Ce vers renferme une faute contre la syntaxe de notre langue. Le pronom soi est indéfini, et par cela seul, ne convient pas dans une phrase où le sujet est déterminé. Il falloit mettre: traînant tous les cœurs après lui. Boileau est aussi tombé dans cette erreur. On dit: chacun vit pour soi, et l'égoïste ne vit que pour lui. En parlant des choses inanimées, on dit bien: la science a par soi-même beaucoup d'attraits: mais quand il est question d'une personne désignée, il faut employer lui et non pas soi. Corneille a commis cette faute,
Et Voltaire en disant:
Soigner quelqu'un. Le regarder passer, agir: mon fils m'a dit qu'il alloit au college; je le soigne, pour savoir s'il me trompe; dites, je l'épie, je le guette.
Soin. Avoir du soin; dites, avoir soin, sans employer le mot du.
Soiter. Faire des souhaits. Ce verbe est composé de trois syllabes qu'il faut prononcer; écrivez et prononcez, souhaiter, v.
Solemnel. On prononce mal la seconde syllabe de ce mot. Il faut prononcer l'e et l'm comme dans la seconde syllabe du verbe condamner. Dans solemnité, solemniser l'e et l'm ont le son de l'a bref, comme dans femme, patiemment, négligemment, indifféremment, et autres semblables.
Sôme. Dites, ânesse, s. f.
Son, sa, ses. Ces pronoms ne peuvent pas être employés en toute occasion, en parlant des choses. On ne dira pas, cette maison est bien située, et ses promenades sont belles; mais on dira, les promenades en sont belles. Ne dites pas non plus, cette ville est belle, j'admire ses bâtimens; dites, j'en admire les bâtimens. Il faudroit, pour pouvoir se servir des pronoms son, sa, ses, qu'ils fussent dans un même membre de phrase.
Sonnet. Terme de jeu de tric-trac; dites, sonnez, et prononcez l'e fermé, comme l'exige toujours le z final.
Sorcilege. Maléfice dont se servent les prétendus sorciers; dites, sortilege. C'est le mot sorcier, qui induit en erreur ceux qui disent sorcilege; mais il n'y a gueres que ceux qui croient à la chose, qui prononcent ainsi le mot.
Sortir. J'ai sorti ce matin. Le verbe sortir ne se conjugue avec l'auxiliaire avoir, que lorsqu'il a un régime simple, ou, en terme de grammaire, lorsqu'il est transitif.
Soucard. Piece de toile qu'on met à une chemise; dites, gousset.
Soucis. Des soucis noirs; poils au-dessus des yeux; dites, sourcils, sans prononcer l'l.
Souillarde. Endroit où l'on lave la vaisselle; dites, lavoir, s. m.: une chambre, une cuisine, un lavoir, à louer.
Soupoudrer. Poudrer avec du sel ou de la farine; dites, saupoudrer. Saupoudrer un poisson.
Souste; souster. Pour dire qu'une carte est gardée ou défendue par une autre; j'ai le roi gardé, défendu ou soutenu.
Soustraire. Je soustrais, je soustrayois, et non pas, je soustraisois. J'en dis autant de distraire; je distrayois, et non pas, je distraisois.
Soute. Se mettre à la soute; dites, se mettre à l'abri. Il pleut, mettez-vous à l'abri.
Suel. Place où l'on bat le bled; dites, aire, s. m.: un bel aire.
Suif de cheminée. Matiere noire qui s'attache au tuyau de la cheminée; dites, suie, s. f.: noir comme la suie de cheminée.
Suite. Faites cela de suite, pour dire sans délai. Mettre de suite, signifie mettre les choses à la suite les unes des autres; dites, tout de suite, qui veut dire sans retard.
Surément. Ne mettez point d'accent sur le premier e. Ce mot est formé de sûr. On met l'accent à assurément, parce qu'il vient d'assuré.
Suspente. Retranchement d'ais, soutenu en l'air, pratiqué dans une cuisine ou ailleurs, pour loger un domestique; dites, soupente, s. f. Le peuple, qui suit les regles de l'analogie, a fait suspente du mot suspendre.
Quand cette lettre est finale, on ne la prononce pas, ordinairement; à moins qu'elle ne se lie avec la voyelle suivante. Il ne faut pas la faire sonner dans respect, aspect, circonspect; le c, même, dans ces trois mots, est nul, ainsi que dans exact. Le t ne se fait pas entendre dans prompt, exempt, instinct, succint, mais bien dans fat et sot.
Le t se prononce aussi dans tact, contact, zénith, et dans le corps des mots arithmétique, athlete, mais non dans asthme, asthmatique.
Tabac. Plante originaire de l'Amérique; ne prononcez pas le c.
Tac. Les femmes ont le tac plus fin que les hommes; écrivez et prononcez, tact, s. m. en faisant sentir le c et le t.
Tâcher. Tâcher que, est une élocution vicieuse. Ce verbe demande la préposition de, signifiant s'efforcer: tâcher d'arriver à son but. Quand il est pris pour viser, ou pour aspirer, il est suivi de la préposition à.
Talent. Profession; dites, métier, s. m. Le mot talent signifie les dons de l'esprit ou une monnoie ancienne.
Tambour. Battre du tambour; dites, battre le tambour ou la caisse.
Tamper. Tamper une maison; dites, étayer, v.
Tandis que. Ne prononcez pas l's.
Tapée. Quantité, grand nombre; c'est un vrai barbarisme; dites, multitude, ou servez-vous d'un terme équivalent.
Tarabate. Un enfant tarabate, dites, turbulent, remuant.
Taupure. Petit morceau de terre qu'une taupe éleve en creusant; dites, taupiniere, s. f. La taupure est un instrument propre à prendre les taupes.
Tel, telle; tel que, telle que.
Il faut: quelles que soient leurs mœurs, et quels que soient leurs états. Cette faute est fréquente dans nos écrivains modernes.
Tergette. Petite plaque de fer en forme ovale, avec un petit verrou, qu'on met aux portes et aux fenêtres, pour les fermer; dites, targette, s. f.: tirez la targette.
Termoyer. Prolonger le temps d'un payement; dites, atermoyer, v.: le désordre de sa fortune l'a forcé d'atermoyer.
Testicoter. Chicaner: ils sont toujours à se testicoter, pour dire, ils se querellent sans cesse.
Thériacle. Du thériacle. Ce mot est du genre féminin; dites, de la thériaque.
Thétiere. C'est ainsi qu'on nommoit autrefois le vase dont on se sert pour faire le thé; dites, théïere, s. f.
Tic. Prendre quelqu'un en tic, c'est-à-dire se prendre défavorablement contre quelqu'un. On dit, se prendre de grippe contre quelqu'un.
Tignasse. Mauvaise perruque; dites, teignasse, s. f.
Tisonnasse. Charbon mal cuit et qui jete de la fumée; dites, fumeron, s. m.
Tomber. Ce verbe ne se conjugue point avec l'auxiliaire avoir. Voltaire a eu tort de dire:
On ne diroit pas, si la pluie avoit tombé, mais si la pluie étoit tombée. Il faut le conjuguer avec le verbe être.
Tonne. Berceau couvert de verdure; dites, tonnelle, s. f.
Toucher du clavecin, de l'orgue, du forté-piano, de l'épinette, etc. On touche l'orgue, le clavecin, et non de l'orgue, du clavecin; c'est-à-dire, on touche des doigts ces instrumens. Cependant l'usage l'emporte sur la logique.
Tour de main. C'est-à-dire, en aussi peu de temps, qu'il en faut pour tourner la main; dites; tournemain. Le tour de main, est un tour de subtilité et d'adresse.
Tourner. Tourner tout le corps; dites, bouleverser tout le corps.
Tourterelle. Oiseau qui hante les bois. Quand on parle de cet oiseau, comme bon à manger, on le nomme tourtre: servir des tourtres.
Tra. Ce mot est dérivé de trabs; dites, solive, s. f.
Tranchet. On dit communément d'une chose qui a été choisie avec soin, qu'elle a été triée sur le tranchet; dites, sur le volet. Le volet est un petit ais rond sur lequel on trie les choses menues, telles que le riz, l'orge, etc. Le tranchet est un outil tranchant dont les cordonniers se servent pour couper le cuir.
Transiger. Observez que la lettre s, dans ce mot, quoique placée entre une voyelle et une consonne, a cependant le son du z, ainsi que dans transaction, transition, transitoire, Alsace, Alsacien, balsamine, balsamique.
Traque. Cette fille est bien traque; dites, vive, enjouée ou étourdie.
Traquerie. Ce mot n'est pas françois; dites, étourderie, s. f.
Travers. Il y a une faute dans ce vers de Boileau:
À travers veut toujours après lui le régime direct; et au travers doit être suivi de la préposition de. Il faudroit à travers le visage, ou au travers du visage.
Traverse. On appelle traverse, le vent qui vient du couchant et traverse le méridien; dites, vent d'ouest.
Traverser le pont, la rue, pour dire, les parcourir dans leur longueur. Cette façon de parler ne rend pas l'idée qu'on a: traverser signifie parcourir l'étendue d'un lieu considéré dans sa largeur; ainsi, traverser la rue, c'est passer d'un côté à l'autre, dans le sens de la largeur. On peut parcourir une rue dans sa longueur sans la traverser: on passe le pont; on traverse la riviere sur le pont.
Trémontade. Cet homme a perdu la trémontade; pour dire, qu'il ne sait plus où il en est; dites, tramontane, s. f.
Trempe. Il est si mouillé qu'il est trempe; dites, trempé, participe passé du verbe tremper.
Trépiter. Battre des pieds contre terre; dites, trépigner, v.: il a trépigné de colere.
Tricot. Une culotte de tricot; c'est-à-dire, tricotée; dites, tricotage, soit pour marquer l'ouvrage, soit pour exprimer l'action. Un tricot est un bâton gros et court.
Tringue. Verge de fer; dites, tringle, s. f.
Tromper. Me trompe-je. Il est une regle en françois qui veut que l'on mette et prononce en pareil cas un accent aigu sur le premier e; dites donc et écrivez, me trompé-je. Il n'y a pas deux e muets de suite à la fin d'un mot.
Trompeter. Pour sonner de la trompette: trompeter, signifie annoncer, publier à son de trompe, ou au son de la trompette. On trompete les accusés décrétés de prise de corps, qui ne sont pas constitués prisonniers; et lorsqu'on veut exprimer l'action de faire rendre des sons à la trompette, on dit, sonner de la trompette.
Trop. Ne prononcer pas le p, à moins qu'il ne soit suivi d'une voyelle; j'en dis autant de beaucoup. L'o est bref, puisqu'il est suivi d'une consonne qui n'est ni l's, ni l'x, ni le z; cependant la plupart des comédiens prononcent trô; ce qui est contre les principes et le bon usage.
Troupe. Mon fils est dans la troupe; dites, dans les troupes. On dit que tel Officier conduit bien sa troupe; mais il n'est pas permis de dire au singulier, j'ai été dans la troupe, pour dire au service ou dans les troupes.
Trousseau. Le linge, les langes, et tout ce qui est destiné pour un enfant nouveau né; c'est encore ici un abus de terme; dites, layette, s. f.: ce pere a fait à ses enfans une telle layette. Le mot trousseau signifie un amas de clefs. On dit, un trousseau de clefs. Il se dit aussi des habits, des hardes, du linge, et de tout ce qu'on donne à une fille en la mariant, elle a reçu un beau trousseau; mais on n'appelle pas trousseau les hardes d'un nourrisson.
Truffe. Plante farineuse; dites, pomme de terre, s. f.: des pommes de terre cuites au jus. La truffe est une autre plante qui ne pousse ni tige, ni racines. Truffes noires, truffes blanches.
Tuilliere. Lieu où l'on fabrique la tuile; dites, tuilerie, s. f. Le palais des Tuileries, à Paris, tire son nom d'une fabrique de tuile, qui étoit établie sur le terrain où se trouve situé ce palais.
Turlubrelu. Cet homme est turlubrelu; c'est-à-dire, qu'il ne prend pas garde à ce qu'il fait; dites, hurluberlu, ou hurlubrelu.
Ulcere. Il a une ulcere maligne; c'est-à-dire une ouverture dans les chairs, causée par la corruption des humeurs. Ce mot est masculin, dites, un ulcere malin.
Urinoire. Vase où les malades peuvent uriner commodément; dites, urinal, s. m.
On dit, à Lyon, je vais en Vaise, je vais en Serin, au lieu de dire: je vais au faubourg de Vaise, de Serin. Les noms de petits lieux ne prennent jamais la préposition en, mais la préposition à; dites donc, je vais à Vaise, à Serin, à Bellecour.
Vergette. Brosse pour les habits. Ce mot doit toujours être employé au pluriel: voilà d'excellentes vergettes.
Vernoge. Cet endroit est vernoge; c'est-à-dire, qu'il est humide, et que le soleil n'y donne pas. Nous n'avons point de mot en françois, qui rende ces deux idées à la fois. Il faut se servir des mots de l'explication, ou autres semblables.
Vessicatoire. Médicament qu'on met sur la peau, pour faire venir des vessies; dites, vésicatoire, en ne mettant et ne prononçant qu'une s qui a le son du z étant placée entre deux voyelles. Elle a cependant le son fort dans parasol, entresol, havre-sac, vraisemblance, préséance, resaluer, présupposition, resaisir, etc. La raison en est, que chacun de ces mots étant composé, le primitif a gardé le son fort.
Vêtir. On conjugue mal ce verbe. On ne doit pas dire, je vêtis, tu vêtis, il vêtit, nous vêtissons, vous vêtissez, ils vêtissent; dites, je vêts, tu vêts, il vêt, nous vêtons, vous vêtez, ils vêtent; je vêtois; que je vête; que je vêtisse. Le premier e est ouvert et marqué d'un accent circonflexe, ainsi que dans revêtir qui est son composé.
Vicoter. Dites, vivoter, v.; fournir à peine à ses besoins.
Vieille. Instrument; dites, vielle, s. f. en retranchant le second i: jouer de la vielle.
Vieuilliers. Fleurs dont le bouton est gros et applati, dont les unes sont blanches, marbrées, violettes et jaunes; dites, giroflées, s. f.: de belles giroflées. On appelle violiers les fleurs qui croissent sur les murs, et giroflées celles que l'on cultive dans les jardins.
Vigoureuse. Sorte de poire d'hiver; dites, virgouleuse, s. f.
Vilité. La vilité d'un prix, de la matiere, d'un cœur; dites, vileté, s. f., formé de l'adjectif féminin, vile.
Virebroquin. Outil d'artisan, qui sert à percer; dites, vilebrequin, s. f.
Vis. Le vis d'un pressoir; dites, la vis, s. f. L'on fait sonner l's.
Vis-à-vis. Vis-à-vis de cette personne. Cette faute a été condamnée par Voltaire. Vis-à-vis ne doit jamais se prendre dans le sens d'envers, ni d'à l'égard: il est bienfaisant vis-à-vis de lui; dites, à l'égard de lui. On s'en sert dans les rapport physiques: il est logé vis-à-vis de votre maison.
Voilà. On confond souvent les mots voici et voilà. Ce dernier marque une chose plus éloignée, voici, une chose plus près: voilà ce que j'avais à vous dire; voici ce que j'ai à vous dire. Il en est de même des mots ceci, cela. Ceci signifie cette chose-ci; cela, cette chose-là.
Voir. Voyons voir. Ce pléonasme est absurde; le premier de ces deux mots suffit.
Vois-tu-z-en. Dites, vois-en.
Voui. Ce mot s'écrit et se prononce sans v; dites, oui.
Voyage de bois, de charbon. Dites, une voie de charbon, de bois.
Vuide. On écrit et prononce maintenant vide, vider, etc.
Vuit. Nombre; écrivez et prononcez huit. L'h est aspirée.
Cette lettre se prononce diversement. Elle a le son du cs, dans Alexandre; du gz, dans examen; de l's, dans Auxonne; du z, dans sixieme, deuxieme, etc. On ne doit pas la prononcer dans les mots eux, ceux, à moins qu'elle ne se lie avec une voyelle. Elle sonne comme un s à la fin de six, dix, si ces mots finissent le sens. Elle se fait entendre comme cs, dans phénix, préfix, Astianax.
Yeux. Cette expression donna lieu à un pari entre deux négocians. L'un deux soutint à l'autre qu'il n'étoit pas permis de dire, entre quatre zieux. Celui-ci prétendit que le dictionnaire de l'Académie autorisoit cette liaison pour la douceur du son. Il ouvrit le Vocabulaire, qui lui donna gain de cause. Le vaincu voulut prendre sa revanche aux dépens de quelqu'autre, et il alloit toujours répétant cette locution, en faisant une liaison défectueuse; enfin, elle fut relevée, et il renouvela son pari; mais le contestant s'y prit mieux que lui; il s'adressa à Urbain Domergue, qui décida que quatre n'étant jamais terminé par une s, on ne pouvait pas dire, entre quatre zieux; il ajouta qu'on ne prononçoit pas toujours toutes les lettres; mais qu'on ne faisoit jamais entendre celles qui n'étoient pas écrites. Il donna le désaveu de l'auteur du Dictionnaire, prétendu de l'Académie: et le négociant fut condamné pour avoir dit oui comme pour avoir dit non.
Puisque la Prosodie est l'art de donner à chaque syllabe le son et la durée qui lui sont propres, la lecture et la prononciation en supposent la connaissance. La langue françoise a ses notes, comme le chant; avec cette différence; que les ports de voix et la durée des sons notés pour le musicien, ne le sont presque jamais pour le lecteur, et lors même que nos syllabes seroient notées, qu'elles auroient leurs diezes et leurs bémols, il seroit impossible d'exprimer par des signes la durée précise du son, la douceur et la légéreté que peut donner seul un exercice habituel. La durée d'une syllabe dépend quelquefois de sa position; l'abbé d'Olivet dit que par le mot Prosodie, on entend la maniere de prononcer chaque syllabe régulierement; c'est-à-dire, de lui donner un son grave ou aigu, bref ou long.
A, pris pour la premiere lettre de l'alphabet, est long et grave; dans tout autre cas, aigu. Cette voyelle, marquée d'un accent circonflexe, est toujours grave et longue, comme dans âge, râle, mânes, tâche, lâche, fâcher, lâcher, âpre; elle est souvent longue sans accent, comme dans sable, fable, rable, délabré, cadre, cable, accablement, sabre, flamme, condamner, damner; l's, l'x et le z, terminant un mot, rendent toujours longue cette voyelle, ainsi que les autres. D'après cette regle, la seconde personne des futurs et du passé défini, au singulier, sera longue, et la troisieme breve, tu chanteras, il chantera; tu aimas, il aima. Au commencement des mots l'a est ordinairement bref; il faut en excepter ceux que nous venons de citer. On le prononcera d'une maniere aigue et rapide dans apôtre, et toujours s'il est suivi d'une consonne redoublée, comme dans apprendre.
Quand une voyelle finit la syllabe, et qu'elle est suivie d'une autre voyelle, qui n'est pas l'e muet, la syllabe est breve, créé, haïr, féal, tué, doué; toute syllabe qui finit par une voyelle suivie de l'e muet, devient longue, comme pluīe, vraīe, haīe, vīe, joīe.
Quand un mot se termine par une l mouillée, la syllabe est breve, bétaĭl, détaĭl, avrĭl, vermeĭl, fauteuĭl.
La terminaison aille est ordinairement longue: paīlle, bataīlle, rimaīlle; excepté, il détaĭlle, il travaĭlle, il émaĭlle, médaĭlle.
La terminaison aillon est breve dans médaĭllon, détaĭllons, travaĭllons, et longue dans haīllon, baīllon, penaīllon, nous taīllons.
Quand les voyelles nasales sont suivies d'une consonne qui n'est pas la leur, c'est-à-dire, qui n'est ni m, ni n, et qui commence une autre syllabe, elles rendent longues la syllabe où elles se trouvent, jāmbe, craīnte, joīndre, hūmble.
La terminaison aine est longue dans haīne, chaīne, guaīne, traīne, hors de là breve, capitaĭne, fontaĭne.
Les mots qui finissent en aire sont longs: une aīre, une paīre, chaīre, on éclaīre. Ce qui rend longues ces pénultiemes, c'est l'e muet final, qui étant toujours bref, demande un point d'appui pour la voix, et l'on se repose sur l'avant-derniere syllabe; cependant on prononce breves les pénultiemes suivantes, parfaĭte, retraĭte.
Ale, alle, toujours bref: cigăle, scandăle, intervălle; excepté les mots dont l'a prend l'accent circonflexe, comme māle, pāle.
Ame, toujours bref: dăme, răme; il en faut excepter, āme, infāme, blāme, et les passés définis dans ces deux personnes, nous aimāmes, vous aimātes.
Toute syllabe qui finit par une r, et qui est suivie d'une syllabe commençant par une consonne, devient breve; bărbe, bĕrceau, ŏrdre.
Are, long et grave: barbāre, je prépāre; mais il devient bref et aigu, si la derniere syllabe n'est pas muette: prépăré.
Quelle que soit la voyelle qui précede deux r, quand les deux ensemble ne forment qu'un son indivisible, la syllabe est toujours longue: ārrêt, bārre, tonnērre.
L's entre deux voyelles, dont la derniere est muette, allonge la pénultieme: bāse, diocēse, franchīse, rūse.
Asse, ordinairement bref, excepté dans bāsse, clāsse, chāsse, pour les morts, māsse, terme de jeu, grāsse, amāsse.
At, long dans bāt de mulet, māt, appāt, et à la troisieme personne du subjonctif qu'il aimāt; bref ailleurs, il băt, chocolăt, plăt.
Attre, atre, bref dans quătre, băttre; hors de là, long, idolātre, théātre.
Au, long, suivi d'une syllabe muette: aūge, aūne, long, aussi, quand il y a une consonne après: chaūd, chaūx; excepté, paŭl.
La voyelle e, non seulement est tantôt longue et tantôt breve, mais elle a plusieurs sons, l'e est muet et féminin, quand il n'a qu'un son sourd, comme dans gloire; cette espece d'e ne commence jamais un mot; il ne se trouve pas dans plusieurs syllabes de suite, à moins que ce ne soit des mots composés; ainsi que revenir, redevenir; il faut en excepter, chevelure, ensevelir; et jamais, sur-tout, à la fin du mot. C'est pour cela que les verbes dont la pénultieme est muette à l'infinitif, comme appeler, concevoir, prennent dans les temps qui finissent par l'e muet, ou un e masculin ou la diphthongue oi: j'appelle, ils conçoivent. Par cette même raison, quoiqu'on dise j'aime, on dira, aimé-je?
L'e moyen, comme dans pere, ne prend point d'accent, parce que cet accent seroit inutile, l'e ne pouvant pas se prononcer autrement; il seroit même vicieux, parce qu'il donneroit un son trop grave, comme dans procès.
On prononce trop ouvert le premier e du mot acheve; il est moyen à cause du voisinage de l'e muet. L'e ouvert se marque d'un accent grave, ainsi que dans abcès. L'e plus ouvert prend l'accent circonflexe qui indique suppression de lettre et allongement de syllabe, ainsi que dans tête. L'e fermé prend un accent aigu, comme dans vérité; si cet e est suivi de l'x, il rejette l'accent, comme dans examen. Dans les verbes en er, l'e se prononce fermé, et l'on ne le fait pas sentir, à moins qu'il ne soit suivi d'un mot commençant par une voyelle. Dans item, amen, hymen, examen, on fait sonner la consonne finale.
Ene, enne, longs dans chēne, cēne, scēne, gēne, rēne, frēne, arēne, pēne, Athēnes, Diogēne, Mécēne; bref et moyen dans phénomĕne, ébĕne, étrĕnne, apprĕnne, et par-tout où la consonne est redoublée.
Er, bref dans Jupitĕr, Ethĕr; Clĕrc; et plus ouvert dans enfēr, fēr, mēr, amēr, hivēr.
Esse, long dans abēsse, profēsse, confēsse, prēsse, comprēsse, exprēsse, cēsse, on s'emprēsse; hors de là, bref: tendrĕsse, parĕsse, carĕsse.
L'accent circonflexe rend longs et ouverts tous les e, comme dans intérēt, arrēt; la double consonne rend la syllabe breve, ainsi que dans houlĕtte, tablĕtte.
Euf, bref: veŭf, neŭf, un œŭf, un bœŭf. Dans tous ces mots on prononce l'f; mais non au pluriel dans les deux derniers; quand neuf, nom de nombre, est suivi d'un mot commençant par une voyelle, l'f sonne comme un v: neuf ans.
Eune, long dans jeûne, bref dans jeune homme. Observez que telle syllabe qui est breve, suivie d'un autre mot qui sert de point d'appui à la voix, devient longue si elle finit le sens.
Le nombre des breves et des douteuses, étant plus grand que celui des longues, nous ne parlerons que des dernieres.
Ie, long d'après la regle générale: vīe, saisīe.
Ile, long dans īle, huīle, tuīle.
Ire; long dans les passés définis, ils punīrent.
Les terminaisons île, îmes, îtes, ître sont toujours longues, quand l'i prend un accent circonflexe, comme dans nous dīmes, vous dītes, épītre, etc.
Quand cette voyelle commence le mot elle est breve, excepté dans ōs, ōser, ōsier et ōter, où il est ouvert et long, ainsi que dans hōte.
Ode, ordinairement bref.
L'o et l'a étant graves dans les mots simples, demeurent tels dans les dérivés: grōs, grōssir, grōssier; grās, grāsseyer; rōse, rōsier.
La syllabe oi a deux sons, celui de la diphthongue oa, comme dans bourgeois, danois; et celui de l'e ouvert, comme j'étois, je chanterois, un François, les Anglois.
Ole, toujours bref, excepté dans ces mots, drōle, pōle, mōle, contrōle, il enjōle, il enrōle.
Ome, one, long: atōme, fantōme, prōne. Pour les mots où la consonne est redoublée, ils suivent la regle générale.
Ore, orre, longs, s'ils ne sont pas terminés par un son masculin; encōre, aurōre. Quand cette voyelle est marquée d'un accent circonflexe, elle est toujours longue, comme dans apōtre.
L'u suivi d'une autre voyelle finale, est toujours long, comme dans vūe, cohūe.
Ure, finissant un mot, toujours long: murmūre, augūre, dūre.
Usse, est long dans les verbes, comme je pūsse, et dans ût, à la troisieme personne de ce temps.
L'aspiration peut être regardée comme une partie de la Prosodie; mais elle ne regarde que l'h. Cette lettre est aspirée, lorsqu'elle a les propriétés de la consonne; c'est-à-dire, lorsqu'elle ne souffre ni suppression de voyelle, ni liaison de consonne. On dit sans élision, une haquenée, et sans liaison, des haquenées. Comme il n'y a point de regles à donner à cet égard, on peut consulter la liste suivante, dont tous les mots commencent par des h aspirées.
Ha! habler, hableur, haha, hagard, haie, haie! haillon, haîne, haïr, haire, halage, halbran, halbrener, hâle, hâler, halener, haleter, halte, hameau, hampe, hanap, hanche, hangard, hanneton, hanter, happelourde, happer, haquenée, haquet, harangue, haras, harasser, harceler, hardes, hardi, hargneux, hareng, haricot, haridelle, harnois, haro, harpailler, harpe, harper, harpie, harpon, hart, hasard, hâter, have, havresac, hausser, haut, hé! hennir, hérault, here, hérisser, hérisson, hernie, héron, héros, herse, hêtre, heurter, hibou, hic, hideux, hoc, hiérarchie, ho! hola! hobereau, hoche, hochepot, hochet, houpe, honnir, honte, holle, houblon, houille, houlette, houppe, houppelande, housard, hussard, houssaie, houspiller, houspillon, housse, housser, houssine, houssiner, hoyau, huche, hucher, huer, hulotte, humer, hume, huppe, hure, hutte.
Tous les mots dérivés des précédens conservent leur aspiration, excepté ceux de héros, qui sont: héroïne, héroïsme, héroïde, héroïquement. Dans enhardir l'h est aspirée, mais non pas dans exhausser. On aspire l'h du mot Henri, dans un discours oratoire; mais hors de là, c'est une affectation. Hollande, Hollandois, commencent par une h aspirée, excepté dans ces façons de parler: toile d'hollande, fromage d'hollande, qui ont passé du peuple dans le langage ordinaire. Hongrie s'aspire, excepté dans ces phrases: eau de la reine d'Hongrie, points d'Hongrie, etc. Quoique onze et onzieme commencent par une voyelle, on écrit sans élision l'article ou la préposition qui la précede, et l'on ne lie pas la consonne: de onze enfants il ne leur en reste qu'un; tous les onze du mois.
Pour l'intelligence des signes de quantité prosodique dont on va faire usage, on croit devoir avertir qu'on ne s'est point assujetti à la méthode de l'abbé d'Olivet. Quoique par son traité de Prosodie, il ait rendu un grand service à la langue, il s'en faut bien que son ouvrage ait été aussi utile qu'il eût pu l'être, s'il eût distingué l'accent prosodique de la quantité prosodique. En confondant ces deux parties, il a embrouillé la matiere. Il est bien, difficile, pour ne pas dire impossible, de comprendre, ce qu'il entend par syllabes longues, breves et douteuses.
Nous avons des voyelles graves par leur nature, et par conséquent très-longues. Leur longueur et leur gravité ne changent jamais du primitif au dérivé, quelque place qu'elles occupent dans un mot. On fait entendre également, l'a, l'e et l'o graves, dans mât, mâter, il mâte; dans prêt, prêter, il prête; dans dépôt, déposer, il dépose, etc. Ces voyelles sont très-longues dans tous ces mots.
Au contraire, les voyelles aiguës et les muettes deviennent moyennes, si la syllabe qui vient après commence par une consonne suivie d'une muette. La syllabe gé, par exemple, qui est aiguë et très-breve dans affligé, est muette et breve dans affligera. Elle est moyenne, tant pour la quantité que pour l'accent prosodique, dans ils affligerent: elle tient le milieu entre la longue et la breve, et entre l'aiguë et la grave.
L'abbé d'Olivet nomme quelquefois douteuses les voyelles qui sont moyennes quant à la qualité de la voix, et quelquefois il les nomme breves relativement aux graves, qui sont toujours très-longues. On pourroit les qualifier de longues, en les comparant aux breves, puisqu'elles tiennent le milieu, tant pour la quantité que pour la qualité, entre la grave et l'aiguë, entre la longue et la breve. Mais on peut les qualifier de moyennes, sous les deux rapports de la quantité et de l'accent: cette qualification préviendra toute équivoque.
Cela étant convenu, on avertit que les syllabes breves seront annoncées par le signe suivant (˘); les longues, par celui-ci (¯); et les moyennes, par (ˇ).
Et comme, dans notre langue, nous avons beaucoup plus de breves que de longues, pour ne pas surcharger l'écriture de signes inutiles, les voyelles qui ne porteront aucun signe, seront réputées breves.
On prévient les lecteurs qu'on n'a pas pu indiquer les différentes qualités de son, parce qu'on auroit hérissé les syllabes de signes embarassans. On doit se tenir pour averti que l'article les, et les pronoms, mes, tes, ses, doivent se prononcer, comme si l'e étoit marqué d'un accent grave, et que la conjonction et se prononce comme un e moyen, au lieu que le verbe est a le son très-ouvert.
[1] On appelle régime un mot gouverné par un autre.
[2] On appelle verbe un mot qui lie le sujet à l'attribut, en affirmant que telle qualité convient ou ne convient pas au sujet. La terre est ronde. Les deux premiers mots forment le sujet; le mot est lie la qualité exprimée par le mot ronde. Tous les autres verbes renferment le verbe être.
[3] On appelle substantif un mot qui désigne le nom d'une substance réelle ou imaginaire.
[4] On nomme adjectif un mot ajouté au substantif pour en exprimer la qualité.