Dans le dialogue entre Rachel et sa mère, puis entre la tragédienne et l'auteur, il n'y a pas une seule phrase qui n'ait subi quelque changement, soit par retranchement, soit par addition. La fin manque dans l'original et Paul de Musset l'a remplacée par une phrase de sa façon[90].
51*.—Lundi, nuit (1839?). «Ma chère marraine, je suis allé deux fois chez vous aujourd'hui». Souvenirs, p. 183.
52*.—Mardi (1839). «Je vous avais écrit une lettre qui commençait ainsi». Souvenirs, p. 185.
53.—Mercredi soir (1839?). «J'ai profondément réfléchi et j'ai découvert que ce n'était pas la peine». Souvenirs, p. 194. Textuel.
54*.—S. D. (1839?). «Votre conseil était bon, chère marraine; venant de vous, il devait l'être». Souvenirs, p. 187.
F.—(Fin mars 1840). «Comment allez-vous, ma chère marraine, et que faites-vous?» Œuvres posthumes, p. 208. Textuel.
G.—Jeudi soir (juin 1840). «Voilà comme vous êtes, vous autres femmes». Œuvres posthumes, p. 211. Nombreuses coupures; plus de la moitié de la lettre est supprimée.
H.—31 juillet 1840. «Si vous savez pourquoi vous répondez vite et bien». Œuvres posthumes, p. 213. Nombreuses coupures et un dessin supprimé. (Tombeau d'un homme qui est allé à l'Opéra-Comique).
55.—9 octobre 1840. «Vous êtes à la campagne, vous, je suis à Paris, moi.» Souvenirs, p. 202. Quelques mots changés.—Illustration, 22 mai 1880.
56.—19 octobre 1840. «Encore une raison qui fait que je vous réponds tard». Souvenirs, p. 203. Seulement les vingt premières lignes de cette lettre, qui a huit pages et est ornée d'un dessin. (Rachel me lance un coup d'œil à la Hermione).
57*.—Lundi matin (janvier 1841?).—«Madame, je rentre de ma garde, et, à propos d'une baliverne». Souvenirs, p. 220.
I.—13 avril 1841. «Je ne puis aller ce soir chez vous, ma chère marraine». Œuvres posthumes, p. 222. Textuel.
58.—(Juin 1841?). «Ai-je besoin de vous dire, ma petite et blonde marraine, qu'une note de vous». Cette lettre est publiée dans les Souvenirs, p. 218, comme étant une lettre complète; mais sur une copie écrite par Paul de Musset, en outre des nombreuses variantes, cela ne formerait que la seconde partie d'une autre lettre, du 28 octobre 1844, que l'on, trouvera p. 204 des mêmes Souvenirs (no 64).
59.—(2 avril 1842). «Madame, si un atome de moi vivait encore». Souvenirs, p. 108. Textuel.
60*.—(Juin ou juillet 1842?). «Eh bien, madame, vous ne vouliez pas le croire». Souvenirs, p. 196.
J.—Mardi, 26 (juillet 1842). «J'ai grogné tout mon saoul, mais je ne veux pas écrire». Œuvres posthumes, p. 167. Nombreux changements, plusieurs suppressions.
61*.—Lundi (octobre 1842). «Il faut que je vous aime terriblement, madame». Souvenirs, p. 212.
62*.—Vendredi (octobre 1842). «Ainsi Uranie n'a pas lu la Revue». Souvenirs, p. 209.
63*.—(Novembre 1842?). «Voilà mon frère qui me dit:—Aujourd'hui vendredi». Souvenirs, p. 215.
K.—23 novembre (1842). «Je remercie d'abord la plus petite de toutes, de n'avoir pas oublié son ancienne coutume». Œuvres posthumes, p. 225. Nombreuses coupures.
64*.—Vendredi, 28 (octobre 1844). «Ce qui fait qu'on n'a pas répondu plus tôt à sa marraine, c'est que le fieux». Souvenirs, p. 204. Voir no 58.
65.—(1851). Billet. Souvenirs, p. 224.
66*.—S. D. «Est-ce que nous sommes brouillés aussi, marraine». Souvenirs, p. 207.
67*.—S. D. Dimanche. «Je ne suis pas content, marraine, je suis ennuyé et dérangé». Souvenirs, p. 217.
68*. S. D. «Madame, il vous est arrivé certainement très souvent de souffler dans un ballon sec». Souvenirs, p. 194. Le Temps, 12 janvier 1881.
69*.—S. D. «J'ai besoin d'un renseignement musical que ma sœur me dit ne pas pouvoir me donner». Souvenirs, p. 176.
70*.—S. D. «Mon grand-père avait fait un jour acquisition de deux petits bœufs d'airain». Souvenirs, p. 180. Une phrase changée.
71.—S. D. «Voulez-vous, madame, être assez bonne pour me renvoyer les romances de M. Cervini». Inventaire des Autographes Fillon. Séries V à VIII. Étienne Charavay, 1878. In-8o, p. 147.
Levrault (Mme), banquier, à Strasbourg.
Trois lettres publiées dans les Annales de l'Est, no 4, octobre 1887.
72. Bade, 18 septembre 1834. «Madame, vous avez peut-être déjà reçu du directeur de la Revue des Deux-Mondes un mot d'avis».
73.—Bade, septembre 1834. «Madame, j'ai écrit à Paris pour qu'on me fasse passer quelqu'argent».
74.—Strasbourg, octobre 1834. «Madame, je pars à l'instant et je ne puis vous remercier moi-même».
Liszt (Frantz).
Deux lettres publiées dans Études et Récits sur Alfred de Musset, par Mme la vicomtesse de Janzé. Plon, 1871. 1 vol. in-12.
75.—20 juin 1836. «Votre lettre, mon ami, m'a fait double plaisir», p. 20.
76.—Novembre 1836. «Je voulais aller vous voir aujourd'hui, mon cher Liszt», p. 192.
Marette (Monsieur), à Paris.
77.—31 mars 1840. Billet par lequel il le prie de remettre ses appointements au porteur. Nouvelle Revue, 15 janvier 1899.
Mérimée (Prosper).
78.—1832. «Au moment de terminer mes épreuves, j'ai oublié de vous demander une autorisation». Revue rétrospective, 1er mai 1891.
Montalivet (le Comte de).
79.—23 octobre 1838. «Monsieur le Comte, permettez-moi de vous témoigner la vive reconnaissance». Nouvelle Revue, 15 janvier 1899.
Musset (Mme Edmée de), sa mère.
80.—14 septembre 1848. «Je ne pouvais, ma chère mère, recevoir une meilleure nouvelle». Nouvelle Revue, 15 janvier 1899, fragment.
Musset (Paul de), son frère.
81.—1er décembre 1842. «Je te remercie de tout mon cœur, mon cher ami, de la bonne lettre que tu m'écris». Biographie d'Alfred de Musset par Paul de Musset. Charpentier, 1877. In-12, p. 283. Deux coupures.
Péhant (Émile), à Nantes.
82.—29 novembre 1854. «Monsieur, je n'avais point oublié votre nom, mais je ne savais pas que vous habitiez Nantes.» Jeanne la Flamme, par Émile Péhant. Hachette, 1872. In-12, p. IX.
Renduel (Eugène), éditeur.
Deux lettres, publiées dans Le Romantisme et l'éditeur Renduel, par Adolphe Jullien. Charpentier, 1897, 1 vol. in-12.
83.—9 septembre 1832. «Monsieur, je voudrais bien que vous m'écrivissiez franchement», p. 172.
84.—Lundi, 1832. «Voilà qui s'appelle agir d'une façon aimable», p. 174.
Sainte-Beuve.
85.—(1829). «Je ne vais pas vous voir, mon ami, c'est que je ne le puis». Indépendance belge, 23 mai 1880.—Revue hebdomadaire, 1er août 1896.
86.—9 septembre 1829. «Voilà un f... temps pour la chasse, mon ami». Catalogue de la librairie Detaille, 1er mai 1887. Le Pays, 3 février 1888. Le Constitutionnel, 9 février 1888. Longs fragments.
87.—27 avril 1834. «J'ai à vous remercier, mon cher Sainte-Beuve, de l'intérêt». Cosmopolis, mai 1896, p. 435.
88.—(Novembre 1834). «Je vous suis bien reconnaissant, mon cher ami, de l'intérêt». Cosmopolis, mai 1896, p. 435.
Sand (Mme George).
Les lettres écrites par George Sand à Alfred de Musset sont publiées dans la Revue de Paris du 1er novembre 1896, puis réunies à celles adressées à Sainte-Beuve, à la librairie C. Lévy, 1897. 1 vol. in-12. Celles d'Alfred de Musset à George Sand paraîtront assurément quelque jour; où et quand, je l'ignore. En attendant cette publication, on en trouvera de nombreux extraits dans:
1o Revue politique et littéraire (Revue Bleue), 15 octobre 1892. George Sand et Alfred de Musset, par E. Grenier.
2o Alfred de Musset par Mme Arvède Barine. Paris, Hachette, 1892. 1 vol. in-12.
3o Cosmopolis, revue internationale, 1er mai et 1er juin 1896. La Véritable Histoire de «Elle et Lui», par M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul. Ces deux articles, réunis en volume et considérablement augmentés, ont été publiés à la librairie Calmann Lévy, 1897. 1 vol. in-12.
4o Revue Hebdomadaire, 1er août 1896. Un roman vécu à trois personnages, par le docteur Cabanès. Joint à la 2e Série de Le Cabinet secret de l'histoire, du même auteur. Librairie A. Charles, 1897. 1 vol. in-8o, orné des portraits de G. Sand et du docteur Pagello, et de fac-similés d'écriture.
5o La Revue de Paris, 15 août 1896. Alfred de Musset et George Sand, par M. Clouard. Publié séparément et augmenté. Imprimerie Chaix, 1896. Br. in-8o avec deux portraits de G. Sand, dessinés par Alfred de Musset et un fac-similé, suivi d'un Index bibliographique. Cette notice, jointe au présent volume, renferme de nouveaux documents inconnus jusqu'à ce jour, pris sur les originaux.
J'omets avec intention un livre signé Paul Mariéton. Les textes cités dans cet ouvrage sont, d'une façon générale, absolument inexacts: la copie qui servit à M. Mariéton a été écrite par moi, et lui a été communiquée à mon insu, malgré les promesses faites, par la personne à laquelle je l'avais confiée. Cette copie a été prise sur celle arrangée par George Sand, qui est fort incomplète et présente de grandes différences de texte avec une autre copie qu'on m'affirme avoir été prise sur les originaux.
Je n'entrerai pas ici dans le détail de tous ces extraits et me bornerai à indiquer seulement ce qui est complet.
89.—Août 1834. «Je t'envoie ce dernier adieu, ma bien aimée». L'Homme Libre, 14 avril 1877. Très long fragment.
A.—George Sand. 19 avril 1838. «Mon cher Alfred, j'ai reçu ta lettre la veille de mon départ de Nohant». Véritable Histoire de «Elle et Lui», etc..., 1897, p. 130.
B.—George Sand. 30 avril 1840. «Elle (la correspondance) est à Nohant, dans un coffre dont j'ai les clefs ici». Cosmopolis, mai 1896, p. 445.
C.—George Sand. Vendredi (mai 1840). «Les lettres sont arrivées. Si vous voulez venir». Cosmopolis, mai 1896, p. 445.
Schozko (Mme Olympe).
90.—S. D. «Madame, mon ami Alfred Tattet dîne aujourd'hui avec la M.» Gazette de Paris, 12 juillet 1857. Les noms propres sont supprimés.
91.—Février 1836. «Pichrocholine, avez-vous bien dormi?» Gil Blas, 26 mai 1880. L'Événement, 8 décembre 1897.
Second (Albéric).
92.—14 septembre 1848. «Monsieur, les apparences, je le vois, sont trompeuses, car votre sous-préfecture». La Comédie Parisienne, 10 mai 1857.
Tattet (Alfred).
93.—12 novembre 1834. «Tout est fini. Si par hasard on vous faisait quelques questions». La Revue de Paris, 15 août 1896.
94.—20 juillet 1835. «Votre lettre, mon cher Alfred, est arrivée comme je n'étais pas à Paris». La Revue de Paris, 15 août 1896. Deux coupures, relatives à une affaire personnelle à M. A. Tattet.
95.—(1838). «J'apprends, mon cher Alfred, que vous avez manqué plusieurs fois». La Revue de Paris, 15 août 1896.
96.—Vendredi, 17 (août 1838). «Tout ce que je puis vous dire, mon cher Alfred». Le Figaro, 6 avril 1883. Fragment.
97.—14 mai 1844. «Mon cher ami, je viens d'avoir une fluxion de poitrine». Le Figaro, 6 avril 1883. Fragments.
98.—Mirecourt, 18 mai 1845. «Votre lettre est bien aimable, mon cher Alfred». Le Figaro, 6 avril 1883 et La France, 7 avril 1883. Fragments.
99.—20 août (1845). «Ecce iterum Crispinus. Me voilà à Paris, mon cher Alfred». La France, 7 avril 1883. Fragment.
A.—17 octobre 1845. «Mon cher Alfred, parmi les raisons qui m'ont empêché d'aller vous retrouver». Le texte publié dans les Œuvres Posthumes d'Alfred de Musset, p. 234, offre de nombreux changements avec l'original; le Figaro, du 6 avril 1883, donne tout le début correctement.
100.—Jeudi, 15 (1848). «Mon cher ami, je trouve ce matin le nom de votre oncle». Le Figaro, 6 avril 1883. Fragment.
Tattet (Madame Caroline).
101.—Angers, 6 octobre (1848?) «Madame, je reçois votre très aimable lettre au retour de plusieurs endroits». Le Figaro, 6 avril 1883 et La France, 7 avril 1883. Fragments.—En entier dans la Gazette Anecdotique du 30 juin 1885, qui l'emprunte au précédent numéro des Annales Politiques et Littéraires.
Vigny (Alfred de).
102.—Mercredi, 20 (octobre 1829). Fragment d'une lettre par laquelle il lui demande un billet pour la première représentation d'Othello.—Revue des Autographes, no 176. Avril, 1895. Paris, Gab. Charavay, no 186.
Quatre lettres publiées dans Études et Récits sur Alfred de Musset, par Mme la vicomtesse de Janzé. Plon, 1891. 1 vol. in-12.
103.—17 décembre (1829). «Mon cher monsieur, puis-je espérer que vous voudrez bien venir entendre», p. 70.
104.—(19 décembre 1829). «Que vous êtes bon d'être venu», p. 71.
105.—Mercredi (1831). «Je suis comme ces femmes enceintes qui croient toujours», p. 71.
106.—S. D. Fragment: «Une troupe d'oiseaux de passage», p. 73.
107.—6 août 1832. Il le remercie d'une soirée qu'il lui a fait passer chez ses cousines. Catalogue de lettres autographes. Vente le 15 novembre 1899, hôtel Drouot. Paris, Noël Charavay, 1899. In-8, no 116. Fragment.
Destinataires inconnus.
108.—S. D. «Madame, j'ai une faveur à vous demander pour un de mes amis». L'Autographe, 15 février 1865.
109.—29 août 1854. «Monsieur, il m'est absolument impossible de rien comprendre à l'erreur singulière». Miscellanées Bibliographiques. Rouveyre, 1878. In-8o, p. 90.
110.—S. D. Billet à une dame: «Je suis tout à vos ordres, madame, mais vous les donnez de telle façon, que vous me permettrez de remercier avant d'obéir.—Alfred de Musset». Catalogue de lettres autographes, vente Hôtel Drouot, le 27 novembre 1888. Paris, Ét. Charavay. In-8o, no 128.
111.—Sous le numéro 1195 des Nouvelles acquisitions françaises, est déposé à la Bibliothèque Nationale, à Paris, un paquet cacheté renfermant une correspondance, qui ne devra être ouvert et le contenu publié qu'en 1910.—Voir p. 214.
D'autres lettres d'Alfred de Musset doivent encore avoir été imprimées. Puissent de plus habiles chercheurs les découvrir et les ajouter à cette nomenclature assurément incomplète.
NOTE
Le Musée Français de mars 1858, publie, page 5, le texte de ce billet d'Alfred de Musset à Béranger:
«Je vous aime, d'abord parce que vous vous appelez Béranger; je vous aime aussi et beaucoup, parce que vous avez fait le Voyage imaginaire, le voyage de Grèce; j'aime tant les Grecs.
«Alfred de Musset.»
Ceci a dû être écrit en 1828, mais il faudrait retrouver l'original avant que de l'admettre comme authentique.
ALFRED DE MUSSET
BIBLIOTHÉCAIRE DU MINISTÈRE
ET
LAURÉAT DE L'ACADÉMIE
BIBLIOTHÉCAIRE DU MINISTÈRE
ET
LAURÉAT DE L'ACADÉMIE
I
En 1838, Alfred de Musset, déjà célèbre comme poète et écrivain dramatique, après les Contes d'Espagne et d'Italie, et les trois volumes d'Un Spectacle dans un Fauteuil, venait de publier ses contes et ses nouvelles, dans la Revue des Deux-Mondes, montrant ainsi une nouvelle face de son talent. Mais cela donnait plus de gloire que de profit: ce que lui rapportaient ses écrits, et la rente qu'il tenait de sa famille assuraient certainement sa vie matérielle; mais l'auteur de Frédéric et Bernerette n'eût pas été mécontent de trouver un emploi qui lui laissât la faculté de travailler à sa guise, et dont les émoluments lui eussent permis de satisfaire toutes ses fantaisies.
Cet emploi vint s'offrir de lui-même: Sa Majesté Louis-Philippe, voulant améliorer les divers services des Bibliothèques de la Maison du Roi, chargea M. Vatout, son bibliothécaire et secrétaire particulier, de les réorganiser[91]. Bien qu'il dût connaître M. Vatout, qui remplissait ces fonctions de secrétaire depuis de longues années et qu'il n'était pas sans avoir rencontré à Neuilly, Alfred de Musset préféra s'adresser à son ancien condisciple, le duc d'Orléans, dont la haute protection ne pouvait lui faire défaut:
—Les journaux annoncent, écrivait-il au duc, que M. Vatout est chargé de la réorganisation des Bibliothèques de la Maison du Roi: «J'ose recourir à la bonté de Votre Altesse et la supplier de me recommander à M. Vatout. J'espère en cette occasion que Votre Altesse Royale me pardonnera de l'importuner et qu'elle ne voudra bien voir dans les demandes que je lui adresse qu'un désir de cultiver, grâce aux bontés de Votre Altesse, des goûts qui ont dirigé toutes mes études et auxquels ma position ne me permet pas de me livrer entièrement[92]».
Le duc d'Orléans avait à cœur de réparer l'accueil déplorable fait par son père au sonnet Au Roi, après l'attentat de Meunier; aussi, la réponse ne se fit point attendre, et dans une lettre en date du 22 octobre 1838, M. de Montalivet, en même temps que ses félicitations, adressait à Alfred de Musset copie de l'arrêté suivant:
«Ministère de l'Intérieur.
«ARRÊTÉ:
«Nous, pair de France, ministre secrétaire d'État au département de l'Intérieur,
«Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:
«Article Ier.—M. Alfred de Musset est nommé Conservateur de la Bibliothèque du Ministère de l'Intérieur, de la collection des médailles et du dépôt des ouvrages publiés à Paris et dans les départements.
«Art. II.—M. Alfred de Musset jouira en la dite qualité et à partir du 1er novembre prochain, d'un traitement annuel de trois mille francs, qui sera imputé sur le crédit du chapitre 1er du budget de notre ministère.
«Art. III.—Le Secrétaire Général du Ministère et le chef de division de comptabilité générale, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.
«Fait à Paris, le 19 octobre 1838.
«Montalivet».
La lettre du Ministre était accompagnée d'une lettre de son Secrétaire Général:
«Paris, 22 octobre 1838.
«Monsieur,
«Je ne puis laisser partir la lettre de M. de Montalivet, qui vous annonce votre nomination de Conservateur de la Bibliothèque du Ministère de l'Intérieur, sans y joindre un témoignage de la satisfaction que cette décision m'a fait éprouver. Quand vous viendrez au Ministère, je vous prie de prendre la peine de passer à mon cabinet. Je désirerais causer avec vous de différentes choses relatives à vos nouvelles fonctions.
«Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
«Edmond Blanc».
«A monsieur Alfred de Musset.»
Alfred de Musset s'empressa d'adresser ses remerciements au Ministre:
«Paris, 23 octobre 1838.
«Monsieur le Comte,
«Permettez-moi de vous témoigner la vive reconnaissance dont me remplit la lettre pleine de grâce et de bonté par laquelle vous voulez bien me prévenir de la décision que vous venez de prendre à mon égard. Je ne puis répondre à la faveur dont vous m'honorez qu'en vous suppliant de croire que je m'estimerai heureux si mes services peuvent être de quelqu'utilité.
«Veuillez aussi être persuadé, Monsieur le Comte, que si mon travail et mes efforts peuvent jamais me conduire à quelque succès, je n'oublierai en aucune circonstance que c'est à vous que je le devrai.
«Je suis avec le plus profond respect, Monsieur le Comte, votre très humble et très dévoué serviteur.
«Alfred de Musset».
Cette nomination fit quelque peu crier, parce que c'était encore un rédacteur de la Revue des Deux-Mondes, déjà très favorisée, qui en était le bénéficiaire:
«Une feuille littéraire transformée en feuille des bénéfices.
«Voici la liste des grâces accordées aux rédacteurs de la Revue des Deux-Mondes:
M. Buloz, nommé commissaire royal près le Théâtre Français.
M. Loeve-Weimars, nommé secrétaire d'ambassade.
M. Lerminier, nommé maître des requêtes.
M. Edgard Quinet, nommé professeur de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Rennes.
M. Gustave Planche, nommé professeur de littérature anglaise à la Faculté des Lettres de Bordeaux. M. Marmier, nommé professeur à la Faculté de Montpellier.
M. Alfred de Musset, nommé Bibliothécaire du Ministère de l'Intérieur.
M. Henri Blaze, attaché à l'ambassade de Danemarck.
On ne dit pas ce qu'a obtenu le portier de l'établissement».
Telles sont les réflexions émises par le Charivari du 17 octobre 1838. Mais on était unanime à trouver juste que l'auteur du poème sur la Naissance du Comte de Paris reçût une récompense, lui qui, admis dans l'intimité du Duc d'Orléans, s'était jusqu'à ce jour tenu à l'écart et n'avait pas profité de l'amitié que lui portait le fils du Roi, non plus que des relations de sa famille avec celle du Prince[93], pour se faire donner quelque sinécure largement rétribuée.
Peu de jours après sa nomination, Alfred de Musset eut une première entrevue avec M. Edmond Blanc, et, n'ayant pas reçu les indications qui lui avaient été promises, il lui écrivait de nouveau:
«4 novembre 1838.
«Monsieur le Secrétaire Général,
«Lorsque vous m'avez fait l'honneur de me recevoir, vous avez eu la bonté de me dire que je recevrais de votre part quelques indications relatives à la bibliothèque du ministère. C'est à partir du 1er novembre que mes fonctions devaient commencer. La crainte que vos nombreuses occupations ne me fassent oublier, et l'ignorance où je suis du lieu même où je dois me présenter, me font prendre la liberté de vous rappeler la promesse que vous avez bien voulu me faire.
«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec la plus haute considération,
«Votre très humble et très dévoué serviteur,
«Alfred de Musset.
«59, rue de Grenelle-Saint-Germain».
Une seconde entrevue eut vraisemblablement le résultat désiré et Alfred de Musset y reçut les instructions complémentaires qu'il demandait, car il entra bientôt en fonctions; il est juste de dire qu'elles lui laissaient de si grands loisirs, qu'au ministère même, bien des personnes ne se doutaient pas qu'il y eût un bibliothécaire. C'était à ce point qu'Alfred de Musset ne venait pas toujours chercher lui-même ses appointements comme le témoigne ce billet que je copie parmi deux ou trois autres analogues[94].
«Monsieur Marette, au Ministère de l'Intérieur.
«Je serai obligé à Monsieur Marette s'il veut avoir la complaisance de remettre au porteur de cette lettre mes appointements du mois de mars.
«Son très humble serviteur,
«Alfred de Musset».
«31 mars 1840».
J'ajouterai que cette légende subsiste encore aujourd'hui dans les bureaux du ministère de l'intérieur, qu'un jour, un des amis du poète l'ayant rencontré à la porte du ministère et lui ayant demandé: «Que faites-vous là?» Musset aurait répondu: «Je suis venu voir si ma bibliothèque existait réellement».
Personne, du reste, ne lui adressait le moindre reproche et je n'ai trouvé que l'Artiste qui, dans sa livraison du 27 mars 1842, ait essayé une légère protestation.... en faveur de Paul de Musset:
«.....A vrai dire, et tout en applaudissant de grand cœur à cette mesure, qui nous semble très juste et très digne, nous concevrions plutôt que cette place eût été donnée au frère de l'auteur de la Confession d'un Enfant du Siècle, à M. Paul de Musset, qui a fait tant d'ingénieuses et spirituelles esquisses de la Fronderie et qui a donné la preuve au moins d'une réelle et intelligente érudition historique.—Vauve des Roys.»
*
* *
En 1845, Alfred de Musset fut nommé Chevalier de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur:
«Paris, ce 30 avril 1845.
«Monsieur,
«J'ai l'honneur de vous informer que, par une Ordonnance signée le 24 courant, le Roi vous a nommé Chevalier de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur.
«Je me félicite, Monsieur, d'avoir à vous transmettre ce témoignage de la bienveillance de Sa Majesté et de l'estime qu'elle fait de vos travaux.
«Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
«Le Ministre de l'Instruction publique,
«Salvandy.
«A Monsieur Alfred de Musset, homme de lettres».
Et le 1er mai paraissait cet entrefilet au Moniteur Universel (p. 1144), car l'insertion des nominations dans l'ordre de la Légion d'Honneur ne devint obligatoire qu'à dater du 19 juillet 1845.
«MM. de Balzac, Frédéric Soulié et Alfred de Musset viennent d'être nommés membres de la Légion d'Honneur».
Dans son Courrier de Paris, l'Illustration du 3 mai 1845 commente ainsi cette triple nomination:
«.....On annonce que le gouvernement vient de donner la croix d'honneur à MM. de Balzac, Alfred de Musset et Frédéric Soulié. Un journal félicite le Ministère, qui, spontanément et sans y être sollicité par MM. de Balzac, Musset et Soulié, a fait cette galanterie aux trois écrivains, bouquet de fête du 1er juillet. Assurément, MM. Musset, Soulié et Balzac ont plus d'esprit et de talent qu'il n'en faut pour se passer d'une croix et d'un ruban, mais puisqu'ils ne l'ont pas demandée et qu'on la leur donne, ils n'ont rien à se reprocher. Ce sont de ces petits cadeaux qui ne font plus guère de tort à personne et qui entretiennent l'amitié. Peut-être est-ce un acte de contrition que fait le gouvernement pour tant de croix attachées sur tant de poitrines équivoques? Peut-être aussi commence-t-on à reconnaître que le plus sûr moyen d'honorer la croix d'honneur, après tant de croix jetées à la faveur aveugle et à la vanité mendiante, et de décorer les hommes qui la méritent véritablement, consisterait à la donner à ceux qui ne la demandent pas.....»
*
* *
Le 24 février 1848, éclata la Révolution qui renversa Louis-Philippe, et le lendemain entrait en fonctions un gouvernement provisoire composé de MM. Alphonse de Lamartine, Adrien Crémieux, Marie, Garnier-Pagès, Dupont (de l'Eure), Ledru-Rollin et Arago.
Le 20 avril 1848, le Moniteur Universel publiait un premier décret réglementant la bibliothèque du Ministère de l'Intérieur.
Le 5 mai, paraissait au même Moniteur Universel, un nouveau décret:
«Au nom du Peuple Français,
«Le Gouvernement Provisoire,
«Considérant que la réorganisation générale des services publics doit entraîner de nombreuses réformes et suppressions d'emplois;..................................................
«Décrète ce qui suit:
«Article I.—Les fonctionnaires et employés qui, du 25 février au 25 juillet de la présente année, auront été réformés, pour cause de suppression d'emploi, de réorganisation ou par toute autre mesure administrative qui n'aurait pas le caractère de révocation ou de destitution, pourront obtenir pension s'ils réunissent vingt ans de services, dont quinze ans au moins entièrement accomplis dans la partie active ou vingt-cinq ans indistinctement accomplis dans la partie active ou sédentaire.
«Cette pension sera calculée pour chaque année de service civil à raison d'un soixantième du traitement moyen des quatre dernières années d'exercice. En aucun cas, elle ne devra excéder le maximum de la pension de retraite affectée à chaque emploi.
«Art. II.—Ceux des fonctionnaires et employés réformés qui ne comporteront pas la durée de service exigée par l'article précédent, obtiendront une indemnité temporaire réglée dans les proportions fixées par le dit article et dont la jouissance sera limitée à un temps égal à celui de la durée de leur service dans le ministère ou l'administration où se terminera leur activité.
«Art. III.—
«Fait à Paris, le 2 mai 1848, en Conseil de Gouvernement.
«Les Membres du Gouvernement Provisoire:
«Dupont (de l'Eure), Arago, Flocon,
Lamartine, Albert Crémieux,
Garnier-Pagès, Armand Marrast,
Marie, Louis Blanc, Ledru-Rollin.
«Pour copie conforme:
«Le Chef du Secrétariat,
«B. Saint-Hilaire».
Trois jours plus tard, étaient signés ces deux arrêtés, qu'on évita soigneusement de publier[95]:
«RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
«Paris, 5 mai 1848.
«Au nom du Peuple,
«Le Ministre de l'Intérieur arrête:
«Le citoyen Alfred de Musset, bibliothécaire au Ministère de l'Intérieur, est révoqué de ses fonctions.
«Ledru-Rollin».
«RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
«Paris, 5 mai 1848.
«Au nom du Peuple,
«Le Ministre de l'Intérieur arrête:
«Le citoyen Marie Augier est nommé aux fonctions de bibliothécaire au Ministère de l'Intérieur; il jouira d'un traitement de 3,000 francs à partir du 1er mai courant.
«Ledru-Rollin».
On voit, par ces textes, que le citoyen ministre appelait les choses par leur nom et aimait les situations nettes[96]. Mais était-ce bien Ledru-Rollin le véritable auteur de cette révocation? Il est permis d'en douter. Nul n'ignore que le ministre de l'Intérieur avait pour conseiller intime l'héroïne de Venise qui, subitement éprise des théories socialistes, venait de se lancer dans la politique et stupéfiait ses concitoyens par les principes qu'elle émettait dans les Bulletins de la République. Ce simple rapprochement de noms suffit, ce me semble, pour indiquer la part de responsabilité qui incombe à chacun. Et, même en admettant que George Sand n'eût pas demandé la destitution de Musset, qu'elle ait simplement laissé faire Ledru-Rollin qui la signa pour lui complaire, elle eut un tort immense, car il y allait de son honneur d'empêcher cet acte, pour ne pas être accusée de basse vengeance, et si elle ne le pouvait, elle eût au moins dû protester publiquement, afin d'éviter tout soupçon.
L'arrêt qui le frappait fut notifié à Alfred de Musset par cette lettre qui ne lui parvint que dans les premiers jours du mois de juin, M. Recurt, docteur-médecin, étant Ministre de l'Intérieur, M. Ledru-Rollin ayant été révoqué le 11 mai 1848[97]:
«Citoyen,
«J'ai le regret de vous annoncer que par un arrêté du 5 mai courant, le Ministre vous a admis à faire valoir vos droits à la retraite.
«Salut et Fraternité.
«Paris, 8 mai 1848.
«Le Secrétaire général,
«Carteret».
Malgré les précautions prises en haut lieu, cette inqualifiable mise à pied ne tarda pas à être connue, et les journaux, à la seule exception de ceux payés par le gouvernement, se rangèrent du côté d'Alfred de Musset:
Les Saltimbanques, no 2, juin 1848.—«Une brutale destitution vient de frapper Alfred de Musset; on l'a traité comme un homme vulgaire; il est vrai que tous les hommes sont égaux devant l'ordonnance du médecin».
La Providence, 12 juin 1848.—«M. Alfred de Musset, bibliothécaire au Ministère de l'Intérieur, vient d'être révoqué de ses fonctions. Si nos informations sont exactes, cette nouvelle lui aurait été signifiée de la façon la plus inattendue et la plus blessante. Il est impossible de contenir la douleur que de pareils actes inspirent. La destitution de M. Lebrun et de M. Mignet était déjà un fait déplorable; celle de M. de Musset est un attentat envers la littérature française et elle ne peut le laisser passer sans protester..... On a donné pour successeur à M. Mignet un monsieur Des Reeys, dont le nom n'était connu de personne; le remplaçant du poète de Rolla et de Un Spectacle dans un Fauteuil est un monsieur Marie Augier, qui n'a rien de commun avec l'auteur de La Ciguë et de l'Aventurière. Qu'est-ce que M. Marie Augier?»
Dans son numéro du 13 juin, La Providence revient encore sur la destitution d'Alfred de Musset et reproche à M. Flocon d'ôter une sinécure à un écrivain distingué pour la donner à un homme obscur: «Ah! si M. de Musset, au lieu d'écrire ses charmants proverbes, avait seulement fait des bandes pour La Réforme!»
L'Artiste, du 15 juin, paraphrasant les formules officielles, annonce qu'en vertu du décret: «Ote-toi de là que je m'y mette, un grand citoyen, rédacteur de La Réforme, est autorisé à prendre les trois mille francs que touchait M. Alfred de Musset».
Le Charivari, du 15 juin, sous le titre de: «Une destitution anti-littéraire», constate que les hommes du nouveau gouvernement mettent à bas tous ceux qui ont un renom, pour les remplacer par des gens obscurs, leurs créatures.
Pamphlet quotidien illustré, 15 juin.—«M. Alfred de Musset persistait, malgré le décret du gouvernement provisoire qui supprime les titres de noblesse, à conserver son nom patronymique en se parant de l'infâme particule. La place de ce factieux de lettres a été accordée à un écrivain aussi remarquable par l'éclat de son talent que par la persistance de ses opinions démocratiques..... Il est vrai que M. Alfred de Musset avait eu le tort d'écrire des chefs-d'œuvre; M. Augier (Marie) n'a aucun tort de ce genre à se reprocher: il appartient à La Réforme».
Mais la dernière phrase de l'article de La Providence du 12 juin avait vexé M. Marie Augier, qui adressa cette lettre au directeur:
«Au citoyen Rédacteur de La Providence,
«Citoyen Rédacteur,
«Si l'on en croit l'article que vous publiez ce matin, je suis nommé bibliothécaire du Ministère de l'Intérieur, aux lieu et place de M. Alfred de Musset.
«Je n'ai nullement connaissance de cette nomination; je ne l'ai point sollicitée, et, n'étant point nommé, je n'ai rien à refuser.
«Vous demandez ce que c'est que M. Marie Augier?
«Dans une république, citoyen, non seulement on peut, mais on doit demander aux hommes qui ils sont. C'est seulement sous une monarchie qu'on demande ce que ils sont.
«J'aurais passé sous silence votre article de ce matin, mais je me devais à moi-même, je devais à mes amis, de déclarer qu'aujourd'hui, plus que jamais, ma véritable place est au milieu d'eux, en restant ce que je suis, ce que j'ai été, journaliste, pour défendre la République contre ses ennemis de la veille et du lendemain.
«Marie Augier,
«Rédacteur de La Réforme».
Et cependant l'arrêté de M. Ledru-Rollin existe, qui nomme M. Marie Augier bibliothécaire?
Mais la plus énergique, la plus chaleureuse protestation fut celle d'Alexandre Dumas, dans son journal La France Nouvelle, du 16 juin 1848:
«Il y a des choses que nous ne laisserons jamais passer dans l'ombre sans aller à elles et sans les traîner au grand jour de la place publique...
«Alfred de Musset, l'auteur des Romances espagnoles, du Spectacle dans un Fauteuil, de cinq ou six romans, de dix nouvelles adorables qui sont dans toutes les mémoires, de vingt proverbes charmants qui sont sur toutes les tables, Alfred de Musset vient d'être révoqué de ses fonctions de bibliothécaire au Ministère de l'Intérieur. Qui a permis cet inqualifiable renvoi? Est-ce vous, M. Recurt? Oui. Mais qui êtes-vous donc pour toucher à un nom comme celui que nous venons de prononcer? D'où venez-vous, si vous ne le connaissez pas? De quel droit, vous qui êtes obligé, pour ajouter un titre à votre nom, de vous appeler républicain de la veille, de quel droit venez-vous, fort de la position que vous avez escamotée, reprendre à un homme de génie la position qu'il a conquise?
«...Comment, voilà un écrivain qui a doté notre langue d'une admirable poésie; voilà un poète qui est le frère de Lamartine, de Hugo et de Byron; voilà un romancier qui est le rival de l'abbé Prévost, de Balzac, de George Sand; voilà un auteur dramatique qui, avec un seul acte, a fait gagner à la Comédie-Française plus d'argent que vous ne lui en donnez, vous, en six mois; voilà, enfin, un de ces penseurs qui n'a pas une seule fois sacrifié la dignité de l'art aux ambitions de fortune et de position; voilà un génie qui n'a demandé à Dieu et aux hommes que la liberté de vivre et de penser à son aise; qui n'a jamais été ni d'un club politique, ni d'une coterie littéraire; et il se trouve un ministre qui passe, et qui, en passant, lui prend, pour y mettre qui donc? la place qui lui assurait cette liberté qu'il demandait, et qui n'était pas même l'aurea mediocritas d'Horace. Oh! c'est pitié qu'il y ait tant de places en France, que nos républicains en ont tous; qu'ils en ont pour eux, pour leurs frères, pour leurs fils, pour leurs neveux, pour leur coiffeur, pour leur valet de chambre, pour leurs usuriers; et qu'il se trouve un poète, Alfred de Musset, à qui la République vienne prendre sa place. Ils ne savent donc pas, les hommes qui font de pareilles choses, qu'ils n'avaient qu'un moyen de transmettre leurs noms à l'avenir, c'était de faire juste le contraire de ce qu'ils font. Ils ne savent donc pas qu'il y a une royauté que ni émeute, ni barricade, ni révolution, ni république ne changeront, c'est la royauté de la pensée du génie.....»
Alexandre Dumas termine en faisant un appel à Lamartine, poète et législateur; mais, hélas! M. de Lamartine était beaucoup trop occupé de lui-même pour prêter la moindre attention aux autres, surtout lorsque ces autres ne pouvaient lui être d'aucune utilité pour le maintenir dans sa situation politique.
A la lecture de ces lignes, Alfred de Musset s'empressa de remercier leur auteur par une lettre que la France Nouvelle inséra dans son numéro du 21 juin: