies, ces bois précieux dont vous aimiez tant le riant aspect et l'ombre hospitalière, sont vendus; et lorsque vous recevrez cette lettre, la hache aura fait tomber ces chênes majestueux, ces cèdres et ces hauts pins dont la tige semblait défier la foudre et devoir vivre plusieurs siècles. Il l'a fallu: j'ai préféré me résigner à des privations; imitez-moi, mon fils; mais je n'ai point voulu déshériter ni vous ni vos enfans (si vous en avez un jour) d'un patrimoine que tôt ou tard on regrette, lorsque l'on est entré dans l'âge de la raison et de la sagesse. Je vous afflige peut-être, mon fils; dans vingt ans vous eussiez blâmé mon défaut de prévoyance, et sans doute à cette époque vous bénirez ma mémoire. Aux reproches que je suis obligée de vous faire, je veux opposer quelques consolations. La saison le permet: venez me donner votre goût, vos conseils pour remplacer, par de nouvelles plantations, ces bois plantés par vos aïeux. Puissent les soins de ma tendresse, les plaisirs de l'aimable agriculture, qui, avant votre départ, amusaient vos loisirs, vous faire oublier ce Paris que vous n'avez connu que par des revers de fortune! Puissent ces arbres que nous replanterons ensemble, vous rappeler, en se développant, les périls où peut entraîner la passion des jeux de hazard, et vous guérir pour jamais d'un penchant aussi pernicieux que funeste! Venez, je vous attends, mon cher fils; et souvenez-vous toujours dans vos chagrins, que:
«L'asile le plus sûr est le sein d'une mère[137].»
«J'ajouterai, mon cher Philoménor, que ce jeune homme quitta Paris le jour même, et se rendit auprès d'une mère dont il fait le bonheur.
«Cent autres jeux innocens, où l'on infligeait de si douces punitions, ont entièrement disparu avec ces petits drames que l'on appelait charades en actions. Ces comédies, pantomimes ou parlées, exigeaient une improvisation très-favorable et très-propre à faire briller les gens d'une imagination vive et féconde; mais devenaient très-pénibles et très-embarrassantes pour beaucoup d'autres. Et vous me l'avez dit cent fois, mon cher ami, il n'est point de tâche plus insupportable que l'insipide obligation de faire continuellement de l'esprit. La bizarrerie des costumes, la variété des poses, étaient les indices qui devaient servir de fil aux spectateurs pour découvrir l'issue du labyrinthe où les comédiens cherchaient à vous égarer sans cesse, tout en paraissant vous donner les renseignemens les plus précis. La pièce, selon le nombre des syllabes du mot choisi, se divisait en deux, trois, quatre ou cinq actes. En se rappelant les scènes antécédentes, le tout de la charade devait être deviné. Je le présume; le dérangement d'une toilette soignée, que ce jeu détruisait presque toujours, n'aura pas peu contribué à faire abandonner ce genre de plaisir, pour lequel, d'ailleurs, il fallait dans chaque maison un vestiaire assez varié. De plus tout se trouvait bouleversé dans les appartemens, puisqu'une grande partie des meubles servait à exprimer le logogriphe; et ce bouleversement, cause nécessaire de beaucoup d'accidens, devait aussi naturellement déplaire aux maîtresses de maison qui aiment l'ordre, la propreté et la conservation d'un mobilier aussi élégant que précieux.
«On joue bien, si vous voulez, la comédie de société; mais seulement dans les beaux jours de l'été ou de l'automne, sur un petit théâtre de campagne; et l'on n'y représente que des pièces faites par nos meilleurs poètes, sans y être, comme aux charades en action, auteur et acteur à la fois. À ces différens jeux surannés, auxquels on ne songe plus, on a substitué le billard. Il est peu de maisons opulentes qui n'aient une pièce affectée à cette destination.
«Enfin, mon cher ami, aux soirées ordinaires, un usage qui, dans certains départemens serait l'oubli de toute politesse, ou pour mieux le caractériser, une incongruité révoltante, un scandale épouvantable, est toléré dans plus d'une réunion de Paris. Est-on las de converser, n'aime-t-on ni les cartes, ni le billard, ni la danse, on est parfaitement libre, sans que le maître de maison le trouve mauvais, d'examiner un cabinet de tableaux, et de parcourir, dans un coin du salon ou de l'appartement voisin, la feuille du jour ou la brochure nouvelle. Souvent même des hommes de talent s'amusent à enrichir l'album des dames; et presque toutes y conservent un souvenir de nos grands artistes modernes, tel, qu'un cheval de Carle, un ermite d'Horace, une tête de Girodet, une pèlerine de Lescot, un paysage de Watelet, une fabrique de Bertin, un bouquet de fleurs de Vandael, et une romance inédite de Lamartine, sur un air spontanément composé, noté et chanté par Lafont ou Romagnési; et vous savez, mon cher Philoménor, qu'un album bien varié est indispensablement nécessaire au bonheur d'une femme à la mode.»
CHAPITRE LIV.
Au milieu de la fête, Philoménor reçoit des dépêches de la Grèce.—Il veut quitter Paris.—Son dévouement à son pays.—Affreux malheurs de la Grèce.—Reproches que mérite l'Europe à ce sujet.—Philoménor réclame pour sa patrie l'appui de la France.—Avantages qui en résulteraient pour elle. Voeux du jeune Grec.—Ses touchans adieux.
«Ô la délicieuse société! s'écriait Philoménor! comme on est bien ici! je voudrais y passer ma vie!» À peine finissait-il ces mots, qu'un de ses gens demande à lui parler, et lui remet un énorme paquet au timbre de la Grèce; l'envie bien naturelle d'en connaître le contenu le fit se retirer de bonne heure à l'hôtel qu'il habitait. Lorsque je le revis quelque temps après, j'eus la douleur d'apprendre que les lettres qu'il venait de recevoir du Péloponèse étaient pressantes, et qu'il serait obligé de quitter Paris sans avoir visité beaucoup d'endroits qu'il n'avait pu connaître pendant le bref séjour qu'il y avait fait; ses préparatifs de départ étaient terminés; les relais de poste avaient été commandés le jour même. «Je n'ai plus qu'une heure à passer avec vous, me dit-il, mon cher ami, avant de vous quitter; et je n'ai pas l'espérance assurée de vous revoir jamais. Je dois partir; il le faut. Mon pays m'appelle; puis-je balancer un instant à voler à sa défense, et transiger avec le devoir le plus sacré? En est-il un plus impérieux? je vais me dévouer à ma patrie, à cette patrie si chère, pour qui mes ancêtres ont su mourir. Ô mon ami! croyez qu'un tel sentiment m'est cent fois plus cher que l'amour et même que l'amitié.
«Lisez, ajouta-t-il, lisez cette épître fatale, et vous verrez si, sans être le plus coupable des hommes, je pourrais languir dans un lâche repos; s'il m'est encore permis de rester dans cette France, qui emporte tous mes regrets. Lisez, vous dis-je, les affreux détails écrits en caractères de sang, sur ces pages que j'ai cru voir empreintes des larmes brûlantes d'une mère chérie. Partout, dans la Grèce, régnent la spoliation et[138] le carnage; Athènes a été la proie des flammes; l'asile du consul français n'a pas été respecté; et les riches débris que mes mains lui avaient aidé à conquérir et à rassembler, peut-être n'existent plus[139].
Partout on renverse de fond en comble nos basiliques[140]; on séquestre nos biens; on pille nos trésors; on égorge, on empale, on crucifie les plus vertueux chrétiens, depuis les patriarches[141] jusqu'aux plus misérables esclaves; à Scio, les Turcs, dans leur rage, ont pendu cinq mille enfans; ils en ont formé des chaînes et les ont noyés dans la mer. Scio n'est plus qu'un lac de sang[142]. Dans l'île de Crète, la rage d'une milice forcenée ne s'est assouvie qu'en donnant à dévorer aux chiens les lambeaux des Grecs qu'ils avaient inhumainement massacrés[143]. On vend à l'encan nos vierges captives[144]. Les princesses du sang le plus illustre[145] ont été publiquement violées dans d'infâmes bazars; non contens de massacrer nos frères pour assouvir leur implacable haine et s'enrichir de leurs dépouilles, les Turcs en furie raffinent sur les supplices et les tourmens. Forfait inoui dans l'histoire des siècles, festin non moins affreux que celui d'Atrée, nos horribles tyrans forcent leurs victimes à devenir anthropophages! On a vu des Grecs assez infortunés pour être contraints de dévorer eux-mêmes leurs membres mutilés, leurs membres brûlés et palpitans…[146]
«Des cruautés qu'on croyait suspendues, se renouvellent[147]. Récemment, à Pergame[148], plus de mille Grecs ont été égorgés; près Janina, un pauvre solitaire a été attaché en croix, et après avoir souffert les tourmens du Christ, les Turcs l'ont brûlé vif[149].
«D'après de tels préliminaires, l'extermination de tous les Francs n'est-elle point secrètement jurée par le divan? Une boucherie universelle, sans distinction d'âge, de sexe et de rang…[150] Grand Dieu! de tels malheurs ne toucheront-ils point l'Europe? Ses agens ne rougiront-ils jamais de se montrer supplians et pour ainsi dire prosternés devant des barbares[151]? Des prières n'attendrissent point des tigres. C'est le glaive seul de la force et de la vengeance qu'il faut faire briller à leurs yeux. Une politique vacillante et incertaine, une politique au coeur d'airain, l'emportera-t-elle sur la reconnaissance? L'Europe, si vaine de sa civilisation, oublierait-elle qu'elle tient de nos aïeux tous les élémens de son bonheur? Belles-lettres, beaux-arts, sciences, philosophie, économie législative et rurale, elle a tout reçu de nous, et il n'y a pas un manuscrit, un fragment de colonne, un bas-relief, une statue qui ne dût lui reprocher son ingratitude. Presque tous les souverains d'Europe nous ont abandonnés[152]: seul, le pontife de Rome nous accueille et nous ouvre ses bras paternels; aussi brûlons-nous de lui être unis par les liens les plus étroits et les plus sacrés[153], nous que l'on représentait comme des fanatiques orgueilleux et entêtés! L'Angleterre, il est vrai, semble adoucir pour nous ses rigueurs accoutumées; ne vous y trompez pas, mon cher ami; ce ne sont point les saintes lois de l'humanité, si souvent violées par elle, qui la guident; attribuez à de moins nobles motifs ce changement qui semble s'opérer dans son système aussi persécuteur que tyrannique; notre opiniâtre résistance, le courage même du sexe le plus faible[154], quelques brillans succès, et bien plus encore la haine et la terreur qu'inspire la Russie à la Grande-Bretagne, lui font craindre des vengeances trop méritées, qu'elle voudrait prévenir et apaiser. Je crois même entrevoir, sous ses feintes caresses, les chaînes qu'en secret elle nous prépare. Peu certaine de conserver ses usurpations sur le continent, elle songe à des indemnités futures; et déjà peut-être elle rêve un nouvel empire insulaire au milieu des tempêtes de l'Archipel grec. Ma patrie se laisserait-elle séduire par les avances fallacieuses de cette puissance, qui réconcilie[155] des ennemis dont les divisions furent si favorables à notre émancipation politique? Compterait-elle sur la bonne foi de cet inexplicable gouvernement, qui, nouveau Janus, tend une main amie et protectrice aux insurgés militaires du Portugal[156] et des Espagnes[157], leur vend et leur livre son salpêtre et ses bayonnettes[158] pour foudroyer et égorger les généreux défenseurs de tous les pouvoirs légitimes, vous m'entendez, les Français; et souvenez-vous que cette même nation, si libérale à l'Occident[159], prodiguait naguère en Orient ses conseils, ses frégates, ses armes; ses munitions et jusqu'à ses soldats au despotisme le plus absolu, le plus immoral, le plus sanguinaire, le plus féroce, et secondait ainsi de barbares infidèles pour exterminer des Grecs, des Grecs professant la même religion, le même droit des gens, et les mêmes principes de civilisation.»
«Oui, sans doute, répliquai-je, mon cher Philoménor, vos défiances sont justes et fondées en raison. Quelle honte éternelle pour l'Angleterre! Dans des temps bien plus critiques, était-ce ainsi que se conduisirent ces braves[160] guerriers qui composaient à Rome la légion Thébaine[161] si renommée pour son intrépidité[162], sa soumission et son dévouement[163] à l'empereur? en vain Maximien, victorieux dans les Gaules, veut les forcer de persécuter les Genévois[164], chrétiens comme eux; en vain pour les y décider il épuise les menaces et les supplices[165]; chefs, officiers, soldats, résistent avec respect et ne se révoltent point[166]. Maurice Exupère, Candide et plus de six mille légionnaires déposent leurs armes et leurs boucliers[167]; victimes sans défense[168], ces lions si terribles dans les batailles, sommés trois fois de combattre, préfèrent trois fois être décimés[169] et même massacrés jusqu'au dernier, plutôt que de verser le sang de leurs frères[170], plutôt que de commettre une action qui leur semblait être un affreux parricide. Ah! si la majesté des monumens se proportionnait à la grandeur de ces héros magnanimes, les Alpes seules, mon cher Philoménor, étaient dignes d'être leurs tombeaux.»
«Que les Anglais, dans ma patrie, se sont montrés éloignés de sentimens aussi sublimes! me dit le jeune Grec en soupirant. Je le sais, ajouta-t-il, de récentes victoires ont effacé nos revers, séché nos larmes, et couronné nos efforts; mais ces efforts multipliés suffiront-ils pour nous soustraire à la fureur de nos tyrans, excitée chaque jour par de nouvelles défaites, par de nouveaux désastres, et d'autant plus à craindre qu'ils paraissent la dissimuler. Si l'humanité, foulée aux pieds par ces infidèles; si la religion, insultée, avilie, nageant dans le sang, se traînant expirante sur les restes fumans de ses sanctuaires embrasés, profanés, démolis, ne touchent point quelques puissances de l'Europe; je m'adresserai à la France, parce que la France est pour ainsi dire la légataire universelle de nos plus riches trésors. Ah! mon cher ami, si, soulevant le marbre qui couvre ses cendres inanimées, Louis IX sortait vivant de son sépulcre, douteriez-vous qu'on ne vît éclater sur sa poitrine le signe d'une nouvelle croisade contre les infidèles? Attendrait-il, pour nous secourir, que le dernier Grec eût été moissonné par le cruel cimeterre[171]? Mais je veux bien faire taire un instant la voix des malheureux, dont les accens plaintifs ne se firent jamais entendre en vain au coeur des Français, et surtout des Bourbons. Je ne ferai parler ici que votre intérêt personnel. Quoi! les vétérans de vos anciennes armées regrettent la guerre et soupirent après de nouveaux combats! L'opprimé réclame leur appui! Quelle carrière plus légitime pouvez-vous offrir à leur mâle courage? Votre gouvernement se bornera-t-il à nous envoyer quelques vaisseaux? Se contentera-t-il de sauver quelques passagers au milieu de ce grand naufrage? L'Archipel ne verra-t-il aucun de vos guerriers? et les échos des Thermopyles, comme ceux des Pyrénées, ne répéteront-ils jamais les chants de vos victoires? Ignorez-vous qu'il existe des mécontens secrets dans votre intérieur? Avez-vous oublié tant de conspirations, heureusement avortées? et vous n'ouvririez pas une lice honorable à l'ambition trompée, remuante et peut-être séditieuse! Songez encore que votre population immense augmente chaque jour, et sera bientôt pour vous le plus lourd fardeau, lorsque votre empire, loin de s'être agrandi comme celui de vos voisins, s'est vu resserré dans ses anciennes limites!
«Votre beau royaume est, je l'avoue, dans l'état le plus prospère, mais vous avez perdu vos colonies lointaines. Vos comptoirs dans les Grandes-Indes sont presque sans territoire. Que je serais heureux si la Grèce un jour vous dédommageait de tant de pertes successives[172]! Si la Grèce devenait française! Si le drapeau des lys flottait triomphant sur les remparts de l'Acropolis, sur les tours de Rhodes et de Candie! Si la Charte du grand roi qui vous gouverne, cette Charte dont nos sages semblent lui avoir dicté les principes, était proclamée dans l'aréopage d'Athènes!
«La possession de nos fertiles contrées, en vous indemnisant amplement du Canada, de la Louisiane et de Saint-Domingue, vaudrait sans doute encore ces établissemens incertains du Sénégal, de la Guyanne et de Cayenne, où l'air est aussi meurtrier que la flèche empoisonnée des sauvages. S'il faut tout vous dire, l'humanité entière semble exiger cette conquête; c'est au peuple vainqueur de la peste qu'il appartient d'en extirper le germe jusque dans son berceau, en chassant les Turcs, ces barbares qui respectent ce fléau[173] comme autrefois les Vestales conservaient à Rome le feu sacré.
«Déjà votre gouvernement protecteur a sauvé des misérables; qu'il daigne compléter une oeuvre si heureusement commencée! Qu'il daigne mettre un terme à nos lamentables infortunes! Qu'il n'hésite plus à nous envoyer des guerriers, des munitions et des armes! Et l'antique patrie des arts sera la juste récompense des plus généreux efforts.
«Ô mon ami, les Grecs ne sont pas tels que leurs implacables ennemis les ont dépeints; ils ne sont ni injustes[174], ni ingrats[175], ni déloyaux[176], ni perfides. Ils n'ont pas emprunté ce caractère à leurs affreux tyrans. Ah! si les travaux héroïques de vos braves étaient récompensés dans la postérité par une gloire ineffaçable, par une auréole immortelle, la reconnaissance des Hellènes vous élèvera dans leur mémoire des trophées plus solides et plus durables que le granit et l'airain.»
L'enthousiasme m'avait saisi moi-même. Philoménor me semblait un génie inspiré du ciel, tant ses yeux étincelaient de la flamme du patriotisme et de la valeur; tant son teint était coloré par les différentes passions dont il était agité; après un moment de silence, il tire une lettre de son sein, et me prie de la remettre à Mme de Valmont; puis, tout-à-coup, partageant la vive émotion, la profonde douleur et les sincères regrets qu'il me voyait éprouver, il me serre étroitement contre son coeur, inonde mon visage de ses larmes, et ne peut me dire que ce peu de mots; l'amitié ne les oubliera jamais: «Je vous quitte, mon ami; mais votre souvenir vivra toujours dans ma pensée. Consolez-vous; peut-être nous nous reverrons; mais jamais, je le jure, avant que la Grèce ne soit libre et heureuse.»
Il veut continuer; la parole expire sur ses lèvres; il s'arrache de mes bras avec effort; s'élance dans la chaise de poste qui l'attendait; et lorsque sa voix ne se faisait plus entendre, lorsque je ne pouvais plus l'apercevoir, je croyais écouter encore son éternel adieu.
FIN DU SECOND ET DERNIER VOLUME.
NOTES:
[1: On ne sait trop pourquoi on en a conservé près la porte des princes et des ambassadeurs.]
[2: Il y a peut-être économie pour les comédiens. En mettant plus de troupes sur pied, on se passerait facilement de ces désagréables clôtures.]
[3: La dépense en a été légère, puisque ces branches de fer avaient été introduites autrefois dans les colonnes supprimées, pour les rendre plus solides.]
[4: Ce n'était pas ainsi que les anciens ornaient leurs spectacles. Ils savaient leur donner un caractère spécial, comme on peut s'en convaincre par les débris du théâtre de la villa Adriana, qui font partie du Museum anglais.]
[5: Et quel papier! à 36 sous le rouleau.]
[6: En Pologne, en Allemagne, en Russie, aux États-Unis et ailleurs, nos plus habiles ouvriers ont fourni tous les meubles des différens châteaux, depuis les plus simples jusqu'aux plus recherchés.]
[7: Voyez les galeries de Castiglione et les magasins des rues Vivienne et des Filles-Saint-Thomas.]
[8: Ne devrait-on pas casser certain réglement qui interdit à Lafont les rôles de premier comique, qu'il joue en perfection?]
[9: Récemment exclus, il ne l'était pas alors.]
[10: Il ne devrait point, ce me semble, y avoir une seule grande institution où cette récompense ne fût décernée à ceux qui ont bien mérité de la patrie. En cela, je crois servir la postérité.]
[11: Élisabeth, reine d'Angleterre, l'employait souvent. Voyez tous les historiens anglais.]
[12: Les catacombes de Saint-Sébastien sont hors des murs de Rome; elles ont environ dix milles d'étendue. D'après une sainte tradition, plus de soixante-dix mille chrétiens y ont été enterrés; souvent, surtout au printemps, les voyageurs aussi curieux qu'imprudens qui les visitent, y sont punis de leur témérité. Le 28 décembre 1810, plusieurs étrangers qui s'y étaient fait introduire, furent ensevelis sous des éboulemens de terre, sans qu'on ait pu les rappeler à la vie. Ces détails m'ont été communiqués de vive-voix par un voyageur très-digne de foi.
(Note de l'auteur.)]
[13: Ces ossemens y sont symétriquement rangés, et y forment la plus affreuse mosaïque.]
[14: Le Père Lachaise.]
[15: Louis XIV.]
[16: Méditations poétiques de M. de Lamartine. (Méditation dix-huitième.)]
[17: Ce qui n'arriverait pas si, une fois tracés par la main d'un habile architecte, ces chemins étaient soutenus par les racines des haies et des arbustes, qui, non-seulement empêcheraient les terres de s'écrouler, mais seraient encore un très-lucratif embellissement.]
[18: Quel mauvais effet ne produit pas cette hideuse guérite sur roulettes, que l'on appelle cabinet de lecture. La véritable place d'un établissement de ce genre n'est-elle pas trouvée sous les galeries du pourtour de la place.]
[19: À moins qu'on ne préfère élever d'un ou deux étages ceux qui existent, comme le projet en avait été arrêté dans le principe.]
[20: «Deux tourniquets placés l'un à côté de l'autre, sont les seuls moyens d'entrée et de sortie. Celui destiné à la sortie cède au moindre effort; mais si l'on veut s'en servir pour entrer il oppose une résistance invincible, et l'on est obligé de revenir à celui qui en est voisin; celui-ci oppose une résistance semblable. Mais le préposé en recevant le tribut dû à César, touche du pied un ressort qui fait faire au tourniquet seulement un quart de conversion, et qui livre passage au piéton: ce mouvement fait descendre d'un cran un ressort intérieur, et le nombre des crans dont il est descendu fait connaître à la fin de la journée celui des personnes qui ont passé, et la somme dont le percepteur est comptable, dont il faut quelquefois dire… Sed quis custodiet ipsos custodes?»
Six mois à Londres, page 118.]
[21: Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle.]
[22: Il s'y trouve maintenant.]
[23: Sans doute le directeur du cabinet d'histoire naturelle, dont le zèle égale le savoir, s'empressera de profiter de la circonstance, et sollicitera de l'autorité compétente, deux piédestaux de la même matière pour remplacer quelques planches de sapin mal peintes en marbre qui soutiennent dans une des galeries, les bustes du Roi et de la belle Vénus du célèbre Dupaty.]
[24: On sent bien que quelques décorations intérieures, quelques bas-reliefs au dehors qui ne sont pas même terminés, ne contredisent en aucune manière ce que j'avance.]
[25: Marché Saint-Martin.]
[26: Tels que pins, cèdres, sapins, chênes verts, houx, dont les fruits sont aussi intéressans que le feuillage en est épais et dont une partie supporte impunément l'élagage et la tonte des branches parasites et nuisibles.]
[27: La pivoine en arbre, le camélia, le pompadoura précoce.
Note de l'Auteur. ]
[28: On voit encore sur la maison qui en a pris la place un débris de sculpture.]
[29: On trouve en hiver sous les galeries de l'Odéon, des fourneaux pour faire cuire les châtaignes; dernièrement on remarquait le même abus à Favart, dont les belles colonnes ont été noircies et enfumées par suite d'une insouciance aussi étonnante que répréhensible.]
[30: D'après ce principe, comment a-t-on souffert qu'une maison qui peut être occupée par des artisans auxquels des fourneaux sont nécessaires, ait été élevée contre cette partie de la Bibliothèque royale (rue Richelieu) qui jusqu'ici avait été parfaitement dégagée de tout contact avec les bâtimens de ce quartier? Quel amateur des lettres ne serait pas pétrifié de terreur, quand il songe que le cabinet des gravures, les galeries contenant les manuscrits, ne sont séparées que par un mur mitoyen, des bureaux de la trésorerie, où pendant les trois quarts de l'année on fait constamment du feu?]
[31: «Ces baraques déshonorent Paris par l'indigne petit moyen de faire de l'argent de tout.» Mémoires du prince de Ligne, sur Paris, tome II.]
[32: Saint-Roch, Saint-Germain-l'Auxerrois et autres; j'en dirai autant de ces loges dégoûtantes adossées au parapet de la fontaine qui coule en face le Palais-Royal, et près le guichet du nord, au Louvre.]
[33: Et notamment d'une quantité de polichinelles.]
[34: Sans doute M. le gouverneur ignore cet abus qui indigne tous les honnêtes gens. Si l'on n'arrête pas promptement ces empiétemens sur un terrain sacré, je n'y vois plus de terme. On a permis l'établissement d'une baraque, demain on en permettra six, et il n'y a pas de raison pour que le bas de la terrasse des Feuillans ne devienne pas une honteuse foire perpétuelle, au bénéfice de gens que nous ne connaissons pas.]
[35: Un homme ne s'y montrait jamais sans l'épée et l'habit habillé, et une femme n'aurait pu s'y présenter avec une mante.]
[36: Partout, comme en Angleterre, dont nous aimons tant à suivre les usages, les monumens publics devraient être environnés de grilles.]
[37: Heureusement, M. le préfet de police vient de prendre un arrêté relatif à ces galeries, par suite duquel, doivent disparaître les montres et les enseignes saillantes collées ou peintes sur les pilastres, ou suspendues entre les portiques, et généralement tout ce qui peut intercepter le passage des galeries, qui par le contrat de vente et un ancien décret, sont très-positivement réservées pour la libre circulation du public.]
[38: Depuis long-temps les globes des lanternes sont brisés, et on ne songe pas à les remplacer.]
[39: «Les Anglais sont aussi jaloux de leurs murailles que les Italiens le sont de leurs femmes, et vous lisez à chaque pas ces mots sur les murs: Quiconque placera ici une affiche, sera poursuivi conformément aux lois. Six mois à Londres, page 16.]
[40: Qui n'y a pas lu avec indignation depuis longues années, «Vente à moitié perte.—La vérité est que l'on trouve chapeaux à vendre au plus juste prix.—Cire composée pour les moustaches.—Bandages herniaires.—Cire composée infaillible pour les cors aux pieds.—Consultations et traitement pour les maladies v——, rue de l'Arbre-Sec.—Rob anti-syphilitique du sieur Laffecteur, et annonces de charlatans.—Poudre sanitaire.—Onguent pour la brûlure.—Cuisine Anglo-Française, etc.]
[41: Perrault.]
[42: Il en coûterait pourtant si peu d'informer le public de telle mesure de police, en mettant l'annonce ou l'arrêté, dans un cadre suspendu, qui ne salirait point les murs par la colle et les débris de papier.]
[43: On voit encore une partie de ces affiches contre Notre-Dame, Saint-Sulpice, Saint-Roch, Saint-Gervais, Saint-Louis, Saint-Philippe. L'église de Saint-Laurent, faubourg Saint-Martin, est peut-être la seule qui ait échappé à cette espèce de profanation. Enfin, ô prodige des révolutions! sur les murs du même temple où Massillon faisait entendre les touchans accens de sa persuasive éloquence, où l'aigle de Meaux, le grand Bossuet, lançait ses foudres contre l'erreur… je lis d'un côté, ces mots tracés en gros caractères: On apprête à neuf les cachemires, on nettoye les schals de laine, on fait les reprises perdues… et de l'autre, Librairie protestante, etc.]
[44: Non loin du mandement de Monseigneur l'Archevêque, on lisait, le 15 août dernier 1823, dans l'église Saint-Roch: Cent francs de récompense à qui rapportera au bureau, rue de la Jussienne, une petite perruche verte, à longue queue, disant parfaitement: Vive le roi! Était-ce en raison des bons principes inculqués à la perruche, que le placard avait été souffert et toléré?]
[45: Notamment sur celles qui soutiennent le vestibule du Palais-Royal, côté de la rue des Petits-Champs et contre les amphithéâtres du Jardin du Roi.]
[46: À Londres on les dépose dans les différentes boutiques où elles sont exposées aux regards. Six mois à Londres, page 16.]
[47: Il faut être juste, depuis peu cet usage est adopté à l'Opéra et aux Français, mais il ne l'est ni à l'Odéon, ni à Feydeau.]
[48: Telles qu'à New-York, et autres villes des États-Unis.]
[49: Souvent on croit respirer l'atmosphère des cloaques les plus infects. Souvent la malpropreté est telle, qu'une femme en montant ou en descendant les degrés, ne peut déployer sa robe, sans qu'elle ne soit tachée ou mouillée par les immondices, que l'on a vu tomber en cascade, des extrémités de la terrasse qui règne sur le fronton du théâtre. Indépendamment des bassins qui existent, il serait donc utile d'établir des tuyaux secrets de propreté, et de donner surtout la consigne de la surveillance la plus sévère, pour éloigner et punir les sales profanateurs qui oseraient transgresser les dispositions d'un arrêté pris à ce sujet.]
[50: Comme on est à même de s'en convaincre en traversant le soir le jardin du Luxembourg, côté de la rue d'Enfer.]
[51: Sauf quelques faits nouveaux que j'ai cru devoir ajouter, un grand nombre de personnes pourraient attester que cette dissertation sur le gaz hydrogène était composée plus de six mois avant la publication de l'Essai critique sur le gaz hydrogène, par MM. Charles Nodier et le docteur Pichot, ouvrage où le talent de l'observation se fait autant remarquer qu'un profond savoir, enchâssé dans le cadre le plus heureux.]
[52: «À Londres même, dit M. Charles Nodier, où cet éclairage doit être infiniment perfectionné, nous attestons qu'il n'est pas de théâtre où nous n'ayons été poursuivis par ces odieux miasmes capables de détruire l'illusion de la représentation la plus attachante.» Essai critique sur le gaz hydrogène, page 76.]
[53: En pareille circonstance, quel coup de fortune pour les filous de toute espèce!]
[54: Placé ailleurs qu'au parterre et à l'orchestre de l'Odéon, soit au niveau, soit au dessus du lustre, on a peine à saisir les traits des comédiens qui sont en scène; ce qui n'arrivait pas lorsqu'on se servait d'huile et de bougies.]
[55: L'expérience en a été constatée à Londres: «Par ordre du lord-maire, on a présenté à un jury de chimistes plusieurs bouteilles d'eau puisée dans la Tamise, à trente pas de l'égoût du gaz; cette eau exhalait une odeur infecte; on en a rempli un vase dans lequel on a plongé des anguilles et autres poissons très-sains; au bout de trois ou quatre minutes ils étaient tous morts.» Journal du commerce, 25 septembre 1821.]
[56: Fait avoué par sir William Congrève, au ministre de l'intérieur.]
[57: Voyez les Débats, le journal de Paris, du mois d'octobre.]
[58: «Ce phénomène, comme me l'a dit un habile chimiste, s'explique facilement: deux gaz sont nécessaires pour mettre le calorique en action. Le premier qui est l'hydrogène, est comme on sait la base de la chaleur; le second qui met cette base en action, est l'oxigène ou principe vital contenu dans l'air atmosphérique. Lorsque ces deux gaz sont dégagés de toute autre combinaison, la lumière jaillit dans toute sa pureté; et ce gaz est aujourd'hui celui qui sert à éclairer tous nos établissemens. Mais lorsque dans le local dont nous avons parlé ci-dessus se trouve une assemblée d'hommes trop grande, relativement à l'édifice qui les renferme, (et je prends pour exemple un théâtre), la partie d'oxigène ou principe vital étant absorbée par des spectateurs trop nombreux, dès lors, manque pour fournir au développement du gaz; et telle est la démonstration physique et irrécusable des absences de lumière qui se sont plusieurs fois manifestées précédemment à l'Opéra, et dernièrement à Faydeau lorsqu'on y donnait Zémire et Azor[59].»
Le témoignage d'un Anglais cité par M. Charles Nodier, vient à l'appui de cette assertion. «Cinq cents pouces cubes de gaz hydrogène, fournis par un bec de manière à produire une flamme égale à celle d'une chandelle ordinaire, consument mille soixante-seize pouces cubes d'air vital, pendant que la chandelle n'en absorbe que deux cent soixante-dix-neuf.» Essai critique sur le Gaz hydrogène, pages 74 et 75.]
[59: Cette seconde pièce ne put être représentée; il n'y a que les entrepreneurs et les filous qui puissent s'intéresser à ce mode d'éclairage.]
[60: Personne n'ignore les accidens arrivés au Palais-Royal, chez le restaurateur Provos, en vain les directeurs de la compagnie du gaz ont fait tous leurs efforts, et employé leur puissante influence pour nier ou dissimuler des malheurs dont plus de mille individus sont témoins. Il est constant que plusieurs personnes de ce restaurant ont été blessées, qu'un jeune homme a sauté à plus de sept pieds en l'air; qu'un plafond a été percé à jour; que des glaces, des pendules, des lustres, et surtout des porcelaines renfermées dans les buffets, ont été brisés et mis en morceaux.
«Enfin, le 18 octobre 1823, les habitans de Glasgow, voisins du pont de Bromielan, ont été réveillés par une forte détonation qui a ébranlé leurs maisons jusqu'aux fondations. Elle provenait de la cave de Mme Golvic. Les effets en ont été destructifs et alarmans. La porte de la cave a été emportée; et le gaz en s'élevant a fait sauter la porte du corridor. Le plancher d'une chambre de derrière de la maison de M. William Wilson, a été enlevé jusqu'au plafond; les meubles ont été brisés et détruits; les portes ont été renversées; et les fenêtres et volets ont été jetés dans une cour; un fort étai en fer a été rompu sur l'escalier par la secousse; seize fenêtres en tout ont été plus ou moins endommagées.» Journal des Débats.]
[61: «Tanta vero erat copia cineris ut duasque urbes Herculanum et Pompeias populo sedente in theatro obruit.» Epitome Dionis Cassii seu romanæ historiæ scriptores græci minores.
Par suite d'un tremblement de terre, causé par une éruption du Vésuve, une pluie de cendre tomba en si grande quantité, qu'elle ensevelit entièrement les villes de Pompeïa et d'Herculanum, au moment où le peuple était réuni au théâtre. Epitome de Dion Cassius ou histoire des écrivains grecs du Bas-Empire.]
[62: On pense que l'incendie des deux spectacles royaux de cette résidence provient des tuyaux au moyen desquels la salle est échauffée. Gazette de janvier, même année.]
[63: «Imaginez, dit M. Charles Nodier, dont je me plais à emprunter les expressions, imaginez-vous tous ces jolis visages éclairés d'une manière égale, monotone et plate, comme de froides découpures de papier blanc, sans saillie, sans profil et sans couleur, sur un plan maussade qui ne fait pas même valoir, par quelques ombres, le relief élégant des formes et la gracieuse souplesse des attitudes. Quel infernal artifice a donc employé le démon pour enlaidir les femmes? C'est le gaz hydrogène.» Essai critique, préface, page 14.]
[64: L'agent d'un riche colon de la Martinique voulant faire passer le revenu d'une plantation à son maître qui réside en France, chargea pour une somme considérable, un vaisseau à vapeur, de sucre, café, indigo, et autres productions des îles. Au milieu de la traversée, la chaudière ayant inopinément éclaté, mit le feu au vaisseau, qui peu après sauta en l'air; tout périt, excepté les gens de l'équipage qui, au moment du danger, s'étaient prudemment précipités dans des barques. Par un bonheur inespéré, un brick naviguait à une faible distance; il entendit leur signal de détresse, et sauva les matelots et les passagers.
Note de l'auteur.
«Les machines à vapeur deviendront aussi redoutables en Angleterre que le sont présentement les marmites autoclaves, depuis la fin tragique du malheureux Naldi. M. Adlam, le charcutier le plus renommé de Londres, venait de faire construire dans ses caves une machine à vapeur, qui hachait toute seule la viande dont il composait ses saucissons. Il ne cessait de recommander à ses ouvriers de ne point approcher de la machine avec leurs tabliers; mais ayant négligé cette précaution pour lui-même, un courant d'air qui résulta de l'ouverture d'une porte, engagea son tablier dans les rouages. Il cria aussitôt au secours; mais avant qu'on pût arrêter la machine, il était déjà moulu.» Journal des Débats, du 23 juin 1821.
«Enfin, la machine à vapeur qui faisait mouvoir la grande filature de M. Féret, à Essonne, a fait explosion samedi 12 février 1823. Ce funeste accident occasiona un dommage considérable. Il a coûté la vie à deux pères de famille.» Le Constitutionnel.]
[65: En supposant, comme l'ont assuré les novateurs, que le gaz qui éclaire l'Opéra, soit plus épuré que celui de l'Odéon, en raison de l'éloignement du foyer placé à Montmartre, dont il part, et des réservoirs d'eau qu'il traverse, le danger possible d'un tuyau brisé et ses affreux résultats, sont-ils moins présens, sont-ils moins réels?]
[66: «Aussi, dit M. Charles Nodier, remarquons-nous que pour populariser le gaz en Angleterre, les chimistes ont fait valoir le rabais dont ce nouveau mode frappait notre commerce et nos importations d'huile et de suif. C'est ce que répète plusieurs fois M. Accum, en nous appelant ironiquement ses amis, et en nous plaignant avec affectation du dommage immense que nous devions ressentir. On voit que c'est véritablement en amis que nous avons servi les intentions de M. Accum, et les Anglais ne sauraient nous accuser de mauvaise volonté.» Essai critique sur le gaz, pages 72 et 73.]
[67: Représentations gratis, à l'Odéon.]
[68: L'exemple en fut d'abord donné par Mme Paradol.]
[69: Idées sur les deux théâtres Français.]
[70: Il y a tout lieu de croire que l'inexactitude des relations des voyageurs tient, en partie, en ce qu'ils ne vont pas assez à pied. Voyage de Kang-ki, t. 2, p.15.]
[71: Il est bon de faire observer, en passant, que le mauvais choix des tuyaux souterrains, très-souvent rongés par la rouille, avant d'avoir servi, oblige cinq ou six fois par an d'y faire des réparations; ce qui rend impraticables, même en été, pour les piétons, certaines rues où ces bornes fontaines sont placées.]
[72: Cour du Louvre.]
[73: On n'a pas de fonds pour défendre ces gazons par des grilles en fer, a dû répondre M. le préfet de Paris, à son Excellence Monseigneur le ministre de l'intérieur, qui l'avait fait engager par une lettre à remplir cette condition, expressément convenue et exigée, lorsqu'on ensemença ces pièces de verdure sur la place Louis XV; mais si M. le préfet n'a pas de fonds pour des grilles en fer, n'aurait-il point au moins les moyens d'y faire établir provisoirement des barrières en bois, capables de garantir ces prés artificiels d'une entière destruction?]
[74: La charité n'aurait plus à soulager que les infirmes et les malades.]
[75: Mesure qui n'exclurait pas les secours à domicile, que nous sommes bien éloignés de proscrire.]
[76: Quais.]
[77: Rue Dauphine.]
[78: Sans l'emploi du fer, rue Saint-Louis, au Marais.]
[79: Quartier Saint-Denis.]
[80: Il en existe maintenant en Italie.]
[81:
Le Français, né malin, créa le Vaudeville,
Agréable indiscret, qui, conduit par le chant,
Passe de bouche en bouche, et s'accroît en marchant;
La liberté française en ses vers se déploye.
Art poétique, chant 2.
]
[82: Comme dans la Vallée de Barcelonnette, où de vieilles décorations ne produisent plus d'effet.]
[83: Constitutionnel du 20 mars.]
[84:
Que le noeud bien formé se dénoue aisément;
Que l'action marchant où la raison la guide,
Ne se perde jamais dans une scène vide.
Art poétique. ]
[85: Passée depuis au théâtre des Variétés.]
[86: Gautier.]
[87: Idée qui au moins n'est pas nouvelle, puisque le chevalier Servandoni, architecte décorateur, et supérieur dans toutes ces parties de l'art, obtint de Louis XIV, de faire représenter sur le théâtre des Tuileries des spectacles de simple décoration qu'il avait imaginés pour former des élèves en ce genre. Tableau historique et pittoresque de Paris, tome II page 425.]
[88: Et l'auteur a négligé de parler de mille autres avantages journaliers ou accidentels qui, dans tous les âges, peuvent occuper l'ami des lettres et des arts, (Sans doute parce qu'il ne s'adressait uniquement qu'aux gens du monde.) tels que les cours royaux de physique, de chimie, de botanique, d'histoire, de littérature, et ces discours d'apparat, une mercuriale de Desèze, un rapport de Marchangy, un plaidoyer de Berrier, un sermon de Maccarty, un panégyrique de De Boulogne, une conférence de Freissynous ou un éloge académique de Dacier, que l'on entend et que l'on ne peut entendre qu'à Paris.]
[89: Beaujon.]
[90: Tivoli.]
[91: La Villette.]
[92: Marboeuf.]
[93: Mme la comtesse de Villelle, Mlle sa fille et sa nièce.]
[94: Tout ceci n'est pas sans de grandes exceptions.]
[95: Le jour d'une séance aussi solennelle il n'y aurait aucun inconvénient, ce me semble, à faire revivre même pour les hautes galeries, l'ancienne étiquette de la cour. Ces chapeaux évasés, ces capotes énormes garnis de longues plumes, sont de véritables écrans, qui dans les tribunes élevées masquent absolument le coup-d'oeil de la salle aux spectateurs du second rang. Il serait donc bien d'obliger les dames qui s'y rendraient à n'y paraître qu'en grande toilette. La toque, le turban, les diadèmes de fleurs, de perles ou de diamans seraient beaucoup plus convenables; le coup-d'oeil de la salle en serait plus brillant; et les hommes qui souvent cèdent leurs places à des inconnues, n'auraient pas lieu de se repentir de leur galanterie.]
[96: Phrase extraite d'un des discours de Sa Majesté.]
[97: Scélérat qui mettait au moins des procédés dans sa manière de détrousser les passans, et qui parfois donnait même aux indigens.]
[98: Ils ont été reconnus tels par Louis XVI.]
[99: Journal des Débats, sous la date du 14 janvier.]
[100: «Plusieurs officiers anglais ont passé au service du Grand-Seigneur, et dirigent les fortifications qu'on élève à Constantinople.» Courrier Français, 6 mars 1822.
«Notre correspondant de Malte nous informe que le fils du commandant des flottes combinées turques et égyptiennes, est parti pour l'Angleterre, à l'effet d'acheter des armes et des munitions pour une somme considérable.» Chronicle, du 5 avril 1822.]
[101: Voyez tous les journaux du temps et notamment les Débats, où se lit cette phrase remarquable: «Les Turcs sont conseillés par certains Européens qui n'aiment pas à voir des marins, soit militaires, soit marchands, autre part que dans leurs propres ports. L'Angleterre a le plus grand intérêt à laisser détruire la marine marchande de la Grèce, qui forte de mille à douze cents bâtimens, s'était emparée de tout le commerce de transport dans les mers du Levant.»]
[102: Voyez tous les journaux du temps.]
[103: «La marine des insurgés grecs qui ne fait que de naître, fixe déjà l'attention de l'Europe. Cette marine est la propriété des principaux négocians de Spezia et Psara auxquels se sont jointes d'autres maisons de commerce de plusieurs îles de l'archipel, dont la fortune mobilière est évaluée à près de quarante millions. On cite la seule maison de Konluruly, de l'île d'Hydria, qui, riche de huit millions d'Espagne, a équipé à ses frais trente vaisseaux de toute grandeur: d'autres maisons en ont dix, huit, cinq, dans la proportion de leurs moyens. Beaucoup de négocians moins aisés se sont réunis pour fournir à la flotte un navire. Les principaux propriétaires de ces vaisseaux forment le conseil de l'amirauté qui, comme l'on sait, a été établi à l'île d'Hydria. Ce conseil dirige exclusivement toutes les opérations maritimes. La flotte grecque, telle qu'elle est maintenant, compte à peu près cent cinquante bâtimens, depuis quinze, jusqu'à trente et quarante canons; un plus grand nombre en a moins de quinze. Il y a cinq cents petits navires, qui ne sont armés que de deux à cinq canons. Les vaisseaux qui ont plus de quinze canons, sont répartis en quatre divisions, dans chacune desquelles se trouvent répartis un certain nombre de petits navires.» Journal de Paris, 24 septembre 1821.]
[104: Qu'elle ne conserve qu'au mépris du Traité d'Amiens. (Voir ce Traité.)]
[105: Terreur ostensiblement manifestée dans le journal ministériel anglais, où se lisaient en toutes lettres, ces mots d'alarmes: «Que l'on chasse les Turcs d'Europe; qu'on rende à l'Asie-Mineure ces villes, cette population et ces richesses, qui en faisaient le jardin du monde, au siècle d'Alexandre, et notre empire de l'Inde n'aura pas dix ans d'existence.»]
[106: Quotidienne du 30 octobre, sous la date d'Hambourg.]
[107: Depuis que ceci est écrit, on mande de la frontière de la Moldavie, que les députés de la junte d'Argos sont chargés de déclarer aux puissances étrangères, qu'ils sont disposés à écouter toutes propositions sur la forme de leur gouvernement. Courrier, sous la date du 21 février 1821.]
[108: L'immortelle Catherine disait à un ministre de Louis XV, à M. de Choiseul, je crois: «Je règne au nord, et votre maître au midi de l'Europe; si la France était constamment alliée avec la Russie, il ne se tirerait pas un seul coup de canon sur le continent, sans notre permission.»]
[109: Son crédit, alors, était immense.]
[110: Elles sortent dans des chariots couverts d'étoffes brodées en or; ces chariots sont traînés par des boeufs richement caparaçonnés.]
[111: Très-mauvaise, disent des personnes qui ont été à même de l'entendre.]
[112: OEuvres de Voltaire, tome 21, page 2. Remarques sur l'histoire.]
[113: Extrait d'une lettre trop longue pour le texte, et dont nous mettons le reste en note. «Les Grecs possèdent des traductions excellentes dans notre langue, de la logique de Condillac, de la morale de Heineccius, de Locke, de l'algèbre de Lacaille, de l'astronomie de La Lande, de l'algèbre et de l'arithmétique d'Euler, de la philosophie chimique de Fourcroi. Ils ont aussi tourné leurs études vers la philologie et les anciens classiques. Tous les auteurs de l'antiquité ont été imprimés et commentés dans la Grèce moderne. Le savant docteur Corai, bien connu en France, en a donné d'excellentes éditions; il était protégé dans cette belle et utile entreprise, par MM. Zozima, riches négocians qui, avec une munificence admirable, et dirigés par le patriotisme le plus désintéressé, employaient des fonds considérables à ces éditions. Ils les vendaient au prix le plus modéré, dont ils diminuaient même un cinquième pour les Grecs qui en prenaient dix exemplaires. Ils ont fait plus encore; n'écoutant que leur zèle, ils distribuaient gratuitement leurs classiques à tous les professeurs dont le talent et l'activité étaient connus, et à tous les élèves dont les maîtres attestaient l'application et les progrès depuis long-temps. Au reste les revenus de ces généreux patriotes étaient consacrés à l'utilité commune. Ils avaient déjà fait imprimer à leurs frais, et distribuer gratis, les ouvrages de l'archimandrite Eugénius, et chaque année ils employaient à de semblables entreprises, les presses grecques de Vienne, de Leipsik, de Moscou et de Venise. Les savans européens estiment et consultent les ouvrages de nos géographes, notamment les cartes de la Grèce, par Riga, qui sont les meilleures que l'on connaisse. On a aussi traduit en grec moderne l'Énéide de Virgile, et Jérusalem délivrée, en vers; quelques ouvrages de Lucien; le Télémaque, avec des notes mythologiques et géographiques, dont un éditeur français pourrait faire son profit; les Mondes de Fontenelle, avec un commentaire instructif, dans lequel est corrigé le cartésianisme de cet ouvrage, d'après les nouvelles connaissances: nous avons également de belles traductions du beau Traité des délits et des peines, par Beccaria, des Maximes de la Rochefoucault, de la grandeur et de la décadence des Romains, par Montesquieu, de l'Histoire grecque de Goldsmith, des Voyages de Cyrus, de Bélisaire, d'Anacharsis, de la Mort d'Abel de Gessner, de la Bergère des Alpes, de la Galatée de Florian, etc… Je ne vous parlerai pas des ouvrages originaux composés par les Grecs, et qui sont en grand nombre. Ainsi les Grecs modernes jouissent maintenant dans leur langue de presque tous les bons ouvrages français, allemands, anglais, italiens. À l'imitation de MM. Zozima, des particuliers à qui leur fortune ne permettait pas de former d'aussi grandes spéculations, ont du moins voulu encourager selon leurs facultés, les progrès des lettres, et chaque jour de nouveaux ouvrages paraissaient avec de longues listes de souscripteurs.
«Des prix olympiadiques annoncés à l'Europe devaient être décernés aux littérateurs de toutes les tribus grecques qui, dans la langue hellénique moderne, avaient composé ou traduit les plus beaux ouvrages. Tels sont ces Grecs que l'on appelle barbares. Qu'ils soient délivrés, par l'intervention de l'Europe chrétienne, du joug sanglant sous lequel ils gémissent, et l'Europe entière sera bientôt forcée d'estimer, peut-être d'admirer, mais surtout d'aimer les descendans de ceux dont elle a recueilli celui des lumières et de la civilisation.»]
[114: Voyage de M. Poucqueville en Grèce.]
[115: M. de Jucheran de Saint-Denis en cite un exemple remarquable, que je vais transcrire textuellement. «Afin de donner plus de vigueur au tronc principal, le lâche et cruel Mahomet III fit périr ses dix-neuf frères, et toutes les concubines que son père avait laissées enceintes, et resta seul de toute sa famille. Par suite de cette politique barbare, tous les enfans nés du mariage d'une soeur ou cousine du Sultan régnant avec un des sujets de l'Empire, sont condamnés à une mort inévitable, au moment de leur naissance.» Révolutions de Constantinople, tome 1, page 21.]
[116: Éventail.]
[117: M. Casimir Delavigne, dans la pièce des Comédiens.]
[118: L'homme aux rubans verts, Misantrope, acte V, scène IV.]
[119: Parure en rubans, dite fontange.]
[120: Personnage du Tartufe de Molière.]
[121: Théâtre de la rue Richelieu.]
[122:
Je riais de le voir avec sa mine étique,
Son rabat jadis blanc et sa perruque antique,
* * * * *
Quand un des campagnards, relevant sa moustache,
Et son feutre à grands poils, ombragé d'un panache.»
OEuvres de Boileau, Satire 3.
]
[123:
… Molière, illustrant ses écrits,
Peut-être de son art eût remporté le prix,
Si moins ami du peuple en ses doctes peintures,
Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures,
Quitté pour le bouffon l'agréable et le fin,
Et sans honte à Térence allié Tabarin.
]
[124: La Fausse Agnès, acte III, scène VIII.]
[125: La Fausse Agnès, acte III, scène VI.]
[126: Ce contre-sens a eu lieu au grand Opéra.]
[127: J'ai dit aussi riche. On connaît une actrice qui a vingt-cinq mille francs au moins, comme sociétaire; vingt-cinq mille francs du gouvernement; soixante mille francs, tous frais prélevés, de ses voyages, ses propriétés, ses feux et le casuel.]
[128: Britannicus.]
[129: États de Blois.]
[130: Louis IX.]
[131: Marie Stuart.]
[132: Idées sur les deux théâtres Français.]
[133: «La société du théâtre Français se compose actuellement de sociétaires à part entière, à trois quarts de part, à demi-part, à quart de part et de pensionnaires.» Le Rideau déchiré.]
[134: Liqueurs des îles, très-renommées.]
[135: Idées sur les deux théâtres Français, et sur l'École royale de déclamation.]
[136: Renverser les cartes sur le tapis avant de couper.]
[137: Florian.]
[138: «Les Turcs ont vendu aux Juifs les propriétés des Grecs à vil prix. «À Smirne la plus atroce perfidie se joint à la plus basse cupidité. En vain, pour sauver leur vie, des Grecs ont payé les énormes rétributions exigées par leurs tyrans. Ces tigres à figure humaine prennent les bourses d'or, et n'en livrent pas moins ces crédules victimes de la prétendue bonne foi musulmane, à des corsaires algériens, qui les massacrent.» Journal des Débats, du 29 décembre.]
[139: «La maison de M. Fauvel, placée entre la bibliothèque des Ptolémée et le temple de Thésée, est la retraite d'un sage, embellie par le goût. Il est entouré des débris de l'ancienne Athènes. On s'assied chez lui sur des tronçons de colonnes, sur des chapiteaux. On est abrité par des tuiles antiques: des tombeaux, des inscriptions rappellent de toutes parts aux voyageurs les noms, les entreprises, les regrets de ceux qui traversèrent cette vie inquiète et agitée.» En 1819, c'est à dire depuis quatre ans, une partie de la collection de M. Fauvel fut achetée par M. le comte de Forbin, pour le Musée royal. La France la possède-t-elle? Nous l'ignorons. Depuis long-temps, ce consul véritablement patriote, se proposait d'en orner le Musée de son pays.» Voyage dans le Levant, pages 18, 38, 39.]