LA CORBEILLE DE MARIAGE
Jacques la releva.
—J'hésitais à vous voir, dit-il.
—Pourquoi cela? demanda Éva en levant ses grands yeux clairs sur le docteur.
—Je craignais, répondit celui-ci, que votre entretien avec M. Didier n'eût fait sur vous une plus vive impression.
—Oh! dit Éva, vous m'aviez déshabituée des choses cruelles, Jacques! L'impression, croyez-vous qu'elle soit moins violente parce que je n'éclate pas en sanglots, parce que je ne me roule pas à vos pieds; vous vous trompez, mon ami. Si vous m'avez trouvée à genoux, c'est que je ne voulais pas vous attendre assise et que je n'étais point assez forte pour vous attendre debout. D'ailleurs, n'étais-je pas prévenue, n'est-ce pas moi-même qui vous ai dit: Si jamais vous vous mariez, ne m'éloignez point pour cela de vous; le prêtre est venu m'annoncer votre mariage; mais il m'a annoncé en même temps que vous me gardiez comme une sœur et comme une amie. Je n'en espérais pas tant. Vous m'avez parlé d'expiation, jusqu'à présent, Jacques, je n'ai rien expié, je n'ai fait que suivre au penchant de votre volonté la route que j'eusse suivie seule. Vous avez employé une partie de ma fortune à des œuvres de charité, c'est ce que j'eusse fait moi-même. Aucune grande douleur qui puisse compenser celle que je vous ai faite n'a véritablement atteint mon cœur. Je commence d'aujourd'hui à marcher au milieu des ronces et des épines, sur des cailloux aigus. Mais que vous ai-je dit? que vous ne vous apercevriez pas de ma souffrance, car j'aurais trop peur de vous lasser si je me laissais aller à ma douleur par mes plaintes et par mes sanglots. Je vous sais gré d'avoir choisi un homme de paix et de pardon pour m'annoncer cette nouvelle; mais, au premier mot qu'il m'a dit, j'ai tout deviné, tout compris, et vous ai remercié du fond du cœur d'avoir eu pour moi ce dernier ménagement inutile. J'eusse mieux aimé tout apprendre de votre bouche. Vous avez craint mes larmes, vous avez redouté mes gémissements, j'allais dire mes reproches. J'oubliais que je n'avais pas de reproches à vous faire. Non! j'eusse eu sur moi-même cette puissance de vous écouter avec le même sourire que j'ai sur les lèvres en vous écoutant à cette heure. J'ai promis, mon ami, je tiendrai jusqu'au bout.
—Merci, Éva, dit Jacques.
Et lui prenant la main il la baisa.
Mais à peine ses lèvres eurent-elles touché la main de la jeune fille, que celle-ci jeta un cri, devint pâle comme une morte et tomba sans connaissance sur une chaise.
Elle avait assez de force pour une douleur, pas assez pour une caresse.
Jacques profita de ce qu'elle avait les yeux fermés pour la regarder avec une incommensurable expression d'amour; peu s'en fallut, car ses bras s'ouvrirent, qu'il ne la prit entre ses bras et ne la serrât contre son cœur.
Mais lui aussi avait une puissante volonté et avait juré d'aller jusqu'au bout.
Il tira un flacon de sa poche, et le lui fit respirer.
Si douloureuse qu'eût été la blessure, elle portait son baume avec elle. Éva rouvrit les yeux, ne prononça pas une parole, mais un double ruisseau de larmes coula sur ses joues et elle murmura:
—Oh! que je suis heureuse. Qu'est-il donc arrivé?
—Je vous laisse seule, Éva, dit Jacques, rappelez-vous!
Et il sortit.
Éva et Jacques ne se revirent qu'au dîner, et il ne fut plus question entre eux de la cause qui avait amené M. Didier à Argenton. Seulement de jour en jour le cercle de bistre qui s'était formé autour des yeux d'Éva allait s'élargissant. Sa pâleur devenait plus mate, et deux ou trois fois Jacques Mérey, se levant sur la pointe du pied, allait écouter à sa porte et l'entendait pleurer.
Lui-même alors, voulant ramener la conversation sur cet objet, parut embarrassé devant Éva, balbutia quelques paroles qu'il n'acheva point, comme s'il eût craint de lui faire une trop grande peine et de lui demander quelque chose au delà de ses forces; aussi ce fut elle-même qui vint au secours de ses désirs.
Un soir qu'il paraissait plus troublé encore que d'habitude, elle s'agenouilla devant lui et, lui prenant les mains:
—Mon ami, dit-elle, vous avez quelque chose à me dire et vous n'osez point. Voyons, parlez, dites-moi tout, fût-ce mon arrêt de mort. Vous le savez, tout ce qui viendra de votre bouche me sera cher.
—Éva, dit Jacques, il va falloir nous séparer pour quelques jours.
Elle tressaillit et sourit tristement.
—Jacques, dit-elle, notre vraie séparation date du jour où vous ne m'avez plus aimée.
—Et cependant, continua Jacques, si vous le vouliez, nous ne nous séparerions pas, même pour ces quelques jours.
—Comment cela? dit-elle vivement.
—Je vais à Paris pour faire des achats, la personne est orpheline, n'a point de parente qui puisse me guider dans l'achat des choses agréables à une femme.
—Eh bien, Jacques, demanda Éva, le cœur gonflé de sanglots, mais commandant encore à son émotion, ne suis-je pas là, moi?
—Le fait est, Éva, reprit Jacques, que, si vous vouliez m'accompagner dans ce voyage, vous me rendriez un grand service.
—Me voilà, partons, plus vous me ferez souffrir, Jacques, plutôt je serai pardonnée de Dieu et de vous.
—Si cependant, reprit vivement Jacques, ce sacrifice est au-dessus de vos forces!
—Il n'y a qu'une chose qui soit au-dessus de mes forces, c'est de ne plus vous aimer.
—Éva!
—Pardon, c'est de toutes les promesses que je vous ai faites celle qui est la plus difficile à tenir; il faut être indulgent pour moi à cet égard, mon ami. Quand partons-nous?
—Demain soir, si vous voulez.
—Ma volonté est la vôtre; demain soir je serai prête.
Jacques envoya retenir les trois places du coupé de la diligence, et le lendemain soir, après avoir été jeter dans la journée un regard sur le château de Chazelay et sur la maison du bois Joseph, qui était prête à recevoir ses maîtres, il partit avec Éva pour Paris.
À cette époque on mettait encore deux jours pour venir d'Argenton à Paris. Jacques arriva à sept heures du soir.
C'était du 15 au 20 juin, c'est-à-dire dans les plus beaux jours de l'année; il faisait clair comme en plein midi. Jacques appela un fiacre, y fit monter Éva, monta derrière elle et dit au cocher:
—Hôtel de Nantes.
Éva tressaillit, elle regarda Jacques d'un œil qui voulait dire:
«Mais vous ne m'épargnerez donc aucune douleur.»
Jacques ne parut pas faire attention à ce regard, mais lui prenant la main, il la serra cordialement en lui disant:
—Éva, vous êtes une bonne créature; on peut se fier à votre parole comme à celle d'un homme.
Quelque effort que fît Éva sur elle-même, au fur et à mesure qu'elle approchait de l'hôtel, cette espèce de tressaillement qu'elle avait eu en entendant donner cette adresse se changea en un tremblement dont elle n'était plus maîtresse.
Jacques demanda les deux chambres qu'il avait déjà occupées; elles étaient libres.
Au pied de l'escalier, les jambes d'Éva lui refusèrent leur secours. Comme avait déjà fait une fois, Jacques la prit dans ses bras et la porta jusqu'à l'entresol.
—Oh! ici, dit-elle en entrant dans la chambre, ici j'ai été bien heureuse: j'ai cru mourir.
Et elle alla s'asseoir sur le lit, les mains étendues sur ses genoux, la tête basse, les yeux pleins de larmes.
—Pardonnez-moi, dit-elle à Jacques; mais pourquoi m'avez-vous conduite ici?
—Parce que c'est l'hôtel où je descends toujours, répondit Jacques, et que j'y ai mes habitudes.
—Pas pour autre chose, demanda Éva, pas pour me faire souffrir?
—Pourquoi me dites vous cela, Éva? ces chambres sont des chambres; quelles traces ont-elles gardées de ce qui s'est passé?
—Vous avez raison, Jacques, mais vous ne pouvez pas empêcher que je me souvienne. Il y avait un grand feu dans cette cheminée, le tapis était inondé d'eau, il y avait çà et là des habits déchirés, vous ne m'aimiez plus, mais du moins vous ne me haïssiez pas encore.
—Je ne vous ai jamais haïe, Éva; je vous ai plainte. Les reproches que je vous ai faits, je me les adressais à moi-même. J'ai trop soigné l'admirable perfection de votre corps; je n'ai point assez développé les forces de votre âme. C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très-grande faute. Mais ne pensons plus à tout cela. Que voulez-vous faire ce soir, Éva? voulez-vous sortir, voulez-vous rester dans cette chambre à regarder les passants?
—Je veux rester dans cette chambre, dit Éva, à regarder dans mon âme. Ne craignez pas que je m'y ennuie; elle est peuplée de souvenirs pour des siècles. Mais assez là-dessus, Jacques, je vous fatigue et je me brise le cœur. Vous avez les mesures prises pour les objets que vous voulez commander?
—Non, mais je tâcherai de trouver une personne qui soit à peu près de la même taille qu'elle.
—Si j'avais le bonheur de ressembler en quelque chose à cette bienheureuse personne, je vous dirais, Jacques: Prenez-moi, vous être utile serait ma plus grande joie.
Jacques regarda Éva, comme si seulement alors il pensait à cette possibilité.
—Ah! par ma foi! dit-il, c'est étrange, vous êtes juste de la même taille, et je suis certain qu'une mesure prise sur vous lui irait admirablement à elle.
—Disposez de moi, Jacques; ne suis-je pas une chose à vous appartenante et dont vous pouvez user à votre loisir?
—Eh bien, demain je donnerai ici rendez-vous aux tailleuses, aux couturières et aux marchands de châles et d'étoffes.
Le lendemain Jacques sortit dès le matin, en recommandant à Éva de se tenir prête pour neuf heures. À huit heures et demie il rentra, fit servir à déjeuner, fut aussi gai et aimable que possible avec Éva, chez laquelle les marchands de modes, les tailleuses, les couturières commencèrent à faire irruption vers dix heures du matin.
Alors, le cœur serré, mais le sourire sur les lèvres, Éva choisit les étoffes pour les robes, les formes pour les chapeaux, les cachemires pour les couleurs, puis vinrent les détails de peignoirs, de jupons, de tout ce monde de femmes enfin, comme l'appelle Juvénal.
Puis vint le tour des bijoux, des bagues, des colliers, des montres, des peignes; puis on passa aux gants, qu'on acheta par douzaines; au linge que Jacques recommanda à Éva de choisir le plus beau possible, et Éva, avec une petite robe de toile de printemps, sans un seul bijou aux doigts ni au cou, un de ces bonnets chiffonnés comme en portent les femmes le matin, choisit pour dix mille francs de bijoux, pour vingt mille francs de châles, pour douze ou quinze mille francs de linge, sans indiquer un seul instant de tristesse ou de jalousie en voyant passer à une autre tous ces trésors de toilette.
L'après-dînée fut employée aux mêmes détails d'une toilette féminine extrêmement élégante: des bas de soie, des jupons, des dentelles, etc. Il lui fallut assortir tout cela à la blancheur du teint, à la couleur des yeux, à la nuance des cheveux. Sous ce rapport, Jacques donna tous les renseignements avec une exactitude qui serra de plus en plus le cœur d'Éva, car elle prouvait quel souvenir fidèle il avait de la personne pour qui tous ces achats étaient faits, et Éva, la chose était visible, avait hâte de quitter Paris; mais il était impossible que toutes ces toilettes fussent livrées avant trois ou quatre jours.
Éva se tint constamment enfermée dans sa chambre de l'hôtel de Nantes.
Le troisième jour, tout était prêt. Jacques commanda des caisses.
—Où donc emportez-vous tout cela? demanda Éva.
—Mais en province, répondit Jacques.
—Ne vous..... mariez-vous point ici? demanda avec hésitation la jeune fille.
—Non, je me marie à Argenton.
—Habiterez-vous..... Argenton? articula Éva.
—De temps en temps, répondit Jacques..... Mais nous avons une maison de campagne pour l'été et une maison de ville à Paris pour l'hiver.
—Il me sera permis de rester à Argenton, n'est-ce pas? demanda Éva, dans la petite chambre de notre petite maison.
Et en disant «notre petite maison», les larmes jaillirent malgré elle de ses yeux.
—Vous resterez où vous voudrez, bonne Éva, lui dit Jacques.
—Oh! bien obscure, bien cachée, bien inconnue, mais près de vous.
—Soyez tranquille, dit Jacques.
Ils repartirent le lendemain pour Argenton, avec toute une corbeille de mariage dont se fût contentée une princesse.
LE PARADIS RETROUVÉ
À leur retour à Argenton, autant Jacques était heureux d'avoir été si bien secondé dans ses achats par Éva, autant celle-ci paraissait triste d'être si fort ressemblante à la femme qu'allait prendre Jacques que l'on pût mesurer les habits de l'une à la taille de l'autre.
Tant que le jour de ce mariage avait été éloigné, Éva l'avait regardé d'un œil assez philosophique; mais au fur et à mesure que ce jour approchait, à l'idée qu'une autre femme allait s'installer dans la maison et matériellement s'emparer de l'homme qu'elle aimait plus que sa vie et pour lequel deux fois elle avait voulu mourir, une souffrance impossible à surmonter s'emparait d'elle. Cette douce quiétude qui était le fond de son caractère avait peu à peu fait place à une sensibilité nerveuse qui ne lui permettait pas de se tenir un seul instant tranquille.
Au moment où on s'y attendait le moins, et où elle s'y attendait le moins elle-même, elle bondissait de sa place, allait d'un bout à l'autre du salon, appuyait sa tête contre un marbre ou contre un carreau de vitre, se tordait les bras, jetait un cri, s'élançait dans le jardin et, au pied du pommier ou sous la tonnelle, restait des heures entières comme abîmée dans sa douleur.
Avec l'été le rossignol avait retrouvé sa plus douce voix. Le soir, elle se levait de la chambre où Jacques étudiait un plan de maison, sortait comme une insensée, allait s'asseoir sous la tonnelle, et, tout à coup, au milieu de ses plus douces mélodies, comme fatiguée de cet hymne au bonheur, elle se levait, le forçait de s'envoler et rentrait en pleurant.
Mis en demeure de lui dire quel jour arrivait sa fiancée, Jacques lui avait indiqué le 1er juillet, ce qui lui donnait encore huit ou dix jours de répit.
Tous les jours en se levant elle prenait une plume et tirait une barre noire sur le jour où elle venait d'entrer. Trois ou quatre jours restaient encore à s'écouler avant le moment fatal, lorsque l'abbé Didier se présenta à la petite maison du docteur avec une jeune fille qui demandait à entrer à l'hospice comme sœur de charité.
Elle était belle, elle avait seize ans, elle était orpheline; jamais elle n'avait senti son cœur battre sous aucune passion, et, heureuse de la vie qu'elle avait menée jusque-là, elle désirait continuer de vivre dans le même calme et la même sérénité.
Pendant que l'abbé Didier et cette jeune fille étaient dans le laboratoire de Jacques, Éva ouvrit la porte et fit signe à l'abbé Didier qu'elle avait quelque chose à lui dire.
L'abbé Didier consulta Jacques des yeux; celui-ci lui donna congé par un signe et l'abbé suivit Éva dans sa chambre.
Un instant après il rentrait et amenait avec lui la jeune sœur qui avait été agréée par Jacques Mérey.
Dans quelques villes, ces douces et inoffensives congrégations avaient été abolies comme les autres ordres religieux; mais, dans cette pieuse partie de la France qu'on appelle le Berri, elles avaient continué de subsister, et les malheureux n'avaient point été privés de ces soins physiques que donnent de blanches et douces mains et de ces consolations spirituelles que donnent de jeunes et douces voix.
Sur quatre sœurs qui devaient se partager le soin des pauvres et des malades de l'hospice de Chazelay, trois avaient déjà été arrêtées, et c'était la troisième qui sortait de chez le docteur avec la promesse formelle d'être reçue.
Tout le reste de la journée, Éva parut plus calme. Au lieu de fuir la présence de Jacques, elle semblait la chercher; à son tour, on voyait qu'elle avait quelque chose à lui dire, quelque grâce à lui demander, mais qu'elle n'osait point.
De son côté, Jacques semblait résolu à ne point l'interroger; il ne fuirait pas une explication mais il n'irait pas au devant.
La journée et la soirée se passèrent ainsi. À dix heures, Éva, pâle, la poitrine haletante, se leva et marcha droit à Jacques dans l'intention de lui parler; mais elle n'en eut point la force, et se détournant elle se contenta de lui tendre la main, de lui dire bonsoir, et de sortir vivement; mais le sanglot qu'elle emportait avec elle refusa d'aller plus loin sans éclater.
Jacques entendit ce sanglot.
Depuis deux jours il voyait ce qu'elle souffrait, et souffrait autant qu'elle; mais il voulait que ce fût sa confiance en lui qui lui desserrât les lèvres, et non pas une prière ou un ordre de sa bouche.
Il resta donc l'œil fixe et l'oreille tendue vers la porte. Il comprit qu'elle s'était arrêtée en entendant le bruit de ses pleurs, qui, au lieu de s'éloigner par l'escalier qui conduisait à sa chambre, continuait de venir du palier.
—Éva, demanda-t-il, pourquoi pleurez-vous ce soir plus amèrement qu'hier ou avant-hier?
Éva rouvrit la porta, rentra toute chancelante et vint s'abattre à ses pieds.
—Je pleure plus amèrement ce soir que les autres jours, dit-elle, parce que je sens qu'il me sera impossible de tenir jusqu'au bout la promesse que je vous ai faite. Je voulais, quelque chose qui arrivât, rester près de vous, mon bon Jacques, mais je serais pour vous une source d'ennuis. Quelle femme, fût-ce une sainte, pourrait me souffrir près de vous, voyant mes yeux chercher vos yeux, mes mains chercher vos mains? Je vous connais toujours bon pour votre pauvre amie, vous ne la repousserez pas, et quelle femme vous aimant ne sera pas jalouse de moi et ne vous rendra pas malheureux par sa jalousie?
—Vous n'avez rien à craindre sous ce rapport, répliqua Jacques, je lui ai tout dit; seulement je n'ai accusé que moi. Jamais, vous pouvez êtes certaine, une observation ne vous sera faite de sa part.
—Vous répondez d'elle, Jacques, et je crois à votre promesse, mais c'est moi alors qui ne pourrais supporter le spectacle que j'aurais sans cesse sous les yeux. Je me trompais, je mentais à vous et à moi-même quand je vous disais que je pourrais vivre près d'elle, sous le même toit qu'elle, être sa dame de compagnie, son amie, au besoin son esclave. S'il y avait une femme capable d'un pareil abandon d'elle-même, croyez-le, Jacques, ce serait moi; mais ce que je ne puis pas nul ne le pourra, non! Il faut sans m'éloigner de vous, Jacques, il faut que je vous quitte. Ô ma pauvre petite maison! Ô mon pauvre nid si doux à mon corps meurtri! Ô chers objets que mes yeux ont été habitués à voir et ne verront plus, c'est demain qu'il faudra vous dire adieu, puisqu'elle arrive après-demain.
Et elle baisait le parquet, et en étendant les bras, elle prenait les pieds du bureau qu'elle serrait contre son front et en faisant deux pas elle allait jusqu'au piano sur les touches duquel elle appuyait ses lèvres.
Jacques étendit le bras, saisit sa main et l'attira vers lui; elle retomba à genoux, appuyée au bras de son fauteuil.
—Mais du moment où vous me dites ça, reprit-il, c'est que vous avez arrêté dans votre esprit un projet quelconque. Quel est ce projet?
—Écoutez, dit Éva; cette jeune fille qui est venue aujourd'hui avec l'abbé Didier m'a ouvert les yeux sur ce que j'avais à faire. Je voudrais, comme elle, revêtir le saint costume des servantes; je voudrais, comme elle, me vouer au service de l'hôpital fondé sur l'emplacement du château où je suis née. Exigez de moi ce que je peux donner, ou demandez-moi ma vie, souffrez que je me rachète, puisque je n'ai pas le courage d'expier.
—C'est là-dessus que vous avez aujourd'hui consulté l'abbé Didier, n'est-ce pas?
—Oui.
—Et que vous a dit ce saint homme?
—Il m'a dit que c'était une inspiration du ciel, qu'il me soutiendrait, qu'il m'encouragerait dans la voie du salut. Puis ce qu'il m'a dit surtout, et ce qui m'a décidée à vous demander grâce pour le reste d'une pénitence que je n'ai pas la force de faire, c'est qu'une fois par semaine au moins vous viendriez visiter les pauvres et qu'alors je vous verrais.
—Mais vous savez, Éva, que les dignes sœurs ne peuvent posséder, et vous êtes riche encore de plus d'un million.
—Comment faire, Jacques, pour me débarrasser de toute cette fortune? N'avez-vous pas ma procuration générale? donnez ou vendez tout, faites ce que vous voudrez. Ce que vous ferez sera bien fait, pourvu que dans la solitude je puisse me vouer aux pauvres, à Dieu et à vous.
—Réfléchissez bien, Éva; si vous alliez vous repentir après avoir endossé le saint costume des filles de Dieu, il serait trop tard.
—Je ne me repentirai pas, soyez tranquille. Cette fois, je suis sûre de moi, je veux.
—Écoutez, réfléchissez jusqu'à demain cinq heures. Demain à cinq heures nous monterons en voiture, je vous conduirai au château de Chazelay; là vous prendrez une dernière fois conseil de l'abbé Didier et je ferai ensuite à votre égard ce que vous désirerez que je fasse.
—Merci, Jacques, merci, dit-elle en saisissant la main de Mérey et en y appliquant de fiévreux baisers.
Puis elle se retira dans sa chambre, passa une partie de la nuit en prières et ne s'endormit qu'au jour.
Lorsqu'en se réveillant Éva demanda Jacques Mérey, on lui dit qu'il était parti dès le matin, mais en la faisant prévenir qu'il reviendrait la chercher à cinq heures du soir.
À cinq heures en effet la voiture s'arrêtait à la porte de la petite maison.
La journée s'était passée pour Éva à prendre congé de tous ses chers souvenirs. Elle emportait des feuilles de tous les arbres, des fleurs de toutes les plantes; elle avait baisé l'un après l'autre tous les meubles de sa chambre et du laboratoire de Mérey. Son intention avait été d'abord de demander d'emporter sa chambre tout entière avec elle. Mais l'abbé Didier avait répondu que c'était impossible, attendu que cela établirait une distinction entre elle et les autres sœurs. Elle n'avait donc pas insisté et n'avait de toute sa chambre pris que le Christ d'ivoire que lui avait donné Jacques.
Le moment du départ fut cruel; elle ne pouvait s'arracher des bras de la bonne Marthe, qui, de son côté, pleurait toutes les larmes de son corps. Enfin, son mouchoir sur les yeux, elle s'élança dans la voiture, dont les deux chevaux prirent aussitôt le galop.
Elle n'était point revenue au château depuis l'heure où elle l'avait quitté avec sa tante pour aller habiter Bourges; il ne lui rappelait donc que de tristes souvenirs, et elle ne regretta aucun des ornements seigneuriaux que l'hospice avait enlevés à la châtellenie.
À la porte, deux personnes paraissaient l'attendre; l'une était Jean Munier, à qui elle tendit doucement la main; l'autre était Joseph le braconnier, à qui elle tendit les deux mains, et à qui elle dit humblement:
—Embrassez-moi, mon père, car vous avez été un père pour moi.
—Et lui? demanda Joseph en montrant Jacques Mérey.
—Lui! dit-elle en lui baisant la main, il a été plus qu'un père, il a été un dieu!
Jacques était déjà à terre. Il tendit la main à Éva qui sauta près de lui.
—Voulez-vous visiter l'établissement dont vous êtes la fondatrice, ma chère Éva? demanda Mérey.
—Volontiers, répondit-elle en s'appuyant à son bras, car tant de sentiments divers s'agitaient en elle que sa tête tournait et que ses jambes ne pouvaient plus la porter.
Il y avait déjà dans l'hôpital quinze ou vingt malades, et dans l'hospice qui faisait le premier étage une dizaine de mères, de veuves avec leurs enfants. Tous ces malades et tous ces malheureux avaient été prévenus que celle qui allait les visiter était l'ancienne propriétaire du château, dont elle avait fait un refuge par miséricorde et par renonciation aux biens de ce monde.
Tous alors l'entourèrent, ceux des malades qui n'étaient pas alités comme les autres; tous la suivirent en l'accablant de bénédictions. Ils traversèrent successivement toutes les salles occupées des deux étages. Éva interrogeait les veuves sur leurs malheurs et les malades sur leurs souffrances.
Elle rencontra la jeune sœur qui était venue la veille avec l'abbé Didier, elle la reconnut et l'embrassa. Puis elle s'éloigna d'elle en jetant un long regard sur son costume si pittoresque et en même temps si triste.
Éva demanda quel était le bâtiment qui était illuminé intérieurement.
On lui répondit que c'était l'église.
—Allons-y, dit-elle.
À l'instant même les enfants se répandirent dans le jardin, cueillirent des fleurs; les mères brisèrent des branches pour représenter les rameaux; les enfants semèrent leurs fleurs depuis la porte de l'église jusqu'au pied de l'autel; les hommes et les femmes formèrent un berceau de feuillage sous lequel passèrent Éva et Jacques.
L'abbé Didier, en costume d'officiant, se tenait devant l'autel; il avait à ses pieds un coussin.
Éva ne douta point qu'il ne l'attendît pour lui faire un discours sur les devoirs de l'état qu'elle allait embrasser par humilité; elle écarta le coussin et se mit à genoux sur la pierre nue.
Alors, au grand étonnement d'Éva, Jacques s'agenouilla à ses côtés.
—Mon père, dit-il, je vous amène non-seulement une sainte, mais une martyre. Je l'aime et je désire qu'en face de toute cette population qui lui doit le repos et la tranquillité, vous nous unissiez tous deux par le saint sacrement du mariage.
Éva poussa un cri qui ressemblait plus à un cri de douleur qu'à un cri de joie; puis, se redressant tout à coup et prenant sa tête entre ses deux mains:
—Est-ce que je deviens folle? dit-elle. Vous tous ici présents, est-ce que cet homme ne vient pas de dire qu'il m'aimait?
—Oui, Éva, je vous aime, répéta Jacques, non pas comme vous méritez d'être aimée, mais autant qu'un homme puisse aimer une femme.
—Ô mon Dieu! mon Dieu! s'écria Éva.
Et elle pâlit et s'affaissa sans connaissance sur le pavé de l'église.
Lorsqu'elle revint à elle, elle se trouva dans la sacristie. Jacques Mérey était à ses genoux et la serrait contre son cœur.
Et l'air retentissait des cris de:
—Vive le docteur Mérey! vive mademoiselle de Chazelay!
Les évanouissements causés par la joie ne sont, quoi qu'on en dise, ni longs ni dangereux.
Au bout de dix minutes, Éva était rentrée dans l'entière possession d'elle-même, à part le doute qu'elle ne fût pas sous l'empire d'un rêve.
À la porte de l'église, la voiture l'attendait. Mais Éva était si faible que Jacques fut obligé de l'y porter dans ses bras. Le cocher savait où il devait aller; il ne demanda aucun ordre, et, au milieu des cris Vive Jacques Mérey! vive mademoiselle de Chazelay, la voiture s'éloigna et tout rentra dans l'obscurité et le silence.
Éva regarda autour d'elle et près d'elle, ne vit rien que Jacques; elle poussa un cri de joie, se jeta dans ses bras et fondit en larmes.
Depuis cette insufflation à la suite de l'asphyxie, insufflation qui avait fini par un baiser, aucune caresse d'amant n'avait été échangée entre Jacques et Éva.
Ils restèrent donc enlacés dans les bras l'un de l'autre, Éva demandant au ciel, si c'était un rêve, que ce rêve ne finît pas.
Tout à coup la portière s'ouvrit, une vive lumière força Éva d'ouvrir les yeux et elle se trouva au milieu de domestiques tenant des flambeaux.
Jacques l'aida à descendre de voiture; elle ignorait complètement où elle était.
À peine avait-elle calculé que le roulement durait depuis cinq minutes que la voiture s'était arrêtée devant cette maison inconnue qu'elle n'avait jamais vue aux environs du château de Chazelay.
Elle monta sur un perron orné de fleurs, entra dans un vestibule orné de candélabres et de vases de Chine dont la forme lui était connue sans qu'elle pût dire cependant où elle les avait vus, autrement que dans la profondeur d'un rêve.
Puis elle passa dans le salon, tout orné de l'ameublement Louis XV qu'elle se rappelait aussi avoir vue; du salon par deux portes on entrait dans deux chambres à coucher.
L'une était la chambre grenat dont, nous l'avons dit, le seul ornement était un grand portrait de femme avec un prie-Dieu au-dessous.
En voyant ce portrait, Éva s'écria:
—Ma mère!
Et elle se jeta à genoux sur le prie-Dieu.
Jacques l'y laissa prier un instant, puis, l'enveloppant de son bras, il la souleva à la hauteur de ses lèvres:
—Mère, dit-il, je te prends ta fille, mais je m'engage à la rendre heureuse.
—Mais où sommes-nous donc? demanda Éva en regardant tout autour d'elle et en voyant à travers les vitres des fenêtres étinceler les lumières d'Argenton.
—Tu es dans la maison du bois Joseph ou dans ta villa Scipion, comme tu aimeras mieux. Ta chambre à coucher, et tu devines au portrait de ta mère que c'est ta chambre à coucher à toi, est juste à l'endroit ou s'élevait la cabane du braconnier Joseph, qui est garde général de tes bois.
—Ah! dit Éva en se jetant au cou de Jacques, tu n'oublies rien, et de tous les souvenirs tu fais une chose sacrée.
On sait que par un corridor les deux chambres à coucher donnaient l'une dans l'autre. Mérey conduisit Éva de sa chambre à coucher dans la sienne.
Éva n'avait encore rien vu qui ressemblât à cela, c'était du Pompéi tout pur. Les peintures dont les murailles étaient couvertes l'occupèrent un instant, puis elle passa dans deux boudoirs qui semblaient des frères jumeaux tant ils étaient pareils l'un à l'autre, excepté par les tableaux dont l'un appartenait à l'école lombarde et l'autre à l'école florentine.
Puis venait une galerie garnie de tableaux appartenant à toutes les écoles.
La visite se termina par les deux salles à manger. Une table à deux couverts était servie dans la salle à manger d'été, et, comme on était aux plus beaux jours, les fenêtres en étaient ouvertes, et de l'endroit où l'on devait s'asseoir on voyait tout à la fois les fleurs, les feuilles des arbres et les étoiles du ciel.
Jacques fit signe à Éva de prendre sa place, lui baisa la main et s'assit devant elle.
Elle soupa sans faire attention qu'elle mangeait. Les émotions de la journée l'avaient affaiblie. Rien ne donne appétit comme les larmes. Tant qu'ils sont malheureux, les malheureux ne veulent pas en convenir; mais, une fois qu'ils ne le sont plus, c'est une vérité reconnue même par eux.
Ce fut là où Jacques Mérey mit Éva au courant de leurs affaires. L'hôpital était bâti et fondé; la villa Scipion ou la maison du bois Joseph était complètement achevée; au mois d'octobre, un hôtel les attendrait à Paris, et de la fortune d'Éva et de celle de Mérey, aussi considérable l'une que l'autre, il restait encore cent mille livres de rentes.
Éva avait voulu fermer l'oreille à tous ces calculs, mais Jacques avait jugé nécessaire de l'informer de toutes choses.
Lorsque le souper fut fini, Jacques reconduisit Éva à sa chambre.
—Ici, dit-il, vous êtes complètement chez vous; les portes ne ferment que de votre côté. Quand vous les laisserez ouvertes, c'est que permission me sera accordée d'y entrer.
Éva le regarda tendrement.
—Jacques, dit-elle, une dernière prière. Retournons ce soir à Argenton.
—Pourquoi cela, chère amie? demanda Jacques.
—Parce qu'il me semble que ce serait une ingratitude de passer la plus heureuse nuit de ma vie hors de la maison où tu m'as créée et où je me suis rachetée.
Jacques prit Éva dans ses bras.
—C'est toi qui n'oublies rien, lui dit-il. Partons pour Argenton, partons à l'instant même.
Et une heure après la porte de la petite maison se refermait sur les deux êtres les plus heureux de la création.
FIN
publiées dans la collection michel lévy
—————
| Acté. | 1 |
| Amaury. | 1 |
| Ange Pitou. | 2 |
| Ascanio. | 2 |
| Une Aventure d'amour. | 1 |
| Aventures de John Davys. | 2 |
| Les Baleiniers. | 2 |
| Le Bâtard de Mauléon. | 3 |
| Black. | 1 |
| Les Blancs et les Bleus. | 3 |
| La Bouillie de la comtesse Berthe. | 1 |
| La Boule de neige. | 1 |
| Bric-à-Brac. | 1 |
| Un Cadet de famille. | 3 |
| Le Capitaine Pamphile. | 1 |
| Le Capitaine Paul. | 1 |
| Le Capitaine Rhino. | 1 |
| Le Capitaine Richard. | 1 |
| Catherine Blum. | 1 |
| Causeries. | 2 |
| Cécile. | 1 |
| Charles le Téméraire. | 2 |
| Le Chasseur de Sauvagine. | 1 |
| Le Château d'Eppstein. | 2 |
| Le Chevalier d'Harmental. | 2 |
| Le Chevalier de Maison-Rouge. | 2 |
| Le Collier de la reine. | 3 |
| La Colombe.—Maître Adam le Calabrais. | 1 |
| Les Compagnons de Jéhu. | 3 |
| Le Comte de Monte-Cristo. | 6 |
| La Comtesse de Charny. | 6 |
| La Comtesse de Salisbury. | 2 |
| Les Confessions de la marquise. | 2 |
| Conscience l'Innocent. | 2 |
| Création et Rédemption.—Le Docteur mystérieux. | 2 |
| Création et Rédemption.—La Fille du Marquis. | 2 |
| La Dame de Monsoreau. | 3 |
| La Dame de Volupté. | 2 |
| Les Deux Diane. | 3 |
| Les Deux Reines. | 2 |
| Dieu dispose. | 2 |
| Le Drame de 93. | 3 |
| Les Drames de la mer. | 1 |
| Les Drames galants.—La Marquise d'Escoman. | 2 |
| Emma Lyonna. | 5 |
| La Femme au collier de velours. | 1 |
| Fernande. | 1 |
| Une fille du régent. | 1 |
| Filles, Lorettes et Courtisanes. | 1 |
| Le Fils du forçat. | 1 |
| Les Frères corses. | 1 |
| Gabriel Lambert. | 1 |
| Les Garibaldiens. | 1 |
| Gaule et France. | 1 |
| Georges. | 1 |
| Un Gil Blas en Californie. | 1 |
| Les Grands Hommes en robe de chambre: César. | 2 |
| —Henri IV, Louis XIII, Richelieu | 2 |
| La Guerre des femmes. | 2 |
| Hist. de mes bêtes. | 1 |
| Histoire d'un casse-noisette. | 1 |
| L'Homme aux contes. | 1 |
| Les Hommes de fer. | 1 |
| L'Horoscope. | 1 |
| L'Ile de Feu. | 2 |
| Impressions de voyage: | |
| En Suisse. | 3 |
| —Une Année à Florence. | 1 |
| —L'Arabie Heureuse. | 3 |
| —Les Bords du Rhin. | 2 |
| —Le Capit. Arena. | 1 |
| —Le Caucase. | 3 |
| —Le Corricolo. | 2 |
| —Le Midi de la France. | 2 |
| —De Paris à Cadix. | 2 |
| —Quinze jours au Sinaï. | 1 |
| —En Russie. | 4 |
| —Le Speronare. | 2 |
| —Le Véloce. | 2 |
| —La Villa Palmieri. | 1 |
| Ingénue. | 2 |
| Isaac Laquedem. | 2 |
| Isabel de Bavière. | 2 |
| Italiens et Flamands. | 2 |
| Ivanhoe de Walter Scott (traduction). | 2 |
| Jacques Ortis. | 1 |
| Jacquot sans Oreilles. | 1 |
| Jane. | 1 |
| Jehanne la Pucelle. | 1 |
| Louis XIV et son Siècle. | 4 |
| Louis XV et sa Cour. | 2 |
| Louis XVI et la Révolution. | 2 |
| Les Louves de Machecoul. | 3 |
| Madame de Chamblay. | 2 |
| La Maison de glace. | 2 |
| Le Maître d'armes. | 1 |
| Les Mariages du père Olifus. | 1 |
| Les Médicis. | 1 |
| Mes Mémoires. | 10 |
| Mémoires de Garibaldi. | 2 |
| Mém. d'une aveugle. | 2 |
| Mémoires d'un médecin: Balsamo. | 3 |
| Le Meneur de loups. | 1 |
| Les Mille et un Fantômes. | 1 |
| Les Mohicans de Paris. | 4 |
| Les Morts vont vite. | 2 |
| Napoléon. | 1 |
| Une Nuit à Florence. | 1 |
| Olympe de Clèves. | 3 |
| Le Page du duc de Savoie | 2 |
| Parisiens et Provinciaux. | 2 |
| Le Pasteur d'Ashbourn. | 2 |
| Pauline et Pascal Bruno. | 1 |
| Un Pays inconnu. | 2 |
| Le Père Gigogne. | 1 |
| Le Père la Ruine. | 1 |
| Le Prince des Voleurs. | 2 |
| Princesse de Monaco. | 2 |
| La Princesse Flora. | 1 |
| Propos d'Art et de Cuisine. | 1 |
| Les Quarante-Cinq. | 3 |
| La Régence. | 1 |
| La Reine Margot. | 2 |
| Robin Hood le Proscrit. | 2 |
| La Route de Varennes. | 1 |
| Le Saltéador. | 1 |
| Salvator (suite des Mohicans de Paris). | 5 |
| La San-Felice. | 4 |
| Souvenirs d'Antony. | 1 |
| Souvenirs dramatiques. | 2 |
| Souvenirs d'une Favorite. | 4 |
| Les Stuarts. | 1 |
| Sultanetta. | 1 |
| Sylvandire. | 1 |
| Terreur prussienne. | 2 |
| Le Testament de M. Chauvelin. | 1 |
| Théâtre complet. | 25 |
| Trois Maîtres. | 1 |
| Les Trois Mousquetaires. | 2 |
| Le Trou de l'enfer. | 1 |
| La Tulipe noire. | 1 |
| Le Vicomte de Bragelonne. | 6 |
| La Vie au Désert. | 2 |
| Une Vie d'artiste. | 1 |
| Vingt Ans après. | 3 |
Émile Colin.—Imprimerie de Lagny.