—Oh! oh! maugréa-t-il, voilà qui modifie la face des choses!
—Il est constant, émit Me Bouginier, qu'ainsi que chante la chanson:
| Cet animal est très méchant; |
| Quand on l'attaque, il se défend. |
Il ajouta paisiblement en sucrant son café avec abondance:
—Mais que vous importe, dès l'instant que je vous procure le moyen de le mettre à la raison?...
—Le moyen?...
—Pourquoi non?... On a, Dieu merci, plus d'une corde à son arc... Et, pour suivre le cours de la comparaison mythologique que nous avons employée jusqu'à présent, s'il a suffi d'un seul Hercule pour supprimer le dragon du jardin des Hespérides, que voulez-vous que fasse contre trois celui du pavillon de la Faisanderie?
—Contre trois quoi?
—Contre trois hercules, parbleu!
—Bon! Où les prenez-vous et quels sont-ils, vos trois hercules?
—Je les prends, pour le moment, sur la route de Saint-Germain,—où la fête des Loges aura lieu prochainement,—dans la forêt,—et ils s'appellent les frères Snail.
Ce fut au tour de Marignan de planter ses coudes sur la table:
—Voyons, papa, insista-t-il, expliquons-nous carrément. Votre conversation est émaillée d'hiéroglyphes, et je ne suis pas M. de Champollion-Figeac pour déchiffrer des obélisques.
—Vous allez me comprendre, mon excellent ami:
Les frères Snail sont trois saltimbanques,—trois Anglais,—qui font métier de force et d'adresse et que je crois aussi dépourvus de scrupules que de monnaie...
Des circonstances, dont il serait trop long de vous entretenir, nous ayant mis en rapport depuis nombre d'années, ils n'ont rien à me refuser...
Vous irez donc les trouver, de ma part, aux Loges, où ils ne vont point manquer de dresser leur tente parmi les spectacles forains que la fête y amalgamera...
Vous leur tiendrez le langage que je vous indiquerai, et ils s'empresseront de se mettre à votre disposition pour tout ce qu'il vous plaira de leur commander...
Ce sont des auxiliaires précieux: souples comme des serpents et capables d'assommer un chrétien d'un coup de poing, comme un bœuf, pour quelques menues pièces d'argent qui leur permettraient de donner la pâture à leurs passions...
En outre, ils ont avec eux une jeune fille qui, si vous adoptez le petit plan que je vais vous soumettre, vous sera d'une incontestable utilité...
—Une jeune fille?...
—D'une paradoxale beauté!...
Une flamme singulière dansait derrière les lunettes de l'ancien officier ministériel.
—Malepeste! s'exclama son interlocuteur, vous en parlez avec un enthousiasme!...
—L'enthousiasme d'un amateur de la forme, pas davantage, protesta Me Bouginier. Amateur platonique, bien entendu. Mon âge, ma situation, mes fonctions d'époux et de père ne m'autorisent, hélas! à remplir que ce rôle sans prétentions comme sans profits...
Il poursuivit, après une pause:
—Du reste, vous jugerez mademoiselle Florette...
—Ah! c'est Florette qu'elle s'intitule...
—Et elle ne ment pas à son nom. Ce n'est pas seulement une fleur. C'est un bouquet de perfections...
—En vérité!... Vous piquez ma curiosité... J'entreprendrais l'affaire rien que pour...
L'ex-avoué avait allumé dans sa tasse l'eau-de-vie qui couronnait celle-ci d'une auréole bleuâtre.
Sur ces dernières paroles, il cessa brusquement d'attiser ce brûlot du bout de sa cuiller, et interrompant son interlocuteur:
—Monsieur Marignan, prononça-t-il d'un ton sec, j'ai sur cette personne, sur cette jeune fille, des projets sérieux dont je crois inutile de vous faire la confidence. Je vous serai donc obligé de ne pas essayer de l'inscrire sur la liste de vos victoires et conquêtes...
—Moi?... Ah! mon cher maître!... Pouvez-vous supposer...
D'un coup de doigt bref et saccadé, Me Bouginier releva ses lunettes.
Le verre brouillé de celles-ci recouvrait une paire d'yeux d'une inquiétante acuité.
Ces yeux s'arrêtèrent sur l'amant de Sergine Gravier avec une étrange expression d'autorité et de menace.
En même temps, l'ancien officier ministériel reprit d'une voix non moins tranchante que son regard:
—Mademoiselle Florette est un instrument que je vous prête. Songez à me le rendre intact. Autrement, nous nous brouillerions. Or, nous avons tout intérêt à demeurer en excellente intelligence.
Ses lunettes avaient repris leur place.
Il ajouta paternellement:
—Un petit verre de fine champagne, hein? Il n'y a rien de tel pour faire passer les vérités qu'on est, parfois, entre associés, dans la nécessité de se dire. Moi, j'en suis encore au gloria de nos pères.
Il souffla sur son brûlot, le goûta et conclut:
—Maintenant, accordez-moi toute votre attention. Il s'agit du plan que j'avais élaboré pour mon usage particulier, et que je vous cède par-dessus le marché, avec les éléments d'exécution, s'il est à votre convenance. Le plan, dans le succès duquel la Filleule de Lagardère—c'est un des sobriquets de notre jeune personne—est appelée à remplir l'un des principaux rôles.
Revenons à la fête des Loges.
Les lampions qui enguirlandaient celle-ci commençaient à s'éteindre. Il était tard. Boutiques et spectacles se fermaient. Seul, le bal Tivoli restait illuminé, bruissait de musique et grouillait de danseurs: le bal Tivoli où le Bijou-des-Dames, le Rouquin et leurs «folles maîtresses» étaient en train de scandaliser l'autorité par leurs en-avant-deux risqués et par leurs pastourelles anti-municipales.
Ce fut vers ce temple de Terpsychore indépendante que se dirigea Marignan en quittant Sergine Gravier.
Comme il y pénétrait, un quadrille s'achevait.
Après le galop final, les deux couples qu'il cherchait de l'œil s'acheminèrent vers la buvette.
L'associé de Me Bouginier fit—de loin—un signe à Bijou-des-Dames et sortit.
Le voyou le rejoignit au dehors.
Tous deux échangèrent quelques mots.
Ensuite, Marignan mit le cap sur le théâtre des Dislocations-Amusantes.
L'autre lui emboîta le pas à distance.
La baraque semblait sombre et close au premier abord.
Pourtant, des filets de lumière s'échappaient à travers les fentes des planches mal assemblées qui la formaient,—et des voix se disputaient derrière la toile d'emballage qui lui servait de porte.
Cette toile était trouée comme une écumoire.
On n'avait qu'à la soulever pour entrer.
Les frères Snail ne redoutaient point les voleurs.
Que leur aurait-on enlevé?—Des charpentes vermoulues ou des bancs qui ne tenaient pas!—Le reste du mobilier industriel (instruments et accessoires) était remisé, chaque soir, après la représentation, dans une énorme voiture, espèce de maison mouvante qui stationnait derrière le théâtre et dans laquelle la Filleule de Lagardère et la Femme-Canon couchaient sur des matelas.
Les trois Anglais et le paillasse dormaient sur les bancs de la baraque.
Marignan gravit doucement les degrés qui aboutissaient à la porte de celle-ci.
Il mit son œil, puis son oreille, à l'un des principaux trous de la toile, et voici ce qu'il vit et ce qu'il entendit:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Au milieu de la plate-forme,—entourée, en guise de décors, de lambeaux de tapisserie,—qui constituait la «scène», une vieille planche était posée sur deux tréteaux.
Tom, Jack, Bob et la Femme-Canon étaient assis à cette table improvisée.
Il y avait sur celle-ci trois bouteilles d'eau-de-vie vides et une quatrième que l'on venait d'entamer: c'était la façon de souper de nos banquistes.
Après avoir grignoté un maigre morceau de pain, Florette s'était retirée dans la voiture, et le paillasse s'en était allé festoyer «en ville» avec une bouchère de Poissy qui l'avait particulièrement remarqué: les grandes dames ont toujours protégé les artistes.
Les frères Snail se ressemblaient tellement qu'on les aurait pris l'un pour l'autre.
C'étaient trois Anglais trapus, aux jambes et aux bras musculeux, à la mâchoire inférieure proéminente et aux cheveux roux plantés drus et bas sur une figure courte et bouffie qui rappelait le mufle d'un bull.
Ils buvaient silencieusement: l'orgie britannique est taciturne.
A un moment, leur compagne se leva.
—Où vas-tu? lui demanda Tom.
—Tiens! je me réintègre dans mes appartements. Avec ça que vous êtes gais quand vous êtes pafs!... Merci! J'aime mieux aller rêver de mes anciens...
Elle alluma son rat-de-cave au bout de chandelle qui éclairait la table:
—Bonsoir la compagnie!
Mais Tom lui adressa un geste impérieux:
—Reste! commanda-t-il.
Héloïse Chamoiseau,—souveraine du royaume-uni des Dislocations-Amusantes par l'abdication volontaire de ses trois princes-conjoints,—n'était point, paraît-il, habituée à ce qu'on lui parlât de la sorte; car elle regimba, glapissant:
—Qu'est-ce que c'est que ces manières-là?... On me donne des ordres, à présent!... Et pourquoi n'irais-je pas pioncer si ça me plaît?
—Parce que j'ai besoin de causer seul à seule avec la Florette.
—Voyez-vous ça, je vous gênerais!
Et se tournant vers les deux autres, la virago questionna:
—Entendez-vous, mes chérubins?
Bob, le second des frères, dressa l'oreille.
Il fronça le sourcil et interrogea:
—Qu'est-ce que tu lui veux, à cette fille?
—A la Florette?
—Oui.
Tom avala un verre d'eau-de-vie et répondit froidement:
—Je ne lui veux rien. Je la veux. Voilà tout.
—Toi?
—Pourquoi pas? Elle est belle et elle me convient. J'ai décidé qu'elle serait ma femme.
Bob absorba pareillement une rasade d'alcool; puis il brisa son verre sur la table et gronda:
—Si c'était vrai...
Son frère lui lança un regard de défi:
—Si c'était vrai?...
L'autre retroussa ses manches:
—On boxerait...
Tom l'imita:
—On boxera, soit; qui cherche trouve.
Héloïse éclata de rire:
—Bravo!... Déchirez-vous!... Kiss! kiss!...
Les deux adversaires s'avancèrent l'un sur l'autre. Les joues sanguines du premier avaient pris une nuance rouge plus foncée. Celles du second étaient écarlates jusqu'aux oreilles.
A cet instant, le troisième Snail se mit sur son séant:
—Une minute, mes enfants! fit-il.
—Tu ne vas pas les empêcher de se peigner, hein? lui cria aigrement la Femme-Canon. Si c'est leur plaisir, à ces hommes! Il faut bien s'amuser un brin...
Jack serra les poings et repartit avec sérénité:
—Je ne veux pas les empêcher. Au contraire. Qu'ils commencent. J'assommerai celui qui restera.
—Comment?
—By God! je connais quelqu'un qui a autant envie que qui que ce soit de la Florette...
Tom et Bob demandèrent à l'unisson:
—Et ce quelqu'un?...
—Mes garçons, c'est, comme vous, le fils de notre père.
Héloïse battit des mains.
—A la bonne heure! C'est complet! Mon époux, mes beaux-frères, elle me rafle tout, votre mijaurée de Fine-Lame!...
Elle toisa les saltimbanques avec un mépris farouche:
—Mais ce n'est pas pour ça que je l'abomine! Ah! mais non! Vous êtes trois brutes qui ne valez pas la poussière de mes souliers!...
Puis, avec une exaspération croissante:
—Elle m'offusque, cette pimbêche. J'exècre ses menottes effilées, son teint de cire, ses airs de princesse. Quand elle paraît quelque part, il n'y en a plus pour personne!...
D'ailleurs, je me doutais bien que vous en teniez dans l'aile. Une sainte-nitouche qui n'a que la peau sur les os! Des gars taillés comme vous! Si ce n'est pas une honte!...
Oh! mais j'ai mon projet, par exemple. Pas plus tard que demain matin, j'achète un litre de vitriol et je le lui casse sur la frimousse. Alors, quand elle se sera débarbouillée, nous verrons si vous êtes encore disposés à vous tanner le cuir pour elle...
—Ma fille, fit Jack, un conseil...
—Donne: les petits cadeaux entretiennent l'amitié...
—Je te ferai celui-ci d'autant plus volontiers qu'il ne me coûtera pas un farthing...
—Eh bien?...
—Eh bien, garde-toi de toucher à un cheveu de la Florette.
Bob frappa sur la table:
—A la bonne heure! Notre frère Jack a parlé comme au prêche. Hurrah pour notre frère Jack!
Et, comme la Femme-Canon haussait les épaules, l'ivrogne appuya:
—Si jamais tu t'avisais...
—Oui, renchérit Tom avec un geste menaçant, si jamais tu t'avisais...
—Qu'est-ce qu'il m'arriverait, les agneaux?
Tom leva un poing qui était comme un marteau:
—Il arriverait que je t'écraserais avec ceci.
Bob crispa ses doigts, qui étaient comme des tenailles:
—Il arriverait que je t'étranglerais avec cela.
Jack ajouta:
—Et que moi, je te l'entonnerais, ton vitriol.
La virago bondit:
—Venez-y donc un peu, pour voir! prononça-t-elle résolument.
Les Snail se consultèrent:
—Autant tout de suite, proposa le premier.
—Débarrassons-nous, d'abord, de celle-ci, opina le second.
Le troisième conclut:
—On s'arrangera ensuite pour l'autre.
Ils firent un pas vers Héloïse.
Celle-ci les attendait de pied ferme.
L'escabeau, sur lequel elle était assise une minute auparavant, tournoyait, comme une massue, au bout de son bras nerveux.
En ce moment, une voix impérieuse s'éleva:
—La paix, mes maîtres! intima-t-elle.
Les quatre adversaires se retournèrent, stupéfaits.
Marignan avait soulevé le morceau de toile qui servait de porte et s'était introduit dans la baraque.
Il monta lestement sur la scène et entra dans la zone de lumière projetée par la chandelle.
Les Anglais ont le respect des gens bien mis.
Les Snail s'informèrent en commun:
—Que désirez-vous, gentleman?
—Je désire, d'abord, que vous vous mettiez d'accord, répondit le survenant d'un ton railleur, et que l'harmonie renaisse au sein de cet asile. Je désire, ensuite, que vous me prêtiez une religieuse attention. Je désire, enfin, ou, plutôt, j'exige...
Les trois frères l'interrompirent:
—Vous exigez?...
—Est-ce que, par hasard, nous sommes vos domestiques?
—Nous ne vous connaissons seulement pas...
L'autre repartit avec calme.
—Je vous connais. Cela suffit. Vous êtes trois gredins accomplis...
Puis se tournant vers la Femme-Canon:
—C'est comme madame; si l'on fouillait au fond de son casier judiciaire...
—Vous n'allez pas essayer de me faire peur, vous, hein? grinça la virago entre ses dents serrées.
—Effrayer une dame! Fi donc! Et les lois de la galanterie!... On est chevalier français et troubadour... Je vous baise les mains, ma charmante... Tout à l'heure, en ce qui vous concerne, vous recevrez mes instructions...
Héloïse se rebiffa:
—Vos instructions?...
—Mes ordres, si vous préférez, et votre intérêt vous engage—ainsi que vos coassociés—à les exécuter avec une scrupuleuse exactitude...
La physionomie des Snail avait passé successivement de la surprise à la stupeur, de la stupeur au soupçon et du soupçon à une décision sombre...
Ils échangèrent un coup d'œil rapide et sournois...
Héloïse s'était rapprochée d'eux...
Marignan paraissait occupé à choisir un londrès dans son porte-cigares...
Quand il redressa le front, les saltimbanques l'entouraient, et chacun d'eux—même la Femme-Canon—avait le couteau au poing...
La virago gronda:
—C'est un roussin! A mort le roussin! Tu es frit, mimi!
Sans se décontenancer, Marignan haussa le ton:
—Holà! demanda-t-il, êtes-vous à votre poste?
A l'instant, trois coups furent frappés extérieurement contre les planches de la baraque, et une voix—celle de Bijou-des-Dames—répondit du dehors:
—Oui, patron, nous y sommes. Avez-vous besoin de nous?
—Voilà, continua Marignan: il y a de la police, de la force armée, des gendarmes partout aux alentours d'ici,—et j'ai des amis sous la main pour les prévenir en cas d'urgence.
Les couteaux disparurent comme par enchantement et tout se tut, jusqu'au bruit des respirations.
L'associé de Me Bouginier poursuivit:
—Pour ce qui est d'appartenir à la Préfecture, vous vous trompez, mes braves amis. Seulement, il m'a plu de vous prouver que j'étais gardé à carreau. Je suis seul et vous êtes quatre; car je compte madame pour un mâle: il convenait que j'assurasse toute liberté à la conversation que nous allons avoir ensemble.
Il attira à lui l'escabeau qu'Héloïse brandissait naguère et s'assit en face du groupe des saltimbanques muets et consternés.
—D'abord, commença-t-il, soyez persuadés que je ne me présente point chez vous en ennemi. Le nom de celui qui m'envoie vous est un sûr garant de la pureté de mes intentions. Je vous suis, en effet, dépêché par un philanthrope éclairé: l'estimable sieur Bouginier.
A ce nom, le visage des trois Anglais s'éclaircit:
—Bouginier?... Master Bouginier?... Vous venez de la part de master Bouginier?
—Mon Dieu, oui! de la part du papa Bouginier, avec qui vous avez déjà traité mainte affaire analogue à celle qui m'amène.
—Il fallait vous expliquer...
—Hé! vos dissensions intestines ne m'en ont pas laissé le temps... Maintenant, ne nous amusons pas aux bagatelles du discours. J'ai besoin de collaborateurs pour une petite opération qui offre d'assez beaux bénéfices. Etes-vous gens à me seconder?... Consultez-vous pendant que j'allumerai mon cigare...
Héloïse Chamoiseau intervint avec une aimable rondeur:
—A Chaillot les consultations! Nous ne sommes ni avocats ni médecins. Qu'est-ce qu'il y aura à gagner?
Elle résumait le sentiment général.
Marignan la salua de la main:
—A merveille!... Femme de tête, de poigne et de cœur!... L'époux qui vous possédera ne connaîtra pas son bonheur!
Puis, sur la note du commandement:
—C'est fini de rire. Ouvrez les ouïes. On va s'entendre.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une demi-heure plus tard, le cavalier servant de Sergine Gravier prenait congé des hôtes de la baraque:
—Ainsi, leur disait-il, vous m'avez-bien compris...
Demain, dans la journée, vous pliez bagage, et, un peu avant minuit, je vous trouve, avec la voiture, à l'endroit indiqué...
Quant à mademoiselle Florette, elle aura dû être expédiée, dans la soirée, au pavillon de la Faisanderie...
Est-il nécessaire d'ajouter qu'au nom de Me Bouginier il vous est formellement enjoint d'avoir à respecter—de toutes les façons—cette jeune et indispensable auxiliaire?...
—C'est bon, grommela l'un des Snail, on fera le mort avec elle.
—On ferait le mort au naturel, répliqua froidement Marignan, si, par hasard, on s'avisait de contrevenir à mes ordres. Je paie; mais je veux en avoir pour mon argent. Votre peau me répond de votre obéissance.
Il s'adressa à Héloïse:
—C'est vous que je charge de la styler. Songez que, sans elle, nous ne pouvons rien. Il s'agit de nous obtenir à tout prix son concours.
—Cependant, objecta la virago, cependant, si elle refusait...
—Ce serait votre faute, repartit l'autre sèchement, et, comme l'argent s'envolera, après-demain, dans le coffre de son propriétaire...
La Femme-Canon fit un geste énergique:
—Alors il faudra bien que, de gré ou de force...
Son interlocuteur appuya, en soulignant le mot de la voix et du regard:
—De gré, seulement, vous entendez...
Qu'elle ignore la cause et le but de ce que l'on exige d'elle: les instruments inconscients sont les meilleurs...
Je vous permets d'user de l'intimidation, de la menace même pour l'amener à nos fins; mais tenez-vous en là,—ou il vous en cuirait...
Surtout,—et je vous recommande ceci à tous,—pas de querelles ridicules, de violences inutiles, de batailles, ni de vitriol...
—Je jure... balbutia chacun des auditeurs.
—Assez! assez, mes enfants! interrompit Marignan, sceptique et gouailleur. Je n'attache pas plus d'importance que vous à vos serments. Il n'y a qu'une chose à laquelle je crois: c'est à l'amour déréglé que vous nourrissez pour la vie. Voilà qui sauvegarde la Filleule de Lagardère...
Puis, avec une exagération de solennité qui acheva de dompter cette ménagerie en révolte:
—La beauté de cette jeune fille devient désormais un capital. Sa beauté et sa vertu. Malheur à qui diminuerait ce capital en le dégradant.
Carrières-sous-Bois est un joli petit village situé à l'extrémité de la terrasse de Saint-Germain et étagé entre celle-ci et la Seine.
Le château de M. de Saint-Pons, alors maire de la commune, faisait, d'un côté, face au fleuve, en bordure sur la route riveraine du Pecq, et, de l'autre, par son parc immense, rejoignait la vaste forêt qui s'étend de Chambourcy à Conflans-Sainte-Honorine et de Poissy à Meudon.
C'était au bout de ce parc et sur la lisière de cette forêt que s'élevait le pavillon de la Faisanderie,—construit autrefois pour servir de rendez-vous de chasse, avec le luxe que les architectes du dix-septième siècle déployaient dans l'édification de ces bâtiments consacrés au plus grand plaisir de la noblesse et de la couronne.
Ses murs de briques à chaînes de pierre, son toit d'ardoises à girouettes, l'encadrement de ses croisées, les deux belles grilles qui l'accolaient et qui, avec un saut-de-loup, défendaient l'accès de la propriété,—grilles ouvragées par Jean Lamour, le célèbre forgeron-artiste à qui l'on doit les élégantes «serrureries» de la place Stanislas à Nancy,—lui donnaient un caractère seigneurial que son entourage rehaussait encore d'une nouvelle et particulière splendeur.
Devant lui, en effet, s'arrondissait la Boule-du-Roi,—sorte de demi-lune au delà de laquelle s'épaississaient les massifs et les taillis de la forêt,—tandis que, derrière, le parc groupait ses arbres touffus, aux essences variées, avec un désordre qui eût fourni à l'abbé Delille l'occasion de cueillir à pleines corbeilles les alexandrins descriptifs.
C'est au seuil de ce pavillon que nous en rencontrerons le locataire,—le garde général Jacques Périn,—le lendemain des scènes qui se sont succédé à la fête des Loges et que nous avons racontées dans les chapitres précédents.
L'ancien brigadier de la sûreté était en train de causer avec un gros homme—à mine honnête et digne—qui semblait sur le point de le quitter.
Ce personnage n'était autre que le régisseur du marquis, qui avait précédé de vingt-quatre heures son maître à Carrières.
—Ainsi, demandait l'ex-détective, ainsi, cher monsieur Tourangeau, vous ne vous décidez pas à rester dîner avec moi?
—Impossible, mon brave Périn. Désolé de vous refuser. Ce sera pour une autre fois.
Le garde général sourit:
—Avouez, continua-t-il, que vous vous défiez de ma cuisine...
—Moi?
—Oui: de la cuisine d'un pauvre diable de garçon, qui vit sans cordon-bleu, sans ménagère, en isolé, en sauvage...
Eh bien, vous auriez peut-être tort: quand on a été soldat, on sait faire à peu près tout,—même la soupe...
Et je connais plus d'un fricot de nos troupiers, dont un gourmand, dont un gourmet se lécheraient les pouces et les babines...
—Je ne dis pas non, je ne dis pas non! Mais j'ai ramené ma femme et mes enfants de Paris. Ils m'attendent, pour se mettre à table, chez le concierge du château, et s'ils ne me voyaient pas arriver, ils seraient capables de se laisser mourir de faim et d'inquiétude.
Et le régisseur ajouta, en faisant mine de prendre congé:
—On ne comprend pas ça quand on n'a pas de famille.
Un nuage passa sur la figure du garde:
—C'est vrai, murmura-t-il tristement. Vous avez raison. Je n'en ai pas, moi, de famille!
Son interlocuteur lui tendit la main:
—Pardonnez-moi si je vous ai causé de la peine... C'est bien sans intention... Mais, après tout, il y a beaucoup de votre faute...
—Comment?...
—Que vous manque-t-il pour animer votre intérieur? Une compagne et des marmots? Est-ce donc si malaisé de se les procurer? Mariez-vous. Vous n'en amènerez pas la mode. Et puis, vous êtes d'âge, que diable!...
—Trop, par malheur; quand on a enjambé la quarantaine...
—Bah! c'est dans les vieilles marmites que se cuisent les meilleurs ragoûts. Vous n'êtes plus un freluquet, c'est entendu; mais vous avez bon pied et bon appétit, comme moi. Or, croyez-vous que mes cinquante ans bien sonnés m'empêchent de danser le rigodon, à votre noce, avec une jolie poulette, et de chanter la mère Godichon au repas de baptême de votre premier-né?...
Jacques Périn secoua la tête.
—Je n'épouserai jamais qu'une femme que j'aimerai,—et si par hasard, cette femme ne m'aimait pas...
—Elle serait difficile, morbleu! Un gars aussi supérieurement conservé! Et doux, et sobre, et économe! Le plus probe, le plus vaillant, le plus loyal qui soit au monde!...
—Monsieur Tourangeau!... Je suis confus... Ces compliments...
—Vous les méritez, camarade, et ce que j'exprime ici, c'est l'opinion de tout le monde, celle de M. le marquis, la mienne...
Oui, notre maître ne se gêne pas pour le déclarer hautement...
Il me répétait encore hier qu'il se félicitait d'avoir rencontré un serviteur de votre courage à la besogne et de votre dévouement à ses intérêts...
—M. de Saint-Pons est trop bon. Il me flatte assurément. Je ne fais que ce que je dois faire...
—Il vous rend justice, voilà tout... Donc, si l'envie vous prend de vous mettre en ménage, choisissez sans crainte la personne qui vous plaira. M. le marquis consentira volontiers à la demander en votre nom, et il n'y a pas de danger qu'une honnête fille et que des parents sensés hésitent à accueillir comme il convient et vos hommages et sa requête...
Le régisseur s'interrompit pour consulter sa montre:
—Mais je bavarde, je bavarde, je bavarde,—et j'oublie que les miens s'impatientent là-bas...
Il n'est que temps que je coure les rejoindre...
Monsieur arrivera demain pour déjeuner: il m'a recommandé de vous prévenir qu'il comptait sur vous au château...
—Je m'empresserai d'aller verser entre ses mains le prix des coupes que j'ai achevé d'encaisser aujourd'hui... A moins que vous ne préfériez vous en charger...
—M'en charger, c'est le mot... Farceur!... Une vingtaine de sacs de mille francs!... Non, les fonds sont bien où ils sont,—jusqu'à demain; car je présume que vous les avez placés en lieu sûr...
—Ils sont serrés dans mon secrétaire, dont la clé ne me quitte jamais...
Et le garde ajouta:
—D'ailleurs, il n'y a pas de voleurs dans le pays...
—Hum! opina son interlocuteur, dans le pays, c'est possible; mais il est venu sans doute tant de rôdeurs de Paris chercher fortune à la fête des Loges...
—Ceux-là, repartit l'ex-agent, je les évente d'une lieue, et je ne leur conseille pas de me forcer à me ressouvenir de mon ancien métier...
—Oui, oui, je sais, vous êtes une rude poigne... Votre surnom l'indiquait assez... Cependant vous êtes seul dans ce pavillon, et celui-ci est non moins éloigné du village que du château...
—Les barreaux des fenêtres et la solidité des portes défient toute espèce d'effraction... Et puis, j'ai des armes: tout un arsenal... Je sais m'en servir, et vous pensez si, au besoin, j'hésiterais à le faire...
Jacques Périn conclut d'un ton convaincu:
—Enfin, si, lorsque je suis seul, je vaux mon homme, j'en vaux dix lorsque j'ai le droit et la loi avec moi...
Par conséquent, n'ayez aucune inquiétude à mon sujet,—non plus qu'à propos de l'argent...
Cet argent est aussi à l'abri des malfaiteurs que si on l'avait confié aux caves de la Banque.
—Je n'en doute pas, déclara le régisseur, et je pars complètement rassuré: au revoir et à demain, compère!
—A demain, monsieur Tourangeau.
Jacques Périn était de taille et de corpulence ordinaires; d'apparence robuste et agile, encore que ses cheveux,—coupés presque ras,—qui grisonnaient vers les tempes, annonçassent ce que nous savons, de l'aveu du garde lui-même: c'est-à-dire que celui-ci confinait à la cinquantaine.
Sa moustache rejoignait une barbe courte et touffue qui lui recouvrait le bas du visage.
Ce visage, bruni par le hâle du soleil, de la pluie et de l'air libre, avait une remarquable expression d'énergie, tempérée par ce je ne sais quoi de mélancolique et de doux de l'homme fort, de l'honnête homme qui souffre et qui cache aux yeux de tous la blessure qui le fait souffrir.
La bouche était franche et sérieuse. Le nez quêtait dans le vent, comme celui d'un chien de race. Le sourcil abritait un regard loyal et intelligent. En somme, une physionomie ouverte, claire, martiale et sympathique, où le soldat se retrouvait sous la veste du garde-chasse.
Le pavillon qu'habitait ce dernier n'avait pas l'air moins avenant, en dépit des barreaux dont on a parlé tout à l'heure et qui en protégeaient les fenêtres contre toute tentative d'escalade.
Il comprenait un rez-de-chaussée, un premier étage et des mansardes.
Le rez-de-chaussée se composait d'un parloir ouvert sur le rond-point et d'une cuisine ouvrant sur le parc.
Ce parloir avait une tapisserie à raies bleues sur champ blanc, imitant le coutil d'une tente.
Il était meublé d'un secrétaire, d'une armoire, d'une table et de six chaises en acajou, et décoré de gravures militaires représentant les principaux épisodes de nos campagnes de Crimée, d'Italie et du Mexique, ainsi que de panoplies d'armes, d'engins, de harnais de chasse et de fusils, de casques prussiens,—trophées de la dernière guerre.
Au fond de cette pièce, un antique escalier de bois, noirci par le temps, conduisait au premier étage, lequel se divisait en deux parties inégales: une vaste chambre à coucher et un cabinet de débarras.
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Après le départ de Tourangeau, Jacques Périn s'était assis—dans le parloir—devant son repas du soir.
Mais il ne mangeait pas.
Il songeait...
Il songeait qu'en effet, il était bien seul dans cette maison comme dans le monde...
La tranquillité de sa vie présente,—opposée au mouvement, aux péripéties de son existence passée,—lui rendait cette solitude encore plus lourde et plus pénible.
En Afrique, la chasse aux Arabes; à Paris, la chasse aux coupables avaient absorbé toutes ses facultés et tout son temps.
Or, c'était une nature essentiellement aimante sous la rude enveloppe du policier et du soldat.
Les exigences professionnelles étaient seules parvenues à refouler en lui, pendant de longues années, les trésors de tendresse qu'il brûlait de dépenser au dehors.
Puis, plus tard, il avait lâché la Préfecture, et il était redevenu un homme comme les autres.
Alors toutes les passions du commun des mortels s'étaient brusquement réveillées en lui. Tous les désirs d'un cœur vierge avaient bouillonné de sa poitrine à son cerveau. Des désirs développés, aiguillonnés, exaspérés par l'isolement.
Un isolement d'autant plus douloureux qu'il était plus sensible. On ne passe pas impunément du feu à l'eau. Songez que, de l'effroyable quantité d'aventures publiques et privées où son paisible caractère s'était trouvé mêlé, que des drames les plus violents qu'avait traversés sa candeur, et dans lesquels son activité, sa perspicacité avaient joué leur rôle, notre ex-agent était tombé—sans transition—dans le calme léthargique et le silence tombal des journées uniformément dénuées d'événements, d'incidents, de luttes!
Ceci ne l'empêchait point, du reste, de s'acquitter de ses fonctions avec une intelligence hors ligne et une fidélité sans bornes.
Chaque matin il prenait son fusil et s'enfonçait, marchant lentement, sous les arbres de la forêt.
Mais chaque soir il s'en revenait plus morne qu'il n'était parti.
Ce soir-là, sa conversation avec l'excellent Tourangeau avait donné un corps à ses aspirations.
Il rêvait les joies de la famille.
Oh! la ménagère qui va, qui vient, alerte, accorte; qui attend l'époux au retour de la besogne quotidienne; qui est l'écho de ses pensées, la moitié de sa chair, le complément de son âme!...
Oh! les petits enfants, roses et blonds comme des Jésus de cire, qui vous grimpent sur les genoux, vous jettent au cou leurs bras potelés et remplissent de leur gentil ramage et de leur mouvement désordonné le logis dont ils sont comme les anges gardiens!...
Tandis que le brave garçon se demandait où il trouverait cette félicité intime; tandis qu'il demeurait accoudé sur la table, sans effleurer des lèvres le verre de vieux vin qu'il s'était versé, sans toucher au plat de gibier dont il s'était servi, la nuit était venue peu à peu...
Un léger bruit retentit au dehors...
Le garde dressa l'oreille:
—Oh! oh! murmura-t-il, on a remué dans les taillis...
Le bruit s'accentua...
C'étaient des pas précipités qui traversaient la demi-lune...
L'ancien policier se dit:
—Quelqu'un accourt de ce côté...
Il se leva et marcha vers la porte...
En cet instant, celle-ci s'ouvrit brusquement...
Une femme apparut sur le seuil...
Elle s'y arrêta une minute,—retournée vers l'extérieur...
Elle semblait écouter avec anxiété...
Puis, d'une voix qui haletait de l'effort d'une course furieuse:
—Je ne les entends plus! balbutia-t-elle. Seigneur mon Dieu, merci! Ils ont perdu ma trace!
Puis encore, elle referma la porte derrière elle, s'avança dans le pavillon, vint s'affaisser sur une chaise près de la table et, joignant les deux mains qu'elle éleva vers Jacques:
—Si vous êtes chrétien, supplia-t-elle avec une volubilité fébrile, accueillez-moi, protégez-moi, cachez-moi, sauvez-moi!
Elle reprit haleine, s'essuya le front d'un geste sauvage et poursuivit d'un ton farouche:
—Sinon, indiquez-moi le chemin de la rivière. Celle-ci ne refusera pas de me recevoir. Car j'aime mieux mourir,—oui, mourir,—que de retomber en leur pouvoir!
Vous l'avez déjà reconnue:
C'était la Filleule de Lagardère...
La Filleule de Lagardère, dépouillée de son costume, de ses oripeaux de théâtre et vêtue, comme le vulgaire des saltimbanques pauvres, d'une misérable robe d'indienne, que son passage dans les fourrés de la forêt avait déchirée en maint endroit; d'un petit châle de mérinos, tout effiloqué et tout déteint, et d'un mouchoir en marmotte ajouré comme une dentelle.
Et, cependant, à travers les trous de ces haillons s'échappaient des parfums et des rayonnements étranges: des parfums de pudeur réelle, exquise et fière; des rayonnements de vie et de jeunesse à peine voilés par une nuance de mélancolie, qui n'était pas sa nature même, et qui trahissait à demi le secret d'une infortune vaillamment supportée.
Pour le moment, elle suffoquait.
De grosses gouttes de sueur roulaient de son front sur ses joues.
D'un mouvement machinal, elle enleva le mouchoir qui la coiffait et dégrafa le haut de sa robe...
Ses magnifiques cheveux ruisselèrent sur ses épaules, et les lignes de son cou se dégagèrent, jusqu'à la naissance de sa gorge, dans toute leur noblesse et toute leur pureté.
Jacques l'examinait avec une surprise, une admiration muettes.
—Ainsi, vous ne répondez pas? reprit-elle après un silence. Vous repoussez ma prière? C'est bien. Il ne me reste qu'à m'en aller.
Elle se mit debout péniblement et fit quelques pas en chancelant...
Puis un étourdissement subit parut la saisir.
Le garde la reçut dans ses bras et la replaça sur le siège qu'elle venait de quitter.
—Voyons, mon enfant, lui dit-il, calmez-vous et rassurez-vous. Vous êtes ici en sûreté. Moi présent, personne n'osera vous faire de mal.
Il prépara un verre d'eau sucrée et le lui offrit en ajoutant:
—Tenez, prenez ceci et tâchez de vous remettre... Je vous répète que vous n'avez plus rien à craindre. Les gens que vous semblez redouter ne viendront pas vous chercher jusque dans cette maison.
La fillette but une gorgée. Elle respira longuement. Ses yeux se rouvrirent et son regard, chargé de reconnaissance, s'arrêta sur l'ancien agent qu'il remua de fond en comble.
—Vous êtes bon, fit-elle. Le ciel vous bénira!
Ensuite, s'emparant des mains du garde et les pressant avec une effusion soudaine:
—C'est donc vrai? Vous ne me chassez pas?
Jacques, embarrassé et ému, se dégagea doucement de l'étreinte:
—Non, certes, je ne vous chasse pas, et je suis tout disposé à vous prêter aide et assistance... Mais encore faut-il que je sache qui vous êtes et ce qui vous menace... Parlez! expliquez-vous, de grâce!...
—Je comprends: vous voulez que je vous raconte mon histoire...
Elle avait une voix charmante, dont les cordes basses vibraient et pénétraient.
L'ex-policier protesta:
—Je désire connaître ce qui vous est arrivé, afin d'apprendre comment je puis vous protéger et vous défendre...
Florette eut un sourire triste:
—Elle n'est pas gaie, mon histoire; mais, puisqu'il vous plaît de l'entendre, écoutez-moi et ayez pitié d'une malheureuse qui n'a d'espoir et de ressource que dans la charité des honnêtes gens.
Et elle entama un récit dont plusieurs parties ne sont pas tout à fait étrangères à nos lecteurs:
Ce qu'elle se rappelait imparfaitement de son enfance; la façon dont les Snail l'avaient élevée; son rude apprentissage de l'escrime, son voyage et ses succès en Angleterre, son retour en France et l'empire qu'Héloïse Chamoiseau avait pris par degré sur les trois frères abrutis par leurs vices...
Héloïse la haïssait...
La fillette ignorait pourquoi...
Mais elle l'avait deviné de prime abord, et, plus tard, la virago s'était chargée de le lui prouver d'une manière non équivoque...
Il n'y avait pas de jour qu'elle ne l'accablât d'invectives, d'humiliations et de menaces; pas de jour qu'elle ne la frappât sournoisement; pas de jour qu'elle ne lui promît de la défigurer...
L'attitude de Tom, de Jack et de Bob n'était pas beaucoup plus rassurante à l'endroit de la pauvrette.
Depuis quelque temps, ils lui lançaient à la dérobée des œillades qui l'épouvantaient.
Bref, la vie en commun avec cette mégère et ces brutes était devenue insupportable pour leur victime.
Elle leur avait donc signifié—et cela le matin même—qu'elle prétendait les quitter immédiatement, qu'elle renonçait au métier de saltimbanque et qu'elle avait l'intention de se rendre à Paris et d'y chercher de l'ouvrage.
Alors la tempête avait éclaté:
On avait écrasé la récalcitrante de reproches, d'injures et de horions.
Puis les trois Anglais s'étaient précipités sur elle et l'avaient enfermée dans leur voiture qui s'était éloignée des Loges, sans attendre la fin de la fête, dans une direction inconnue...
Mais, tandis que le véhicule roulait dans la forêt, Florette avait sauté par une fenêtre et s'était jetée sous le couvert...
Les Snail lui avaient donné la chasse...
Inconsciente, éperdue, affolée, elle avait couru devant elle,—à travers les halliers, les buissons, les broussailles,—jusqu'à ce qu'elle aperçût une maison où se réfugier:
—Maintenant, conclut-elle, tout ce que je vous demande, c'est de me permettre de passer la nuit ici, sur cette chaise...
A l'aube, vous me mettrez sur la route de Paris...
Je sais lire, écrire et coudre; je suis forte et j'ai du courage; je rencontrerai bien là-bas, dans la grand'ville, quelque bonne âme qui consentira à me prendre en service ou à me donner du travail...
Autrement...
—Autrement?...
La physionomie et l'accent de la jeune fille devinrent sombres:
—Autrement, n'ayant ni asile pour le présent, ni espérance dans l'avenir, je vous l'ai dit, la Seine coule pour tout le monde...
—Mourir!... Vous songeriez à mourir!... A votre âge!...
—Oh! répliqua-t-elle amèrement, la souffrance m'a vieillie... D'ailleurs, qui est-ce qui me regrettera?... Je n'ai ni parents, ni amis, ni personne qui s'intéresse à moi sur cette terre.
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S'il eût écouté la narratrice avec l'attention minutieuse qu'il apportait naguère à «débrouiller» les affaires compliquées pour lesquelles on avait recours à son office, le détective émérite eût remarqué ceci:
C'est que la première partie de son histoire—celle qui avait trait à l'aversion que lui témoignait la Femme-Canon et aux craintes que lui inspiraient les allures des trois frères,—avait été détaillée par mademoiselle Fine-Lame avec une chaleur, une conviction, une éloquence qui affirmaient la sincérité de ce récit.
Dans la seconde, au contraire,—celle qui se rapportait à la scène du matin, ainsi qu'à la fuite de la fillette et à la poursuite qui en avait été le résultat,—la Filleule de Lagardère avait montré, à plusieurs reprises, une hésitation, un embarras qui eussent donné à réfléchir à un auditeur moins prévenu en sa faveur.
Mais Jacques subissait le charme qu'épandait l'étrange et ravissante créature.
Sa pensée vacillait comme s'il eût ressenti une sorte d'ivresse. Nous n'insinuerons point qu'il fût déjà amoureux. Mais ce fut en tremblant qu'il dit:
—Ma chère enfant, je vous donnerai un asile et je vous rendrai l'espérance.
La fugitive eut un long soupir de soulagement.
Puis elle questionna brusquement:
—Qu'est-ce que vous allez faire de moi?
Jacques lui prit la main à son tour:
—Vous resterez ici jusqu'à demain, sous ma garde, et je vous réitère qu'à cette heure avancée ces misérables saltimbanques ne vous relanceront point sous mon toit. D'abord, ils n'ont aucune espèce de droits sur vous. Ensuite, je vous certifie qu'ils trouveraient à qui parler.
Florette le considéra en face:
—Oh! oui, vous êtes brave! fit-elle.
L'ancien soldat baissa les yeux devant la flamme qui allumait les prunelles de la jeune fille.
Il poursuivit après un silence:
—Demain, je vous conduirai au château et je vous présenterai à mon maître. M. le marquis est le plus humain et le plus généreux des hommes. Il a pour moi quelques égards. Je ne doute pas que, sur mon instante prière, il ne vous trouve une situation, non près de lui,—car il est veuf,—mais dans quelqu'une des riches familles parisiennes avec lesquelles il entretient des relations...
Et, comme la fugitive se levait dans un élan d'actions de grâces passionnées:
—Ne me remerciez pas, ajouta-t-il en se reculant. Tout autre à ma place eût agi pareillement. C'est moi qui suis trop heureux de pouvoir vous être utile.
Puis, pour couper court aux expressions de gratitude qui se pressaient sur les lèvres de la Filleule de Lagardère, il continua en lui montrant la table:
—Vous devez avoir besoin de vous réconforter. Allons, asseyez-vous et partagez mon modeste repas. Ah! dame! si j'avais su avoir, ce soir, une invitée, je me serais approvisionné et arrangé en conséquence...
Il s'en fut chercher un couvert et le disposa près du sien:
—Mais bah! reprit-il avec rondeur, à la guerre comme à la guerre! La première fois, on se distinguera davantage. D'ailleurs, c'est offert de bon cœur.
Mademoiselle Fine-Lame refusa du geste:
—Je n'ai pas faim, murmura-t-elle.
Elle porta la main à son front:
—Le sommeil, la fatigue m'accablent...
Sa tête s'abaissait, lourde, sur sa poitrine; ses paupières se fermaient malgré elle; son corps se ployait sur sa chaise...
—Bon! je comprends! fit Jacques; l'alerte, la course, la frayeur... Le repos vous est nécessaire... Eh bien, on va aller préparer votre chambre.
Il alluma un bougeoir à la lampe qu'il avait placée sur la table pendant le récit de Florette.
—Mais, interrogea celle-ci, n'avez-vous pas commencé de dîner?
—Oh! ne vous inquiétez pas de moi: j'achèverai quand je vous aurai installée dans votre casernement.
Il se dirigea vers l'escalier qui conduisait au premier étage:
—Attendez-moi tranquillement... Je reviens dans cinq minutes... L'histoire de disposer le lit...
La jeune fille ne répliqua rien. Sa tête s'était renversée sur le dossier de sa chaise. Elle paraissait s'être endormie...
Oui, mais quand le garde eut disparu au haut de l'escalier, elle se redressa avec lenteur et précaution...
Son œil, qui jetait un éclat singulier, parcourut rapidement la pièce et s'arrêta sur la table chargée des accessoires du repas de son hôte...
Entre le plat et l'assiette, le verre de Jacques était à demi plein...
Florette fouilla dans sa poche...
Un petit flacon de cristal brilla entre ses doigts...
Elle fit un pas vers la table...
Puis elle s'arrêta,—hésitante...
Un combat violent semblait se livrer en elle...
Deux fois, elle étendit au-dessus du verre la main qui tenait le flacon...
Et, deux fois, cette main ne consomma point l'œuvre qui déterminait ce mouvement, et contre laquelle protestaient la révolte, l'indignation, l'horreur qui bouleversaient les traits de la fugitive...
A un moment, celle-ci eut l'air de prendre une résolution énergique...
Elle se détourna de la table et se glissa vers la porte...
Comme elle en atteignait le seuil, le cri de la chouette—un cri lugubre et prolongé—s'éleva au dehors, de la lisière de la forêt...
Florette demeura immobile. Elle devint pâle comme une morte. Une indicible expression de terreur se répandit sur son visage:
—Ils sont là, pensa-t-elle tout haut. Ils me rappellent ma promesse. Si j'y manque, malheur à moi!
Le cri retentit de nouveau avec des modulations impératives.
La Filleule de Lagardère se tordit les bras:
—Seigneur, gémit-elle, inspirez-moi, conseillez-moi!... Cet homme est si confiant et si hospitalier!... Non, non, c'est impossible!
Le cri persista, strident et funèbre, dans le silence de la nuit.
En même temps, l'on entendit la voix du garde qui grondait:
—Ah! méchante bête, c'est moi qui irai, demain matin, te dénicher à coups de fusil, pour t'apprendre à troubler ainsi le sommeil de mes locataires!
Mademoiselle Fine-Lame balbutia avec égarement:
—S'ils n'avaient parlé que de me tuer... Mais ce vitriol, oh! ce vitriol!... Mon Dieu! pardonnez-moi: ce serait trop cruel!
Elle eut un geste de décision suprême...
Puis elle revint—d'un bond—vers la table...
Sa main s'allongea derechef...
Quelques gouttes d'une liqueur brune tombèrent du flacon dans le verre...
Puis encore, la fillette se laissa aller sur sa chaise en murmurant:
—Ils l'ont voulu! Si je suis coupable, que ma faute retombe sur leur tête!
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La pièce du premier étage servait de chambre à coucher à Jacques.
Celui-ci venait d'y transporter Florette—qu'il croyait s'être assoupie de lassitude et qui s'était évanouie d'angoisse,—et de la déposer doucement sur le lit.
A côté de ce lit, sur une petite table, un revolver était placé. Le garde avait voulu l'enlever. Mais la jeune fille, rouvrant les yeux et l'arrêtant:
—Non, non, laissez cette arme; elle ne me fait pas peur.
Et, comme il se préparait à la quitter, elle avait eu un mouvement instinctif pour le retenir.
Elle avait tenté de parler,—mue par une force intérieure.
Ses lèvres avaient remué pour formuler un aveu ou une prière; mais les mots s'étaient embarrassés dans sa gorge sèche et sifflante. S'ingéniait-elle à les retenir ou à leur donner essor? On ne sait; toutefois ses joues s'empourpraient, son sein bondissait, ses prunelles brûlaient sous l'effort.
—Ma chère demoiselle, lui avait dit le garde, vous avez un peu de fièvre. Il ne faut pas vous fatiguer davantage. Je me retire. Tâchez de dormir un bon somme, et demain il n'y paraîtra plus.
Puis, le digne garçon était redescendu au rez-de-chaussée, où, après avoir fermé à double tour la porte qui communiquait avec le rond-point, il s'était mis à se promener de long en large dans le parloir.
Lui aussi, l'ancien détective, avait la fièvre.
Une joie bizarre le remplissait.
Ses aspirations, ses songes, ses desiderata de tout à l'heure n'avaient plus seulement un corps impalpable: ils avaient une forme distincte et réelle.
La femme qu'il rêvait d'associer à sa vie, c'était celle dont l'étrange beauté passait et repassait devant lui avec les attractions de ses grands yeux aux regards hardis et candides, de son front presque céleste, perdu sous les richesses d'une splendide chevelure, et de sa taille de nymphe aux divines perfections.
A cette joie, cependant, se mêlait une légère défiance.
Par moments, le policier reparaissait sous l'amoureux: le policier, homme de logique, de calcul et d'examen, inaccessible aux surprises du cœur.
Depuis que Florette n'était plus là, pour lui ravir tous ses sens, il ne pouvait, en y réfléchissant froidement, s'empêcher de trouver l'aventure assez invraisemblable.
Si la fugitive lui avait menti?
Lui mentir?
Dans quel but?
C'est ce qu'il ne pouvait s'expliquer.
Car il ne pensait pas un seul instant à la somme importante que son secrétaire renfermait.
Tromper, tramer le mal, être complice d'un projet de vol avec ce visage chaste, avec cet œil limpide, avec la musique de cette voix, c'eût été simplement horrible!
Maintenant, qu'adviendrait-il de tout ceci?
L'oiseau sauvage qu'il abritait ne s'envolerait-il pas le lendemain?
Florette était, sinon de race, du moins d'habitudes bohêmes.
L'existence sous la tente, vagabonde, avec ses contrastes de pluie et de soleil, n'a-t-elle pas été, de tout temps, plus chère à ces errants, à ces nomades, que l'inaltérable monotonie du bonheur stationnaire et du foyer conjugal?...
Et quand M. de Saint-Pons se chargerait de l'avenir de cette déclassée, ne serait-ce pas toujours une séparation immédiate?...
Une séparation!...
L'avenir n'est à personne, et les absents ont tort.
La fillette se souviendrait-elle de celui qui l'avait recueillie?
Lui garderait-elle une foi qu'elle ne lui avait point engagée?
N'aimait-elle pas ailleurs? L'aimerait-elle jamais? Soupçonnait-elle seulement le sentiment subit qu'elle lui avait inspiré?
Empli de toutes ces idées, le cerveau de Jacques semblait près d'éclater, comme une chaudière, trop pleine, en ébullition.
Conséquence naturelle de cette chaleur fébrile, une soif ardente desséchait son palais.
Dans son va-et-vient par la chambre, il aperçut sur la table le vin qu'il s'était versé un moment avant l'arrivée de la fugitive.
Il prit le verre machinalement et en vida environ la moitié.
Puis, le reposant brusquement avec une grimace de dégoût:
—Pouah! s'exclama-t-il, ce vin est exécrable!
Ensuite, après réflexion:
—Ah çà! est-ce que je deviens fou? Un crû que j'avais trouvé excellent jusqu'ici! C'est l'amertume de mes pensées qui me le gâte!
Et il voulut continuer sa promenade...
Mais il se sentait las. La tête lui pesait. Ses jambes se dérobaient sous lui....
Attribuant ce malaise au trouble de son esprit, il s'assit devant la table, s'accouda sur la nappe et mit son front dans ses mains...
Quelques minutes plus tard, il dormait.
Toutefois, comme il n'avait absorbé qu'une partie du narcotique introduit dans son verre, ce sommeil n'était point, en dépit des apparences, aussi profond, aussi insensible, aussi annihilant que l'avaient présumé les instigateurs de Florette.
Lucide comme celui que les passes magnétiques déterminent chez certains sujets, ce sommeil se doublait de rêves où la réalité jouait un rôle:
Sous le plomb qui fermait son oreille et qui scellait sa paupière, Jacques percevait ce qui s'agitait autour de lui.
Mais il ne le percevait que confus et voilé,—derrière un brouillard...
Et il ne lui était point possible d'intervenir...
Ses membres engourdis lui refusaient leur office...
Cauchemar compliqué de catalepsie. L'opium, ingéré à certaine dose, produit de ces phénomènes communs à nombre de maladies nerveuses. Une partie des organes acquiert une force de vie excessive, tandis que l'autre semble frappée de mort.
C'est ainsi que, dès l'abord, l'ancien policier avait entendu un pas léger glisser le long de l'escalier...
Une forme blanche avait traversé le parloir...
Cette forme s'était penchée sur la serrure close par lui à double tour...
La clé avait tourné en sens inverse dans cette serrure...
La porte s'était ouverte sans bruit...
La forme blanche avait fait un signe au dehors...
Puis, rapide, elle avait repassé devant le dormeur, avait regagné l'escalier et était rentrée dans la chambre du premier étage...
Au bout d'un instant, quatre hommes avaient pénétré dans le pavillon:
Les trois premiers avaient une figure stupide que l'ivresse incendiait.
Le quatrième paraissait entièrement maître de lui.
Comme dans un roman ou dans un mélodrame, ses traits se cachaient sous un masque dont la barbe de satin noir descendait jusque sur sa poitrine.
Ce dernier s'était approché de Jacques Périn.
Le garde avait senti une main se couler avec précaution dans la poche de sa veste et en retirer la clé du secrétaire...
Alors, seulement, il avait compris...
C'était contre l'argent de son maître qu'était dirigée cette expédition!
Le fidèle serviteur avait essayé de se lever, de se mouvoir, de crier...
Impossible!...
La paralysie immobilisait son corps, ses muscles et sa langue...
Les trois coquins à la face bestiale marchaient vers le meuble qui renfermait les vingt mille francs...
Le personnage masqué les arrêta:
—Mes camarades, prononça-t-il en leur désignant le dormeur, j'ai l'habitude de ne rien laisser derrière moi. Si cet importun venait à se réveiller, il y aurait lutte, tapage et tout le tralala. Il vaut mieux le régler de suite. L'un de vous a-t-il un couteau?
—En voici un.
—Eh bien, servez-vous en: frappez... Frappez ici, entre les omoplates: c'est la meilleure place, au dire des gens de l'art...
Il ajouta avec tranquillité:
—Cette formalité accomplie, nous procéderons à la récolte du quibus et, quand elle sera terminée, nous appellerons la petite, qui s'est conduite comme un ange et qui doit se tenir tapie là-haut, dans quelque coin.
—All right! firent les trois autres.
Ils entourèrent l'ex-agent.
Le malheureux sentit les mains de deux d'entre eux s'abattre, comme des étaux, sur ses épaules, pour le maintenir contre la table...
Sans le voir, il sentit aussi se lever le couteau du troisième...
Et il se raidit dans un effort surhumain pour s'arracher à la torpeur qui le clouait, inerte, sous le fer...
Effort infructueux: la léthargie était plus puissante que sa volonté!
Cette volonté même, un choc inattendu venait presque de la lui enlever.
Cette «petite» dont on avait parlé, c'était Florette!
Florette était de moitié dans le crime!
C'était elle qui tuait son hôte en le livrant à ses complices!
Cette foudroyante révélation poignardait Jacques plus sûrement que n'allait le faire la lame du couteau emmanché au poing de l'assassin.
Le garde était deux fois perdu.