WeRead Powered by ReaderPub
Voyage scientifique à travers l'Afrique occidentale cover

Voyage scientifique à travers l'Afrique occidentale

Chapter 45: Fô
Open in WeRead

About This Book

Le récit relate une mission scientifique en Afrique occidentale consacrée principalement à l'étude de la flore, aux collectes d'échantillons et à l'inventaire des ressources végétales utiles. L'auteur décrit itinéraires et terrains parcourus, méthodologie de récolte, ainsi que observations sur plantes alimentaires, médicinales, tinctoriales, textiles et industrielles (caoutchouc, gommes), et signale usages autochtones et possibilités d'exploitation agricole et industrielle. Rapports sur cultures locales, suggestions de mise en valeur et notices de collections complètent une chronique mêlant terrain, science pratique et recommandations économiques.

Dousogo. — Nialé. — Sérékéné

Lundi 15 mai. — Entre Guiri et Sérékéné, les goïn sont encore assez communs. J’ai vu aussi quelques sabas, coundani, codoudou, bili.

Le cobi est très commun au bord des marigots ; ses fruits sont mûrs et souvent sur l’arbre. Les fruits de bembé sont mûrs également. Ils sont formés d’une petite baie gluante avec un gros noyau à l’intérieur, à peau verdâtre d’un côté et rouge noirâtre de l’autre, avant la maturité du fruit. Mes porteurs en cueillent des bouquets le long de la route et en mangent les fruits.

Le village de Dousogo est à 6 kilomètres de Guiri. J’y remarque un pied de manioc, quelques beaux bananiers et des patates. Chaque Soukala est entourée de bosquets de rôniers exploités pour le vin de palme. Les ntés sont communs au bord du marigot ; ils ne paraissent pas avoir été soignés. La plupart des rôniers souffrent de l’exploitation.

De Dousogo à Sérékéné, il faut franchir plusieurs montées assez raides. Les plateaux ferrugineux réapparaissent et occupent de grandes étendues. L’horizon est toujours bordé de tous côtés par des croupes élevées. Près de la dernière soukala de Dousogo, je remarque une touffe de l’Euphorbe cactiforme, des environs de Kankan. Après avoir dépassé Dousogo de 1 kilomètre environ, je trouve un grand plateau sablonneux, cultivé en partie en lougan, tout émaillé de la Muscinée décrite plus loin, et qui est en fleurs. Le sable est jonché de Méloé.

A Nialé, je suis bien accueilli. Les notables du village viennent me saluer. Ils appartiennent à un fort beau type et sont bien taillés. Ils ont, de plus, l’air fort intelligent à l’encontre des habitants de Guéri et de Sérékéné. D’ailleurs ils ne semblent pas appartenir à la même tribu. Les cases bambaras dominent. Pendant le palabre, j’observe un bilacao qui a pris un margouillet et lui lie les pattes pour le faire griller et le manger. Dans presque tout le Soudan, ces lézards sont ainsi mangés par les enfants. Le fils du griot vient nous accompagner jusqu’à Sérékéné.

Il faut encore franchir plusieurs montées avant d’arriver. Nous traversons notamment un plateau étendu, formé par une argile jaune dure. Ce n’est que sur un massif qui la dépasse un peu, que je retrouve les roches ferrugineuses (exploitées à Nialé pour l’usage des forgerons).

A 1 kilomètre de Sérékéné, je passe un petit marigot à chutes d’eau. Le village de Sérékéné est assez grand et les soukalasy sont agglomérées. Il est noyé dans une véritable forêt de sibis. Ces arbres très beaux et rapprochés les uns des autres donnent au village un aspect pittoresque. Le gouégui est activement exploité. On retire le vin des feuilles non encore épanouies. Pour atteindre à la cime de l’arbre, on se sert d’échelles formées de deux longs rachis de ban écartés de 15 à 20 centimètres et liés de 30 en 30 centimètres avec des lanières de Raphia en guise d’échelons ; ces échelles sont appliquées contre les palmiers à saigner. D’autres, présentent de distance en distance des billettes enfoncées dans le tronc normalement à son axe et permettant d’y grimper jusqu’au haut.

Pour retirer la sève, on pratique, au milieu du rachis d’une vieille feuille, une incision profonde, de manière à atteindre le cœur de l’arbre. Le liquide s’écoule par un tube de bambou qui vient faire saillie au dehors. Une courte calebasse est liée autour de l’arbre pour recueillir le liquide. On la recouvre souvent, en partie, pour empêcher l’évaporation.

Le village est entouré de beaux banans, de baobabs et de finzans. On trouve aussi, cultivés autour du village, de beaux Strophantus jaunes (koumarou). Quelques-uns ont le tronc cendré ; il atteint la grosseur de la cuisse. Ces arbres sont encore en fleurs. J’aperçois dans le village quelques beaux bananiers sans régimes et des citronniers portant des fruits assez gros, exquis. Les forgerons possèdent des hauts-fourneaux et des forges importants. Toutes les cases du village sont carrées, couvertes de seco (terre) et un peu au-dessous du niveau du sol. Pour y pénétrer, il faut passer par un trou un peu surélevé au-dessus du sol et tout juste suffisant pour qu’une personne puisse entrer. Les habitants sont indolents (quoique leurs lougans soient importants) et presque tous abrutis. Ils parlent une langue qui n’est ni le bambara ni le senoufo et mes hommes les comprennent difficilement. Le chef du village et son fils, sans autres vêtements qu’une étroite ceinture, sont tellement abrutis qu’une de leurs moussos est obligée de venir leur expliquer ce que je veux. Ces populations appartiennent à la famille des Tousans (différente des Tourcas ou Touroucas).

Il existe là un usage dont je n’ai encore trouvé trace nulle part. Lorsqu’une femme est restée un an mariée sans concevoir, elle va dans la brousse chercher des bambous. Si elle enfante dans l’année qui suit (ce qui arrive presque toujours) elle installe auprès de sa case un petit autel formé par quatre piquets fourchus, hauts de 1 mètre environ, fichés en terre, en carré de 70 centimètres de côté environ. Sur ces piquets, elle dispose des branchages et notamment des rameaux feuilles de bouré. Tout cela est pour remercier Dieu d’avoir exaucé son vœu. Ces autels encombrent les alentours de toutes les cases. Je suis obligé d’en démolir plusieurs pour installer mon lit, au grand scandale de tout le monde et spécialement de mon tirailleur, persuadé qu’il arrive malheur « quand on dérange grigri appartenant à d’autres. » Sous ces autels, il existe ordinairement un petit monticule sur lequel sont fichées des plumes. On a sacrifié un coq blanc.

Il a fait très chaud toute la journée ; aussi, suis-je obligé de coucher dehors. Le soir, il fait beaucoup de vent, ce qui produit, par le frôlement des feuilles des rôniers entre elles, un bruit remarquable de ferrailles.

Kouni, Guigonéla, Kassa, Soubaramidouzou.

Mardi 16. — Nous partons de Sérékéné à 6 heures du matin et nous traversons successivement les villages de Kouni, Guigonéla et Kassa. Ces villages sont formés de soukalas isolées et fort espacées, séparées par de véritables forêts de sébis. Ces sébis sont parfois rapprochés de moins d’un mètre et dans le sous-bois qu’ils forment, croissent de nombreux jeunes pieds prêts à se développer. Ils s’étendent au loin dans la brousse et dans presque tous les lougans, ce qui donne un aspect très spécial aux villages. On rencontre, en outre, aux environs, de beaux banans, des finzans (dont une grande partie des fruits tombent ou sont sur le point de tomber), des baobabs.

A Guigonéla, une partie des cases sont détruites. Ce sont les sofas de Bademba qui sont venus faire des incursions dans le pays et enlever les captifs. Les notables du village viennent me saluer en apportant deux grandes calebasses de gouégui. Chacun d’eux porte, en outre, sa petite gourde du capiteux liquide et pendant que mes hommes se reposent en buvant le gouégui, les gens du village, accroupis autour de nous, vident à longs traits leurs gourdes. Je crois que si ces gens sont si abrutis, en général, cela tient en grande partie à la consommation importante qu’ils font de vin de palme. Tout leur travail se réduit à deux choses : 1o culture des lougans ; 2o entretien des sébis et récolte du vin. Dans ces villages, les autels remarqués la veille sont de plus en plus nombreux, plus élevés et plus solidement construits.

A Kassa, les habitants s’enfuient à mon arrivée. Il reste seulement quatre ou cinq individus, nus, couchés sur des feuilles fraîches de rôniers. Ils ressemblent plutôt à des brutes qu’à des hommes. Je ne puis arriver à leur arracher une parole. Ils nous considèrent avec des yeux hagards. C’est une femme (comme à Sérékéné) qui nous remarque sur le chemin. Les femmes, en général, sont dans ce pays plus intelligentes que les hommes. Cela tient à ce que beaucoup sont étrangères, étant donné qu’elles comprennent et parfois parlent bambara, à l’encontre des hommes. Enfin, elles ne boivent pas de gouégui comme eux.

A Guigonéla, je remarque de beaux Strophantus autour du village.

Soubaramidouzou est un village entièrement tousan : il est environné de très nombreux rôniers. Toutes les cases sont couvertes en argamasses. On m’apporte du m’boin et des œufs. Le chef vient même me saluer et me promet du couscous pour les hommes. Ne trouvant pas de case habitable, je me suis installé sous un énorme banan. L’arrivée d’un agent politique qui vient prélever l’impôt et demander des cories met tout le village en fuite. Nous attendons toujours le couscous. Je suis obligé d’aller menacer les moussos du chef, seules restées ; enfin, vers trois heures, le couscous est préparé. Les tirailleurs et les porteurs le trouvent mauvais, n’étant pas préparé avec leur traditionnel. Une tornade survient à ce moment et nous force à nous réfugier dans le village ; je trouve une case qui est juste assez grande pour contenir mon lit. Je m’y installe avec mes collections pour ne pas etre trempé. Après la pluie, je puis faire une petite promenade dans le village.

Il existe plusieurs soukalas assez éloignées, toutes séparées par des bois de titis. Les finzans sont nombreux. On me montre aussi deux beaux citronniers dont les fruits sont récoltés. Il n’y a pas de jardins, me dit-on, dans le village. L’entretien des rôniers et la récolte du vin paraissent constituer presque toute l’occupation des indigènes.

Une grande partie des arbres sont munis d’une petite calebasse allongée. On saigne les palmiers dès qu’ils ont une taille de 2 mètres. Les plus hauts, atteignant jusqu’à 20 mètres, sont également saignés. La récolte se fait indifféremment sur les pieds mâles ou femelles. Pour faire cette récolte, on incise en son milieu la gaine d’une feuille déjà avancée, qui entoure le bourgeon végétatif terminal de manière à pouvoir arriver à ce bourgeon en sectionnant les feuilles jeunes, non développées, qui constituent le bourgeon, sans atteindre le point végétatif, de façon que le palmier continue à se développer. La blessure ainsi pratiquée est assez large. Cette rigole vient déboucher dans la petite calebasse liée par des cordes autour du palmier. On laisse la calebasse plusieurs jours dans cette position et on remplit la profondeur de la blessure de feuilles de finzan pour que l’évaporation ne soit pas trop rapide. Une partie des rôniers sont actuellement en fruits, d’autres commencent à fleurir.

Il a fallu les menaces (et peut-être aussi des coups de corde) de l’agent politique pour que le douzoutique m’apporte un poulet. Je veux lui donner des kolas en échange, mais il ne les connaît pas. Un morceau de sel paraît lui faire plaisir. Ce chef est aveugle et âgé. Au lieu de s’enfuir, comme les autres, il s’était caché. L’agent l’a découvert. Le chef et le village sont misérables. J’ai fait installer mon lit dehors sous un finzan, mais au milieu de la nuit une tornade s’abat sur le village en moins de trois minutes. On entend des roulements lointains ininterrompus ressemblant à des salves d’artillerie. L’eau tombe à grosses gouttes. Le tonnerre s’approche et j’ai à peine le temps de me réfugier dans l’horrible antre étroit, long de 2 mètres environ, où je passe un reste de nuit horrible, dévoré par les moustiques, visité par de grandes chauves-souris qui, dès que la pluie a cessé, viennent se réfugier dans la case pourtant barricadée, plutôt mal que bien, avec des nattes.

Kountseni.

Mercredi 17. — Nous sommes partis assez tard de Soubaramidouzou, le chef du village ayant fait attendre le guide promis. Vers six heures et demie, le départ a eu lieu. La route est monotone. Çà et là, je remarque l’Orchidée et la Liliacée à grande fleur en lis, puis l’autre jolie Liliacée décrite plus loin.

A 4 kilomètres environ de Soubaram, le tirailleur tue une gazelle de belle taille que nous sommes forcés de laisser dans la brousse, personne ne pouvant la transporter. Il a fallu envoyer six porteurs de Kountseni pour la faire dépecer sur place et la rapporter.

Petites mares des plateaux ferrugineux.

Les plateaux ferrugineux constituent le station la plus aride et la plus sèche du Soudan, quoique les plantes grasses ou Crassulacées y soient rares ou nulles. Dans les endroits les plus arides, la roche demeure constamment nue. La végétation est réduite à quelques plantes basses subligneuses qui croissent entre les fentes de la roche. Dans les endroits couverts d’une mince couche de sables ferrugineux et de petits galets, la terre se revêt à l’hivernage de petites Graminées et de Monocotylédones bulbeuses : oignons de panthère, petite Liliacée.

Dans les dépressions de ces plateaux rocheux, l’eau s’accumule à la suite des tornades et forme de petites mares temporaires bientôt desséchées après les premières pluies ; elles sont espacées les unes des autres, mais persistantes en plein hivernage. Dès les premières tornades, le sol, au bord de ces mares, se couvre d’une végétation grêle, verdoyante, qui se dessèche et meurt dès l’assèchement des mares. Ce phénomène se renouvelle plusieurs fois jusqu’à ce que les pluies deviennent persistantes. Il se perd ainsi une quantité considérable de graines qui germent, mais n’arrivent pas à leur complet développement. C’est seulement à l’époque où les pluies deviennent fréquentes que cette végétation peut fleurir ou fructifier.

Parmi les plantes qui croissent dans cette région, je remarque un jeune Marsilea polymorphe. Cette plante est très abondante sur la vase noire au bord de ces mares. Souvent les embryons forment de véritables lignes de verdure là où les vagues ont accumulé des brindilles sèches et autres détritus légers de toutes sortes. La plantule présente à sa base un petit tubercule cendré brillant. Outre ce Marsilea, j’ai remarqué encore au bord de ces mares une petite plante (Cypéracée) à feuilles filiformes et souche un peu tuberculeuse. Je trouve encore deux autres plantes aquatiques à feuilles vertes, minces, flottantes ou exondées, graminiformes.

La faune paraît assez variée. Après chaque pluie, dès que la mare est constituée, elle se remplit immédiatement (la tornade étant à peine finie) de crapauds de toutes grosseurs faisant un bruit infernal. J’ai remarqué encore un petit vist rougeâtre très agile, une petite sougous, un petit crustacé renfermé dans une coquille bivalve mince entr’ouverte, de petits coléoptères noirs à reflets métalliques. Ces mares sont visitées par des oiseaux de rivage.

Kouni-Bobo.

19 mai. — Le départ de Toukoro a lieu à 4 heures du matin. Nous arrivons à Kouni vers 7 heures 1/2. Le village est entouré à une grande distance de sibis espacés. Je remarque aussi dans la brousse beaucoup de kobis qui croissent dans les lougans et paraissent y avoir été plantés. On voit toujours quelques ntés dans les dépressions et surtout au bord des marigots. Le village de Kouni est assez important. Il n’y a pas de soukalas isolées, mais toutes sont agglomérées. Les habitants sont complètement nus. Ils n’ont que quelques ficelles passées entre les jambes et qui servent à attacher les feuilles tenant lieu de vêtement. Les cases sont carrées, couvertes en argamasses et surmontées d’un petit donjon.

Des pieux sont plantés en terre auprès de chaque case et soutiennent des gradins grossiers permettant d’arriver jusqu’au haut.

Les femmes sont, en ce moment, occupées à la préparation du beurre de karité. Il y a autour de chaque case des monceaux de fruits de en train de sécher.

Au delà du village coule un beau marigot, large, que l’on franchit sur un pont solide construit par le cercle. A proximité, se trouvent les cases des passagers, bâties dans un joli site, à l’ombre de grands arbres couverts presque tous de lianes goïn d’une belle ampleur. Une montée ferrugineuse qui part du marigot en s’élevant vers Bobo, contient une assez grande quantité de ces lianes. Au bord du marigot je remarque encore des bambous. A partir de là, jusqu’à Bobo, le chemin est fort monotone. Les arbres qui dominent sont : le , le néré, le cobi (dans le lougan), le sounsoun, parfois le tingué. Les sébis sont assez abondants, mais deviennent de moins en moins communs quand on approche de Bobo.

En somme, tous les terrains compris entre Kouni et Bobo sont des lougans qui, çà et là, retournent à l’état de brousse, en attendant que les indigènes y mettent encore une fois le feu, la jachère finie, pour cultiver de nouveau. J’ai vu à Kouni un cotonnier élevé, diefa diaba. Le pourpier est assez commun dans les rues du village. La roche constituant le sol de Bobo à Kouni est un grès tendre. Le sol présente de nombreux petits morceaux de quartz blanc, non roulé, ainsi que des paillettes de mica. J’ai remarqué çà et là des blocs de roche noire éruptive.

A Bobo, il existe, à 700 mètres du poste, sur la rive droite d’un petit marigot, plusieurs points où les lianes goïn abondent (700 environ par hectare). Elles fournissent des pousses hautes de 3 à 4 mètres, à rameaux groupés de façon à former des buissons en boules. Comme à Sindou, et plus encore, les goïn constituent là le fond de la végétation. La maturité des fruits est bien moins avancée que dans les terrains parcourus aux environs de Sindou. Il existe quelques sabas, mais ils sont rares et clairsemés. Le terrain sur lequel se trouvent ces lianes est un plateau ferrugineux très dénudé. A part les lianes, on ne trouve guère dans cette région que le n’goulé. Ces terrains ferrugineux recouvrent immédiatement les grès à grain fin (parfois colorés par l’oxyde de fer). On voit bien cette superposition sur les bords du marigot, au-dessous du marché. Le petit ruisseau qui côtoie les bords du poste coule presque toujours sur ces grès ; il présente çà et là de petites chutes ainsi que des cuvettes profondes creusées dans la roche. J’ai remarqué quelques algues, dont une blanche allongée au fil de l’eau, des vertes, et une bleue ; des mousses, quelques ntés, des cosos.

Visite des jardins du poste, le 20 mai. — Les Cearas sont très beaux. Je remarque des plants d’indigotier, des cotonniers de Virginie et des ricins. Les concombres et melons réussissent bien dans le jardin. Les haricots et les pois viennent mal ; les salades et choux, médiocrement. Les citronniers réussissent mais on n’a pu faire prospérer les semis de kolatiers. Une bananeraie de belle venue est plantée sur les bords du marigot ; il n’y avait rien, il y a deux ans, maintenant elle rapporte ; on l’a étendue beaucoup ces temps derniers en plantant des drageons tout le long du marigot, à côté duquel est installée une cressonnière. On a creusé une large fosse où l’on a amené l’eau du ruisseau qui coule constamment en formant seulement une mince couche. La cressonnière est recouverte en dessus par une paillotte portée sur des piquets, qui la mettent à l’abri des rayons solaires. Sa réussite est assurée.

De Bobo-Dioulasso à San par le Minianka.

Mardi 6 juin 1899.Sakami. — Banankalidoro. — Nous partons de Bobo à 6 heures du matin. Le sous-lieutenant m’accompagne jusqu’à Sakami.

Sur toute la longueur de la route, le pays est assez monotone, occupé presque partout par des lougans ou par des emplacements de lougans où croît une maigre végétation. Quelques karités ont encore des fruits. Tous les nétés, sans exception, sont dépouillés de leurs gousses. Le oro et le saba constituent parfois le fond de la végétation. Je remarque l’Orchidée à fleurs violettes qui est très commune ; quelques touffes croissent dans l’humus, remplissant les anfractuosités (exposées à la lumière) des vieux arbres. Ses feuilles commencent à se développer. La Monocotylédone à fleurs liliiformes croît çà et là ; quelques individus ont leurs fruits (non mûrs).

A Bobo, Sakami et Banankalidoro, les indigènes travaillent activement à leurs lougans ; presque partout l’ensemencement est terminé depuis une huitaine de jours. Dans tous ces lougans, j’ai vu planter le mil en place. La terre bien débarrassée des herbes n’est ni labourée, ni bêchée. Le planteur de mil porte à la main une petite corbeille contenant des graines et de l’autre une daba à manche court, à lame étroite. Il donne à sa droite et à sa gauche un coup de houe, pour enlever une motte de terre, laisse tomber de deux à six graines (souvent trois) et rabat rapidement la terre. L’opération étant faite à droite et à gauche, le noir avance d’un pas et continue ainsi, restant toujours courbé vers le sol. Malgré cette position fatigante, qu’il garde constamment, l’indigène effectue son travail rapidement. Les trous sont espacés de 70 à 80 centimètres aussi bien dans un sens que dans l’autre et disposés en lignes assez régulières.

Ce serait une erreur de croire que les indigènes ne fument pas leurs lougans. Ils transportent dans leurs champs les ordures de l’intérieur des villages : débris de cuisine, nettoyage des cases, fientes de moutons, de chèvres, crottin de cheval et même excréments humains. Ces engrais sont disposés dans les champs, quelque temps avant l’ensemencement, en petits tas de 20 centimètres de diamètre aux points où on déposera des graines. J’ai vu fumer ainsi le mil à Bobo, à Banankalidoro. Le mil lève en quatre jours par un temps humide, mais il est bien plus long à germer par un temps sec. La semence peut même être perdue si la chaleur persiste. Les jeunes pieds (et les graines) sont enfoncés dans le sol de 3 centimètres environ. J’ai vu de jeunes plantules, germées depuis quelques jours seulement et possédant quatre feuilles, avoir les deux inférieures déjà couvertes de la rouille du mil. Pour l’ensemencement des lougans, les moindres places sont utilisées : l’emplacement des cases démolies, les places mêmes, les abords des cases. Ces terrains, beaucoup plus riches en humus que les autres, produisent le mil en plus grande abondance.

A Bobo, pendant mon séjour, on ensemençait autour du marché, à l’intérieur même de la ville. A Sikasso, on utilisait la partie détruite de la ville. Les femmes ensemencent aussi, mais leur travail avance moins et elles ne font souvent qu’une rangée de trous à la fois. Lorsque, par suite des pluies, il s’est développé trop d’herbes dans la terre avant l’ensemencement, on les arrache toutes. Dans tous les champs de Banankalidoro, les habitants sont en ce moment occupés à arracher un Cyperus en fleurs qui pousse en telle quantité dans le lougan, qu’il en constitue à lui seul la végétation. C’est après sa destruction seulement qu’on fera l’ensemencement.

Dès que les jeunes mils sont sortis de terre, on commence le sarclage en arrachant encore toutes les mauvaises herbes qui lèvent. Plus tard, l’opération du binage sera pratiquée. Il n’y a, je crois, que l’ensemencement du mil qui tire les indigènes de leur torpeur et de leur apathie. Ils le soignent certainement avec plus de sollicitude que notre paysan soigne son blé. Chaque fois que Guimbi, la sœur du roi de Hong, venait nous voir, elle parlait de son mil, et se lamentait quand l’eau était plusieurs jours sans tomber.

Le palmier rônier sibi est commun autour des villages de Sakobi et Banankalidoro. Son tronc ici n’est généralement pas moniliforme. Cela tient, je crois, à ce que l’on en saigne les arbres bien plus rarement. La plupart, en effet, offrent une belle couronne de feuilles (une trentaine par arbre). Ces palmiers existent aussi çà et là dans les vieux lougans. Leur tronc est souvent très étroit dans la moitié inférieure et devient brusquement plus gros dans la moitié supérieure. Le tronc est fréquemment couvert de plaques de lichens (non fructifiés). Quand la base du pied est un peu déterrée, on aperçoit un court cône de racines adventives, noires, rayonnant à la base.

A Banankal, il y a d’assez nombreux finzans encore chargés de fruits, quelques fromagers ; quelques Acacias à cime aplatie en ombelle large, à écorce blanche ; quelques baobabs, un exemplaire de l’arbuste à fleurs blanches, bicomposées, planté à Kayes et Saint-Louis. Les habitants du village ont chacun un coin de terre (jardin) entouré d’un enclos de tiges entières de mil tressées. Dans l’un des enclos, j’observe des maniocs cultivés et des jeunes pieds de mil. Dans un coin de lougan, je remarque aussi de jeunes plants de maïs. Les trous de mil et de maïs alternent. Il y a de trois à cinq plantules par trou. Le maïs commençant à lever est facile à distinguer du mil ; ses jeunes feuilles sont bien plus larges.

Au milieu des lougans, on observe des pieds de :

Tingué (presque tous les fruits sont tombés) ;

Strophantus : l’espèce à longs fruits très velus. Les feuilles sont souvent rongées, érodées par les insectes.

Fafetone appelé baga (dioulas). Son latex associé au Strophantus sert à empoisonner les flèches ;

Indigué bagani : les fruits servent aussi à empoisonner les flèches.

Le pourpier est assez commun dans le village. On emploie, pour faire la sauce de couscous, le quiquiri, le tombi, les jeunes pousses de l’Amaranthe sauvage.

Bama.

7 juin 1899. — Les terrains dénudés (plateaux ferrugineux et autres) se couvrent en ce moment d’une végétation abondante (Graminées et Cypéracées) mais courte et tenue. J’observe pour la première fois une petite Cypéracée à inflorescences blanches, haute de quelques millimètres.

Nous passons la Baoulé, une des branches de la Volta. Au bord il existe de très beaux arbres. Les bambous commencent à se couvrir de feuilles, qui sont en ce moment d’un beau vert. J’aperçois encore, fleuri, le Strophantus à fleurs pourpres. Le saba en fleurs (var. glabre) est commun. On trouve aussi maintenant, tout le long du chemin, de nombreuses enveloppes de fruits qui ont été mangés par les dioulas ; la route est en effet très fréquentée. J’ai rencontré une dizaine de petites caravanes d’ânes, de bœufs et d’esclaves, transportant des barres de sel vers Bobo.

Il existe dans les lougans quelques beaux rejets de coton. Ce sont d’anciennes touffes sur lesquelles il se développe en ce moment des repousses non encore en fleurs. Dans le village de Bama, j’ai vu de beaux plants de mil et de maïs déjà avancés, et un pied de ricin. Les sibis deviennent bien plus rares ; il n’y en a ici que quelques petits groupes. On ne trouve pas de baobabs dans le village mais de beaux doubalés et banans presque tous arbres fétiches, entourés de tessons, canaris et calebasses. A l’une des entrées du village, au bout de deux bâtons, une coquille est suspendue comme fétiche.

Les tirailleurs se plaignent de la mauvaise qualité du couscous, dont la sauce au lieu d’être faite avec du gon, est préparée avec du nanogo.

Samandini. — Campement sur les bords de la Volta.

Au départ de Bama, on traverse des lougans de grande étendue. Tous les jeunes pieds de mil, sans exception, sont couverts sur leurs cotylédons et leurs feuilles, de la rouille des Graminées. Cette maladie se retrouve aussi fréquente à Dandéla et à Samandini. Elle se développe dès que la petite feuille cotylédonaire est étalée. Sur les pieds déjà âgés, les feuilles les plus récentes portent le champignon à leur extrémité ou elles n’en ont pas du tout. Mais à ce moment, les premières feuilles sont déjà complètement mortes, tuées par le champignon. Une rouille analogue se trouve sur les jeunes pieds de maïs. Je l’ai observée à Samandini. Des rouilles noires se trouvent en quantité sur les vieux chaumes morts des Graminées de la brousse, utilisés comme paille. La toiture des cases bambaras, les paillottes ont parfois, à distance, l’aspect gris noirâtre à cause du grand nombre de ces rouilles noires.

De Bama à Samandini, le terrain est bien plat, bien uniforme. Les pieds de oro prennent une grande importance par endroits. Ce sont de véritables arbres avec de gros troncs présentant de fortes croûtes de liège cendré, profondément fendu dans le sens de la longueur. Les feuilles de certains individus atteignent de grandes dimensions ; une forme a les feuilles glaucescentes, l’autre les a franchement vertes. Les Karités sont communs. Leur écorce est presque toujours profondément fendue dans le sens de la longueur. Les plaques allongées qui en résultent sont elles-mêmes divisées en rectangles par des échelons de bâtons transversaux, s’étendant seulement sur la longueur d’une plaque.

Le boy me montre un petit arbuste de 1 mètre de haut environ, appelé tomagny, dont les feuilles pilées se mangent dans le couscous. Je retrouve dans le lougan du village la Solanée de Bobo, qui croît, çà et là, au Sénégal et au Soudan. Les bambaras de Sono l’appellent sisé bansan. Les fruits sont d’un beau jaune[5]. Quelques baobabs existent dans le village. On met encore, pour assaisonner le couscous, les feuilles de gombadé, commun dans ce village.

A l’endroit où nous passons la Volta, elle est large de 8 à 10 mètres. Les bords en sont très escarpés et s’élèvent d’une dizaine de mètres au-dessus du niveau actuel de l’eau. Au milieu, le fleuve est profond de 2 ou 3 mètres. Le passage s’effectue sans difficultés, en bac, le cheval traversant à la nage. La Volta est ici remplie de caïmans. J’en fais rentrer plusieurs dans le lit du fleuve. Cette rivière est très poissonneuse. Les caïmans viennent jusqu’à l’endroit où passe le bac. Un porteur qui se baigne en voit un près de lui et retourne précipitamment sur le rivage. Nous campons dans la brousse au bord meme du fleuve. Je couche dehors. Le soir, de nombreux insectes viennent se faire prendre à la lampe. La nuit, une hyène vient rôder sur le bord du fleuve en face de nous.

Les rives du fleuve sont bordées de Cypéracées, de Graminées dont le pied baigne dans l’eau. Les bords, à pic, sont ombragés par de grands arbres, penchés la plupart vers le lit du fleuve et ordinairement enlacés par de grandes lianes. Ces arbres sont des bogos, Sterculiée à grandes feuilles ovales couvertes de pubescences. Je remarque aussi des buissons de crana, à fleurs blanches odorantes, la liane à pétiole ailé appelée bourou-mendé (Bobo-Dioulasso). Les autres plantes observées sont : le naforo-fila, Convolvulacée à grandes fleurs pourpres ; le tongou-cayogo, Cyperus commun dans les lougans ; la dama-téré, à petite fleur jaune gluante ; le foutougou, la petite Orchidée à fleurs blanches ou roses, à gros éperon court, obtus, au sommet d’un jaune d’or pointillé de pourpre à l’intérieur. Le oulaman sognia (Bobo-Dioulasso) est la grande Orchidée rencontrée à Fincolo. Elle est maintenant en fruits ; ses feuilles sont la plupart épanouies.

J’observe aussi le tacca de Samandini en fleurs non épanouies et un Mimosa à feuilles doublement composées, à fleurs blanches en grappes rameuses dressées ; c’est le sama-néré. Le sol où croissent toutes ces plantes, au bord de la Volta, est un terrain argileux, blanchâtre. Les grandes Graminées desséchées y sont communes, les feux de brousse n’ayant pas été mis là.

Au soir, un habitant de Samandini apporte plusieurs gros champignons (Boletus) et des fruits de dama-téré pour faire du dolo. Dans la nuit une tornade survenant, nous oblige à rentrer dans la cahutte en paille construite par le dernier convoi de la colonne du Minianka.

Dandée ou Dandela. — Koundougou.

On traverse plusieurs régions marécageuses avant d’atteindre Dandée et des espaces dénudés, étendus, véritables plaines où croissent des plantes bulbeuses : la Liliacée à grande hampe, à fleurs blanches, à fruits à trois lobes ; la Narcissée à fleurs blanches, qui paraît suivre les mouvements du soleil ; elle est tournée le matin vers l’Est. La Liliacée à grandes fleurs liliformes uniques, existe aussi dans cette région. Ces plantes paraissent avoir leurs stations préférées ; elles croissent rarement ensemble. Aussi, les plateaux, ou plutôt les plaines, sont-elles parfois couvertes entièrement, tantôt de l’une, tantôt de l’autre de ces plantes. A trois ou quatre kilomètres avant d’arriver à Dandela, nous traversons un marigot dont les abords sont verdoyants, très boisés. Le village de Dandela offre, dans les lougans, aux alentours, d’assez beaux arbres, surtout une Acanthacée vue à Bobo et à Sindou, quelques baobabs, des nétés, des finzans, très peu de sibis.

A Dandée, je prends dans ma case une espèce de bousier d’une taille énorme. Les habitants sont des Bobos-Oulés. Ils paraissent fort pauvres, se livrent actuellement à la préparation de leurs lougans pendant que les moussos font sécher les fruits de au soleil. Les cases sont profondément creusées, carrées, couvertes en ban. L’étage inférieur est une vraie demeure souterraine ; l’étage supérieur, élevé de 1 m. 50 à 2 m. 50 seulement, est facile à atteindre et on peut se promener sur les toits d’un bout à l’autre du village. Dans quelques lougans ombragés, d’anciens pieds de mil ont fourni de belles repousses très vigoureuses.

9 juin. — Le campement de Koundougou est situé à côté du village, sous un gros banan. Dans une anfractuosité, du côté du nord, je trouve deux mousses fructifiées. Des cotonniers très beaux, à feuilles très velues, à fleurs jaunes, sont cultivés. Une grande partie du coton n’a pas été récoltée. Les soies ont environ 20 mm et sont très blanches. En soumettant ces cotonniers à une taille réglée, on obtiendrait d’excellents résultats. Les pieds actuels ont 1 m. 50 de haut et sont très rameux.

Le sol est riche en humus ; le sous-sol est ferrugineux. Une grande partie des terrains situés entre le massif montagneux de Fô et la Volta conviendrait très bien à la culture du coton (sauf les plateaux pierreux ou les cuvettes comblées avec des argiles). Il existe, sur la route de Koundougou à Dandée, des lieux boisés très riches en humus, inondés en partie au moment des pluies, où on obtiendra des résultats assurés. Le tabac à feuilles crépues est également très beau dans ces terrains. La récolte est faite en ce moment. Les troncs coupés ont encore 1 m. 50 de haut. La montagne commence à six kilomètres environ du passage difficile sur la gauche. Les lougans sont remplis de karités dont on récolte maintenant les fruits. Les fruits de torogoué sont aussi récoltés. Le sol est jonché de fruits de kounan. On ne les ramasse pas. Les beaux kounans ont un tronc de 1 à 2 mètres de circonférence, une hauteur de 15 mètres ; l’écorce est cendrée, peu fendue. C’est un arbre à port élevé, d’une belle ampleur. L’Orchidée appelée foulougou près de Bobo-Dioulasso est commune dans les lieux herbeux non brûlés. L’aloès est également commun. Les pousses en végétation sont placées latéralement par rapport à la vieille tige desséchée.

Le massif montagneux de cette région est orienté du Sud au Nord, puis il dévie vers l’Est et se dirige ensuite de nouveau vers le Nord, formant deux collines espacées de 100 à 1.000 mètres, entre lesquelles est situé le chemin. La charpente du massif est formée de blocs éboulés et de roches en place constituées par des grès à grain assez fin, sans galets, ordinairement teintés de rouge, à surface plus ou moins corrodée par les eaux. Tout à fait au pied, on trouve de petits cailloutis issus de ces grès de quartz blanc laiteux ou teinté, ou blanc avec veinules noires. On trouve, au-dessus du grès compact, des grès plus tendres, alternant avec des lits peu épais de schistes gris ou blanchâtres facilement décomposables. Au-dessus de ces alternances, se trouvent les grès ayant la plus grande importance comme puissance. Ils sont, la plupart, rosés avec de gros grains de quartz et offrent des galets de diverses roches (notamment de grès rouge inférieur et de quartz). Ces galets sont ordinairement ovoïdes, bien roulés, de taille variable (d’une petite noisette à la grosseur de la tête). Des lits plus importants et placés presque horizontalement, alternent avec ce grès proprement dit ; ces lits sont alors d’une épaisseur de 50 centimètres à 1 mètre et formés de gros galets blanchâtres (quartz) et très corrodés. Des blocs énormes de cette dernière roche se sont détachés et éboulés. Le sentier qu’on suit pour arriver à Fô est lui-même taillé dans ce grès tendre. Sur la droite et la gauche, de puissantes murailles attestent toute la force énorme qu’il a fallu pour que les eaux se creusent ce passage à l’époque quaternaire, car il n’y a point de marigot, maintenant. Le poudingue supérieur de Fô est l’analogue du terrain constituant les roches de Sindou. Je serais tenté de considérer cette roche comme formée à l’époque quaternaire et produite aux dépens du grès inférieur rouge. Il y aurait eu ainsi, en quelque sorte, nivellement de véritables massifs montagneux constitués par ces grès primaires, le poudingue se serait formé en même temps que se constituaient ailleurs, aux dépens de roches différentes, les plateaux ferrugineux dont on ne trouve pas de trace ici. Ce qui me porte à faire cette supposition, c’est que j’ai vu, par places, les poudingues chevauchant sur les grès et schistes, alternant et formant, à la manière de la roche ferrugineuse, de véritables coulées.

Les poudingues quaternaires de Fô (comme ceux de Sindou) ont subi ensuite et subissent encore une action destructive interne sous l’action des pluies et des tornades. Aussi la puissance de ce terrain, qui atteint jusqu’à 50 mètres de haut par endroits, est loin de son état primitif. Tout le vallon est semé de gros blocs qui ont roulé du haut ou qui, plus durs que les masses environnantes, ont mieux résisté à l’action des pluies. Tout ce terrain est malheureusement sans fossiles. La goïn (Landolphia Heudelotii) est assez commune, mais bien moins abondante que sur la même roche à Sindou. En somme, la goïn n’a pas de préférences pour le sol ferrugineux.

Le chef du village de Fô me dit que la poponi est commune aux alentours, mais qu’on n’a pas l’habitude d’en récolter le caoutchouc. Cependant, les quelques troncs que j’ai vus sont entièrement criblés d’incisions mal faites. Il y a peu de fruits dans ces lianes et ils ne sont pas mûrs. Le saba (Landolphia senegalensis) est plus commun ; il a les fleurs glabres. Dans la brousse, ses fruits commencent à mûrir. Depuis trois jours, j’en rencontre des fruits dont l’intérieur a été mangé par les caravanes de passage. Mes porteurs eux-mêmes, à chaque pose, s’empressent de grimper aux arbres où se montrent les tobis. En mangeant tous les fruits de la brousse (même le kounan dont le noyau est énorme), le noir en avale la totalité sauf la peau. Les autres fruits vus à Fô sont : la petite prune jaune (Ximenia americana L.) et le fruit gluant pour le dolo.

Sur les roches croît l’Euphorbe habituelle maintenant couverte de feuilles, et une autre Euphorbiacée vue ici pour la première fois. Il y a encore, dans cette région, quelques beaux finzans, des baobabs jeunes, d’autres assez âgés, déjà couverts de fleurs et de jeunes fruits et offrant en même temps des boutons non épanouis et même peu avancés.

Je viens de faire une excursion dans la montagne environnante après la tornade survenue vers 4 heures. En escaladant les terrains formant parfois de véritables balcons ou des escaliers tournant autour de ces rocs, on parvient à leur sommet. On aperçoit, à une grande distance, le cirque de ces rocs. L’aspect en est plutôt tourmenté. On voit, de toutes parts, de vastes espaces gris absolument dénudés qui sont parfois des tables de pierres, ravinées, creusées d’anfractuosités, de fentes vives, de blocs, derniers survivants des rocs qui ont surmonté ces tables. Çà et là, des rochers subsistent encore et ont pris, sous l’action des eaux, des aspects extrêmement variés. Ce sont tantôt d’énormes prismes couronnés parfois de verdure, d’autres fois des pyramides noirâtres comme toute la roche (recouverte de croûtes de lichens), surmontées d’une masse blanche qui est un bloc de quartz plus dur qui a résisté davantage à l’action des eaux. D’autres fois, ce sont de longues murailles crénelées ou festonnées comme à Sindou, puis encore de grands espaces désolés où il n’y a rien comme végétation, mais où sont creusées, parfois, des cuvettes très peu profondes où l’eau s’accumule après les tornades. Ces rochers sont souvent creusés de grottes assez vastes, autrefois habitées si l’on en juge par les débris de charbons encore en place et par la richesse en humus de l’entrée de ces grottes qui aujourd’hui servent seulement de repaires à d’énormes chauves-souris.

La partie du village tournée vers le nord est longée par un bas-fonds qui sépare le village des rochers. Ce bas-fond est très riche en alluvions, aussi le terrain est-il partagé entre tous les habitants et cultivé par eux en jardin. Ces lopins de terre se touchent tous et sont sépares par des fossés profonds. Ces jardins sont en outre souvent limités par des palissades en tiges de mil. Ils ont quelquefois plus d’un are d’étendue. On y cultive des piments : gon, ngoyo, soso, etc. des plants de mil et de mais. Ils sont assez bien entretenus, et purgés des Cypéracées qui ne manquent pas de s’y développer si on les abandonne sans soins.

Falamana (en passant par Dorona et Bambé).

10, 11 et 12 juin. — Nous sommes partis de Fô à 4 heures 1/2 du matin. Au lever du soleil, vers 5 heures 3/4 nous sommes à côté d’une mare remplie de Graminées et de Cypéracées et bordée d’un champ planté en calebassiers. Les fruits mûrs sont jaunes et les tiges desséchées sont appliquées directement sur le sol. A la halte, vers 6 heures, nous traversons une ceinture de petites roches qui n’est que la continuation des rochers de Fô. Ces rochers sont rendus entièrement grisâtres par un lichen non développé. Il y a quelques mousses au pied. Les sanans et les dialas sont communs sur la route.

Zamblara. — Tiédiana.

15 juin. — Nous partons à 6 heures. La route est assez monotone. Elle est occupée presque d’un bout à l’autre par d’anciens lougans où de maigres futaies ont repoussé. Çà et là seulement un nété, un ou un sanan à gros troncs dominent cette maigre végétation. Zamblara est entouré d’une tata. Les plants de doubalés ont repris au bord du chemin. Je remarque quelques cultures de Gossypium et d’Indigofera. Les bords de la route sont entièrement semés de fruits de douda et seulement de quelques karités. Je rencontre aussi, pour la première fois, le sié. L’Orchidée violette existe toujours ainsi que la petite Liliacée à fleur unique jaune. Je remarque quelques touffes seulement de Tacca. L’Aroïdée à fruits souterrains est commune. Au bord du chemin se trouvent plusieurs termitières coniques à nombreux clochetons ayant jusqu’à 4 et 5 mètres de haut. Elles sont éventrées ; l’intérieur est creux. La paroi en terre durcie a seulement 20 ou 30 centimètres d’épaisseur ; elle est très dure, difficile à démolir. De telles constructions doivent avoir des siècles d’existence. Hier, le lieutenant me faisait remarquer qu’on ne trouvait jamais de termitières de cette forme en voie de construction. Les insectes qui y sont actuellement logés seraient cantonnés seulement sur le sol de l’intérieur de la cavité. On ne remarque même pas de galeries montant à l’intérieur et à l’extérieur du dôme. Les galeries, s’il y en a, sont enfermées dans les murs proprement dits.

A Zamblara, il existe une case carrée (murs de 1 mètre 80 de haut) non couverte, remplie de tessons de calebasses. C’est la case grigri du dehors du village. Il y en avait une identique hier à Kaledougou.

Le campement à Tiédiana est très confortable, installé à l’ombre de magnifiques baobabs, actuellement en pleine floraison et dont quelques-uns ont une quinzaine de mètres de circonférence au tronc. Ces troncs présentent les aspects les plus variés ; les uns ont des contreforts à la base, analogues aux piliers des fromagers, les autres sont couverts de verrues de dimensions variables ; quelques-uns présentent des sortes de chancres sur leurs troncs ; beaucoup sont munis d’échelons enfoncés dans l’arbre et qui permettent aux habitants d’aller récolter les feuilles qui constituent ici la base de la sauce du couscous.

C’est aujourd’hui jour de marché. Il se tient sous un arbre en dehors du village. J’y remarque une certaine quantité de petit mil et de gros mil blanc, beaucoup de belles arachides. C’est la partie principale des produits apportés au marché. Elles se vendent 0 fr. 50 les 5 litres. L’arachide paraît réussir merveilleusement dans les territoires que j’ai parcourus depuis Bobo. Les jeunes pieds qui, dans beaucoup de lougans, commencent à fleurir, sont très vigoureux. A cette époque avancée de l’année où le mil fait défaut dans un grand nombre de villages après les semailles, on trouve encore à un prix raisonnable des arachides. Les autres produits observés sont : des feuilles de tabac en paquets, des graines de nété, des feuilles de da, des piments frais n’appartenant pas au petit foroto habituel, des calebasses de kounanguis, deux grands paniers de tubercules de diabéré (courouba), des fruits de saba (4 pour 5 cories) et de douda, des pois secs de soso, des tiga ni gouélé, des fibres de sibi pour raccommoder des calebasses (le raccommodeur travaille sur le marché), des poissons secs, quelques poulets, quelques écheveaux de laine, coloriés en rouge, venant de Bandiagou.

Dans les jardins, il y a en ce moment de jeunes pieds de n’goyo, de vieux troncs de tabac, quelques gans, un arbuste d’introduction européenne, couvert de fleurs et de fruits. Des ricins, en quantité, lèvent dans une partie inculte. Dans le village, je remarque quelques pieds de doubalés. Autour du village, la culture du manioc occupe une assez grande superficie. Presque partout, les terrains sont plantés de manioc et de rangs de tigani. Le mil est levé. Le village paraît riche. On apporte des œufs, du lait, des poulets en abondance. Les habitants mangent ici le baliman. Je trouve un petit bois où on en a déterré récemment une grande quantité. Diverses Ampélidées existent ici et commencent à pousser. Enfin, je trouve deux espèces de Dioscorées sauvages comestibles : le niambi ou diambi ou niami à longs rameaux latéraux étalés horizontalement, le fassaca à grandes feuilles, à rameaux latéraux courts. L’Aroïdée à fleurs souterraines est commune sous les arbres ainsi que le Tacca[6] qu’on ne récolte pas.

Dans l’intérieur du village, il y a plusieurs petites cases gris-gris fétiches. L’une d’elles sert à remiser les gris-gris du chef de village, liés avec une corde et suspendus dans l’espace. Une autre sert à trouver une femme pour le mariage.

Le garçon qui veut se marier vient, le soir, verser, dans la case à toit conique, par le sommet (recouvert en temps ordinaire par une calebasse renversée mais qui peut être retournée) du couscous ou du riz et s’en retourne persuadé que l’obtention d’une femme est ensuite chose facile.