Note 20: La folie était infaillible dans les prisons épouvantables qu'on employait depuis le Moyen âge. La plupart furent certainement, dans l'origine, des in pace ecclésiastiques. La tour de Châti-moine, à Caen, avait le sien à une profondeur de trente pieds, dans une cave, sans jour, presque sans air. Autour, de petites cellules où l'on était comme scellé dans le mur. Chacune à sa porte de fer avait un petit trou où passait le pain, les ordures. Dans cet horrible lieu, visité en 85, on trouve une femme toute nue. Une autre de dix-neuf ans y est dans une basse-fosse, les jambes dans l'eau, au milieu des reptiles. À Saint-Michel-en-Grève, cette funèbre abbaye, la fameuse cage de fer était placée dans le vieil in pace des moines, cave voûtée, pratiquée sous leur cimetière. Le prisonnier avait sur lui les morts. Du cimetière à travers la voûte, l'eau filtrait; il recevait la pluie glacée. V. MM. Le Héricher, Joly, Hippeau (Archives d'Harcourt), Beaurepaire (Antiq. norm., XXIV, 479).[Retour au texte]

Note 21: La maison de la reine, plus splendide que celle du roi, coûtait 4 millions 700,000 livres (V. le budget de 1783, État de la France en 89, par Boileau, p. 412). Ajoutez-y les pensions de certains amis personnels: Dillon, 160,000; Fersen, 130,000; Coigny, 1 million par an (ibidem, p. 338, d'après le Recueil des pensions, imprimé en 90 à l'encre rouge). Coigny avait de plus la Petite Écurie, qu'on supprima; il y perdit 100,000 livres de rente. La reine réduisit 1 million sur sa maison. Le roi en fit autant sur ses gardes, ses chasses, etc. Cette réforme pénible traîna fort, n'arriva qu'au 11 août; l'effet fut manqué.—La reine imaginait qu'une si noble société prendrait bien tout cela. Le contraire arriva. Coigny fit une scène épouvantable au roi et lui lava la tête. Tous parlaient, clabaudaient. Besenval assez durement dit à la reine: «Il est affreux de vivre dans un pays où on n'est sûr de rien. Cela ne se voit qu'en Turquie.» (II, 236).[Retour au texte]

Note 22: Cela est fort curieux. La majorité du Clergé qui écrit ceci, ce n'est pas, comme aux assemblées de cet ordre, l'épiscopat, c'est le clergé inférieur, ce sont surtout ces curés dont plusieurs, sous divers rapports, seront révolutionnaires. Mais ils n'en restent pas moins prêtres. On le voit dans certains articles de la visite des prisons dont parlent les autres ordres. M. Chassin remarque très-bien (livre III, ch. II) que le Clergé n'en parle pas. Il se soucie peu d'introduire le magistrat dans les cruelles prisons d'Église, dans ces ténébreux in pace. Le Clergé et la Noblesse s'accordent pour rester juges, pour garder leurs tribunaux ecclésiastiques, leurs tribunaux féodaux, ces justices qu'on peut dire la moelle même de l'iniquité. Ceux où le Clergé jugeait des questions de mariage, le rendait maître de la femme, de l'homme (à son moment faible), de la famille elle-même.[Retour au texte]