Collation des feuillets prélim.: titre avec un fleuron qui représente une corbeille de fleurs et de fruits; 1 f. pour l'avis Au Lecteur et la liste des Acteurs.

L'extrait du privilége occupe le premier des 2 ff. non chiffrés de la fin. Il est accordé au sieur P. Corneille pour sept années, et le poëte déclare avoir cédé ses droits à Thomas Jolly, Guillaume de Luyne et Louis Billaine. Les frais de l'impression avaient été supportés par Corneille; le fait est mentionné formellement après le privilége. L'achevé d'imprimer, placé au verso du privilége, est ainsi conçu: Acheuée d'imprimer le 3. iour d'Avril 1666. par L. Maurry.

Il existe des exemplaires de cette édition avec la date de 1667 et de 1668 (Bibliothèque Cousin). La nécessité où les libraires se virent de la rajeunir ainsi aux yeux du public suffirait pour prouver qu'elle n'était pas d'une vente facile.

En mettant sur le théâtre l'histoire du roi de Sparte Agésilas, Corneille crut pouvoir renouveler le succès de ses premières tragédies, grâce à une innovation qui dut paraître hardie. Il abandonna l'alexandrin uniforme, et n'employa que les vers libres mêlés. «La maniére dont je l'ay traitée, dit-il dans son avis Au Lecteur, n'a point d'éxemple parmy nos François, ny dans ces précieux restes de l'antiquité qui sont venus jusqu'à nous, et c'est ce qui me l'a fait choisir.» L'espoir du poëte fut malheureusement déçu; le public ne prit aucun goût à la nouveauté. L'épigramme de Boileau est trop connue pour que nous la reproduisions ici; ce «bon mot de deux rimes orné» exprimait sans doute le sentiment du parterre. Robinet, dans sa Lettre en vers à Madame, du 6 mars 1666, fit pourtant l'éloge d'Agésilas. Après avoir rappelé que la mort de la reine Anne d'Autriche empêchait les mascarades du carnaval, il continuait en ces termes:

Mais vous avez pour supplement

Le noble divertissement

Que vous donnent les doctes veilles

De l'aisné des braves Corneilles:

Son charmant Agesilaüs,

Où sa Veine coule d'un flus

Qui fait admirer à son age

Ce grand et rare personnage.

La première représentation avait dû avoir lieu à l'hôtel de Bourgogne, dans le cours du mois précédent, c'est-à-dire en février. Le deuil de la cour hâta l'abandon d'Agésilas, qui n'a jamais été repris depuis. Nous ne possédons, ni sur les représentations, ni sur la pièce elle-même, aucune critique contemporaine; Corneille, qui souvent nous fournit dans ses préfaces des renseignements à ce sujet, n'en donne aucun dans l'avis Au Lecteur que nous avons déjà cité.

Vendu: 37 fr., v. br., exempl. raccommodé, Chédeau, 1865 (no 705);—50 fr., v. f. (Simier), Huillard, 1870 (no 598);—155 fr., mar. r. (Chambolle-Duru), Potier, 1870 (no 1235).

XXIX

86. Attila || Roy || des Hvns, || Tragedie. || Par T. [ou P.] Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, || au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, || dans la Salle des Merciers, à la Palme, || & aux Armes de Hollande; ou Chez Loüis Billaine, au Palais, au second pillier de la grand'Salle, à la Palme, & au grand Cesar]. || M. DC. LXVIII [1668]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff., 78 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et la liste des Acteurs. La faute d'impression T. Corneille pour P. Corneille ne se trouve que sur le titre d'un petit nombre d'exemplaires.

Le privilége, dont un extrait est placé à la p. 78, au-dessous de 9 lignes de texte, est daté du 25 novembre 1666; il est accordé pour cinq ans à Guillaume de Luyne, qui déclare y associer Thomas Jolly et Louis Billaine. L'achevé d'imprimer est du 20 novembre 1667.

Les critiques modernes ont vengé Corneille des injustes attaques de Boileau: «Après l'Attila, Holà!» Boileau, qui n'entendait rien à l'histoire, qui confondait les Visigoths et les Huns, ne voyait dans la pièce de Corneille que des personnages grotesques; nous y voyons au contraire une peinture historique des plus parfaites et des plus saisissantes. Ce qui nous paraît fade aujourd'hui, ce sont les scènes d'amour introduites par Corneille par déférence pour le goût de son siècle, mais le personnage même d'Attila est à nos yeux d'une grande beauté. Le caractère de ce barbare est rendu avec une vérité frappante, et les historiens ont même reconnu que le poëte, par une sorte d'intuition qui n'appartient qu'au génie, avait, sur certains points, devancé les découvertes de l'histoire.

Attila fut représenté par la troupe de Molière, et le Registre de Lagrange nous fournit à cette occasion les renseignements les plus précieux. On y lit, à la date du vendredi 4 mars 1667: «Attila: Piece nouvelle de M. de Corneille l'aisné, pour laquelle on luy donna 2,000 livres, prix faict.» Il est curieux de noter ce que rapportèrent les dix premières représentations:

Vendredy, 4e Mars   1.027 livres.
Dimanche, 6e Mars   527
Mardy, 8e Mars   604
Vendredy, 11e Mars   811
Dimanche, 13e Mars   589 10 s.
Mardy, 15e Mars   223
Vendredy, 18e Mars   273
Dimanche, 20e Mars (avec le Medecin malgré luy 602
Mardy, 22e Mars (id.) 424
Dimanche, 27e Mars (id.) 684

Ce tableau est plus instructif que tous les articles de la Gazette; il nous montre que le nom de Corneille était encore assez puissant pour attirer une grande foule à la première représentation, mais que ses pièces n'avaient plus une vogue bien durable. Cependant Robinet (Lettre en vers à Madame, du 13 mars 1667) dit, en parlant d'Attila:r

Cette derniére des Merveilles

De l'Aîné des fameux Corneilles,

Est un Poëme sérieux,

Où cet Autheur si glorieux,

Avecque son Stile énergique,

Des plus propres pour le Tragique,

Nous peint, en peignant Attila,

Tout à fait bien, ce Régne-là;

Et de telle façon s'explique

En matiére de Politique,

Qu'il semble avoir, en bonne foy,

Eté grand Ministre ou grand Roy.

Tel, enfin, est ce rare Ouvrage,

Qu'il ne se sent point de son âge,

Et que d'un Roy des plus mal nais    [sic],

D'un Héros qui saigne du nez,

Il a fait, malgré les Critiques,

Le plus beau de ses Dramatiques.

Mais on peut dire, aussi, cela

Qu'après luy, le même Attila,

Est, par le sieur La Torilliére,

Reprézenté d'une maniére,

Qu'il donne l'Ame à ce Tableau

Qu'en a fait son parlant Pinceau.

Toute la Compagnie, au reste, La Troupe du Roy,

Ses beaux Talens y manifeste; au Palais Royal,

Et chacun selon son Employ,

Se montre digne d'être au Roy.

Bref, les Acteurs et les Actrices

De plus d'un Sens, font les Délices,

Par leurs Attrais, et leurs Habits

Qui ne sont pas d'un petit prix:

Et mêmes, une Confidente Mlle Moliere.

N'y parêt pas la moins charmante,

Et maint (le cas est évident)

Voudroit en étre Confident.

Sur cet Avis, qui vaut l'Affiche,

Voyez demain, si je vous triche,

Aussi-tôt que vous aurez lû,

De ma Lettre, le Residu.

Ainsi La Thorillière jouait Attila et Mlle Molière Flavie. On peut supposer que le rôle d'Honorie fut tenu primitivement par Mlle du Parc, qui se sépara de la troupe de Molière après la 11e représentation et passa à l'Hôtel de Bourgogne pour y jouer l'Andromaque de Racine. Les représentations de la pièce de Corneille, interrompues par les fêtes de Pâques et peut-être aussi par le départ de Mlle du Parc, reprirent le dimanche 15 mai et se poursuivirent sans interruption jusqu'à la fin de juin. Il y en eut trois autres au mois d'octobre de la même année et une le 29 avril 1668, soit en tout 30 représentations, ce qui, au milieu du XVIIe siècle, était certainement un chiffre très-honorable pour une tragédie.

De 1680 à 1700, M. Despois a relevé, sur les registres du Théâtre-Français, 12 représentations d'Attila données à la ville et 3 à la cour. Depuis lors, la pièce que Boileau avait condamnée n'a pas été remise à la scène, mais peut-être assisterons-nous bientôt à une reprise qui sera pour la plupart des spectateurs une révélation. Un excellent artiste, qui est en même temps un homme de lettres et un érudit, M. Got, de la Comédie-Française, a, nous assure-t-on, la pensée de jouer Attila. Nul doute qu'il ne sache donner à ce rôle son véritable caractère.

Vendu: 120 fr., vél., Chédeau, 1865 (no 706).

XXX

87. Tite || et || Berenice. || Comedie heroïque. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Thomas Jolly, au Palais, dans la petite Salle, à la Palme & aux Armes de Hollande; [ou Chez Guillaume de Luyne Libraire || Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice; ou Chez Loüis Billaine, au Palais, au second || pillier de la grand'Salle, à la Palme, || & au grand César. || M. DC. LXXI [1671]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 3 pp. pour le Privilége; 1 p. pour la liste des Acteurs.

La page 76 et dernière est chiffrée par erreur 44.

Le privilége, daté du dernier jour de décembre 1670, est accordé pour neuf ans à Pierre Corneille; il offre cette particularité remarquable qu'il lui est donné non-seulement pour Tite et Bérénice, mais encore pour une «traduction en vers François de la Thebaïde de Stace». On lit à la fin que «ledit sieur Corneille a cedé son droit de Privilege à Thomas Jolly, Guillaume de Luynes, et Louis Billaine, pour la comedie de Tite et Berenice seulement, suivant l'accord fait entre eux.»

L'achevé d'imprimer est du 3 février 1671.

Du Ryer fit représenter, en 1645, une tragédie en prose intitulée Bérénice, qui fut mise en vers douze ans plus tard par Thomas Corneille. Cette pièce n'a point de rapport avec Tite et Bérénice. Voici la courte analyse qu'en ont donnée les frères Parfaict: «Criton, pour se soustraire à la cruauté de Phalaris, tyran d'Agrigente, se retire dans l'Isle de Créte, avec sa fille Bérénice. Le Roy de Créte, et Tarsis, fils de ce Roy, deviennent amoureux de Bérénice, qui est reconnue pour fille du Roy de Créte, et Tarsis, pour le fils de Criton. Le Roy consent au mariage de sa fille, avec Tarsis: c'est ce qui termine la Piece, qui est assez passable.» (Histoire du Théatre François, t. VIe, p. 384.)

Les biographes de Corneille et de Racine nous ont raconté tour à tour comment Henriette d'Angleterre fit secrètement inviter les deux poëtes à traiter un sujet qui devait lui rappeler les amours de Louis XIV et de Marie Mancini, et les sentiments qu'elle avait elle-même inspirés au roi son beau-frère. Les détails relatifs à ce «duel», dont le marquis de Dangeau fut le confident, ont été recueillis par M. Marty-Laveaux et M. Mesnard, et nous n'avons qu'à renvoyer à leurs excellentes éditions (Œuvres de Corneille, t. VIIe, pp. 185-196; Œuvres de Racine, t. IIe, pp. 343-362).

La pièce de Racine fut jouée le 21 novembre 1670; celle de Corneille ne le fut que huit jours après. La première fut représentée à l'Hôtel de Bourgogne; la seconde fut interprétée par la troupe de Molière. A la date du vendredi 28 novembre, on lit dans le Registre de Lagrange: «Berenice. Piece nouvelle de M. de Corneille l'aisné, dont on luy a payé 2000 livres.» Le public, désireux de comparer les deux ouvrages, accourut en foule à la première représentation. Les comédiens encaissèrent 1913 livres; c'est peut-être la somme la plus élevée qu'aucune soirée leur ait jamais rapportée. Le dimanche 30 novembre, la recette fut encore de 1669 livres; le mardi 2 décembre, de 935 livres, et le vendredi 12, de 1080 livres. C'était là, pour le moins, un succès de curiosité. La troupe de Molière donna de suite, pendant l'hiver de 1670-1671, 21 représentations de Tite et Bérénice.

La gazette rimée de Robinet nous révèle un fait curieux, qui n'a pas encore été signalé. Monsieur, veuf depuis le 30 juin 1670, eut la curiosité d'entendre, avant la représentation, la pièce de Corneille, dont l'origine lui était certainement connue. Corneille en fit la lecture chez lui le lundi 16 novembre. Voici en quels termes Robinet nous raconte cet incident dans sa Lettre en vers à Monsieur, du 22 novembre 1670:

Grand Prince, je fais conscience,

De vous demander audience

Des Façons de mon Impromptu

Sans Flâme, Brillant, ny Vertu

Lorsqu'encor, vous avez l'oreille

Pleine des beaux Vers de Corneille,

De ces vers entousiasmans

Elevez, pompeux, et charmans,

Dont, dimanche, il vous fit lecture:

Où je fus, par bonne Avanture,

Du nombre des maints Auditeurs

Qui furent ses admirateurs

Avec Vôtre Altesse Royale,

Qui goûta ce charmant Régale,

Mieux qu'on ne goûte, dans les Cieux,

Le ravissant Nectar des Dieux.

Tous mes discours vous seroient fades

Aux prix de ces rares Tirades,

Dont, à tous coups, à tous instans,

Il enlevoit les ecoutans,

Au prix, dis-je, de ces Saillies,

De son plus beau feu, rejaillies,

De ses rapides mouvemens,

De ses fins et grands Sentimens,

Et, bref, de tous ces traits de maître,

Qu'il a fait, dimanche, paraître,

Dans son Poëme merveilleux

Et je dirois miraculeux,

Pour qui, sans fin, se recrierent

Les delicats qui l'écouterent,

Disant, dans leur étonnement,

Ou leur juste ravissement,

C'est Corneille, le grand Corneille, etc.

Dans cette même lettre, Robinet fait figurer l'annonce de la prochaine représentation parmi les nouvelles importantes:

La premiere en forme d'avis,

Dont maints et maints seront ravis,

Est que ce Poëme de Corneille

La Berenice non pareille,

Se donnera pour le certain,

Le Jour de Vendredy prochain,

Sur le Théatre de Molière.

Huit jours après, Robinet nous raconte qu'il n'a pu voir jouer Bérénice, n'ayant pu «sortir par la porte, pour une raison assez forte»; mais le 20 décembre suivant, il nous en donne un compte rendu complet:

La Bérénice de Corneille,

Qu'on peut, sans qu'on s'en émerveille,

Dire un vrai-Chef-d'œuvre de l'Art,

Sans aucun Mais, ni Si, ni Car,

Est fort suivie, et fort louée,

Et, même, à merveille, jouée,

Par la digne Troupe du Roy,

Sur son Théatre, en noble arroy.

Mademoiselle de Moliére,

Des mieux, soûtient le Caractére

De cette Reyne, dont le cœur

Témoigne un Amour plein d'honneur.

Cette autre admirable Chrêtienne,

Cette rare Comédienne,

Mademoiselle de Beauval,

Sçavante dans l'Art Théatral,

Fait bien la fiére Domitie:

Et Mademoiselle de Brie

Qui tout joue agréablement,

Comme judicieusement,

Y pare grandement la Scéne,

Parlant avec cette Romaine,

Qui l'entretient confidamment

Dessus l'incommode Tourment

Que lui cause au fonds de son Ame

Son Ambition, et sa Flâme.

La Torilliere fait Titus,

Empereur orné de Vertus,

Et remplit, dessus ma parole,

Dignement, cet auguste Rôle.

De mesme, le jeune Baron

Héritier, ainsi que du Nom,

De tous les charmes de sa Mére,

Et des beaux Talens qu'eut son Pére,

Y représente, en son air doux,

Domitian, au gré de tous,

Dans l'amour tendre autant qu'extrême,

Dont ladite Romaine, il aime.

Enfin, leurs Confidans, aussi, les Srs Hubert du Croisi,

Dont à côté les Noms voici, et La Grange.

Y fait tres-bien leur Personnage,

Et dans un brillant Equipage,

Ainsi que tous, pareillement,

Dont l'on ne doute nulement,

Font dans le Bourgeois Gentil-homme,

La Grange, en fort galant Homme,

Fait le Rôle qui lui sied mieux,

Sçavoir celui d'un Amoureux.

Ayant vû l'une, et l'autre Piéce,

Avec extase, avec liesse,

J'en puis, ceci, mettre en avant,

Et j'en parle comme un sçavant.

La Gazette mentionne une représentation de Tite et Bérénice donnée à Vincennes, devant le roi, le 21 janvier suivant.

Malgré les témoignages d'estime que nous venons de rapporter, Corneille ne fut pas satisfait du succès de sa pièce. Il sentait que le public préférait celle de Racine, et, pour se consoler, il s'en prit aux interprètes de son œuvre. Ce sentiment se montra clairement, six ans après, dans le remercîment qu'il adressa au roi. En le remerciant d'avoir fait reprendre ses premières tragédies, il le priait de faire jouer aussi les dernières:

Agésilas en foule auroit des spectateurs

Et Bérénice enfin trouverait des acteurs.

On peut conclure de ce passage que la troupe de Molière ne s'était pas distinguée dans Tite et Bérénice autant que le disait Robinet. Elle remit cependant l'ouvrage de Corneille à la scène le 20 septembre 1678, et le joua neuf fois de 1678 à 1680.

Le tableau dressé par M. Despois ne mentionne aucune représentation de Tite et Bérénice; il n'est pas impossible, cependant, que cette pièce ait été donnée quelquefois par la Comédie-Française, à la fin du XVIIe siècle; mais, comme elle portait dans l'usage le simple titre de Bérénice, elle aura pu être confondue avec la tragédie de Racine.

Vendu: 20 fr. br., Chédeau, 1865 (no 707).

88. Tite || et || Berenice. || Comedie heroique. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || Libraire Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice; [ou Chez Jean Guignard, dans la grand'Salle du Palais, à l'Image S. Jean; ou Chez Estienne Loyson, || à l'entrée de la Galerie des Prisonniers, || au Nom de Jésus; ou Chez Pierre Traboüillet, || dans la grand'Salle du Palais au Pilier des || Consultations, au Sacrifice d'Abel]. || M. DC. LXXIX [1679]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 2 ff. pour le Privilége et la liste des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1679, est accordé pour dix ans à G. de Luyne, qui déclare y associer J. Guignard, E. Loyson et P. Trabouillet, «pour en jouir conjointement avec luy, suivant les parts et portions qu'ils ont en la présente comedie seulement.» C'est en vertu du même privilége que G. de Luyne publia, en 1682, le Théatre de Corneille, mais il n'y associa cette fois que Loyson et Trabouillet.

Vendu: 5 fr. cart., Chédeau, 1865 (no 708);—15 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 70).

XXXI

89. Pulcherie || Comedie || heroïque. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Justice. || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 72 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de G. de Luyne représentant la Justice; 3 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour la liste des Acteurs.

Le privilége, daté du 30 décembre 1672, est accordé à Guillaume de Luyne, pour une durée de cinq années. L'achevé d'imprimer est du 20 janvier 1673.

L'idée de composer une pièce dont la sœur de l'empereur Théodose fût l'héroïne dut venir à Corneille alors qu'il écrivait Attila. Il mit dans la bouche du roi des Ostrogoths, Valamir, un éloge de cette princesse, qui prouve bien que le caractère de cette femme, énergique autant que vertueuse, l'avait vivement frappé. Le poëme auquel Pulchérie donna son nom fut achevé longtemps avant la représentation. Mme de Sévigné, dans ses lettres du 15 janvier et du 9 mars 1672, parle de lectures faites par Corneille chez M. de la Rochefoucauld et chez le cardinal de Retz.

Ces lectures, auxquelles Donneau de Visé fait allusion dans le Mercure galant du 19 mars, produisirent un effet des plus favorables. Le poëte avait eu le rare bonheur de trouver des auditeurs à qui les situations de Pulchérie devaient naturellement plaire; il ne recueillit que des approbations. Huit mois s'écoulèrent cependant avant que le nouvel ouvrage se produisît en public; ce ne fut que le vendredi 15 novembre 1672 qu'il fut représenté. Robinet nous dit, le lendemain, dans une Lettre en vers qui n'a pas encore été citée, qu'on a joué au Marais

Hier, certaine Pulchérie

En Beautez, dit-on, fort fleurie.

Après certaines équivoques du goût le plus douteux, Robinet ajoute:

Cette charmante Pulchérie

Est une belle Comédie

Qu'on joua, pour le premier coup,

Et qui plût, m'a-t'on dit, beaucoup.

Or point je ne m'en émerveille,

Car elle est de l'Aîné Corneille,

Et c'est à dire de celui,

De qui tout Autheur d'aujourd'hui,

Doit, certe, le Théatre apprendre,

S'il veut, au Mêtier, se bien prendre.

En ce Dramatique nouveau,

Sorti de son sçavant Cerveau,

On m'a dit, aussi, que la Troupe

Sembloit avoir le Vent en poupe,

Et qu'enfin, il n'y manquoit rien,

Ce qu'encore je croi trés-bien,

Mais c'est tout ce que j'en puis dire,

Attendant que, pour en êcrire,

Et plus asseurement, et mieux,

De mes Oreilles, et mes Yeux,

Je puisse avoir le Témoignage,

Que j'aime, toûjours, davantage.

Robinet ne manqua pas, en effet, d'aller au théâtre du Marais. Sa Lettre en vers du 17 décembre contient un compte-rendu complet de la représentation:

J'ai trouvé toutes les beautez

Que l'on en dit de tous côtez:

Et cette belle Pulchérie,

A part, ici, la Flaterie,

M'en fit mêmes, voir, encor, plus.

Par où je connus que Phœbus

Conserve, dans le grand Corneille,

La même vigueur nompareille,

Et tout le beau Feu qu'on lui veid

Dans son tendre et [tres] fameux Cid;

Et qu'il a, depuis, fait paraître

En tous ses Ouvrages de Maître,

Par lesquels, jusques aujourd'hui

Il tire l'Echelle après lui.

O que ladite Pulchérie

Est, par tout, brillante, et fleurie,

Et qu'en ce Sujet, bien écrit,

On void de ces beaux trais d'Esprit,

Particuliers à ce Corneille,

Dont je dirai, toûjours, merveille,

Tant je suis épris justement

De son Cothurne si charmant!

Voici maintenant les noms des acteurs, que M. Marty-Laveaux n'avait pas retrouvés:

Primò, l'agréable Dupin,

Dont le Corsage est si poupin,

Et si chargé de Pierrerie,

Y fait fort bien, la Pulchérie.

Mademoiselle Desurlis,

L'un des Objets les plus accomplis,

Que l'Amour, nôtre commun Sire,

Fasse briller dans son Empire,

Y joue un grand Rôle, et des mieux,

Avec son Air majestueux.

Item, Mad'moiselle Marote,

Que pour bonne Actrice, l'on note,

D'une Justine, y fait, aussi,

Le Rôle, non coussi, coussi.

Léon, Amant de Pulchérie,

Qui n'est pas assez attendrie,

Pour lui présenter la Main, quand

Il ne quadre pas à son Rang,

Par Douvilliers, se représente,

D'une façon, certe, excellente,

Et montre, ne manquant en rien,

Qu'il est un bon Comédien.

Martian qui, par Pulchérie,

Sent, encor, d'Amour, la furie,

Mais qu'il reprime comme il faut,

Ainsi que je l'ay dit plus haut,

Ce Vieillard, que, par politique,

Cette Princesse qui s'en pique,

Choisit, pour son Epous de Nom,

En donnant sa Fille, à Léon,

Est désigné fort bien encore

Par Verneuil, je m'en remémore:

Et le sieur Désurlis, enfin

D'un Rôle politique et fin,

Trés-méritoirement, s'acquite.

Voila, donc, la Piéce dêcrite

Tant bien que mal, de bout, en bout:

Mais qui voudra mieux sçavoir tout,

Aille la voir dessus la Scéne,

Elle en vaut, ma foy, bien la peine.

Corneille, nous l'avons rappelé à propos de Sertorius (no 80), avait pour Mlle Marotte, qui remplissait le rôle de Pulchérie, une estime particulière, mais cette actrice et le théâtre du Marais en général n'étaient pas en grande faveur auprès du public. «Je me contenteray de vous dire, ajoute le poëte, à la fin de son avis Au Lecteur, que bien que cette Piéce aye été réléguée dans un lieu, où l'on ne vouloit plus se souvenir qu'il y eust un Théatre, bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'étoit prévenu d'aucune estime, bien que ses principaux caractéres soient contre le goust du temps, elle n'a pas laissé de peupler le Desert, de mettre en crédit des Acteurs dont on ne connoissoit pas le mérite, et de faire voir qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujettir aux entestemens du Siécle pour se faire écouter sur la Scene.»

Le succès dont parle Robinet et dont Corneille lui-même se félicite ne fut pourtant pas très-vif. Le 24 février 1673, Mme de Coulanges écrit à Mme de Sévigné que «Pulchérie n'a point réussi». La pièce fut abandonnée par les acteurs qu'elle avait mis en crédit et n'a jamais été représentée après la mort de l'auteur.

Vendu: 50 fr., cart., Potier, 1870 (no 1236).

XXXII

90. Surena || General || des Parthes, || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais en la Salle des Merciers, || sous la montée de la Cour des || Aydes, à la Justice. || M. DC. LXXV [1675]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 72 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, au verso duquel se trouve l'Extrait du Privilége; 1 f. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Par le privilége, daté du 6 décembre 1674, il est permis à Guillaume de Luyne «d'imprimer, ou faire imprimer, vendre et débiter, durant cinq années entières et accomplies une pièce de Théatre intitulée: Suréna, General des Parthes, Tragédie, composée par le sieur de Corneille.» L'achevé d'imprimer est du 2 janvier 1675.

Nous ne savons rien de cette dernière pièce de Corneille qui dut être jouée en novembre 1674. Corneille en avait emprunté le sujet à Plutarque, en ajoutant au récit de l'historien divers personnages et divers incidents imaginaires. On ne peut mettre en doute l'insuccès de Suréna, bien que nous ne possédions pas les lettres dans lesquelles Robinet devait donner des détails sur la représentation. La pièce tomba sans bruit; Corneille, accablé déjà par la mort de son second fils, sentit avec désespoir qu'il avait perdu la vigueur de la jeunesse. Il se tint désormais éloigné du théâtre, plein d'une sombre tristesse. Il souffrait surtout de la décadence de son génie, et nous retrouvons ce sentiment dans tout ce qu'il écrivit jusqu'à sa mort. Par surcroît de malheur, le Roi suspendit ses libéralités, et l'auteur du Cid fut plongé dans la misère. Aucune histoire ne fait une plus douloureuse impression que celle des dernières années de Corneille.

La bibliothèque Cousin possède un exemplaire de Suréna, relié en maroquin rouge aux armes de Colbert. Ne serait-ce pas un exemplaire de dédicace envoyé par l'auteur au premier ministre, avant qu'il lui écrivît la lettre déchirante dans laquelle il sollicita son intervention auprès du Roi (Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 501 sq.)?

II. PIÈCES DE THÉATRE ÉCRITES PAR DIVERS AUTEURS

AVEC LA COLLABORATION DE CORNEILLE.


I

91. La || Comedie || des || Tvileries. || Par les cinq Autheurs. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur, & || Libraire de Monseigneur Frere du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme. || M. DC. XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 10 ff. et 140 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre avec la marque de Courbé; 2 ff. pour l'épître «A Monseigneur le Chevalier d'Igby,» signée J. Baudoin; 3 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les Acteurs; 4 ff. pour Les Tuilleries, Monologue.

Le privilége, accordé pour sept ans à Courbé, est daté du 28 mai 1638; l'achevé d'imprimer est du 19 juin de la même année.

La Comédie des Tuileries est l'œuvre collective des cinq auteurs que Richelieu avait entrepris de faire travailler sous sa direction: Boisrobert, Colletet, Corneille, L'Estoile et Rotrou. Pellisson (Histoire de l'Academie Françoise, Paris, 1653, in-8, p. 181) nous a donné quelques détails curieux sur cette collaboration à laquelle Richelieu avait recours pour achever une comédie en un mois. C'est par lui que nous connaissons la fameuse anecdote des cinquante pistoles données par le cardinal à Colletet pour les vers sur le canard, qui figurent dans le Monologue des Tuileries. Les cinq auteurs se répartirent les actes de la pièce dont Richelieu avait fait le plan. D'après une tradition très-probable, recueillie par Voltaire, le troisième acte de la tragédie serait échu à Corneille; on y trouve en effet plusieurs passages qui rappellent sa manière.

Nous connaissons la date exacte de la représentation des Tuileries. La Gazette du 10 mars 1635 nous apprend que cette comédie avait été jouée devant la Reine le 4 mars précédent. Le numéro du 21 avril parle d'une autre représentation donnée pour le duc d'Orléans cinq jours auparavant.

L'auteur de la dédicace au chevalier d'Igby est J. Baudoin, académicien qui se fit un nom en signant les ouvrages des autres. Baudoin, qui présenta de même au public l'Aveugle de Smyrne, écrivit l'avis Au Lecteur, dans lequel on trouve un long éloge de la pièce: «Vous sçavez, y est-il dit, avec quelle magnificence elle a esté representée à la Cour, et que ceux qui l'ont veuë en ont tous admiré la conduitte, et les decorations de Theatre.... Vous sçaurez au reste qu'elle a esté faite par cinq différens Autheurs, qui pour n'étre pas nommez, ne laissent pas toutesfois d'avoir beaucoup de Nom; et les Ouvrages desquels sont assez connus d'ailleurs, pour vous faire advouer le merite de celuy-cy.»

Vendu: 30 fr., v. m., Huillard, 1870 (no 599).

92. La || Comedie || des || Tvileries. || S. l. n. d. [A Paris, Chez Augustin Courbé, 1638], pet. in-12 de 7 ff. et 100 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé; 2 ff. pour la dédicace; 4 ff. pour l'avis Au Lecteur, le Privilége et les Acteurs.

Le frontispice gravé, qui tient lieu de titre, représente une femme assise dans une allée des Tuileries et qui joue de la guitare; près d'elle se tient un gentilhomme en costume du temps. Au-dessus des deux personnages se trouve le titre reproduit ci-dessus; en bas, dans l'angle de gauche, le nom du graveur Daret.

Le premier feuillet de texte est signé par erreur ēiij, au lieu de ēiiij; il appartient au même cahier que les trois ff. précédents.

Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'impression en grand format.

Cette édition, à laquelle l'édition in-12 du Cid (no 10) a servi de modèle, est d'un format très-petit (la justification varie entre 90 et 95 millim. en hauteur, sur 49 en largeur); elle est remarquablement imprimée. On dit que la composition fut faite avec des caractères d'argent qui servirent, en 1656, à l'impression de la Bible de Richelieu, mais cette tradition paraît pour le moins fort douteuse.

Nous donnons à cette édition la date de 1638, à cause de l'analogie qu'elle présente avec la petite édition du Cid, que nous avons rapportée à l'année 1637 (no 10), et parce qu'il nous paraît probable qu'elle a dû être exécutée en même temps que l'édition in-4. M. Brunet (Manuel du Libraire, 5e édition, t. IIe, col. 71) lui donne la date de 1648, mais il reproduit évidemment une faute d'impression qui se trouve dans le catalogue Soleinne (no 1129).

Vendu: 70 fr., mar. citr. (Trautz-Bauzonnet), Cat. Potier, 1859;—100 fr., même exemplaire, Chédeau, 1865 (no 714).

II

93. L'Avevgle || de || Smyrne. || Tragi-Comedie. || Par les Cinq Autheurs. || Chez Augustin Courbé, Imprimeur & || Libraire de Monseigneur Frère du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme. || M. DC. XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 146 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de Courbé; 3 pp. pour la dédicace «A Monseigneur le Marquis de Coualin, Colonel des Suisses, etc.,» dédicace signée Baudoin; 3 pp. pour l'avis Au Lecteur; 1 p. pour les Acteurs et l'Extrait du Privilége.

Le privilége, daté du 28 mai 1638, comme celui de la Comédie des Tuileries, est accordé pour sept ans à Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du 17 juin 1638. Comme on le voit, cette pièce, postérieure de deux ans à la précédente, fut imprimée deux jours auparavant; c'est ce qui l'a fait placer la première dans les recueils qui contiennent le théâtre des Cinq Auteurs.

Nous faisons figurer l'Aveugle de Smyrne dans ce chapitre, parce qu'il appartient au théâtre des Cinq Auteurs, mais il n'est pas certain que Corneille y ait eu la moindre part. Comme l'a fait remarquer M. Livet (Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et d'Olivet, t. Ier, p. 83, note 1), on lit dans l'avis Au Lecteur qui suit la dédicace: «Vous pourrez juger de ce que vaut cet Ouvrage, soit par l'excellence de sa Matiére, soit par la forme que lui ont donnée quatre célébres Esprits.» Ce passage semble bien indiquer que les cinq auteurs étaient réduits à quatre. L'absent ne pouvait être que Corneille à qui semblable collaboration était certainement à charge, et qui, dit Voltaire, avait prétexté «les arrangements de sa petite fortune» pour se retirer à Rouen. Bien que cette explication ait toutes les chances de probabilité, on pourrait à la rigueur soutenir que l'auteur de l'avis Au Lecteur a voulu distinguer la matière et la forme de l'ouvrage. On admettrait alors que l'un des cinq auteurs avait prêté son nom à Richelieu pour l'invention du sujet, tandis que les quatre autres poëtes s'étaient chargés de l'exécution. Dans le doute, nous avons cru que l'Aveugle de Smyrne devait être mentionné dans notre Bibliographie.

La Gazette du 28 février 1637 nous apprend que cette pièce fut représentée le 22 de ce mois dans l'hôtel de Richelieu, par les deux troupes de comédiens qui existaient alors, «en présence du Roi, de la Reine, de Monsieur, de Mademoiselle sa fille, du prince de Condé, du duc d'Enghien son fils, du duc Bernard de Weimar, du maréchal de La Force et de plusieurs autres seigneurs et dames de grande condition».

Richelieu avait fait de grands frais pour la représentation. Mondory, qui l'année précédente avait été frappé d'apoplexie en jouant le rôle d'Hérode dans la Marianne de Tristan l'Hermite, avait dû remonter sur la scène pour interpréter le rôle de l'aveugle; «mais il n'en put représenter que deux actes, et s'en retourna dans sa retraite avec une pension de deux mille livres que le cardinal lui assura. Les Seigneurs de ce temps-là se signalèrent aussi en libéralités; ils lui donnèrent presque tous des pensions, ce qui fit à Mondory environ huit à dix mille livres de rentes, dont il jouit jusqu'à sa mort, et dans un âge fort avancé.» (Anecdotes dramatiques, t. Ier, pp. 520 sq.)

Vendu: 10 fr., v. m., avec la Comédie des Tuileries, Giraud, 1855 (no 1655).

94. L'Avevgle || de Smyrne || Tragicomedie. || S. l. n. d. [A Paris, Chez Augustin Courbé, 1638]. Pet. in-12 de 3 ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant l'aveugle qui descend les degrés d'un perron, appuyé sur l'épaule d'un enfant; il porte un costume presque entièrement semblable à celui des gentilshommes de la fin du règne de Louis XIII; le frontispice, qui tient lieu de titre, est signé: C. le Brun I.—Daret Sc.; 1 f. pour la dédicace; 1 f. qui contient au recto l'avis Au Lecteur, et au verso les Acteurs et l'Extrait du Privilége.

On trouve à la fin un rappel de l'achevé d'imprimer du 17 juin 1638.

Cette édition est imprimée avec les petits caractères dont nous avons parlé ci-dessus; elle est très-jolie et peut-être plus rare que l'édition in-4. Nous en avons trouvé un exemplaire relié avec la Comédie des Tuileries, à la Bibliothèque municipale de Versailles. (E. 457. d.)

Vendu: 160 fr., mar. citr. (Trautz-Bauzonnet), Chédeau, 1865 (no 715).

III

95. Psiché, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || Et se vend pour l'Autheur, || A Paris, || Chez Pierre Le Monnier, au Palais, || vis-à-vis la porte de l'Eglise de la S. Chapelle, || à l'Image S. Louis, & au Feu Divin. || M. DC. LXXI. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 pp. et 1 f.

Les 2 ff. prélim. comprennent le titre et un avis du Libraire au Lecteur.

Le privilége dont un extrait occupe le dernier f., est accordé, pour dix ans, à Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, «l'un des Comediens de Sa Majesté»; il est daté du 31 décembre 1670. L'achevé d'imprimer est du 6 octobre 1671.

Le libraire nous explique dans son avis Au Lecteur comment fut composée la tragédie-ballet de Psyché; Molière choisit le sujet et disposa le plan de la pièce, mais ne put achever qu'une partie de la versification: le prologue, le premier acte et la première scène des deux actes suivants. Le reste de l'ouvrage fut écrit par Corneille, à l'exception des paroles destinées à être chantées, qui furent composées par Quinault. Le vieux Corneille écrivit plus de 1,100 vers en quinze jours. Il avait conservé par intervalle une ardeur toute juvénile; il eût pu s'écrier comme autrefois:

Cent vers me coustent moins que doux mots de Chanson.

Grâce à la collaboration des trois auteurs et de Lully, Psyché fut achevée dans le délai fixé par le roi. La représentation eut lieu le 16 janvier 1671, dans une grande salle neuve construite au Louvre, sur les plans de Vigarani.

L'abbé de Pure (Idées des spectacles anciens et nouveaux; Paris, 1668, in-12, pp. 311 sqq.) et le programme de Psyché nous fournissent des renseignements précis sur cette salle; nous avons aussi par la Gazette et par le Registre de Lagrange des détails circonstanciés sur la représentation. Voici, d'après le programme, quelle était dans le principe la distribution des rôles:

Jupiter       Du Croisy.
Venus       Mlle de Brie.
L'Amour       Baron.
Ægiale
Phaëne
} Graces { Les petites La
Torilliere et du Croisy.
Psiché       Mlle Moliere.
Le Roy,   Pére de Psiché   La Torilliere.
Aglaure
Cidippe
} Sœurs
de Psiché
} MllesMarotte et Boval.
 
Cleomene
Agenor
} Princes
Amans
de Psiché
} Hubert et La Grange.
Le Zephire       Moliere.
Lycas       Chasteauneuf.
Le Dieu d'un fleuve       De Brie.

Le Registre de Lagrange nous fait connaître les artistes chargés des parties de chant: c'étaient Mlles de Rieux, Turpin, Grandpré, MM. Forestier, Mosnier, Champenois, Ribou, Pouffin. La même source nous donne le détail des dépenses faites pour monter la pièce, dépenses qui s'élevèrent à 4,359 livres, 15 sols. Pendant les représentations, Beauchamps, qui avait réglé les ballets, reçut 1,100 livres, plus 11 livres par jour pour conduire l'orchestre et entretenir les ballets.

Après plusieurs représentations réservées à la cour, la tragédie-ballet fut enfin jouée en public le 24 juillet 1671. Le succès répondit à l'attente des auteurs et des acteurs. La troupe de Molière donna de suite 38 représentations qui lui valurent de belles recettes. Elle reprit la pièce le 11 novembre 1672 et la joua de nouveau 32 fois sans interruption. Nous avons recueilli sur cette reprise un document qui n'a pas encore été signalé; c'est un passage d'une Lettre en vers de Robinet datée du 26 novembre 1672. Bien que ce morceau soit un peu long, nous ne croyons pas sans intérêt de le reproduire ici. Il nous paraît compléter heureusement les informations de M. Marty-Laveaux. On y voit quelques changements dans la distribution; ainsi le rôle du Zéphire est tenu non plus par Molière, mais par Mlle du Croisy la jeune.

Après avoir dit dans des termes très-singuliers que la première représentation de Pulchérie avait eu lieu la veille au théâtre du Marais, Robinet continue ainsi:

Cependant, ajoûtons ici

Encore, ce petit mot-ci,

Que l'Autheur a fait ce Poëme,

Par l'effet d'une estime extrême

Pour la merveilleuse Psiché,

Par qui chacun est alléché,

Ou Mad(e)moiselle de Moliére,

Qui, de façon si singuliére,

Et, bref, avecque tant d'appas,

Qui font courir les Gens, à tas,

Encor, maintenant, represente

Ladite Psiché si charmante.

Dimanche, encore, je la veis,

Et tous mes sens furent ravis

A ce plus rare des Spectacles,

Et lequel, rempli de Miracles,

Surpasse tous les Opera

Qu'on voit et, je croi, qu'on verra.

Ah! que Venus dans sa Machine, Mlle de Brie.

Me parut, encore, divine:

Et que je fus charmé des Airs,

Et des admirables Concerts

Par qui, sur la Terre, on l'appelle,

Ayant les Graces avec Elle!

Que ces petites Grâces là, les petites La Torilliere,

Encor, aussi, me plûrent là, et de Beauval.

Par leurs discours, et par leurs gestes,

Qui paressent, vrayment celestes!

Que les Amours, pareillement, le petit la Torilliere,

Qui sont de l'Accompagnement, et Barbier.

Encore, aimables me semblérent,

Et, tout de même, me charmèrent!

Qu'encor, de Psiché, les deux Sœurs, Mlles de Beauval, et de

Faisant, si bien, les Rôles leurs, la Grange.

Me délectèrent, et ravirent,

Ainsi que tous ceux qui les virent!

Que les deux Princes, ses Amans,les Srs Hubert et de

Par leurs honnêtes Complimens, la Grange.

Soit qu'ils soyent morts, ou bien en vie,

Me rendoyent l'Ame, encor ravie!

Que le Père, aussi de Psiché, Le Sr de la Torilliere.

Qu'on voit, pour elle, si touché,

M'attendrit avecque ses Larmes,

Et qu'il leur sçait donner de charmes!

Qu'encore, je fus satisfait

De l'Amour si beau, si parfait, le Sr Baron.

Alors que, pour le dire en somme,

Il devient là, grand comme un Hôme!

Que son Zéphir, des plus Galans, Mlle du Croisi la jeune.

Des plus jeunes, des plus brillans

Qui soyent sous l'Empire de Flore,

Me donna de Plaisir, encore!

Que de même, encore, Psiché,

Par qui maint cœur est ébréché,

Me sembla bien digne d'Hommages,

Dans ses trois divers Personnages!

Qu'encore, encore, aussi, Venus

Me plût, voire tant que rien plus,

Soit qu'éclatast sa Jalousie,

Soit qu'elle parust radoucie!

Qu'encore, le tonnant Jupin,

Qui les holas vient mettre, enfin,

Qui nôtre Psiché dêifie,

Et bref, à l'Amour la marie,

Me sembla fermer dignement,

Ledit Spectacle si charmant!

Qu'encor j'admiray les Machines,

Oû ces Personnes célestines,

Sçavoir Venus, Psiché, l'Amour,

Vont en l'Olympien Séjour!

Qu'encor les Airs, et la Musique,

Que, de bien goûter, je me pique,

Qu'encor la jeunette Turpin,

Qui chante d'un air si poupin,

Qu'encor le Sauteur admirable,

Qu'on croid favorisé du Diable,

Pour faire les Sauts surprenans,

Dont il étonne tous les Gens,

Qu'encor les diverses Entrées,

Qui sont là, si bien incérées,

Où l'incomparable Beauchamp,

A le loüer, donne un beau champ,

Qu'encor, enfin, toutes les choses,

Dedans cette Merveille, encloses,

Sçavoir les décorations,

Et diverses Mutations.

De la claire, et pompeuse Sçene,

Me rendirent, chose certaine,

Extasié, charmé, contant!

Ah! jamais, je ne le fus tant.

Robinet, dans son langage burlesque, témoigne naïvement de l'admiration que Psyché avait le don d'exciter dans le public; aussi cette tragédie-ballet laissa-t-elle des souvenirs durables. En 1703, Mlle Desmares et Baron fils firent le succès d'une nouvelle reprise; la pièce fut donnée 29 fois, du 1er juin au 1er août suivant.

Le 19 août 1862 la Comédie-Française a donné une très-curieuse représentation de Psyché. Les principaux rôles étaient tenus par Mlles Devoyod, Fix, Rose Deschamps, Favart, Tordeus, Ponsin, Rose Didier; MM. Maubant, Worms, Ariste. C'est à des femmes qu'était confiée l'interprétation des rôles créés par Molière et par Baron.

96. Psiché, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || A Paris, || Chez Claude Barbin, au Palais, sur || le Second Perron de la S. Chapelle. || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 p. et 1 f.