Imagine-toi des murailles mobiles, mobiles et animées, qui se resserrent de part et d'autre au-devant de tes pas, et qui embrassent peu à peu tous tes membres de l'enceinte d'une prison étroite et glacée.... Ton sein oppressé qui se soulève, qui tressaille, qui bondit pour aspirer l'air de la vie à travers la poussière des ruines, la fumée des flambeaux, l'humidité des catacombes, le souffle empoisonné des morts... et tous les démons de la nuit qui crient, qui sifflent, hurlent ou rugissent à ton oreille épouvantée: Tu ne respireras plus!
Et pendant que je marchais, un insecte mille fois plus petit que celui qui attaque d'une dent impuissante le tissu délicat des feuilles de rose; un atome disgracié qui passe mille ans à imposer un de ses pas sur la sphère universelle des cieux dont la matière est mille fois plus dure que le diamant.... Il marchait, il marchait aussi; et la trace obstinée de ses pieds paresseux avait divisé ce globe impérissable jusqu'à son axe.
Après avoir parcouru ainsi, tant notre élan était rapide, une distance pour laquelle les langages de l'homme n'ont point de terme de comparaison, je vis jaillir de la bouche d'un soupirail, voisin comme la plus éloignée des étoiles, quelques traits d'une blanche clarté. Pleine d'espérance, Méroé s'élança, je la suivis, entraîné par une puissance invincible; et d'ailleurs le chemin du retour, effacé comme le néant, infini comme l'éternité, venait de se fermer derrière moi d'une manière impénétrable au courage et à la patience de l'homme. Il y avait déjà entre Larisse et nous tous les débris des mondes innombrables qui ont précédé celui-ci dans les essais de la création, depuis le commencement des temps, et dont le plus grand nombre ne le surpassent pas moins en immensité qu'il n'excède lui-même de son étendue prodigieuse, le nid invisible du moucheron. La porte sépulcrale qui nous reçut ou plutôt qui nous aspira au sortir de ce gouffre s'ouvrait sur un champ sans horizon, qui n'avait jamais rien produit. On y distinguait à peine un coin reculé du ciel le contour indécis d'un astre immobile et obscur, plus immobile que l'air, plus obscur que les ténèbres qui règne dans ce séjour de désolation. C'était le cadavre du plus ancien des soleils, couché sur le fond ténébreux du firmament, comme un bateau submergé sur un lac grossi par la fonte des neiges. La lueur pâle qui venait de frapper mes yeux ne provenait point de lui. On aurait dit qu'elle n'avait aucune origine et qu'elle n'était qu'une couleur particulière de la nuit, à moins qu'elle ne résultat de l'incendie de quelque monde éloigné dont la cendre brûlait encore.
Alors le croiras-tu? elles vinrent toutes, les sorcières de Thessalie, escortées de ces nains de la terre qui travaillent dans les mines, qui ont un visage comme le cuivre et des cheveux bleus comme l'argent dans la fournaise; de ces salamandres aux longs bras, à la queue aplatie en rame, aux couleurs inconnues, qui descendent vivantes et agiles du milieu des flammes, comme des lézards noirs à travers une poussière de feu; elles vinrent suivies des Aspioles qui ont le corps si frêle, si élancé, surmonté d'une tête difforme, mais riante, et qui se balancent sur les ossements de leurs jambes vides et grêles, semblable à un chaume stérile agité par le vent; des Achrones qui n'ont point de membres, point de voix, point de figures, point d'âge, et qui bondissent en pleurant sur la terre gémissante, comme des outres gonflées d'air; des Psylles qui sucent un venin cruel, et qui, avides de poisons, dansent en rond en poussant des sifflements aigus pour éveiller les serpents, pour les réveiller dans l'asile caché, dans le trou sinueux des serpents. Il y avait là jusqu'aux Morphoses que vous avez tant aimé, qui sont belles comme Psyché, qui jouent comme les Grâces, qui ont des concerts comme les Muses, et dont le regard séducteur, plus pénétrant, plus envenimé que la dent de la vipère, va incendier votre sang et faire bouillir la moelle dans vos os calcinés. Tu les aurais vues, enveloppées dans leurs linceuls de pourpre, promener autour d'elles des nuages plus brillants que l'Orient, plus parfumés que l'encens d'Arabie, plus harmonieux que le premier soupir d'une vierge attendrie par l'amour, et dont la vapeur enivrante fascinait pour la tuer. Tantôt leurs yeux roulent une flamme humide qui charme et qui dévore; tantôt elles penchent la tête avec une grâce qui n'appartient qu'à elles, en sollicitant votre confiance crédule, d'un sourire caressant, du sourire d'un masque perfide et animé qui cache la joie du crime et la laideur de la mort. Que te dirais-je? Entraîné par le tourbillon des esprits qui flottait comme un nuage; comme la fumée d'un rouge sanglant qui descend d'une ville incendiée; comme la lave liquide qui répand, croise, entrelace des ruisseaux ardents sur une campagne de cendres... j'arrivai... j'arrivai.... Tous les sépulcres étaient ouverts... tous les morts étaient exhumés... toutes les goules, pâles, impatientes, affamées, étaient présentes; elles brisaient les ais des cercueils, déchiraient les vêtements sacrés, les derniers vêtements du cadavre; se partageaient d'affreux débris avec une plus affreuse volupté, et, d'une main irrésistible, car j'étais hélas! faible et captif comme un enfant au berceau, elles me forçaient à m'associer... ô terreur... à leur exécrable festin!...
En achevant ces paroles, Polémon se souleva sur son lit, et, tremblant, éperdu, les cheveux hérissés, le regard fixe et terrible, il nous appela d'une voix qui n'avait rien d'humain.
—Mais les airs de la harpe de Myrthé volaient déjà dans les airs; les démons étaient apaisés, le silence était calme comme la pensée de l'innocent qui s'endort la veille de son jugement. Polémon dormait paisible aux doux sons de la harpe de Myrthé.
«Ergo exercentur poenis, veterumque malorum
Supplicia expendunt; alioe panduntur inanes
Suspensoe ad ventos, aliis sub gurgite vasto
Infectum èluitur scelus, aut exuritur igni.»
«Ici donc le châtiment les éprouve, et elles expient par des supplices leurs anciens crimes. Les unes, suspendues dans les airs, sont le jouet des vents; les autres, plongées dans un vaste gouffre, s'y lavent de leurs souillures criminelles, ou s'épurent dans le feu.»
(VIRGILE, Énéïde, ch. VI, 739-742.)
«C'est la coutume de dormir après ses repas, et le moment est favorable pour lui briser le crâne avec un marteau, lui ouvrir le ventre avec un pieu, ou lui couper la gorge avec un poignard.»
(SHAKESPEARE, La Tempête, acte II, scène 2.)
Les vapeurs du plaisir et du vin avaient étourdi mes esprits, et je voyais malgré moi les fantômes de l'imagination de Polémon se poursuivre dans les recoins les moins éclairés de la salle du festin. Déjà il s'était endormi d'un sommeil profond sur le lit semé de fleurs, à côté de sa coupe renversée, et mes jeunes esclaves surprises par un abattement plus doux, avaient laissé tomber leur tête appesantie contre la harpe qu'elles tenaient embrassée.
Les cheveux d'or de Myrthé descendaient comme un long voile sur son visage entre les fils d'or qui pâlissent auprès d'eux, et l'haleine de son doux sommeil, errant sur les cordes harmonieuses, en tirait encore je ne sais quel son voluptueux qui venait mourir à mon oreille. Cependant les fantômes n'étaient pas partis; ils dansaient toujours dans les ombres des colonnes et dans la fumée des flambeaux. Impatient de ce prestige imposteur de l'ivresse, je ramenai sur ma tête les frais rameaux du lierre préservateur, et je fermai avec force mes yeux tourmentés par les illusions de la lumière. J'entendis alors une étrange rumeur, où je distinguais des voix tour à tour graves et menaçantes, ou injurieuses et ironiques.
Une d'elles me répétait avec une fastidieuse monotonie, quelques vers d'une scène d'Eschyle; une autre les dernières leçons que m'avait adressées mon aïeul mourant; de temps en temps comme une bouffée de vent qui court en sifflant parmi les branches mortes et les feuilles desséchées dans les intervalles de la tempête, une figure dont je sentais le souffle éclatait de rire contre ma joue, et s'éloignait en riant encore. Des illusions bizarres et horribles succédèrent à cette illusion. Je croyais voir, à travers un nuage de sang, tous les objets sur lesquels mes regards venaient de s'éteindre: ils flottaient devant moi et me poursuivaient d'attitudes horribles et de gémissements accusateurs. Polémon toujours couché auprès de sa coupe vide, Myrthé toujours appuyée sur sa harpe immobile, poussaient contre moi des imprécations furieuses, et me demandaient compte de je ne sais quel assassinat. Au moment où je me soulevais pour leur répondre, et où j'étendais mes bras sur la couche rafraîchie par d'amples libations de liqueurs et de parfums, quelque chose de froid saisit les articulations de mes mains frémissantes: c'était un nœud de fer, qui au même instant tomba sur mes pieds engourdis, et je me trouvai debout entre deux haies de soldats livides, étroitement serrés, dont les lances terminées par un fer éblouissant représentaient une longue suite de candélabres. Alors je me mis à marcher, en cherchant du regard, dans le ciel, le vol de la colombe voyageuse, pour confier au moins à ses soupirs, avant le moment horrible que je commençais à prévoir, le secret d'un amour caché qu'elle pourrait raconter un jour en planant près de la baie de Corcyre, au-dessus d'une jolie maison blanche; mais la colombe pleurait sur son nid, parce que l'autour venait de lui enlever le plus cher des oiseaux de sa couvée, et je m'avançais d'un pas pénible et mal assuré vers le but de ce convoi tragique, au milieu d'un murmure d'affreuse joie qui courait à travers la foule, et qui appelait impatiemment mon passage; le murmure du peuple à la bouche béante, à la vue altérée de douleur dont la sanglante curiosité boit du plus loin possible toutes les larmes de la victime que le bourreau va lui jeter. Le voilà, criaient-ils tous, le voilà...—Je l'ai vu sur un champ de bataille, disait un vieux soldat, mais il n'était pas alors blême comme un spectre, et il paraissait brave à la guerre.—Qu'il est petit, ce Lucius dont on faisait un Achille et un Hercule! reprenait un nain que je n'avais pas remarqué parmi eux. C'est la terreur, sans doute qui anéanti sa force et qui fléchit ses genoux.
—Est-on bien sûr que tant de férocité ait pu trouver place dans le cœur d'un homme? dit un vieillard aux cheveux blancs dont le doute glaça mon cœur. Il ressemblait à mon père.—Lui! repartit la voix d'une femme, dont la physionomie exprimait tant de douceur....
Lui! répéta-t-elle en s'enveloppant de son voile pour éviter l'horreur de mon aspect... le meurtrier de Polémon et de la belle Myrthé!...—Je crois que le monstre me regarde, dit une femme du peuple. Ferme-toi, œil de basilic, âme de vipère, que le ciel te maudisse!
—Pendant ce temps-là les tours, les rues, la ville entière fuyaient derrière moi comme le port abandonné par un vaisseau aventureux qui va tenter les destins de la mer. Il ne restait qu'une place nouvellement bâtie, vaste, régulière, superbe, couverte d'édifices majestueux, inondée d'une foule de citoyens de tous les états, qui renonçaient à leurs devoirs pour obéir à l'attrait d'un plaisir piquant. Les croisées étaient garnies de curieux avides, entre lesquels on voyait des jeunes gens disputer l'étroite embrasure à leur mère ou à leur maîtresse. L'obélisque élevé au-dessus des fontaines, l'échafaudage tremblant du maçon, les tréteaux nomades du baladin, portaient des spectateurs. Des hommes haletants d'impatience et de volupté pendaient aux corniches des palais, et embrassant de leurs genoux les arêtes de la muraille, ils répétaient avec une joie immodérée: Le voilà! Une petite fille dont les yeux hagards annonçaient la folie, et qui avait une tunique bleue toute froissée et des cheveux blonds poudrés de paillettes, chantait l'histoire de mon supplice. Elle disait les paroles de ma mort et la confession de mes forfaits, et sa complainte cruelle révélait à mon âme épouvantée des mystères du crime impossibles à concevoir pour le crime même. L'objet de tout ce spectacle, c'était moi, un autre homme qui m'accompagnait, et quelques planches exhaussées sur quelques pieux, au-dessus desquelles le charpentier avait fixé un siège grossier et un bloc de bois mal équarri qui le dépassait d'une demi-brasse. Je montai quatorze degrés; je m'assis; je promenai mes yeux sur la foule; je désirai de reconnaître des traits amis, de trouver dans le regard circonspect d'un adieu honteux, des lueurs d'espérance ou de regret; je ne vis que Myrthé qui se réveillait contre sa harpe, et qui la touchait en riant; que Polémon qui relevait sa coupe vide, et qui, à demi étourdi par les fumées de son breuvage, la remplissait encore d'une main égarée. Plus tranquille, je livrai ma tête au sabre si tranchant et si glacé de l'officier de la mort. Jamais un frisson plus pénétrant n'a couru entre les vertèbres de l'homme; il était saisissant comme le dernier baiser que la fièvre imprime au cou d'un moribond, aigu comme l'acier raffiné, dévorant comme le plomb fondu.
Je ne fus tiré de cette angoisse que par une commotion terrible: ma tête était tombée... elle avait roulé, rebondi sur le hideux parvis de l'échafaud, et, prête à descendre toute meurtrie entre les mains des enfants, des jolis enfants de Larisse, qui se jouent avec des têtes de morts, elle s'était rattachée à une planche saillante en la mordant avec ces dents de fer que la rage prête à l'agonie. De là je tournais mes yeux vers l'assemblée, qui se retirait silencieuse mais satisfaite. Un homme venait de mourir devant le peuple. Tout s'écoula en exprimant un sentiment d'admiration pour celui qui ne m'avait pas manqué, et un sentiment d'horreur contre l'assassin de Polémon et de la belle Myrthé.—Myrthé! Myrthé! m'écriai-je en rugissant, mais sans quitter la planche salutaire.—Lucius! Lucius! répondit-elle en sommeillant à demi, tu ne dormiras donc jamais tranquille quand tu as vidé une coupe de trop! Que les dieux infernaux te pardonnent, et ne dérange plus mon repos. J'aimerais mieux coucher au bruit du marteau de mon père, dans l'atelier où il tourmente le cuivre, que parmi les terreurs nocturnes de ton palais.
Et pendant qu'elle me parlait, je mordais, obstiné, le bois humecté de mon sang fraîchement répandu, et je me félicitais de sentir croître les sombres ailes de la mort qui se déployaient lentement au-dessous de mon cou mutilé. Toutes les chauves-souris du crépuscule m'effleuraient caressante, en me disant: Prends des ailes!... et je commençais à battre avec effort je ne sais quels lambeaux qui me soutenaient à peine. Cependant tout à coup j'éprouvai une illusion rassurante. Dix fois je frappai les lambris funèbres du mouvement de cette membrane presque inanimée que je traînais autour de moi comme les pieds flexibles du reptile qui se roule dans le sable des fontaines; dix fois je rebondis en m'essayant peu à peu dans l'humide brouillard. Qu'il était noir et glacé! et que les déserts de ténèbres sont tristes! Je remontai enfin jusqu'à la hauteur des bâtiments les plus élevés, et je planai en rond autour du socle solitaire, que ma bouche mourante venait d'effleurer d'un sourire et d'un baiser d'adieu. Tous les spectateurs avaient disparu, tous les bruits avaient cessé, tous les astres étaient cachés, toutes les lumières évanouies. L'air était immobile, le ciel glauque, terne, froid comme une tôle mate. Il ne restait rien de ce que j'avais vu, de ce que j'avais imaginé sur la terre, et mon âme épouvantée d'être vivante fuyait avec horreur une solitude plus immense, une obscurité plus profonde que la solitude et l'obscurité du néant. Mais cet asile que je cherchais, je ne le trouvais pas. Je m'élevais comme le papillon de nuit qui a nouvellement brisé ses langes mystérieux pour déployer le luxe inutile de sa parure pourpre, d'azur et d'or.
S'il aperçoit de loin la croisée du sage qui veille en écrivant à la lueur d'une lampe de peu de valeur, ou d'une jeune épouse dont le mari s'est oublié à la chasse, il monte, il cherche à se fixer, bat le vitrage en frémissant, s'éloigne, roule, bourdonne, et tombe en chargeant la talc transparent de toute la poussière de ses ailes fragiles.
C'est ainsi que je battais des mornes ailes que le trépas m'avait donné les voûtes d'un ciel d'airain, qui ne me répondait que par un sourd retentissement, et je redescendais en planant en rond autour du socle solitaire, du socle que ma bouche mourante venait d'effleurer d'un sourire et d'un baiser d'adieu. Le socle n'était plus vide. Un autre homme venait d'y appuyer sa tête, sa tête renversée en arrière, et son cou montrait à mes yeux la trace de la blessure, la cicatrice triangulaire du fer de lance qui me ravit Polémon au siège de Corinthe. Ses cheveux ondoyants roulaient leurs boucles dorées autour du bloc sanglant: mais Polémon, tranquille et les paupières abattues, paraissait dormir d'un sommeil heureux. Quelque sourire qui n'était pas celui de la terreur volait sur ses lèvres épanouies, et appelait de nouveaux chants de Myrthé, ou de nouvelles caresses de Thélaïre. Aux traits du jour pâle qui commençait à se répandre dans l'enceinte de mon palais, je reconnaissais à des formes encore un peu indécises toutes les colonnes et tous les vestibules, parmi lesquels j'avais vu se former pendant la nuit les danses funèbres des mauvais esprits. Je cherchais Myrthé; mais elle avait quitté sa harpe, et, immobile entre Thélaïre et Théis, elle arrêtait un regard morne et cruel sur le guerrier endormi. Tout à coup au milieu d'elles s'élança Méroé: l'aspic d'or qu'elle avait détaché de son bras sifflait en glissant sous les voûtes; le rhombus retentissant roulait et grondait dans l'air; Smarra convoqué pour le départ des songes du matin, venait réclamer la récompense promise par la reine des terreurs nocturnes, et palpitait auprès d'elle d'un hideux amour en faisant bourdonner ses ailes avec tant de rapidité, qu'elle n'obscurcissaient pas du moindre nuage la transparence de l'air.
—Théis, et Thélaïre, et Myrthé dansaient échevelées et poussaient des hurlements de joie. Près de moi d'horribles enfants aux cheveux blancs, au front ridé, à l'œil éteint, s'amusaient à m'enchaîner sur mon lit des plus fragiles réseaux de l'araignée qui jette son filet perfide à l'angle de deux murailles contiguës pour y surprendre un pauvre papillon égaré. Quelques-uns recueillaient ces fils d'un blanc soyeux dont les flocons légers échappent au fuseau miraculeux des fées, et ils les laissaient tomber de tout le poids d'une chaîne de plomb sur mes membres excédés de douleur.
—Lève-toi, me disaient-ils avec des rires insolents, et ils brisaient mon sein oppressé en le frappant d'un chalumeau de paille, rompu en forme de fléau, qu'ils avaient dérobé à la gerbe d'une glaneuse. Cependant j'essayais de dégager des frêles liens qui les captivaient mes mains redoutables à l'ennemi, et dont le poids s'est fait sentir souvent aux Thessaliens dans les jeux cruels du ceste et du pugilat; et mes mains redoutables, mes mains exercées à soulever un ceste de fer qui donne la mort, mollissaient sur la poitrine désarmée du nain fantastique, comme l'éponge battue par la tempête au pied d'un vieux rocher que la mer attaque sans l'ébranler depuis le commencement des siècles. Ainsi s'évanouit sans laisser de traces, avant même d'effleurer l'obstacle dont le rapproche un souffle jaloux, ce globe aux mille couleurs, jouet éblouissant et fugitif des enfants.
La cicatrice de Polémon versait du sang, et Méroé, ivre de volupté, élevait au-dessus du groupe avide de ses compagnes le cœur déchiré du soldat qu'elle venait d'arracher de sa poitrine. Elle en refusait, elle en disputait les lambeaux aux filles de Larisse altérées de sang. Smarra protégeait de son vol rapide et de ses sifflements menaçant l'effroyable conquête de la reine des terreurs nocturnes. À peine il caressait lui-même de l'extrémité de sa trompe, dont la longue spirale se déroulait comme un ressort, le cœur sanglant de Polémon, pour tromper un moment l'impatience de sa soif; et Méroé, la belle Méroé, souriait à sa vigilance et à son amour.
Les liens qui me retenaient avaient enfin cédé; et je tombais debout, éveillé au pied du lit de Polémon, tandis que loin de moi fuyaient tous les démons, et toutes les sorcières, et toutes les illusions de la nuit. Mon palais même, et les jeunes esclaves qui en faisaient l'ornement, fortune passagère des songes, avaient fait place à la tente d'un guerrier blessé sous les murailles de Corinthe, et au cortège lugubre des officiers de la mort. Les flambeaux du deuil commençaient à retentir sous les voûtes souterraines du tombeau. Et Polémon... ô désespoir! ma main tremblante demandait en vain une faible ondulation à sa poitrine.—Son cœur ne battait plus.—Son sein était vide.
«Hic umbrarum tenui stridore volantum
Flebilis auditur questus, simulacra coloni
Pallida, defunctasque vident migrare figuras.»
«Ici l'on entend les gémissements lamentables des âmes qui volent avec un sifflement léger, les paysans voient passer les spectres blêmes et les fantômes des morts.»
(CLAUDIEN)
«Jamais je ne pourrai ajouter foi à ces vieilles fables, ni à ces jeux de féerie. Les amants, les fous et les poètes ont des cerveaux brûlants, une imagination qui ne conçoit que des fantômes, et dont les conceptions, roulant dans un brûlant délire, s'égarent toutes au-delà des limites de la raison.»
(SHAKESPEARE, Le Songe d'une nuit d'été, acte V, scène 1.)
Ah! qui viendra briser leurs poignards, qui pourra étancher le sang de mon frère et le rappeler à la vie! Oh! que suis-je venu chercher ici! Éternelle douleur! Larisse, Thessalie, Tempé, flots du Pénée que j'abhorre! ô Polémon, cher Polémon!...
«Que dis-tu, au nom de notre bon ange, que dis-tu de poignards et de sang? Qui te fait balbutier depuis si longtemps des paroles qui n'ont point d'ordre, ou gémir d'une voix étouffée comme un voyageur qu'on assassine au milieu de son sommeil, et qui est réveillé par la mort?... Lorenzo, mon cher Lorenzo...»
Lisidis, Lisidis, est-ce toi qui m'a parlé? en vérité, j'ai cru reconnaître ta voix, et j'ai pensé que les ombres s'en allaient. Pourquoi m'as-tu quitté pendant que je recevais dans mon palais de Larisse les derniers soupirs de Polémon, au milieu des sorcières qui dansent de joie? Vois, comme elles dansent de joie....
«..Hélas! je ne connais ni Polémon, ni Larisse, ni la joie formidable des sorcières de Thessalie. Je ne connais que Lorenzo. C'était hier—as-tu pu l'oublier si vite?—que revenait pour la première fois le jour qui a vu consacrer notre mariage; c'était hier le huitième jour de notre mariage... regarde, regarde le jour, regarde Arona, le lac et le ciel de Lombardie...»
Les ombres vont et reviennent, elles me menacent, elles parlent avec colère, elles parlent de Lisidis, d'une jolie petite maison au bord des eaux, et d'un rêve que j'ai fait sur une terre éloignée... elles grandissent, elles me menacent, elles crient....
«De quel nouveau reproche veux-tu me tourmenter, cœur ingrat et jaloux? Ah! je sais bien que tu te joues de ma douleur, et que tu ne cherches qu'à excuser quelque infidélité, ou à couvrir d'un prétexte bizarre une rupture préparée d'avance.... Je ne te parlerai plus.»
Où est Théis, où est Myrthé, où sont les harpes de Thessalie? Lisidis, Lisidis, si je ne me suis pas trompé en entendant ta voix, ta douce voix, tu dois être là, près de moi... toi seule peux me délivrer des prestiges et des vengeances de Méroé.... Délivre-moi de Théis, de Myrthé, de Thélaïre elle-même....
«C'est toi, cruel, qui porte trop loin la vengeance, et qui veux me punir d'avoir dansé hier trop longtemps avec un autre que toi au bal de l'île Belle; mais s'il avait osé me parler d'amour, s'il m'avait parlé d'amour...»
Par saint Charles d'Arona, que Dieu l'en préserve à jamais.... Serait-il vrai en effet, ma Lisidis, que nous sommes revenus de l'île Belle au doux bruit de ta guitare, jusqu'à notre jolie maison d'Arona,—de Larisse, de Thessalie, au doux bruit de ta harpe et des eaux du Pénée?
«Laisse la Thessalie. Lorenzo, réveille-toi... vois les rayons du soleil levant qui frappe la tête colossale de saint Charles. Écoute le bruit du lac qui vient mourir au pied de notre jolie maison d'Arona. Respire les brises du matin qui portent sur leurs ailes si fraîches tous les parfums des jardins et des îles, tous les murmures du jour naissant. Le Pénée coule bien loin d'ici.»
Tu ne comprendras jamais ce que j'ai souffert cette nuit sur ses rivages. Que ce fleuve soit maudit de la nature, et maudite aussi la maladie funeste qui a égaré mon âme pendant des heures plus longues que la vie dans des scènes de fausses délices et de cruelles terreurs! elle a imposé sur mes cheveux le poids de dix ans de vieillesse!
«Je te jure qu'ils n'ont pas blanchi... mais une autre fois plus attentive, je lierais une de mes mains à ta main, je glisserai l'autre dans les boucles de tes cheveux, je respirerai toute la nuit le souffle de tes lèvres, et je me défendrai d'un sommeil profond pour pouvoir te réveiller toujours avant que le mal qui te tourmente soit parvenu jusqu'à ton cœur.... Dors-tu?»
Ce mot, fort mal expliqué par les lexicographes et les commentateurs, a occasionné tant de singulières méprises, qu'on me pardonnera peut-être d'en épargner de nouvelles aux traducteurs à venir. M. Noël lui-même, dont la saine érudition est rarement en défaut, n'y voit qu'une sorte de roue en usage dans les opérations magiques; plus heureux toutefois dans cette rencontre que son estimable homonyme, l'auteur de l'Histoire des pêches, qui, trompé par une conformité de nom fondée sur une conformité de figure, a regardé le rhombus comme un poisson, et qui fait honneur au turbot des merveilles de cet instrument de Sicile et de Thessalie. Lucien, cependant, qui parle d'un rhombos d'airain, témoigne assez qu'il est question d'autre chose que d'un poisson. Perrot d'Ablancourt a traduit «un miroir d'airain», parce qu'il y avait en effet des miroirs faits en rhombe, et que la forme se prend quelquefois pour la chose dans le style figuré. Belin de Ballu a rectifié cette erreur pour tomber dans une autre. Théocrite fait dire à une de ses bergères: «Comme le rhombos tourne rapidement au gré de mes désirs, ordonne, Vénus, que mon amant revienne à ma porte avec la même vitesse.» Le traducteur latin de l'inappréciable édition de Libert approche beaucoup de la vérité:
Utque volvitur hic aeneus orbis, ope Veneris,
Sic ille voluatur ante nostras fores.
Un globe d'airain n'a rien de commun avec un miroir. Il est fait aussi mention du rhombus dans la seconde élégie du livre second de Properce, et dans la trentième épigramme du neuvième livre de Martial, sauf erreur. Il est presque décrit, dans la huitième élégie du livre premier des Amours, où Ovide passe en revue les secrets de la magicienne qui instruit sa fille aux mystères exécrables de son art; et je dois le secret d'une découverte, d'ailleurs bien insignifiante, à cette réminiscence:
Scit bene [Saga] quid gramen, quid torto concita rhombo
Licia, quid valeat, etc.
Concita licia, torto rhombo, indiquent assez clairement un instrument arrondi chassé par des lanières, et qu'on ne saurait confondre avec le turbo des enfants de Rome, qui n'a jamais été d'airain, et qui ne ressemble pas plus à un miroir qu'à un poisson; les poètes n'auraient d'ailleurs pas cherché pour le désigner le terme inusité de rhombus, puisque turbo figurait assez honorablement dans la langue poétique. Virgile a dit: Versare turbinem, et Horace: Citamque retro solve turbinem.
Je ne suis toutefois pas éloigné de croire que, dans ce dernier exemple où Horace parle des enchantements des sorcières, il fait allusion au rhombos de Thessalie et de Sicile, dont le nom latinisé n'a été employé qu'après lui.
On me demandera probablement ce que c'est que le rhombus, si on a pris la peine de lire cette note, qui n'est pas destinée aux dames et qui est de fort peu d'intérêt pour tout le monde. Tout s'accorde à prouver que le rhombus n'est autre chose que ce jouet d'enfant dont la projection et le bruit ont effectivement quelque chose d'effrayant et de magique, et qui, par une singulière analogie d'impression, a été renouvelé de nos jours sous le nom de DIABLE.
NOTE: Il s'agit davantage d'éclaircissements sur les mots utilisés que de simples définitions. Comme on a très souvent consulté plusieurs sources pour chaque mot et que les informations ont été résumées, il faudrait situer le présent lexique dans la catégorie des gloses. L'énumération qui suit n'est donc pas une étude lexicale complète pour chaque mot, mais une lecture du lexique appliquée au conte. Quelques termes techniques se rapportent au paratexte.
Affreux: (Nodier écrit: dans tous les sens du terme, est-ce une piste?) Du germanique aifr signifiant horrible, terrible devenu en provençal: affres voulant dire horreur, tourment, torture. Qualifiant l'abominable, l'atroce, l'effrayant, le monstrueux, le méchant, le hideux, le vilain, le repoussant, le détestable, le terrible...(des milliers de nuances étymologiques à exploiter!)
Aigrettes (de feu): Ornement de pierres précieuses.
Aménité: Du latin amoenitas. Rare, parole aimable, acte plaisant; par ironie, paroles blessantes (se dire des aménités.).
Aréopage: Tribunal d'Athènes, genre de cour supérieure de justice au-dessus des juges. Assemblée de personnes choisies pour leur notoriété et leur compétence.
Caducité: État d'une personne caduque, décrépite, vieille, sans vigueur.
Cérès: Déesse romaine des moissons.
Ceste: Du latin, courroie garnie de plomb dont les pugilistes de l'Antiquité s'entouraient les mains.
Corcyre: Île de la mer Ionienne colonisée par les Corinthiens (8e av. J. C.), Corfou de nos jours.
Corinthe: Ville grecque rivale d'Athènes et de Sparte.
Dais: Genre de voûte en tissus soutenue par des montants placés au-dessus d'êtres ou d'objets éminents.
Discobole: Lanceur de disque ou de palet.
Épidaure: Ville d'Argolie où se trouve, à flanc de montagne, le théâtre grec le mieux conservé.
Girandole: Gerbe tournante de feux d'artifice.
Goule: Terme oriental pour démon femelle dévorant les cadavres dans les cimetières. Grâces: Aglaé, la brillante, Thalie pour la croissance des plantes, Euphrosyne présidant à la joie intérieure.
Harpa: Du grec, faucille ou crochet.
Harpe: Du latin, instrument de musique à cordes pincées en forme de triangle.
Harpie: Monstre fabuleux à tête de femme et à corps de vautour ayant des griffes acérées.
Hâve: D'une pâleur et d'une maigreur maladives.
Labilité: Néologisme, issu de labile, du latin labia pour lèvres, mais aussi dans l'action de sujet à changement, à défaillance, glissement ou tombée (de lèvres...)
Lamie: Monstre femelle qui volait les enfants pour les dévorer.
Malléer: néologisme, battre et étendre un fragment de métal au marteau.
Nosographie: du grec, nosos pour maladie et graphein signifiant écrire. Signe, description de symptômes, portrait d'état de déséquilibre. Tout écrit faisant état d'un malaise physique, social ou sentimental. S'oppose à l'hagiographie si elle touche des aspects moraux.
Palingénésie: Chez les Stoïciens, retour éternel des mêmes événements. Renaissance des êtres ou des sociétés conçue comme source d'évolution et de perfectionnement, régénération, résurrection., retour à la vie. Réapparition de caractères ancestraux (atavisme), et par extension, hérédité des idées et des comportements (préface 2).
Pampre: Jeune rameau de l'année de la vigne. Ornement sur lequel figure un rameau de vigne sinueux avec feuilles et grappes.
Phalène: Grand papillon nocturne ou crépusculaire appelé aussi «géomètre».
Plectrum: Mot latin: baguette pour jouer de la lyre, peut être son synonyme ou représenter un genre de poésie lyrique sans emploi du JE. (Plectre, mot français pour la baguette de lyre.) Aussi en grec, plektron racine de plêssein qui signifie frapper.
Procrastination: Du latin pro, pour, en faveur de; de crastinum, lendemain, futur, et actio pour action. Néologisme voulant dire action en faveur du futur.
Rodomontade: Bravade, fanfaronnade, vantardise.
Sistre: Instrument de musique de la Grèce antique composé d'un cadre sur lequel sont enfilées des coques de fruits et des coquillages qui émettent des sons différents en s'entrechoquant. Si l'on comprend bien Smarra est un sistre!
À son époque, cet auteur français fut une référence inestimable pour une quantité impressionnante d'écrivains qui sont tous devenus célèbres. En 1824, il était bibliothécaire à l'Arsenal et pendant plus de dix ans, il y anima des salons réunissant ceux qui furent reconnus comme les génies de la littérature du dix-neuvième siècle. On a tort de mettre son œuvre en retrait et de ne noter que ce rôle d'hôte passif à l'endroit de ses invités qui allaient se faire prestigieux. La trace de son génie transparaît dans les œuvres immortelles de ces célébrités, parce qu'elles l'avaient lu et s'en étaient inspirées. On avance que le surréalisme à la Gérard de Nerval avait pris racines suite à la lecture de Nodier. Ses amis, Victor Hugo et Alphonse de Lamartine, appréciaient son érudition et ses avis inspirés. La première esquisse de La tentation de St-Antoine, s'intitulait Smahr (en 1838, 17 ans après la première édition de Smarra!).
Bref, Nodier était plus que ce bonhomme caricaturé par les historiens de la littérature française, en bibliophile maniaque et en conteur amusant.
À l'ère de l'hypertexte et de la technolittérature, le conte Smarra mérite une lecture attentive. En le lisant, vous vivrez une actualisation à rebours de ce que l'on croit être une œuvre littéraire. Habituellement, le verbe «actualiser» indique le passage du virtuel au réel. Or, la recréation de Charles Nodier, exactement comme on le vit en se déplaçant dans l'espace de l'Internet, opère un branchement universel par le biais d'une écriture transposant la réalité du cauchemar. Le cauchemar, événement intime connu de toutes ou de tous, projette l'individu à la rencontre de «sites» où plusieurs êtres se rejoignent dans une dimension virtuelle, et aucune fenêtre n'y indique le nombre de visiteurs qui les ont parcourus!
Pour vous avoir donné l'occasion de découvrir Charles Nodier dans Smarra, je vous demande de me transmettre vos impressions de lecture. Peut-être quelques semaines après l'avoir lu, de me raconter vos propres cauchemars....
Vous trouverez en annexe, des informations qui vous permettront de poser un regard sur ce Charles Nodier à découvrir, pour qu'il soit enfin à découvert.
L.G. SAVARD (lgsavard@destination.ca)
NOTE: Celle-ci a été montée dans le but de situer et d'établir: des relations entre Smarra et les autres contes, avec les champs d'érudition déjà explorés dans divers écrits de Nodier. Ainsi, on peut discerner des marques d'intertextualité dans Smarra, mesurer l'évolution de la pensée de l'auteur et expliquer pourquoi les éditions de ses œuvres sont difficiles à réunir. À ce sujet, lire les propos en fin de cette chronologie, sur sa carrière de journaliste et d'éditeur. On connaît mieux celle de bibliothécaire....
1798
«Dissertation sur l'usage des antennes dans les insectes, et sur l'organe de l'ouïe dans ces mêmes animaux.» en collaboration avec Luczot de la Thébaudais.
1801
«Bibliographie entomologique.»
«Pensées de Shakespeare.»
Théâtre: «Lequel des deux ou L'amant incognito.».
1802
«Stella ou Les proscrits.»
«La Napoléonne.» (Ode satirique)
1803
«Le dernier chapitre de mon roman.» (anonyme)
«Le peintre de Salzbourg suivi de.... Les méditations du Cloître.»
1804
«Essais d'un jeune barde.» (Nodier a 24 ans)
1806
«Les Tristes, ou Mélanges tirés des tablettes d'un suicide.»
«Une heure, ou La Vision.» (1er récit fantastique, le vrai exercice...)
1808
«Dictionnaire des onomatopées.» (Travail sur l'origine des mots)
«Apothéose et Imprécations de Pythagore.»
1810
Prospectus d'un ouvrage non publié: «Archéologie ou système universel et raisonné des langues.»
1812
«Museum entomologicum « «Questions de littérature légale.»
1815
«Histoire des sociétés secrètes de l'armée.»
1818
«Jean Sbogar« (Roman)
1819
«Thérèse Aubert.» (Roman)
«Des exilés.» (anonyme)
1820
«Adèle« (Roman épistolaire)
«Les Vampires.» (En collaboration, mélodrame joué au théâtre)
1821
«Smarra «(conte) (15 ans après le 1er conte fantastique)
«Promenade de Dieppe aux montagnes d'Écosse.»
1822
«Trilby «(conte)
«Infernalia «(Recueil de contes terrifiants)
«Essai sur la philosophie des langues ou l'Alphabet naturel.»
1823
«Adieux «(Poème paru dans le journal La Muse Française)
«Essai critique sur le gaz hydrogène et les divers modes d'éclairage artificiel.»
1824 (bibliothécaire à l'Arsenal)
1827
«Poésies«
1828
«Examen critique des dictionnaires de langue française.»
1829
«Souvenirs et portraits de la Révolution française.»
«Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, ou Variétés littéraires et philosophiques.»
1830
«Histoire du roi de Bohème et ses sept châteaux, suivi de...Les Aveugles de Chamouny et Le chien Brisquet.»
1831
«De quelques phénomènes du sommeil, de l'amour et de son influence, comme sentiment, sur la société actuelle.» (Essai)
«M. de la Metterie ou les Superstitions.»
«Mémoire de Maxime Odin ou Souvenirs de jeunesse.»
«Livre des Cent-et-un «
1832
«Histoire d'Hélène Grillet.» (Conte)
«L'Amour et le Grimoire.» (Conte)
«Mademoiselle de Marsan.» (Roman)
«De la Palingénésie humaine et de la Résurrection.» (Essai)
«Les œuvres complètes de Charles Nodier» (En 12 volumes) au tome IV, 1ère apparition de «La Fée aux miettes» (Conte célèbre)
1833
«Hurlubleu et Léviathan-le-long.» (Fantaisies)
«Les morts fiancés.» (Conte)
«L'homme et la fourmi.»
«Le Dessin de Piranèse ««Baptiste Montauban ou l'Idiot.» (Conte)
«La Combe de l'homme mort.» (Conte)
«Trésor des Fèves et Fleur des pois» (Conte)
«Marie-Sybille Mérian.» (Conte)
«Le dernier banquet des Girondins.» (Conte)
«Jean-François-les-bas-bleus.» (Conte)
Élection à l'Académie française
1834
«Notions de linguistique.»
1836
«Voyage pittoresque et industriel dans le Paraguay-Roux.» (Fantaisies)
«Paul ou la Ressemblance.» (Conte)
«M. Gazotte.»
1837
«Inès de Las Sierra.» (Conte)
«La légende de sœur Béatrix.» (Conte)
«Le Génie Bonhomme.» (Conte)
«Les Quatre Talismans.» (Conte)
«La Neuvaine de la Chandeleur.» (Conte)
1839
«Lydie ou la Résurrection.» (Conte)
1841
Fin de l'édition des œuvres complètes.
1842
«Les Marionnettes.» (Essai)
L'éparpillement explicable....
Charles Nodier a beaucoup publié dans des périodiques. C'est pourquoi il éditera sur neuf ans, les tomes de son œuvre complète. Voici la liste des revues et journaux dans lesquels Nodier a écrit:
Le Télégraphe Illyrien, Le Journal des Débats, Les Archives de la littérature et des arts,
Le Défenseur, Le Drapeau blanc, La Quotidienne, La Muse française, La Revue de Paris,
Le Bulletin du Bibliophile, Le Temps, La Revue des Deux Mondes et d'autres.
De plus....
Il a traduit des ouvrages étrangers et rédigé de nombreuses préfaces, agissant ou non comme éditeur. Les douze volumes d'Oeuvres Complètes de Charles Nodier, qu'il a lui-même assemblés, écartent plusieurs de ses textes. Par exemple, son essai autobiographique intitulé «Moi-même «écrit en 1799 ne sera publié qu'en 1922. (Il s'agit d'une fantaisie!) Ses contes (pour adultes, dans la majorité des cas.) ont fait l'objet de plusieurs éditions depuis 1841, à divers titres et selon des choix précis: Contes fantastiques, Contes de la Veillée, Contes du père Nodier et le reste.