»D'après l'arrêté du comité de salut public et les instructions du ministre, les commissaires devaient remettre à la Trésorerie nationale les assignats, espèces monnayées, et aux domaines tout ce qui consisterait en bijoux, diamants et autres objets précieux.
»Pour remplir une partie de leur mission, il ne suffisait pas de faire un simple inventaire de ces objets, il fallait en faire le récolement exact, pour opérer la décharge des commissaires et gardiens responsables.
»A cet effet, les commissaires ont procédé au dépouillement de tous les procès-verbaux de l'ancien et du nouveau juge de paix, dressés sur la réquisition du citoyen Greive, commissaire du comité de sûreté générale de la Convention, en présence des officiers municipaux de Louveciennes. Ils ont fermé l'état désignatif de tous les objets y mentionnés par nature et espèce, en distinguant par ordre l'argenterie, les effets en or, etc.
»Ce relevé, nécessaire pour assurer la justesse de toutes vérifications, a demandé un temps très-long, à raison de la lecture qu'il a fallu prendre de tous les procès-verbaux, et de ce que chaque objet se trouvait mentionné isolément dans un procès-verbal et dans un autre.
»Les commissaires ont d'abord procédé à la reconnaissance d'une somme de 37,986 livres en numéraire, trouvée chez la du Barry. Cette somme, jointe à celle de 13,815 liv. découverte par la commission, forme celle de 51,801 liv. remise par elle à la Trésorerie nationale.
»Il avait été trouvé, en outre, dans la commode de la chambre à coucher de la du Barry, une somme de 3,443 liv. en assignats; mais cette somme a été mise par les citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple à Versailles, à la disposition du citoyen Greive, pour subvenir aux dépenses du moment, et il reste encore une somme de 29 liv. en assignats, et 7 liv. en argent monnayé.
»Les commissaires observent qu'il a été déposé entre leurs mains, le 27 nivôse, par le citoyen Fournier, ancien juge de paix, à l'appui d'un procès-verbal de découverte, chez la femme Couture, une somme de 1,200 liv., savoir: 400 liv., dont 200 liv. démonétisées appartenant à Morin, et 800 livr. au nommé Pétry, coiffeur, détenu à Paris. Les commissaires du district chargés de faire l'inventaire rendront compte de ces sommes et des autres en tant que de besoin.
»Les commissaires, en suivant l'ordre de leur relevé sur les procès-verbaux remis entre leurs mains, ont fait, en présence du citoyen Greive, du juge de paix et du maire de Louveciennes, le récolement et la reconnaissance de l'argenterie, des effets en or, cristaux, bijoux, diamants et autres objets précieux, mis sous les scellés dans la chambre à coucher de la du Barry, nº 4. Ils ont rédigé procès-verbal de chaque opération, et en ont donné copie au citoyen Greive et à la municipalité du lieu.
»Cette vérification leur a demandé un temps très-long, attendu que beaucoup de ces objets n'avaient pas été désignés suivant leur nature et espèce, et suivant les termes techniques qui leur convenaient. Peut-être que le plaisir d'avoir fait les découvertes, la précipitation avec laquelle on a procédé à leur inventaire, ont fait négliger les formalités de la rédaction et l'exactitude dans la prescription et reconnaissance des objets; mais en général les commissaires ont aperçu un défaut d'ordre, et ils ne peuvent mieux le prouver que par le grand nombre d'effets qu'ils ont reconnus n'avoir pas été inventoriés. Le désordre ne porte pas seulement sur les objets découverts, mais sur tous ceux en évidence dans la maison. Ces objets sont épars et en confusion.
»Les commissaires ont trouvé, dans différents endroits de la maison, plusieurs étuis de chagrin et galuchat, qui renfermaient sans doute des effets précieux et qui, cependant, ne font pas partie de ceux inventoriés et reconnus. Les commissaires ont vu, entre autres étuis, celui dans lequel devait se trouver une paire de boucles de souliers en or, garnies de perles, dont l'existence antérieure est prouvée par la déclaration même de la du Barry. Tous ces étuis ont été trouvés vides. Les commissaires ignorent si les objets qu'ils contenaient existaient au moment de l'arrestation de cette femme, ou si elle n'en aurait pas disposé elle-même, d'une manière ou d'une autre.
»Les commissaires ont remis successivement à l'administration des domaines l'argenterie, les bijoux, diamants, effets en or, et généralement tous les objets provenant soit de leurs découvertes personnelles, soit des découvertes faites avant eux par le citoyen Greive, commissaire de sûreté du comité général de la Convention. Ils invitent à en acquérir la preuve par l'examen de l'état ci-joint, dont les objets y mentionnés portent le numéro correspondant à celui des objets désignés dans les procès-verbaux et récépissés de remise aux domaines. Ils joignent aussi au présent résumé historique d'opérations l'état de comparaison des objets déclarés par la du Barry et trouvés, avec ceux qui restent à découvrir.
»Jusque-là les commissaires avaient rempli l'objet intrinsèque de leur mission. Mais la nature même de leurs fonctions les a entraînés dans une quantité de détails dont ils devaient prendre connaissance, autant parce qu'ils se sont trouvés liés à leurs fonctions que parce que le besoin de se mettre à l'abri de tous reproches leur recommandait de faire tout ce qui intéressait le bien public.
»Des mesures de sûreté générale, relatives à la conservation des dépôts précieux, existant dans la maison de la du Barry, avaient exigé la surveillance d'une garde assez nombreuse; mais l'enlèvement successif de ces dépôts demandait une économie dans cette dépense. En conséquence, les commissaires ont réduit, le 6 pluviôse, la garde à six hommes, au lieu de dix-huit. Cette garde, depuis le 2 vendémiaire, jour de son établissement par le citoyen Greive, jusqu'au 13 frimaire, avait été payée sur des fonds mis à la disposition du citoyen Greive, savoir: 3,143 liv. par les citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple à Versailles, et 3,000 liv. par Voulant et Jajot; mais le citoyen Greive n'avait plus de fonds disponibles. Il est dû encore à la garde la somme de 3,151 liv., et les commissaires en ont envoyé l'état à l'administration du district de Versailles.
»Le besoin de rétablir l'ordre dans la maison de la du Barry devait fixer, la sollicitude des commissaires. Ce soin paraissait cependant devoir appartenir plus particulièrement au citoyen Greive, qui depuis longtemps habitait la maison de la du Barry, connaissait les causes de la dépense, et l'avait mise ou laissée sur le pied où les commissaires l'ont trouvée.—Mais le citoyen Greive, trop occupé sans doute de l'exécution des grandes mesures de sûreté générale, dont il annonçait être chargé par sa qualité même, n'avait pas le temps d'entrer dans les petits détails. Les commissaires ont cru devoir prendre sur eux de faire la réforme commandée par l'économie, en attendant d'ailleurs la solution de plusieurs questions dont la nature les attachait encore à leur place.
»Jusque-là différentes circonstances, dont il sera parlé ci-après, avaient occasionné une dépense assez considérable de bouche et de chauffage; mais les circonstances n'étant plus les mêmes, les commissaires ont jugé devoir rompre le cours de cette dépense. A cet effet, ils ont arrêté les mémoires du boulanger, du boucher et des autres fournisseurs de la maison. Ils ont envoyé à l'administration du district de Versailles le bordereau de cette dépense, montant à la somme de 2,749 fr.
»Cette dépense, dont le citoyen Greive peut rendre compte mieux que personne des causes qui l'ont déterminée, a été plus considérable pendant le cours de sa mission. En général, cette dépense a été faite par les différents commissaires qui se sont succédé, par le juge de paix, son greffier, par les officiers municipaux, dans un temps où le secret des opérations demandait leur permanence continuelle, par les personnes que le citoyen Greive a employées à auner les étoffes, à peser les matières d'or et d'argent, par les prévenus traduits devant la commission, par les gendarmes, huissiers qui les ont accompagnés, enfin par toutes les personnes dont la présence a été reconnue nécessaire.
»Les fonctions des commissaires ont acquis, par l'effet des circonstances, une plus grande latitude. Ils ont appris, par exemple, qu'il existait à Paris, dans la maison de Brissac, un coffre de fer caché entre deux boiseries. A cet effet, ils sont allés plusieurs fois à Paris pour se concerter avec le ministre sur les moyens à employer pour sa découverte. Le ministre a écrit lui-même au comité de surveillance de la Fontaine de Grenelle, pour l'inviter à nommer deux membres pour seconder les commissaires dans leurs recherches. Le citoyen Villette s'est présenté lui-même au comité de cette section, à celui de sûreté générale; mais les formalités à remplir pour la levée des scellés chez Brissac ont arrêté sans doute l'usage de toutes mesures, et le coffre de fer reste encore à découvrir, ou, s'il a été découvert, la commission l'ignore.
»Les commissaires ont aussi, sur la réquisition des citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple à Versailles, fait l'inventaire du vieux linge existant dans la maison de la du Barry, et l'ont envoyé à l'hôpital militaire de Saint-Cyr.
»Ces différentes démarches et opérations ont occupé les commissaires en attendant la réponse à plusieurs questions de la solution desquelles dépendait la continuation ou la cessation de leurs fonctions.
»Une de ces questions était de connaître la manière dont on disposerait des étoffes précieuses existant dans la maison de la du Barry. Une grande partie de ces étoffes, dont la valeur peut s'élever à 200,000 livres, ne pouvait être vendue qu'à l'étranger. Le ministre, sur les observations des commissaires, avait écrit au comité de salut public: depuis peu, ce comité a chargé l'administration des subsistances d'en faire l'inventaire, et dans ce moment ce travail occupe les commissaires.
»Le rétablissement de l'ordre, des précautions de tout genre, le besoin d'éviter même des dilapidations, le besoin de liquider la succession de la du Barry pour payer les créanciers, toutes ces considérations ont engagé les commissaires à demander qu'il soit procédé promptement à l'inventaire du mobilier de la du Barry, et, depuis le 20 pluviôse, les citoyens Delcros et Lequoy ont été nommés à cet effet par l'administration du district de Versailles.
»En conséquence, les pouvoirs du citoyen Villette, seul commissaire du pouvoir exécutif à Louveciennes, doivent cesser lorsqu'il aura fini, conjointement avec le commissaire des subsistances et ceux du district, l'inventaire des étoffes dont il est spécialement chargé par le ministre.
»Voici la manière dont les membres composant la commission de Louveciennes ont cru devoir rendre compte de leur mission, chacun pour les opérations auxquelles ils ont été présents, nonobstant les pièces qu'ils joignent à l'appui de leur compte, certifiant le tout sincère et véritable.
»Signé à la minute: Huvé, Villette, Delcros, Houdon, Bicault et Lequoy, secrétaire[155].»
Outre la commission générale, deux autres devaient s'entendre avec elle, l'une, pour faire passer immédiatement à Versailles tout ce qui pourrait être employé par l'État, l'autre, pour envoyer aussi dans cette ville les objets d'art, afin de les ajouter à ceux déjà très-nombreux provenant des maisons du roi et des princes, que l'on réunissait dans le palais.
La première de ces commissions fit passer au district, en fer, cuivre, linge, literie, harnais, sucre et eau-de-vie, pour la somme de 128,089 fr. Le linge, la literie, le sucre et l'eau-de-vie furent envoyés à la maison de Saint-Cyr, transformée en hôpital militaire. Le reste fut déposé dans les magasins de l'État.
La commission des arts fit choix des objets qui lui parurent dignes d'être conservés. Comme la plupart de ces œuvres d'art sont aujourd'hui dans les musées et dans les palais impériaux, il n'est pas sans intérêt d'en faire connaître l'origine, en donnant la liste dressée alors par la commission. Ces objets sont au nombre de cinquante-cinq.
1º Deux tableaux de Vien;
2º Une gaîne avec chapiteau et base de granit d'Italie;
3º Une Vénus Callipyge (petite proportion);
4º Un Apollon du Belvédère;
5º Thésée enlevant Hermione;
6º Une Vestale entretenant le feu sacré, suivie par deux enfants;
7º Un groupe représentant Louis XV porté par quatre guerriers;
8º Un petit buste de Louis XV;
9º Un feu en bronze doré, cerf, sanglier et attributs de chasse;
10º Un tableau représentant une marine, par Vernet, de huit pieds de haut sur cinq de large.
11º Un autre tableau de même dimension, représentant une ruine, par Robert;
12º Quatre dessus de porte, par Fragonard;
13º Une Nymphe en marbre, fuyant, et un Amour la menaçant;
14º Une Baigneuse, de Falconnet;
15º Le buste de Louis XV, en marbre, par Pajou;
16º Une pendule représentant l'Amour porté par les Grâces, en bronze doré d'or moulu;
17º Deux vases de porcelaine de Sèvres, fond azur;
18º Deux vases de porcelaine, forme étrusque;
19º Un baromètre et thermomètre avec cartouches et figures de porcelaine;
20º Deux vases en marbre blanc et porphyre;
21º Deux feux dorés d'or moulu, les plus riches;
22º Deux figures en marbre blanc, proportion de deux pieds;
23º Deux candélabres à trois branches, représentant deux femmes groupées;
24º Deux autres, en forme de bouteille;
25º Un feu doré, en forme de vase;
26º Une table en porcelaine de Sèvres, les peintures d'après Vanloo;
27º Un vase de porphyre;
28º Un feu en forme de cassolettes et pommes de pin;
29º Trois chandeliers à trois branches, en cassolettes;
30º Le buste de la du Barry, par Pajou, sur sa gaîne;
31º Partie d'un forte-piano;
32º Deux grands vases de porphyre;
33º Une harpe dans sa robe de taffetas noir;
34º Un tableau représentant la Fuite de l'Amour;
35º La Marchande d'Amours, par Vien;
36º La Cruche cassée, par Greuze;
37º Jupiter et Antiope;
38º Une pastorale, par Boucher, de trente-six pouces de haut sur vingt-huit de large;
39º Un paysage, de Visnose;
40º Une bordure ovale de trois pieds de haut, richement sculptée et dorée;
41º Une autre de deux pieds de haut;
42º Une commode de vieux laque;
43º Une autre plaquée, en porcelaine de Sèvres, à sujets et figures très-jolis;
44º Un tableau représentant la Visitation d'Élisabeth;
45º Un autre représentant la Vierge et l'Enfant Jésus;
46º Un autre, non fini, représentant la du Barry en Bacchante;
47º Un pastel: un Enfant jouant du tambour de basque, d'après Drouet;
48º Un Enfant jouant du triangle, d'après Drouet;
49º Un tableau représentant un enfant tenant une pomme, peint par Drouet, de vingt pouces de haut sur dix-huit de large;
50º Un tableau: une Femme en lévite blanche;
51º Un autre: Louis XV en habit de revue;
52º Un autre: Louis XV enfant;
53º Une gravure enluminée représentant un paysage;
54º Une estampe représentant la femme Lebrun;
55º Un tableau peint sur toile, par Robert, représentant une esquisse de la messe, de quatorze pouces de haut sur seize de large.
Après les travaux particuliers des diverses commissions, la commission générale fit un relevé de tous les procès-verbaux d'inventaires, enlèvements, reconnaissances et ventes du mobilier ayant eu lieu successivement sous sa direction; elle y ajouta les récépissés de dépôt des différents objets extraits, de la maison de madame du Barry, et elle envoya cet immense travail au district de Versailles pour le faire passer au directoire du département de Seine-et-Oise. Ce travail, avec toutes les pièces à l'appui, forme aujourd'hui la plus grande partie des papiers renfermés aux archives de la préfecture de Seine-et-Oise, sous le nom de madame du Barry.
Le relevé général est terminé par le bordereau du |
707,251 l. | 15 s. |
Les bijoux, diamants, cristaux, etc., |
400,000 | » |
Les matières d'or, 89 marcs, 6 onces, | 60,000 | » |
Celles d'argent, 1,449 marcs, à 45 | 65,205 | » |
Celles de vermeil, 84 marcs, à | 4,200 | » |
Galons et franges d'or, 34 marcs | 2,700 | » |
Galons d'argent et brûlé, 121 marcs | 3,600 | » |
Cuivre, fer, plomb et étain | 4,000 | » |
Total général de l'appréciation des | [156] 1,246,956 l. | 15 s. |
Quand madame du Barry fut arrêtée, elle avait encore un grand nombre de dettes, et la municipalité de Louveciennes ne tarda pas à être accablée de mémoires de tous les créanciers. Tous ces mémoires, visés par elle, furent envoyés au district. Il résulte de leur relevé général qu'ils s'élevaient à la somme de 956,124 liv. 13 s. 4 d.—La vérification de ces mémoires fut renvoyée à une commission chargée de mettre la plus grande sévérité dans l'examen de ces dettes. Le gouvernement d'alors dut être satisfait de l'habileté des commissaires, car les mémoires ont été si bien examinés et contrôlés, que presque aucun des créanciers n'a été payé.
Les parents de madame du Barry, auxquels on a vu qu'elle avait fait des pensions viagères, réclamèrent aussi la continuation de leurs pensions; mais on les supprima toutes, à l'exception de celle de Rançon, le mari de la mère de madame du Barry, qui vint se retirer à Versailles, et y mourut le 25 octobre 1801.
La propriété de Louveciennes avait été vendue le 20 thermidor an III (7 août 1795)[157], et le comte Guillaume, qui s'était remarié[158], était mort à Toulouse, le 2 août 1811, à l'âge de 79 ans. Tout avait disparu. Il ne restait plus, comme souvenir du nom de du Barry, que la honte jetée par lui sur les dernières années du règne de Louis XV. Mais à ce souvenir, cependant, venait se mêler celui des souffrances supportées par cette malheureuse femme dans les derniers temps de sa vie, et l'on se prenait de pitié quand on considérait par quelle horrible mort elle avait expié ses quelques années de bonheur!
Ce nom devait recevoir encore une nouvelle humiliation, et il devait la recevoir de ses propres parents, de ses héritiers.
Dans l'acte de mariage de madame du Barry, elle y était dite fille du sieur Jean-Jacques Gomard de Vaubernier, intéressé dans les affaires du roi. Aussitôt le retour en France, en 1814, du roi Louis XVIII, les héritiers Gomard firent de nombreuses démarches auprès des ministres pour être remis en possession des objets ayant appartenu à madame du Barry, et existant dans les établissements publics. Ils se fondaient, pour appuyer leur demande, sur l'acte de naissance[159] de madame du Barry, annexé à celui de célébration de son mariage à la paroisse de Saint-Laurent, ainsi conçu:
«Extrait des registres de baptême de la paroisse de Vaucouleurs, diocèse de Touls, pour l'année mil sept cent quarante-six.
»Jeanne, fille de Jean-Jacques Gomard de Vaubernier et d'Anne Bécu, dite Quantigny, est née le dix-neuf août mil sept cent quarante-six, a été baptisée le même jour, a eu pour parrain Joseph de Mange et pour marraine Jeanne de Birabin, qui ont signé avec moi:
»L. Gaon, vicaire de Vaucouleurs; Joseph de Mange et Jeanne de Birabin.
»Je soussigné, prêtre-curé de la paroisse et ville de Vaucouleurs, diocèse de Touls, certifie à qui il appartient, vu le présent extrait conforme à l'original.
»A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf.
»L.-P. Dubois.
»Nous, Claude-François Duparge, licencié ès loix, conseiller du roi, commissaire enquesteur-examinateur en la ville et prévôté de Vaucouleurs, faisant les fonctions de M. le président Prevost, absent, certifions que les écriture et signature ci-dessus sont du sieur Dubois, curé de Vaucouleurs, et que foy y est et doit y être ajoutée. En témoignage de quoi nous avons signé les présentes et scellé de notre cachet.—A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf:
»Signé, Duparge, avec paraphe. Approuvé l'écriture, Duparge[160].»
Après beaucoup de démarches infructueuses, et après avoir présenté au ministre des finances un acte de notoriété constatant que le sieur Philbert Gomard, frère de Gomard de Vaubernier, père de madame du Barry, étant le plus proche parent de la comtesse à l'heure de sa mort, était son héritier, le même acte établissant leur filiation comme héritiers directs du sieur Philbert Gomard, le ministre les autorisa à faire retirer de la préfecture de Seine-et-Oise les papiers de madame du Barry, déposés aux archives lors du séquestre mis sur ses biens en 1793. Ces papiers devaient servir à les diriger dans les réclamations qu'ils faisaient au gouvernement. L'inventaire des papiers ainsi donnés un peu légèrement montre combien de documents intéressants ont été perdus pour les recherches historiques.
Inventaire des titres et papiers provenant de madame la comtesse du Barry, condamnée révolutionnairement, et dont les biens ont été séquestrés; lesquels papiers, par suite du séquestre, ont été extraits du domicile de ladite dame, à Louveciennes, transférés à l'administration du ci-devant district de Versailles, et ensuite déposés aux archives de la préfecture de Seine-et-Oise:
1re liasse.—Composée de pièces relatives aux anciens ouvrages faits au pavillon de Louveciennes, années 1760 et 1770, etc., mémoires de divers fournisseurs, et ouvriers, quittances, états de payements et diverses pièces de renseignements.
2e liasse.—Anciens mémoires de fournisseurs et ouvriers quittancés de 1770 à 1774. Bail passé à madame du Barry par la veuve Duru et consorts, d'une maison située à Versailles, rue de l'Orangerie, le 22 décembre 1768. Bordereau des sommes payées par Me Lepot-d'Auteuil, notaire.
3e liasse.—Autres différents mémoires de marchands, ouvriers et fournisseurs, également quittancés. Dépenses de tout genre à l'hôtel et pavillon de l'avenue de Paris, à Versailles, en 1773. Comptes rendus par M. de Montvallier, intendant de madame la comtesse du Barry, ès années 1773 et 1774.
4e liasse.—Divers mémoires de marchands, orfèvres, bijoutiers, drapiers, modistes, fournisseurs, gagistes, peintres, ouvriers, etc., en 1772 et années suivantes, également quittancés. Inventaires et états d'effets mobiliers, tels que tableaux, statues, pièces d'ornement, etc., étant à Louveciennes, à différentes époques, notamment un inventaire général du mobilier de Louveciennes, fait en 1774.
5e liasse.—Mémoires quittancés d'orfèvres, bijoutiers, marchands de meubles et d'étoffes. États de gages payés aux personnes de la maison de madame du Barry, et autres pièces diverses de dépenses, années 1771 et suivantes.
6e liasse.—Pièces relatives à la construction du nouveau pavillon de Louveciennes, en 1771 et 1772. Comptes et mémoires quittancés de divers entrepreneurs, marchands, ouvriers, etc.
7e liasse.—Formée de mémoires et de quittances donnés par des ouvriers, marchands, fournisseurs, pensionnaires et autres personnes attachées à madame du Barry, en diverses années.
8e liasse.—Mémoires acquittés de marchands, ouvriers, fournisseurs, notamment du sieur Aubert, joaillier, du sieur Cozette, entrepreneur de la manufacture royale des Gobelins. Quittances de sommes payées pour pensions et bienfaits accordés par madame du Barry. Ouvrages faits à un hôtel, à Versailles, avenue de Paris, et à une maison à Saint-Vrain.
9e liasse.—Pièces relatives aux locations de baraques, boutiques et appentis établis sur la contrescarpe, à Nantes, concédés à madame du Barry, pour l'usufruit seulement, sa vie durant, par brevet du roi du 23 décembre 1769. Compte du sieur Dardel, régisseur, et du sieur Couillaud de la Pironnière, receveur du produit desdites boutiques, etc. Pièces et plans y relatifs. Baux desdits biens, passés en 1771.
10e liasse.—Papiers, mémoires, lettres, relatifs aux dépenses faites à la Maison-Rouge, sise commune de Villiers-sur-Orge. Inventaire d'effets mobiliers garnissant ladite maison. Lettres et autres pièces de correspondance particulière de madame du Barry, en 1792 et 1793. Quittances, reçus de l'année 1793. Contrat du 24 octobre 1775, devant Me Deschesnes, notaire à Paris, concernant vente par madame la comtesse du Barry à Monsieur, frère du roi, d'un grand hôtel sis à Versailles, avenue de Paris, moyennant 224,000 liv[161].
Tels sont les papiers remis aux héritiers Gomard. Où sont aujourd'hui ces titres, ces lettres de madame du Barry? Que sont-ils devenus? Ils ornent probablement la collection de quelque amateur d'autographes[162].
Malgré toutes leurs demandes, ils n'avaient encore rien recueilli de la succession de madame du Barry, lorsque fut rendue, le 17 avril 1825, la loi d'indemnité des biens des émigrés.
A l'époque de sa mort, madame du Barry ne possédait aucun immeuble, et par conséquent ses héritiers n'avaient rien à réclamer de l'indemnité. Mais l'on se rappela alors le testament de M. de Brissac, et l'on réclama de la famille de Mortemart, héritière du duc, et qui avait une part considérable dans la liquidation du milliard d'indemnité, l'exécution du legs fait au profit de madame du Barry.
Jusque-là, les héritiers Gomard s'étaient seuls présentés. Mais lorsqu'il se fut agi du legs du duc de Brissac, les héritiers Bécu, c'est-à-dire ceux du côté maternel, vinrent, non-seulement pour entrer en partage, mais contestèrent même aux Gomard leur titre d'héritiers de madame du Barry.
On a vu qu'une fois riche, madame du Barry n'a jamais cessé de faire du bien à sa famille. Elle mit sa mère à l'abri du besoin et fit une pension viagère à Rançon, son beau-père, lorsqu'il fut devenu veuf. Les frères de sa mère reçurent aussi d'elle des pensions viagères, et elle dota leurs filles en leur faisant faire des mariages avantageux. Mais on ne voit nulle part qu'elle se soit jamais intéressée aux Gomard. D'où vient cette différence dans la manière d'agir de madame du Barry à l'égard de sa famille? Le procès qui s'est élevé entre les divers héritiers va nous en donner l'explication.
Les Gomard appuyaient leurs prétentions à l'héritage de madame du Barry sur l'acte de naissance déposé à la paroisse de Saint-Laurent, reconnaissant comme père de madame du Barry Jean-Jacques Gomard de Vaubernier. Les Bécu attaquèrent cet acte comme faux, et présentèrent un autre acte de naissance, levé par eux sur les registres de l'état civil de la ville de Vaucouleurs, le 25 septembre 1827, constatant que madame du Barry était fille naturelle de Anne Bécu, et que, par conséquent, les héritiers Gomard n'avaient aucun droit dans cette succession.
De là, procès entre les deux branches et jugement du tribunal civil de première instance de la Seine du 9 janvier 1829, confirmé par arrêt de la cour royale de Paris du 22 février 1830, qui donne gain de cause aux Bécu et les reconnaît comme seuls héritiers de madame du Barry.
La cause de ce faux acte de naissance s'explique aisément. Madame du Barry était la maîtresse du roi. Le mariage lui donnait un nom et allait lui permettre d'arriver aux plus grandes faveurs. Mais il fallait un peu flatter la vanité des du Barry, et d'ailleurs Louis XV n'aurait-il pas eu quelque répugnance à conserver pour maîtresse, quoique comtesse, la bâtarde d'une pauvre fille de campagne?
Il est probable que celui qui joua le rôle le plus important dans la fabrication de cet acte fut cet abbé Gomard, aumônier du roi, qu'on a vu déjà figurer à la célébration du mariage de madame du Barry, comme fondé de pouvoir de sa mère et de son beau-père. Depuis longtemps cet abbé était lié avec Rançon et sa femme, et les pamphlets du temps disent qu'il connaissait très-bien le père de madame du Barry: il était, de plus, intime avec Lebel, le valet de chambre de Louis XV, et avec le comte Jean. On peut donc supposer que ce fut lui qui fit placer dans cet acte le nom de son propre frère Jean-Jacques Gomard de Vaubernier, mort depuis longtemps, comme père de Jeanne Bécu, et en fit ainsi une fille légitime[163].
Il est curieux, au reste, d'examiner les transformations que l'on fit subir à l'acte primitif que voici:
«Extrait des registres de l'état civil de la ville de Vaucouleurs, déposés aux archives du tribunal de première instance séant à Saint-Mihiel (Meuse).
»Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus, dit Quantiny, est née le dix-neufième aoust de l'an mil sept cent quarante-trois, et a été baptisée le même jour. Elle a eu pour parain Joseph Demange, et pour maraine Jeanne Birabin, qui ont signé avec moy.
»Les signatures sont ainsi apposées sur l'acte:
»Janne Birabine. L. galon, vic. de Vau.
»Joseph Demange.
Pour copie collationnée sur la seconde minute déposée aux archives.
»Saint-Mihiel, le 25 septembre 1827. Le commis-greffier,
»François.[164]»
D'abord, et c'était la partie essentielle, on donne un père à la fille naturelle; et, comme le nom de Gomard tout court est encore bien bourgeois, on y ajoute celui de Vaubernier. Puis, comme le parrain et la marraine doivent être à la hauteur du père de l'enfant, on fait du simple Joseph Demange, monsieur Joseph de Mange avec une particule, et de Jeanne Birabin, qui, suivant l'usage de la campagne, est appelée la Birabine, et signe comme on est dans l'habitude de l'appeler, on fait madame de Birabin. Enfin, comme il paraîtra plus agréable au roi de lui donner pour maîtresse une demoiselle noble et mineure qu'une fille naturelle et majeure, on retranche trois ans de l'acte primitif, et on fait naître madame du Barry le 19 août 1746, au lieu du 19 août 1743.
Après l'arrêt de la cour royale de Paris, qui frappe de faux l'acte de naissance déposé à l'église de Saint-Laurent, et reconnaît les Bécu comme seuls héritiers de madame du Barry, ceux-ci continuèrent à attaquer la famille de Mortemart pour l'exécution du legs de M. de Brissac. Le procès dura jusqu'à la fin de 1833. Enfin les héritiers Bécu s'entendirent avec la famille de Mortemart sur la somme à recevoir; mais elle leur profita peu et fut presque entièrement absorbée par les créanciers de madame du Barry et par les frais du procès[165].
Outre les détails généraux qu'on a pu faire connaître grâce à L'analyse des diverses pièces indiquées dans ce récit, il en est de particuliers à la personne même de madame du Barry, qu'il est bon de rappeler en terminant:
1º Madame du Barry était fille naturelle, et son véritable nom était Jeanne Bécu.
2º A l'époque de son mariage on fit un faux acte de naissance, dans lequel on lui donna pour père légitime Jean-Jacques Gomard de Vaubernier.
3º C'est donc à tort que, dans toutes les biographies, et dans les plus récents ouvrages sur l'histoire de France, on lui conserve le nom de Jeanne Gomard de Vaubernier, et il faut lui rendre son vrai nom de Jeanne Bécu.
4º Par suite de l'examen de son véritable acte de naissance, on voit que madame du Barry avait 26 ans quand elle devint la maîtresse du roi Louis XV, et non vingt-trois ans, comme cela semblait résulter du faux acte. Elle est, par conséquent, morte sur l'échafaud à l'âge de cinquante ans.
Quant aux sommes que madame du Barry a coûté à la France pour avoir eu l'honneur d'être la maîtresse du roi, on peut, d'après l'examen de ces mêmes pièces, en faire le relevé suivant:
| 1º | Mobilier donné par le roi à madame du Barry, lors de
son mariage | 30,000 l. | » |
| 2º | Sommes payées pour madame
du Barry, par Baujon, banquier de la cour, depuis 1769, première année de sa faveur, jusqu'en 1774, année de la mort de Louis XV | 6,375,559 l. | 11 s. 11 d. |
| 3º | Pour achat de son hôtel de
Versailles, par Monsieur, frère du roi, le 24 octobre 1775 | 224,000 | » |
| 4º | Pour l'échange de 50,000 livres
de rente viagère contre 1,250,000 livres, délivrées par le trésor royal par arrêt du roi en avril 1784 | 1,250,000 | » |
| 5º | Madame du Barry jouit de
150,000 livres de rente viagère sur la ville de Paris, les États de Bourgogne et les loges de Nantes, depuis l'année 1769 jusqu'en 1784, ce qui donne un total de | 2,400,000 | » |
| 6º | Depuis l'année 1784 jusqu'en
1793, elle n'a plus que 100,000 livres de rente viagère, ce qui donne un total de | 900,000 | » |
| 7º | La jouissance du château de
Louveciennes et de ses nombreuses dépendances; les diverses dépenses faites à l'ancien château et la construction du pavillon, peuvent s'évaluer à un revenu de 50,000 livres de rente, ce qui fait, depuis 1769 jusqu'en 1793 | 1,250,000 | » |
| Le total général de toutes ces
sommes est de | 12,429,559 l. | 11 s. 11 d.!!! | |
Les trois lettres suivantes nous ont été communiquées par M. Vatel, avocat à Versailles. Elles nous ont paru assez intéressantes pour être publiées en notes.
Nº I.—Lettre de M. de Brissac à madame du Barry.
Brissac, ce samedi 5 septembre 1789.
Les courriers ne sont pas assez fréquents, madame la comtesse, il est bien vrai; car cette lettre qui partira demain par le Mans, arrivera aussitôt que celle d'hier par la levée; mais c'est un plaisir que de s'entretenir avec vous qu'il ne faut pas laisser échapper. Oui, l'avenir comme le présent est désolant. A moins que la raison, le plus beau de l'apanage de l'homme, ne le cède à l'esprit, l'ambition, la vanité, quel est l'homme qui ne désire pas le bonheur et la liberté pour lui et les autres, a moins qu'il ne soit un forcené? et je vois qu'il y en a trop. Mais des personnes agissantes, assez franchement loyales pour concourir à l'arrangement avantageux de tous, à ce gros de la nation, dont la philosophie parle ainsi que le philosophe, qui par malheur ne connaît ni n'a les moyens de lui faire éprouver ce charme du vrai bonheur qu'il n'est pas permis a tout le monde de connaître, où sont-ils, ces hommes? Bien loin de nous. On ne les écoute pas, ou ils ne parlent pas, ou ils n'existent pas. Que de tristesse toutes ces idées procurent! L'amour sortant, ou fuyant l'esclavage, n'est pas mon emblème, madame la comtesse, quoique ce soit celui de mon âge; il n'en est point, il est vrai, si la beauté et la bonté d'accord partagent un sentiment senti par un cœur digne de celui qu'il a pu toucher. Mais, par parenthèse, j'ai ouï dire du mal de ce tableau, que l'on trouve froid, correct, mais peu piquant. Je l'ai un peu pensé comme le critique; mais les détails et le fini, ainsi que le coloris, en sont beaux et donneront toujours du charme à ce tableau. Pas une dame ne prendra pour elle ces insultes que leur fait l'amour, ou plutôt le peintre qui peut être froid, ou son âge et ses travaux. Je pense qu'il y a eu fort peu de portraits, surtout de madame Lebrun, qui a présenté celui de madame la duchesse d'Orléans. Elle est faite pour être généralement aimée et estimée, et peut paraître en public en quel temps que ce soit. Le Salon est-il beau? Je crois que les campagnards n'auront pas été le voir. D'ailleurs il ne vaut pas la peine depuis longtemps de se déplacer.—Je ne crois pas vous avoir dit que je mangeais de mauvais pain; je le fais venir du Pont-de-Cé, et il est bon, pas très-bien fait, mais mieux qu'ici, où on devrait le manger excellent a cause de la beauté et bonté du grain. Notre froment est un des plus beaux de la France, sans vouloir néanmoins attaquer et celui de Brie, et le bienfait aimable et charmant de vos amies du Pont. Elles vous aiment pour vous-même, parce qu'elles vous connaissent bien, et qu'alors il est difficile de vous refuser le tribut qu'arrache et beauté, et bonté et douceur, et cette aimable et parfaite égalité d'humeur qui fait le charme d'une société habituelle. Aussi auraient-elles voulu vous garder, aussi vous y voudraient-elles; et moi je voudrais également y partager avec vous retraite et solitude, le tout bien tranquille. C'est ainsi que le trouble fait penser l'homme raisonnable, qui a reconnu que le plus grand bien à faire est la chose la plus difficile, et plus tumultueuse que l'orage, qui ramène si souvent et si promptement un beau jour. Je ne vois pas que nous avancions en besogne. Hélas! pourvu qu'elle soit faite, terminée, je serai content. Je le serai beaucoup aussi, madame la comtesse, quand il me sera permis de vous offrir tous mes hommages, tout mon respect et tous les sentiments que je vous ai toujours offerts avec joie et plaisir.
Vos lettres sont presque toujours sept jours à arriver. Il m'en parvient de Paris à deux jours de date; celles de Versailles éprouvent le même retard. Mille respectueux hommages a mademoiselle votre belle-sœur.
Nº 2.—Lettre de madame du Barry aux administrateurs du district de Versailles.
Citoyens administrateurs,
La citoyenne de Vaubernier du Barry est très étonnée qu'après toutes les promesses qu'elle vous a fournies des raisons qui l'ont forcée d'aller en Angleterre, vous l'ayez traitée comme émigrée.—Avant son départ elle vous a communiqué la déclaration qu'elle avait faite à sa municipalité; vous l'avez enregistrée dans vos bureaux. Vous savez que c'est le quatrième voyage qu'elle est obligée de faire, toujours pour le même motif.
Elle espère que vous voudrez bien faire lever les scellés qui ont été apposés chez elle, contre toute justice, puisque la loi n'a jamais défendu de sortir du royaume à ceux que des affaires particulières et pressantes appellent en pays étranger. Toute la France est instruite du vol qui lui a été fait la nuit du 10 au 11 janvier 1791; que ses voleurs ont été arrêtés à Londres; qu'elle y a eu une procédure suivie, dont le dernier jugement n'a été rendu que le 28 février dernier, ainsi que l'atteste le certificat ci-joint.
Louveciennes, ce 27 mars 1793.
Nº 3.—Lettre de Lavallery, membre du district de Versailles, à madame du Barry.
Citoyenne,
Je me ferai représenter le plus tôt possible votre demande, dont le succès ne me paraît pas devoir éprouver de grandes difficultés, vu la notoriété du motif de vos absences, si vous avez eu surtout le soin de joindre à votre mémoire les pièces justificatives, telles que vos passe-ports ou leurs copies certifiées, certificats de résidence, etc. Soyez convaincue que s'il est des occasions où je désire donner du prix à mon travail, vous avez droit à les faire naître. Votre sexe vous donne le droit de désirer la tranquillité, et votre amabilité.... Mille pardons, citoyenne, un républicain et un inconnu ne doit parler que la langue des affaires.
Agréez l'assurance de mon respect et de tout l'intérêt que vous avez droit d'inspirer.
LAVALLERY[166].
Versailles, 17 mai (an II de la République).
Nº 4.—Récit de la mort de madame du Barry, extrait du journal la Nouvelle Minerve, intitulé Souvenirs de la Révolution.
... Arrivé au pont au Change, j'y trouvai une assez grande foule rassemblée. Je n'eus pas besoin de demander l'explication de ce rassemblement: elle ne se fit pas attendre. J'entendis au loin des cris déchirants, et aussitôt je vis sortir de la cour du palais de Justice cette fatale charrette que Barrère, dans un de ces accès de gaieté qui lui étaient si familiers, avait appelée la bière des vivants. Une femme était sur cette charrette, qui approcha lentement de l'endroit où je m'étais arrêté. Sa figure, son attitude, ses gestes exprimaient le désespoir arrivé au plus haut paroxysme. Alternativement d'un rouge foncé et d'une pâleur effrayante, se débattant au milieu de l'exécuteur et de ses deux aides, qui avaient peine à la maintenir sur son banc, et poussant de ces cris affreux que je disais tout à l'heure, elle invoquait tour à tour leur pitié et celle des assistants. C'était madame du Barry que l'on conduisait au supplice. Revenue de Londres cinq ou six jours auparavant pour retirer de son château de Louveciennes des bijoux de prix qu'elle y avait cachés en partant pour l'émigration, elle avait été dénoncée le soir même de son arrivée, par son nègre favori, Zamor, gardien du château en son absence, et traduite au tribunal révolutionnaire[167]. Agée alors de quarante-deux à quarante-trois ans seulement, sa figure, malgré la terreur profonde qui en altérait les traits, était encore remarquablement belle[168]. Entièrement vêtue de blanc, comme Marie-Antoinette qui l'avait quelques semaines auparavant précédée sur la même route, ses cheveux du plus beau noir formaient un contraste pareil à celui que présente le drap funéraire jeté sur un cercueil. Coupés sur la nuque, ainsi que cela se pratique en pareil cas, ceux de devant étaient ramenés à chaque instant sur le front par ses mouvements désordonnés, et lui cachaient une partie du visage. «Au nom du ciel, mes amis, s'écriait-elle au milieu des sanglots et des larmes, au nom du ciel, sauvez-moi, je n'ai jamais fait de mal à personne; sauvez-moi.»
La frayeur délirante de cette malheureuse femme produisait une telle impression parmi le peuple, qu'aucun de ceux qui étaient venus là pour insulter à ses derniers moments ne se sentit le courage de lui adresser une parole d'injure. Autour d'elle tout semblait stupéfié, et l'on n'entendait d'autres cris que les siens; mais ces cris étaient si perçants qu'ils auraient, je n'en doute pas; dominé ceux de la multitude, si elle en eût proféré. J'ai dit tout à l'heure, je crois, que personne ne s'était senti le courage de l'injurier. Si fait. Un homme, un seul, vêtu avec une certaine recherche, éleva la voix au moment où la charrette passant vis-a-vis de moi, la patiente, toujours s'adressant au peuple, s'écriait: «La vie! la vie! qu'on me laisse la vie, et je donne tous mes biens à la nation.»—«Tu ne donnes à la nation que ce qui lui appartient, dit cet homme, puisque le tribunal vient de les confisquer, tes biens.» Un charbonnier, qui était placé devant lui, se retourne et lui donne un soufflet. J'en éprouvai un sentiment de plaisir.
On sait que pendant toute la route elle continua à pousser les mêmes cris, et à s'agiter dans des convulsions frénétiques pour fuir la mort qui déjà l'avait saisie; aussi, on sait qu'arrivée à l'échafaud il fallut user de violence pour l'attacher à la fatale planche, et que ses derniers mots furent ceux-ci: «Grâce! grâce! monsieur le bourreau! Encore une minute, monsieur le bourreau! encore... et tout fut dit.»
Jamais la terreur ne fut portée à une si haute expression, et madame du Barry est la seule femme qui ait offert un spectacle aussi déchirant. Toutes les autres femmes victimes de nos discordes civiles ont montré a ce moment suprême autant de calme que de courage, et plus d'une a raffermi le courage de ses compagnons d'infortune.
Nº 5.—Bibliothèque de madame du Barry.
La bibliothèque de la ville de Versailles renferme cent quarante-deux ouvrages ayant appartenu à madame du Barry, et formant trois cent quatre-vingts volumes. Presque tous ces volumes sont reliés en maroquin rouge, dorés sur tranches et portent sur le plat des deux côtés les armes de la comtesse avec la fameuse devise Boutez en avant, qui donna lieu dans le temps à tant de commentaires ironiques. La date de leur impression ne dépasse pas l'année 1774. Plusieurs sont reliés en maroquin vert et portent les mêmes ornements que les rouges. Ils paraissent provenir de cadeaux. Il est bien probable que ces livres faisaient partie de la bibliothèque des appartements de madame du Barry au château de Versailles, où ils sont sans doute restés jusqu'à la révolution. D'autres volumes, beaucoup moins bien reliés que les précédents et portant les armes de la comtesse sur le dos, font aussi partie de cette collection; mais la date de leur impression est postérieure à l'année 1774, et ils proviennent de son habitation de Louveciennes.
Beaucoup de ces ouvrages sont des œuvres littéraires; mais en parcourant leurs titres et en y retrouvant la plupart des productions futiles et licencieuses d'une partie de la littérature du dix-huitième siècle, on pourra juger, sans en être surpris, du goût qui a présidé à la composition de cette bibliothèque.
Presque tous les exemplaires venant de la bibliothèque de madame du Barry, outre leurs jolies reliures, sont surtout remarquables par la beauté de l'exécution typographique. On peut citer sous ce rapport les Baisers, de Dorat, charmant exemplaire orné de figures exécutées par Eisen, d'un fini extrême, mais d'une très-grande indécence. Au reste, plusieurs des ouvrages de cette collection, et particulièrement les romans de Crébillon fils, sont accompagnés de gravures fort licencieuses.
Parmi les divers ouvrages dont nous donnons la liste, on en doit particulièrement signaler quatre comme se rapportant à la personne même de madame du Barry, par les dédicaces adulatrices qui lui sont adressées.
Le premier porte pour titre: le Royalisme, ou Mémoires de du Barry de Saint-Aunet et de Constance de Cézelli, sa femme. Anecdotes héroïques sous Henri IV, par M. de Limairac.—La plupart des exemplaires de cet ouvrage ne portent aucun nom d'auteur. Dans celui-ci, le nom de l'auteur se trouve non seulement à la suite du titre, mais encore au bas de l'épître dédicatoire. Cet exemplaire a certainement été offert par l'auteur à la comtesse; le choix de l'exemplaire et sa magnifique reliure en maroquin rouge, toute couverte de dorures, en sont la preuve. Au-dessus de l'épître dédicatoire sont gravées les armes de madame du Barry, et de chaque côté deux levrettes enchaînées. Voici cette épître:
A madame la comtesse du Barry.
Madame,
Daignez accueillir avec bonté un hommage public de sentiment et de reconnaissance. Le zèle seul m'a dicté ce petit ouvrage; seul il ose vous l'offrir. Je sens qu'il est capable d'égarer dans une carrière qui demande des talents, mais j'espère, madame, que vos suffrages suppléeront à la médiocrité des miens. Les traits que je développe dans cet essai le rendent digne de paraître sous vos auspices. Ils sont tous puisés dans votre maison; ils retracent la fidélité la plus héroïque de deux sujets pour le roi. Trop heureux si vous voulez bien me pardonner une entreprise au-dessus de mes forces, en faveur du motif qui me l'a inspirée.
Je suis avec un profond respect, madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
de Limairac.
Le second est un Almanach de Flore, pour 1774. C'est un recueil de quarante-huit fleurs gravées et coloriées. Au-dessous de chaque fleur se trouve une devise et derrière un horoscope. Ces devises et ces horoscopes sont divisés en séries de numéros, applicables à une demoiselle, à un garçon, à une femme mariée, à un homme marié, à une veuve et à un veuf. L'auteur était un capitaine d'infanterie nommé Douin, né à Versailles.
La beauté des dorures de ce petit volume, relié en maroquin rouge, fait présumer que c'est encore un cadeau offert à madame du Barry. Après le titre sont placées deux gravures en rouge. L'une représente un tournesol regardant le soleil avec cette devise.
| L'astre est constant, |
| La fleur fidèle; |
allégorie se rapportant aux amours du roi et de la comtesse. L'autre offre le portrait de madame du Barry. Au-dessous sont deux flèches croisées avec un cœur et les vers suivants:
| A la plus belle. |
| Je dormais; le Maître des dieux |
| Me dit: «Je sais ce que tu veux; |
| Choisis ou déesse, ou mortelle, |
| Pour lui consacrer tes couplets.» |
| Quoi, lui dis-je, une bagatelle! |
| «Ne crains rien: je te le permets.» |
| Je choisirai donc la plus belle. |
Le troisième ouvrage est intitulé Contes moraux et nouvelles idylles de D... et Salomon Gessner.—Les contes sont de Diderot, et la traduction des idylles de Gessner est de Meister, qui fut secrétaire de Grimm.
Le traducteur dont le nom ne parut pas sur cette édition ne voulut cependant pas le laisser ignorer de madame du Barry, et dans l'exemplaire qu'il lui adressa, il ajouta une épître dédicatoire signée de lui. Cette épître, écrite par un habile calligraphe, est ainsi conçue:
| De la beauté, les talents et les arts |
| Chérissent tous l'aimable empire. |
| Que l'églogue au naïf sourire |
| Arrête un instant vos regards! |
| Comme vous, belle sans parure, |
| Elle doit tout aux mains de la nature. |
| Comme vous elle a quelquefois, |
| Sous l'air d'une simple bergère, |
| Charmé les héros et les rois, |
| Même les dieux. Apollon, pour lui plaire, |
| Vint oublier l'Olympe à l'ombre de ces bois. |
| Quel dieu pour vous ne l'oublierait de même, |
| Si de l'amour la puissance suprême |
| Vous permettait encore un choix? |
Je suis avec le plus profond respect, madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
MEISTER.
Enfin le quatrième est un recueil contenant deux opéras comiques: les Étrennes de l'Amour et le Nouveau Marié, dont les paroles sont de Cailhava. En envoyant cet exemplaire à madame du Barry, l'auteur écrivit sur la première page les vers suivants:
| A madame la comtesse du Barry. |
| Transporté par un songe au haut de l'Empyrée, |
| J'ai cru voir cette nuit la belle Cythérée, |
| L'aimable Hébé, le dieu qù'invoquent les amants. |
| La tendre Volupté, les Grâces, les Talents, |
| Qui d'un air satisfait parcouraient mon ouvrage. |
| Un sourire flatteur m'annonçait leur suffrage. |
| J'ai redouté leur fuite à l'instant du réveil; |
| Mais je les vois encor, ce n'est pas un mensonge: |
| Un seul de vos regards réalise mon songe, |
| Et j'étais moins heureux dans les bras du sommeil. |
Voici maintenant la liste générale des ouvrages ayant appartenu à madame du Barry, et possédés aujourd'hui par la bibliothèque de la ville de Versailles:
Grammaire générale et raisonnée, par Cl. Lancelot et Ant. Arnaud, avec des notes par Duclos. Paris, Prault, 1754, 1 vol. in-12.
Abrégé du Dictionnaire universel français et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, par Berthelin. Paris, les libraires associés, 1762, 3 vol. in-4º.
Les Œuvres de Clément Marot, de Cahors, valet de chambre du roi, revues et augmentées de nouveau. La Haye, Moetgens, 1714, 2 vol. in-12.
Les Œuvres de François Villon, avec les notes de Clément Marot et les poésies de Jean Marot et de Michel Marot. Paris, Constelier, 1723, 2 vol. petit in-8º.
Les Métamorphoses d'Ovide, traduites en français, avec des remarques et des observations historiques, par l'abbé Banier, nouvelle édition, 2 tomes en 1 volume. Paris, Nyon, 1738, in-4º, avec figures, par Humblot.
Satires et autres Œuvres de Regnier, accompagnées de remarques historiques de Cl. Brossette. Nouvelle édition considérablement augmentée, par Lenglet du Fresnoy. Londres, Tonson, 1733, grand in-4º, belle édition dont les pages sont entourées de cadres rouges.
L'Arcadie de Sannazar, traduite de l'italien, par Pecquet. Paris, Nyon, 1737, 1 vol. in-12.
Recueil de traductions en vers français, contenant le poëme de Pétrone, deux épîtres d'Ovide et le Pervigilium Veneris, avec des remarques par le président Bouhier. Paris, compagnie des libraires, 1738, 1 vol. in-12.
Les Poésies du roi de Navarre, avec des notes et un glossaire français, précédées de l'histoire des révolutions de la langue française depuis Charlemagne jusqu'à saint Louis, d'un discours sur l'ancienneté des chansons françaises et de quelques autres pièces, par Levesque de la Revallière. Paris, Guérin, 1742, 2 vol. in-12.
Œuvres de madame et de mademoiselle Deshoulières, nouvelle édition. Paris, les libraires associés, 1754, 2 vol. in-12.
La Colombiade, ou la Foi portée au nouveau monde, poëme, par madame Dubocage. Paris, Desaint, 1756, 1 vol. in-8º orné de jolies vignettes.
L'Art d'aimer et le remède d'amour, traduction d'Ovide, par l'abbé de Marolles. Amsterdam, 1757, 1 vol. in-12 avec des figures, par Vanloo et Eisen.
Œuvres de l'abbé de Chaulieu, nouvelle édition, par de Saint-Marc. Paris, David, 1757, 2 vol. in-12.
Le Conte du Tonneau, par le fameux docteur Swift, traduit de l'anglais. La Haye, H. Scheurleer, 1757, suivi du Traité des dissensions entre les nobles et le peuple dans les républiques d'Athènes et de Rome, etc. L'Art de ramper en poésie et l'Art du mensonge politique, par le même, 3 vol. in-12.
Œuvres de M. le marquis de Ximenez, ancien mestre de camp de cavalerie, nouvelle édition. Paris, 1772.—Ce volume contient encore: Amalazonte, tragédie du même auteur. Paris, Jarry, 1758, 1 vol. in-8º, relié en maroquin vert avec de nombreuses dorures; c'est probablement un cadeau.
L'Univers perdu et reconquis par l'Amour, suivi d'Iphis et Amarante, ou l'Amour vengé, par de Carné. Amsterdam, 1758, 1 vol. in-8º.
Poésies de Haller, traduites de l'allemand, par Tscharner, édition retouchée et augmentée. Berne, soc. typog., 1760, 2 vol. in-12.
Poésie du philosophe de Sans-Souci, nouvelle édition. Sans-Souci, 1760, 2.vol. in-12.
Le Trésor du Parnasse, ou le plus joli des recueils, par Couret de Villeneuve et Berenger. Londres, 1762, 6 vol. in-12.
La Farce de maistre Pierre Pathelin, avec son Testament à quatre personnages. Paris, Durand, 1762, 1 vol. petit in-8º.
Œuvres diverses de Desmahis. Genève, 1763, 1 vol. in-12.
Le Hasard du coin du feu, dialogue moral par Crébillon fils. La Haye, 1763, 1 vol. in-12.
L'Iliade d'Homère, traduite en vers, avec des remarques, par de Rochefort. Paris, Saillant, 1766, 2 vol. in-8º.
La Pharsale de Lucain, traduite en français par Marmontel. Paris, Merlin, 1766, 2 vol. in-8º, avec des figures, par Gravelot.
Roman comique, par Scarron, nouvelle édition. Amsterdam, comp. des libraires, 1766, 3 vol. in-12.
Traité de la prosodie française, par l'abbé d'Olivet. Paris, Barbou, 1767.—Dans le même volume se trouve: Remarques sur Racine, par l'abbé d'Olivet. Paris, Barbou, 1766, 1 vol. in-8º.
Œuvres complètes de M. le c. de B... (le cardinal de Bernis), dernière édition. Londres, 1767, deux tomes dans 1 volume in-12.
Œuvres de S. Gessner, traduites de l'allemand, par Huber. Zurich, Orel, 1768, 2 vol. in-12.
Essais de Montaigne, avec les notes de Coste, nouvelle édition. Londres, Nourse, 1769, 10 vol. in-12.
Le Messie, poëme en dix chants, traduit de l'allemand, de Klopstock, par d'Antelmy, Junker et autres. Paris, Vincent, 1769, 2 vol. in-12.
Narcisse dans l'île de Vénus, poëme en quatre chants, par Malfilâtre. Paris, Lejay, 1769, 1 vol. in-8º orné d'un frontispice par Eisen, et de figures par Saint-Aubin.
La Peinture, poëme en trois chants, par Lemierre. Paris, Jay, 1769, 1 vol. in-4º.—Au frontispice est un portrait du grand Corneille. Les figures sont de Cochin.
Les Nuits d'Young, suivies des œuvres diverses du même auteur, traduites de l'anglais par Letourneur, deuxième édition. Paris, Lejay, 1769, 4 vol. in-8º avec figures par Eisen.
Les Grâces, précédées d'une dissertation par l'abbé Massieu, et suivies d'un discours par le P. André; recueil publié par de Querlon. Paris, Prault, 1769, 1 vol. in-8º avec figures, de Boucher et de Moreau jeune.
Les Quatre parties du jour, poëme traduit de l'allemand de Zacharie, par Millier. Paris, Musier, 1769, 1 vol. in-8º avec de charmantes figures par Eisen.
Les Éléments, poëme par Delavergue. La Haye, Gosse, 1770, 1 vol. in-8º.
La Récréation des honnêtes gens, ou Opuscules en vers, par M. de la M... Amsterdam et Paris, Fétil, 1770, 1 vol. in-8º, relié en maroquin vert.
Les Baisers, précédés du Mois de mai, poëme par Dorat. La Haye et Paris, Lambert, 1770, 1 vol. in-8º.
Jérusalem délivrée, poëme héroïque du Tasse, traduit en français par Mirabaud. Paris, Barrais, 1771, 2 vol. in-12.
Le Bonheur, poëme en six chants avec des fragments de quelques épîtres, ouvrages posthumes d'Helvétius. Londres, 1772; précédé d'une Vie d'Helvétius, par Saint-Lambert, 1 vol. in-8º, relié en maroquin vert. Les armes de la comtesse sont sur le plat avec la devise Boutez en avant au-dessus.
Contes moraux et Nouvelles idylles de D... (Diderot) et Salomon Gessner, traduites par Meister. Zurich, 1773, 1 vol. in-4º.
Almanach des trois règnes, en huit parties: première partie, Almanach de Flore, 1774, gravé et orné de plus de cinquante planches en taille-douce, dessinées et coloriées d'après nature avec le plus grand soin, contenant quarante-huit devises et autant d'horoscopes pour tous les états et tous les âges. Les paroles sont de Douin, capitaine d'infanterie; les fleurs dessinées et gravées par Chevalier, lieutenant d'infanterie, le texte gravé par Drouet, ancien soldat d'infanterie. Versailles, Blaizot, 1774, 1 vol. in-24.
Les Comédies de M. Marivaux, jouées sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne par les comédiens ordinaires du roi. Paris, Briasson, 1732, 2 vol. in-12.
Recherches, sur les théâtres de France depuis l'année 1161 jusqu'à présent, par de Beauchamps. Paris, Prault, 1735, 3 vol. in-8º.
Réflexions historiques et critiques sur les différents théâtres de l'Europe, avec les pensées sur la déclamation, par Louis Riccoboni. Paris, Guérin, 1738, 1 vol. in-8º.
Tragédies-opéras de l'abbé Metastasio, traduites en français par M. C.-P. Richelet. Vienne, 1751, 12 vol. in-12.
Œuvres de théâtre de MM. Brueys et Palaprat. Paris, Briasson, 1755, 5 vol. in-12.
Choix de petites pièces du théâtre anglais par Dodsley et Gay, traduites des originaux par Patu. Paris, Prault, 1756, 2 vol. in-12.
Œuvres dramatiques de Néricault-Destouches, nouvelle édition. Paris, Prault, 1758, 10 vol. in-12.
Œuvres d'Alexis Piron, avec figures en taille douce d'après les dessins de Cochin. Paris, Duchesne, 1758, 3 vol. in-12.
Le Théâtre de Baron. Paris, les libraires associés, 1759, 3 vol. in-12.
Les Œuvres de théâtre de Dancourt, nouvelle édition. Paris, les libraires associés, 1760, 12 vol. in-12.
Le Prix de la beauté, ou les Couronnes, pastorale en trois actes et un prologue, avec des divertissements sur des airs choisis et nouveaux, par Goudot. Paris, Delormel, 1760, vol. in-4º.
Œuvres de M. Nivelle de la Chaussée, nouvelle édition, publiée par Sablier. Paris, Prault, 1762, 2 vol. 12.
Recueil contenant: 1º les Étrennes de l'Amour, comédie-ballet en un acte; 2º le Nouveau Marié, opéra-comique en un acte par Cailhava. Paris, Lejay et Duchesne, 1769-1770, 1 vol. in-8º.
Fables allemandes et contes français en vers, avec un Essai sur la Fable, par du Coudray. Paris, Jarry, 1770, 1 vol. in-8º.
Les Chefs-d'œuvre de Pierre et de Thomas Corneille, nouvelle édition, avec les Commentaires de Voltaire. Paris, libraires associés, 1771, 3 vol. in-12.
Théâtre des Grecs par le P. Brumoy, nouvelle édition enrichie de très-belles gravures et augmentée de la traduction entière des pièces grecques dont il n'existe que des extraits dans toutes les éditions précédentes, et de comparaisons, d'observations et de remarques nouvelles, par MM. de Rochefort et Dutheil. Paris, Cussac, 1785, 13 vol. in-4º, reliés en maroquin rouge, avec armes sur le dos.
Les Aventures de Télémaque, fils d'Ulysse, par François de Salignac de la Motte-Fénelon, nouvelle édition. Paris, Estienne, 1730, deux tomes en 1 volume in-4º, édition médiocre, ornée de figures par Coypel, Souville, Cazes et Humblot.
Le Marquis de Chavigny, par Boursault. Paris, Nyon, 1739, 1 vol. in-12.
Le Prince de Condé, par Boursault. Paris, Nyon, 1739. Dans le même volume: Ne pas croire ce qu'on voit, histoire espagnole par Boursault. Paris, Lebreton, 1739, 1 vol. in-12.
Œuvres de Maître François Rabelais, avec des remarques historiques et critiques de le Duchat, nouvelle édition ornée de figures, par Picart. Amsterdam, J. Bernard, 1741, 3 vol. in-4º.
Tanzaï et Néadarné, histoire japonaise, par Crébillon fils, Pékin, 1743, 2 vol. in-18, avec figures licencieuses.
Amours de Théagène et de Chariclée, histoire éthiopique. Londres, 2 vol. petit in-8º, avec figures, dont quelques-unes sont assez licencieuses.
Les Malheurs de l'Amour, par la marquise de Tencin et Pont-de-Vesle. Amsterdam et Paris, Prault, 1746, deux parties en 1 vol. in-12.
Lettres de la marquise de M*** au comte de R***, par Crébillon fils. La Haye, Scheurser, 1746, 1 vol. in-12.
Histoire amoureuse des Gaules, par le comte de Bussi-Rabutin, 1754, 5 vol. in-12.
Mémoires et Œuvres de madame Staal. Londres, 1755, 4 vol. in-12.
Histoire d'Emilie Montayne, par l'auteur de Julie Mondeville (Mistriss Brooke), traduite de l'anglais, par Robinet, 4 tomes en 2 vol. in-12.
Mémoires et Aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde, par l'abbé Prévost. Amsterdam, Arkstée, 1759, 3 vol. in-12.
Mémoires du comte de Grammont, par le comte A. Hamilton, 1760, 2 vol. in-12.
Les Amours d'Ismène et d'Isménius, par M. de Beauchamps. La Haye, 1743.—Dans le même volume se trouve: Acajou et Zirphile, conte, par Duclos, Minutie, 1761, 1 vol. in-12, avec figures.
Amélie, roman de Fiedling, traduit de l'anglais, par madame Riccoboni. Paris, Brocas, 1762, 3 vol. in-12.