77—page 151—Les Goths, délestés du clergé des Gaules...
«Cùm jam terror Francorum resonaret in his partibus, et omnes eos amore desiderabili cuperent regnare, sanctus Aprunculus, Lingonicæ civitatis episcopus, apud Burgundiones cœpit haberi suspectus. Cùmque odium de die in diem cresceret, jussum est ut clàm gladio feriretur. Quo ad eum, perlato nuntio, nocte a castro Divionensi... demissus, Arvernis advenit ibique... datus est episcopus.—Multi jam tunc ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Unde factum est, ut Quintianus Ruthenorum episcopus... ab urbe depelleretur. Dicebant enim ei: «quia desiderium tuum est, ut Francorum dominatio teneat terram hanc...» Orto inter eum et cives scandalo, Gotthos qui in hâc urbe morabantur, suspicio attigit, exprobrantibus civibus quod velit se Francorum ditionibus subjugare; consilioque accepta, cogitaverunt eum perfodere gladio. Quod cùm viro Dei nuntiatum fuisset, de nocte consurgens, ab urbe Ruthenâ egrediens, Arvernos advenit. Ibique à sancto Eufrasio episcopo... benigne susceptus est, decedente ab hoc mundo Apollinari, cùm hæc Theodorico regi nuntiata fuissent, jussit inibi sanctum Quintianum constitui... dicens: Hic ob nostri amoris zelum ab urbe suâ ejectus est.—Hujus tempore jam Chlodovechus regnabat in aliquibus urbibus in Galliis, et ob hanc causam hic pontifex suspectus habitus à Gotthis, quod se Francorum ditionibus subdere vellet, apud urbem Tholosam exilio condemnatus, in eo obliit... Septimus Turonum episcopus Volusianus... et octavus Verus... pro memoratæ causæ zelo suspectus habitus à Gotthis in exilium deductus vitam finivit.» Greg. Tur., lib. II, c. XXIII, XXVI; l. X, c. XXXI. V. aussi c. XXVI et Vit. Fartr. ap. Scr. Fr., t. III, p. 408.
78—page 152—... les Francs...
En 254, sous Gallien, les Francs avaient envahi la Gaule et percé à travers l'Espagne jusqu'en Mauritanie. (Zozime, l. I, p. 646. Aurel. Victor, c. XXXIII.) En 277, Probus les battit deux fois sur le Rhin et en établit un grand nombre sur les bords de la mer Noire. On sait le hardi voyage de ces pirates, qui partirent, ennuyés de leur exil, pour aller revoir leur Rhin, pillant sur la route les côtes de l'Asie, de la Grèce et de la Sicile, et vinrent aborder tranquillement dans la Frise ou la Batavie (Zozime, I, 666).—En 293, Constance transporta dans la Gaule une colonie franque.—En 358, Julien repoussa les Chamaves au delà du Rhin et soumit les Saliens, etc.—Clovis (ou mieux Hlodwig) battit Syagrius en 486.—Greg. Tur., l. II, c. IX: «Tradunt multi eosdem de Pannoniâ fuisse digressos, et primùm quidem litora Rheni amnis incoluisse: dehinc transacto Rheno, Thoringiam transmeasse.»
79—page 152—... les Francs dans les armées impériales...
Amm. Marcellin, l. XV, ad ann. 355... «Franci, quorum eâ tempestate in Palatio multitude florebat...»—Lorsque l'empereur Anastase envoya plus tard à Clovis les insignes du consulat, les titres romains étaient déjà familiers aux chefs des Francs.—Agathias dit, peu après, que les Francs sont les plus civilisés des barbares, et qu'ils ne diffèrent des Romains que par la langue et le costume.—Ce n'est pas à dire que ce costume fût dépourvu d'élégance. «Le jeune chef Sigismer, dit Sidonius Apollinaris, marchait précédé ou suivi de chevaux couverts de pierreries étincelantes; il marchait à pied, paré d'une soie de lait, brillant d'or, ardent de pourpre; avec ces trois couleurs s'accordaient sa chevelure, son teint et sa peau. Les chefs qui l'entouraient étaient chaussés de fourrures. Les jambes et les genoux étaient nus. Leurs casaques élevées, étroites, bigarrées de diverses couleurs, descendaient à peine aux jarrets, et les manches ne couvraient que le haut du bras. Leurs saies vertes étaient bordées d'une bande écarlate. L'épée, pendant de l'épaule à un long baudrier, ceignait leurs flancs couverts d'une rhénone. Leurs armes étaient encore une parure.» Sidon. Apollin., l. IV, Epist. XX, ap. Scr. Fr. I, 793.—«Dans le tombeau de Childéric Ier, découvert en 1653 à Tournai, on trouva autour de la figure du roi son nom écrit en lettres romaines, un globe de cristal, un stylet avec des tablettes, des médailles de plusieurs empereurs... Il n'y a rien dans tout cela de trop barbare.» Chateaubriand, Études historiques, III, 212.—Saint Jérôme (dans Frédégaire) croit les Francs, comme les Romains, descendants des Troyens, et rapporte leur origine à un Francion, fils de Priam. «De Francorum vero regibus, beatus Hieronimus, qui jam olim fuerant, scripsit quod prius... Priamum habuisse regem... cùm Troja caperetur... Europam media ex ipsis pars cum Francione eorum rege ingressa fuit... cum uxoribus et liberis Rheni ripam occuparunt... Vocati sunt Franci, multis post temporibus, cum ducibus externas dominationes semper negantes.» Fredeg., c. II.—On sait combien cette tradition a été vivement accueillie au moyen âge.
80—page 154—Ce n'est pas en qualité de chef national, etc...
Plusieurs critiques anglais et allemands pensent maintenant, comme l'abbé Dubos, que la royauté des Francs n'avait rien de germanique, mais qu'elle était une simple imitation des gouverneurs impériaux, præsides, etc. Voy. Palgrave, Upon the Commonwealth of the England, 1832, Ier vol.—En 406, les Francs avaient tenté vainement de défendre les frontières contre la grande invasion des barbares, et à plusieurs reprises ils avaient obtenu des terres comme soldats romains. Sismondi, I, 174.—Enfin, les Bénédictins disent dans leurs préface (Scr. r. Fr. I, LIII): «Il n'y a rien, ni dans l'histoire, ni dans les lois des Francs, dont on puisse inférer que les habitants des Gaules aient été dépouillés d'une partie de leurs terres pour former des terres saliques aux Francs.»
81—page 155—Les Francs s'unissaient sous le chef le plus brave...
Les passages suivants montrent à quel point ils étaient indépendants de leurs rois: «Si tu ne veux pas aller en Bourgogne avec tes frères, disent les Francs à Théodoric, nous te laisserons là et nous marcherons avec eux.» Greg. Tur., l. III, c. XI.—Ailleurs les Francs veulent marcher contre les Saxons qui demandent la paix.—«Ne vous obstinez pas à aller à cette guerre où vous vous perdrez, leur dit Clotaire Ier; si vous voulez y aller, je ne vous suivrai pas.» Mais alors les guerriers se jetèrent sur lui, mirent en pièces sa tente, l'en arrachèrent de force, l'accablèrent d'injures, et résolurent de le tuer s'il refusait de partir avec eux. Clotaire, voyant cela, alla avec eux, malgré lui.» Ibid., l. IV, c. XIV.—Le titre de roi était primitivement de nulle conséquence chez les barbares. Ennodius, évêque de Paris, dit d'une armée du grand Théodoric: Il y avait tant de rois dans cette armée, que leur nombre était au moins égal à celui des soldats qu'on pouvait nourrir avec les subsistances exigées des habitants du district où elle campait.»
82—page 155—Clovis embrassa le culte de la Gaule romaine...
Greg. Tur., l. II, c. XXXI.—Sigebert et Chilpéric n'épousent Brunehaut et Galswinthe qu'après leur avoir fait abjurer l'arianisme.—Chlotsinde, fille de Clotaire Ier; Ingundis, femme d'Ermengild; Berthe, femme du roi de Kent, convertirent leurs maris.
83—page 161—Clovis fit périr tous les petits rois des Francs...
Il envoya secrètement dire au fils du roi de Cologne, Sigebert-le-Boiteux: «Ton père vieillit et boite de son pied malade. S'il mourait, je te rendrais son royaume avec mon amitié...» Chlodéric envoya des assassins contre son père et le fit tuer, espérant obtenir son royaume... Et Clovis lui fit dire: «Je rends grâces à ta bonne volonté, et je te prie de montrer tes trésors à mes envoyés; après quoi tu les posséderas tous.» Chlodéric leur dit: «C'est dans ce coffre que mon père amassait ses pièces d'or.» Ils lui dirent: «Plonge ta main jusqu'au fond pour trouver tout.» Lui l'ayant fait et s'étant tout à fait baissé, un des envoyés leva sa hache et lui brisa le crâne.—Clovis, ayant appris la mort de Sigebert et de son fils, vint dans cette ville, convoqua le peuple, et dit: «Je ne suis nullement complice de ces choses, car je ne puis répandre le sang de mes parents; cela est défendu. Mais puisque tout cela est arrivé, je vous donnerai un conseil; voyez s'il peut vous plaire. Venez à moi, et mettez-vous sous ma protection.» Le peuple applaudit avec grand bruit de voix et de boucliers, l'éleva sur le pavois, et le prit pour roi.—Il marcha ensuite contre Chararic..., le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous les deux. Comme Chararic pleurait, son fils lui dit: «C'est sur une tige verte que ce feuillage a été coupé, il repoussera et reverdira bien vite. Plût à Dieu que pérît aussi vite celui qui a fait tout cela!» Ce mot vint aux oreilles de Clovis... Il leur fit à tous deux couper la tête. Eux morts, il acquit leur royaume, et leurs trésors, et leur peuple.—Ragnacaire était alors roi à Cambrai... Clovis, ayant fait faire des bracelets et des baudriers de faux or (car ce n'était que du cuivre doré), les donna aux leudes de Ragnacaire pour les exciter contre lui... Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec son fils Richaire... Clovis lui dit: «Pourquoi as-tu fait honte à notre famille en te laissant enchaîner? Mieux valait mourir.» Et levant sa hache, il la lui planta dans la tête. Puis se tournant vers Richaire, il lui dit: «Si tu avais secouru ton père, il n'eût pas été enchaîné.» Et il le tua de même d'un coup de hache.—Rignomer fut tué par son ordre dans la ville du Mans... Ayant tué de même beaucoup d'autres rois et ses plus proches parents, il étendit son royaume sur toutes les Gaules. Enfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla ainsi de ses parents qu'il avait lui-même fait périr: «Malheureux que je suis, resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n'ai plus de parents pour me secourir si l'adversité venait!» Mais ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort; il ne parlait ainsi que par ruse et pour découvrir s'il avait encore quelque parent, afin de le tuer.» Greg. Tur., l. II, XLII.
84—page 168—Le climat fit justice de ces barbares...
L'expédition de Theudebert ne fut pas la dernière des Francs en Italie. En 584, le roi Childebert alla en Italie; ce qu'apprenant les Lombards, et craignant d'être défaits par son armée, ils se soumirent à sa domination, lui firent beaucoup de présents, et promirent de lui demeurer fidèles et soumis. Le roi, ayant obtenu d'eux ce qu'il désirait, retourna dans les Gaules, et ordonna de mettre en mouvement une armée qu'il fit marcher en Espagne. Cependant il s'arrêta. L'empereur Maurice lui avait donné, l'année précédente, cinquante mille sols d'or pour chasser les Lombards de l'Italie. Ayant appris qu'il avait fait la paix avec eux, il redemanda son argent; mais le roi, se confiant en ses forces, ne voulut pas seulement lui répondre là-dessus.» Greg. Tur., l. VI, c. XLII.
85—page 169—Les Saxons se tourneront vers l'Océan...
Sidon. Apollin., l. VIII, Epist. IX: «Istic (à Bordeaux) Saxona cærulum videmus assuetum antè salo, solum timere. «Carmen VIII:
Quin et Armoricus piratam Saxona tractus
Sporabat, cui pelle salum sulcare Britannum
Ludus, et assuto glaucum mare findere lembo.
86—page 169—Les successeurs de Clovis s'abandonnent aux conseils des Romains...
Clovis lui-même choisit des Romains pour les envoyer en ambassade, Aurelianus en 481, Paternus en 507 (Greg. Tur. Epist., c. XVIII, XXV). On rencontre une foule de noms romains autour de tous les rois germains: un Aridius est le conseiller assidu de Gondebaud (Greg. Tur., l. II, c. XXXII).—Arcadius, sénateur arverne, appelle Childebert Ier dans l'Auvergne et s'entremet pour le meurtre des enfants de Clodomir (Id., l. III, c. IX, XVIII).—Asteriolus et Secundinus, «tous deux sages et habiles dans les lettres et la rhétorique,» avaient beaucoup de crédit (en 547) auprès de Theudebert (Ibid., c. XXXIII).—Un ambassadeur de Gontran se nomme Félix (Greg. Tur., l. VIII, c. XIII); son référendaire, Flavius (l. V, c. XLVI). Il envoie un Claudius pour tuer Eberulf dans Saint-Martin de Tours (l. VII, c. XXIX).—Un autre Claudius est chancelier de Childebert II (Greg. de Mirac. S. Martini, l. IV).—Un domestique de Brunehaut se nomme Flavius (Greg. Tur., l. IX, c. XIX). À son favori Protadius succède «le Romain Claudius, fort lettré et agréable conteur» (Fredegar., c. XXVIII). Dagobert a pour ambassadeurs Servatus et Paternus, pour généraux Abundantius et Venerandus, etc. (Gesta Dagoberti, passim)... etc., etc.—Sans doute plus d'un roi mérovingien perdit dans ce contact avec les vaincus la rudesse barbare, et voulut apprendre avec ses favoris l'élégance latine: Fortunat écrit à Charibert:
Floret in eloquio lingua latina tuo.
Qualis es in proprià docto sermone loquelà
Qui nos Romano vincis in eloquio?
—«Sigebertus erat elegans et versutus.»—Sur Chilpéric, V. plus bas.—Les Francs semblent avoir eu de bonne heure la perfidie byzantine: «Franci mendaces, sed hospitales (sociables?).» Salvian., l. VII, p. 169. «Si pejeret Francus, quid novi faceret; qui perjurium ipsum sermonis genus esse putat, non criminis.» Salvian., l. IV, c. XIV.—«Franci, quibus familiare est ridendo fidem frangere.» Flav. Vopiscus in Proculo.
87—page 171—Le Romain Mummole bat les Saxons...
Lorsque les Saxons rentrèrent dans leur pays, ils trouvèrent la place prise: «Au temps du passage d'Alboin en Italie, Clotaire et Sigebert avaient placé, dans le lieu qu'il quittait, des Suèves et d'autres nations; ceux qui avaient accompagné Alboin, étant revenus du temps de Sigebert, s'élevèrent contre eux et voulurent les chasser et les faire disparaître du pays; mais eux leur offrirent la troisième partie des terres, disant: «Nous pouvons vivre ensemble sans nous combattre.» Les autres, irrités parce qu'ils avaient auparavant possédé ce pays, ne voulaient aucunement entendre à la paix. Les Suèves leur offrirent alors la moitié des terres, puis les deux tiers, ne gardant pour eux que la troisième partie. Les autres le refusant, les Suèves leur offrirent toutes les terres et tous les troupeaux, pourvu seulement qu'il renonçassent à combattre; mais ils n'y consentirent pas, et demandèrent le combat. Avant de le livrer, ils traitèrent entre eux du partage des femmes des Suèves, et de celle qu'aurait chacun après la défaite de leurs ennemis qu'ils regardaient déjà comme morts; mais la miséricorde de Dieu, qui agit selon sa justice, les obligea de tourner ailleurs leurs pensées; le combat ayant été livré, sur vingt-six mille Saxons, vingt mille furent tués, et des Suèves, qui étaient six mille quatre cents, quatre-vingts seulement furent abattus, et les autres obtinrent la victoire. Ceux des Saxons qui étaient demeurés après la défaite jurèrent, avec des imprécations, de ne se couper ni la barbe ni les cheveux jusqu'à ce qu'ils se fussent vengés de leurs ennemis; mais ayant recommencé le combat, ils éprouvèrent encore une plus grande défaite, et ce fut ainsi que la guerre cessa.» Greg. Tur., l. V, c. XV. V. aussi Paul Diacre, De Gestis Langobardorum, ap. Muratori, I.
88—page 173—Frédégonde, entourée de superstitions païennes...
Une affranchie, possédée de l'esprit de Python, riche, vêtue d'habits magnifiques, se réfugie auprès de Frédégonde. (Greg. Tur., l. VII, CXLIV.)—Claudius promet à Frédégonde et à Gontran de tuer Eberulf, meurtrier de Chilpéric, dans la basilique de Tours: «Et cùm iter ageret, ut consuetudo est barbarorum, auspicia intendere cœpit. Simulque interrogare multos si virtus beati Martini de præsenti manifestaretur in perfidis.» C. XXIX.
Le paganisme est encore très fort à cette époque. Dans un concile où assistèrent Sonnat, évêque de Reims, et quarante évêques, on décide «que ceux qui suivent les augures et autres cérémonies païennes, ou qui font des repas superstitieux avec des païens, soient d'abord doucement admonestés et avertis de quitter leurs anciennes erreurs; que s'ils négligent de le faire, et se mêlent aux idolâtres et à tous ceux qui sacrifient aux idoles, ils soient soumis à une pénitence proportionnée à leur faute.» Flodoard, l. II, c. V.—Dans Grégoire de Tours (l. VIII, c. XV), saint Wulfilaïc, ermite de Trèves, raconte comment il a renversé (en 585) la Diane du lieu et les autres idoles.—Les conciles de Latran, en 402, d'Arles, en 452, défendent le culte des pierres, des arbres et des fontaines. On lit dans les canons du concile de Nantes, en 658: «Summo decertare debent studio episcopi et eorum ministri, ut arbores dæmonibus consecratæ quas vulgus colit, et in tantâ veneratione habet ut nec ramum nec surculum indè audeat amputare, radicitus excindantur atque comburantur. Lapides quoque quos in ruinosis locis et silvestribus dæmonum ludificationibus decepti venerantur, ubi et vota vovent et deferunt, funditus effodiantur, atque in tali loco projiciantur, ubi nunquàm a cultoribus suis inveniri possint. Omnibusque interdicatur ut nullus candelam vel aliquod munus alibi deferat nisi ad ecclesiam Domino Deo suo...» Sirmund., t. III, Conc. Galliæ. V. aussi le vingt-deuxième canon du Concile de Tours, en 567, et les Capitulaires de Charlemagne, ann. 769.
89—page 176—Chilpéric faisait des vers en langue latine...
Greg. Tur., liv. VII, CXLV.—«Sed versiculi illi, dit Grégoire de Tours, nulli penitus metricæ conveniunt rationi.» Liv. V, c. XLV.—Cependant la tradition lui attribue l'épitaphe suivante sur Saint-Germain-des-Prés:
Ecclesiæ speculum, patriæ vigor, ara reorum,
Et pater, et medicus, pastor amorque gregis,
Germanus virtute, fide, corde, ore beatus,
Carne tenet tumulum, mentis honore polum.
Vir cui dura nihil nocuerunt fata sepulcri:
Vivit enim, nam mors quem tulit ipsa timet.
Crevit adhùc potiùs justus post funera; nam qui
Fictile vas fuerat, gemma superna micat.
Hujus opem et meritum mutis data verba loquuntur,
Redditus et cæcis prædicat ore dies.
Nunc vir apostolicus, rapiens de carne trophæum,
Jure triumphali considet arce throni.
(Apud Aimoin., l. III, c. x.)
Il ajouta des lettres à l'alphabet... «et misit epistolas in universas civitates regni sui, ut sic pueri docerentur, ac libri antiquitus scripti, planatipumice rescriberentur.» Greg. Tur., l. V, XLV.
90—page 176—... combien il ménageait l'Église...
Voy. dans Grég. de Tours (l. VI, c. XXII) sa clémence envers un évêque qui avait dit, entre autres injures, qu'en passant du royaume de Gontran dans celui de Chilpéric, il passait de paradis en enfer.—Cependant, ailleurs il se plaint amèrement des évêques (ibid., l. VI, c. XLVI): «Nullum plus odio habens quàm ecclesias: aiebat enim plerùmque: Ecce pauper remansit fiscus noster, ecce divitiæ nostræ ad ecclesias sunt translatæ; nulli penitus, ni soli episcopi regnant: periit honor noster, et transiit ad episcopos civitatum.»
91—page 186—Les grands du Midi accueillirent Gondovald...
«Comme Gondovald cherchait de tous côtés des secours, quelqu'un lui raconta qu'un certain roi d'Orient, ayant enlevé le pouce du martyr saint Serge, l'avait implanté dans son bras droit, et que lorsqu'il était dans la nécessité de repousser ses ennemis, il lui suffisait d'élever le bras avec confiance; l'armée ennemie, comme accablée de la puissance du martyr, se mettait en déroute. Gondovald s'informa avec empressement s'il y avait quelqu'un en cet endroit qui eût été jugé digne de recevoir quelques reliques de saint Serge. L'évêque Bertrand lui désigna un certain négociant nommé Euphron, qu'il haïssait, parce qu'avide de ses biens, il l'avait fait raser autrefois, malgré lui, pour le faire clerc, mais Euphron passa dans une autre ville et revint lorsque ses cheveux eurent repoussé. L'évêque dit donc: «Il y a ici un certain Syrien nommé Euphron, qui, ayant transformé sa maison en une église, y a placé les reliques de ce saint; et, par le pouvoir du martyr, il a vu s'opérer plusieurs miracles, car, dans le temps que la ville de Bordeaux était en proie à un violent incendie, cette maison, entourée de flammes, en fut préservée.» Aussitôt Mummole courut promptement avec l'évêque Bertrand à la maison du Syrien, y pénétra de force, et lui ordonna de montrer les saintes reliques. Euphron s'y refusa; mais, pensant qu'on lui tendait des embûches par méchanceté, il dit: «Ne tourmente pas un vieillard et ne commets pas d'outrages envers un saint; mais reçois ces cent pièces d'or et retire-toi.» Mummole insistant, Euphron lui offrit deux cents pièces d'or; mais il n'obtint point à ce prix qu'ils se retirassent sans avoir vu les reliques. Alors Mummole fit dresser une échelle contre la muraille (les reliques étaient cachées dans une châsse au haut de la muraille, contre l'autel), et ordonna au diacre d'y monter. Celui-ci, étant donc monté au moyen de l'échelle, fut saisi d'un tel tremblement lorsqu'il prit la châsse, qu'on crut qu'il ne pourrait descendre vivant. Cependant, ayant pris la châsse attachée à la muraille, il l'emporta. Mummole, l'ayant examinée, y trouva l'os du doigt du saint, et ne craignit pas de le frapper d'un couteau. Il avait placé un couteau sur la relique et frappait dessus avec un autre. Après bien des coups qui eurent grand'peine à le briser, l'os, coupé en trois parties, disparut soudainement. La chose ne fut pas agréable au martyr, comme la suite le montra bien.»—Ces Romains du Midi respectaient les choses saintes et les prêtres bien moins que les hommes du Nord. On voit un peu plus loin qu'un évêque ayant insulté le prétendant à table, les ducs Mummole et Didier l'accablèrent de coups.—Greg. Tur., l. VII, ap. Scr. Rer. Fr., t. II, p. 302.
92—page 197—Dagobert, le Salomon des Francs...
Fredegar., c. LX: «Luxuriæ suprà modum deditus, tres habebat, ad instar Salomonis, reginas, maximè et plurimas concubinas... Nomina concubinarum, eò quod plures fuissent, increvit huic chronicæ inseri.»
93—page 198—Les Saxons défaits par les Francs, etc...
Gesta Dagob., c. I. ap. Scr. Rer. Fr., II, 580. «Clotharius tum præcipue illud memorabile suæ potentiæ posteris reliquit indicium, quod rebellantibus adversus se Saxonibus, ita eos armis perdomuit, ut omnes virilis sexus ejusdem terræ incolas, qui gladii, quem tùm forte gerebat, longitudinem excesserint, peremerit.»
94—page 198—... le Franc Samo...
Fredegar., c. XLVIII. «Homo quidam, nomine Samo, natione Francus, de pago Sennonago, plures secum negotiantes adscivit; ad exercendum negotium in Sclavos, cognomento Winidos, perrexit. Sclavi jàm contra Avaros, cognomento Chunos... cœperant bellare... Cùm Chuni in exercitu contra gentem quamlibet adgrediebant, Chuni pro castris adunato illorum exercitu stabant; Winidi vero pugnabant, etc... Chuni ad hyemandum annis singulis in Sclavos veniebant; uxores Sclavorum et filias eorum stratu sumebant... Winidi, cernentes utilitatem Samonis, eum super se eligunt regem. Duodecim uxores ex genere Winidorum habebat.»
95—page 198—Les Avares défaits par une perfidie...
Fredegar., c. LXXII: «Cùm dispersi per domos Bajoariorum ad hyemandum fuissent, consilio Francorum Dagobertus Bajoariis jubet ut Bulgaros illos cum uxoribus et liberis unusquisque in domo suâ in unâ nocte Bajoarii interficerent: quod protinùs a Bajoariis est impletum.»
96—page 199—... des chorévêques...
Τοῦ χώρου ἐπίσχοποι,—Dans les Capitulaires de Charlemagne, on les nomme: «Episcopi villani;»—Hincmar, opusc. 33, c. XVI: vicani.—Canones Arabici Nicænæ Synodi: «Chorepiscopus est loco episcopi, super villas et monasteria, et sacerdotes villarum.»—Voy. le Glossaire de Ducange, t. II.
97—page 199—Les évêques du Midi, trop civilisés...
Saint Domnole, aimé de Clotaire pour avoir souvent caché ses espions du vivant de Childebert, allait en récompense être élevé au siège d'Avignon. Mais il supplie le roi «ne permitteret simplicitatem illius inter senatores sophisticos ac judices philosophicos fatigari». Clotaire le fit évêque du Mans. Greg. Turon., l. VI, c. IX.
98—page 207—«Les Irlandais sont meilleurs astronomes, etc...»
Dans l'île d'Anglesey, il y a deux places appelées encore le Cercle de l'Astronome, Cærrig-Bruydn, et la Cité des Astronomes, Cær-Edris. Rowland, Mona antiqua, p. 84. Low, Hist. of Scotl., p. 277.
99—page 207—En Irlande on baptisait avec du lait...
Carpentier, Suppl. au Gloss. de Ducange: In Hyberniâ lac adhibitum fuisse ad baptizandos divitum filios, qui domi baptizabantur, testis est Bened, abbas Petroburg.» T. I, p. 30. (On plongeait trois fois les enfants dans de l'eau, ou dans du lait si les parents étaient riches; le Concile de Cashel (1171) ordonna de baptiser à l'église.)—Ex Concil. Neocesariensi, in vet. Pœnitentiali, discimus infantem posse baptizari inclusum in utero materno, cujus hæc sunt verba: «Prægnans mulier baptizetur, et postea infans.»—On voyait souvent en Irlande des évêques mariés. O'Halloran, t. III.—Au neuvième siècle, les Bretons se rapprochaient par la liturgie et la discipline de l'Église bretonne anglaise. Louis-le-Débonnaire, remarquant que les religieux de l'abbaye de Landévenec portaient la tonsure dans la forme usitée chez les Bretons insulaires, leur ordonna de se conformer en cela, comme en tout, aux décisions de l'Église de Rome. D. Lobineau, preuves II, 26.—D. Morice, preuves I, 228.
100—page 210—Saint Colomban dans les Vosges, etc...
Nous avons son éloquente réponse à un concile assemblé contre lui.—Biblioth. max. Patrum, III, Epist. 2, ad Patres cujusdam gallicanæ super quæstiones paschæ congregatæ: «Unum deposco a vestrâ sanctitate ut... quia hujus diversitatis author non sim, ac pro Christo salvatore, communi Domino ac Deo, in has terras peregrinus processerim, deprecor vos per communem Dominum qui judicaturum... ut mihi liceat cum vestrâ pace et charitate in his sylvis silere et vivere juxtà ossa nostrorum fratrum decem et septem defunctorum, sicut usque nunc licuit nobis inter vos vixisse duodecim annis... Capiat nos simul, oro, Gallia, quos capiet regnum cœlorum, si boni simus meriti. Confiteor conscientiæ meæ secreta, quod plus credo traditioni patriæ meæ...»
101—page 213—La règle de saint Colomban...
Bibl. max. PP., XII, p. 2. La base de la discipline est l'obéissance absolue, jusqu'à la mort. «Obedientia usque ad quem modum definitur? Usque ad mortem certe, quia Christus usque ad mortem obedivit Patri pro nobis.»—Quelle est la mesure de la prière?: «Est vera orandi traditio, ut possibilitas ad hoc destinati sine fastidio voti prævaleat.» Celui qui perd l'hostie aura pour punition un an de pénitence.—Qui la laisse manger aux vers, six mois.—Qui laisse le pain consacré devenir rouge, vingt jours.—Qui le jette dans l'eau par mépris, quarante jours.—Qui le vomit par faiblesse d'estomac, vingt jours;—par maladie, dix jours.—Six coups, douze coups, douze psaumes à réciter, etc., pour celui qui n'aura pas répondu amen au bénédicité, qui aura parlé en mangeant, qui n'aura pas fait le signe de la croix sur sa cuiller (qui non signaverit cochlear quo lambit), ou sur la lanterne allumée par un plus jeune frère.—Cent coups à celui qui fait un ouvrage à part.—Dix coups à celui qui a frappé la table de son couteau ou qui a répandu de la bière.—Cinquante à celui qui ne s'est pas courbé pour prier, qui n'a pas bien chanté, qui a toussé en entonnant les psaumes, qui a souri pendant l'oraison, ou qui s'amuse à conter des histoires.—Celui qui raconte un péché déjà expié sera mis au pain et à l'eau pour un jour (pour que l'on ne réveille pas en soi les tentations passées?).—«Si quis monachus dormierit in unâ domo cum muliere, duos dies in pane et aquâ; si nescivit quod non debet, unum diem.—Castitas vera monachi in cogitationibus judicatur... et quid prodest virgo corpore, si non sit virgo mente?»
102—page 213—Saint Gall resta en Suisse...
Pour se dispenser de suivre Colomban en Italie, saint Gall prétendait avoir la fièvre... «Ille vero existimans eum pro laboribus ibi consummandis amore loci detentum, viæ longioris detrectare laborem, dicit ei: Scio, frater, jam tibi onerosum esse tantis pro me laboribus fatigari; tamen hoc discessurus denuntio, ne, vivente me in corpore, missam celebrare præsumas.»—Un ours vint servir saint Gall dans sa solitude, et lui apporter du bois pour entretenir son feu. Saint Gall lui donna un pain: «Hoc pacto montes et colles circumpositos habeto communes.» Poétique symbole de l'alliance de l'homme et de la nature vivante dans la solitude.
103—page 216—Le maire du palais choisi par le roi...
«In infantiâ Sigiberti omnes Austrasii, cùm eligerent Chrodinum majorem domûs... Ille respuens... Tunc Gogonem eligunt.» Greg. Tur., Epitom., c. LVIII.—Ann. 628. «Defuncto Gundoaldo..., Dagobertus rex Erconaldum, virum illustrem, in majorem domûs statuit...»—656. «Defuncto Erconaldo..., Franci, in incertum vacillantes, præfinito consilio Ebruino hujus honoris altitudine majorem domo in aulâ regis statuunt» (Dagobert était mort et ils avaient élu pour roi Clotaire III). Gesta Reg. Fr., c. XXLII, XLV.—626. «Clotarius II... cum proceribus et leudis Burgundiæ Trecassis conjungitur, cùm eos sollicitâsset, si vellent mortuo jàm Warnachario, alium in ejus honoris gradum sublimare. Sed omnes, unanimiter denegantes, se nequaquàm velle majorem domus eligere, regisgratiam obnixe petentes cum rege transigere...» Fredegar., c. LIV, ap. Scr. Fr., II, 435.—641. «Flaochatus, genere Francus, Major domûs in regnum Burgundiæ, electione pontificum et cunctorum ducum, à Nantichilde reginâ in hunc gradum honoris nobiliter stabilitur.» Id. c. LXXXIX, ibid. 447.—M. Pertz, dans son ouvrage intitulé: «Geschichte der Merowingischen Hausmeier (1819),» a réuni tous les noms par lesquels on désignait les maires du palais:—Major domûs regiæ, domûs regalis, domûs palatii, domûs in palatio, palatii, in aulâ.—Senior domûs.—Princeps domûs.—Princeps palatii.—Præpositus palatii.—Præfectus domûs regiæ.—Præfectus palatii.—Præfectus aulæ.—Rector palatii.—Nutritor et bajulus regis? (Fredeg. c. LXXXVI.)—Rector aulæ, imo totius regni.—Gubernator palatii.—Moderator palatii.—Dux palatii, Custos palatii et Tutor regni.—Subregulus.—Ainsi le maire devient presque le roi, et réciproquement gouverner le royaume s'exprima par gouverner le palais. «Bathilda regina, quæ cum Chlotario, filio Francorum, regebat palatium.»
104—page 221—Frédégaire exprime cet affaissement...
Fredegarius, ap. Scr. Rer. Fr. II, 414: «Optaveram et ego ut mihi succumberet talis dicendi facundia, ut vel paululum esset ad instar. Sed rarius hauritur, ubi non est perennitas aquæ. Mundus jàm senescit, ideoque prudentiæ acumen in nobis tepescit, nec quisquam potest hujus temporis, nec præsumit oratoribus præcedentibus esse consimilis.»
105—page 223—Arnulf né d'un père aquitain et d'une mère suève...
Acta SS. ord. S. Ben., sæc. II.—Dans une Vie de saint Arnoul, par un certain Umno, qui prétend écrire par ordre de Charlemagne, il est dit: «Carolus... cui fuerat trivatus Arnolfus.—... regem Chlotarium, cujus filiam, Bhlithildem nomine, Ansbertus, vir aquitanicus præpotens divitiis et genere, in matrimonium accepit, de quâ Burtgisum genuit, patrem B. hujus Arnulfi.»—Et plus loin: «Natus est B. Arnulfus aquitanico patre, sueviâ matre in castro Lacensi (à Lay, diocèse de Tulle), in comitatu Calvimontensi.»
106—page 223—... la famille des Ferroli...
V. Lefebvre, Disquisit., et Valois, Rerum. Fr. lib. VIII et XVII. On trouve dans l'ancienne vie de saint Ferréol: «Sanctus Ferreolus, natione Narbonensis a nobilissimis parentibus originem duxit; hujus genitor Anspertus, ex magno senatorum genere prosapiam nobilitatis deducens, accepit Chlotarii, regis Francorum, filiam, vocabulo Blitil.»—Le moine Ægidius, dans ses additions à l'histoire des évêques d'Utrecht, composée par l'abbé Harigère, dit que Bodegisile ou Boggis, fils d'Anspert, possédait cinq duchés en Aquitaine. D'après cette généalogie, les guerres de Charles-Martel et Eudes, de Pepin et d'Hunald, auraient été des guerres de parents.
107—page 223—...des mariages des familles ostrasiennes et aquitaines...
V. l'importante charte de 845 (Hist. du Lang., I, preuves, p. 85, et notes, p. 688. L'authenticité en a été contestée par M. Rabanis). Les ducs d'Aquitaine Boggis et Bertrand épousèrent les Ostrasiennes Ode et Bhigberte. Eudes, fils de Boggis, épousa l'Ostrasienne Waltrude. Ces mariages donnèrent occasion à saint Hubert, frère d'Eudes, de s'établir en Ostrasie, sous la protection de Pepin, et d'y fonder l'évêché de Liège.
108—page 224—Cette maison épiscopale de Metz...
La maison Carlovingienne donne trois évêques de Metz en un siècle et demi, Arnulf, Chrodulf et Drogon. Les évêques étant souvent mariés avant d'entrer dans les ordres, transmettaient sans peine leur siège à leurs fils ou petits-fils. Ainsi les Apollinaires prétendaient héréditairement à l'évêché de Clermont. Grégoire de Tours dit au sujet d'un homme qui voulait le supplanter: «Il ne savait pas, le misérable, qu'excepté cinq, tous les évêques qui avaient occupé le siège de Tours étaient alliés de parenté à notre famille.» (L. V, c. L, ap. Scr. Fr. II, 264.)
109—page 226—Charles-Martel, physionomie très peu chrétienne...
À en croire quelques auteurs, la France, à cette époque, eût pensé devenir païenne.—Bonifac., Epist. 32, ann. 742: «Franci enim, ut seniores dicunt, plus quàm per tempus LXXX annorum synodum non fecerunt, nec archiepiscopum habuerunt, nec Ecclesiæ canonica jura alicubi fundabant vel renovabant.»—Hincmar., epist. 6, c. XIX. «Tempore Caroli principis... in Germanicis et Belgicis ac Gallicanis provinciis omnis religio Christianitatis pene fuit abolita, ita ut... multi jàm in orientalibus regionibus idola adorarent, et sine baptismo manerent.»
110—page 227—Ce choc de deux races... immense massacre...
Selon Paul Diacre (l. VI) les Sarrasins perdirent trois cent soixante-quinze mille hommes.—Isidore de Béja a raconté cette guerre vingt-deux ans après la bataille, dans un latin barbare. Une partie de son récit est en rimes, ou plutôt en assonances. (On retrouve l'assonance dans la chanson des habitants de Modène, composée vers 924):
Abdirraman multitudine repletam
Sui exercitûs prospiciens terram,
Montana Vaccorum disecans,
Et fretosa el plana percalcans,
Trans Francorum intus experditat
...........
(Isidor. Pacensis, ap. Scr. Rer. Fr. II, 721.)
111.—page 228—... Charles-Martel distribuait les dépouilles des évêques...
Chronic. Virdun., ap. Scr. Fr., III, 364. «Tantâ enim profusione thesaurus totius ærarii publici dilapidatus est, tanta dedit militibus, quos soldarios vocari mos obtinuit (soldarii, soldurii? on a vu que les dévoués de l'Aquitaine s'appelaient ainsi)..., ut non ei suffecerit thesaurus regni, non deprædatio urbium... non exspoliatio ecclesiarum et monasteriorum, non tributa provinciarum. Ausus est etiam, ubi hæc defecerunt, terras ecclesiarum diripere, et eas commilitonibus illis tradere, etc..»—Flodoard, l. II, c. XII: Quand Charles-Martel eut défait ses ennemis, il chassa de son siège le pieux Rigobert, son parrain, qui l'avait tenu sur les saints fonts de baptême, et donna l'évêché de Reims à un nommé Milon, simple tonsuré qui l'avait suivi à la guerre. Ce Charles-Martel, né du concubinage d'une esclave, comme on le lit dans les Annales des rois Francs, plus audacieux que tous les rois ses prédécesseurs, donna non seulement l'évêché de Reims, mais encore beaucoup d'autres du royaume de France, à des laïques et à des comtes; en sorte qu'il ôta tout pouvoir aux évêques sur les biens et les affaires de l'Église. Mais tous les maux qu'il avait faits à ce saint personnage et aux autres Églises de Jésus-Christ, par un juste jugement, le Seigneur les fit retomber sur sa tête; car on lit dans les écrits des Pères que saint Euchère, jadis évêque d'Orléans, dont le corps est déposé au monastère de Saint-Trudon, s'étant mis un jour en prière, et absorbé dans la méditation des choses célestes, fut ravi dans l'autre vie; et là, par révélation du Seigneur, vit Charles tourmenté au plus bas des enfers. Comme il en demandait la cause à l'ange qui le conduisait, celui-ci répondit que, par la sentence des saints qui, au futur jugement, tiendront la balance avec le Seigneur, il était condamné aux peines éternelles pour avoir envahi leurs biens. De retour en ce monde, saint Euchère s'empressa de raconter ce qu'il avait vu à saint Boniface, que le saint-siège avait délégué en France pour y rétablir la discipline canonique; et à Fulrad, abbé de Saint-Denis et premier chapelain du roi Pepin, leur donnant pour preuve de la vérité de ce qu'il rapportait sur Charles-Martel, que, s'ils allaient à son tombeau, ils n'y trouveraient point son corps. En effet, ceux-ci étant allés au lieu de la sépulture de Charles, et ayant ouvert son tombeau, il en sortit un serpent, et le tombeau fut trouvé vide et noirci comme si le feu y avait pris.»