M. Bob l'apostropha immédiatement.
«Tom, vagabond! venez-ici! (L'enfant s'approcha en conséquence.) Vous vous êtes arrêté à toutes les bornes de Bristol, vilain fainéant!
—Non, monsieur, répondit l'enfant.
—Prenez-y garde, reprit Bob avec un visage menaçant. Pensez-vous que quelqu'un voudrait employer un chirurgien, si on voyait son garçon jouer aux billes dans tous les ruisseaux, ou enlever un cerf-volant sur la grande route? Ayez soin, monsieur, de conserver toujours le respect de votre profession. Avez-vous porté tous les médicaments, paresseux?
—Oui, monsieur.
—La poudre pour les enfants, dans la grande maison habitée par la famille nouvellement arrivée? Et les pilules digestives chez le vieux gentleman grognon et goutteux?
—Oui, monsieur.
—Alors fermez la porte et faites attention à la boutique.
—Allons! dit M. Winkle quand le jeune garçon se fut retiré, les choses ne vont pas tout à fait aussi mal que vous voudriez me le faire croire. Vous avez toujours quelques médicaments à fournir.»
Bob Sawyer regarda dans la boutique pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'oreilles étrangères, puis se penchant vers M. Winkle, il lui dit à voix basse: «Il se trompe toujours de maison.»
La physionomie de M. Winkle exprima qu'il n'y était plus du tout, tandis que Bob et son ami riaient à qui mieux mieux.
«Vous ne me comprenez pas? dit Bob. Il va dans une maison, tire la sonnette, fourre un paquet de médicaments sans adresse dans la main, d'un domestique et s'en va. Le domestique porte le paquet dans la salle à manger; le maître l'ouvre, et lit la suscription: Potion à prendre le soir; pilules selon la formule; lotion idem; Sawyer, successeur de Nockemorf, prépare avec soin les ordonnances, etc., etc. Le gentleman montre le paquet à sa femme; elle lit l'inscription, elle le renvoie aux domestiques; ils lisent l'inscription. Le lendemain le garçon revient: Très-fâché. Il s'est trompé. Tant d'affaires, tant de paquets à porter. M. Sawyer, successeur de Nockemorf, offre ses compliments. Le nom reste dans la mémoire, et voilà l'affaire, mon garçon; cela vaut mieux que toutes les annonces du monde. Nous avons une bouteille de quatre onces qui a couru dans la moitié des maisons de Bristol, et qui n'a point encore fini sa ronde.
—Tiens, tiens! je comprends, répondit M. Winkle, un fameux plan.
—Oh! Ben et moi, nous en avons trouvé une douzaine comme cela; continua l'habile pharmacien, avec une grande satisfaction. L'allumeur de réverbères reçoit dix-huit pence par semaines pour tirer ma sonnette de nuit, pendant dix minutes, chaque fois qu'il passe devant la maison; et tous les dimanches, mon garçon court dans l'église, juste au moment des psaumes, quand personne n'a rien à faire que de regarder autour de soi, et il m'appelle avec un air effaré. «Bon! disent les assistants, quelqu'un est tombé malade tout à coup; on envoie chercher Sawyer, successeur de Nockemorf; comme ce jeune homme est occupé!»
Ayant ainsi divulgué les arcanes de l'art médical, M. Bob Sawyer et son ami Ben Allen se renversèrent sur leurs chaises, et éclatèrent de rire bruyamment. Quand ils s'en furent donné à cœur joie, la conversation recommença, et vint toucher un sujet qui intéressait plus immédiatement M. Winkle.
Nous pensons avoir dit ailleurs que M. Benjamin Allen devenait habituellement fort sentimental, après boire. Le cas n'est pas unique, comme nous pouvons l'attester nous-même, ayant eu affaire quelquefois à des patients affectés de la même manière. Dans cette période de son existence, M. Allen avait plus que jamais une prédisposition à la sentimentalité. Cette maladie provenait de ce qu'il demeurait depuis plus de trois semaines avec M. Sawyer; car l'amphitryon n'était pas remarquable par la tempérance, et l'invité ne pouvait nullement se vanter d'avoir la tête forte. Pendant tout cet espace de temps, Benjamin avait toujours flotté entre l'ivresse partielle et l'ivresse complète.
«Mon bon ami, dit-il à M. Winkle, en profitant de l'absence temporaire de M. Bob Sawyer, qui était allé administrer à un chaland quelques-unes de ses sangsues d'occasion: mon bon ami, je suis bien malheureux!»
M. Winkle exprima tous ses regrets, en apprenant cette nouvelle et demanda s'il ne pouvait rien faire pour alléger les chagrins de l'infortuné étudiant.
«Rien, mon cher, rien. Vous rappelez-vous Arabelle? ma sœur Arabelle? Une petite fille qui a des yeux noirs. Je ne sais pas si vous l'avez remarquée cher M. Winkle? Une jolie petite fille, Winkle. Peut-être que mes traits pourront vous rappeler sa physionomie.»
M. Winkle n'avait pas besoin de procédés artificiels pour se souvenir de la charmante Arabelle, et c'était fort heureux, car certainement les traits du frère lui auraient difficilement rappelé ceux de la sœur. Il répondit, avec autant de calme qu'il lui fut possible d'en feindre, qu'il se rappelait parfaitement avoir vu la jeune personne en question, et qu'il se flattait qu'elle était en bonne santé.
Pour toute réponse, M. Ben Allen, lui dit: «Notre ami Bob est un charmant garçon, Winkle.
—C'est vrai, répliqua laconiquement M. Winkle, qui n'aimait pas beaucoup le rapprochement de ces deux noms.
—Je les ai toujours destinés l'un à l'autre; ils ont été crées l'un pour l'autre; ils sont venus au monde l'un pour l'autre; ils ont été élevés l'un pour l'autre, dit M. Ben Allen, en posant son verre avec emphase. Il y a un coup du sort dans cette affaire, mon cher garçon; il n'y a entre eux qu'une différence de cinq ans, et tous les deux sont nés dans le mois d'août.»
M. Winkle était trop impatient d'entendre le reste, pour exprimer beaucoup d'étonnement de cette coïncidence, toute merveilleuse qu'elle fût. Ainsi, après une larme ou deux, Ben continua à dire que malgré toute son estime et son respect, et sa vénération pour son ami, sa sœur Arabelle avait toujours, ingratement et sans raison, montré la plus vive antipathie pour sa personne. Et je pense, conclua-t-il, je pense qu'il y a un attachement antérieur.
—Avez-vous quelque idée sur la personne?» demanda en tremblant M. Winkle.
M. Ben Allen saisit le fourgon, le fit tourner d'une manière martiale au-dessus de sa tête, infligea un coup mortel sur un crâne imaginaire, et termina en disant, d'une façon très-expressive: «Je voudrais le connaître, voilà tout. Je lui montrerais ce que j'en pense!» et pendant ce temps le fourgon tournoyait avec plus de férocité que jamais.
Tout cela, comme on le suppose, était fort consolant pour M. Winkle. Il resta silencieux durant quelques minutes, mais à la fin, il rassembla tout son courage, et demanda si miss Allen était dans le comté de Kent.
«Non, non, répondit Ben, en déposant le fourgon et en prenant un air fort rusé. Je n'ai pas pensé que la maison du vieux Wardle fût exactement ce qui convenait pour une jeune fille entêtée. Aussi, comme je suis son protecteur naturel et son tuteur, puisque nos parents sont défunts, je l'ai amenée dans ce pays-ci pour passer quelques mois chez une vieille tante, dans une jolie maison bien ennuyeuse et bien fermée. J'espère que cela la guérira. Si ça ne réussit pas, je l'emmènerai à l'étranger pendant quelque temps, et nous verrons alors.
—Et... et... la tante demeure à Bristol? balbutia M. Winkle.
—Non, non; pas dans Bristol, répondit Ben, en passant son pouce par-dessus son épaule droite. Par-là bas; mais chut! voici Bob. Pas un mot, mon cher ami, pas un mot.»
Toute courte qu'avait été cette conversation, elle produisit chez M. Winkle l'anxiété la plus vive. L'attachement antérieur, que soupçonnait Ben, agitait son cœur. Pouvait-il en être l'objet? Était-ce pour lui que la séduisante Arabelle avait dédaigné le spirituel Bob Sawyer? ou bien avait-il un rival préféré? Il se détermina à la voir, quoi qu'il pût en arriver. Mais ici se présentait une objection insurmontable; car si l'explication donnée par Ben avec ces mots: par là-bas, voulait dire trois milles, ou trente milles, ou trois cents milles, M. Winkle ne pouvait en aucune façon le conjecturer. Au reste il n'eut pas, pour le moment, le loisir de penser à ses amours, l'arrivée de Bob ayant été immédiatement suivie par celle d'un pâté, dont M. Winkle fut instamment prié de prendre sa part. La nappe fut mise par une femme de ménage, qui officiait comme femme de charge de M. Bob Sawyer. La mère du jeune garçon en livrée grise apporta un troisième couteau et une troisième fourchette (car l'établissement domestique de M. Sawyer était monté sur une échelle assez limitée), et les trois amis commencèrent à dîner. La bière était servie, comme le fit observer M. Sawyer, dans son étain natif.
Après le dîner, Bob fit apporter le plus grand mortier de sa boutique, et y brassa un mélange fumant de punch au rhum, remuant et amalgamant les matériaux avec un pilon, d'une manière fort convenable pour un pharmacien. Comme beaucoup de célibataires, il ne possédait qu'un seul verre, qui fut assigné par honneur à M. Winkle. Ben Allen fut accommodé d'un entonnoir de verre, dont l'extrémité inférieure était garnie d'un bouchon; quant à Bob lui-même, il se contenta d'un de ces vases de cristal cylindriques, incrustés d'une quantité de caractères cabalistiques, et dans lesquels les apothicaires mesurent habituellement les drogues liquides qui doivent composer leurs potions. Ces préliminaires ajustés, le punch fut goûté et déclaré excellent. On convint que Bob Sawyer et Ben Allen seraient libres de remplir leur vase deux fois, pour chaque verre de M. Winkle, et l'on commença les libations sur ce pied d'égalité avec bonne humeur et de fort bonne amitié. On ne chanta point, parce que Bob déclara que cela n'aurait pas l'air professionnel; mais, en revanche, on parla et l'on rit, si bien et si fort, que les passants à l'autre bout de la rue pouvaient entendre et entendirent sans aucun doute le bruit confus qui sortait de l'officine du successeur de Nockemorf. Quoi qu'il en soit, la conversation des trois amis charmait apparemment les ennuis et aiguisait l'esprit du jeune garçon pharmacien, car au lieu de dévouer sa soirée, comme il le faisait ordinairement, à écrire son nom sur le comptoir et à l'effacer ensuite, il se colla contre la porte vitrée, et de la sorte put écouter et voir en même temps ce qui se passait chez son patron.
La gaieté de M. Bob Sawyer se tournait peu à peu en fureur, M. Ben Allen retombait dans le sentimental, et le punch était presque entièrement disparu, quand le jeune garçon entra rapidement pour annoncer qu'une jeune femme venait demander M. Sawyer, successeur de Nockemorf, qu'on attendait impatiemment. Ceci termina la fête. Lorsque le garçon eut répété pour la vingtième fois son message, M. Bob Sawyer commençant à le comprendre, attacha autour de sa tête une serviette mouillée, afin de se dégriser; et, y ayant réussi en partie, mit ses lunettes vertes et sortit. Ensuite de quoi, M. Winkle voyant qu'il était impossible d'engager M. Ben Allen dans une conversation tant soit peu intelligible sur le sujet qui l'intéressait le plus, refusa de rester jusqu'au retour du chirurgien, et s'en retourna à son hôtel.
L'inquiétude qui l'agitait et les nombreuses méditations qu'avait éveillées dans son esprit le nom d'Arabelle, empêchèrent la part qu'il avait prise dans le mortier de produire sur lui l'effet qu'on en aurait pu attendre dans d'autres circonstances. Ainsi, après avoir pris à la buvette de son hôtel un verre d'eau de Seltz et d'eau-de-vie, il entra dans le café, plutôt découragé qu'animé par les aventures de la soirée.
Un grand gentleman, vêtu d'une longue redingote, se trouvait seul dans le café, assis devant le feu, et tournant le dos à M. Winkle. Comme la soirée était assez froide pour la saison, le gentleman rangea sa chaise de côté pour laisser approcher le nouvel arrivant, mais quelle fut l'émotion de M. Winkle, quand ce mouvement lui découvrit le visage du vindicatif et sanguinaire Dowler!
Sa première pensée fut de tirer violemment le cordon de sonnette le plus proche. Malheureusement, ce cordon se trouvait derrière la chaise de son adversaire. Machinalement le brave jeune homme fit un pas pour en saisir la poignée, mais M. Dowler se reculant avec promptitude: «Monsieur Winkle, dit-il, soyez calme. Ne me frappez pas, monsieur, je ne le supporterais point. Un soufflet? Jamais!»
Tout en parlant ainsi, M Dowler avait l'air beaucoup plus doux que M. Winkle ne l'aurait attendu d'une personne aussi emportée.
«Un soufflet, monsieur? balbutia M. Winkle.
—Un soufflet, monsieur, répliqua Dowler. Maîtrisez vos premiers mouvements, asseyez-vous, écoutez-moi.
—Monsieur, dit M. Winkle, en tremblant des pieds à la tête, avant que je consente à m'asseoir auprès ou en face de vous, sans la présence d'un garçon, il me faut d'autres assurances de sécurité. Vous m'avez fait des menaces la nuit dernière, monsieur, d'affreuses menaces! Ici M. Winkle s'arrêta et devint encore plus pâle.
—C'est la vérité, repartit M. Dowler avec un visage presque aussi blanc que celui de son antagoniste. Les circonstances étaient suspectes. Elles ont été expliquées. Je respecte votre courage. Vous avez raison. C'est l'assurance de l'innocence. Voilà ma main, serrez-la.
—Réellement, monsieur, répondit M. Winkle, hésitant à donner sa main, dans la pensée que M. Dowler pourrait bien vouloir le prendre en traître, réellement, monsieur, je....
—Je sais ce que vous voulez dire, interrompit l'autre. Vous vous sentez offensé. C'est naturel, j'en ferais autant à votre place. J'ai eu tort, je vous demande pardon. Soyons amis, pardonnez-moi....» Et en même temps Dowler s'empara de la main de M. Winkle, et la secouant avec la plus grande véhémence, déclara qu'il le regardait comme un garçon plein de courage, et qu'il avait de lui meilleure opinion que jamais.
«Maintenant, poursuivit-il, asseyez-vous, racontez-moi tout. Comment m'avez-vous découvert? Quand est-ce que vous êtes parti pour me suivre? Soyez franc, dites tout.
—C'est entièrement par hasard, répliqua M. Winkle grandement intrigué par la tournure singulière et inattendue de leur entrevue, entièrement.
—J'en suis charmé. Je me suis éveillé ce matin. J'avais oublié mes menaces. Le souvenir de votre aventure me fit rire. Je me sentais des dispositions amicales: je le dis.
—À qui?
—À mistress Dowler.—«Vous avez fait un vœu, me dit-elle.—C'est vrai, répondis-je.—C'était un vœu téméraire.—C'est encore vrai. J'offrirai des excuses. Où est-il?»
—Qui? demanda M. Winkle.
—Vous. Je descendis l'escalier, mais je ne vous trouvai pas. Pickwick avait l'air sombre. Il secoua la tête, il dit qu'il espérait qu'on ne commettrait point de violences. Je compris tout. Vous vous sentiez insulté. Vous étiez sorti pour chercher un ami, peut-être des pistolets. Un noble courage, me dis-je, je l'admire.»
M. Winkle toussa, et commençant à voir où gîtait le lièvre, prit un air d'importance.
«Je laissai une note pour vous, poursuivit Dowler. Je dis que j'étais fâché. C'était vrai. Des affaires pressantes m'appelaient ici. Vous n'avez pas été satisfait; vous m'avez suivi. Vous avez demandé une explication verbale. Vous avez eu raison. Tout est fini maintenant. Mes affaires sont terminées. Je m'en retourne demain, venez avec moi.»
À mesure que Dowler avançait dans son récit, la contenance de M. Winkle devenait de plus en plus digne. La mystérieuse nature du commencement de leur conversation était expliquée; M. Dowler était aussi éloigné de se battre, que lui-même. En un mot, ce vantard personnage était un des plus admirables poltrons qui eussent jamais existé. Il avait interprété selon ses craintes l'absence de M. Winkle, et prenant le même parti que lui il c'était décidé à s'absenter, jusqu'à ce que toute irritation fût passée.
Quand l'état réel des affaires se fut dévoilé à l'esprit de M. Winkle, sa physionomie devint terrible. Il déclara qu'il était parfaitement satisfait, mais il le déclara d'un air capable de persuader M. Dowler que, s'il n'avait pas été satisfait, il s'en serait suivi une horrible destruction. Enfin M. Dowler parut convenablement reconnaissant de sa magnanimité, et les deux belligérants se séparèrent, pour la nuit, avec mille protestations d'amitié éternelle.
Il était minuit, et depuis vingt minutes environ M. Winkle jouissait des douceurs de son premier sommeil, lorsqu'il fut tout à coup réveillé par un coup violent frappé à sa porte, et répété immédiatement après, avec tant de véhémence, qu'il en tressaillit dans son lit, et demanda avec inquiétude qui était là, et ce qu'on lui voulait.
«S'il vous plaît, monsieur, répondit une servante, c'est un jeune homme qui désire vous voir, sur-le-champ.
—Un jeune homme! s'écria M. Winkle.
—Il n'y a pas d'erreur, ici, monsieur, répondit une autre voix à travers le trou de la serrure; et si ce même intéressant jeune garçon n'est pas introduit, sans délai, vous ne vous étonnerez pas que ses jambes entrent chez vous avant sa phylosomie.» En achevant ces mots, l'étranger ébranla légèrement avec son pied le panneau inférieur de la porte, comme pour donner plus de force à son insinuation.
—C'est vous, Sam? demanda M. Winkle, en sautant à bas du lit.
—Pas possible de reconnaître un gentleman sans regardes son visage,» répondit la voix d'un ton dogmatique.
M. Winkle n'ayant plus guère de doutes sur l'identité du jeune homme, tira les verrous et ouvrit. Aussitôt Sam entra précipitamment, referma la porte à double tour, mit gravement la clef dans sa poche, et, après avoir examiné M. Winkle des pieds à la tête, lui dit: «Eh bien, vous vous conduisez gentiment, monsieur.
—Qu'est-ce que signifie cette conduite? demanda M. Winkle avec indignation, sortez sur-le-champ, qu'est-ce que cela signifie?
—Ce que ça signifie! Eh bien, en voilà une sévère, comme dit la jeune lady au pâtissier qui lui avait vendu un pâté où il n'y avait que de la graisse dedans. Ce que ça signifie! Eh bien, en voilà une bonne!
—Ouvrez cette porte, et quittez cette chambre sur-le-champ.
—Je quitterai cette chambre, monsieur, juste précisément au moment même où vous la quitterez, monsieur, répondit Sam d'une voix imposante, et en s'asseyant avec gravité. Seulement si je suis obligé de vous emporter sur mon dos, je m'en irai un brin avant vous, nécessairement. Mais permettez-moi d'espérer que vous ne me réduirez pas à des extrémités, monsieur, comme disait le gentleman au colimaçon obstiné, qui ne voulait pas sortir de sa coquille, malgré les coups d'épingle qu'on lui administrait, et qu'il avait peur d'être obligé de l'écraser entre le chambranle et la porte.»
À la fin de ce discours, singulièrement prolixe pour lui, Sam planta ses mains sur ses genoux, et regarda M. Winkle en face, avec une expression de visage où l'on pouvait lire facilement qu'il n'avait pas du tout envie de plaisanter.
«Vous êtes vraiment un jeune homme bien aimable, monsieur, poursuivit-il d'un ton de reproche, un aimable jeune homme, d'entortiller notre précieux gouverneur dans toutes sortes de fantasmagories, quand il s'est déterminé à tout faire pour les principes. Vous êtes pire que Dodson, monsieur, et pire que Fogg. Je les regarde comme des anges auprès de vous.»
Sam ayant accompagné cette dernière sentence d'une tape emphatique sur chaque genou, croisa ses bras d'un air dédaigneux, et se renversa sur sa chaise, comme pour attendre la défense du criminel.
«Mon brave Sam, dit M. Winkle, en lui tendant la main, je respecte votre attachement pour mon excellent ami, et je suis vraiment très-chagrin d'avoir augmenté ses sujets d'inquiétude. Allons, Sam, allons! Et tout en parlant, ses dents claquaient de froid, car il était resté debout, dans son costume de nuit, durant toute la leçon de M. Weller.
—C'est heureux, répondit Sam d'un ton bourru, en secouant cependant d'une manière respectueuse la main qui lui était offerte; c'est heureux, quand on s'amende à la fin. Mais si je puis, je ne le laisserai tourmenter par personne, et voilà la chose.
—Certainement, Sam, certainement. Et maintenant allez vous coucher, nous parlerons de tout cela demain matin.
—J'en suis bien fâché, monsieur; je ne peux pas m'aller coucher.
—Vous ne pouvez pas vous aller coucher?
—Non, répondit Sam, en secouant la tête, pas possible.
—Vous n'allez pas repartir cette nuit? s'écria M. Winkle, grandement surpris.
—Non, monsieur, à moins que vous ne le désiriez absolument, mais je ne dois pas quitter cette chambre. Les ordres du gouverneur sont péremptoires.
—Allons donc, Sam, allons donc! il faut que je reste ici deux ou trois jours, et qui plus est, il faudra que vous restiez aussi, pour m'aider à avoir une entrevue avec une jeune lady... miss Allen, Sam. Vous vous en souvenez? Il faut que je la voie, et je la verrai avant de quitter Bristol.»
Mais en réplique à toutes ces instances, Sam continua à secouer la tête énergiquement, en répondant avec fermeté: «Pas possible, pas possible!»
Cependant, après beaucoup d'arguments et de représentations de la part de M. Winkle; après une exposition complète de tout ce qui s'était passé dans l'entrevue avec Dowler, le fidèle domestique commença à hésiter. À la fin les deux parties en vinrent à un compromis, dont voici les principales clauses:
Que Sam se retirerait et laisserait à M. Winkle la libre possession de son appartement, à condition qu'il aurait la permission de fermer la porte en dehors et d'emporter la clef; pourvu toutefois qu'il ne manquât pas d'ouvrir, sur-le-champ, la porte en cas de feu ou d'autre danger contingent; que M. Winkle écrirait le lendemain à M. Pickwick une lettre qui lui serait portée par Dowler, et dans laquelle il lui demanderait, pour Sam et pour lui-même, la permission de rester à Bristol, afin de poursuivre le but déjà indiqué; que si la réponse était favorable, les susdites parties contractantes demeureraient en conséquence à Bristol; que sinon, elles retourneraient à Bath immédiatement; et enfin que M. Winkle s'engageait positivement à ne pas chercher à s'échapper, en attendant, ni par les fenêtres, ni par la cheminée, ni par tout autre moyen évasif. Ce traité ayant été dûment ratifié, Sam ferma la porte et s'en alla.
Il était arrivé au bas de l'escalier, quand il s'arrêta court.
«Tiens! dit-il, en tirant la clef de sa poche et en faisant un quart de conversion, j'avais entièrement oublié le terrassement. Le gouverneur me l'avait pourtant bien recommandé.... Bah! c'est égal, poursuivit-il en remettant la clef dans sa poche, ça peut toujours se faire demain matin, comme aujourd'hui.»
Apparemment consolé par cette réflexion, Sam descendit
le reste de
l'escalier, sans autre retour de conscience, et fut bientôt
enseveli
dans un profond sommeil, ainsi que les autres habitants de la maison.
NOTES:
[10] En Angleterre, surtout dans les petites villes, les gens qui vendent des médicaments donnent en même temps des consultations, et prennent le titre de chirurgiens.
Durant toute la journée subséquente, Sam tint ses yeux constamment fixés sur M. Winkle, déterminé à ne point le perdre de vue avant d'avoir reçu de nouvelles instructions. Quelque désagréable que fût pour le prisonnier cette grande vigilance, il pensa qu'il valait mieux la supporter que de s'exposer à être emporté de vive force; car le fidèle serviteur lui avait plus d'une fois fait entendre que le strict sentiment de ses devoirs le forcerait à adopter cette ligne de conduite. Il est même probable que Sam aurait fini par assoupir tous ses scrupules, en ramenant à Bath M. Winkle, pieds et poings liés, si la prompte attention donnée par M. Pickwick au billet remis par Dowler, n'avait point rendu inutile, cette manière de procéder. En un mot, à huit heures du soir, M. Pickwick, lui-même entra dans le café de l'hôtel du Buisson, et avec un sourire dit à Sam enchanté, qu'il s'était très-bien comporté et n'avait pas besoin de monter la garde davantage.
«J'ai pensé, continua M. Pickwick, en s'adressant à M. Winkle, pendant que Sam le débarrassait de sa redingote et de son cache-nez, j'ai pensé que je ferais mieux de venir moi-même, m'assurer que vos vues sur cette jeune personne sont honorables et sérieuses, avant de consentir à ce que Sam soit employé dans cette affaire.
—Tout à fait honorables et sérieuses, répliqua M. Winkle avec grande énergie, je vous l'assure du fond de mon cœur, de toute mon âme.
—Rappelez-vous, reprit M. Pickwick, avec un regard humide, rappelez-vous que nous l'avons rencontrée chez notre excellent ami Wardle. Ce serait bien mal reconnaître son hospitalité, que de traiter avec légèreté les affections de sa jeune amie. Je ne le permettrais pas, monsieur; je ne le permettrais pas.
—Je n'ai certainement pas cette idée-là, s'écria chaleureusement M. Winkle. J'ai réfléchi pendant longtemps, et je sens que mon bonheur est tout entier en elle.
—Voilà ce que j'appelle mettre tous ses œufs dans le même panier,» interrompit Sam avec un agréable sourire.
M. Winkle prit un air sérieux à cette observation, et M. Pickwick irrité engagea son serviteur à ne pas badiner avec un des meilleurs sentiments de notre nature.
«Certainement, monsieur, répondit Sam, mais il y en a tant de ces meilleurs-là, que je ne m'y reconnais jamais, quand on m'en parle.»
Cet incident terminé, M. Winkle raconta ce qui s'était passé entre lui et M. Ben Allen, relativement à Arabelle. Il dit que son but actuel était d'avoir une entrevue avec la jeune personne, et de lui faire un aveu formel de sa passion. Enfin il déclara que le lieu de sa détention lui paraissait être quelque part aux environs des Dunes, ce qui semblait résulter de certaines insinuations obscures dudit Ben Allen; mais c'était tout ce qu'il avait pu apprendre ou soupçonner.
Malgré l'inanité de ces renseignements il fut décidé que Sam partirait le lendemain, pour une expédition de découverte. Il fut convenu aussi que M. Pickwick et M. Winkle, qui avaient moins de confiance dans leur habileté, se promèneraient pendant ce temps dans la ville et entreraient par hasard, chez M. Bob Sawyer, dans l'espérance d'apprendre quelque chose sur la jeune lady.
En conséquence, Sam se mit en quête le lendemain matin, sans être aucunement découragé par les difficultés qui l'attendaient. Il marcha de rue en rue, nous allions presque dire de coteau en coteau, mais c'est toute montée jusqu'à Clifton. Durant tout ce temps il ne vit rien, il ne rencontra personne qui pût jeter la moindre lumière sur son entreprise. Il eut de nombreux colloques avec des grooms qui faisaient prendre l'air à des chevaux sur la route, avec des nourrices qui faisaient prendre l'air à des enfants sur le pas de la porte: mais il ne put rien tirer ni des uns ni des autres qui eût le rapport le plus éloigné avec l'objet de son habile enquête. Il y avait dans force maisons, force jeunes ladies, dont le plus grand nombre étaient violemment soupçonnées par les domestiques mâles ou femelles d'être profondément attachées à quelqu'un, ou parfaitement disposées à s'attacher au premier venu, si l'occasion s'en présentait; mais comme aucune de ces jeunes ladies n'était miss Arabelle Allen, ces renseignements laissaient Sam précisément aussi instruit qu'il l'était auparavant.
Il poursuivit sa route à travers les Dunes, en luttant contre un vent violent, et, chemin faisant, il se demandait si, dans ce pays, il était toujours nécessaire de tenir son chapeau des deux mains. Enfin il arriva dans un endroit ombragé, où se trouvaient répandues plusieurs petites villas, d'une apparence tranquille et retirée. Au fond d'une longue impasse, devant une porte d'écurie, un groom, en veste du matin, s'occupait à flâner, en société d'une pelle et d'une brouette; moyennant quoi, il se persuadait apparemment à lui-même qu'il faisait quelque chose d'utile. Nous ferons remarquer, en passant, que nous avons rarement vu un groom auprès d'une écurie, qui, dans ses moments de laisser aller, ne fût pas plus ou moins victime de cette singulière illusion.
Sam pensa qu'il pourrait parler avec ce groom, aussi bien qu'avec tout autre, et cela d'autant plus, qu'il était fatigué de marcher, et qu'il y avait une bonne grosse pierre, juste en face de la porte. Il se dandina donc jusqu'au fond de la ruelle, et, s'asseyant sur la pierre, ouvrit la conversation avec l'admirable aisance qui le caractérisait.
«Bonsoir, vieux, dit-il.
—Vous voulez dire bonjour? répliqua le groom, en jetant à Sam un regard rechigné.
—Vous avez raison, vieux, je voulais dire bonjour. Comment vous va?
—Eh! je ne me sens guère mieux, depuis que vous êtes là.
—C'est drôle, vous paraissez pourtant de bien bonne humeur, vous avez la mine si guillerette que ça réjouit le cœur de vous voir.»
À cette plaisanterie, le groom rechigné parut plus rechigné encore, mais non pas suffisamment pour produire quelque impression sur Sam. Celui-ci lui demanda immédiatement, et avec un air de grand intérêt, si le nom de son maître n'était pas un certain M. Walker.
«Non, répondit le groom.
—Ni Brown, je suppose.
—Non.
—Ni Wilson.
—Non.
—Eh! bien alors, je me suis trompé et il n'a pas l'honneur de ma connaissance, comme je me l'étais d'abord figuré.»
Cependant le groom, ayant rentré sa brouette, s'apprêtait à fermer la porte.
«Ne restez pas à l'air pour moi, lui cria Sam. Où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. Je vous excuserai, mon vieux.
—Je vous casserais bien la tête pour un liard, dit le groom rechigné en fermant une moitié de la porte.
—Peux pas la céder pour si peu, rétorqua Sam, ça vaudrait au moins tous vos gages jusqu'à la fin de vos jours, et encore ça serait trop bon marché. Mes compliments chez vous. Dites qu'on ne m'attende pas pour dîner, et qu'on ne mette rien de côté pour moi, parce que ce serait froid avant que je revienne.»
En réponse à ces compliments, le groom dont la bile s'échauffait, grommela un désir indistinct d'endommager le crâne de quelqu'un. Néanmoins il disparut sans exécuter sa menace, poussant la porte derrière lui avec colère et sans faire attention à la tendre requête de M. Weller, qui le suppliait de lui laisser une mèche de ses cheveux.
Sam était resté assis sur la pierre et continuait de méditer sur ce qu'il avait à faire. Déjà il avait arrangé dans son esprit un plan, qui consistait à frapper à toutes les portes, dans un rayon de cinq milles autour de Bristol, les mettant l'une dans l'autre à cent cinquante ou deux cents par jour, et comptant de cette manière arriver à découvrir miss Arabelle Allen dans un temps donné, lorsque tout à coup le hasard jeta entre ses mains, ce qu'il aurait pu chercher pendant toute une année, sans le rencontrer.
Dans l'impasse où s'était installé Sam, ouvraient trois ou quatre grilles appartenant à autant de maisons, qui, quoique détachées les unes des autres, n'étaient cependant séparées que par leur jardin. Comme ceux-ci étaient grands et bien plantés, non-seulement les maisons se trouvaient écartées, mais la plupart étaient cachées par les arbres. Sam était assis les yeux fixés sur la porte voisine de celle où avait disparu le groom rechigné; il retournait profondément dans son esprit les difficultés de sa présente entreprise, lorsqu'il vit la porte qu'il regardait machinalement, s'ouvrir et laisser passer une servante qui venait secouer dans la ruelle des descentes de lit.
M. Weller était si préoccupé de ses pensées, que très-probablement il se serait contenté de lever la tête et de remarquer que la jeune servante avait l'air très-gentille, si ses sentiments de galanterie n'avaient pas été fortement remués, en voyant qu'il ne se trouvait là personne pour aider la pauvrette, et que les tapis paraissaient bien pesants pour ses mains délicates. Sam était un gentleman fort galant à sa manière. Aussitôt qu'il eut remarqué cette circonstance, il quitta brusquement sa pierre, et s'avançant vers la jeune fille: «Ma chère, dit-il d'un ton respectueux, vous gâterez vos jolies proportions, si vous secouez ces tapis là toute seule. Laissez-moi vous aider.»
La jeune bonne, qui avait modestement affecté de ne pas savoir qu'un gentleman était si prêt d'elle, se retourna au discours de Sam, dans l'intention (comme elle le dit plus tard elle-même) de refuser l'offre d'un étranger, quand, au lieu de répondre, elle tressaillit, recula et poussa un léger cri, qu'elle s'efforça vainement de retenir. Sam n'était guère moins bouleversé: car dans la physionomie de la servante, à la jolie tournure, il avait reconnu les traits de sa bien-aimée, la gentille bonne de M. Nupkins.
«Ah! Mary, ma chère!
—Seigneur! M. Weller! comme vous effrayez les gens!»
Sam ne fit pas de réponse verbale à cette plainte, et nous ne pouvons même pas dire précisément quelle réponse il fit. Seulement nous savons qu'après un court silence, Mary s'écria: «Finissez donc, M. Weller!» et que le chapeau de Sam était tombé quelques instants auparavant, d'après quoi nous sommes disposés à imaginer qu'un baiser, ou même plusieurs, avaient été échangés entre les deux parties.
«Pourquoi donc êtes-vous venu ici? demanda Mary quand la conversation, ainsi interrompue, fut reprise.
—Vous voyez bien que je suis venu ici pour vous chercher ma chère, répondit Sam, permettant pour une fois à sa passion de l'emporter sur sa véracité.
—Et comment avez-vous su que j'étais ici? Qui peut vous avoir dit que j'étais entrée chez d'autres maîtres à Ipswich, et qu'ensuite ils étaient venus dans ce pays-ci? Qui donc a pu vous dire ça, M. Weller?
—Ah, oui! reprit Sam avec un regard malin, voilà la question: qui peut me l'avoir dit?
—Ce n'est pas M. Muzzle, n'est-ce pas?
—Oh! non, répliqua Sam avec un branlement de tête solennel, ce n'est pas lui.
—Il faut que ce soit la cuisinière?
—Nécessairement.
—Eh bien! qui est-ce qui se serait douté de ça!
—Pas moi, toujours, dit M. Weller. Mais Mary, ma chère (ici les manières de Sam devinrent extrêmement tendres), Mary, ma chère, j'ai sur les bras une autre affaire très-pressante. Il y a un ami de mon gouverneur.... M. Winkle, vous vous en souvenez?
—Celui qui avait un habit vert? Oh, oui, je m'en souviens.
—Bon! Il est dans un horrible état d'amour, absolument confusionné, et tout sens dessus dessous.
—Bah! s'écria Mary.
—Oui, poursuivit Sam; mais ça ne serait rien, si nous pouvions seulement trouver la jeune lady.»
Ici, avec beaucoup de digressions sur la beauté personnelle de Mary, et sur les indicibles tortures qu'il avait éprouvées pour son propre compte depuis qu'il ne l'avait vue, Sam fit un récit fidèle de la situation présente de M. Winkle.
«Par exemple, dit Mary, voilà qui est drôle!
—Bien sûr, reprit Sam; et moi, me voilà ici, marchant toujours comme le juif errant (un personnage bien connu autrefois sur le turf, et que vous connaissez peut-être, Mary, ma chère? qui avait fait la gageure de marcher aussi longtemps que le temps et qui ne dort jamais), pour chercher cette miss Arabelle Allen.
—Miss qui? demanda Mary avec grand étonnement.
—Miss Arabelle Allen.
—Bonté du ciel! s'écria Mary en montrant la porte que le groom rechigné avait fermée après lui. Elle est là, dans cette maison. Voilà six semaines qu'elle y reste. Leur femme de chambre m'a raconté tout cela devant la buanderie un matin que toute la famille dormait encore.
—Quoi! la porte à côté de vous?
—Précisément.»
Sam se sentit tellement étourdi en apprenant cette nouvelle, qu'il se trouva obligé de prendre la taille de la jolie bonne pour se soutenir, et que plusieurs petits témoignages d'amour s'échangèrent entre eux, avant qu'il fût suffisamment remis pour retourner au sujet de ses recherches.
«Eh bien! reprit-il à la fin, si ça n'enfonce pas les combats de coq, rien ne les enfoncera jamais, comme dit le lord maire quand le premier secrétaire d'état proposa la santé de madame la mairesse après dîner. Juste la porte après! Moi, qui ai reçu un message pour elle, et qui ai déjà passé toute une journée, sans trouver moyen de le lui remettre!
—Ah! dit Mary, vous ne pouvez pas le lui donner maintenant. Elle ne se promène dans le jardin que le soir, et seulement pendant quelques minutes. Elle ne sort jamais sans la vieille lady.
Sam rumina durant quelques instants, et à la fin s'arrêta au plan d'opérations que voici: il résolut de revenir à la brune, époque à laquelle Arabelle faisait invariablement sa promenade, étant admis par Mary dans le jardin de sa maison, il trouverait moyen d'escalader le mur, au-dessous des branches pendantes d'un énorme poirier qui l'empêcherait d'être aperçu de loin, puis, une fois là, il délivrerait son message et tâcherait d'obtenir, en faveur de M. Winkle, une entrevue pour le lendemain à la même heure. Ayant conclu ces arrangements fort rapidement, il aida Mary à secouer ses tapis durant si longtemps négligés.
Ce n'est pas une chose aussi innocente qu'on se l'imagine, que de secouer ces petits tapis; ou du moins, s'il n'y a pas grand mal à les secouer, il est fort dangereux de les plier. Tant qu'on ne fait que secouer, tant que les deux parties sont séparées par toute la longueur du tapis, c'est un amusement aussi moral qu'il soit possible d'en inventer. Mais quand on commence à plier, et quand la distance diminue d'une moitié à un quart, puis à un huitième, puis à un seizième, puis à un trente-deuxième, si le tapis est assez long, cela devient extrêmement périlleux. Nous ne savons pas au juste combien de tapis furent repliés dans cette occasion, mais nous pouvons nous permettre d'assurer qu'à chaque tapis Sam embrassa la jolie femme de chambre.
Les adieux terminés, M. Weller alla se régaler, avec modération, à la taverne la plus voisine. Il ne revint dans l'impasse qu'à la brune, fut introduit dans le jardin par Mary, et, ayant reçu d'elle plusieurs admonestations concernant la sûreté de ses membres et de son cou, il monta dans le poirier et attendit l'arrivée d'Arabelle.
Il attendit si longtemps, sans la voir venir, qu'il commençait à craindre de ne rien voir du tout, lorsqu'il entendit sur le sable un léger bruit de pas, et, immédiatement après, aperçut Arabelle elle-même, qui marchait d'un air pensif dans le jardin. Lorsqu'elle fut arrivée presque au-dessous du poirier, Sam, qui désirait lui indiquer doucement sa présence, commença à faire diverses rumeurs diaboliques, semblables à celles qui seraient sans doute, naturelles à une personne attaquée à la fois, dès son enfance, d'une esquinancie, du croup et de la coqueluche.
La jeune lady jeta un regard effrayé vers le lieu d'où partaient ces horribles sons, et ses alarmes n'étant nullement diminuées en voyant un homme parmi les branches, elle se serait certainement enfuie et aurait alarmé la maison, si, fort heureusement, la peur ne l'avait pas privée de tous mouvements et ne l'avait pas forcée à s'asseoir sur un banc, qui par bonheur se trouvait là.
«La voilà qui s'en va, se disait Sam tout perplexe. Quelle vexation que ces jeunes créatures veulent toujours s'évanouir mal à propos! Eh! jeune lady.... miss carabin.... Mme Winkle, tranquillisez-vous!»
Était-ce le nom magique de M. Winkle? ou la fraîcheur de l'air? ou quelque souvenir de la voix de Sam, qui ranima Arabelle? cela est peu important à savoir. Elle releva la tête et demanda d'une voix languissante:
«Qui est là? que me voulez-vous?
—Chut! répondit Sam en se hissant sur le mur et en s'y blottissant dans le moindre espace possible; ça n'est que moi, miss, ça n'est que moi.
—Le domestique de M. Pickwick? s'écria Arabelle avec vivacité.
—Lui-même, miss. Voilà M. Winkle qu'est tout à fait estomaqué de désespoir.
—Ah! fit Arabelle en s'approchant plus près du mur.
—Hélas! oui, poursuivit Sam. Nous avons cru qu'il faudrait lui mettre la camisole de force la nuit dernière. Il n'a fait que rêver toute la journée, et il jure que, s'il ne vous voit pas demain soir, il veut être.... il veut qu'il lui arrive quelque chose de désagréable!
—Oh non! non, M. Weller! s'écria Arabelle en joignant les mains.
—C'est là ce qu'il dit, miss, répliqua Sam froidement. C'est un homme d'honneur, miss, et, dans mon opinion, il le fera comme il dit. Il a tout appris du vilain magot en lunettes.
—Mon frère! s'écria Arabelle à qui la description de Sam rappelait des souvenirs de famille.
—Je ne sais pas trop lequel est votre frère, miss. Est-ce le plus malpropre des deux?
—Oui, oui, M. Weller! Continuez, dépêchez-vous, je vous prie.
—Eh bien! miss, il a tout appris par lui, et c'est l'opinion du gouverneur que, si vous ne le voyez pas très-promptement, le carabin dont nous venons de parler recevra assez de plomb dans la tête, pour la détériorer, si on veut jamais la conserver dans de l'esprit de vin.
—Oh! ciel! que puis-je faire pour prévenir ces épouvantables querelles?
—C'est la supposition d'un attachement antérieur qui est la cause de tout, miss. Vous feriez mieux de le voir.
—Mais où? comment? s'écria Arabelle. Je ne puis quitter la maison toute seule, mon frère est si peu raisonnable, si injuste! Je sais combien il peut paraître étrange que je vous parle ainsi, M. Weller, mais je suis malheureuse, bien malheureuse!...»
Ici la pauvre Arabelle se mit à pleurer amèrement, et Sam devint chevaleresque.
«C'est possible que ça ait l'air étrange, reprit-il avec une grande véhémence, mais tout ce que je puis dire, c'est que je suis disposé à faire l'impossible pour arranger les affaires, et si ça peut être utile de jeter soit l'un soit l'autre des carabins par la fenêtre, je suis votre homme.» En disant ceci, et pour intimer son empressement de se mettre à l'ouvrage, Sam releva ses parements d'habit, au hasard imminent de tomber du haut en bas du mur, pendant cette manifestation.
Quelque flatteuse que fût cette profession de dévouement, Arabelle refusa obstinément d'y avoir recours, au grand étonnement de l'héroïque valet. Pendant quelque temps elle refusa, tout aussi courageusement, d'accorder à M. Winkle l'entrevue demandée par Sam d'une manière si pathétique; mais à la fin, et lorsque la conversation menaçait d'être interrompue par l'arrivée intempestive d'un tiers, elle lui donna rapidement à entendre, avec beaucoup d'expressions de gratitude, qu'il ne serait pas impossible qu'elle se trouvât dans le jardin le lendemain, une heure plus tard. Sam comprit parfaitement la chose; et Arabelle, lui ayant accordé un de ses plus doux sourires, s'éloigna d'un pas leste et gracieux, laissant M. Weller dans une vive admiration de ses charmes, tant spirituels que corporels.
Descendu sans encombre de sa muraille, Sam n'oublia pas de dévouer quelques minutes à ses propres affaires, dans le même département; puis il retourna directement à l'hôtel du Buisson, où son absence prolongée avait occasionné beaucoup de suppositions et quelques alarmes.
«Il faudra que nous soyons très-prudents, dit M. Pickwick après avoir écouté attentivement le récit de Sam: non dans notre propre intérêt, mais dans celui de la jeune lady. Il faudra que nous soyons très-prudents.
—Nous? s'écria M. Winkle avec une emphase marquée.»
Le ton de cette observation arracha à M. Pickwick un coup d'œil d'indignation momentanée, mais qui fut remplacé presque aussitôt par son expression de bienveillance accoutumée, lorsqu'il répondit: «Oui, nous, monsieur! Je vous accompagnerai.
—Vous? s'écria M. Winkle.
—Moi, reprit M. Pickwick d'un ton doux. En vous accordant cette entrevue, la jeune lady a fait une démarche naturelle, peut-être, mais très-imprudente. Si je m'y trouve présent, moi qui suis un ami commun, et assez vieux pour être le père de l'un et de l'autre, la voix de la calomnie ne pourra jamais s'élever contre elle, par la suite.»
En parlant ainsi, la contenance de M. Pickwick s'illumina d'une honnête satisfaction de sa propre prévoyance.
M. Winkle fut touché de cette preuve délicate de respect donnée par M. Pickwick à sa jeune protégée. Il saisit la main du philosophe avec un sentiment qui tenait de la vénération.
«Vous y viendrez? lui dit-il.
—Oui, répliqua M. Pickwick. Sam, vous préparerez mon paletot et mon châle, et vous aurez soin de faire venir une voiture à la porte, demain soir un peu avant l'heure nécessaire, afin que nous soyons sûrs d'arriver à temps.»
Sam toucha son chapeau en signe d'obéissance et se retira pour faire les préparatifs de l'expédition.
La voiture fut ponctuelle à l'heure désignée, et après avoir installé M. Pickwick et M. Winkle dans l'intérieur, Sam se plaça sur le siége à côté du cocher. Ils descendirent comme ils étaient convenus, à environ un quart de mille du lieu du rendez-vous, et, ordonnant au cocher d'attendre leur retour, firent le reste du chemin à pied.
C'est dans cette période de leur entreprise que M. Pickwick, avec plusieurs sourires et divers autres signes d'un grand contentement intérieur, tira d'une de ses poches une lanterne sourde dont il s'était pourvu spécialement pour cette occasion. Tout en marchant, il en expliquait à M. Winkle la grande beauté mécanique, à l'immense surprise du peu de passants qu'ils rencontraient.
«Je m'en serais mieux trouvé si j'avais eu quelque chose de la sorte dans ma dernière expédition nocturne, au jardin de la pension, eh! eh! Sam? dit-il en se tournant avec bonne humeur vers son domestique qui marchait derrière lui.
—Très-jolies choses quand on connaît la manière de s'en servir, monsieur. Mais si on ne veut pas être vu, je crois qu'elles sont plus utiles quand la chandelle est éteinte.»
M. Pickwick fut apparemment frappé de la remarque de Sam, car il mit la lanterne dans sa poche, et ils continuèrent à marcher en silence.
«Par ici, monsieur, murmura Sam. Laissez-moi vous conduire. Voici la ruelle, monsieur.»
Ils entrèrent dans la ruelle, et comme elle était passablement noire, M. Pickwick, pour voir le chemin, tira deux ou trois fois sa lanterne, et jeta devant eux une petite échappée de lumière fort brillante d'environ un pied de diamètre. C'était extrêmement joli à regarder; mais cela ne semblait avoir d'autre effet que de rendre plus obscures les ténèbres environnantes.
À la fin, ils arrivèrent à la grosse pierre, sur laquelle Sam fit asseoir son maître et M. Winkle, tandis qu'il allait faire une reconnaissance, et s'assurer que Mary les attendait.
Après une absence de huit ou dix minutes, Sam revint dire que la porte était ouverte et que tout paraissait tranquille. M. Pickwick et M. Winkle, le suivant d'un pas léger, se trouvèrent bientôt dans le jardin, et là tout le monde se prit à dire: Chut! chut! un assez grand nombre de fois; mais cela étant fait, personne ne sembla plus avoir une idée distincte de ce qu'il fallait faire ensuite.
«Miss Allen est-elle déjà dans le jardin, Mary? demanda M. Winkle fort agité.
—Je n'en sais rien, monsieur, répondit la jolie bonne. La meilleure chose à faire, c'est que M. Weller vous donne un coup d'épaule dans l'arbre, et peut-être que monsieur Pickwick aura la bonté de voir si personne ne vient dans la ruelle pendant que je monterai la garde à l'autre bout du jardin. Seigneur! qu'est-ce que cela?
—Cette satanée lanterne causera notre malheur à tous! s'écria Sam aigrement. Prenez garde à ce que vous faites, monsieur; vous envoyez un tremblement de lumière, droit dans la fenêtre du parloir.
—Pas possible!... dit M. Pickwick, en détournant brusquement sa lanterne. Je ne l'ai pas fait exprès.
—Maintenant, vous illuminez la maison voisine, monsieur.
—Bonté divine!... s'écria M. Pickwick en se détournant encore.
—Voilà que vous éclairez l'écurie, et l'on croira que le feu y est. Fermez la cloison, monsieur; est-ce que vous ne pouvez pas?
—C'est la lanterne la plus extraordinaire que j'aie jamais rencontrez dans toute ma vie! s'écria M. Pickwick, grandement abasourdi par les effets pyrotechniques qu'il avait produits sans le vouloir. Je n'ai jamais vu de réflecteur si puissant.
—Il sera trop puissant pour nous, si vous le tenez flambant de cette manière ici, monsieur, répliqua Sam, comme M. Pickwick, après d'autres efforts inutiles, parvenait à fermer la coulisse. J'entends les pas de la jeune lady, monsieur Winkle, monsieur, oup là!
—Arrêtez, arrêtez!... dit M. Pickwick. Je veux lui parler d'abord; aidez-moi, Sam.
—Doucement, monsieur, répondit Sam en plantant sa tête contre le mur et faisant une plate-forme de son dos. Montez sur ce pot de fleur ici, monsieur. Allons maintenant, oup!
—J'ai peur de vous blesser, Sam.
—Ne vous inquiétez pas, monsieur. Aidez-le à monter, monsieur Winkle. Allons, monsieur, allons! voilà le moment.»
Sam parlait encore, et déjà M. Pickwick était parvenu à lui grimper sur le dos, par des efforts presque surnaturels chez un gentleman de son âge et de son poids. Ensuite Sam se redressa doucement, et M. Pickwick, s'accrochant au sommet du mur, tandis que M. Winkle le poussait par les jambes, ils parvinrent de cette façon à amener ses lunettes juste au niveau du chaperon.
«Ma chère, dit M. Pickwick, en regardant par-dessus le mur et en apercevant de l'autre côté Arabelle, n'ayez pas peur ma chère, c'est seulement moi.
—Oh! je vous en supplie, monsieur Pickwick, allez-vous-en! Dites-leur de s'en aller; je suis si effrayée! Cher monsieur Pickwick, ne restez pas là; vous allez tomber et vous tuer, j'en suis sûre.
—Allons, ma chère enfant, ne vous alarmez pas, reprit M. Pickwick d'un ton encourageant. Il n'y a pas le plus petit danger, je vous assure. Tenez-vous ferme, Sam, continua-t-il en regardant en bas.
—Tout va bien, monsieur, répliqua Sam. Cependant ne soyez pas plus long qu'il ne faut, si ça vous est égal; vous êtes un brin pesant, monsieur.
—Encore un seul instant, Sam. Je désirais seulement vous apprendre, ma chère, que je n'aurais pas permis à mon jeune ami de vous voir de cette manière clandestine, si la situation dans laquelle vous êtes placée lui avait laissé une autre alternative. Mais, de peur que l'inconvenance de cette démarche ne vous causât quelque déplaisir, j'ai voulu vous faire savoir que je suis présent. Voila tout, ma chère.
—En vérité, monsieur Pickwick, je vous suis très-obligée pour votre bonté et votre prévoyance, répondit Arabelle en essuyant ses larmes avec son mouchoir.»
Elle en aurait dit bien davantage, sans doute, si la tête de M. Pickwick n'avait pas soudainement disparu, en conséquence d'un faux pas qu'il avait fait sur l'épaule de Sam, et grâce auquel il se trouva tout à coup sur la terre. Cependant il fut remis sur ses pieds en un moment, et, disant à M. Winkle de se hâter de terminer son entrevue, il courut au bout de la ruelle pour monter la garde avec tout le courage et l'ardeur d'un jeune homme. M. Winkle, inspiré par l'occasion, fut sur le mur en un clin d'œil; il s'y arrêta néanmoins pour engager Sam à prendre soin de son maître.
«Soyez tranquille, monsieur, je m'en charge.
—Où est-il, que fait-il, Sam?
—Dieu bénisse ses vieilles guêtres! répliqua Sam en regardant vers la porte du jardin. Il monte la garde dans la ruelle avec sa lanterne sourde, comme un aimable Mandrin. Je n'ai jamais vu une si charmante créature de mes jours. Dieu me sauve! si je n'imagine pas que son cœur doit être venu au monde vingt-cinq ans après son corps, pour le moins.»
M. Winkle n'était pas resté pour entendre l'éloge de son ami; il s'était précipité à bas du mur, il s'était jeté aux pieds d'Arabelle, et plaidait la sincérité de sa passion avec une éloquence digne de M. Pickwick lui-même.
Pendant que ces choses se passaient en plein air, un gentleman d'un certain âge, et fort distingué dans les sciences, était assis dans sa bibliothèque, deux ou trois maisons plus loin et s'occupait à écrire un traité philosophique, adoucissant de temps en temps son gosier et son travail avec un verre de Bordeaux, qui résidait à côté de lui dans une bouteille vénérable. Pendant les agonies de la composition, le savant gentleman regardait quelquefois le tapis, quelquefois le plafond, quelquefois la muraille; et quand ni le tapis, ni le plafond, ni la muraille ne lui donnaient le degré nécessaire d'inspiration, il regardait par la fenêtre.
Dans une de ces défaillances de l'invention, notre savant observait avec abstraction les ténèbres extérieures, lorsqu'il fut étrangement surpris en remarquant une lumière très-brillante qui glissait dans les airs, à une petite distance du sol, et qui s'évanouit presque instantanément. Au bout de quelques secondes, le phénomène s'était répété, non pas une fois, ni deux, mais plusieurs.
À la fin, le savant déposa sa plume, et commença à chercher quelle pouvait être la cause naturelle de ces apparences.
Ce m'étaient point des météores, elles luisaient trop bas; ce n'étaient pas des vers luisants, elles brillaient trop haut. Ce n'étaient point des feux follets, ce n'étaient point des mouches phosphoriques, ce n'étaient point des feux d'artifice; que pouvait-ce donc être? Quelque jeu de la nature, étonnant, extraordinaire, qu'aucun philosophe n'avait jamais vu auparavant; quelque chose que lui seul était destiné à découvrir, et qui, recueilli par lui pour le bénéfice de la postérité, devait immortaliser son nom. Plein de ces idées, le savant saisit de nouveau sa plume, et confia au papier la description exacte et minutieuse de ces apparitions sans exemple, avec la date, le jour, l'heure, la minute, la seconde précise où elles avaient été visibles. C'étaient les premiers matériaux d'un volumineux traité, plein de grandes recherches et de science profonde, qui devait étonner toutes les sociétés météorologiques des contrées civilisées.
Enivré par la contemplation de sa future grandeur, le savant se renversa dans son fauteuil. La mystérieuse lumière reparut, plus brillante que jamais, dansant, en apparence, du haut en bas de la ruelle, passant d'un côté à l'autre, et se mouvant dans une orbite aussi excentrique que celle des comètes elles-mêmes.
Le savant était garçon: ne pouvant appeler sa femme pour l'étonner, il tira la sonnette et fit venir son domestique. «Pruffie, lui dit-il, il y a cette nuit dans l'air quelque chose de bien extraordinaire. Avez-vous vu cela? Et il montrait, par la fenêtre, les rayons lumineux qui venaient de reparaître.
—Oui, monsieur.
—Et qu'en pensez-vous, Pruffie?
—Ce que j'en pense, monsieur?
—Oui. Vous avez été élevé à la campagne; savez-vous quelle est la cause de ces lumières?»
La savant attendait en souriant une réponse négative.
«Monsieur, dit-il à la fin, j'imagine que ce sont des voleurs.
—Vous êtes un sot! Vous pouvez retourner en bas.
—Merci, monsieur, répondit Pruffie; et il s'en alla.»
Cependant le savant était cruellement tourmenté par l'idée que son profond traité serait infailliblement perdu pour le monde, si l'hypothèse de l'ingénieux M. Pruffie n'était pas étouffée dès sa naissance. Il mit donc son chapeau et descendit doucement dans son jardin, déterminé à étudier à fond le météore.
Or, quelque temps avant que le savant fût descendu dans son jardin, M. Pickwick, croyant entendre venir quelqu'un, avait couru jusqu'au fond de la ruelle, le plus vite qu'il avait pu, pour communiquer une fausse alerte, et, dans sa course rapide, avait de temps en temps tiré la coulisse de sa lanterne sourde pour éviter de tomber dans le fossé. Aussitôt que cette alerte eut été donnée, M. Winkle regrimpa sur son mur, Arabelle courut dans sa maison, la porte du jardin fut fermée, et nos trois aventuriers s'en revenaient, de leur mieux, le long de la ruelle, quand ils furent effrayés par le bruit que faisait le savant en ouvrant la porte de son jardin.
«Halte! murmura Sam, qui marchait en avant, bien entendu. Montrez la lumière juste une seconde, monsieur.»
M. Pickwick fit ce qui lui était demandé, et Sam voyant une tête d'homme qui s'avançait avec précaution, à environ deux pieds de la sienne, lui donna de son poing fermé une légère tape qui lui fit sonner le creux contre la grille; puis, ayant accompli cet exploit avec grande promptitude et dextérité, il prit M. Pickwick sur son dos et suivit M. Winkle le long de la ruelle, avec une rapidité véritablement étonnante, vu le poids dont il était chargé.
«Monsieur, demanda-t-il à son maître, quand il fut arrivé au bout, avez-vous repris votre respire?
—Tout à fait... tout à fait maintenant, répliqua M. Pickwick.
—Allons! pour lors, reprit Sam en remettant le philosophe sur ses pieds, venez entre nous, monsieur; pas plus d'un demi-mille à courir. Imaginez que vous gagnez un prix, et en route!»
Ainsi encouragé, M. Pickwick fit le meilleur usage possible de ses jambes, et l'on peut assurer avec confiance que jamais une paire de guêtres noires n'arpenta le terrain plus lestement que ne le firent les guêtres de M. Pickwick dans cette occasion mémorable.
La voiture attendait, les chevaux étaient frais, la route bonne et le cocher bien disposé. Toute la troupe arriva saine et sauve à l'hôtel avant que M. Pickwick eût eu le temps de reprendre haleine.
«Entrez tout de suite, monsieur, dit Sam en aidant son maître à descendre. Ne restez pas une seconde dans la rue après cet exercice ici. Je vous demande pardon, monsieur, continua-t-il, en touchant son chapeau, à M. Winkle qui descendait de la voiture. J'espère qui n'y a pas d'attachement antérieur?»
M. Winkle serra la main de son humble ami, et lui dit à l'oreille: «Tout va bien, Sam; parfaitement bien!»
À cette annonce, M. Weller, en signe d'intelligence, frappa trois coups distincts sur son nez, sourit, cligna de l'œil, et monta l'escalier, avec une physionomie qui exprimait la satisfaction la plus vive.
Quant au savant gentleman de la ruelle, il démontra, dans un
admirable
traité, que ces étonnantes lumières étaient
des effets de l'électricité,
et il le prouva clairement, en détaillant comment un
éclair éblouissant
avait dansé devant ses yeux, lorsqu'il avait mis la tête
hors de sa
porte, et comment il avait reçu un choc qui l'avait
étourdi pendant un
grand quart d'heure. Grâce à cette démonstration,
qui charma toutes les
sociétés savantes de l'univers, il fut toujours
considéré, depuis lors,
comme une des lumières de la science.
Le reste du temps que M. Pickwick avait destiné à son séjour à Bath s'écoula sans rien amener de remarquable. Le terme de la Trinité commençait, et avant que sa première semaine fût achevée, M. Pickwick, revenu à Londres, avec ses amis, était allé s'établir dans ses anciens quartiers, à l'hôtel de George-et-Vautour.
Trois jours après leur arrivée, juste au moment où les horloges de la cité sonnaient individuellement neuf heures du matin, et collectivement environ neuf cents heures, Sam était en train de prendre l'air dans la cour, lorsqu'il vit s'arrêter devant la porte de l'hôtel une étrange sorte de véhicule, fraîchement peint, hors duquel sauta légèrement une étrange sorte de gentleman, qui semblait fait pour le véhicule, comme le véhicule semblait fait pour lui, et qui donna les rênes à un gros homme assis auprès de lui.
Ce véhicule n'était pas exactement un tilbury, et n'était pas non plus un phaéton. Ce n'était pas ce qu'on appelle vulgairement un dog-cart, ni une carriole, ni un cabriolet; et cependant il participait du caractère de chacune de ces machines. La caisse était peinte en jaune clair, sur lequel se détachaient, en noir, les rayons et les jantes des roues. Le conducteur était assis, suivant le style classique, sur des coussins empilés environ deux pieds au-dessus du dossier. Le cheval était un animal bai, d'assez bonne tournure, mais ayant néanmoins un air de mauvais ton et de mauvais sujet à la fois, qui s'accordait admirablement avec le véhicule et avec son maître.
Le maître lui-même était un homme d'une quarantaine d'années, ayant des cheveux et des favoris noirs, soigneusement peignés. Il était vêtu d'une manière singulièrement recherchée, et couvert d'une quantité de bijoux, tous environ trois fois plus grands que ceux qui sont portés ordinairement par un gentleman. Pour couronner le tout, il était enveloppé d'une grosse redingote à long poils.
Aussitôt qu'il fut descendu, il fourra sa main gauche dans l'une des poches de sa redingote, tandis qu'avec sa main droite, il tirait d'une autre poche un foulard très-brillant, dont il se servit pour épousseter trois grains de poussière sur ses bottes, et qu'il garda ensuite, en le froissant dans sa main, pour traverser la cour d'un air fendant.
Pendant que ce personnage descendait de voiture, Sam remarqua qu'un autre homme, vêtu d'une vieille redingote brune, veuve de plusieurs boutons, et qui, jusque là, était resté à flâner de l'autre côté de la rue, la traversa et se tint immobile non loin de la porte. Ayant plus d'un soupçon sur le but de la visite du premier gentleman, Sam le précéda à l'entrée de l'hôtel, et, se retournant brusquement, se planta au centre de la porte.
«Allons! mon garçon,» dit le gentleman d'un ton impérieux, en essayant en même temps de pousser Sam.
«Allons! monsieur. Qu'est-ce que c'est?» répliqua Sam, en lui rendant sa bousculade avec les intérêts composés.
«Allons, allons! mon garçon, ça ne prend pas avec moi, rétorqua l'étranger, en élevant la voix et en devenant tout blanc. Ici, Smouch.
—Ben! quoi qui gnia,» grommela l'homme à la redingote brune, qui pendant ce court dialogue s'était graduellement avancé dans la cour.
«C'est ce jeune homme qui fait l'insolent,» dit le principal, en poussant Sam de nouveau.
«Ohé, pas de bêtises!» gronda Smouch, en bourrant Sam beaucoup plus fort.
Ce compliment eut le résultat qu'en attendait l'habile M. Smouch: car tandis que Sam, empressé d'y répondre, le froissait contre la porte, le principal se faufilait, et pénétrait jusqu'au bureau. Sam l'y suivit immédiatement, après avoir échangé avec M. Smouch quelques arguments, composés principalement d'épithètes.
«Bonjour, ma chère, dit le principal, en s'adressant à la jeune personne du bureau, avec une aisance de détenu libéré. Où est la chambre de M. Pickwick, ma chère?
—Conduisez-le,» dit la jeune lady au garçon, sans daigner jeter un second coup d'œil au fashionable.
Le garçon se mit en route, suivi du personnage; Sam venait derrière, et tant le long de l'escalier se soulageait par d'innombrables gestes de défi et de mépris suprême, à la grande satisfaction des domestiques et des autres spectateurs de cette scène. M. Smouch, qui était troublé par une grosse toux, resta en bas, et expectora dans le passage.
M. Pickwick était profondément endormi dans son lit, quand ce visiteur matinal entra dans sa chambre, toujours suivi par Sam. Le bruit de cette intrusion le réveilla.
«De l'eau pour ma barbe, Sam,» dit-il sans ouvrir les yeux.
«Oui, oui, nous allons vous faire la barbe, M. Pickwick, dit l'étranger, en tirant un des rideaux du lit. J'ai un mandat d'arrêt contre vous, à la requête de Bardell. Voici le warrant, lancé par la cour des common pleas; et voilà ma carte. Je suppose que vous viendrez chez moi?»
En parlant ainsi, l'officier du shériff, car tel était son titre, donna une tape amicale sur l'épaule de M. Pickwick, puis il jeta sa carte sur la courte-pointe, et tira de la poche de son gilet un cure-dents, en or.
«Namby est mon nom, poursuivit-il, pendant que M. Pickwick aveignait ses lunettes de dessous son traversin, et les mettait sur son nez pour lire la carte. Namby, Bell Aley, Coleman Street.»
En cet endroit, Sam qui avait eu jusque-là les yeux fixés sur le chapeau luisant de M. Namby, l'interrompit:
«Êtes-vous quaker[12]?» lui demanda-t-il.
«Je vous ferai connaître ce que je suis, avant de vous quitter, répondit l'officier indigné. Je vous apprendrai la politesse, mon garçon, un de ces beaux matins.
—Merci, répliqua Sam. J'en ferai autant pour vous, tout de suite. Ôtez vot' chapeau.» En parlant ainsi, Sam envoyait, d'un revers de main, le chapeau de M. Namby à l'autre bout de la chambre, et cela avec tant de violence, que peu s'en fallut qu'il n'y fit voler le cure-dents d'or par-dessus le marché.
«Observez cela, M. Pickwick, s'écria l'officier déconcerté, en reprenant haleine. J'ai été attaqué dans votre chambre, par votre domestique, dans l'exercice de mes fonctions. J'ai des craintes personnelles, je vous prends à témoin.
—Ne soyez témoin de rien, monsieur, interrompit Sam, fermez vos yeux solidement, monsieur! Je le jetterais volontiers par la fenêtre; seulement il ne tomberait pas assez loin, à cause du plomb.
—Sam! s'écria M. Pickwick d'une voix mécontente, pendant que son domestique faisait diverses démonstrations d'hostilités, si vous dites une autre parole, si vous causez le moindre trouble à cette personne, je vous renvoie sur-le-champ.
—Mais, monsieur....
—Taisez-vous et ramassez ce chapeau.»
Malgré la sévère réprimande de son maître, Sam refusa positivement de relever le chapeau; et comme l'officier du shérif était pressé, il condescendit à le ramasser lui-même. Ce ne fut pas, toutefois, sans lancer contre Sam un déluge de menaces, que celui-ci recevait avec la plus grande tranquillité, se contentant de faire observer que si M. Namby voulait avoir la bonté de remettre son chapeau sur sa tête, il le lui enverrait aux grandes Indes. M. Namby, pensant qu'une telle opération produirait peut-être quelques inconvénients pour lui-même, ne voulut pas exposer son adversaire à une trop forte tentation, et bientôt après appela Smouch. L'ayant informé que la capture était faite, et qu'il n'avait plus qu'à attendre jusqu'à ce que le prisonnier eût fini de s'habiller, Namby s'en fut en se pavanant et remonta dans son véhicule. Smouch ayant prié M. Pickwick de ne pas s'endormir, tira une chaise auprès de la porte et y resta assis jusqu'à ce que notre héros eût fini de s'habiller. Sam fut alors dépêché pour amener une voiture de place, dans laquelle le triumvirat se rendit à Coleman-Street. Le trajet n'était pas long, heureusement; car, outre que M. Smouch n'était pas doué d'une conversation fort enchanteresse, sa société était rendue décidément désagréable, dans un espace limité, par la faiblesse physique à laquelle nous avons fait allusion plus haut.
La voiture ayant tourné dans une rue très-sombre et très-étroite, s'arrêta devant une maison dont toutes les fenêtres étaient grillées. La muraille en était décorée du nom et du titre de Namby, officier des shérifs de Londres. La porte intérieure ayant été ouverte, au moyen d'une énorme clef, par un gentleman qui pouvait passer pour un frère jumeau négligé de M. Smouch, M. Pickwick fut introduit dans la salle du café.
Cette salle du café était principalement remarquable par du sable frais, qui jonchait le plancher, et par une odeur de tabac qui parfumait l'air. M. Pickwick salua en entrant, trois personnes qui s'y trouvaient, et ayant envoyé Sam pour chercher M. Perker, se retira dans un coin obscur, et de là regarda avec quelque curiosité ses nouveaux compagnons.
Un de ceux-ci était un jeune garçon de dix-neuf ou vingt ans, qui, quoiqu'il fût à peine dix heures du matin, buvait de l'eau et du genièvre, et fumait un cigare, amusements auxquels il devait avoir dévoué presque constamment les deux ou trois dernières années de sa vie, à en juger par sa contenance enflammée. En face de lui, et s'occupant à attiser le feu avec le bout de sa botte droite, se trouvait un jeune homme, d'environ trente ans, épais, vulgaire, au visage jaune, à la voix dure, et possédant évidemment cette connaissance du monde et cette séduisante liberté de manières qui s'acquiert dans les salles de billards et les estaminets de bas étage. Le troisième prisonnier était un homme d'un certain âge, vêtu d'un très-vieil habit noir. Son visage était pâle et hagard, et il parcourait incessamment la chambre, s'arrêtant de temps en temps pour regarder par la fenêtre avec beaucoup d'inquiétude, comme s'il eût attendu quelqu'un. Après quoi il recommençait à marcher.
«Vous feriez mieux d'accepter mon rasoir ce matin, M. Ayresleigh,» dit l'homme qui attisait le feu, en clignant de l'œil à son ami, le jeune garçon.
—Non, je vous remercie, je n'en aurai pas besoin. Je compte bien être dehors avant une heure ou deux,» répliqua l'autre avec précipitation; puis allant, une fois de plus, à la fenêtre, et revenant encore désappointé, il soupira profondément et quitta la chambre. Les deux autres poussèrent des éclats de rire bruyants.
«Eh bien, je n'ai jamais vu une farce comme cela! dit le gentleman qui avait offert le rasoir, et dont le nom paraissait être Price. Jamais!» Il confirma cette assertion par un juron, et recommença à rire; en quoi il fut imité par le jeune garçon qui le regardait évidemment comme un modèle accompli.
«Croiriez-vous, continua Price en se tournant vers M. Pickwick, que ce bonhomme-là, qui est ici depuis huit jours, ne s'est point encore rasé une fois? Il se croit si sûr de sortir avant une demi-heure, qu'il aime autant attendre qu'il soit rentré chez lui.
—Pauvre homme! dit M. Pickwick. A-t-il réellement quelques chances de se tirer d'affaire?
—Des chances? il n'en a pas la queue d'une. Je ne donnerais pas ça pour la chance qu'il a de marcher dans la rue d'ici à dix ans.» En parlant ainsi, M. Price secouait contemptueusement ses doigts. Un instant après il tira la sonnette.
«Apportez-moi une feuille de papier, Crookey, dit-il au domestique, qui, par sa mise et par sa tournure, avait l'air de tenir le milieu entre un nourrisseur banqueroutier et un bouvier en état d'insolvabilité. Un verre de grog avec, Crookey, entendez-vous? Je vais écrire à mon père, et il me faut du stimulant, autrement je ne serais pas capable d'entortiller le vieux.»
Il est inutile de dire que le jeune homme se pâma, en entendant ce discours facétieux.
«Voilà la chose, continua M. Price. Faut pas se laisser abattre; c'est amusant, hein?
—Fameux! dit le jeune gentleman.
—Vous avez de l'aplomb, reprit M. Price, approbativement. Vous avez vu le monde?
—Un peu!» répliqua le jeune homme. Il l'avait regardé à travers les vitres malpropres d'un estaminet.
M. Pickwick n'était pas médiocrement dégoûté par ce dialogue, aussi bien que par l'air et les manières des deux êtres qui l'échangeaient. Il allait demander s'il n'était pas possible d'avoir une chambre particulière, lorsqu'il vit entrer deux ou trois étrangers, d'une apparence assez respectable. En les apercevant, le jeune homme jeta son cigare dans le feu, et dit tout bas à M. Price qu'ils étaient venus pour le tirer d'affaire, puis il se retira avec eux, auprès d'une table, à l'autre bout de la chambre.
Il paraîtrait cependant qu'on ne tirait pas le jeune homme d'affaire aussi promptement qu'il l'avait imaginé; car il s'en suivit une très-longue conversation, dont M. Pickwick ne put s'empêcher d'entendre certains passages, concernant une conduite dissolue et des pardons répétés. À la fin, le plus vieux des trois étrangers fit des allusions fort distinctes à une certaine rue Whitecross[13], au nom de laquelle le jeune gentleman, malgré son aplomb et sa connaissance du monde, appuya sa tête sur la table, et se mit à sangloter cruellement.
Très-satisfait d'avoir vu si soudainement rabaisser le ton et abattre la valeur du jeune homme, M. Pickwick tira la sonnette, et fut conduit, sur sa requête, dans une chambre particulière, garnie d'un tapis, d'une table, de plusieurs chaises, d'un buffet, d'un sofa, et ornée d'une glace et de plusieurs vieilles gravures. Là, tandis que son déjeuner s'apprêtait, il eut l'avantage d'entendre Mme Namby toucher au piano, au-dessus de sa tête, et quand le déjeuner arriva, M. Perker arriva aussi.
«Ah! ah! mon cher monsieur, dit le petit avoué; coffré à la fin, eh? Allons, allons! je n'en suis pas très-fâché, parce que vous allez voir l'absurdité de cette conduite. J'ai noté le montant des frais taxés et des dommages, et nous ferons bien de régler cela, sans perdre de temps. Namby doit-être revenu à l'heure qu'il est. Qu'en dites-vous, mon cher monsieur? Voulez-vous écrire un mandat, ou bien aimez-vous mieux m'en charger?» En disant ceci, Perker se frottait les mains, avec une gaieté affectée; mais, ayant observé la contenance de M. Pickwick, il ne put s'empêcher de jeter vers Sam un regard découragé.