72—page 196—Le nom de Francs devint le nom commun des Occidentaux...
Guibert, 1. II, c. I: «L'année dernière je m'entretenais avec un archidiacre de Mayence au sujet de la rébellion des siens, et je l'entendais vilipender notre roi et le peuple, uniquement parce que le roi avait bien accueilli et bien traité partout le seigneur pape Pascal, ainsi que ses princes: il se moquait des Français à cette occasion, jusqu'à les appeler par dérision Francons. Je lui dis alors: «Si vous tenez les Français pour tellement faibles ou lâches que vous croyiez pouvoir insulter par vos plaisanteries à un nom dont la célébrité s'est étendue jusqu'à la mer indienne, dites-moi donc à qui le pape Urbain s'adressa pour demander du secours contre les Turcs? N'est-ce pas aux Français?»—Id., l. IV, c. III: «Nos princes, ayant tenu conseil, résolurent alors de construire un fort sur le sommet d'une montagne qu'ils avaient appelée Malreguard, pour s'en faire un nouveau point de défense contre les agressions des Turcs.» La langue française dominait donc dans l'armée des croisés. Voyez aussi les suites de la quatrième croisade.
Le roi de France n'en était pas moins appelé par les Grecs: ὁ βασιλεὺς τῶν βασιλέων, χαὶ ἀρχηγὸς τοῦ Φραγγιχοῦ στρατοῦ.
Mathieu Paris (ad ann. 1254) et Froissart (t. IV, p. 207) donnent au roi de France le titre de Rex regum, et de chef de tous les rois chrétiens.—Les Turcs eux-mêmes voulurent descendre des Francs: «Dicunt se esse de Francorum generatione, et quia nullus homo naturaliter debet esse miles nisi Turci et Franci.» Gesta Francorum, ap. Bongars, p. 7.
73—page 198—Godefroi languit et mourut...
Guibert. Nov., l. VII, 22: «Un prince d'une tribu voisine de Gentils lui envoya des présents infectés d'un poison mortel. Godefroi s'en servit sans défiance, tomba tout à coup malade, s'alita, et mourut bientôt après. Selon d'autres, il mourut de mort naturelle.»
74—page 198—Le langage des contemporains avant la croisade...
Raym. d'Agiles, ap. Bongars, p. 149: «Jocundum spectaculum tandem post multa tempora nobis factum... Accidit ibi quoddam satis nobis jocundum atque delectabile.»—Il raconte encore que le comte de Toulouse fît un jour arracher les yeux, couper les pieds, les mains et le nez à ses prisonniers, et il ajoute: «Quanta ibi fortitudine et consilio comes claruerit non facile referendum est.»
75—page 200—Les chrétiens de la croisade ont essayé de valoir mieux qu'eux-mêmes...
Guib. Nov., l. IV, c. XV: «Unde fiebat, ut nec mentio scorti, nec nomen prostibuli toleraretur haberi: præsertim cum pro hoc ipso scelere, gladiis Deo judice vererentur addici. Quod si gravidam inveniri constitisset aliquam earum mulierum quæ probabantur carere maritis, atrocibus tradebatur cum suo lenone suppliciis.»—«Les mœurs sensuelles des Turcs contrastaient avec cette chasteté chrétienne. Après la grande bataille d'Antioche, on trouva dans les champs et les bois des enfants nouveau-nés dont les femmes turques étaient accouchées pendant le cours de l'expédition.» Guibert, l. V.
76—page 201—Avant l'an 1000 les paysans de la Normandie s'étaient ameutés...
Will. Gemetic, l. V, ap. Scr. fr. X, 185: «Rustici unanimes per diversos totius normannicæ patriæ plurima agentes conventicula, juxta suos libitus vivere decernebant; quatenus tam in silvarum compendiis quam in aquarum commerciis, nullo obsistente ante statuti juris obice, legibus uterentur suis... Truncatis manibus ac pedibus, inutiles suis remisit... His rustici expertis, festinato concionibus omissis, ad sua aratra sunt reversi.»
77—page 203—Ils se dirent avec le poète du douzième siècle...
Rob. Wace, Roman de Rou, vers 5979-6038:
Li païsan e li vilain
Cil del boscage et cil del plain,
Ne sai par kel entichement,
Ne ki les meu primierement;
Par vinz, par trentaines, par cenz
Unt tenuz plusurs parlemenz...
Privéement ont porparlè
E plusurs l'ont entre els juré
Ke jamez, par lur volonté,
N'arunt seingnur ne avoé.
Seingnur ne lur font se mal nun;
Ne poent aveir od els raisun,
Ne lur gaainz, ne lur laburs;
Cheseun jur vunt a grant dolurs...
Tute jur sunt lur bestes prises
Pur aïes e pur servises...
«Pur kei nus laissum damagier!
Metum nus fors de lor dangier;
Nus sumes homes cum il sunt,
Tex membres avum cum il unt,
Et altresi grans cors avum,
Et altretant sofrir poum.
Ne nus faut fors cuer sulement;
Alium nus par serement,
Nos aveir e nus defendum,
E tuit ensemble nus tenum.
Es nus voilent guerreier,
Bien avum, contre un chevalier,
Trente u quarante païsanz
Maniables e cumbatans.»
78—page 218—Abailard était un beau jeune homme...
Epistola I, Heloissæ ad Abel. (Abel. et Hel. opera, edid. Duchesne): «Quod enim bonum animi vel corporis tuam non exornabat adolescentiam?»—Abelardi Liber Calamitatum mearum, p. 10: «Juvenlutis ei formæ gratia.»
Personne ne faisait comme lui des vers d'amour en langue vulgaire, etc...
Abel. Liber Calam., p. 12: «Jam (à l'époque de son amour) si qua invenire licebat carmina, erant amatoria, non philosophiæ secreta. Quorum etiam carminum pleraque, adhuc in multis, sicut et ipse nosti, frequentantur et decantantur regionibus, ab bis maxime quos vita simul oblectabat.»—Heloissæ epist. Ia: «Duo autem, fateor, tibi specialiter inerant quibus feminarum quarumlibet animos statim allicere poteras: dictandi videlicet, et cantandi gratia. Quæ cæteros minime philosophos assecutos esse novimus. Quibus quidem quasi ludo quodam laborem exerciti recreans philosophici, pleraque amatorio metro vel rhythmo composita reliquisti carmina, quæ præ nimia suavitate tam dictaminis quam cantus sæpius frequentata, tuum in ore omnium nomen incessanter tenebant: ut etiam illiteratos melodiæ dulcedo tui non sineret immemores esse. Atque hinc maxime in amorem tuum feminæ suspirabant. Et cum horum pars maxima earminum nostros decantaret amores, multis me regionibus brevi tempore nunciavit, et multarum in me feminarum accendit invidiam.»
Page 218—Il avait renoncé à l'escrime des tournois, par amour pour les combats de la parole...
Liber Calam., p. 4: «Et quoniam dialecticorum rationum armaturam omnibus philosophiæ documentis prætuli, bis armis alia commutavi et trophæis bellorum conflictus prætuli disputationum. Præinde diversas disputando perambulans provincias...»
Les seigneurs l'encourageaient...
Liber. Calam., p. 5: «Quoniam de potentibus terræ nonnullos ibidem habebat (Guillelmus Campellensis) æmulos, fretus eorum auxilio, voti mei compos extiti.»
79—page 219—Le hardi jeune homme simplifiait, expliquait, popularisait, humanisait...
«De là l'enivrement des laïques et la stupéfaction des docteurs. Nouveau Pierre-l'Ermite d'une croisade intellectuelle, il entraînait après lui une jeunesse tourmentée de l'inextinguible soif de savoir, aventureuse et militante, impatiente de s'élancer vers un autre Orient inconnu, et d'y conquérir, non pas le tombeau du Christ, mais le Verbe éternellement vivant et Dieu lui-même. De l'Europe entière accouraient par milliers ces jeunes et ardents pèlerins de la pensée, tout bardés de logique et tout hérissés de syllogismes. «Rien ne les arrêtait, dit un contemporain, ni la distance, ni la profondeur des vallées, ni la hauteur des montagnes, ni la peur des brigands, ni la mer et ses tempêtes. La France, la Bretagne, la Normandie, le Poitou, la Gascogne, l'Espagne l'Angleterre, la Flandre, les Teutons et les Suédois célébraient ton génie, t'envoyaient leurs enfants; et Rome, cette maîtresse des sciences, montrait en te passant ses disciples que ton savoir était encore supérieur au sien.» (Foulques, prieur de Deuil.) «Lui seul, ajoute un autre de ses admirateurs, savait tout ce qu'il est possible de savoir.» De son école, où cinq mille auditeurs ordinairement venaient acheter sa doctrine à prix d'or, sortirent successivement un pape (Célestin II), dix-neuf cardinaux, plus de cinquante évêques ou archevêques, une multitude infinie de docteurs, et avec eux une espèce de régénération intérieure de l'Église d'Occident.» Les Réformateurs au douzième siècle, par M. N. Peyrat, p. 128, 1860.
80—page 220—Cette philosophie passa en un instant la mer et les Alpes...
Guill. de S. Theodor. epist. ad. S. Bern. (ap. S. Bernardi opera, t. I, p. 302): «Libri ejus transcunt maria, transvolant Alpes.»—Saint Bernard écrit en 1140, aux cardinaux de Rome: «Legite, si placet, librum Petri Abelardi, quem dicit Theologiæ; ad manum enim est, cum, sicut gloriatur, a pluribus lectitetur in Curia.»
Partout on discourait sur les mystères...
Les évêques de France écrivaient au pape, en 1140: «Cum per totam fere Galliam, in civitatibus, vicis et castellis, a scholaribus, non solum inter scholas, sed etiam triviatim, nec a litteratis aut provectis tantum, sed a pueris et simplicibus, aut certe stultis, de S. Trinitate, quæ Deus est, disputaretur...» S. Bernardi opera, I, 309.—S. Bern. epist. 88 ad Cardinales: «Irridetur simplicium fides, eviscerantur arcana Dei, quæstiones de altissimis rebus temerarie ventilantur.»
81—page 224, note 1—Abailard voulut réformer les mœurs de l'abbaye de Saint-Denis...
«Sciebam in hoc regii consilii esse, ut quo minus regularis abbatia illa esset, magis regi esset subjecta et utilis, quantum videlicet ad lucra temporalia.» Liber Calamit., p. 27.
82—page 226—Saint Bernard vint avec répugnance au concile de Sens...
S. Bern. epist. 189: «Abnui, tum quia puer sum, et ille vir bellator ab adolescentia: tum quia judicarem indignum rationem fidei humanis committi ratiunculis agitandam.»
Innocent II haïssait Abailard dans son disciple Arnaldo de Brescia...
S. Bern. epist. ad papam, p. 182: «Procedit Golias (Abælardus.)... antecedente quoque ipsum ejus armigero, Arnoldo de Brixia. Squama squamæ conjungitur, et nec spiraculum incedit per eas. Si quidem sibilavit apis, quæ erat in Francia, api de Italia, et venerunt in unum adversus Dominum.»—Epist. ad episc. Constant, p. 187: «Utinam tam sanæ esset doctrinæ quam districtæ est vitæ! Et si vultis scire, homo est neque manducans, neque bihens, solo cum diabolo esuriens et sitiens sanguinem animarum.»—Epist. ad Guid., p. 188: «Cui caput columbæ, cauda scorpionis est; quem Brixia evomuit, Roma exhorruit, Francia repulit, Germania abominatur, Italia non vult recipere.»—Il avait eu aussi pour maître Pierre de Brueys. Bulæus, Hist. Universit. Paris., II, 155. Platina dit qu'on ne sait s'il fut prêtre, moine ou ermite.—Trithemius rapporte qu'il disait en chaire, en s'adressant aux cardinaux: «Scio quod me brevi clam occidetis?... Ego testem invoco cœlum et terram quod annuntiaverim vobis ea quæ mihi Dominus præcepit. Vos autem contemnitis me et creatorem vestrum. Nec mirum si hominem me peccatorem vobis veritatem annuntiantem morti tradituri estis, cum etiam si S. Petrus hodie resurgeret, ei vitia vestra quæ nimis multiplicia sunt, reprehenderet, et minime parceretis.» Ibid., 106.
83—page 231—Robert d'Arbrissel bâtit aux femmes Fontevrault, etc...
L'ordre de Fontevrault eut trente abbayes en Bretagne.—Fondé vers 1100, il comptait déjà, selon Suger, en 1145, près de cinq mille religieuses.—Les femmes étaient cloîtrées, chantaient et priaient; les hommes travaillaient.—Malade, il appelle ses moines, et leur dit: «Deliberate vobiscum, dum adhuc vivo, utrum permanere velitis in vestro proposito; ut scilicet, pro animarum vestrarum salute, obediatis ancillarum Christi præcepto. Scitis enim quia quæcumque, Deo coopérante, alicubi ædiflcavi, earum potentatui atque dominatui subdidi... Quo audito, pene omnes unanimi voce dixerunt: Absit hoc, etc.» Avant de mourir il voulut donner un chef aux siens. «Scitis, dilectissimi mei, quod quidquid in mundo ædificavi, ad opus sanctimonialium nostrarum feci: eisque potestatem omnem facultatum mearum præbui: et quod his majus est, et me et meos discipulos, pro animarum nostrarum salute, earum servitio submisi. Quamobrem disposui abbatissam ordinare.» Considérant qu'une vierge élevée dans le cloître, ne connaissant que les choses spirituelles et la contemplation, ne saurait gouverner les affaires extérieures, et se reconnaître au milieu du tumulte du monde, il nomme une femme veuve et lui recommande que jamais on ne prenne pour abbesse une des femmes élevées dans le cloître.—Il recommande aussi de parler peu, de ne point manger de chair, de se vêtir grossièrement.
Il enseignait la nuit et le jour au milieu d'une foule de disciples des deux sexes, etc...
Lettre de Marbodus, évêque de Rennes, à Robert d'Arbrissel: «Mulierum cohabitationem, in quo genere quondam peccasti, diceris plus amare... Has ergo non solum communi mensa per diem, sed et communi occubitu per noctem digeris, ut referunt, accubante simul et discipulorum grege, ut inter utrosque medius jaceas, utrique sexui vigiliarum et somni leges præfigas.» D. Morice, I, 499. «Feminarum quasdam, ut dicitur, nimis familiariter tecum habitare permittis et cum ipsis etiam et inter ipsas noctu frequenter cubare non erubescis. Hoc si modo agis, vel aliquando egisti, novum et inauditum, sed infructuosum martyrii genus invenisti... Mulierum quibusdam, sicut fama sparsit, et nos ante diximus, sæpe privatim loqueris earum accubitu novo martyrii genere cruciaris.» Lettre de Geoffroi, abbé de Vendôme, à Robert d'Arbrissel, publiée par le P. Sirmond (Daru, Histoire de Bretagne, I, 320): «Taceo de juvenculis quas sine examine religionem professas, mutata veste, per diversas cellulas protinus inclusisti. Hujus igitur facti temeritatem miserabilis exitus probat; aliæ enim, urgente partu, fractis ergastulis, elapsæ sunt; aliæ in ipsis ergastulis pepereunt.» Clypeus nascentis ordinis Fontebraldensis, t. I, p. 69.
84—page 232 et note 1—Louis VII reconnaît expressément aux femmes le droit de siéger comme juges...
Voy. dans Duchesne, t. IV, la réponse du roi... «apud vos deciduntur negotia legibus imperatorum; benignior longe est consuetudo regni nostri, ubi si melior sexus defuerit, mulieribus succedere et hæreditatem administrare conceditur.»
85—page 236, note 1—Sur les sceaux, le roi de France est toujours assis...
Si Louis VII est quelquefois représenté à cheval (1137, 1138, Archives du Royaume, K. 40), c'est comme Dux Aquitanorum. L'exception confirme la règle.
86—page 236—Le descendant de Guillaume-le-Conquérant, quel qu'il soit, etc...
On sait l'énorme grosseur de Guillaume-le-Conquérant (Voy. plus haut). «Quand donc accouchera ce gros homme?» disait le roi de France. Lorsqu'il fallut l'enterrer, la fosse se trouva trop étroite et le corps creva. Il dépensait pour sa table des sommes énormes (Gazas ecclesiasticas conviviis profusioribus insumebal, Guill. Malmsb., 1. III, ap. Scr. fr. XI, 188). Les auteurs de l'Art de vérifier les Dates (XIII, 15) rapportent de lui, d'après une chronique manuscrite, un trait de violence singulière. Lorsque Baudoin de Flandre lui refusa sa fille Mathilde, «il passa jusques en la chambre de la comtesse; il trouva la fille au comte, si la prist par les trèces, si la traisna parmi la chambre et défoula à ses piés.»—Son fils aîné Robert était surnommé Courte-Heuse, ou Bas-Court (Order. Vit., ap. Scr. fr. XII, 596:...facie obesa, corpore pingui, brevique stalura, unde vulgo Gambaron cognominatus est, et Brevis-ocrea); il se laissait ruiner par les histrions et les prostituées (ibid., p. 602: Histrionibus et parasitis ac meretricibus; item, p. 681).—Le second fils du Conquérant, Guillaume-le-Roux, était de petite taille et fort replet; il avait les cheveux blonds et plats, et le visage couperosé (Lingard, t. II de la trad., p. 167). «Quand il mourut, dit Orderic Vital, ce fut la ruine des routiers, des débauchés et des filles publiques, et bien des cloches ne sonnèrent pas pour lui, qui avaient retenti longtemps pour des indigents ou de pauvres femmes» (Scr. rer. fr. XII, 679).—Ibid. «Legitimam conjugem nunquam habuit; sed obsconis fornicationibus et frequentibus moechiis inexplebiliter inhæsit.» P. 635: «Protervus et lascivus.» P. 624: «se Erga Deum et ecclesiæ frequentationem cullumque frigidus extitit.»—Suger, ibid., p. 12: «Lascivio et animi desideriis deditus... Ecclesiarum crudelis exactor, etc.»—Huntingd., p. 216: «Luxurias scelus lacendum exercebat, non occulte, sed ex impudentia coram sole, etc.»—Henri Beauclerc, son jeune frère, eut de ses nombreuses maîtresses plus de quinze bâtards. Suivant plusieurs écrivains, sa mort fut causée par sa voracité en mangeant un plat de lamproies (Lingard, II, 241). Ses fils, Guillaume et Richard, se souillaient des plus infâmes débauches. (Huntingd., p. 218: «Sodomitica tabe dicebantur, et erant irretiti.» Gervas., p. 1339: «Luxuriæ et libidinis omni tabe maculati.)» Glaber (ap. Scr. fr. X, 51) remarque que dès leur arrivée dans les Gaules, les Normands eurent presque toujours pour princes des bâtards.—Les Plantagenets semblèrent continuer cette race souillée. Henri II était roux, défiguré par la grosseur énorme de son ventre, mais toujours à cheval et à la chasse. (Petr. Blés., p. 98.) Il était, dit son secrétaire, plus violent qu'un lion (Leo et leone truculentior, dum vehementius excandescit, p. 75); ses yeux bleus se remplissaient alors de sang, son teint s'animait, sa voix tremblait d'émotion (Girald. Cairibr., ap. Camden, p. 783). Dans un accès de rage, il mordit un page à l'épaule. Humet, son favori, l'ayant un jour contredit, il le poursuivit jusque sur l'escalier, et ne pouvant l'atteindre, il rongeait de colère la paille qui couvrait le plancher. «Jamais, disait un cardinal, après une longue conversation avec Henri, je n'ai vu d'homme mentir si hardiment (Ep. S. Thom., p. 566). Sur ses successeurs, Richard et Jean, voyez plus bas.—L'idéal, c'est Richard III, le Richard III de Shakespeare, comme celui de l'histoire.
87—page 238—Tous vrais saints quoique l'Église n'ait, canonisé que le dernier...
Encore Louis VII est-il saint lui-même, suivant quelques auteurs. On lit dans une chronique française, insérée au douzième volume du Recueil des historiens de France, p. 226: «Il fu mors...; sains est, bien le savons»; et dans une chronique latine (ibid.): «...Et sanctus reputatur, prout alias in libro vitæ suæ legimus. 9
88—page 239—Louis VII avait été élevé dans le cloître de Notre-Dame...
Voy. une charte de Louis VII, ap. Scr. fr. XII, 90... «Ecclesiam parisiensem, in cujus claustro, quasi in quodam maternali gremio, incipientis vito et pueritiæ nostræ exegimus tempora.»
89—page 241—Saint Bernard refusa d'aller lui-même a la croisade...
En 1128, il détourne un abbé du pèlerinage de Jérusalem. (Operum, t. I, p. 85; voy. aussi p. 323.)—En 1129, il écrit à l'évêque de Lincoln, au sujet d'un Anglais nommé Philippe, qui, parti pour la terre sainte, s'était arrêté à Clairvaux et y avait pris l'habit: «Philippus vester volens proficisci Jerosolymam, compendium vise invenit, et cito pervenit quo volebat... Stantes sunt jam pedes ejus in atriis Jérusalem, et quem audierat in Euphrata, inventum in campis silvo libenter adorât in loco ubi steterunt pedes ejus. Ingressus est sanctam civitatem... Factus est ergo non curiosus tantum spectator, sed et devotus habitator, et civis conscriptus Jérusalem, non autem terrenæ hujus, cui Arabiæ mons Sina conjunctus est, quæ servit cum filiis suis, sed liberæ illius quæ est sursum mater nostra. Et si vultis scire, Claræ-Vallis est» (p. 64).—Voici un passage d'un auteur arabe, qui offre, avec les idées exprimées par saint Bernard, une remarquable analogie: «Ceux qui volent à la recherche de la Caaba, quand ils ont enfin atteint le but de leurs fatigues, voient une maison de pierre, haute, révérée, au milieu d'une vallée sans culture; ils y entrent, afin d'y voir Dieu; ils le cherchent longtemps et ne le voient point. Quand avec tristesse ils ont parcouru la maison, ils entendent une voix au-dessus de leurs têtes: Ô adorateurs d'une maison! pourquoi adorer de la pierre et de la boue? Adorez l'autre maison, celle que cherchent les élus!» (Ce beau fragment, dû à un jeune orientaliste, M. Ernest Fouinet, a été inséré par M. Victor Hugo dans les notes de ses Orientales, p. 416 de la première édition.)
90—page 254—Les jurisconsultes appelés par Frédéric-Barberousse, etc...
Radevicus, II, c. IV, ap. Giesler, Kirchengeschichte, II, P. 2, p. 72. «Scias itaque omne jus populi in condendis legibustibi concessum, tua voluntas jus est, sicuti dicitur: «Quod principi placuit, legis habet vigorem, cum populus et in eum omne suum imperium et poteslatem concesserit.»—Le conseiller de Henri II, le célèbre Ramilfe de Glanville, répète cette maxime (de leg. et consuel. reg. anglic., in proem.).
91—page 257—Becket conduisait en son propre nom, etc...
Newbridg., II, 10. Chron. Norm. Lingard, II, 325.—Lingard, p. 321: «Le lecteur verra sans doute avec plaisir dans quel appareil le chancelier voyageait en France. Quand il entrait dans une ville, le cortège s'ouvrait par deux cent cinquante jeunes gens chantant des airs nationaux; ensuite venaient ses chiens, accouplés. Ils étaient suivis de huit chariots, traînés chacun par cinq chevaux, et menés par cinq cochers en habit neuf. Chaque chariot était couvert de peaux, et protégé par deux gardes et par un gros chien, tantôt enchaîné, tantôt en liberté. Deux de ces chariots étaient chargés de tonneaux d'ale pour distribuer à la populace; un autre portait tous les objets nécessaires à la chapelle du chancelier, un autre encore le mobilier de sa chambre à coucher, un troisième celui de sa cuisine, un quatrième portait sa vaisselle d'argent et sa garde-robe; les deux autres étaient destinés à l'usage de ses suivants. Après eux venaient douze chevaux de somme sur chacun desquels était un singe, avec un valet (groom) derrière, sur ses genoux; paraissaient ensuite les écuyers portant les boucliers et conduisant les chevaux de bataille de leurs chevaliers; puis encore d'autres écuyers, des enfants de gentilshommes, des fauconniers, les officiers de la maison, les chevaliers et les ecclésiastiques, deux à deux et à cheval, et le dernier de tous enfin, arrivait le chancelier lui-même, conversant avec quelques amis. Comme il passait, on entendait les habitants du pays s'écrier: «Quel homme doit donc être le roi d'Angleterre, quand son chancelier voyage en tel équipage?» Steph., 20, 2.
Page 258—Un second lui-même...
Le prédécesseur de Becket, au siège de Kenterbury, lui écrivait: «In aure et in vulgis sonat vobis esse cor unum et animam unam (Blés, epist. 78).—Petrus Cellensis: Secundum post regem in quatuor regnis quis te ignorat?» (Marten. Thes, anecd. III.)—Le clergé anglais écrit à Thomas: «In familiarem gratiam tam lata vos mente suscepit, ut dominationis suo loca quæ boreali Oceano ad Pyrenæum usque porrecta sunt, potestati vestro cuncta subjecerit, ut in his solum hos beatos reputarit opinio, qui in vestris poterant oculis complacere.» Epist. S. Thom., p. 190.
92—page 259—Depuis le fameux Dunstan...
S. Dunstan, archev. de Kenterbury, fit des remontrances à Edgar, et lui fit faire pénitence. Il ajouta deux clauses à leur traité de réconciliation: 1o qu'il publierait un code de lois qui apportât plus d'impartialité dans l'administration de la justice; 2o qu'il ferait passer à ses propres frais dans les différentes provinces des copiés des saintes Écritures pour l'instruction du peuple.—Et même, selon Lingard, le véritable texte d'Osbern doit être: «...Justas legum rationes sanciret, sancitas conscriberet, scriptas per omnes fines imperii sui populis custodiendas mandaret au lieu de sanctas conscriberet seripluras.—Lingard, Antiquités de l'Église anglo-saxonne, I, p. 489.
93—page 265—La lutte de Becket fut imitée par l'évêque de Poitiers...
Henri II lui avait adressé par deux de ses justiciers des instructions plus dures encore que les coutumes de Clarendon. Voy. la lettre de l'évêque ap. Scr. fr. XVI, 216.—Voyez aussi (ibid., 572, 575, etc.) les lettres que Jean de Salisbury lui écrit pour le tenir au courant de l'état des affaires de Thomas à Becket.—En 1166, l'évêque de Poitiers céda, et fit sa paix avec Henri II. Joann. Saresber. epist., ibid., 523.
94—page 273—Becket se retira fort abattu...
Mais Louis, se repentit d'avoir abandonné Becket; peu de jours après, il le fit appeler. Becket vint avec quelques-uns des siens pensant qu'on allait lui intimer l'ordre de quitter la France.—«Invenerunt regem tristi vultu sedentem, nec, ut solebat, archiepiscopo assurgentem. Considerantibus autem illis, et diutius facto silentio, rex tandem, quasi invitus abeundi daret licentiam, subito mirantibus cunctis prosiliens, obortis lacrymis projecit se ad pedes archiepiscopi, cum singultu dicens: «Domine mi pater, tu solus vidisti.» Et congemirians cum suspirio: «Vere, ait, tu solus vidisti. Nos omnes cæci sumus... Pœniteo, pater, ignosce, rogo, et ab hac culpa me miserum absolve: regnum meum et meipsum ex hac ora tibi offero.» Gervas. Cantuar., ap. Scr. fr. XIII, 33. Vit. quadrip., p. 96.
95—page 280—Jean de Salisbury...
Salisbury fait partie du pays de Kent, mais non du comté de ce nom. Du temps de l'archevêque Thibaut, ce fut Jean de Salisbury qu'on accusa de toutes les tentatives de l'Église de Kenterbury pour reconquérir ses privilèges. Il écrit, en 1159: «Régis tota in me incahduit indignatio... Quod quis nomen romanum apud nos invocat mihi imponunt; quod in electionibus celebrandis, in causis ecclesiasticis examinandis, vel umbram libertatis audet sibi Anglorum ecclesia vindicare, mihi imputatur, ac si dominum Cantuariensem et alios episcopos quid facere oporteat solus instruam...» J. Sareber. epist., ap. Scr. fr. XVI, 496.—Dans son Policraticus (Leyde 1639,. p. 206), il avance qu'il est bon et juste de flatter le tyran pour le tromper, et de le tuer (Aures tyranni mulcere... tyrannum occidere... æquum et justum.).—Dans l'affaire de Thomas Becket, sa correspondance trahit un caractère intéressé (il s'inquiète toujours de la confiscation de ses propriétés, Scr. fr. XVI, 508, 512, etc.), irrésolu et craintif, p. 509: il fait souvent intercéder pour lui auprès de Henri II, p. 514, etc., et donne à Becket de timides conseils, p. 510, 527, etc. Il ne semble guère se piquer de conséquence. Ce défenseur de la liberté n'accorde au libre arbitre de pouvoir que pour le mal (Policrat., p. 97). Il ne faut pas se hâter de rien conclure de ce qu'il reçut les leçons d'Abailard; il vante saint Bernard et son disciple Eugène III. (Ibid., p. 311.)
96—page 287—Henri II déclara l'Angleterre fief du saint-siège...
«Præterea ego et major filius meus rex, juramus quod a domino Alexandro papa et catholicis ejus suceessoribus recipiemus et tenebimus regnum Angliæ.» Baron. Annal., XII, 637.—À la fin de la même année il écrivait encore au pape: «Vestræ jurisdictionis est regnum Angliæ, et quantum at feudatirii juris obligationem, vobis duntaxat teneor et astringor.» Petr. Blés., epist., ap. Scr. fr. XVI, 650.
97—page 300—Philippe Ier, couronné à sept ans, lut lui-même le serment qu'il devait prêter...
Coronatio Phil. I, ap. Scr. fr. XI, 32: Ipse legit, dum adhuc septennis esset: «Ego... defensionem exhibebo, sicut rex in suo regno unicuique episcopo et ecclesiæ sibi commissæ... debet.»
98—page 302—Philippe II à quatorze ans malade de peur, etc...
Chronica reg. Franc, ibid., 214: «.... Remansit in silva sine societate Philippus; unde stupefactus concepit timorem, et tandem per carbonarium fuit reductus Compendium; et ex hoc timore sibi contigit infirmitas, quæ distulit coronationem.»
Il chasse et dépouille les Juifs...
Ibid... «Fecit spoliari omnes una die... Recesserunt omnes qui baptizari noluerunt.» «Ils donnèrent pour se racheter 15.000 marcs.» Rad. de Diceto, ap. Scr. fr. XIII, 204.—Rigordus, Vita Phil. Aug., ap. Scr. fr. XVII. Philippe remit aux débiteurs des Juifs toutes leurs dettes, à l'exception d'un cinquième qu'il se réserva. Voy. aussi la chronique de Mailros, ap. Scr. fr. XIX, 250.
Les hérétiques furent impitoyablement livrés à l'Église...
Guillelmi Britonis Philippidos, I. I: «Dans tout son royaume il ne permit pas de vivre à une seule personne qui contredît les lois de l'Église, qui s'écartât d'un seul des points de la foi catholique, ou qui niât les sacrements.»
99—page 306 et note 1—Un messie paraît dans Anvers...
Bulæus, Historia Universit. Pariensis, II, 98.—Per matronas et mulierculas... errores suos spargere.»—«Veluti rex, stipatus satellitibus, vexillum et gladium proferentibus... declamabat.» Epistol. Trajectens. eccles. ap. Gieseler, II, IIe partie, p. 479.
100—page 306 et note 2—En Bretagne, Éon de l'Étoile...
Guill. Neubrig., 1. I: «Eudo, natione Brito, agnomen habens de Stella, illiteratus et idiota... sermone gallico Eon;... eratque per diabolicas præstigias potens ad capiendas simplicium animas... ecclesiarum maxime ac monasterioirum infestator.» Voy. aussi Othon de Freysingen, c. LIV, LV, Robert du Mont, Guibert de Nogent; Bulæus, 11, 241, D. Morice, p. 100, Roujoux, Histoire des ducs de Bretagne, t. II.
101—page 306—Amaury de Chartres et David de Dinan, etc...
Rigord., ibid., p. 375: «...Quod quilibet Christianus teneatur ceredere se esse membrum Christi.»—Concil. Paris, ibid.: «Omnia unum, quia quidquid est, est Deus, Deus visibilibus indutus instrumentis.—Filius incarnatus, i.e. visibili formæ subjectus.—Filius usque nunc operatus est, sed Spiritus sanctus ex hoc nune usque ad mundi consummationem inchoat operari.»
102—page 307—Aristote prend place presque au niveau de Jésus-Christ...
Averroès, ap. Gieseler, IIe partie, p. 378: «Aristoteles est exemplar, quod natura invenit ad demonstrandam ultimam perfectionem humanam.» Corneille Agrippa disait, au quatorzième siècle: «Aristoteles fuit præcursor Christi in naturalibus; sicut Joannes Baptista... in gratuitis.» Ibid.
103—page 314—Les évêques de Maguelonne et de Montpellier faisaient frapper des monnaies sarrasines...
Epistola papæ Clementis IV, episc. Maglonensi, 1266; in Thes. novo anecd., t. II, p. 403: «Sane de moneta Miliarensi quam in tua diœcesi facis cudi miramur plurimum cujus hoc agis consilio... Quis enim catholicus monetam debet cudere cum titulo Machometi?... Si consuetudinem forsan allegas, in adulterino negotio te et prædecessores tuos accusas.»—En 1268, saint Louis écrit à son frère Alfonse, comte de Toulouse, pour lui faire reproche de ce que dans son comtal Venaissin, on bat monnaie avec une inscription mahométane: «In cujus (monetæ) superscriptione sil mentio de nomine perfidi Mahometi, et dicatur ibi esse propheta Dei; quod est ad laudem et exaltationem ipsius, et detestationem et contemptum fidei et nominis christiani: rogamus vos qualinus ab hujusmodi opere faciatis cudentes cessare.»—Cette lettre, selon Bonamy (ac. des Inscr., XXX, 725), se trouverait dans un registre longtemps perdu, et restitué au Trésor des Chartes en 1748. Cependant ce registre n'y existe point aujourd'hui, comme je m'en suis assuré.
104—page 315—Le bourgeois paraissait dans les tournois...
Dans les Preuves de l'Histoire générale du Languedoc, t. III, p. 607, on trouve une attestation de plusieurs Damoisels (Domicelli), chevaliers, juristes, etc. «Quod usus et consuetudo sunt et fuerunt longissimis temporibus observati, et tanto tempore quod in contrarium memoria non existitit in senescallia Belliquadri et in Provincia, quod Burgenses consueverunt a nobilibus et baronibus et etiam ab archiepiscopis et episcopis, sine principis auctoritate et licentia, impune cingulum militare assumere, et signa militaria habere et portare, et gaudere privilegio militari.»—Chron. Languedoc, ap. D. Vaissète, Preuves de l'Histoire du Languedoc: «Ensuite parla un autre baron appelé Valats, et il dit au comte: «Seigneur, ton frère te donne un bon conseil (le conseil d'épargner les Toulousains), et si tu me veux croire, tu feras ainsi qu'il t'a dit et montré; car, seigneur, tu sais bien que la plupart sont gentilshommes, et par honneur et noblesse, tu ne dois pas faire ce que tu as délibéré.»
105—page 315—Les cours d'Amour...
Raynouard, Poésies des troubadours, II, p. 122. La cour d'Amour était organisée sur le modèle des tribunaux du temps. Il en existait encore une sous Charles VI, à la cour de France; on y distinguait des auditeurs, des maîtres des requêtes, des conseillers, des substituts du procureur général, etc., etc.; mais les femmes n'y siégeaient pas.
106—page 319—Dans les récits de leurs ennemis, on impute aux Albigeois des choses contradictoires, etc...
Selon les uns, Dieu a créé; selon d'autres, c'est le Diable (Mansi ap. Gieseler). Les uns veulent qu'on soit sauvé par les œuvres (Ébrard), et les autres par la foi (Pierre de Vaux-Cernay). Ceux-là prêchent un Dieu matériel; ceux-ci pensent que Jésus-Christ n'est pas mort en effet, et qu'on n'a crucifié qu'une ombre. D'autre part, ces novateurs disent prêcher pour tous, et plusieurs d'entre eux excluent les femmes de la béatitude éternelle (Ébrard). Ils prétendent simplifier la loi, et prescrivent cent génuflexions par jour (Heribert). La chose dans laquelle ils semblent s'accorder, c'est la haine du Dieu de l'Ancien Testament. «Ce Dieu qui promet et qui ne tient pas, disent-ils, c'est un jongleur. Moïse et Josué étaient des routiers à son service.»
«D'abord il faut savoir que les hérétiques reconnaissaient deux créateurs: l'un, des choses invisibles, qu'ils appelaient le bon Dieu; l'autre, du monde visible, qu'ils nommaient le Dieu méchant. Ils attribuaient au premier le Nouveau Testament, et au second l'Ancien, qu'ils rejetaient absolument, hors quelques passages transportés de l'Ancien dans le Nouveau, et que leur respect pour ce dernier leur faisait admettre.
«Ils disaient que l'auteur de l'Ancien Testament était un menteur, parce qu'il est dit dans la Genèse: «En quelque jour que vous mangiez de l'arbre de la science du bien et du mal, vous mourrez de mort»; et pourtant, disaient-ils, après en avoir mangé, ils ne sont pas morts. Ils le traitaient aussi d'homicide, pour avoir réduit en cendres ceux de Sodome et de Gomorrhe, et détruit le monde par les eaux du déluge, pour avoir enseveli sous la mer Pharaon et les Égyptiens. Ils croyaient damnés tous les pères de l'Ancien Testament, et mettaient saint Jean-Baptiste au nombre des grands démons. Ils disaient même entre eux que ce Christ qui naquit dans la Bethléem terrestre et visible et fut crucifié à Jérusalem, n'était qu'un faux Christ; que Marie-Madeleine avait été sa concubine, et que c'était là cette femme surprise en adultère dont il est parlé dans l'Évangile. Pour le Christ, disaient-ils, jamais il ne mangea ni ne but, ni ne revêtit de corps réel, et ne fut jamais en ce monde que spirituellement au corps de saint Paul.
«D'autres hérétiques disaient qu'il n'y a qu'un créateur, mais qu'il eut deux fils, le Christ et le Diable. Ceux-ci disaient que toutes les créatures avaient été bonnes, mais que ces filles dont il est parlé dans l'Apocalypse les avaient toutes corrompues.
«Tous ces infidèles, membres de l'Antéchrist, premiers-nés de Satan, semence de péché, enfants de crime, à la langue hypocrite, séduisant par des mensonges le cœur des simples, avaient infecté du venin de leur perfidie toute la province de Narbonne. Ils disaient que l'Église romaine n'était guère qu'une caverne de voleurs, et cette prostituée dont parle l'Apocalypse. Ils annulaient les sacrements de l'Église à ce point qu'ils enseignaient publiquement que l'onde du sacré baptême ne diffère point de l'eau des fleuves, et que l'hostie du très saint corps du Christ n'est rien de plus que le pain laïque; insinuant aux oreilles des simples ce blasphème horrible, que le corps du Christ, fût-il aussi grand que les Alpes, il serait depuis bien longtemps consommé et réduit à rien par tous ceux qui en ont mangé. La confirmation, la confession étaient choses vaines et frivoles; le saint mariage une prostitution, et nul ne pouvait être sauvé dans cet état en engendrant fils et filles. Niant aussi la résurrection de la chair, ils forgeaient je ne sais quelles fables inouïes, disant que nos âmes sont ces esprits angéliques qui, précipités du ciel pour leur présomptueuse apostasie, laissèrent dans l'air leurs corps glorieux, et que ces âmes, après, avoir passé successivement sur la terre par sept corps quelconque, retournent, l'expiation ainsi terminée, reprendre leurs premiers corps.
«Il faut savoir en outre que quelques-uns de ces hérétiques s'appelaient Parfaits ou Bons Hommes; les autres s'appelaient les Croyants. Les Parfaits portaient un habillement noir, feignaient de garder la chasteté, repoussaient avec horreur l'usage des viandes, des œufs, du fromage; ils voulaient passer pour ne jamais mentir, tandis qu'ils débitaient, sur Dieu principalement, un mensonge perpétuel; ils disaient encore que pour aucune raison on ne devait jurer. On appelait Croyants ceux qui, vivant dans le siècle, et sans chercher à imiter la vie des Parfaits, espéraient pourtant être sauvés dans la foi de ceux-ci; ils étaient divisés par le genre de vie, mais unis dans la foi et l'infidélité. Les Croyants étaient livrés à l'usure; au brigandage, aux homicides et aux plaisirs de la chair, aux parjures et à tous les vices. En effet, ils péchaient avec toute sécurité et toute licence, parce qu'ils croyaient que sans restitution du bien mal acquis, sans confession ni pénitence, ils pouvaient se sauver, pourvu qu'à l'article de la mort ils pussent dire un Pater, et recevoir de leurs maîtres l'imposition des mains. Les hérétiques prenaient parmi les Parfaits des magistrats qu'ils appelaient diacres et évêques; les Croyants pensaient ne pouvoir se sauver s'ils ne recevaient d'eux en mourant l'imposition des mains. S'ils imposaient les mains à un mourant, quelque criminel qu'il fût, pourvu qu'il pût dire un Pater, ils le croyaient sauvé, et, selon leur expression, consolé; sans faire aucune satisfaction et sans autre remède, il devait s'envoler tout droit au ciel.
«..... Certains hérétiques disaient que nul ne pouvait pécher depuis le nombril et plus bas. Ils traitent d'idolâtrie les images qui sont dans les églises, et appelaient les cloches les trompettes du démon. Ils disaient encore que ce n'était pas un plus grand péché de dormir avec sa mère ou sa sœur qu'avec toute autre. Une de leurs plus grandes folies, c'était de croire que si quelqu'un des Parfaits péchait mortellement en mangeant, par exemple, tant soit peu de viande, ou de fromage, ou d'œufs, ou de toute autre chose défendue, tous ceux qu'il avait consolés perdaient l'Esprit-Saint, et il fallait les reconsoler; et ceux mêmes qui étaient sauvés, le péché du consolateur les faisait tomber du ciel.
«Il y avait encore d'autres hérétiques appelés Vaudois, du nom d'un certain Valdus, de Lyon. Ceux-ci étaient mauvais, mais bien moins mauvais que les autres; car ils s'accordaient avec nous en beaucoup de choses, et ne différaient que sur quelques-unes. Pour ne rien dire de la plus grande partie de leurs infidélités, leur erreur consistait principalement en quatre points: en ce qu'ils portaient des sandales à la manière des apôtres; qu'ils disaient qu'il n'était permis en aucune façon de jurer ou de tuer; et en cela surtout que le premier venu d'entre eux pouvait au besoin, pourvu qu'il portât des sandales, et sans avoir reçu les ordres de la main de l'évêque, consacrer le corps de Jésus-Christ.
«Qu'il suffise de ce peu de mots sur les sectes des hérétiques.—Lorsque quelqu'un se rend aux hérétiques, celui qui le reçoit lui dit: «Ami, si tu veux être des nôtres, il faut que tu renonces à toute la foi que tient l'Église de Rome. Il répond: J'y renonce.—Reçois donc des Bons Hommes le Saint-Esprit. Et alors il lui souffle sept fois dans la bouche. Il lui dit encore:—Renonces-tu à cette croix que le prêtre t'a faite, au baptême, sur la poitrine, les épaules et la tête, avec l'huile et le chrême?—J'y renonce.—Crois-tu que cette eau opère ton salut?—Je ne le crois pas.—Renonces-tu à ce voile qu'à ton baptême le prêtre t'a mis sur la tête?—J'y renonce. C'est ainsi qu'il reçoit le baptême des hérétiques et renie celui de l'Église. Alors tous lui imposent les mains sur la tête et lui donnent un baiser, le revêtent d'un vêtement noir, et dès lors il est comme un d'entre eux.» Petrus Vall. Sarnaii, c. I, ap. Scr. fr. XIX, 5, 7. Extrait d'un ancien registre de l'Inquisition de Carcassonne. (Preuves de l'Histoire du Languedoc, III, 371.)
Un Nicétas de Constantinople avait présidé comme pape, etc...
Voy. Gieseler, II, P. 2e, p. 494-Sandii Nucleus hist. eccles., IV, 404: «Veniens papa Nicetas nomine a Constantinopoli..»
Un certain Ydros...
Steph. de Borb., ap. Gieseler, II, P. 2e, 508.