Chapitre IV. Du vizir ou grand ministre.—Le vizir est un ministre qui a la prééminence sur tous les grands officiers.—Il est d'institution divine. Aaron fut le vizir de Moïse.
Le vizir surveille toutes les parties du gouvernement, tous les agents de l'administration; il les établit et les dépose; les punit et les récompense.
Il tient le registre des recettes et des dépenses de l'état; il en accroît le revenu, non par tyrannie, mais par sagesse et économie.
Les revenus de l'empire consistent en revenus fixes, en revenus casuels, et en droits seigneuriaux sur les cultivateurs. Les revenus fixes sont la taxe en deniers comptants sur les terres productives; la douane, de 10 pour 100 en nature, sur le commerce d'importation et exportation; le tribut des peuples conquis, la capitation des non-musulmans dite karadje; les fermes de monopoles, dits paltes; les dîmes sur les fruits de la terre; les impositions sur les fabriques et boutiques, et la 5e partie du butin légal.
Les revenus casuels sont le 20e sur les héritages collatéraux; les amendes; le prix du sang versé; les impôts extraordinaires et les investitures; le droit d'aubaine; les épaves; les trésors découverts; la dîme sur les troupeaux paissants et passants, et non sur les animaux domestiques.
Les droits seigneuriaux sur les cultivateurs sont: 1º droit d'arpentage; 2º droit de partage d'une terre léguée à divers cohéritiers; 3º droit d'accroissement des terres et pâturages par l'effet du Nil; 4º droit de bornage, ou limites de propriétés; 5º droit sur les machines à eau, élevées sur le Nil pour les arrosages.
Voilà les revenus légaux: on les lève selon des usages fixes, et ils ont une destination utile à l'état, de manière que le sultan n'en est que le dépositaire.
De même que le vizir surveille les officiers, le sultan doit surveiller le vizir; et le vizir conseiller le sultan, l'avertir et même le reprendre.
Section II. Le trésor royal est un département chargé d'une foule de recettes grosses et petites.
1º Droits sur la frontière d'Égypte vers la Syrie.
2º Droits d'entrée sur tout ce qui entre au Kaire et en Égypte, excepté sur ce qui est attribué au trésor privé.
3º Aubaine sur les successions des étrangers.
4º Régies et fermes du Kaire, telles que les boucheries, les cuirs, les moulins à huile, à sucre; droits sur l'entrée des comestibles.
Droits sur les natrons de Terrâné.
Droit de Monfalout.
Droits d'investiture, et redevances des fiefs affermés ou des pays protégés.
Droit de curage des canaux que doivent faire plusieurs provinces.
Produit des cannes à sucre et des colqâz, cultivées pour le compte du sultan.
Produit des métairies et jardins du sultan, enrichis par les puits à roue.
Sur ces revenus le trésor paie et défraie:
1º L'orge des écuries du sultan.
2º La nourriture des écuries des courriers.
3º La table du palais.
4º Les réparations des maisons royales.
5º La viande et toute la cuisine des Mamlouks du sultan; celle de tout son domestique.
6º L'entretien de ses offices.
7º Les pensions de charité assignées sur l'aubaine.
8º L'entretien des bœufs des métairies.—Le transport des trèfles et pailles pour les écuries.
Sous le sultan Barqoûq, tous ces frais se montaient par mois à 50,000 dinars ou sequins de 7 livres.
Le trésor est régi par un chef et une quantité de subalternes. Ce département a pour huissiers et sbires une compagnie de Maures qui portent les ordres et les exécutent.
Section III. Du premier secrétaire d'état, chef des dépêches et de la chancellerie.—C'est un officier important, qui a toute la confiance du sultan; il doit savoir citer le Qoran, les anecdotes des rois, les sentences des sages, les beaux vers des poètes, etc.
Son art est de faire parler dans tous ses écrits le sultan avec noblesse, grandeur, esprit, grace; il doit faire des phrases rimées et pompeuses; il expédie les actes d'alliance des kalifes et sultans; l'installation des qâdis et des gouverneurs, les commissions de bénéfices militaires en faveur des émirs et djondis, etc., et enfin les lettres du sultan.
Ces lettres ont un formulaire plein d'art, selon le rang des personnes. Celles aux sujets s'appellent mokâtebât; celles aux étrangers, morâselât.
Le plus haut titre pour les étrangers est el maqâm, el àâli.
Le moindre est el madjlas ou megeles, el àâli.
Pour les sujets, le plus haut titre est el-maqarr, el-karim (votre grace).
Puis maqarr-el-àâli (excellence).
Puis djenâb-el-kerim (cour magnifique).
Puis djenâb-el-àâli (cour très-haute); enfin sadr-el-adjal (présence auguste); hadrat (présence simple).
Section VI. Trésor privé. Le trésor privé est régi par un grand officier qui administre les terres affectées à la solde des Mamlouks du sultan, et plusieurs branches de revenus, dont la masse se nomme trésor privé. Ces officiers ont souvent acquis d'immenses richesses.
De ce département dépendent 160 villages, auxquels il faut ajouter plusieurs pays de protection et de fermes. Les seuls villages de Menzalé et de Faraskout, près Damiette, rendent chacun par an 30,000 dinars: plus, les droits d'investiture des gouverneurs de province, des inspecteurs du terrain, des commandants de bourgs et villages, des commissaires de police.—Des gens instruits m'ont assuré que tout ce trésor se montait à 400,000 dinars, et à 300,000 ardebs de blé, orge et fèves.
La dépense consiste en solde et entretien des Mamlouks du sultan; en orge pour leurs chevaux; entretien des princesses et du harem; solde et entretien de tout le service du palais, etc.
Section VII. Du Domaine. Le domaine est le revenu propre du sultan; il comprend:
1º La douane d'Alexandrie sur le commerce des Francs.
2º Les droits sur les épiceries venant des Indes.
3º La vente des muges et poutargues de Damiette.
4º Les droits sur les arts, métiers, cabarets, danseuses et filles publiques.
5º Droits sur les courtiers et interprètes.
6º Produit des briqueteries.
7º Ferme des chameaux pour le transport d'Alexandrie à Rosette.
8º Douane des marchandises de l'Inde, placée à el Tor.
9º Droits à Damiette sur beaucoup d'objets, et entre autres sur la raffinerie du sucre.
10º Le quint du butin légal.
11º Ferme du lac Semanaoui et autres étangs.
12º Droits sur Foua, entrepôt des Francs quand le canal d'Alexandrie était navigable, ce qui a cessé depuis 120 ans (1320).
13º Droits sur les terres de Broulos, de Nesterouh, du port de Rosette.
14º Douanes du Saïd (haute Égypte) sur les Abissins qui apportent des esclaves noirs, de la poudre d'or, etc., et paltes (monopoles) du sené et de la casse.
15º Droits des pays protégés et des pays affermés aux Arabes.
Produit des nombreuses métairies et terres du domaine, arrosées par des roues.
Le loyer de Fondouq-el-Kerim, situé au vieux Kaire.
Succession de tous les grands qui, dans l'Égypte, meurent sans héritiers légitimes.
Bénéfices de l'Hôtel des monnaies.
Droit de la ville de Bairout.
Douanes des marchandises de l'Inde, voiturées à Bedr, à Honain, à Bouaib-el-aqabé.
Voici maintenant les charges:
1º Munitions de guerre pour toute expédition.
2º Dépenses de la caravane et de la fête du sacrifice.
3º Distribution des victimes aux grands et petits officiers.
4º Dépenses de la fête pascale, du banquet et des réjouissances.
5º Renouvellement de la garde-robe et des meubles du harem.
6º Idem, du vêtement des Mamlouks.
7º Veste d'honneur aux grands officiers, aux qâdis, aux émirs de 1re classe, aux kâchefs. (Au Bairam, tous les musulmans s'habillent à neuf, eux et leur maison; cela s'appelle kesoué.)
8º Entretien complet des employés pour l'impôt.
9º Fourniture du harem et seraï, en sucreries, confitures, sorbets, fruits, etc.
10º Présents à faire aux souverains.
11º Veste d'honneur (ou caftan annuel) à tous les gens en place de l'empire (dans tout l'Islamisme les places ne sont que pour l'année courante; le revêtu paie un don ou prix de babouches: le plus riche l'emporte). Chacune de ces vestes diffère de forme, de couleur, de richesse, selon le rang (en général le vêtement est très-dispendieux, surtout pour les pelisses.)
Section V. Le grand avocat du conseil.—Lorsque pour une affaire majeure le sultan assemble le conseil (diouân), il mande le prince des croyants, les 4 grands qâdis, le vizir, les émirs de 1,000 cavaliers, et le connétable.
Avant la séance, le sultan explique ses intentions à un homme de confiance et éloquent, qui est chargé de présenter l'affaire et de répondre à toutes les objections. Le sultan garde le silence.
On a imaginé cet officier, afin que le sultan ne soit jamais compromis, et qu'on puisse faire des objections librement, toute erreur tombant sur l'avocat ou rapporteur.
Chapitre V. Les enfants des sultans sont élevés avec soin dans le harem. C'est un usage ancien de faire enfermer tous ceux qui existent à l'avénement d'un prince. Malek-el-acheraf donna la liberté à 40; mais ils moururent dans la peste de l'an 1429, qui enleva jusqu'à 10,500 têtes par jour.
Quand un prince est mineur, il y a un régent que l'on nomme nezâm-el-molk (celui qui met l'ordre dans le royaume). Quand le sultan s'absente, il y a un vicaire nâïeb-el-molk.
Le chef des émirs, ou àtabek-el-àsâker, est une espèce de connétable.
Les émirs sont divisés en plusieurs classes.
Ceux de la 1re possèdent 100 Mamlouks, et commandent à 1,000: ils devraient être 24.
Ceux de la 2e possèdent 40 Mamlouks: ils devraient être 40. La musique guerrière joue à la porte de leurs hôtels à l'âsr (ou heure de la 3e prière); elle est composée de timbales, tambours et clarinettes. Ces derniers instruments sont de date récente.
Les émirs de 3e classe devraient être au nombre de 20: ils ont chacun 20 Mamlouks.
Les émirs de 4e classe devraient être 50, et avoir chacun 10 Mamlouks.
Enfin la 5e et dernière classe est de 30 émirs, qui ont chacun 5 Mamlouks pour cortége.
Parmi ces émirs, les uns ont de l'emploi dans l'état, d'autres n'ont que leur titre et grade.
L'armée se divise en plusieurs corps. Karabal Couli, prince tartare, ayant, il y a plusieurs années, envoyé demander un tribut, sous peine d'envoyer contre l'Égypte 20 toumans de cavaliers (200,000), le sultan d'alors lui envoya pour toute réponse l'état suivant de ses troupes:
Arabes sujets.
| Tribu Bâli-fadl, enfants de Nouèïr. | 24,000 | |
| Arabes de Hedjaz. | 24,000 | |
| Tribu d'el-Aâli. | 2,000 | |
| Arabes d'Irâq. | 2,000 | |
| —d'Yemen. | 2,000 | |
| —de Djezire. | 2,000 | |
| —de Metrouq. | 1,000 | |
| —de Djarm. | 1,000 | |
| —Beni-oqbé et Beni-mehdi. | 1,000 | |
| —el-Omara. | 1,000 | |
| —de Hindam. | 1,000 | |
| —Aâïd. | 1,000 | |
| —Fezàrât. | 1,000 | |
| —Mohârib. | 1,000 | |
| —Qarîl. | 1,000 | |
| —Qattâb. | 1,000 | |
| —d'Égypte ensemble. | 3,000 | |
| —Haouâra. | 24,000 | |
| Turkmans répandus en hordes ou camps sur les terres de Syrie et de Diarbekr, portés sur les registres au nombre de | 180,000 | |
| Les Ochrân (l'on ne sait ce que c'est, sinon d'autres Turkmans) divisés en 35 districts, à chacun 1,000 cavaliers. | 35,000 | |
| Kourdes. | 20,000 | |
| Milices de l'Égypte, à raison de 33,000 villages et de 2 cavaliers par village: | ||
| total | 66,000 | |
| En tout | 526,000 | cavaliers. |
Des magasins et greniers du sultan.—Le sultan a des magasins où s'entreposent tous les produits en nature de ses douanes, le poivre, la cannelle, les épiceries, les sucres, les bois de construction.
Il a aussi 2 greniers qui sont des merveilles.
Dans l'un, nommé Chiouân, s'entreposent les grains, blés, riz, bois, pailles, etc., pour l'usage du palais.
Dans l'autre, nommé Hirâ, se déposent des grains auxquels on ne touche qu'en cas de nécessité; quelquefois on prohibe la sortie. Ce grenier se remplit et subvient aux disettes. C'est de là que se tirent les aumônes. Dans une année le bénéfice de la vente se monta à 300,000 dinars (de 10 liv. 3 s.).
Il y a eu en Égypte 26 pestes et famines en 800 ans; quelquefois 3 en 25 ans; et cela toujours en temps de trouble et de mauvais gouvernement.
Chapitre IX. § 1er. Des inspecteurs du terrain labourable, Kochâf-el-Torâb.—Les inspecteurs du terrain sont choisis parmi les émirs de la 1re classe; ils sont expédiés tous les ans au commencement du printemps, dans toutes les provinces de l'Égypte, pour faire exécuter les travaux nécessaires à l'entretien des canaux, à l'élévation des digues et chaussées, et tout ce qui est relatif à la hausse et à la baisse des eaux du Nil.
Le département du trésor royal est chargé, sur les droits qu'il perçoit, de faire creuser certains canaux publics, qui facilitent l'écoulement des eaux. Mais tout ce qui tient aux digues et chaussées nécessaires à la solidité des ponts, se doit faire par corvées et contributions réparties sur chaque village, en raison de l'étendue et de la fertilité de son territoire. Lorsque le Nil commence à déborder, l'on ne saurait trop veiller à la conservation des digues, chaussées et ponts, jusqu'à ce que les terres soient assez abreuvées; car s'ils étaient emportés, les eaux, s'écoulant de suite, laisseraient sans arrosement des contrées entières.
Quand le Nil décroît, il faut au contraire faciliter l'écoulement, afin d'ensemencer les terres à temps.
Quant aux ponts établis pour l'utilité locale de certains villages, c'est aux possédant-biens de les entretenir. Les inspecteurs n'ont rien à y voir.
§ II. Des kâchefs, ou inspecteurs des provinces.—Les gouverneurs, dits kâchefs, de l'Égypte, étaient autrefois au nombre de 3.
L'un commandait des confins de Gizah exclusivement jusqu'à Genadel. Il nommait 7 émirs, qui administraient sous ses ordres immédiats les 7 provinces méridionales (Heptanomis et Thébaïs).
Le second gouvernait la partie nord (Delta), ayant aussi sous lui 7 émirs.
Le troisième gouvernait la province de Gizah seulement. Celui-ci était quelquefois un émir de la 1re classe, chef de 1,000 cavaliers, comme les 2 premiers; quelquefois un émir de la musique guerrière.
Depuis quelque temps l'on a établi trois kâchefs pour le sud; l'un au Faïoum, l'autre au Saïd inférieur, le troisième au Saïd supérieur. De même on a divisé le nord en 3 kâchefliks. L'un contient les provinces de l'est (Charqié); l'autre celle de l'ouest (Garbîe); le troisième, la Béhiré, ou province du Lac, qui de tout temps a été un gouvernement particulier.
Mais, s'il m'est permis d'en dire mon avis, ces dispositions sont moins favorables au bon ordre.
En divisant les places, l'on a atténué la puissance et l'influence qui, ci-devant réunies en peu de mains, permettaient aux commandants de déployer cet appareil et cette magnificence toujours si imposants à la multitude.
Ci-devant, lorsqu'un kâchef du Saïd ou du nord faisait sa tournée, le calme devançait ses pas, et sa suite de 1,000 cavaliers occasionait une circulation d'espèces qui vivifiait le commerce et l'agriculture.
Parmi les émirs subalternes, quelques-uns sont encore nommés par les kâchefs; mais le grand nombre est tombé à la nomination de l'administrateur du trésor privé (oustadar), qui vend ces places et paralyse le pouvoir des kâchefs.
§ III. Des fonctionnaires en chaque village et de la perception de l'impôt.—Dans chaque ville et village principal il y a un qâdi, un percepteur des droits pour le trésor royal, un autre pour le trésor privé, un autre pour le domaine; plus, un commissaire royal de la navigation (du Nil), un officier militaire pour la police, un fermier adjudicataire, un inspecteur des canaux, et des syndics ou vieillards bourgmestres.
Autrefois l'impôt ne se levait qu'en nature, maintenant et depuis long-temps tout est affermé, et les fermiers adjudicataires des villages tiennent un état de maison si opulent, que beaucoup de petits souverains d'Asie vivent avec moins d'éclat.
Les fermiers de Menzalé et de Faraskour, rendent au domaine chacun 36,000 dinars[153].
Les autres villages, dont plusieurs rendent 12 à 20,000 dinars, sont également affermés pour des sommes qui ne varient point[154].
Les terres affectées à l'apanage des djendis sont divisées par kirâts; et chaque kirât est évalué à 1,000 dinars, environ 11,000 livres.
Chapitre X. Administration des provinces.
1º Province de Damas.
2º Karak.
3º Halab (Alep.)
4º Tarâbolos (Tripoli.)
5º Homs (Hems.)
6º Safad.
7º Gazzah (Gaze.)
La première et la plus considérable province de la Syrie est celle de Damas.
Son vice-roi (kafil) a un appareil égal au sultan qu'il représente. Il dispose à son gré de toutes les places civiles et militaires de son gouvernement.
Les grands officiers militaires sont l'émir généralissime des troupes, le chef des portiers, 12 émirs de 1re classe, 20 émirs de 2e classe, et 60 émirs à 10 et à 5 Mamlouks.
Le tribunal de justice est composé de 4 grands qâdis des 4 écoles ou sectes orthodoxes, et chacun d'eux nomme des substituts dans Damas et dans les autres villes de la province, pour juger au civil et au criminel.
Les grands officiers de plume (mobâcherin) sont le secrétaire des dépêches, le grand inspecteur de l'armée, l'oustadar ou chef du trésor privé, celui du domaine, celui du trésor royal, et le vizir.
Les agents exécutifs (arbâb-el-ouazaïef) sont 2 inspecteurs titrés kâchefs faisant leur tournée à tour de rôle; les émirs des généralités, les commandants de places, le grand maréchal des logis, le tribun de l'armée, etc., presque comme au Kaire.
Le château de Damas est confié au lieutenant du sultan et à 7 officiers-portiers (capidjis).
Quant aux djendis de garnison dans la province, ils devraient être 12,000, dont 2,000 près du vice-roi; le reste près des émirs, par escadron de 500 hommes et non de 1,000 hommes, comme en Égypte.
Karak tient le second rang de province. L'on écrit à son vice-roi sur du papier rouge, parce que l'un des successeurs de Selâheldin, ayant donné à ses 3 enfants son empire, savoir: à l'un l'Égypte; à l'autre la Syrie, depuis Bisan jusqu'au Diarbekr; au 3e le reste de la Syrie et Karak, l'étiquette de ces sultans a passé à leurs vice-rois.
Depuis quelque temps Karak n'a plus pour gouverneur que 2 capidjis; pour tribunal, que 2 qâdis; pour garnison, que quelques Mamlouks et Babrites (gens de la marine), avec un prince arabe qui commande à toutes les tribus du ressort.
Les 5 autres gouvernements sont administrés sur le même plan que celui de Damas, mais avec moins de faste et de dépense: celui de Hama était dès-lors ruiné.
Il y a des forts et des châteaux qui ont des émirs particuliers. Leur garnison est composée d'un lieutenant du sultan, d'un corps d'affranchis-babrites, d'un chef de ronde, d'un tribun de l'armée, de quelques Mamlouks du sultan, des portiers, et de quelques soldats du pays qui montent la garde.
L'auteur ne sait s'il doit regarder Malatié comme un château ou comme le chef-lieu d'une province. C'est là que commandait Doqmaq, de qui fut esclave Malek-el-acheraf sultan (maître du vizir auteur).
Chapitre XI. Des émirs et chaiks, arabes, turkmans et kourdes.—Les Arabes répandus sur les terres d'Égypte et de Syrie sont divisés par tribus, dont chacune a son émir. Cet émir a sous lui des chaiks chargés du maintien de l'ordre et de la levée des contributions dont ils sont fermiers, chacun dans leur district respectif.
§ I. Des expéditions militaires.—On distingue 2 espèces d'expéditions (tedjârid), l'une contre l'étranger, l'autre contre le sujet rebelle. Dans l'un et l'autre cas, l'armée est composée de cavaliers et d'archers à pied, en nombre capable d'écraser l'ennemi qui ose se mesurer.
On fait des camps volants, soit pour renforcer une place, soit pour garder un poste, observer un ennemi, etc.
L'ordre invariable des camps est que la tente du supérieur soit toujours postée derrière celle de son subordonné, de manière que celle du sultan est à la queue de toutes les autres.
(Suivent ici 2 articles sur la conquête de l'Yemen par ordre de Malek-el-acheraf, et de l'île de Cypre, qui la suivit peu de temps après. Dans tous ces faits on ne voit que des boucheries d'hommes, sans raison, et sans instruction pour le lecteur).
Chapitre XII. Il contient, en 3 sections, des anecdotes historiques et des maximes arabes qui se résument à dire, 1º que les princes sont renversés par ceux qu'ils élèvent; 2º que la fatalité régit tout, et qu'il faut être patient et résigné; 3º que l'inconstance et la mauvaise foi sont la base du cœur humain. Et la conclusion est une lettre de Malek-el-acheraf à Châh Rok, fils de Timour (Tamerlan), dans laquelle le sultan égyptien répond des injures grossières au sultan tatar.
Des ouqâfs, ou fondations en Égypte.—Les kalifes Ommiades et Abbasides ont souvent fait des aumônes; mais ils prenaient les sommes sur leur trésor; et il ne me paraît pas qu'ils aient jamais affecté des terres à perpétuité.
En Égypte ce fut Malek-el-Sâhêl, 16e qualaounide, qui le premier affecta 2 villages à l'entretien des Mahmals, fondés par Bibars.
Aujourd'hui les rentes foncières en faveur de la Mekke et de Médine sont si multipliées en Turkie, que, sans le gaspillage des régies, ces 2 villes seraient les plus riches du globe. La raison en est que l'on lègue souvent son bien à ces villes pour le conserver en usufruit à sa race, en le préservant de la rapacité du gouvernement. D'autre part, les princes et les riches font des legs pieux et expiatifs aux desservants des riches et pauvres de ces villes. L'Égypte seule en est grevée, selon Mohammad-ben-eshâq, savoir, de 6 grands legs principaux, appelés dechîchet-el-kobra, ou grosse semoule.
| 1º Le legs de Djaqmaq, 10e sultan circassien. |
| 2º Le legs de Qâiet-baï[155], 17e circassien. |
| 3º De Tenâm, } émirs riches du temps des Tcherkasses. |
| 4º De Kâouend, } émirs riches du temps des Tcherkasses. |
| 5º De Sélim 1er. |
| 6º De Soliman son fils. |
Les terres affectées par ces legs sont, savoir:
| Pour le premier, 6 villages dans le Kalioûb. |
| Pour le second, 5 villages dans le Monoûf. |
| Pour le troisième, 6 villages et une île dans le Garbié. |
| Pour le quatrième, 9 villages dans le Daq-Halié, près de la Charqîé. |
| Pour le cinquième, 2 villages dans la Béhairé. |
| Pour le sixième, 5 villages dans le district de Foua. |
| 7º Dans celui de Djizah, 3 villages. |
| 8º Dans le Faïoum, 2 villages. |
| 9º Dans le Behensaoûîé, 7 villages. |
| 10º Dans le Saïd, 7 villages: total, 52 villages et l'île. |
Année commune, le produit de toutes ces terres, en froment, orge, fèves, lentilles, pois-chiches, riz, est de 48,880 ardeb (l'ardeb pesant 192 livres).
Les mêmes terres donnent de plus en redevances pécuniaires 70 bourses (87,000 fr.).
A cette somme se joignent d'autres parties de rentes foncières, fondées en divers endroits par des sultans, des pachas, des particuliers, tant sur des terres que sur des maisons et boutiques; c'est ce que l'on appelle el sourer. Ces aumônes s'élèvent, selon Mohammad-ben-ezhâq, à 164 bourses (205,000 fr.). Mais les détails des comptes n'en offrent que 141.
A quoi il faut ajouter de semblables legs faits en Natolie (Roum-ili), Alep, Damas, et tous les autres pays musulmans; ce qui constitue une énorme richesse pour la Mekke et Médine.
Soliman a d'ailleurs fondé 80 chameaux pour des pauvres qui veulent faire le pèlerinage.
Colombiers des pigeons de message.—Ces colombiers sont établis dans des tours construites de distance en distance sur toute l'étendue de l'empire, dans l'intention de surveiller à la sûreté et à la tranquillité publique.
C'est à Moussel que l'on a commencé de se servir de pigeons pour porter des lettres[156]. Lorsque les Fâtmîtes envahirent l'Égypte, ils y établirent ces postes aériennes, et ils y attachèrent un si vif intérêt, qu'ils assignèrent des fonds propres à une régie spéciale à cet objet. Parmi les registres de ce bureau en était un où se trouvaient classées les races de pigeons reconnus les plus propres. Le vertueux Madj-el-dîn Abd-el-Dâher a composé sur cette matière un livre curieux, intitulé Tamâîm-el-Hàmâïm, Amulettes des pigeons.
Depuis long-temps les colombiers du Saïd sont détruits par suite des troubles qui ont ruiné le pays; mais ceux de la basse Égypte subsistent (en 1450), et en voici l'état ainsi que pour la Syrie.
N. B. Les distances ont été ajoutées par le traducteur, d'après d'Anville et d'après ses propres connaissances.
| § Ier. Correspondance du Kaire avec Alexandrie. | ||
| COLOMBIERS. | ||
| Château de la Montagne (au Kaire) | 0 | |
| Monouf-el-ouliâ | 39 | |
| Damanhour-el-ouâhech | 45 | |
| Skanderié (Alexandrie) | 36 | |
| 120 | milles. | |
| § II. Du Kaire à Damiette. | ||
| Château de la Montagne | 0 | |
| Tour de Beni òbaid | 36 | |
| Echmoun-el-rommân | 36 | |
| Doumiât | 30 | |
| 102 | milles. | |
| § III. Du Kaire à Gazzah. | ||
| Du Kaire à Bilbais | 27 | |
| De Bilbais à Saléhié | 27 | |
| De Saléhié à Qâtia | 42 | |
| De Qâtia à Ouarrâdé | 48 | |
| De Ouarrâdé à Gazzé[157] | 81 | |
| 225 | milles. | |
| § IV. De Gazzé à Jérusalem, 1 colombier | 81 | |
| à Nablous, 1 colombier | 36 | |
| 117 | milles. | |
| De Gazzé à Habroun | 30 | |
| à Sâfié, sur un ruisseau de ce nom | 45 | |
| à Karak | 48 | |
| 123 | milles. | |
| § V. De Gazzé à Safad. | ||
| à El-qods (Jérusalem) | 48 | |
| à Djenîn | 30 | |
| à Bisan | 24 | |
| à Safad | 24 | |
| 126 | milles. | |
| § VI. De Gazzé à Damas, 7 colombiers. | ||
| De Gazzé à Jérusalem, 1 colombier | 48 | |
| à Genin | 30 | |
| à Bisân | 24 | |
| à Tâfés. | 30 | |
| à el-Sânemain | 24 | |
| à Damas. | 30 | |
| 186 | milles. | |
| De Damas à Balbek, 1 colombier | 48 | milles. |
| De Damas à Halab, 7 colombiers. | ||
| à Damas, 1 colombier. | ||
| à Cara. | 45 | |
| à Hems. | 36 | |
| à Hama | 24 | |
| à Màrra. | 30 | |
| à Kan-tounâm. | 30 | |
| à Halab. | 28 | |
| 193 | milles. | |
| De Halab à Behesna, 4 colombiers. | ||
| à Halab. | ||
| à el-Biré, sur la rive est de l'Euphrate. | 66 | |
| à Qalàt-el-Roum. | 27 | |
| à Behesna. | 45 | |
| 138 | milles. | |
| De Halab à Rahâbé, 4 colombiers. | ||
| à Halab. | ||
| à Qàbâqib. | 75 | |
| à Tadmour (Palmyre). | 75 | |
| à el-Rahâbé. | 108 | |
| 258 | milles. | |
| De Damas à Tarâbolos (Tripoli), 5 colombiers. | ||
| à Damas[158] | ||
| à Saida. | 63 | |
| à Bairout | 24 | |
| à Terbelé. | 30 | |
| à Tarâbolos. | 24 | |
| 141 | milles. | |
Tels sont les colombiers entretenus dans l'empire pour la célérité des dépêches. Chaque colombier a son directeur et ses veilleurs, qui attendent à tour de rôle l'arrivée des pigeons: il y a en outre des domestiques et des mules à chaque colombier pour les échanges respectifs des pigeons. La dépense totale ne laisse pas que d'être considérable.
Du transport de la neige, et des relais de hedjin pour cet effet.
Avant le sultan Barqouq, la neige venait de Damas au Kaire par des bateaux qui partaient de Saïd et Bairout pour Damiet, où des bateaux plus petits les relayaient jusqu'à Boulâq. Là, des chameaux la transportaient au château, où on la déposait dans des citernes. Sous Barqouq, et depuis lui, on l'a expédiée par des hedjines (chameaux coureurs) dont il se fait 70 départs depuis le 1er juin jusqu'au 30 novembre.... un toutes les 54 heures.
Tous les 2 jours il part de Damas 5 hedjines chargés, et guidés par un homme expert et par un courrier porteur d'ordres au relais. Dans chaque relais on entretient 6 hedjines.
Les relais sont comme il suit:
Postes à cheval, dites barîd.
Le gouvernement a établi des postes sur les principaux chemins de l'empire, les voici:
(Il faut savoir que par barîd (course) on entend un espace de 2 à 4 lieues (un relais).
La lieue est de 3 milles; le mille de 3,000 coudées, mesure d'el-Hachîm, l'une des premières tribus arabes.
La coudée est de 24 doigts; le doigt de 6 grains d'orge par le travers; et le grain de 6 crins de la queue d'un mulet.
Route du Kaire au Saïd.
Là finissent les relais. Pour aller plus loin on loue les chevaux chez des particuliers.
D'Esna l'on se rend à Aïdab sur la mer Rouge, entrepôt de l'Yémen et de Habach (Abissinie).
Du Kaire à Scanderié, il y a deux routes; l'une par le Delta au milieu des villages, l'autre par le désert à gauche du fleuve;
| Par le Delta, il y a du Kaire | 0 | |
| à Kalioub | 9 | |
| à Monouf | 18 | |
| à Mohallet-el-Marhoum | 24 | |
| à N'hararîé | 24 | |
| à Turkmânié | 24 | |
| à Scanderié | 24 | |
| 123 | milles. |
| Par le désert ou chemin sec, il y a du Kaire à Djaziret-el-Qît | 18 | |
| à Ouardan | 12 | |
| à Terrâné | 12 | |
| à Zàouiet-el-Mobarek | 12 | |
| à Damanhour | 21 | |
| à Louqîn | 18 | |
| à Skanderié | 24 | |
| 117 | milles. |
| Du Kaire à Doumiât. | ||
| Du Kaire à Kalioub. | 9 | |
| à Bilbais | 18 | |
| à Salehîé | 24 | |
| à Sadîé | 12 | |
| à Bainounet | 12 | |
| à Achmoun-el-Roumman | 12 | |
| à Faraskour | 21 | |
| à Doumiât | 9 | |
| 117 | milles. | |
| Du Kaire à Gazzé. | ||
| Du Kaire à Sâdié ci-dessus | 63 | |
| à Gorâbi | 18 | |
| à Qâtié | 12 | |
| à Màân | 12 | |
| à Motâilem | 12 | |
| à Seouâdé | 12 | |
| à Ouarrâdé | 12 | |
| à Bir-el-Qâdi | 12 | |
| à el-Arich | 12 | |
| à Karrîobé | 12 | |
| à Sâàqa | 12 | |
| à Refah | 9 | |
| à Salqa | 12 | |
| à Gazzé | 12 | |
| 222 | milles. | |
| De Gazzé a Karak. | ||
| De Gazzé à Belaqis | 12 | |
| á Habroun | 18 | |
| a Djenba | 12 | |
| à Zouair | 18 | |
| à Safié | 15 | |
| à Kafar | 24 | |
| à Karak | 21 | |
| 120 | milles. | |
De Karak à Choubak, extrémité nord de l'Arabie pétrée, il n'y a que 3 relais pour environ 90.
| De Damas à Djabar, boulevard de l'empire sur l'Euphrate. | ||
| De Damas à Homs; voyez ci-dessus | 81 | |
| De Homs vers l'est à Masnà | 24 | |
| à Qarnain | 18 | |
| à el-Baida | 24 | |
| à Tadmour | 24 | |
| à Kerbe | 24 | |
| à Sakné | 18 | |
| à Qabqab | 18 | |
| à Kaouamel | 24 | |
| à Rahàbé | 24 | |
| à Djabar | 110 | |
| 389 | milles. | |
| De Damas à Safad. | |||
| De Damas à Bouraid, nord-ouest | 12 | ||
| à Qoulous | 12 | ||
| à Orainbé | 18 | ||
| à Nouran | 12 | ||
| à Djabb Yousef | 18 | ||
| à Safad | 12 | ||
| 84 | milles. | ||
| De Damas à Bairout. | |||
| De Damas à Kan-Maiseloun | 12 | ||
| à Harin, sur la Qasmîe | 18 | ||
| à Saïd, par le Liban | 33 | ||
| à Bairout | 24 | ||
| 87 | milles. | ||
| De Damas à Balbek. | |||
| à Zebdani | 15 | ||
| à Boura | 12 | ||
| à Balbek | 13 | ||
| 40 | milles. | ||
| De Damas à Tarâbolos. | |||
| De Damas à Gazoubé. (Voyez route de Halab) | 55 | ||
| à Qadis | 18 | ||
| à Aqmar | 21 | ||
| à el-Akra | 18 | ||
| à el-Arqâ | 12 | ||
| à Tarâbolos | 15 | ||
| 139 | milles. | ||
| De Damas à Karak. | |||
| De Damas à el-Qatibé | 12 | ||
| à Barâdié | 18 | ||
| à Bordj el-Abiad | 18 | ||
| à Hosbân | 18 | ||
| à Qanbes | 24 | ||
| à Dibiân | 24 | ||
| à Qâtè-el-Modjeb | 24 | ||
| à Safra | 24 | ||
| à Karak | 24 | ||
| 186 | milles. | ||
| De Halab à Behesna et à Qaïsarié (Cézarée), frontière de l'empire en Arménie. | |||
| De Halab à el-Semoûqa | 12 | ||
| à Istidra | 12 | ||
| à Bait-el-Fâr | 18 | ||
| à Antab | 12 | ||
| à Dair-Koûn | 9 | ||
| à Qoûna | 12 | ||
| à Arban | 12 | ||
| à Behesna | 9 | ||
| à el-Qaïsarïé | 120 | ||
| 216 | milles. | ||
Depuis l'an 1412, le gouvernement a cessé d'entretenir des relais de Behesna à Qaïsarïé.
L'auteur traite ensuite de la Syrie dans les sections XII et XIII, d'une manière étendue et intéressante, mais qu'il serait trop long de copier: il suffira de dire qu'il divise, avec les géographes musulmans, la Syrie en 5 contrées:
1º La Palestine, depuis el-Ariche jusqu'à Lajdoun, près le Qarmel.
2º Le Haurân, pays varié de plaines et de montagnes dont la capitale est Tabarié.
3º Le Goutâh (ou pays creux) dont les principales villes sont Damas, Tripoli, Safad, Balbek.
4º Le pays des Hems, où l'on ne voit ni scorpions ni serpents.
5º Le Kinesrin, qui a pour capitale Halab, et pour dépendances Antioche, Ama, Serbin, etc.
Dans l'administration de l'empire, la Syrie est divisée en 6 provinces qui tirent leurs noms de leurs capitales.
La première s'appelle province de Gaza, ville située en une plaine fertile. Le district de Karak, dit aussi Moab, en est détaché, et s'étend depuis Oula, dans l'Arabie pétrée, jusqu'au ruisseau Zizalé, qui tombe dans le Jourdain: c'est un espace de 20 journées de chameaux (à 6 lieues la journée). Le pays a beaucoup de villages; mais il y a disette d'eau sur les routes, et une grande quantité de défilés entre des rocs où un seul homme peut arrêter 100 cavaliers.—Karak est une des plus fortes citadelles connues; on ne l'a jamais prise de force.
La seconde est appelée province de Safad, et contient plus de 1,200 villages. La ville est située très-agréablement sur le lac Tabarié, et a une excellente forteresse. Sour (Tyr), qui en dépend, n'est qu'un hameau.
La troisième, dite province de Damas, est la plus riche en tout genre de productions et en villages. L'auteur en compte plus de dix-huit cents, et omet ceux de divers districts.
La quatrième, dite province de Tripoli, contient plus de 3000 villages: Hesn-el-akrad, château fort, forme sa limite à l'est.
La cinquième, dite province de Hama, est riche en villages et en châteaux forts: celui de Hama fut détruit par Tamerlan.
La sixième, dite province de Halab, est très-étendue et très-riche. Le château de Halab est fait de main d'homme, (il veut dire le monticule qui porte le château).
De Halab dépendent Antioche sur l'Oronte; Djabar sur l'Euphrate; Rahbé au sud de Djabar, sur la rive orientale du même fleuve; Sis en Arménie, peuplé de chrétiens; Tarsous au bord de la mer en face de Cypre; Biré sur l'Euphrate, où il y a un pont de bateaux et un très-grand nombre de châteaux et villes importantes que l'auteur décrit en détail. (En sorte qu'à cette époque l'on ne peut pas évaluer la Syrie à moins de 20,000 villes et villages: et en les supposant, l'un portant l'autre, contenir 300 têtes, ce serait 6,000,000 d'habitants; état bien différent de l'actuel, et je pense très-inférieur à l'ancien, du temps de Titus et de Vespasien.
(Je termine cette notice par quelques idées du vizir Châhin sur les principes de la souveraineté).
Chapitre II. Section Ire.—De la puissance souveraine. La puissance souveraine est un rayon de la divinité. C'est par un effet miraculeux du caractère sacré imprimé sur le front du despote (sultan, maître absolu), que le bon ordre subsiste, que la révolte et la licence sont châtiées, etc.
Le but du pouvoir suprême est la conservation des particuliers et l'accroissement du bien public par un gouvernement juste. Le sultan doit user avec sagesse du sabre que Dieu a remis en ses mains pour défendre l'empire, pour faire fleurir la religion, et faire observer les lois divines et humaines.
(Merèï, l'historien homme de loi ci-devant cité, répète souvent que les principes de la loi sont de faire la guerre aux infidèles.—Que dans les villes conquises l'on ne doit point leur permettre de bâtir ou réparer leurs temples.—Que même il faudrait les détruire sans exception).
En même temps que Dieu ordonne au sultan de travailler au bonheur des sujets, il ordonne aux sujets d'obéir aveuglément au sultan, d'exécuter ses ordres sans examen, parce qu'il est dépositaire de la loi de Dieu et du prophète.
Le prophète a reçu de Dieu l'empire universel du monde; sa puissance, quant aux lois et au sacerdoce, a été transmise à ses successeurs de main en main jusqu'à ce jour et à l'émir el-Moumenin, qui donne au sultan l'investiture du consentement des grands juges, des docteurs de la loi, des grands officiers de la couronne et des commandants de l'armée (ce qui modifie la grace de Dieu, presque comme en Europe).
Par cette sanction le souverain élu devient le maître du trésor de l'état, le généralissime des troupes, le gouverneur des places, l'administrateur de toutes les affaires de l'empire; et chacun doit placer sa gloire à lui obéir.
Section II. Des devoirs du despote.—(Ce chapitre est un vrai traité de morale chrétienne. Le sultan doit être pieux, pratiquer les actes de la religion devant le peuple; il doit repousser l'orgueil, la présomption, l'avarice, le mensonge; réprimer sa colère, avoir un maintien digne, silencieux, imposant; être patient, juste, et en un mot avoir les bonnes qualités d'esprit et de cœur qui, dans toute espèce de gouvernement composent l'art un de gouverner, quant à l'individu, mais non quant aux bases du contrat social.)
Section IV. Devoirs des sujets.—Les devoirs des sujets consistent dans le profond respect pour le sultan, dans l'exécution aveugle de ses ordres, le dévouement à son service, les bons conseils pour ses succès.
Le grand point du gouvernement est que chaque classe, chaque individu, se tiennent dans les bornes qui leur sont assignées.