[216] Variante de l'acte IV.
[217] Il s'en faut que la création de ce drame angoissant ait été pour Tolstoï une peine. Il écrit à Ténéromo: «Je vis bien et joyeusement. J'ai travaillé tout ce temps à mon drame (La Puissance des Ténèbres). Il est achevé.» (Janvier 1887, Corresp. inéd., p. 159.)
[218] La première traduction exacte de cette œuvre en français a été publiée par M. J. W. Bienstock, dans le Mercure de France (mars et avril 1912).
[219] La traduction française de cette Postface par M. Halpérine-Kaminsky a paru sous le titre: Des relations entre les sexes, dans le volume: Plaisirs vicieux.
[220] Noter que Tolstoï n'a jamais eu la naïveté de croire que l'idéal de célibat et de chasteté absolue soit réalisable pour l'humanité actuelle. Mais, selon lui, un idéal est irréalisable, par définition: c'est un appel aux énergies héroïques de l'âme.
«La conception de l'idéal chrétien, qui est l'union de toutes les créatures vivantes dans l'amour fraternel, est inconciliable avec la pratique de la vie qui exige un effort continu vers un idéal inaccessible, mais qui ne suppose pas l'avoir jamais atteint.»
[221] A la fin de la Matinée d'un Seigneur.
[222] Guerre et Paix.—Je ne parle pas d'Albert (1857), cette histoire d'un musicien de génie. La nouvelle est très faible.
[223] Voir dans Jeunesse le récit humoristique de la peine qu'il se donna pour apprendre à jouer du piano.—«Le piano m'était un moyen de charmer les demoiselles par ma sentimentalité.
[224] Il s'agit de 1876-77.
[225] S.-A. Bers, Souvenirs sur Tolstoï (Voir Vie et Œuvre).
[226] I, 381 (éd. Hachette).
[227] Mais jamais il ne cessa de l'aimer. Un de ses amis des derniers jours fut un musicien, Goldenveiser, qui passa l'été de 1910 près de Iasnaïa. Il venait, presque chaque jour, faire de la musique à Tolstoï, pendant sa dernière maladie. (Journal des Débats, 18 novembre 1910.)
[228] Lettre du 21 avril 1861.
[229] Camille Bellaigue, Tolstoï et la musique (le Gaulois, 4 janvier 1911).
[230] Qu'on ne dise pas qu'il s'agit là seulement des dernières œuvres de Beethoven. Même à celles du début qu'il consent à regarder comme «artistiques», Tolstoï reproche «leur forme artificielle».—Dans une lettre à Tschaikovsky, il oppose de même à Mozart et Haydn, «la manière artificielle de Beethoven, Schumann et Berlioz, qui calculent l'effet.»
[231] Cf. la scène racontée par M. Paul Boyer: «Tolstoï se fait jouer du Chopin. A la fin de la quatrième Ballade, ses yeux se remplissent de larmes.—«Ah! l'animal!» s'écrie-t-il. Et brusquement il se lève et s'en va.» (Le Temps, 2 novembre 1902.)
[232] Maître et Serviteur (1895) est comme une transition entre les lugubres romans qui précèdent et Résurrection, où se répand la lumière de la divine charité. Mais on y sent plus encore le voisinage de la Mort d'Ivan Iliitch et des Contes Populaires que de Résurrection, qu'annonce seulement, vers la fin, la sublime transformation d'un homme égoïste et lâche, sous la poussée d'un élan de sacrifice. La plus grande partie de l'histoire est le tableau, très réaliste, d'un maître sans bonté et d'un serviteur résigné, qui sont surpris, dans la steppe, la nuit, par une tourmente de neige, et perdent leur chemin. Le maître, qui d'abord tâche de fuir en abandonnant son compagnon, revient et, le trouvant à demi gelé, se jette sur lui, le couvre de son corps, le réchauffe en se sacrifiant, d'instinct; il ne sait pas pourquoi; mais les larmes lui remplissent les yeux: il lui semble qu'il est devenu celui qu'il sauve, Nikita, et que sa vie n'est plus en lui, mais en Nikita.—«Nikita vit; je suis donc encore vivant, moi.»—Il a presque oublié qui il était, lui, Vassili. Il pense: «Vassili ne savait pas ce qu'il fallait faire... ne savait pas, et moi, je sais, maintenant!...» Et il entend la voix de Celui qu'il attendait (ici son rêve rappelle un des Contes Populaires), de Celui qui, tout à l'heure, lui a donné l'ordre de se coucher sur Nikita. Il crie, tout joyeux: «Seigneur, je viens!» Et il sent qu'il est libre, que rien ne le retient plus... Il est mort.
[233] Tolstoï prévoyait une quatrième partie, qui n'a pas été écrite.
[234] I, p. 379.—Je cite la traduction de Teodor de Wyzewa.—Une édition intégrale de Résurrection doit former les t. XXXVI et XXXVII des Œuvres complètes.
[235] I, p. 129.
[236] Au contraire, il avait été mêlé à tous les mondes qu'il peint dans Guerre et Paix, Anna Karénine, les Cosaques, ou Sébastopol: salons aristocratiques, armée, vie rurale. Il n'avait qu'à se souvenir.
[237] T. II, p. 20.
[238] «Les hommes portent en eux le germe de toutes les qualités humaines, et, tantôt ils en manifestent une, tantôt une autre, se montrant souvent différents d'eux-mêmes, c'est-à-dire de ce qu'ils ont l'habitude de paraître. Chez certains, ces changements sont particulièrement rapides. A cette classe d'hommes appartenait Nekhludov. Sous l'influence de causes physiques et morales, de brusques et complets changements se produisaient en lui.» (T. I, p. 858.)
Tolstoï s'est peut-être souvenu de son frère Dmitri, qui, lui aussi, épousa une Maslova. Mais le tempérament violent et déséquilibré de Dmitri était différent de celui de Nekhludov.
[239] «Plusieurs fois dans sa vie, il avait procédé à des nettoyages de conscience. Il appelait ainsi des crises morales où, apercevant soudain le ralentissement et parfois l'arrêt de sa vie intérieure, il se décidait à balayer les ordures qui obstruaient son âme. Au sortir de ces crises, il ne manquait jamais de s'imposer des règles qu'il se jurait de suivre toujours. Il écrivait un journal, il recommençait une nouvelle vie. Mais à chaque fois, il ne tardait pas à retomber au même point, ou plus bas encore qu'avant la crise.» (T. I, p. 138.)
[240] En apprenant que la Maslova a encore fait des siennes avec un infirmier, Nekhludov est plus décidé que jamais à «sacrifier sa liberté pour racheter le péché de cette femme». (T. I, p. 382.)
[241] Tolstoï n'a jamais dessiné un personnage, d'un crayon aussi robuste et sûr que le Nekhludov du début. Voir l'admirable description du lever et de la matinée de Nekhludov, avant la première séance au Palais de Justice.
[242] Lettre de la comtesse Tolstoï, 1884.
[243] Le Temps, 2 novembre 1902.
[244] «Ne me reprochez pas, écrit-il à sa tante, la comtesse Alexandra A. Tolstoï, de m'occuper encore de ces futilités, au seuil de la tombe! Ces futilités remplissant mon temps libre et me procurent le repos des pensées vraiment sérieuses dont mon âme est surchargée.» (26 janvier 1903).
[245] Tolstoï le regardait comme une de ses œuvres capitales:
«Un de mes livres,—Pour tous les jours,—auquel j'ai la suffisance d'attacher une grande importance...» (Lettre à Jan Styka, 27 juillet-9 août 1909).
[246] Ces œuvres ont été publiées depuis la mort de Tolstoï. La liste en est longue. Nous relevons, parmi les principales: Le journal posthume du vieillard Féodor Kouzmitch, Le père Serge, Hadji-Mourad, Le Diable, Le Cadavre vivant, drame en douze tableaux, Le faux coupon, Alexis le Pot, Le journal d'un fou, La lumière luit dans les ténèbres, drame en cinq actes, Toutes les qualités viennent d'elle, petite pièce populaire, et une série d'excellentes nouvelles: Après le Bal, Ce que j'ai vu en rêve, Khodynka, etc.
Voir page 206, la Note sur les œuvres posthumes de Tolstoy.
Mais l'œuvre essentielle est le Journal intime de Tolstoï. Il embrasse une quarantaine d'années de sa vie, depuis l'époque du Caucase jusqu'à la veille de sa mort; et il paraît un des livres de Confessions les plus impitoyables qui ait été écrit par un grand homme. Paul Birukoff en a publié, en français, deux volumes: la période de 1846 à 1852, et celle de 1895 à 1899.
[247] Le titre russe de cette œuvre est: Une seule chose est nécessaire (Saint-Luc, XI, 41.)
[248] La plupart ont été, de son vivant, gravement mutilées par la censure, ou totalement interdites. L'œuvre circulait en Russie, jusqu'à la Révolution, sous la forme de copies manuscrites, cachées sous le manteau. Même aujourd'hui, il s'en faut que tout soit publié; et la censure bolchevike n'a pas moins été tyrannique que la censure tsariste.
[249] L'excommunication de Tolstoï par le Saint-Synode est du 22 février 1901. Elle fut motivée par un chapitre de Résurrection relatif à la messe et à l'Eucharistie. Ce chapitre, nous le regrettons, a été supprimé dans la traduction française de Wyzewa.
[250] Sur la nationalisation du sol (Voir le Grand Crime, 1905).
[251] «Par Russe de la vieille Moscovie, dit M. A. Leroy-Beaulieu, Grand-Russien au sang slave, mâtiné de finnois, physiquement un type du peuple plus que de l'aristocratie». (Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1910.)
[252] 1857.
[253] 1862.
[254] La Fin d'un Monde (1905-janvier 1906).
Cf. le télégramme adressé par Tolstoï à un journal américain:
«L'agitation des Zemstvos a pour objet de limiter le pouvoir despotique et d'établir un gouvernement représentatif. Qu'ils réussissent ou non, le résultat certain sera l'ajournement de la véritable amélioration sociale. L'agitation politique, en donnant l'illusion funeste de cette amélioration par des moyens extérieurs, arrête le vrai progrès, comme on peut le constater par l'exemple de tous les États constitutionnels: France, Angleterre, Amérique.» (Le mouvement social en Russie.—M. Bienstock a introduit cet article dans la préface du Grand Crime, trad. française, 1905.)
Dans une longue et intéressante lettre à une dame, qui lui demandait de faire partie d'un Comité de propagation de la lecture et de l'écriture parmi le peuple, Tolstoï exprime d'autres griefs contre les libéraux: Ils ont toujours joué le rôle de dupes; ils se font les complices, par peur, de l'autocratie; leur participation au gouvernement donne à celui-ci un prestige moral, et les habitue à des compromis, qui font d'eux rapidement les instruments du pouvoir. Alexandre II disait que tous les libéraux étaient à vendre pour des honneurs, sinon pour de l'argent. Alexandre III a pu anéantir sans risques l'œuvre libérale de son père: «Les libéraux chuchotaient entre eux que cela ne leur plaisait pas, mais ils continuaient à prendre part aux tribunaux, au service de l'État, à la presse; dans la presse, ils faisaient allusion aux choses pour lesquelles l'allusion était permise, mais ils se taisaient pour ce dont il était défendu de parler, et ils inséraient tout ce qu'on leur ordonnait d'insérer». Ils font de même sous Nicolas II. «Quand ce jeune homme qui ne sait rien, qui ne comprend rien, répond avec effronterie et avec manque de tact aux représentants du peuple, les libéraux protestent-ils? Nullement... De tous côtés, on envoie au jeune tsar de lâches et flatteuses félicitations.» (Corresp. inédite, p. 283-306.)
[255] Guerre et Révolution.
Dans Résurrection, lors de l'examen en cassation du jugement de la Maslova, au Sénat, c'est un Darwiniste matérialiste qui est le plus opposé à la révision, parce qu'il est choqué secrètement de ce que Nekhludov veuille épouser par devoir une prostituée: toute manifestation du devoir et, plus encore, du sentiment religieux, lui fait, l'effet d'une injure personnelle. (I, p. 359.)
[256] Cf., comme types, dans Résurrection, Novodvorov, le meneur révolutionnaire, dont la vanité et l'égoïsme excessifs ont stérilisé la grande intelligence. Nulle imagination; «absence totale des qualités morales et esthétiques qui produisent le doute».—A sa suite, attaché à ses pas, comme son ombre, Markel, l'ouvrier devenu révolutionnaire par humiliation et par désir de vengeance, adorateur passionné de la science qu'il ne comprend pas, anticlérical avec fanatisme, et ascétique.
On trouvera aussi, dans Encore trois morts, ou le Divin et l'Humain (trad. franç. parue dans le volume intitulé les Révolutionnaires, 1906), quelques spécimens de la nouvelle génération révolutionnaire: Romane et ses amis, qui méprisent les anciens terroristes, et prétendent arriver scientifiquement à leurs fins, en transformant le peuple agriculteur en peuple industriel.
[257] Lettre au Japonais Izo-Abe, fin 1904 (Corresp. inédite).—Voir, page 219, le chapitre: La Réponse de l'Asie à Tolstoy.
[258] Les paroles vivantes de L. N. Tolstoy, notes de Ténéromo (chap. Socialisme), (publié en trad. franç. dans Révolutionnaires, 1906).
[259] Ibid.
[260] Conversation avec M. Paul Boyer (Le Temps, 4 novembre 1902).
[261] La Fin d'un Monde.
[262] Dès 1863, Tolstoï écrivait ces paroles annonciatrices de la grande tourmente sociale:
«La propriété, c'est le vol, reste, aussi longtemps qu'existe une humanité, une vérité plus grande que la Constitution anglaise... La mission historique de la Russie consiste en ce qu'elle apportera au monde l'idée de la socialisation de la terre. La Révolution russe ne peut être fondée que sur ce principe. Elle ne se fera point contre le tsar et contre le despotisme; elle se fera contre la propriété du sol.
[263] «Le plus cruel des esclavages est d'être privé de la terre. Car l'esclave d'un maître est l'esclave d'un seul; mais l'homme privé du droit à la terre est l'esclave de tout le monde.» (La Fin d'un monde, chap. VII.)
[264] La Russie était en effet dans une situation spéciale; et si le tort de Tolstoï a été de généraliser d'après elle à l'ensemble des États européens, on ne peut s'étonner qu'il ait été surtout sensible aux souffrances qui le touchaient de plus près.—Voir, dans le Grand Crime, ses conversations, sur la route de Toula, avec les paysans, qui tous manquent de pain, parce que la terre leur manque, et qui tous, au fond du cœur, attendent que la terre leur revienne. La population agricole de la Russie forme les 80 p. 100 de la nation. Une centaine de millions d'hommes, dit Tolstoï, meurent de faim par suite de la mainmise des propriétaires fonciers sur le sol. Quand on vient leur parler, pour remédier à leur mal, de la liberté de la presse, de la séparation de l'Église et de l'État, de la représentation nationale, et même de la journée de huit heures, on se moque d'eux, impudemment:
«Ceux qui ont l'air de chercher partout des moyens d'améliorer la situation des masses populaires, rappellent ce qui se passe au théâtre, quand tous les spectateurs voient parfaitement l'acteur qui est caché, tandis que ses partenaires qui le voient très bien aussi, feignent de ne pas voir, et s'efforcent à distraire mutuellement leur attention.»
Nul autre remède que de rendre la terre au peuple qui travaille. Et, pour la solution de cette question foncière, Tolstoï préconise la doctrine de Henry George, son projet d'un impôt unique sur la valeur du sol. C'est son Évangile économique, il y revient inlassablement, et se l'est si bien assimilé que souvent, dans ses œuvres, il reprend jusqu'à des phrases entières de Henry George.
[265] «La loi de non-résistance au mal est la clef de voûte de tout l'édifice. Admettre la loi de l'aide mutuelle, en méconnaissant le précepte de la non-résistance, c'est construire la voûte dans la sceller dans sa partie centrale.» (La Fin d'un Monde).
[266] Dans une lettre de 1900 à un ami (Corresp. inéd., p. 312), Tolstoï se plaint de la fausse interprétation donnée à son principe de la non-résistance. On confond, dit-il, «Ne t'oppose pas au mal par le mal»... avec «Ne t'oppose pas au mal», c'est-à-dire avec: «Sois indifférent au mal»... «Au lieu que la lutte contre le mal est le seul objet du christianisme et que le commandement de la non-résistance au mal est donné comme le moyen de lutte le plus efficace.»
Que l'on rapproche cette conception de celle de Gandhi,—de son Satyâgraha, de la «Résistance active», par l'amour et le sacrifice! C'est la même intrépidité d'âme, qui s'oppose à la passivité. Mais Gandhi en a accentué plus encore l'énergie héroïque.—(Cf. Romain Rolland: Mahâtma Gandhi, p. 53 et suivantes;—et l'introduction à La Jeune Inde, de Gandhi, p. XII et suiv.).
[267] La fin d'un Monde.
[268] Tolstoï a dessiné deux types de ces «sectateurs»,—l'un à la fin de Résurrection,—l'autre dans Encore trois morts.
[269] Après la condamnation par Tolstoï de l'agitation des Zemstvos, Gorki, se faisant l'interprète du mécontentement de ses amis, écrivait: «Cet homme est devenu l'esclave de son idée. Il y a longtemps qu'il s'isole de la vie russe et n'écoute plus la voix du peuple. Il plane trop haut au-dessus de la Russie.»
[270] C'était pour lui une souffrance cuisante de ne pouvoir être persécuté. Il avait la soif du martyre; mais le gouvernement, fort sage, se gardait bien de la satisfaire.
«Autour de moi, on persécute mes amis et on me laisse tranquille, bien que, s'il y a quelqu'un de nuisible, ce soit moi. Evidemment, je ne vaux pas la persécution, et j'en suis honteux.» (Lettre à Ténéromo, 1892, Corresp. inéd., p. 184.)
«Evidemment, je ne suis pas digne des persécutions, et il me faudra mourir ainsi, sans avoir pu, par des souffrances physiques, témoigner de la vérité.» (A Ténéromo, 16 mai 1892, ibid., p. 186.)
«Il m'est pénible d'être en liberté.» (A Ténéromo, 1er juin 1894, ibid., p. 188.)
Dieu sait pourtant qu'il ne faisait rien pour cela! Il insulte les Tsars, il attaque la patrie, «cet horrible fétiche auquel les hommes sacrifient leur vie et leur liberté et leur raison» (La Fin d'un Monde.)—Voir, dans Guerre et Révolution, le résumé qu'il trace de l'histoire de Russie. C'est une galerie de monstres: «le détraqué Ivan le Terrible, l'aviné Pierre I, l'ignorante cuisinière Catherine I, la débauchée Elisabeth, le dégénéré Paul, le parricide Alexandre I» (le seul pour qui Tolstoï ait pourtant une tendresse secrète), «le cruel et ignorant Nicolas I, Alexandre II, peu intelligent, plutôt mauvais que bon, Alexandre III, à coup sûr un sot, brutal et ignorant, Nicolas II, un innocent officier de hussards, avec un entourage de coquins, un jeune homme qui ne sait rien, qui ne comprend rien.»
Dans un numéro de la revue: Les Tablettes, consacré à Tolstoï (Genève, juin 1917), nous avons réuni une collection des textes les plus significatifs de Tolstoï, relatifs à l'État, la Patrie, la guerre, l'armée, le service militaire et la Révolution.
[271] Lettre à Gontcharenko, réfractaire, 19 janvier 1905 (Corresp. inéd., p. 264).
[272] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (Ibid. p. 239).
[273] Lettre à un ami, 1900 (Correspondance, p. 308-9).
[274] A Gontcharenko, 12 février 1905 (Ibid., p. 265).
[275] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (Correspondance, p. 240).
[276] A Gontcharenko, 19 janvier 1905 (Ibid., p. 264).
[277] A un ami, novembre 1901 (Ibid., p. 326).
Sur la question de la Patrie, les écrits les plus importants de Tolstoï sont: L'esprit chrétien et le patriotisme, 1894 (trad. J. Legras, éd. Perrin);—Le patriotisme et le gouvernement, 1900 (trad. Birukoff, Genève);—Carnet du soldat, 1902;—La guerre russo-japonaise, 1904;—Salut aux réfractaires, 1909.
[278] «C'est comme une fente dans la machine pneumatique; tout le souffle d'égoïsme qu'on voulait aspirer de l'âme humaine y rentre.»
Et il s'ingénie à prouver que le texte original a été mal lu, et que la parole exacte du second Commandement était: «Aime ton prochain comme Lui-même (comme Dieu)». (Entretiens avec Ténéromo.)
[279] Entretiens avec Ténéromo.
[280] Lettre à un Chinois, octobre 1906 (Corresp. inéd., p. 381 et suiv.).
[281] Tolstoï en exprimait déjà la crainte, dans sa lettre de 1906.
[282] «Ce n'était pas la peine de refuser le service militaire et policier, pour admettre la propriété, qui ne se maintient que par le service militaire et policier. Les hommes qui accomplissent ce service et profitent de la propriété agissent mieux que ceux qui refusent tout service, en jouissant de la propriété.» (Lettre aux Doukhobors du Canada, 1899, Corresp. inéd., p. 248-260.)
[283] Lire dans les Entretiens avec Ténéromo, la belle page sur «le sage Juif qui, plongé dans ce Livre, n'a pas vu les siècles s'écrouler sur sa tête, et les peuples qui paraissaient et disparaissaient de la terre».
[284] «Voir le progrès de l'Europe dans les horreurs de l'État moderne, l'État sanglant, vouloir créer un nouveau Judenstaat, c'est un péché abominable.—(Ibid.)
[285] Et l'avenir lui donne raison. Et Dieu s'est acquitté largement envers lui. Quelques mois avant sa mort, lui vient, du bout de l'Afrique, l'écho de la voix messianique de Gandhi. (Voir, à la fin du volume, le chapitre: La réponse de l'Asie à Tolstoy, p. 214.)
[286] Appel aux hommes politiques, 1905.
[287] On trouvera, en appendice au Grand Crime et dans la trad-franç. des Conseils aux Dirigés (titre russe: Au peuple travailleur), un Appel d'une société japonaise pour le Rétablissement de la Liberté de la Terre.
[288] Lettre à Paul Sabatier, 7 novembre 1906. (Corr. inéd., p. 375.)
[289] Lettres à un ami, juin 1892 et novembre 1901.
[290] Guerre et Révolution.
[291] Lettre à un ami. (Corresp. inéd. p. 354-55.)
[292] Ibid. Peut-être s'agit-il là de l'Histoire d'un Doukhobor, dont le titre figure dans la liste des œuvres inédites de Tolstoï.
[293] «Imaginez que tous les hommes qui ont la vérité se réunissent ensemble et s'installent sur une île. Serait-ce la vie?» (A un ami, mars 1901, Corresp. inéd. p. 325.)
[294] 1er décembre 1910.
[295] 16 mai 1892. Tolstoï voyait alors sa femme souffrir de la mort d'un petit garçon, et il ne pouvait rien pour la consoler.
[296] Lettre de janvier 1883.
[297] «Je ne reprocherai jamais de ne pas avoir de religion. Le mal, c'est quand les hommes mentent, feignent d'avoir de la religion.»
Et plus loin:
«Que Dieu nous préserve de feindre d'aimer, c'est pire que la haine.» (Corresp. inéd. p. 344 et 348.)
[298] Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1910.
[299] Paul Birukoff vient de publier, en allemand, la belle correspondance de Tolstoï avec sa fille Marie: Vater und Tochter, Zürich, Rotapfel, 1927.
[300] Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1910.
[301] A un ami, 10 décembre 1903.
[302] Figaro, 27 décembre 1910. La lettre fut, après la mort de Tolstoï, remise à la comtesse par leur beau-fils, le prince Obolensky, auquel Tolstoï l'avait confiée, quelques années auparavant. A cette lettre était jointe une autre, également adressée à la comtesse, et qui touchait à des sujets intimes de la vie conjugale. La comtesse la détruisit, après l'avoir lue. (Note communiquée par Mme Tatiana Soukhotine, fille aînée de Tolstoï.)
[303] Cet état de souffrance date donc de 1881, c'est-à-dire de l'hiver passé à Moscou, et de la découverte que Tolstoï fit alors de la misère sociale.
[304] Lettre à un ami (la traduction française, par M. Halpérine-Kaminsky, en a été publiée sous le titre Profession de foi, dans le volume: Plaisirs cruels, 1895).
[305] Il semble qu'il ait subi, dans ses dernières années, et surtout dans ses derniers mois, l'influence de Vladimir-Grigoritch Tchertkov, ami dévoué, qui, longtemps établi en Angleterre, avait consacré sa fortune à publier et répandre l'œuvre intégral de Tolstoï. Tchertkov a été violemment attaqué par un des fils de Tolstoï, Léon. Mais si l'on a pu accuser son intransigeance d'esprit, personne n'a mis en doute son absolu dévouement; et, sans approuver la dureté peut-être inhumaine de certains actes où l'on croit sentir son inspiration, (comme le testament par lequel Tolstoï enleva à sa femme la propriété de tous ses écrits, sans exception, y compris ses lettres privées), il est permis de croire qu'il fut plus épris de la gloire de son ami que Tolstoï lui-même.
Le journal de Valentin Boulgakov, dernier secrétaire de Tolstoï, est un miroir fidèle des six derniers mois, à Iasnaïa Poliana, depuis le 23 juin 1910. La traduction française en a paru dans Les œuvres libres, mai 1924, chez Arthème Fayard, à Paris.
[306] Tolstoï partit brusquement de Iasnaïa Poliana, le 28 octobre (10 novembre) 1910, vers cinq heures du matin. Il était accompagné du docteur Makovitski; sa fille Alexandra, que Tchertkov appelle «sa collaboratrice la plus intime», était dans le secret du départ. Il arriva, le même jour, à six heures du soir, au monastère d'Optina, un des plus célèbres sanctuaires de Russie, où il avait été plusieurs fois en pèlerinage. Il y passa la nuit et, le lendemain matin, il y écrivit un long article sur la peine de mort. Dans la soirée du 29 octobre (11 novembre), il alla au monastère de Chamordino, où sa sœur Marie était nonne. Il dîna avec elle et lui exprima le désir qu'il aurait eu de passer la fin de sa vie à Optina, «en s'acquittant des plus humbles besognes, mais à condition qu'on ne l'obligeât point à aller à l'église». Il coucha à Chamordino, fit, le lendemain matin, une promenade au village voisin, où il songeait à prendre un logis, revit sa sœur dans l'après-midi. A cinq heures, arriva inopinément sa fille Alexandra. Sans doute, le prévint-elle que sa retraite était connue, qu'on était à sa poursuite: ils repartirent sur-le-champ, dans la nuit. Tolstoï, Alexandra et Makovitski se dirigèrent vers la station de Koselsk, probablement avec l'intention de gagner les provinces du Sud, et, de là, les pays slaves des Balkans, la Bulgarie, la Serbie. En route, Tolstoï tomba malade à la gare d'Astapovo et dut s'y aliter. Ce fut là qu'il mourut.
Sur ces derniers jours, on trouvera les renseignements les plus complets dans le volume: Tolstoys Flucht und Tod (Bruno Cassirer, Berlin, 1925), où René Fuellœp-Miller et Friedrich Eckstein ont rassemblé les récits de la fille, de la femme de Tolstoï, de son médecin, de ses amis présents, et la correspondance secrète d'État. Celle-ci, que le gouvernement soviétique a découverte en 1917, révèle le réseau d'intrigues, dont l'État et l'Église entourèrent le mourant, pour arracher de lui l'apparence d'une rétractation religieuse. Le gouvernement, le czar en personne, exercèrent une pression sur le Saint-Synode, qui délégua à Astapovo l'archevêque de Toula. Mais l'échec de cette tentative fut complet.
On voit aussi l'inquiétude gouvernementale. Une correspondance policière entre le gouverneur-général de Riasan, prince Obolensky, et le général Lwow, chef du département de gendarmerie de Moscou, avertit heure par heure de tous les incidents et de tous les visiteurs à Astapovo, donne les ordres les plus sévères pour surveiller la gare, pour bloquer le cortège funèbre et le séparer du reste de la nation. En haut lieu, on tremblait devant l'éventualité de grandes manifestations politiques, en Russie.
L'humble maison, où Tolstoï expirait, était environnée d'une nuée de policiers, d'espions, de reporters de journaux, d'opérateurs de film, qui guettaient la douleur de la comtesse Tolstoï, accourue pour exprimer au mourant son amour, son repentir, et écartée de lui par ses enfants.
[307] Journal, à la date du 28 octobre 1879 (trad. Bienstock Voir Vie et Œuvre).—Voici le passage entier, qui est des plus beaux:
«Il y a dans ce monde des gens lourds, sans ailes. Ils s'agitent, en bas. Parmi eux, il y a des forts: Napoléon. Ils laissent des traces terribles parmi les hommes, sèment la discorde, mais rasent toujours la terre.—Il y a des hommes qui se laissent pousser des ailes, s'élancent lentement et planent: les moines.—Il y a des hommes légers qui se soulèvent facilement et retombent: les bons idéalistes.—Il y a des hommes aux ailes puissantes...—Il y a des hommes célestes, qui, par amour des hommes, descendent sur la terre en repliant leurs ailes, et apprennent aux autres à voler. Puis, quand ils ne sont plus nécessaires, ils remontent: Christ.»