Coupon de salade. Espece de plat où l'on sert la salade: dites, saladier, s. m.: un grand saladier.
Courir. Ce verbe n'adopte que l'auxiliaire avoir: il y a couru; de là une faute dans ce vers de Racine:
Il faudroit, lorsque j'y ai couru.
Courle. Sorte de plante rampante; dites, courge, s. f.: une bonne courge.
Courle-bouteille. Dites, calebasse, s. f.
Courterolle. Insecte qui mange les racines des laitues; dites, courtillere, s. f.
Couvert. La couverture d'un bâtiment; dites, toit: monter sur le toit. Dites encore, cette maison a une belle couverture; et non pas une belle couverte, ni un beau couvert.
Couverte. Tapis qu'on étend sur un lit. Couverte de laine; dites, couverture, s. f.: une belle couverture. On donne le nom de couverte à l'émail qui couvre une terre cuite, mise en œuvre. Ce mot se dit particulierement de la porcelaine: une couverte fine. On dit aussi couverte de porte, en parlant d'une piece de bois qui se met en travers, au-dessus de l'ouverture d'une porte ou d'une fenêtre, pour soutenir la maçonnerie; dites, linteau, s. m.
Craion. On prononce mal ce mot: comme on doit l'écrire avec un y, et que ce caractere remplace deux i, il faut prononcer comme s'ils y étoient en effet, crai-ion.
Crincer. Faire que quelque chose se fronce et se racornisse au feu; dites, grésiller: le feu a grésillé ce parchemin.
Croassement; croasser. Cri des grenouilles; dites, coasser, coassement. Le premier signifie le cri des corbeaux.
Croc. C'est un croc; c'est-à-dire un fripon au jeu; dites, escroc. Ce mot vient de croc et croquer, tirer avec un croc, ou prendre ce qui est pendu au crochet, comme accrocher, décrocher.
Cru. Augmentation de taille: il n'a pas fait son cru; dites, crue: s. f. cet enfant a fait sa crue.
Cublan. Petit oiseau qui a des plumes blanches sur le croupion; dites, vitrec, s. m.: j'ai tué un vitrec.
Cueillé. Un cueillé d'argent. On le fait communément substantif masculin, mais c'est une faute grossiere; ce mot doit toujours être du genre féminin; il doit se terminer par un r, qu'on prononce; ainsi, on doit dire, une cueiller, et non pas un cueillé. L'r finale se conserve pour la formation du mot cuillerée, s. f. Il est rare que les mots terminés ainsi soient féminins.
Cueillir. Ne dites pas je cueillis, au présent, ni je cueillissois, à l'imparfait; mais je cueille, je cueillois. On dit plutôt je cueillerai, que je cueillirai.
Cuison ou cuisage. Action de cuire ou de faire cuire: je lui dois tant pour la cuison ou le cuisage de mon pain. Ces deux mots sont également réprouvés par le bon usage; il faut dire cuisson, s. f.: la cuisson des viandes. Cuisson signifie encore la douleur que fait sentir un mal qui cuit; c'est-à-dire, qui cause une douleur aigue: ma plaie me fait éprouver une cuisson horrible.
Curaille. Le milieu d'un fruit dont on a ôté ce qui est bon; dites, trognon, s. m.
Dada. Homme niais, un nigaud, un homme décontenancé; dites, dadais: c'est un dadais.
Darte, sur la peau. Dites, dartre, s. f.
Davantage. J'ai davantage d'années que lui. Cette façon de parler est vicieuse. L'adverbe10 davantage ne prend jamais après lui la préposition de, ni la conjonction que. Vous ne direz pas, il a davantage de plaisir; il est davantage aimé que vous; cet adverbe se place toujours immédiatement après le mot qu'il modifie. En conséquence, vous direz, il en sera aimé davantage, et non pas, il en sera davantage aimé. Ne vous servez point du mot davantage dans le sens de le plus; ainsi, ne dites pas: voilà la femme qui me plaît davantage; dites, voilà la femme qui me plaît le plus.
Débâcle. La rupture des glaces. On fait souvent ce substantif masculin, et il est toujours féminin: la débâcle. Ce sont les mots miracle, réceptacle, tabernacle, qui ont donné lieu à cette erreur.
Débarras. Lieu où l'on serre beaucoup de choses; dites, décharge, s. f.
Décesser. Il ne décesse pas de parler; dites, il ne cesse pas de parler. La premiere expression, si elle étoit permise, signifieroit le contraire de ce qu'on veut dire.
Déchicoter. Dites, déchiqueter.
Décrottoir. Sorte de brosse dont on se sert pour décrotter. On donne ordinairement à ce nom le genre masculin, et il est du genre féminin; dites donc, une décrottoire. Cette désinence indique ordinairement le féminin, comme poire, foire, moire.
Dedans. Il est dedans la maison. Cette faute ne se trouve que dans les livres gothiques. Dedans se met sans régime: il est dedans. Quand il faut employer un régime, on met la préposition dans: il est dans le tiroir. Dedans est une préposition elliptique.
Dédite. Droit de se dédire, peine ou dédommagement. Ce mot ne doit avoir que deux syllabes, et il est masculin; dites, il lui a donné un dédit de mille écus. Le dédit, c'est la peine attachée au droit qu'on appelle congé; on donne congé à un locataire, et l'on paye le dédit.
Déhors. On met et prononce, mal à propos, un accent aigu. L'e est muet; dites donc et écrivez, dehors. Ce mot est formé des deux prépositions hors et de.
Délice. Plaisir, volupté. Ce substantif est ordinairement masculin au singulier, et toujours féminin au pluriel; dites donc, un grand délice, et de grandes délices.
Demain à soir. Dites, demain soir, ou demain au soir.
Demander excuse. Cette expression ne rend pas le sens qu'on y attache; demander des excuses à quelqu'un, c'est vouloir qu'il nous en fasse. On demande pardon; on fait des excuses.
Demeurer. Dans le sens de rester, exige le verbe être; de là une faute dans ces vers de Racine:
Il faudroit est demeurée.
Demi, demie. Demie-heure, et d'autre fois, une heure et demie; voici la regle à suivre à l'égard de ce nom partitif11. Quand demi précede le substantif, il est indéclinable, c'est-à-dire qu'il ne change jamais de terminaison: une demi-heure plutôt; une demi-journée; mais s'il vient après le substantif, il en prend le genre: une heure et demie, une journée et demie.
Demoiselle. J'ai vu une mere de famille, qui se promenoit avec ses demoiselles; dites, avec ses filles. Le mot demoiselle est un terme de qualité, qui distingue ordinairement les filles d'avec les femmes mariées. Il signifie aussi une fille née de parens nobles; et en ce sens, il se dit des femmes mariées et des filles: elle est véritablement demoiselle, c'est-à-dire, véritablement née fille de gentilhomme. Mais ce terme ne remplace jamais celui de fille; pas plus que celui de monsieur, ne remplace celui de fils. On dira bien: c'est la demoiselle de compagnie de madame, mais non la demoiselle de madame, pour dire, c'est sa fille.
Dépêchez vîte. Il y a un pléonasme vicieux dans cette expression; dites seulement, dépêchez. Ce dernier exprime l'idée de vîtesse.
Dépersuader. Dites, dissuader, v.
Dépuis. Ne mettez et ne prononcez point d'accent aigu sur l'e de ce mot. Du depuis n'est pas françois; ainsi, c'est une faute grossiere de dire: je ne l'ai pas vu du depuis; dites, depuis.
Des. On dit souvent, des célebres auteurs, au lieu de dire, de célebres auteurs, la regle générale veut qu'on retranche l'article, quand l'adjectif précede le nom; car le nom se trouvant déjà modifié par le qualificatif, l'esprit rejette l'article, qui modifie aussi, en limitant la signification du substantif. L'adjectif mis avant le nom, devient idée principale, et les deux mots semblent n'en former qu'un; l'adjectif placé après, devient idée accessoire: ce savant homme; cet homme savant.
Désarroir. Désordre dans les affaires; dites, désarroi.
Desir; desirer. Mettez l'accent, à cause de l'étymologie: de sidere. L'Académie l'écrit ainsi.
Désondrer. Enlaidir: ce chapeau vous désondre. Cette expression qui appartient particulierement aux jeunes demoiselles, n'a reçu la sanction que d'elles. Si on pouvoit leur accorder le titre de législatrices en matiere grammaticale, ce seroit en faveur des mots qui peindroient la beauté et les graces, et non en faveur de ceux qui expriment la laideur. Il faut dire: ce chapeau vous sied mal, ne vous va pas bien, vous dépare ou vous enlaidit; elles ont donné la préférence au mot désondrer, par une sorte de délicatesse, parce qu'il n'exprime rien de déterminé, qu'il n'emporte pas tout-à-fait l'idée d'enlaidissement, quoiqu'il en approche.
Descendre. Il a descendu; dites, il est descendu. Voyez monter.
Dès-de-là. Chercher dès-de-là l'eau. Cette expression lyonnoise est tout-à-fait vicieuse; il faut dire, chercher de l'autre côté; par de-là l'eau, ou simplement, de-là l'eau.
Dessous.
Il y a une faute de françois dans ces vers. Dessous se met sans complément; c'est-à-dire, sans régime. Vous le cherchez sous le lit; il est dessous. Dans le vieux style on met dessous avec un régime.
Deux. Tous deux; tous les deux. On se sert indifféremment de ces deux manieres, et l'on se trompe. Tous deux signifie qu'on est allé ensemble, en même temps: allons-y tous deux. Tous les deux exprime que l'un et l'autre y sont allés, mais non pas de compagnie: nous y sommes allés tous les deux, mais séparément, et non pas tous deux.
Dévancer. Aller au devant. Ne mettez point d'accent sur le premier e. Ce mot est formé du mot devant, qui n'a point d'accent aigu.
Devant. Il lui est allé au devant. Cette façon de parler n'est pas autorisée par le bon usage; dites, il est allé au devant de lui.
Déviner. Découvrir une chose cachée. Il ne faut ni mettre d'accent sur l'e, ni en faire entendre la prononciation: deviner, v.; devin, s. m., et non pas dévin.
Dévise. Sans accent: devise, s. f.
Dinde. Nous avons mangé un bon dinde. Ce nom est du genre féminin; dites donc, une dinde; si vous parlez du mâle, servez-vous du mot dindon, et pour exprimer un petit dindon, vous emploîrez le diminutif, dindonneau. Pour l'ordinaire les noms d'animaux, principalement ceux d'oiseaux et de poissons, ne désignent pas les sexes, ou ne les distinguent pas. Ainsi, carpe, brochet, moineau, etc., expriment indifféremment le mâle ou la femelle. On ne distingue les sexes qu'à l'égard des animaux qui nous intéressent, ou que nous avons lieu de craindre; alors, souvent le nom de la femelle n'est pas le même que celui du mâle: cheval, jument; coq, poule.
Dire. Il est vrai de dire; dites seulement, il est vrai. Faute commune, même à quelques auteurs.
Dixmier. Celui qui perçoit les dixmes; dites, dixmeur, s. m.
Donc. On prononce le c de ce mot, quand il commence la phrase ou qu'il est suivi d'une voyelle; en tout autre cas, ne le faites pas entendre.
Dorse. Une dorse d'ail; dites, une gousse d'ail.
Druge. Se plaindre de druge, c'est se plaindre de ce que la mariée est trop belle; dites, se plaindre mal à propos ou sans raison. Le mot druge vient, peut-être, du mot dru, qui signifie épais ou gai, d'où l'on a formé le verbe druger, qui n'est pas françois.
Duelle. Planche servant à la construction d'un tonneau; dites, douve, s. f.: de mauvaises douves.
Durant que. Il est venu durant que j'y étois. On trouve cette faute dans plusieurs auteurs. Mais durant que ne remplace jamais pendant que. Durant est une préposition qui n'est jamais suivie de que. On dit durant sa vie, et quelquefois, sa vie durant; mais jamais, durant qu'il vivoit. Durant exprime un temps de durée qui s'adapte dans toute son étendue à la chose à laquelle on la joint; et pendant ne fait pas entendre un temps d'époque, mais seulement quelques-unes de ses parties: il a dormi durant tout le sermon; on l'a volé pendant son absence.
Écarrer une piece de bois, la rendre carrée, dites, équarrir. On dit bien carrer, mais point écarrer.
Échapper. On ne doit pas dire indifféremment, échapper à, ou, échapper de: on a échappé aux poursuites des archers, marque qu'on n'a pas été pris; il s'est échappé des mains des archers, marque qu'on a cessé d'être où l'on étoit.
Échevelé et déchevelé. Le premier se dit de quelqu'un dont les cheveux sont épars; et le second, d'une femme à qui on a arraché sa coiffure, et à qui on a mis les cheveux en désordre.
Échiffe. Petit éclat de bois, ou espece d'épine qui entre dans la chair; dites, écharde, s. f.: j'ai une écharde sous l'ongle.
Éclairer. L'abus de ce mot est devenu presque universel. On dit de toutes parts: éclairez le feu, éclairez la bougie, éclairez le poêle, éclairez le falot. Ce sont autant d'hérésies grammaticales; dites, allumer. Il est encore moins permis de dire, éclairez la lumiere; car la lumiere éclaire, et n'est pas éclairée. On dit aussi, contre la pureté du langage: éclairez monsieur; dites, éclairez à monsieur. On éclaire un ignorant, et on éclaire à un homme, pour qu'il voie à se conduire. Ces fautes donnent lieu d'en faire remarquer une autre: ce n'est pas français de dire, faites lumiere; cette expression est consacrée à la toute-puissance de Dieu. Un académicien étant allé rendre visite à M. de Fontenelle, se retira à l'entrée de la nuit; il s'égara dans l'appartement, et se plaignit de ce qu'ayant demandé plusieurs fois qu'on lui fît lumiere, la servante le laissoit dans l'obscurité: excusez-la, dit Fontenelle, elle n'entend que le françois.
Économer. Administrer avec économie; dites, économiser, v.: il fera bonne maison, s'il continue à économiser.
Écosse de pois. Dites, cosse. On dit bien écosser, mais non pas écosse.
Écoupeaux ou Éclapes. Éclats ou morceaux de bois que la hache ou le rabot enlevent du bois que l'on travaille; dites, copeaux, s. m. pl.: brûler des copeaux.
Éduquer. Voltaire se plaignoit qu'on alloit jusqu'à écrire que les princes sont quelquefois mal éduqués. Il paroît que ceux qui parlent ainsi, ont eux-mêmes reçu une fort mauvaise éducation; dites, élevé. Le peuple, par analogie au mot éducation, a formé éduqué, qui n'est pas françois; cette faute est très-commune en Suisse et à Geneve. Roubaud prend la défense de ce mot contre Voltaire.
Effiler. Donner le fil à un instrument qui coupe; dites, affiler: j'ai affilé mon sabre. Effiler signifie ôter les fils, et non pas donner le fil.
Égrafinure; égrafiner. L'action d'entamer la peau légérement avec les ongles; dites, égratigner, v. égratignure, s. f.
Emberlicoter. S'emberlicoter. Dites, s'emberlucoter, s'embarrasser.
Emberner. Salir de bran ou de matiere fécale; dites, embrener, v.
Embêter. Rendre bête; dites, hébêter ou abêtir, v.
Emboire. Ce papier emboit. Le mot emboire est un terme de peinture; il se dit d'un tableau dont les couleurs deviennent mattes et ne se discernent pas; dites, ce papier boit.
Embûches. Tendre des embûches; cette expression n'est pas exacte: on tend des piéges, des filets, et l'on dresse des embûches.
Empare. Barre de fer pour soutenir les portes; dites, penture.
Emparenter. Entrer dans une famille: il est bien emparenté; dites, apparenter. v.
Emphasé. Discours emphasé, c'est-à-dire, où il y a de l'emphase; dites emphatique, adj.
Émuer, v. émué, participe. Dites, émouvoir, et au participe, ému: il m'a fait peur; j'en suis encore tout ému.
Encatonner. S'encatonner, se réunir en masse; dites, grumeler: la farine se grumelle.
Enchant. Dites, angle de mur.
Endéver. Cet enfant me fait endéver tout le jour. Il semble qu'on attache à ce mot, qui n'est pas françois, l'idée de donner au diable; mais souvent il s'emploie dans le sens de contrarier.
En erriere. Dites et écrivez, en arriere; de là le verbe arriérer.
Enfant. C'est un mot adopté pour les deux sexes, et qui prend les deux genres: un bel enfant; une belle enfant.
Enfle. Il est enfle; dites, enflé.
Engencement; engencer. Maniere d'arranger de petites choses chez soi; dites, agencement, agencer.
Énigme. Chose à deviner: un énigme; dites, une énigme, s. f.
Énorgueillir. S'énorgueillir; avoir de l'orgueil. C'est comme s'il y avait orgueil en. La préposition en ne se détache pas, et la première syllabe a le son nasal; il ne faut point d'accent sur l'e initial, et l'on doit redoubler l'n dans la prononciation. Il en est de même des mots enivrer, enharmonique, ennoblir; mais si ce dernier signifie rendre noble, on prononcera et on écrira anoblir.
Le dictionnaire de Trévoux et celui de Richelet, disent qu'il faut prononcer anivrer, anorgueillir; mais cela n'est pas admis.
Enreinieres. J'ai les enreinieres; dites, j'ai des douleurs de reins.
Enseigner quelqu'un. Dites, enseigner à quelqu'un. Ne dites pas non plus, montrer à lire, mais apprendre.
Enterrement. Voir passer un enterrement. L'enterrement est un acte de religion, par lequel on met un corps en terre; on ne voit pas cet acte, mais le convoi; dites, j'ai vu passer le convoi.
Épée. Instrument de défense: un épée; dites, une épée, s. f.: une belle épée.
Épigramme. Petite piece de poésie: un épigramme; dites, une épigramme, s. f.: une fine épigramme. J. B. Rousseau a fait d'excellentes épigrammes.
Épisode. Une belle épisode. On appelle ainsi dans la composition du poème épique ou dramatique, toute action que le poète emploie pour étendre l'action principale et l'embellir; ce mot est du genre masculin; dites, un épisode: on dit que le Tasse et l'Arioste ont fait de très-beaux épisodes.
Épogne. Sorte de gâteau; dites, galette.
Épurer des comptes. Dites, apurer: travailler à apurer ses comptes.
Équevilles. Ordures qu'on ôte avec le balai. C'est le scoviglia des Italiens, qui n'a pas été adopté en françois; dites, balayures.
Espadron. Large épée; dites, espadon, s. m.
Espadronner. Dites, espadonner.
Espression. On dénature ce mot et beaucoup d'autres, en changeant l'x en s; dites, expression, exprimer, excuse, extravagant.
Esquilancie. Maladie du gosier, qui fatigue souvent au point qu'on ne peut ni respirer, ni avaler: il a un dangereux esquilancie. Il y a double faute dans cette façon de s'exprimer; 1.o, ce nom est du genre féminin; 2.o, il faut dire, esquinancie, et non pas esquilancie: une dangereuse esquinancie. Presque tous les mots terminés en ie sont féminins, à l'exception de génie, incendie, messie.
Estomac, s. m. On appelle ainsi, dans le corps animal, la partie qui reçoit les alimens. Il ne faut pas prononcer le c, comme font les Genevois.
Et. Beaucoup de personnes ne savent point distinguer la conjonction et du verbe est; celui-ci prend ou peut prendre devant lui le pronom personnel il ou elle, et non pas l'autre; d'ailleurs, la conjonction a presque le son de l'e fermé, et le verbe a celui de l'e ouvert.
Étant. Ce verbe, comme l'auxiliaire avoir, n'a point de gérondif, et n'est jamais précédé de la préposition en.
Éteinte de voix. Dites, extinction de voix.
Étirer le linge. Ce mot ne se dit que des métaux qu'on étend sous le marteau; dites, détirer du linge. Ne dites pas, étiré à quatre épingles, mais tiré à quatre épingles, en parlant d'une personne ajustée avec affectation et recherche.
Étisie. Maigreur, consomption; dites, tisie, et écrivez phtisie. On dit cependant, étique, aussi bien que phtisique.
Être. Ce mot est souvent pris pour aller, c'est une faute. Le verbe être marque le repos ou l'existence, et le verbe aller marque le mouvement; or, ces deux mots, qui ont une signification si contraire, ne sauraient être pris indifféremment l'un pour l'autre; on ne dira donc pas, il fut au spectacle, pour dire, il y alla; on pourra bien dire qu'il a été à Paris, pour dire qu'il y a demeuré, mais non pour marquer l'action de s'y transporter.
Éviter. Éviter la peine à quelqu'un. Cette façon de parler est devenue universelle; on la trouve dans nos auteurs comiques; mais elle n'en est pas moins vicieuse. Le mot éviter veut dire fuir. On évite quelqu'un, et non pas à quelqu'un; on ne dira donc pas, je vous éviterai la peine, mais, je vous épargnerai la peine.
Examen. La derniere syllabe de ce mot ne se prononce pas comme dans demain, mais comme si l'n étoit suivie d'un e muet, ainsi que dans hymen.
Excepté que. Cette expression prise pour à moins que, est surannée; ainsi, ne dites pas, il viendra, excepté qu'il ne soit malade, mais dites, à moins qu'il ne soit malade.
Exemple. Un exemple, signifiant un modele d'écriture; dites, une belle exemple; mais dans tout autre cas il est masculin: suivez ses bons exemples.
Exprès. Par exprès. Je ne l'ai pas fait par exprès. Le dernier de ces deux mots suffit; dites donc, je l'ai fait exprès ou tout exprès; mais n'employez jamais la préposition par, devant le mot exprès, à moins que ce mot ne soit pris substantivement: envoyer une lettre par un exprès.
Facié. Cet homme est bien facié; dites, facé.
Faire une maladie. Cette expression devenue universelle, et employée même par quelques écrivains, n'est pas françoise. On dit, avoir une maladie, et non la faire, lors même qu'on se la seroit attirée par sa faute.
Falloir. Ne dites pas, il ne s'en est fallu de guere, il s'en est fallu de beaucoup; mais dites, il ne s'en n'est gueres fallu, il s'en est fallu beaucoup.
Fantôme. Spectre ou chimere: j'ai vu une fantôme; ce nom est du genre masculin: un fantôme.
Farbalas. Espece de bande plissée, et mise pour ornement; dites, falbala: un joli falbala.
Fayard. Bois de fayard; dites, bois de hêtre; l'h est aspirée.
Fege. Dites, foie, s. m.: un foie de veau.
Féniere. Lieu où l'on serre le foin à la campagne; dites, fenil, s. m.: voilà un beau fenil; sans prononcer l'l.
Ferlater du vin. Y mettre des drogues; dites, frelater, v.
Fermer. Fermer le linge; c'est un barbarisme. Le mot fermer signifie clorre ce qui est ouvert; on ferme une porte, une chambre; mais on ne ferme pas du linge; on ferme une chambre, pour qu'on n'y puisse pas entrer; on serre les habits, le linge, etc.
Fermer quelqu'un dans sa chambre. Dites, enfermer.
Ferratier. Celui qui vend du fer; dites, ferronnier; d'où ferronnerie.
Fête-à-Dieu. Dites, Fête-Dieu.
Feu; feue. La feu reine. Il y a un solécisme dans le mot feu. Voici la regle à consulter sur cet adjectif: feu reste invariable, lorsqu'il n'est pas précédé de l'article: feu ma mere; et lorsqu'il a devant lui l'article ou le pronom possessif, il prend le genre et le nombre du substantif qui vient après: la feue reine.
Fiageoles. Sorte de légumes; dites, haricots, s. m.: de bons haricots; l'h est aspirée.
Fiageolet. Instrument à vent; dites, flageolet, s. m.
Fiarde. Sorte de jouet de bois, en forme de poire, et qu'on enveloppe d'une corde roulée en spirale, pour le faire tourner sur une pointe de fer dont il est armé; dites, toupie, s. f.: jouer à la toupie; de là on a fait, toupiller, aller et venir sans savoir pourquoi.
Fibre. De longs fibres. Ce nom est féminin; dites, de longues fibres.
Fievres. Cet homme a les fievres. On n'a pas plusieurs fievres à la fois; dites, il a la fievre.
Figuette. Espece de petite bouteille qui se ferme avec un bouchon; dites flacon, s. m.: on met des senteurs dans un flacon.
Filagrame. Ouvrage d'orfévrerie, travaillé à jour; dites, filigrane, s. m.
Filleule d'artichaut. Dites, œilleton ou rejeton d'artichaut.
Filoche. Dites, filet, s. m.
Fils. Ne prononcez pas l's, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle.
Finir. Ne dites pas, il faut en finir; cette façon de parler, qui devient très-générale, est vicieuse. On finit une chose; mais on n'en finit pas.
Fixer quelqu'un. Le mot fixer signifie arrêter; dites, fixer ses regards sur quelqu'un, ou regarder quelqu'un fixément. On fixe un inconstant.
Flamboise. Petit fruit bon à manger; dites, framboise, s. m.: un plat de framboises.
Flamenter, flamentation. Action de mettre des cataplasmes sur une partie malade, pour l'adoucir, l'amollir ou la fortifier; dites, fomenter, fomentation. On dit figurément, fomenter une querelle; c'est-à-dire, l'entretenir.
Flasque. Espece de bouteille de cuir, pour mettre la poudre à fusil; dites, poire à poudre.
Flau. Instrument à battre le blé; dites fléau, s. m. Dites de même, au figuré, pour les maux que Dieu nous envoie.
Flene. Linge qui sert d'enveloppe à un oreiller; dites, taie, s. f.: changer de taie.
Flérer. Répandre une odeur: il flere comme baume; dites, fleurer.
Fleurir. Ce verbe est régulier au sens propre; mais au figuré, il fait, à l'imparfait, il florissoit, et au participe présent, florissant, et non fleurissant.
Flotte de fil ou de soie. Soie ou fil replié en plusieurs tours; dites, écheveau, s. m.: un écheveau de fil blanc. Le mot flotte exprime un certain nombre de vaisseaux qui vont ensemble: la flotte anglaise. Peut-être le peuple a-t-il ainsi nommé plusieurs tours de soie ou de laine, parce que, comme une flotte de vaisseaux, ils se suivent et vont ensemble. Ce qui confirme cette conjecture, c'est qu'il dit une flotille, en parlant d'un petit écheveau, ainsi qu'on le dit, en parlant d'une petite flotte.
Foroncle. Espece de flegmon enflammé et douloureux, qui se termine par un abcès; dites, furoncle, s. m. On l'appelle vulgairement clou.
Foudre. Ce mot prend les deux genres:
Mais le masculin est d'un style plus relevé, et presque toujours figuré.
Fourchu. Pied fourchu. Droit qui se paye sur les bêtes qui ont le pied fendu ou fourché; dites, pied fourché.
Franchipane. Espece de pâtisserie ou de parfum: pommade à la franchipane; dites, frangipane, s. f.: une tourte à la frangipane.
Fricot. Ce qu'on mange avec du pain; dites mets, s. m. Ragoût ou mets: un excellent mets, un bon ragoût.
Frissure. Réunion du foie, du cœur et de la rate de quelques animaux; dites, fressure, s. m.
Fûte. Une fûte, un tonneau; dites, fût, sans e final. Ce mot est masculin: de vieux fûts; en faisant sentir le t.
Gabouiller. Dites, barboter, v.
Gacer du vin dans la bouteille. Dites, agiter, v.
Gadois. Celui qui transporte la gadoue ou la matiere fécale; dites, gadouard, s. m.
Gagner la victoire. On gagne la bataille, et le succès de la bataille donne la victoire; dites, remporter la victoire.
Galandage. Muraille en charpente et en maçonnerie; dites, cloison, s. f.
Gangrene. Maladie de quelques parties du corps; prononcez, cangrene. Le g prend le son du c. C'est le contraire dans les mots second, cigogne, Claude.
Garante. Femme qui sert de caution. C'est un barbarisme. Garant n'a point de féminin. Il faut dire, elle est garant. Il en est de même de docteur, écrivain, témoin, orateur, peintre, poète, auteur, érudit, rhéteur, rhétoricien, logicien, pharmacien, etc. Ces mots n'ont pas de féminin, parce qu'on les attribue rarement aux femmes.
Garde. Prendre garde à et prendre garde de, ont deux sens différens: prendre garde à faire, c'est être attentif à faire. Prendre garde de faire, c'est faire attention de ne pas faire; dites, prenez garde de tomber, ou prenez garde à ne pas tomber. Après les verbes prendre garde, craindre, appréhender, etc., on emploie la négation sans complément: prenez garde qu'il ne tombe. L'esprit étant occupé du désir qu'il ne tombe pas, il se sert de la négation qui exprime ce désir; mais il n'est pas permis de dire, prenez garde qu'il ne tombe pas.
Garde. Ces deux personnes que vous voyez sont deux gardes nationales; dites, nationaux. Garde est féminin, quand il exprime la compagnie; et il est masculin, quand il signifie les individus qui la composent.
Garderobe. Construction en bois, propre à serrer des habits ou du linge. Il faut se servir du mot armoire, soit que cette construction ait un fond, soit qu'elle n'en ait pas: une belle armoire, s. f. Une garderobe, c'est une chambre où l'on renferme les habillemens d'un prince. On dit d'un simple particulier, qu'il a une riche garderobe, pour dire qu'il a un grand nombre de beaux habillemens; mais en toute autre circonstance, le mot garderobe s'entend d'une construction qui regarde le maçon, et non le charpentier. Il désigne aussi les latrines: aller à la garderobe.
Garenne. Charger des marchandises en garenne, c'est-à-dire, sans les emballer; cette expression n'est pas françoise.
Gâte. Ce fruit est gâte; dites, gâté.
Gaviot. Dites, fagot de sarmens, ou mieux, javelle.
Géane. Femme dont la taille excede la stature ordinaire; dites, géante, s. f. As-tu vu cette géante?
Geler de froid. Pléonasme, c'est-à-dire, surabondance de mots inutiles; dites simplement, geler. Je suis gelé.
Genevre. Extrait de genevre; dites, genievre.
Gentil, gentille. Ce mot ne signifie pas qu'on est laborieux; il veut dire joli, délicat: une gentille bergere.
Gerle. Grand vase de bois pour la lessive; dites, cuvier, s. m.
Gérofle. Dites, girofle, s. m.
Gibolée. Pluie soudaine, mêlée souvent de grêle; dites, giboulée, s. f.
Gicler. Faire gicler de l'eau; dites, jaillir.
Gifle. Coup du plat de la main sur le visage; dites, soufflet, substantif masculin: il lui a donné un soufflet.
Gigauder. Remuer les jambes; dites, gigotter, v.
Gigue de mouton. Dites, gigot.
Girarde. Fleur; dites, giroflée, s. f.
Gisier. Le second ventricule de certains oiseaux qui se nourrissent de grains, comme les poules, les pigeons; dites, gésier, s. m. Le gésier d'une poule.
Gîter. Ce mot n'est pas françois; dites, demeurer. On n'a conservé que la troisieme personne du singulier de l'indicatif présent:
On dit encore gisant.
Glissiere. Dites, glissoire, s. f.
Gloriette. Lieu près du four, et où l'on pétrit la pâte; dites, fournil, sans prononcer l'l.
Gobille. Jouet d'enfant, fait de pierre ou de marbre, en forme de boule; dites, globule, s. m.: il m'a pris mon globule. C'est du mot bille, sans doute, qu'on a formé gobille; mais pourquoi la premiere syllabe? on pourroit se servir du diminutif billette, petite bille; à Paris, on dit bille.
Godiviau. Certain pâté composé d'andouillettes, de hâchis de veau et de béatilles; dites, godiveau, s. m.: pâté de godiveau.
Gôdron. Espece de gomme ou poix, servant principalement à calfater les vaisseaux; dites, goudron, et goudronner, au lieu de gôdroner. Le godron est une espece de moulure relevée en forme d'œufs.
Gongoner. Dites, gronder.
Gorgossel. Manger à la gorgossel, c'est manger sans autre assaisonnement que le sel; dites, à la croque au sel.
Goubeau. Dites, gobelet, s. m.
Goulet. Cou de bouteille: ce mot a vieilli; dites, goulot, s. m.
Goutte. L'amour n'y voit goutte. Il est ridicule que l'usage emploie l'adverbe relatif y, qui n'est nullement nécessaire, ainsi que dans je n'y vois pas. Autant vaudroit-il dire, je n'y entends pas. Il faudroit dire simplement, l'amour ne voit goutte; je ne vois rien. Mais si l'on vouloit parler de l'endroit où l'on ne voit pas, on diroit: il fait nuit dans ce bois, je n'y vois rien; c'est-à-dire, je ne vois rien dans ce bois.
Graboton. Se mettre en graboton; dites, se tenir à genoux repliés.
Grabotter. Si c'est le feu, dites, charbonner, tisonner; si c'est la terre, dites, fouiller.
Gracieusité. Civilité, honnêteté, gratification; dites, gracieuseté, s. f.
Grapin de poêle. Dites, fourgon, s. m.
Graspille. Jeu d'enfant: jeter quelque chose à la graspille; le jeter au milieu d'une troupe d'enfants qui cherchent à s'en saisir; dites, gribouillette, s. f.: jeter quelque chose à la gribouillette.
Grenouille. Machine formée d'un arbre ou essieu, auquel on attache des leviers, et qui sert à lever des fardeaux; dites, treuil, s. m.
Grepe. Oiseau aquatique; dites, grebe, s. m.
Grese. Soie grese; dites, grege.
Gribouiller. Il gribouille; dites, il barbouille, v.
Gril. Ustensile de cuisine. La gril. On le fait féminin quand on le prononce seul, mais c'est une faute. Il faut dire, le gril, s. m.: apportez le gril. On ne fait pas sentir l'l dans le discours familier, et lorsqu'on la fait entendre, elle est mouillée.
Grillet. Plante dont les tiges sont menues, sans feuilles, et portent un bouquet de fleurs blanches ou bleues, d'une odeur agréable; dites, muguet: le muguet vient de lui-même dans les bois. Le mot grillet, signifie, en terme de blason, une petite sonnette ronde qu'on met au cou des chiens et aux jambes des oiseaux de proie.
Grillet. Insecte; dites, grillon, s. m.
Gringotter. Être transi de froid; dites, grelotter. Gringotter signifie fredonner mal un air; il signifioit autrefois frissonner.
Griveliner. Jouer mesquinement, faire quelques petits profits illicites; dites, grimeliner ou griveler, d'où l'on a fait, griveleur, grivelerie.
Grognon. Chagrin, fâcheux; dites, grogneur: c'est un grogneur.
Groles. Dites, mauvais souliers.
Groton. Morceau de croûte; dites, crouton, s. m.: un crouton de pain.
Grotte de pain béni. Dites, chanteau: j'ai eu le chanteau; je ferai le pain béni.
Guêtes. Espece de bas qui se boutonnent; dites, guêtres, s. f.: de bonnes guêtres.
Guille. Petite broche de bois servant à boucher le trou qu'on a fait à un tonneau pour donner de l'air; dites, dusil, s. m. Le fausset est aussi une broche par où on tire du vin: il faut mettre un fausset à ce tonneau.
Haïr. Ce verbe a deux syllabes au passé simple, je haïs; une seule au présent, je hais.
Hape. Espece de clou; dites, patte, s. f.
Hardi. Courageux, assuré; l'h est aspirée; dites, le hardi coquin, et non pas l'hardi.
Hareng soret. L'h est aspirée, et le g ne se prononce pas. On dit indifféremment, saur ou sauret. Le premier se dit par contraction, des harengs saurs. Cette espèce est ainsi appelée, parce qu'elle est à demi salée. Le mot saur signifie, qui est de couleur jaune, tirant sur le brun: un cheval saur.
Harpie. Grande perche armée d'un crochet; dites, croc ou gaffe.
Hémorragie de sang. Pléonasme; dites simplement, hémorragie, s. f.
Hermite, hermitage. Écrivez ces deux mots sans h, à cause de l'étymologie, eremita, eremus.
Heure. Quelle heure est-ce? dites, quelle heure est-il?
Heureux: heureux comme tout. C'est une de ces expressions absurdes et insignifiantes, qu'on peut facilement remplacer: je suis heureux autant qu'on peut l'être.
Heurler. Il se dit d'un cri long que font les loups et les chiens; dites, hurler, en aspirant l'h, ainsi que dans hurlement.
Homme de vigne. Mesure; journée d'un vigneron; dites, hommée de vigne, s. f.: il a acheté trente hommées de vigne.
Honteux. Qui a de la confusion; l'h est aspirée; prononcez fortement ainsi que dans honte, sans élision ou suppression de voyelle et sans liaison de consonne.
Horillon. Coup sur la tête; dites, horion, l'h est aspirée: donner un horion. Ce mot vieillit, et il est familier.
Horloge. Ne dites pas, un bel horloge, mais une belle horloge. Ce mot est du genre féminin.
Houches, les houches du boulanger. Morceaux de bois en deux parties égales, sur chacune desquelles on fait des coches ou entaillures, pour tenir compte du pain et du vin. Le mot françois est tailles, s. f. pl.: les tailles du boucher. On dit dans un sens différent, houcher la tête, la branler, la secouer, pour marquer son improbation; dites, hocher la tête.
Hucher sur des perches. Dites, jucher, percher, v.
Huile. Du bon huile; dites, de la bonne huile, s. f. Les noms terminés ainsi sont tous féminins, excepté style, péristile, chyle, asile, reptile, évangile.
Hurter. Choquer, toucher ou rencontrer durement; dites, heurter: il m'a heurté en passant, et jamais hurter, frapper.
Hypocondre. Cet homme est hypocondre, c'est-à-dire, mélancolique; dites, hypocondriaque. Le premier mot exprime la maladie, et il est substantif. Le second est adjectif. L'Académie dit que cet abus n'a lieu que dans la conversation.
Hymne. Du genre féminin, s'il s'agit du chant de l'église; masculin hors de là.
Imberline. Étoffe; dites, iberline, s. f.
Imiter l'exemple. Dites, suivre l'exemple: on imite la conduite, on suit l'exemple.
Immense. On prononce souvent ce mot comme s'il étoit écrit de la maniere suivant, ainmense; ne prononcez qu'une m, c'est-à-dire, que dans la premiere syllabe, on ne doit entendre que le son de l'i, ainsi que dans immoler, immodestie, immuable, immanquable, etc.
Imposer. Ce verbe reçoit un grand nombre d'acceptions. Il signifie mettre à contribution: imposer le peuple; imposer les mains, les mettre dessus; imposer un fardeau; imposer le silence; c'est-à-dire, ordonner qu'on se taise; imposer du respect, en inspirer. Il se prend aussi dans le sens de donner une idée avantageuse de soi, de son mérite, de sa personne; et c'est dans ce cas que l'on se trompe en disant: cet homme a une physionomie qui en impose; il faut dire simplement, qui impose, en retranchant le mot en. Si vous le mettez, cette expression signifiera alors, ou que vous voulez abuser, surprendre quelqu'un: vous voulez nous en imposer; ou que l'on ment: ne le croyez pas, il vous en impose; mais en parlant d'un homme imposant, vous direz, il impose.
Incan. Vente publique faite à l'enchere; mot corrompu; dites, encan, s. f.: mettre à l'encan.
Incendie. Embrâsement d'un bâtiment: une affreuse incendie. Ce substantif est du genre masculin; dites, un grand incendie. Ce mot fait exception, ainsi que génie, messie.
Indemnité. Prononcez indamnité. Voyez Solemnel.
Infecter. Les brigands infectent les grands chemins; dites, infestent, pillent ou ravagent. Infecter signifie, répandre mauvaise odeur.
Ingrédient. Ce qui est dans la composition de quelque chose. Prononcez la derniere syllabe comme s'il y avoit un a; ent sonnent toujours comme ant.
Insecte. Une insecte. Ce mot est masculin; dites, un insecte: le puceron est un insecte curieux.
Interêt. Ce mot s'accentue et se prononce mal. Le premier e est fermé, et marqué d'un accent aigu, le second est très-ouvert, et prend l'accent circonflexe; dites et écrivez, intérêt.
Interloquer. Interdire, interrompre: il m'a dit une chose qui m'a tout interloqué. Ce mot n'est françois que lorsqu'il s'agit de donner un jugement interlocutoire; jugement qui ne termine pas une affaire. Terme de pratique.
Intervalle. Distance, espace qu'il y a d'un lieu ou d'un temps à un autre. Ce mot est du genre masculin. Il faut dire, un intervalle, et non pas une intervalle. Il est vrai que cette terminaison indique ordinairement le féminin, excepté, dans râle, mâle, scandale, hâle, etc.
Irruption de la petite vérole, du Vésuve; dites, éruption. L'irruption est l'entrée soudaine des ennemis. Le mot éruption vient du mot latin erumpere, qui veut dire, sortir, s'échapper. Le mot irruption vient d'irruere, qui signifie se jeter avec violence et fureur.
Ivoire. Ne dites pas, de l'ivoire blanche. Ce mot est masculin.
Jaiet. Pierre noire et luisante: des boutons de jaiet; dites, jais.
Jacquet. Jeune domestique; dites, jokey, mot anglois.
Jambe-rotte. Marcher à jambe-rotte: Marcher un pied en l'air. Ce mot rotte, qui signifie rompu, cassé, nous vient des Italiens; ils disent banca-rotta, dont nous avons fait banqueroute. Mais jambe-rotte n'est pas françois; dites, cloche-pied: marcher à cloche-pied.
Je. Aime-je; dites, aimé-je. Toutes les fois que les verbes terminés par un e muet sont suivis du pronom personnel je, le premier e prend un accent aigu, pour éviter la prononciation de deux e muets de suite. C'est une regle dans notre langue, qu'il ne doit jamais se trouver deux e muets de suite dans un mot simple. Il n'y a d'exception que pour les mots, chevelure, ensevelir. L'e pénultieme dans les autres mots devient e moyen, ainsi que dans pere, mere, frere, et cet e ne doit pas prendre l'accent grave; cet accent est inutile et vicieux: je dis qu'il est inutile, puisqu'on ne peut pas prononcer autrement; il est vicieux, car l'accent grave annonceroit un e ouvert, comme dans abcès, procès; au lieu qu'il faut prononcer un e moyen, qui tient le milieu entre l'e fermé et l'e ouvert.
Jeté. Porte jetée; dites, porte déjetée.
Jouin. Le septieme mois de l'année; dites et écrivez, Juin, monosyllabe.
Jujube. Un jujube, fruit pectoral et apéritif; dites, une jujube, s. f.
La. Êtes-vous malade? Je la suis. Il y a un solécisme dans cette phrase, malgré l'autorité de madame de Sevigné, qui auroit cru, disoit-elle, avoir de la barbe au menton, si elle eût répondu à cette question: je le suis. Êtes-vous mariée? répondez, je le suis, et non je la suis; mais si l'on vous demande: êtes-vous la mariée? dites, je la suis; c'est-à-dire, je suis la mariée. Êtes-vous les chasseurs du Roi? nous les sommes. Êtes-vous chasseurs? nous le sommes; c'est-à-dire, nous sommes ce que vous dites, nous sommes chasseurs; au lieu que si l'on répondoit à cette question, êtes-vous chasseurs? nous les sommes; cela voudroit dire, nous sommes les chasseurs, et cette réponse ne seroit pas conforme à la demande. Si le mot devant lequel se trouve l'article est adjectif, l'article est sans accord dans la réponse; s'il est employé comme substantif, l'article prend le genre et le nombre.
Laidron. Fille ou femme laide. Ce mot est du genre féminin et de trois syllabes; dites, une laideron. J. J. Rousseau a fait cette faute dans ses confessions.
Laisser. Je me suis laissé dire; dites, on m'a appris, ou on m'a dit.
Lait de carpe. Cette partie des entrailles de poissons mâles, qui ressemble à du lait caillé; dites, laite ou laitance, s. f.: cette laitance n'est pas fraîche.
Lamperon, pour lampion. Le lamperon est le petit tuyau ou la languette qui tient la mêche dans la lampe.
Lancer. Souffrir comme d'une piqûre; dites, élancer. Ce verbe, pris dans ce sens, ne s'emploie qu'à la troisieme personne. Ne dites pas non plus des lancées, mais des élancements.
Landes. Œufs dont les poux éclosent; dites, lentes, s. f. Le mot landes signifie une grande étendue de terre où croissent des bruyeres: les landes de Bordeaux.
Larmise. Dites, lézard gris.
Laurelle. Plante dont les feuilles ont quelque ressemblance avec celles du laurier; dites, lauréole, s. f.: une belle lauréole.
Leur, leurs. Ne dites jamais, je leurs ai avoué. Leur devant un verbe ne prend jamais d's. Il en peut prendre seulement, quand il est pronom possessif: leurs enfants; mais non quand il est pronom personnel.
Lichefrite. Ustensile de cuisine, ordinairement de fer, et qui reçoit la graisse de la viande qu'on fait rôtir; dites, léchefrite, s. f.: petite léchefrite.
Lier les dents. Dites, agacer.
Lissieu. Dites, eau de lessive.
Loin. Je suis allé chez mon ami pour le voir; il étoit déjà loin; pour dire qu'il étoit déjà parti. On peut être parti d'un lieu, sans en être loin.
Losange. Figure de géométrie: un losange; dites, une losange, s. f. Cette terminaison indique ordinairement le masculin, excepté fange, frange, fontange, orange, grange, louange, phalange, vendange, vidange.
Louette. Petit morceau de chair au fond de la bouche; dites, luette, s. f.
Luce. Bois de Sainte Luce; dites, bois de Sainte Lucie ou Mahaleb.
Lui, en, y. En parlant des choses, on emploie le pronom en au lieu de lui, et le pronom y au lieu d'à lui. On ne dit pas, en parlant d'une maison, n'approchez pas d'elle; on dit, n'en approchez pas; et en parlant des sciences: il s'y est adonné et non il s'est adonné à elles.
L'un l'autre. L'un l'autre et l'un et l'autre ne doivent pas s'employer indifféremment. L'un l'autre marque réciprocité, ils se sont trompés l'un l'autre, c'est-à-dire mutuellement. Ils se sont dupés, ils se sont trompés l'un et l'autre, c'est-à-dire, ils se sont trompés tous les deux; mais non pas que l'un ait trompé l'autre. Ces nuances, pour être délicates et presque imperceptibles, ne doivent pas moins être senties de ceux qui aspirent à la parfaite connaissance de leur langue, d'autant plus que ces différences en font la richesse.
Luna campana. Plante médicinale; dites, enula campana.
Luquerne. Ouverture ou sorte de fenêtre pour donner du jour; dites, lucarne, s. f.
Machiller. Mâcher avec négligence; dites, mâchonner, v.
Machillere. Dents machilleres; dites, mâchelieres.
Mal de St-Jean. Dites, épilepsie, s. f., ou mal caduc.
Maladier. Dites, être malade; ne dites pas, elle est maladice, mais maladive; les adjectifs en if, changent l'f en v au féminin.
Mâle. Mettre des marchandises dans une mâle. Écrivez malle, et prononcez l'a bref et aigu, à cause de la double consonne.
Malgré que. J'y irai, malgré qu'il y soit; cette locution n'est pas françoise. Malgré ne se construit qu'avec le verbe avoir: malgré qu'il en ait. Quand je dis, malgré que vous en eussiez, c'est comme si je disois, quelque mauvais gré que vous en eussiez; par-tout ailleurs il est préposition.
Malin, maline. Fievre maline; dites, maligne, adj.
Maltois. Faut-il dire Maltès ou Maltois? l'usage a prévalu en faveur du son de l'e ouvert, comme dans Anglois, Polonois. Il faut observer que la diphthongue oi a deux sons: celui de l'e ouvert, ainsi que dans François, j'aimois, et le son oa, comme dans loi, foi, Chinois. Voltaire a introduit une nouvelle orthographe à cet égard. Il a remplacé l'oi par l'ai; mais cette réforme est vicieuse, en ce que l'ai a plusieurs sons, et en a plus que l'oi. Il a le son fermé dans les futurs j'aimerai, dans les passés j'aimai; le son de l'e moyen dans il plait; le son de l'e muet dans bienfaisant; et le son de l'e ouvert dans jamais, mais. Pour faire une réforme complette, il falloit remplacer oi par l'e marqué d'un accent grave, comme dans succès, procès. L'orthographe seroit alors conforme au son; avantage que n'offre pas l'orthographe de Voltaire.
Mandrille. Espece de casaque que portoient autrefois les laquais; dites, mandille, s. f.: traîner la mandille, c'est-à-dire, être misérable.
Manette, manillon. La partie d'un vase ou d'un instrument que l'on prend à la main; dites, anse, s. f. Manette signifioit autrefois main pleine. Manillon se dit mal à propos d'un trousseau de clefs.
Manicle. Morceau de cuir que les cordonniers mettent à leur main, pour qu'elle puisse résister au travail; dites, manique, s. f.
Maniganterie. Maison où se tiennent les enfans de chœur; dites, manécanterie, s. f. formé de deux mots latins mane et cantare.
Marais. Poisson de mer. La plupart des Lyonnois prononcent l'e fermé du mot marée en e ouvert, et ils écrivent marais.
Maraude. Pillage clandestin des soldats. Ne dites pas, aller à maraude; mais, aller en maraude.
Marc de café. Ne prononcez pas le c, ni dans poids de marc; mais on le fait entendre dans Marc, nom propre.
Marchon. Piece de bois sur laquelle on met des tonneaux; dites, chantier, s. m.: Avoir du vin sur chantier.
Margotte. Branche qu'on met en terre, afin qu'elle y prenne racine; dites, marcotte, s. f.: marcotte d'œillets. On dit aussi marcotter, pour exprimer l'action de coucher en terre des branches de vignes ou d'autres rejetons, et non pas margotter. Il est vrai que le c se prononce foiblement et presque comme un g.
Marte. Espece de fourrure; dites, martre: martre-zibeline.
Martelet. Espece d'hirondelle; dites, martinet, s. m.
Matinal. Le matinal; dites, le vent d'est.
Matinier. Dites, matineux. Ce mot signifie proprement, qui est dans l'habitude de se lever matin. Matinier n'est d'usage que dans cette phrase: l'étoile matiniere. On dit aussi matinal; mais ce mot n'exprime que l'idée d'une personne qui s'est levée matin: cette personne est matineuse; Monsieur est matinal aujourd'hui.
Mècredi. Troisieme jour de la semaine; dites, mercredi.
Médecinal. Plante médecinale; dites, médicinale; formé non de médecin, mais de medicina.
Melise. Plante dont on se sert pour les affections de la matrice. Il faut mettre un accent aigu sur le premier e, et doubler l's; dites donc mélisse, s. f.
Mélise. Petite cerise; dites, merise.
Même. Adjectif, prend toujours le nombre de son substantif. Voltaire a donc eu raison de relever un solécisme dans ce vers de Corneille: