SCÈNE II

LA COMTESSE, DE GRIGNON, entrant mystérieusement sur la pointe des pieds.


DE GRIGNON. Me voici, madame, fidèle au rendez-vous que vous m'avez donné!... (Il va prendre une chaise.)

LA COMTESSE, avec amabilité. Je vous attendais ...

DE GRIGNON, avec joie. Vous m'attendiez!...

LA COMTESSE. Et tout en vous attendant, je rêvais ...

DE GRIGNON. A qui?

LA COMTESSE. A vous!...

DE GRIGNON. Est-il possible!...

LA COMTESSE. Oui, à ce caractère chevaleresque, à ce besoin de danger, qui vous tourmente....

DE GRIGNON. J'en conviens!

LA COMTESSE. Et comme rien n'est plus contagieux que l'imagination, et que, grâce au baron de Montrichard, j'ai l'esprit tout plein de conspirateurs et d'arrestations, j'étais là[162] à faire des châteaux en Espagne[163] ... de catastrophes ... je me figurais un pauvre proscrit condamné à mort....

DE GRIGNON. Et vous étiez le proscrit.

LA COMTESSE. Non, au contraire, c'est à moi qu'il venait demander asile.

DE GRIGNON. C'est bien aussi....

LA COMTESSE. Il m'apprenait qu'il avait une mère, une soeur....

DE GRIGNON. Comme c'est vrai!

LA COMTESSE. Et soudain voilà des soldats qui entourent le château en m'ordonnant de leur livrer mon hôte....

DE GRIGNON, se levant. Le livrer ... jamais!

LA COMTESSE. Comme nous nous entendons!... Ils me menaçaient presque de la mort!...

DE GRIGNON. Qu'importe la mort! surtout si celle que l'on aime est là pour vous encourager, pour vous bénir.... Ah! comtesse, quand je fais de tels rêves, avec vous pour témoin, mon coeur bat, ma tête s'exalte....

LA COMTESSE, souriant. Peut-être parce que c'est un rêve!...

DE GRIGNON. Quoi! Vous doutez qu'en réalité.... Mais que faut-il donc pour vous convaincre? Ce matin, j'ai failli,[164] pour vous, me jeter au milieu des flammes ... ce soir, je voudrais vous voir dans un péril mortel pour vous en arracher ou le partager avec vous....

LA COMTESSE. Quelle chaleur!...

DE GRIGNON. Ah! vous ne le connaissez pas ce coeur qui vous adore, vous ne savez pas de quel sacrifice, de quel dévouement l'amour le rendrait capable.... Oui ... je n'adresse au ciel qu'une prière, c'est qu'il m'envoie une occasion de mourir pour vous!

LA COMTESSE. Eh bien! le ciel vous a entendu.

DE GRIGNON. Comment?

LA COMTESSE. Cette occasion que vous imploriez, il vous l'envoie!

DE GRIGNON. Hein?

LA COMTESSE. Charles, mon valet de chambre, que vous avez vu arrêter, n'est pas Charles: c'est monsieur Henri de Flavigneul.

DE GRIGNON. Quoi!...

LA COMTESSE. Monsieur Henri de Flavigneul, condamné à mort comme conspirateur.

DE GRIGNON. Ciel!

LA COMTESSE. Et vous pouvez le sauver!...

DE GRIGNON. Comment?...

LA COMTESSE. En vous mettant à sa place.

DE GRIGNON. Pour être fusillé!...

LA COMTESSE. Non!... cela n'ira pas jusque-là; mais, pendant quelques instants seulement, il faut consentir à passer pour lui, à vous faire arrêter pour lui....

DE GRIGNON. Ah! permettez, madame, permettez; j'ai dit "tout pour vous!" ... Mais pour un inconnu ... pour un étranger....

LA COMTESSE. Pour un proscrit!...

DE GRIGNON. J'entends bien!

LA COMTESSE. Dont je suis la complice ... dont je dois défendre les jours[165] au péril des miens, et vous hésitez....

DE GRIGNON. Du tout![166] du tout! vous comprenez bien que si je tremble ... car je tremble ... c'est pour vous ... rien que pour vous ... car, pour moi ... cela m'est bien indifférent....

LA COMTESSE. Je le savais bien ... aussi je compte sur votre héroïsme ... et moi! je tâcherai qu'il soit sans péril!

DE GRIGNON. Sans péril!

LA COMTESSE. Je crois pouvoir en répondre.

DE GRIGNON. Sans péril!... (Avec enthousiasme.) Mais je veux qu'il y en ait ... moi!... je veux le braver pour vous.... Parlez, que faut-il faire?

LA COMTESSE. Prendre un habit de livrée qui est là.

DE GRIGNON, avec intrépidité. Je le ferai!... Après?

LA COMTESSE. Prendre les guides[167] et me conduire ...

DE GRIGNON. Je vous conduirai!... Après?

LA COMTESSE. Jusqu'à deux cents pas d'ici ... où des gendarmes se jetteront sur nous.

DE GRIGNON, avec un commencement d'effroi. Des gendarmes!

LA COMTESSE. Et vous arrêteront.

DE GRIGNON, avec peur. Moi, de Grignon!...

LA COMTESSE. Non pas, vous de Grignon ... mais vous, Henri de Flavigneul ... et quoi qu'on vous dise, quoi qu'on vous fasse ...

DE GRIGNON. Quoi qu'on me fasse ...

LA COMTESSE. Vous avouerez, vous soutiendrez que vous êtes Henri de Flavigneul.... On vous emprisonnera ...

DE GRIGNON. Moi ... de Grignon ...

LA COMTESSE. Vous, de Flavigneul ... et pendant ce temps le véritable Flavigneul passera la frontière ... et sauvé par vous, par votre héroïsme....

DE GRIGNON. Et moi, pendant ce temps-là?

LA COMTESSE. Vous! en prison ... je vous l'ai dit.

DE GRIGNON. En prison!... (A part.) Des fers ... des cachots.... (Haut.) Permettez....

LA COMTESSE. Je vous expliquerai.... On vient ... vite, vite, la livrée est là.

DE GRIGNON. Oui, madame ... je vais....

LA COMTESSE. Eh bien! où allez-vous?

DE GRIGNON. Je vais prendre la livrée....

LA COMTESSE. Ce n'est pas de ce côté!

DE GRIGNON. C'est juste ... c'est le salon!...

LA COMTESSE. C'est par ici!

DE GRIGNON. C'est vrai!... Je n'y vois plus....

LA COMTESSE. Attendez....

DE GRIGNON. Quoi donc?

LA COMTESSE. Prenez cette lettre.

DE GRIGNON. Pourquoi?

LA COMTESSE. Pour la mettre dans votre habit.

DE GRIGNON. L'habit de livrée!

LA COMTESSE. Précisément.

DE GRIGNON. Dans quel but?

LA COMTESSE. Vous le saurez!... allez toujours!

DE GRIGNON. Oui, madame!

LA COMTESSE. Soyez prêt à paraître!

DE GRIGNON. En livrée?

LA COMTESSE. Sans doute!... on vient ... allez donc ... allez vite!...

DE GRIGNON, sortant par la porte à gauche. Oui ... madame! Ah! mon père! ma mère! où m'avez-vous poussé![168]


SCÈNE III

LA COMTESSE, LÉONIE.


LÉONIE. Ma tante, ma tante ... monsieur de Montrichard monte pour vous parler!

LA COMTESSE. Déjà?... Pourvu qu'Henri ne se soit pas trahi encore!

LÉONIE. Voici le baron.

LA COMTESSE, lui montrant la table. Là, comme moi, à ton ouvrage.[169]


SCÈNE IV

MONTRICHARD, LA COMTESSE, ET LÉONIE, assises à droite et travaillant.


MONTRICHARD, parlant en dehors à un dragon. Continuez vos recherches; mais suivez surtout le domestique qui était avec moi.

LÉONIE, bas à la comtesse. Entendez-vous? Il soupçonne monsieur Henri.

LA COMTESSE, avec trouble. C'est vrai!... (Se remettant.) Allons, du sang-froid.

MONTRICHARD, s'approchant de la comtesse et de Léonie et les saluant. Mesdames ...

LA COMTESSE. Ah! c'est vous, baron? vous venez vous reposer auprès de nous de vos fatigues; vous devez en avoir besoin.... Léonie ... un fauteuil à monsieur le baron.

MONTRICHARD, prenant lui-même un siège. Ne prenez pas cette peine, mademoiselle.

LA COMTESSE, gaiement. Eh bien! où en êtes-vous de vos recherches? Avez-vous fait déjà enfoncer bien des armoires dans le château? avez-vous bien fouillé ... interrogé?... Mais à propos d'interrogatoire, comment appelez-vous cet examen de conscience que vous avez fait subir à ma nièce?

MONTRICHARD. Mademoiselle ne m'a appris que ce que je savais déjà, que monsieur de Flavigneul est caché ici sous un déguisement.

LA COMTESSE. Voyez-vous cela ... un déguisement de femme peut-être.... C'est peut-être ma nièce ou moi?

MONTRICHARD. Riez, riez.... Madame la comtesse, mais vous ne me donnerez pas le change.[170] ...

LA COMTESSE. Je m'en garderais bien![171] ... Savez-vous que vous avez fait là une belle trouvaille? Ah! çà,[172] comment allez-vous faire maintenant pour découvrir le coupable parmi les vingt-cinq ou trente personnes du château....

MONTRICHARD. Le cercle se resserre, madame la comtesse; et si mes soupçons ne me trompent pas, d'ici à peu de temps ...

LÉONIE, bas à la comtesse. Il sait tout, ma tante!... (La comtesse lui prend la main pour la faire taire.)

MONTRICHARD, continuant. Dès que j'aurai un signalement que j'attends ...

LÉONIE, bas. Ciel!

MONTRICHARD.... je pourrai, j'espère, ne plus vous importuner de ma présence.

LA COMTESSE. Ne vous gênez pas, baron; et si vos soupçons se trompent ... ce qui leur arrive quelquefois ... veuillez-vous installer ici sans façon, sans cérémonie, comme chez vous ...

MONTRICHARD. Moi!...

LA COMTESSE. Certainement: et pour vous laisser toute liberté dans vos recherches, je vous demanderai la permission d'aller passer quelques jours à la ville, où des affaires m'appellent.

LÉONIE, étonnée. Vous, ma tante!

LA COMTESSE. Tais-toi donc!

MONTRICHARD, à part. Ah! elle veut s'éloigner!... (Haut) Vous partez?

LA COMTESSE. Oui, vraiment; et à moins que je ne sois prisonnière dans mon propre château ... et que monsieur le préfet ne me permette pas d'en sortir.... (Tout le monde se lève.)

MONTRICHARD. Quelle pensée, madame!... C'est à moi d'obéir, à vous de commander!

LA COMTESSE. Vous êtes trop bon. J'avais d'avance usé de la permission en demandant mes chevaux.... Sont-ils attelés?

LÉONIE. Oui, ma tante.

LA COMTESSE, sonnant. Eh bien! pourquoi ne vient-on pas m'avertir? (Elle sonne toujours.)


SCÈNE V

LES PRÉCÉDENTS, DE GRIGNON, en grande livrée, sortant de la porte à gauche.


DE GRIGNON. La voiture de madame la comtesse est avancée.

LA COMTESSE. C'est bien.... Appelez ma femme de chambre, et partons!

MONTRICHARD. Permettez ... permettez ... madame ... (à de Grignon.) Restez.... Approchez ... approchez.... J'ai interrogé tout à l'heure votre valet de pied.

LA COMTESSE. En vérité!

MONTRICHARD. Et il me semble que ce n'était pas celui-là.

LA COMTESSE. J'en ai deux, monsieur le baron.

MONTRICHARD. Deux! Ah! mais, monsieur est-il bien sûr d'avoir toujours porté la livrée?

LÉONIE, vivement à Montrichard. Oh! certainement.

DE GRIGNON, bas à la comtesse. Il m'a déjà vu ce matin en bourgeois.[173]

LA COMTESSE, bas. Tant mieux!

MONTRICHARD. Ce doit être un domestique nouveau ... très nouveau.

LA COMTESSE, avec embarras. Qui peut vous le faire croire?

MONTRICHARD. Un vague souvenir que j'ai, de l'avoir aperçu sous un autre costume.

LA COMTESSE. En effet, il me sert quelquefois comme valet de chambre.

MONTRICHARD. Ah!... expliquez-moi donc alors certains signes que je crois remarquer et qui m'étonnent ... son trouble.

LÉONIE. Du tout!...

DE GRIGNON, à part. Dieu! que j'ai peur d'avoir peur![174]

MONTRICHARD. Une certaine noblesse de traits ... n'est-il pas vrai, mademoiselle?

DE GRIGNON, à part. Je me trahis moi-même.... Je dois avoir l'air si noble en domestique.

LA COMTESSE. Je vous assure, monsieur le baron ...

LÉONIE. Oh! oui, nous vous assurons ...

MONTRICHARD. Alors, c'est différent; et puisque vous m'assurez toutes deux que ce garçon est votre valet de pied ... je ne l'interrogerai pas ... non ... je l'arrête.... (Il remonte au fond.)

DE GRIGNON, bas. Ah! comtesse ...

LA COMTESSE, bas. Tout va bien! nous sommes sauvés.... La lettre ... tirez la lettre de votre poche....

DE GRIGNON, bas. Comment?

LA COMTESSE, bas. Et rendez-la moi.

MONTRICHARD, à la comtesse. Eh bien!... (Redescendant) que dites-vous de mon idée?

LA COMTESSE, avec un embarras feint. Je dis, je dis, monsieur le baron, que c'est pousser assez loin la raillerie ... et que vous ne me priverez pas d'un serviteur qui m'est utile....

MONTRICHARD. C'est que j'ai dans la pensée qu'il peut m'être fort utile aussi....

LA COMTESSE, se rapprochant de de Grignon. Vous ne le ferez pas!

MONTRICHARD. Pourquoi donc?

LA COMTESSE, avec un embarras croissant et se rapprochant toujours de de Grignon. Parce que ... parce que.... (Bas à de Grignon) La lettre.... (Haut.) Parce que ... cet homme est chez moi ... est à moi[175] ... que j'en réponds[176].... (Bas à de Grignon.) La lettre, ou vous êtes perdu.... (De Grignon tire la lettre de son habit et va pour la lui remettre.)

MONTRICHARD, qui a tout suivi des yeux, s'approchant vivement. Ce papier! je vous ordonne de me remettre ce papier, monsieur....

LA COMTESSE, avec l'accent le plus troublé, à de Grignon. Je vous le défends!

MONTRICHARD, vivement. Toute résistance serait inutile, monsieur ... ce papier.

DE GRIGNON. Le voici, monsieur.

LA COMTESSE, se cachant la tête dans les deux mains. Le malheureux, il est perdu!

DE GRIGNON, à part. J'aimerais mieux être ailleurs!

MONTRICHARD, lisant l'adresse, puis le commencement de la lettre. A monsieur de Flavigneul! Mon cher fils ... (Il s'arrête, cesse de lire, remet la lettre à de Grignon; avec solennité.) Monsieur Henri de Flavigneul, au nom du roi et de la loi, je vous arrête.... (Il remonte au fond.)

LÉONIE, qui a tout suivi, poussant un cri de joie. Ah!... quel bonheur!

LA COMTESSE, bas à Léonie. Pleure donc!

MONTRICHARD, au dragon. Emparez-vous de monsieur.

LA COMTESSE. Monsieur le baron, je vous en supplie ...

MONTRICHARD. Je ne connais que mon devoir, madame.... (Au dragon) Conduisez monsieur dans la pièce voisine ... constatez son identité, sa déclaration suffira, et après, vous connaissez mes instructions.... (Le dragon fait signe que oui.)

DE GRIGNON. Que voulez-vous dire?

MONTRICHARD, à de Grignon. Adieu, brave et malheureux jeune homme, croyez que vous emportez mon estime ... et mes regrets....

DE GRIGNON. Permettez ... monsieur ... permettez!...

MONTRICHARD, au dragon. Emmenez-le.

DE GRIGNON. Où donc?... (La comtesse lui serre la main, et il sort sans rien dire.)

MONTRICHARD, à la comtesse, qui a son mouchoir sur les yeux. Pardonnez, madame, à mon importunité, mais mon premier devoir est d'avertir monsieur le maréchal d'un événement de cette importance. Où trouverai-je ce qui est nécessaire pour écrire?

LA COMTESSE. Dans cette chambre.... (Montrant la porte à gauche.) Ma nièce va vous le donner, monsieur.

LÉONIE, voyant entrer Henri par cette porte. Ciel! monsieur Henri!

MONTRICHARD, remonte le théâtre de quelques pas et se trouve à côté de lui. Bas. Tu m'avais dit vrai, il était ici ... déguisé; mais malgré son déguisement, je l'ai découvert.... (Lui prenant la main.) Je le tiens!

HENRI, résolument. Eh bien! monsieur?

MONTRICHARD. Silence! voilà tes vingt-cinq louis. (Il lui glisse dans la main une bourse et sort en passant devant Léonie qui ne veut passer qu'après lui.)

HENRI, stupéfait avec la bourse dans la main. Qu'est-ce que cela signifie?

LÉONIE, vivement. Que je suis au comble du bonheur, car vous êtes sauvé.

HENRI. Sauvé!...

LÉONIE. Grâce à ma tante ... adieu!... (Elle s'élance dans l'appartement sur les pas de Montrichard.)


SCÈNE VI

HENRI, LA COMTESSE.


HENRI, jetant la bourse sur la table. Sauvé!... sauvé par vous!...

LA COMTESSE. Pas encore!... J'ai détourné les soupçons du baron ... il croit tenir le coupable ... mais tant que vous serez dans le château, tant que vous n'aurez pas traversé la frontière ... je craindrai toujours....

HENRI. Et moi, je ne crains plus rien ... grâce à celle dont l'esprit, dont l'adresse ...

LA COMTESSE. De l'esprit, de l'adresse! il n'y a là que du coeur, cher Henri: c'est parce que je souffrais ... c'est parce que tout mon sang était glacé dans mes veines, que j'ai trouvé la force de veiller sur vous! Vous croyez donc, ingrat ... (car vous êtes un ingrat!) de l'esprit! de l'adresse! grand dieu![177] ... vous croyez donc que la pitié, que l'affection pour un malheureux, consistent à perdre la tête au moment de son danger, à le trahir par son émotion même, comme font les enfants.... Non, Henri, la vraie tendresse, la tendresse profonde, c'est de rire en face de ce péril, c'est de railler avec la mort dans le coeur; seulement, quand le danger s'éloigne, le courage s'épuise, la force vous abandonne.... (Fondant en larmes.) Eh! si vous aviez été arrêté, j'en serais morte!

HENRI. Chaque jour, chaque instant me révélera donc en vous une qualité nouvelle.... Je cherche en vain dans mon coeur quelques paroles qui vous disent tout ce que j'éprouve.... Vous qui pouvez tout ... vous qui savez tout ... ange, fée, enchanteresse, enseignez-moi donc le moyen de vous payer de[178] tout ce que je vous dois!

LA COMTESSE. Vous ne me devez rien!

HENRI. De tout ce que je vous ai fait souffrir!

LA COMTESSE, avec un grand trouble. Avant de répondre, Henri ... je dois vous faire une demande ... ces paroles si tendres, que vient de prononcer votre bouche ... sortent-elles bien du fond de votre coeur?

HENRI. Ah! vous m'outragez! Quelle preuve ...

LA COMTESSE. Eh bien! c'est ...

HENRI. Parlez ... c'est ...

LA COMTESSE. Eh bien! mon ami ... c'est de m'aimer ... car je vous aime!... Silence ... on vient....


SCÈNE VII

LES PRÉCÉDENTS, MONTRICHARD, une lettre à la main, sortant de la chambre où il vient d'entrer. LÉONIE.


MONTRICHARD. Merci, mademoiselle. Voici, grâce à vous, mon courrier[179] terminé.

LA COMTESSE, à part. Oh! si je pouvais le faire sortir maintenant!

MONTRICHARD, s'approchant de la comtesse. Pardonnez-moi ma victoire, madame.

LA COMTESSE. Ni votre victoire, monsieur le baron, ni votre manière de vaincre!... Ah! est-ce là le prix que je devais attendre du service que je vous ai rendu?

MONTRICHARD. Le devoir passe avant[180] la reconnaissance, madame.

LA COMTESSE. Votre devoir vous commandait-il d'employer la ruse, la trahison?...

MONTRICHARD. Madame!...

LA COMTESSE. Je le répète ... la trahison!... Vous aurez soudoyé quelque conscience, acheté quelqu'un de mes gens ... osez-le nier!... Mais j'y pense![181] ... oui.... (Regardant Henri.) Vos regards d'intelligence avec ce garçon ... les entretiens mystérieux que vous aviez ensemble!... (Se tournant vers Henri.) Ah! misérable serviteur ... c'est donc vous qui m'avez trahi?...

HENRI. Moi, madame?

LA COMTESSE. Oui, vous!... je le vois à votre trouble ... à l'embarras du baron ... je vous renvoie, je vous chasse ... sortez.... (D'un air sévère et étouffant un sourire.) Sortez!...

MONTRICHARD. Mais ...

LA COMTESSE. Il ne restera pas une minute de plus à mon service.

MONTRICHARD. Et moi, je le prends au mien!

LA COMTESSE. Vous ne le ferez pas, monsieur!

MONTRICHARD. Si vraiment, madame la comtesse.... (A Henri.) Allons, mon garçon, à cheval et au galop jusqu'à Saint-Andéol!

LÉONIE. Ciel!

MONTRICHARD, lui remettant une lettre. Cette lettre est pour monsieur le maréchal commandant la division.

HENRI. Mais, monsieur le préfet, les soldats ne me laisseront pas passer.

MONTRICHARD. Je vais en donner l'ordre.

HENRI, bas à la comtesse pendant que Montrichard remonte vers la porte pour donner aux dragons l'ordre de laisser sortir Henri. Je vous dois ma vie, disposez-en!

MONTRICHARD, à Henri. Allons, allons, pars.

HENRI. Dans une heure, monsieur le préfet, je serai à mon poste.... (Montrichard remonte le théâtre avec Henri, en lui donnant ses dernières recommandations.)


SCÈNE VIII

LES PRÉCÉDENTS, excepté HENRI.


MONTRICHARD, aux dragons du fond. Et, vous autres, amenez le prisonnier.

LA COMTESSE, à part. C'est trop tôt.... (Haut.) Monsieur le baron, de grâce ...

MONTRICHARD. Je ne suis, vous le savez, ni cruel, ni ami des condamnations, et si l'on m'eût écouté, on eût accordé l'amnistie que je demandais.

LA COMTESSE. Je le sais, eh bien?

MONTRICHARD. Eh bien! ce jeune homme m'intéresse!... il est votre ami, et je veux tenter de le sauver.

LÉONIE. De le sauver?

LA COMTESSE. Comment cela?...

MONTRICHARD. Cela dépendra de lui ... Je vais lui parler.

LA COMTESSE, avec embarras. Si vous attendiez?... une heure?... une demi-heure ... pour le laisser se remettre d'un premier moment de trouble?

MONTRICHARD. Soyez tranquille ... dans un instant nous serons d'accord, je l'espère, et avant dix minutes ... je saurai sans doute de lui ... tout ce que j'ai besoin de savoir....

LÉONIE, à part. Dix minutes, c'est à peine s'il sera parti!

MONTRICHARD, voyant entrer de Grignon avec le dragon. Il va venir; veuillez, mesdames, vous éloigner.

LA COMTESSE. Un moment encore.

MONTRICHARD, sévèrement. C'est mon devoir, comtesse....

LA COMTESSE, s'éloignant avec Léonie. Oh! mon dieu, que faire?

LÉONIE. Que craignez-vous donc, ma tante?

LA COMTESSE. Si monsieur de Grignon faiblit ...

LÉONIE. N'a-t-il pas du courage?

LA COMTESSE. Un courage qui n'a pas de patience et qui ne dure pas longtemps.... (Elles sortent par la porte à droite. Le dragon s'éloigne après avoir remis un papier à Montrichard; la comtesse et Léonie sortent en faisant des gestes à de Grignon.)


SCÈNE IX

MONTRICHARD, DE GRIGNON.


MONTRICHARD. Pauvre jeune homme!... heureusement son salut dépend encore de lui.

DE GRIGNON, à part. Je ne suis point à mon aise.

MONTRICHARD, à de Grignon. Approchez, monsieur.

DE GRIGNON. Vous désirez me parler, monsieur le baron?

MONTRICHARD, de même. Oui, monsieur, encore une fois avant le moment fatal.

DE GRIGNON, à part. Quel moment?

MONTRICHARD, lui montrant le papier que lui a remis le dragon. Vous avez reconnu que vous étiez monsieur Henri de Flavigneul?

DE GRIGNON, avec un soupir. Oui!

MONTRICHARD. Ex-officier au service de l'empereur.

DE GRIGNON. Oui!

MONTRICHARD. Et c'est bien vous qui avez signé cette déclaration?

DE GRIGNON, que la peur reprend. Oui!

MONTRICHARD. Il suffit: je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur, que vous pouvez compter sur les égards, les prérogatives[182] dues à un brave.

DE GRIGNON. Des prérogatives?...

MONTRICHARD. Oui.... Si vous ne voulez pas qu'on vous bande les yeux, si même vous voulez commander le feu ... soyez sûr ...

DE GRIGNON. Commander le feu ... qu'est-ce que cela veut dire?

MONTRICHARD. Que malheureusement mes ordres sont formels. Vous avez été déjà jugé et condamné, l'arrêt est prononcé!... il ne me reste plus qu'à l'exécuter!... (Gravement.) Une heure après leur arrestation, tous les chefs doivent être fusillés sans délai et sans bruit.[183]

DE GRIGNON, hors de lui. Sans bruit!... oh! non pas!... j'en ferai du bruit ... moi!... on ne fusille pas ainsi les gens ... sans bruit est charmant!

MONTRICHARD. Écoutez-moi, monsieur!...

DE GRIGNON. Sans bruit!...

MONTRICHARD. Je dois ajouter, et c'est là l'objet de notre entrevue ... qu'il est un moyen de salut.

DE GRIGNON. Lequel?

MONTRICHARD. Mais peut-être ne voudrez-vous pas l'adopter.

DE GRIGNON. Et pourquoi donc ... et pourquoi pas, Monsieur.... (A part.) Sans bruit!...

MONTRICHARD. Il a été décidé qu'on accorderait leur grâce à tous ceux qui feraient des déclarations ... et si vous en avez quelqu'une à me confier ...

DE GRIGNON, vivement. Moi!... certainement ... et une très importante....

MONTRICHARD, avec joie. Est-il possible!

DE GRIGNON. Je vous en réponds, une qui est décisive et catégorique.

MONTRICHARD. C'est ...

DE GRIGNON. C'est ... que je ne suis pas ... (S'arrêtant.) Ciel! la comtesse ...


SCÈNE X

LES PRÉCÉDENTS, LA COMTESSE.


LA COMTESSE, entrant vivement par la droite et s'adressant à Montrichard. Eh bien! monsieur ... je suis d'une inquiétude....

MONTRICHARD. Rassurez-vous!... J'en étais sûr ... monsieur de Flavigneul, qui peut se sauver d'un mot ... est prêt à nous révéler ...

LA COMTESSE, avec effroi, se tournant vers de Grignon. Quoi?... qu'est-ce donc?... qu'avez-vous à révéler?

DE GRIGNON, vivement. Moi!... rien!... absolument rien!... (A part.) Quand elle est là, je n'ose plus avoir peur....

MONTRICHARD. Mais vous vouliez tout à l'heure me déclarer....

DE GRIGNON, fièrement. Que je n'avais rien à vous dire.

LA COMTESSE, lui serrant la main et à part. Bravo....

MONTRICHARD, à la comtesse. Mais dites-lui donc, madame, dites-lui vous-même, qu'il se perd de gaieté de coeur[184]....

LA COMTESSE, bas à Montrichard. Vous avez raison ... laissez-moi quelques instants avec lui ... et je le déciderai ... moi!...

DE GRIGNON, à part et le regardant. Quand je la regarde, il me semble que l'âme de ma mère rentre en moi!...

LA COMTESSE, à Montrichard, regardant de Grignon. Oui!... oui ... j'ai de l'ascendant sur son esprit, il ne me résistera pas....

MONTRICHARD. Soit ... mais hâtez-vous! je ne puis vous donner que jusqu'à l'arrivée du président de la cour prévôtale ... que nous attendons.

LA COMTESSE. Et pourquoi?

MONTRICHARD, à demi-voix. Dispensez-moi de vous le dire!

LA COMTESSE. Pourquoi?

MONTRICHARD, à voix basse. Sa présence est nécessaire, pour constater que le jugement a été bien et dûment....

LA COMTESSE, lui serrant la main. Silence!

MONTRICHARD. Vous comprenez?...

LA COMTESSE. Très bien!

MONTRICHARD, à de Grignon. Je vous laisse avec madame! elle aura sur vous, je l'espère, plus de pouvoir que moi. Écoutez la voix d'une amie.... (Montrichard sort par le fond, et l'on voit des dragons en sentinelle auxquels il donne des ordres.)


SCÈNE XI

LA COMTESSE, DE GRIGNON.


LA COMTESSE, à part, regardant de Grignon avec intérêt. Pauvre garçon!... cela m'a effrayée, comme si réellement[185]....

DE GRIGNON. Jamais ses yeux ne se sont portés sur moi avec autant d'amitié, et si ce n'étaient ces dragons qui sont là au fond.... (La comtesse s'approche de de Grignon, et l'entretien s'engage à voix basse.)

LA COMTESSE. Ah! merci, mon ami, merci!

DE GRIGNON. Vous êtes donc contente de moi?

LA COMTESSE. Oui, et je ne vous demande plus que quelques instants de courage et de fermeté.

DE GRIGNON. De la fermeté?... j'en ai, vous êtes là!... mais, ma foi, vous avez bien fait d'arriver.

LA COMTESSE. Vous vous impatientiez un peu?

DE GRIGNON. M'impatienter!... je mourais de.... (Avec abandon.) Écoutez, il faut que mon coeur s'ouvre devant vous ... le mensonge me pèse ... je ne suis pas ce que j'ai voulu paraître à vos yeux.

LA COMTESSE. Comment?

DE GRIGNON. Je ne suis pas un héros ... au contraire; quand je dis au contraire ... ce n'est pas tout à fait juste, car il y a une moitié de moi, une moitié courageuse qui ... je vous expliquerai cela plus tard ... tant y a-t-il que[186] quand monsieur de Montrichard m'a parlé d'être fusillé sans bruit ... dans une heure ... la peur m'a pris....

LA COMTESSE. On aurait peur à moins.

DE GRIGNON. Et j'ouvrais la bouche pour m'écrier: Je ne suis pas monsieur de Flavigneul. Mais vous êtes entrée, et soudain, à votre vue, j'ai eu honte de mes terreurs, j'ai senti que je pouvais faire de grandes choses, pourvu que vous fussiez là! Ainsi, rassurez-vous, je ne trahirai pas monsieur de Flavigneul; tout ce que je vous demande, c'est de ne pas m'abandonner ... soyez là quand le préfet reviendra ... soyez là quand on me signifiera ma sentence, soyez là quand.... Je suis capable de tout ... même de recevoir pour un autre dix balles au travers du corps, pourvu qu'en les recevant je vous entende dire ... je suis là!

LA COMTESSE, lui prenant la main. Brave garçon, car vous êtes brave, je vous connais mieux que vous-même; c'est votre imagination qui s'effraie ... ce n'est pas votre coeur.

DE GRIGNON. Bien, bien, parlez-moi ainsi!...

LA COMTESSE. Il ne vous manque qu'un bon danger qui vous saisisse à l'improviste.

DE GRIGNON. Eh bien! il me semble que j'ai ce qu'il me faut.[187]


SCÈNE XII

LES PRÉCÉDENTS, MONTRICHARD.


MONTRICHARD. Je ne puis attendre plus longtemps ... madame!... monsieur le président de la cour prévôtale....

LA COMTESSE. Vient d'arriver....

MONTRICHARD. Oui, madame!... il faut que monsieur de Flavigneul se décide à parler ... ou qu'il me suive!

DE GRIGNON, hardiment. Eh bien! je vous suis!

MONTRICHARD. Que dites-vous?

DE GRIGNON, avec exaltation. Mon parti est pris; le conseil de guerre, la cour prévôtale, le peloton ... le feu de file[188]....

LA COMTESSE, effrayée. Y pensez-vous?

DE GRIGNON, de même. Dix balles en pleine poitrine!... ça m'est égal!... une fois, que j'y suis, ça m'est égal.... (A la comtesse.) Je suis le fils de ma mère. (A Montrichard.) Partons, monsieur.

MONTRICHARD. Vous le voulez?... partons!

LA COMTESSE. Un instant ... un instant.

DE GRIGNON. Non, non, partons.

LA COMTESSE. Calmez-vous ... j'aurais d'abord une ou deux questions importantes à adresser à monsieur le baron.

MONTRICHARD. Des questions importantes?

LA COMTESSE. Oui! monsieur le baron. A quelle heure avez-vous arrêté votre prisonnier?...

MONTRICHARD. Il y a une heure à peu près ... mais je ne vois pas....

LA COMTESSE. Dites-moi, baron, vous avez dû beaucoup voyager dans votre département?...

MONTRICHARD. Sans doute, madame; mais, encore une fois....

LA COMTESSE. Alors, combien faut-il de temps pour aller d'ici à Mauléon sur un bon cheval?

MONTRICHARD. Trois petits quarts d'heure!... Mais quel rapport....

LA COMTESSE. Et de Mauléon à la frontière? toujours sur un bon cheval?

MONTRICHARD. Dix minutes, mais ...

LA COMTESSE. Trois quarts d'heure et dix minutes ... total cinquante-cinq minutes.

MONTRICHARD. Oh! c'est trop fort, partons!

LA COMTESSE. Mais attendez donc!... Quel homme!... j'ai encore une dernière question à vous faire. Monsieur le président de la cour prévôtale que vous attendiez, ne vous a-t-il pas été envoyé de Paris, et n'est-ce pas, si je ne me trompe, un ancien sénateur!...

MONTRICHARD. Monsieur le comte de Grignon!

DE GRIGNON, poussant un cri de joie. Mon oncle!... mon bon oncle!

MONTRICHARD, stupéfait. Votre oncle!

LA COMTESSE, froidement et lui faisant la révérence. Ici finissent mes questions, monsieur! je ne vous retiens plus vous pouvez conduire au président ... son neveu....

MONTRICHARD, interdit et regardant de Grignon avec effroi. Monsieur Henri de Flavigneul!

LA COMTESSE, riant. Fi donc!... un drame! une tragédie!... nous avons mieux que cela à vous offrir! une scène de famille.... (Montrant de Grignon.) Monsieur Gustave de Grignon, maître des requêtes ... que son oncle n'avait pas vu depuis longtemps; et c'est à vous, monsieur, qu'il devra ce plaisir!

MONTRICHARD, tout troublé. Quoi?... monsieur serait ... ou plutôt ne serait pas ... c'est impossible!... vous voulez encore me tromper, madame!

LA COMTESSE, riant. Vous pouvez vous en rapporter au président lui-même et à la voix du sang qui ne trompe jamais!...

MONTRICHARD. Et votre trouble ce matin quand j'ai fait arrêter monsieur.

LA COMTESSE. Mon trouble? ruse de guerre.

MONTRICHARD. Cette lettre que j'ai prise sur lui.

LA COMTESSE. C'est moi qui venais de la lui remettre.

MONTRICHARD. Vos larmes de douleur!

LA COMTESSE, riant. Est-ce que j'ai pleuré? Ah! pauvre baron, il ne faut pas m'en vouloir ... je vous avais promis de me moquer de vous ... et je ne me trompe jamais ... vous le savez?

DE GRIGNON. C'est du génie!

MONTRICHARD. Mais alors quel est donc ce coupable? car il était ici, j'en suis certain.

LA COMTESSE. Ah! voilà! qui est-ce? cherchez!

MONTRICHARD. Ciel! quel trait de lumière!... si c'était l'autre!

LA COMTESSE. Qui? l'autre? celui à qui vous avez donné un sauf-conduit; celui que vous avez essayé de séduire; celui pour lequel vous avez imploré ma clémence, ah! je le voudrais bien![189]

MONTRICHARD. C'est lui! ah! je ne suis pas encore vaincu ... et je cours....

LA COMTESSE. Sur ses traces?... inutile!... vous ne le rattraperez jamais!

MONTRICHARD. Vous croyez?

LA COMTESSE. Il a un trop bon cheval!

MONTRICHARD, avec colère. Ah!

DE GRIGNON, riant. Ah! ah! ah!

LA COMTESSE. Le cheval du préfet lui-même!... car vraiment vous avez pensé à tout, généreux ami, même à l'équiper!... et à le solder ... témoin ces vingt-cinq louis[190] que je suis chargée de vous rendre.... (Allant les prendre sur la table.) Car lui donner des honoraires pour vous tromper ... c'est trop fort!

MONTRICHARD. Ah! vous êtes un monstre infernal. Tant de duplicité, tant de sang-froid! Et moi qui ai écrit au maréchal.... Je tiens le chef! Ah! je me vengerai!