Choux (Brassica).—Les choux demandent une terre un peu fraîche et surtout bien fumée; car plus ils ont d'engrais, plus ils deviennent gros. Ils sont très-nombreux en variétés, mais toutes peuvent se rapporter à cinq races principales, savoir: 1o les Choux cabus ou pommés; 2o les Choux de Milan ou pommés frisés; 3o les Choux verts ou non pommés; 4o les Choux-raves, et 5o les Choux-fleurs et Brocolis.
N. 1. Choux cabus ou pommés.—Vers la fin d'août ou dans les premiers jours de septembre, on sème les Choux cabus hâtifs. En octobre, on repique le plant en pépinière le long d'un mur à bonne exposition, pour le mettre en place vers la fin de novembre ou au commencement de décembre, et en février ou mars dans les terres froides ou humides. Si l'hiver est rigoureux, il sera nécessaire de garantir le plant, soit avec de la litière, soit avec des paillassons posés sur des gaulettes. Si, au printemps, il arrivait que l'on manquât de plants, on pourrait en semer en février sur couche et en mars sur plate-bande bien terreautée.
Les Choux cabus de seconde saison et les Choux cabus tardifs ne se sèment ordinairement qu'en février ou mars; cependant on peut aussi les semer dans le courant d'août. Quelle que soit l'époque du semis, ces Choux doivent être repiqués immédiatement en place, à 50, 60 ou 80 centimètres les uns des autres, suivant les proportions que doivent acquérir les variétés que l'on cultive; le terrain doit être largement pourvu d'engrais: car il ne faut pas oublier que c'est seulement à force de fumier et d'eau que l'on peut obtenir tout ce que cette plante doit produire.
Variétés.—Cabus hâtifs, d'York, — cœur-de-bœuf, — pain-de-sucre.
Cabus 2e saison, de Poméranie, — de Winigstadt, — Joannet, — de Schweinfurt.
Cabus tardifs, de Saint-Denis, — de Hollande, — vert de Vaugirard, — d'Allemagne dit Quintal, — rouge foncé.
Conservation des Choux cabus.—Comme les fortes gelées sont très-préjudiciables aux Choux pommés, il faut, en novembre, arracher tous ceux dont les pommes sont faites et les mettre en jauge dans une planche, mais près l'un de l'autre et en ayant soin d'en incliner un peu la tête. Lorsqu'il vient de fortes gelées, on les couvre de litière ou de feuilles que l'on retire dès que le temps est doux. Dans les terres légères, on peut enterrer la tête au lieu des racines: de cette manière, les Choux peuvent se conserver jusqu'au mois de mai sans couverture; il est bon cependant d'en couvrir une partie, afin de pouvoir en arracher pendant les gelées.
N. 2. Choux de Milan.—On les sème depuis la fin de février jusqu'en juin, on les repique immédiatement en place comme les Choux cabus. Plus rustiques que ces derniers, les Choux de Milan supportent ordinairement l'hiver sans abris.
Variétés.—Hâtif d'Ulm, — pied-court, — Victoria, — ordinaire, — doré, — pancalier, — des Vertus, — de Bruxelles.
N. 3. Choux verts non pommés.—Nous les divisons en deux catégories: ceux de la première sont à peu près les seuls cultivés dans le potager; les autres sont cultivés en grand comme fourrage, et quelques-uns comme plante d'ornement. On sème les premiers en mai et juin, pour les planter en juillet et août; ils craignent peu le froid, et sont même plus agréables à manger lorsque la gelée les a attendris.
Variétés.—Chou à grosse côte, — Chou à grosse côte frangé, — Choux fraise-de-veau.
Ceux de la seconde catégorie se sèment en juillet et août, ou mieux en mars et avril, et l'on repique le plant immédiatement à demeure; mais on peut aussi semer en place, soit en lignes, soit a la volée. Ces Choux donnent leurs produits en feuilles pendant tout l'hiver et jusqu'à leur seconde année.
Variétés.—Cavalier ou Chou-arbre, — Caulet de Flandre, — branchu de Poitou, — de grand Jouan.
N. 4. Choux-raves.—Les premiers semis ont lieu vers la fin de février, et peuvent se continuer jusqu'en juin; on sème sur une plate-bande terreautée, pour plus tard mettre en place. Ces Choux différent des autres par leur collet, qui est renflé et charnu, et que l'on emploie en cuisine comme les Navets; mais, pour les avoir bien tendres, il faut, en été, leur donner de fréquents arrosements.
Variétés.—Blanc ou de Siam, — blanc hâtif, — violet, — violet hâtif.
Le Chou-navet, assez semblable au précédent, produit en terre une tubérosité charnue de même saveur que le Chou-rave. On le sème en place, en mai et juin, soit en lignes, soit à la volée; puis les autres soins consistent à éclaircir le plant de manière que les Choux se trouvent à environ 0m,40 les uns des autres. Ils craignent peu la gelée, et, à moins d'un hiver rigoureux, on peut ne les arracher qu'au fur et à mesure du besoin.
Les graines de Chou mûrissent en juillet; elles se conservent bonnes pendant cinq ou six ans.
Variétés.—Chou-navet blanc, — Rutabaga ou navet de Suède.
N. 5. Choux-fleurs.—Ils sont beaucoup plus délicats que les autres races de Choux, aiment une terre légère, bien fumée et surtout beaucoup d'arrosements en été. On en cultive plusieurs variétés, mais il est impossible de conseiller plutôt l'une que l'autre, car les résultats tiennent uniquement à des causes locales. Les premiers semis se font en septembre, sur une plate-bande bien terreautée ou sur une vieille couche, pour être repiqués, en octobre, en pépinière, sur un ados; et lorsqu'il gèle, on pose des cloches ou des panneaux sur le plant. Il faut avoir soin de donner de l'air tous les jours et aussi longtemps que la température le permettra. Si, malgré cette précaution, il arrivait que le plant avançât trop, il faudra l'arracher et le replanter pour en retarder la végétation; puis, quand les froids deviennent rigoureux, on entoure les cloches avec de la litière, et l'on couvre le tout avec des paillassons; on découvre toutes les fois que le temps le permet, et l'on donne de l'air. En décembre, on peut planter une partie de ses Choux-fleurs sur couche et sous panneaux, et entre eux quelques Laitues. Pendant la nuit, on couvre les panneaux avec des paillassons, on arrose au besoin, et l'on donne de l'air toutes les fois que la température le permet; puis, lorsque les Choux-fleurs atteignent les vitraux, il faut avoir soin d'exhausser les coffres; si dans la seconde quinzaine de mars, le temps est favorable, on enlève les panneaux. Ces Choux-fleurs produiront en avril et mai; en mars, on plantera l'autre partie en pleine terre, et ils donneront depuis la fin de mai jusqu'en juillet. On peut aussi semer sur couche, en février et en mars, et peu de temps après on repique le plant également sur couche, pour le planter en pleine terre vers la fin de mars ou au commencement d'avril, et il produira en juin et juillet.
On sème les derniers Choux-fleurs en juin: c'est l'époque où l'on en sème le plus et celle où la culture en est le plus facile: c'est celle des Choux ordinaires, et tout le succès dépend de l'abondance des arrosements, qui doivent être très-fréquents, surtout pendant les premiers mois. Il faut semer à une exposition ombragée sur une plate-bande bien terreautée; puis, lorsque le plant est assez fort, on repique immédiatement en place. Ces Choux-fleurs produisent depuis la fin d'août jusqu'en novembre; on peut même en conserver jusqu'en février, et quelquefois jusqu'en avril. Pour cela, il faut ne les couper que le plus tard possible, et surtout par un temps bien sec, afin de ne les rentrer que bien ressuyés, car de là dépend toute la durée de leur conservation.
Conservation des Choux-fleurs.—Après avoir bien enlevé toutes les feuilles de ses Choux-fleurs, on les dépose sur les tablettes de la serre à légumes, ou bien, ce qui est encore préférable, on les pend la tête en bas; et, comme en séchant ils se réduisent beaucoup, il faut, la veille du jour où l'on veut les manger, rafraîchir le bout du trognon et les mettre tremper dans l'eau fraîche pendant quelques heures, en ayant soin d'éviter de mouiller la tête; ils ne tardent pas à reprendre leur forme primitive, sans avoir rien perdu de leur qualité.
On récolte la graine de Choux-fleurs en septembre. Sa durée germinative est de cinq ans.
Variétés.—Tendre ou petit Salomon, — demi-dur ou gros Salomon, — Lenormand, — dur de Paris, — d'Angleterre, — de Hollande.
Chou brocoli.—On sème les Brocolis en mars, avril et mai, en commençant par les variétés les plus hâtives. Lorsque le plant est suffisamment fort, on le repique en pépinière, et plus tard on le plante en lignes comme les Choux-fleurs.
Les variétés hâtives semées en mars sont bonnes à récolter en septembre. Les autres donnent successivement pendant l'hiver et le printemps.
Plus rustique que le Chou-fleur, le Brocoli peut supporter sans souffrir quelques degrés de froid. Cependant, il est plus prudent de relever les pieds en mottes à l'approche des gelées, pour les replanter dans une tranchée sur laquelle on place des châssis ou des paillassons.
La durée germinative de la graine de Brocoli est de cinq ans.
Variétés.—Blanc hâtif, — blanc tardif, — violet hâtif, — violet tardif, — Sprouting (cette dernière variété produit de petites pommes comme le Chou de Bruxelles).
Chou marin (Crambe maritima).—Le Crambé est un fort bon légume dont on mange les feuilles naissantes, qu'on fait blanchir en buttant le pied; il est rustique et d'une culture facile. Dans des conditions favorables (c'est-à-dire dans un terrain sablonneux et bien fumé), il produit pendant fort longtemps. Nous avons vu une plantation de Crambés en plein rapport, qui depuis quinze ans donne chaque année plusieurs récoltes. On le multiplie de graines semées en place ou en pépinière peu de temps après la récolte; car les semis d'automne réussissent généralement mieux que ceux de printemps. On peut aussi multiplier les Crambés par boutures de racines, mais le semis produit toujours, comme il est facile de le comprendre, des plants plus vigoureux.
On plante les Crambés en automne ou au printemps. On trace alors deux rangs dans Une planche de 1m,33 de largeur, et l'on plante à 0m,50 de distance sur la ligne. Chaque année, à l'automne, on enlève les feuilles mortes, on donne un binage; puis on étend sur les planches un bon lit de fumier à moitié consommé. Dès la seconde pousse, on pourrait commencer à couper les feuilles des Crambés; mais il est préférable d'attendre la troisième, car alors ils seront dans toute la force de leur végétation, et on les conservera beaucoup plus longtemps. On commence ordinairement à butter les Crambés vers la fin de janvier ou au commencement de février; mais, afin que tous ne donnent pas ensemble, on n'en butte qu'une partie, et le reste quinze jours après, ce qui a lieu de la manière suivante: on dépose sur chaque pied un tas de terreau (ou de terre légère) d'environ 0m,20, et l'on recouvre le tout d'un bon lit de fumier ou de feuilles, afin d'activer la végétation; un mois après environ, lorsque l'extrémité des feuilles commence à paraître, on les coupe rez terre, mais en ayant soin de ménager les yeux qui se trouvent au collet de la plante, car sans cette précaution elle ne repousserait plus. Après la récolte, on les butte de nouveau, et ils donnent une seconde récolte souvent aussi abondante que la première. Après la seconde coupe, on détruit les buttes, on étend une partie du terreau sur les planches, et l'on enlève le reste. On peut aussi forcer le Crambé sous panneaux, comme les Asperges: ce qui consiste tout simplement à placer, en janvier ou février, des coffres et des panneaux sur les Crambés, après les avoir buttés; à défaut de panneaux à cadre plein, on peut utiliser les panneaux ordinaires, à la condition de les tenir constamment couverts de paillassons. Pour activer la végétation des Crambés, on peut entourer les coffres d'un réchaud de fumier, car la chaleur ne nuit en rien à cette plante. On peut même, comme cela se fait en Angleterre, placer pendant l'hiver de fortes touffes de Crambés dans la serre à forcer, afin d'en avoir de bons à récolter avant l'époque, ou donner ceux forcés sur place.
On récolte les graines de Crambé en août; elles se conservent bonnes pendant trois ans.
Ciboule commune (Allium fistulosum).—Les premiers semis ont lieu dans le courant de février, en place et à la volée; et à partir de cette époque, on peut continuer de semer successivement jusqu'en juillet. Après le semis, on couvre les graines d'une légère couche de terreau, et l'on arrose toutes les fois qu'il en est besoin. Pour ne pas manquer de Ciboule en hiver, il faut en arracher en novembre, la mettre en jauge, puis la couvrir de litière sèche pendant les gelées.
Les graines mûrissent en août, et se conservent pendant deux ans.
Ciboule vivace.—Elle se multiplie d'éclats au printemps ou à l'automne.
Ciboulette. Civette (Allium Schœnoprasum).—Cette plante se multiplie par ses caïeux, que l'on sépare en février et mars pour les planter en bordures. Elle est d'autant plus tendre et pousse d'autant mieux, qu'on la coupe plus souvent.
Pour lui faire passer l'hiver, on la coupe au niveau du sol, puis on la couvre de terreau.
Concombre (Cucumis sativus).—On sème les Concombres en janvier, février et mars, sur couche chaude et sous panneaux. Lorsque les cotylédons et les premières feuilles sont bien développés, on les repique dans de petits pots, qu'on enfonce sur une couche chaude, pour les planter quelque temps après également sur couche et sous panneaux. Plus tard, lorsque les gelées ne sont plus à craindre, on peut planter les Concombres en pleine terre. Dans les terres légères, faciles à s'échauffer, on peut même semer les Concombres en place, dans de petites fosses remplies de terreau.
Comme les Melons, les Concombres doivent être taillés pour donner de beaux fruits; ce qui doit avoir lieu comme il est indiqué à l'article Melon.
Concombre vert petit à cornichons.—On le sème au commencement de mai sur couche et sous panneaux. Peu de temps après, on repique le plant en pépinière également sur couche et sous panneaux. Dès qu'il est repris, on commence à donner un peu d'air, afin de le fortifier, et vers la fin de mai ou le commencement de juin, on le relève en mottes pour le mettre en pleine terre à bonne exposition, à 0m,60 de distance.
On peut aussi semer le Cornichon en pleine terre; plus rustique même que les autres Concombres, il n'a pas besoin d'être taillé.
Dans les terrains naturellement humides, il faut, pour récolter de beaux fruits, ramer les Concombres et les Cornichons, comme les Pois et les Haricots, afin qu'ils ne posent pas sur le sol.
La durée germinative des graines de Concombre est de cinq ans.
Variétés.—Blanc hâtif, — blanc gros, — jaune long, — vert long anglais, — de Russie, — serpent.
Courge Potiron (Cucurbita maxima).—On sème les potirons en mars, sur couche chaude et sous panneaux; en avril, on les repique en pépinière également sur couche et sous panneaux. Quelques jours après le repiquage, on commence à donner un peu d'air, afin de fortifier le plant; et, en mai, on prépare des trous que l'on dispose de manière que les Potirons soient au moins à 1m,65 les uns des autres. On remplit les trous de fumier, que l'on couvre d'environ 0m,15 de terreau. Si, après la plantation, il survient de petites gelées blanches pendant la nuit, il faut couvrir les Potirons avec des cloches, ou, à défaut, avec de la litière. Pendant leur végétation, il faut les arroser abondamment, et les autres soins consistent à pincer la première tige au-dessus du second œil, afin de favoriser le développement d'une ou de deux branches sur chacun. Lorsqu'elles ont environ 1m,50 de longueur, on les marcotte, ce qui consiste à coucher les branches en terre, afin qu'elles produisent des racines; de cette manière, on obtient une végétation beaucoup plus vigoureuse. Dès qu'un fruit est noué et jugé digne d'être conservé, il faut pincer la branche qui le porte à deux ou trois yeux au-dessus du fruit; et si l'on veut en obtenir de volumineux, on ne doit en laisser qu'un ou deux sur chaque pied, excepté sur celui de Hollande, variété dont les fruits sont moins gros, mais d'excellente qualité; c'est même celui que l'on doit réserver de préférence pour les provisions d'hiver; car, cueilli avant les gelées et déposé sur les tablettes du fruitier ou de l'orangerie, il se conserve souvent jusqu'en mars et avril.
Les Courges à la moelle, pleine de Naples, de l'Ohio, de Valparaiso, de Barbarie, de Madère, des Patagons, le Giraumont turban et le Pâtisson, se cultivent exactement comme le Potiron.
La durée germinative des graines de Courge est de cinq ans.
Variétés.—Jaune gros, — d'Espagne, — de Hollande, — blanc, — de Corfou.
Cresson de fontaine (Nasturtium officinale).—Cette plante, jusqu'à présent employée en cuisine comme salade et fourniture seulement, peut aussi être préparée à la manière des Épinards, et sous cette forme elle a une saveur fort agréable. La consommation du Cresson est devenue tellement considérable que, dans un rayon très-rapproché de Paris, des terrains très-étendus sont consacrés à cette culture.
Ces cressonnières sont alimentées par des sources naturelles ou artificielles, et disposées de manière à être submergées à volonté. Le terrain est divisé par fosses larges chacune d'environ 3 mètres sur 0m,40 à peu près de profondeur, séparées par des plates-bandes élevées, destinées à divers genres de culture, tels que Artichauts, Choux, etc. On multiplie le Cresson de graines semées au printemps, ou mieux de boutures faites en août. Avant la plantation, il faut bien unir le terrain; et s'il arrivait qu'il ne fût pas assez humide, on y laisserait couler un peu d'eau. Une fois le terrain bien préparé, on prend du Cresson, et on le place au fond des fosses par petites pincées, à environ 0m,12 à 0m,15 l'une de l'autre. Au bout de peu de temps, il est enraciné et couvre complétement le sol; alors on étend sur toute sa surface une légère couche de fumier de vache bien consommé; puis, au moyen d'une planche à laquelle on adapte un manche placé obliquement, on comprime le tout légèrement; après quoi, on introduit 0m,10 à 0m,12 d'eau, quantité bien suffisante pour cette culture. En été, on cueille le Cresson tous les quinze jours ou toutes les trois semaines. Pour le cueillir avec plus de facilité, on pose une planche en travers de la fosse. Dès qu'une fosse est récoltée, on la met à sec, et l'on étend de nouveau un peu de fumier de vache, qu'on appuie avec l'instrument mentionné ci-dessus, opération qu'il faut recommencer immédiatement après chaque coupe. Quand une fosse a produit pendant un an, on la détruit pour la replanter, comme nous l'avons indiqué précédemment, mais seulement après avoir enlevé les vieilles racines et les débris de fumier, qui forment une épaisseur assez considérable dans le fond.
On peut aussi en semer ou en planter sur le bord des cours d'eau, comme il en circule souvent dans les jardins d'agrément. Les tiges ne tardent pas à s'étendre, et l'on peut en couper chaque année jusqu'aux gelées, pourvu qu'on le fasse assez souvent pour l'empêcher de monter en graine.
La durée germinative des graines de Cresson de fontaine est de quatre ans.
Cresson de terre, Cresson vivace (Erysimum præcox).—Il peut remplacer le Cresson de fontaine, dont il a tout à fait la saveur. On le sème au printemps, en rayons, dans une terre franche, légère et humide.
La durée germinative des graines de Cresson de terre est de trois ans.
Cresson alénois (Lepidium sativum).—Comme cette plante monte très-vite en graine, on est obligé d'en semer très-souvent; les semis se font en rayons, au printemps sur couche, et en été à une exposition ombragée.
Les graines de Cresson alénois mûrissent en juin, et se conservent pendant cinq ans.
Variétés.—Cresson alénois frisé, — Cresson doré.
Échalote (Allium Ascalonicum).—On ne la cultive avec succès que dans une terre légère et substantielle, fumée de l'année précédente. Elle se multiplie de caïeux plantés en février et mars, à 0m,08 ou 0m,10 de distance, et presque à fleur de terre, afin d'éviter l'humidité, qui lui est très-préjudiciable. On choisit, pour replanter, les Échalotes les plus minces et les plus allongées, car ce sont celles qui produisent les plus belles bulbes. On les arrache en juillet ou en août, lorsque les feuilles sont sèches, et on les laisse deux ou trois jours au soleil, puis on les rentre dans un lieu sec.
Épinards (Spinacia oleracea).—On les sème, en lignes ou à la volée, depuis le mois de mars jusqu'à la fin d'octobre; et comme ils restent peu de temps en terre, on en sème souvent parmi les plantes nouvellement repiquées ou pour garnir les planches qui doivent être employées à une autre culture environ un mois après. Les semis d'été doivent se faire à une exposition ombragée; il faut arroser fréquemment, pour les empêcher de monter.
Les graines d'Épinards mûrissent en juillet, et se conservent pendant cinq ans.
Variétés.—Épinards de Hollande, — d'Angleterre, — de Flandre, — d'Esquermes, à feuilles de laitue.
Estragon (Artemisia dracunculus).—On le multiplie de graines, mais plus fréquemment par éclats des pieds, qu'on replante au printemps à bonne exposition. On coupe les tiges à l'entrée de l'hiver, et on couvre les touffes de quelques centimètres de terreau.
Fenouil (Anethum feniculum).—On en cultive plusieurs variétés; mais, comme légume, le Fenouil doux est le plus estimé. On le multiplie de graines que l'on tire d'Italie chaque année; celles qu'on récolte dans nos jardins dégénèrent promptement. On sème, de mars en juin, en place ou en pépinière, et on repique à 0m,40 de distance; puis on donne des binages et de fréquents arrosements pendant la sécheresse. Quand le Fenouil est assez fort, on le fait blanchir à la manière du Céleri. On mange les racines et les jeunes pousses.
La durée germinative des graines de Fenouil est de cinq ans.
Fève (Faba vulgaris).—On sème les premières Fèves en janvier, sous panneaux (pour semer à cette époque, on prend de préférence la Fève naine hâtive); en février, on les repique en rayons un peu profonds, qu'on trace à 0m,35 les uns des autres; on les couvre de litière pendant les mauvais temps, et lorsqu'elles ont quelques centimètres de hauteur on donne un binage, puis on achève de remplir les rayons, ce qui augmente la vigueur des plantes et des produits; lorsqu'elles sont défleuries, l'on pince toutes les extrémités, afin de forcer la séve à se porter vers le fruit. En février, on sème en pleine terre, par touffes ou en rayons; et à partir de cette époque, les semis peuvent être continués successivement jusqu'à la fin de mai; enfin, quelle que soit l'époque des semis, les soins consistent à donner quelques binages et à pincer l'extrémité des tiges, comme nous l'avons précédemment indiqué.
La durée germinative des semences de Fèves est de six ans.
Variétés.—Naine hâtive, — Julienne, — de marais, — de Windsor, — toujours verte, — violette, — à fleur pourpre, — à longue cosse.
Fraisier (Fragaria vesca).—On multiplie les Fraisiers de graines ou de filets, qui ne doivent être pris que sur du plant d'un an; car ceux qui proviennent de vieilles touffes produisent beaucoup moins, les fruits en sont moins beaux et de moins bonne qualité. On sème en mars, à une exposition ombragée; on couvre les graines d'une légère couche de terre fine, mêlée de terreau, et l'on entretient la fraîcheur de la terre par des bassinages.
Dès que le plant a quatre ou cinq feuilles, on le repique en pépinière, deux par deux, sur une vieille couche. Aussitôt après le repiquage, on bassine avec l'arrosoir à pomme, ce que l'on continue de faire suivant le besoin; et pendant quelques jours on garantit les jeunes plants contre l'action du soleil avec un peu de litière, qu'on étend bien légèrement.
Dans le commencement de juillet, on relève les plants en mottes pour planter en pleine terre, à environ 0m,15 de distance l'un de l'autre, et, comme après le premier repiquage, on protége la reprise par de fréquents arrosements. Le résultat de ces repiquages est de favoriser le développement d'une grande quantité de jeunes racines; et plus les Fraisiers en sont garnis, plus ils deviennent productifs. À partir de cette époque jusqu'au moment de les mettre en place, on a soin de supprimer toutes les fleurs et les filets qui se développent sur le jeune plant, et d'arracher ceux qui paraissent dégénérer, ce qu'il est facile de reconnaître à leur vigueur et à l'absence des fleurs.
Vers la fin de septembre, on donne un bon labour aux planches dans lesquelles on doit planter ses Fraisiers; et si le terrain ne se trouvait pas être de bonne qualité, il faudrait pour l'améliorer n'employer que des engrais bien consommés: car lorsque les racines des Fraisiers atteignent le fumier non consommé, les feuilles se dessèchent successivement, et souvent les touffes périssent. Après avoir bien préparé le terrain, on trace cinq rangs par planche de 0m,33 de largeur; puis on plante ses Fraisiers à 0m,35 de distance sur la ligne, ce qui toutefois ne doit avoir lieu que pour les Fraisiers des Quatre-Saisons, car pour ceux à très-gros fruits, tels que le Fraisier Keen's seedling, on trace quatre rangs seulement, et l'on plante à 0m,50 de distance sur la ligne; après quoi l'on continue de couper les fleurs et les filets de chaque touffe avant qu'ils soient enracinés, afin de concentrer sur chaque pied la force de reproduction dont ils sont doués.
Au printemps, on donne un binage à chaque planche; dès que les fleurs commencent à paraître, il faut couvrir la terre d'un paillis un peu long, ce qui d'une part a l'avantage de conserver l'humidité du sol, et de l'autre empêche les fruits de porter sur la terre. Les arrosements doivent être faits avec les arrosoirs à pomme, au printemps le matin, et le soir en été. L'année suivante, on continue les mêmes soins; mais, comme au bout de quelques années les produits dégénèrent, il ne faut pas conserver les Fraisiers plus de deux ans. Cependant, dans un bon terrain, on peut les conserver trois ou quatre ans, en ayant soin de les rechausser chaque année au printemps avec de la terre neuve.
Les Fraisiers qu'on multiplie de filets doivent être plantés en juillet, et comme ce que nous venons de dire pour les Fraisiers provenant de graines est en tout applicable à ces derniers, nous croyons inutile de traiter ce sujet plus longuement.
Des Fraisiers forcés.—Les Fraisiers cultivés pour forcer sont: le Fraisier des Quatre-Saisons, Keen's seedling, Princesse royale, Marguerite Lebreton, Victoria Trolopp, Elton.
Dans le courant de janvier ou dans les premiers jours de février, on pose des coffres, puis des panneaux, sur les planches des Fraisiers qu'on veut forcer; on enlève la terre des sentiers qui entourent les coffres jusqu'à environ 0m,45 de profondeur, après quoi on remplit les sentiers de fumier, mais jusqu'au niveau du sol seulement, et dans la première quinzaine de février on achève de les remplir. À partir de cette époque, il faut avoir soin de les entretenir à la hauteur des panneaux: pour cela, on rapporte du fumier au fur et à mesure qu'il en est besoin. On couvre les panneaux pendant la nuit avec des paillassons, et l'on donne de l'air au moment du soleil. Vers la fin d'avril, on commence à donner quelques bassinages, si la température l'exige, ce que l'on continue de faire au besoin. Les Fraisiers étant ainsi traités, les fruits commenceront à mûrir dans le courant d'avril.
Après la récolte, ou enlève les panneaux (qui peuvent encore servir pour mettre sur les Melons), ce qui n'empêchera pas les Fraisiers, ceux des Quatre-Saisons surtout, de fructifier jusqu'aux gelées. Néanmoins, on peut également obtenir une seconde récolte des Keen's seedling et autres variétés à gros fruits. Pour cela, il faut les priver d'eau pendant quelque temps, afin d'en arrêter la végétation; et lorsque les touffes sont presque fanées, on supprime une bonne partie des feuilles, on les bine légèrement, puis on favorise leur végétation par de bons arrosements. Dans les premiers jours d'août, on aura une seconde fructification, tout aussi abondante que la première.
Au lieu de détruire, après la récolte, les Fraisiers cultivés en pots, comme on a l'habitude de le faire, on peut, dans le courant de l'automne, retrancher les vieilles racines et renouveler la terre des pots. Traités après cette opération comme les jeunes plants que l'on renouvelle chaque année, ces Fraisiers donnent des fruits tout aussi beaux et tout aussi abondants que les jeunes plants. Nous avons vu à Tours, chez M. Bellanger, un de nos amis, des Fraisiers soumis à ce traitement depuis quinze ans, dont la vigueur ne laisse véritablement rien à désirer.
Depuis l'adoption du chauffage au thermosiphon, on a modifié la culture forcée des Fraisiers. Ainsi, après avoir traité les Fraisiers comme nous l'avons indiqué, vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, on les relève en mottes pour les planter dans des pots de 0m,15. On emploie pour l'empotage une bonne terre douce, passée à la claie, et, aussitôt après la plantation, on place les pots l'un à côté de l'autre dans un coffre, de manière à pouvoir les garantir des grandes pluies et des gelées, en posant dessus des châssis ou des paillassons; puis on les arrose pour en faciliter la reprise, et, comme pour les pieds cultivés en pleine terre, on supprime les filets et les fleurs au fur et à mesure qu'ils paraissent. Dans le courant de janvier, on prépare les coffres à recevoir les Fraisiers; puis on les place sur le sol, tous à côté les uns des autres, ou sur un gradin sous lequel on fait circuler les tuyaux du thermosiphon. Après avoir tout disposé, on bine la terre des pots, on enlève les feuilles mortes, et l'on pose les panneaux, que l'on couvre de paillassons pendant la nuit. Arrivé à ce point, on commence à les chauffer, ce qu'il ne faut faire que modérément et de manière à entretenir sous les panneaux une température de 12 à 15 degrés, et, comme nous l'avons indiqué pour les Fraisiers forcés en pleine terre, on bassine et on donne de l'air toutes les fois que la température est favorable. On peut, par ce moyen, avoir des fruits mûrs dès les premiers jours de mars. Comme ceux de pleine terre, les Fraisiers forcés en pots sont susceptibles de donner une seconde récolte; il suffit de les dépoter, de les planter en pleine terre et de leur donner les soins ci-dessus indiqués.
On divise les Fraisiers en plusieurs sections, qui contiennent chacune un grand nombre de variétés. Nous indiquerons seulement celles qui entrent le plus communément dans la culture.
La durée germinative des graines de Fraisiers est de trois ans.
Variétés.—Des Quatre-Saisons, — Ambroisia, — Amiral Dundas, — British Queen, — Eleonor Myatt, — Elton, — Jacunda, — Keen's sedling, — Lucas, — Marguerite Lebreton, — Napoléon III, — Princesse royale, — Sir Harry, — Victoria Trolopp, — Vicomtesse Héricart de Thury.
Haricot (Phaseolus vulgaris).—On sème les premiers Haricots en décembre, sur couche et sous panneaux; mais, comme à cette époque, il y a souvent absence complète de soleil, ce qui est très-défavorable à ce genre de culture, il est préférable de ne commencer ce travail que dans le courant de janvier, et à partir de cette époque l'on peut continuer jusqu'à la fin de mars. On sème sur couche et sous panneaux, et aussitôt après le développement des cotylédons, on repique les Haricots en pépinière, toujours sur couche et sous panneaux. Quelques jours après, on prépare une couche d'environ 0m,50 d'épaisseur dont la chaleur soit de 20 à 25 degrés; on pose les coffres, on charge la couche de 0m,12 à 0m,15 de terre légère, et l'on plante les Haricots.
On trace quatre rangs par coffre, et l'on plante à environ 0m,15 sur la ligne; après quoi les soins à donner consistent à refaire les réchauds de temps à autre, afin d'entretenir la chaleur nécessaire dans la couche; à couvrir les panneaux pendant la nuit; à donner de l'air toutes les fois que la température le permet; enfin, à bassiner au besoin, surtout au moment de la floraison, afin d'empêcher les fleurs de couler; et lorsque les Haricots ont environ 0m,25 de hauteur, on les couche vers le haut du coffre, puis on les maintient dans cette position au moyen de petites tringles de bois qu'on pose sur les tiges. Peu de jours après, l'extrémité des tiges se relève (on peut alors enlever les tringles), mais la partie inférieure reste couchée sur le sol. Ainsi traités, on commence ordinairement à cueillir les premiers Haricots six semaines après le semis.
C'est souvent à tort que l'on détruit les Haricots aussitôt après qu'on en a récolté les premiers produits; car en les nettoyant avec soin, opération qui consiste à enlever les feuilles mortes et les fruits que l'on a trouvés trop petits pour être cueillis, ils donneront au bout de quelque temps une seconde récolte aussi abondante que la première.
On peut faire avec avantage l'application du chauffage par le thermosiphon à la culture des Haricots sous panneaux. Il suffit alors de préparer une couche très-mince dans le but seul de garantir les Haricots de l'humidité du sol, puis on fait circuler les tuyaux de l'appareil au-dessus de la couche; on entretient la chaleur de 15 à 20 degrés sous les panneaux; et comme l'on peut régler ce chauffage à volonté, on découvre tous les jours, sans avoir égard à l'état de la température, et l'on donne de l'air aussi souvent qu'il est nécessaire, ce qui contribue puissamment au succès de l'opération.
En avril, on semé encore sur couche, mais on repique en pleine terre et sous cloches. On repique trois Haricots sous chacune; au bout de quelques jours, on commence à donner de l'air, puis on enlève les cloches lorsque les gelées ne sont plus à craindre et que la température est favorable. Il va sans dire qu'on peut indifféremment employer des cloches ou des panneaux.
On sème en pleine terre en mai; en terre légère, on sème dans la première quinzaine du mois; mais en terre forte, dans la seconde seulement, par touffes, ou mieux en rayons, car, par ce moyen, on obtient une végétation beaucoup plus vigoureuse, et par conséquent, des produits plus abondants. On trace des rayons d'environ 0m,05 de profondeur à 0m,40 les uns des autres; après quoi, on sème les Haricots un à un, à 0m,15 ou 0m,20 sur la ligne, puis on les couvre d'environ 0m,02 de terre.
Pour semer par touffes, on fait des trous de 0m,05 à 0m,06 de profondeur, disposés en échiquier, à 0m,40 les uns des autres; on sème cinq ou six Haricots dans chacun, puis on les recouvre de la même quantité de terre que ceux qui sont semés en rayons. Quelque temps après, on donne un binage pour faciliter la levée des graines; mais c'est seulement lorsque les Haricots sont bien levés qu'on finit de remplir les trous ou les rayons. À partir de l'époque ci-dessus indiquée, on peut semer des Haricots en pleine terre, jusqu'à la mi-août, pour manger en vert (les Haricots qu'on cultive particulièrement pour cet usage sont: le Nain de Hollande, le Flageolet et le Bagnolet); mais, quand on veut récolter en sec, il ne faut pas semer après le mois de mai, excepté pour quelques variétés naines hâtives, que l'on peut encore semer dans la première quinzaine de juin. On cultive encore un grand nombre de variétés de Haricots, que l'on divise en deux catégories.
La durée germinative des semences de Haricots est de trois ans.
Haricots à manger en vert ou écossés.—Nain de Hollande, h. 0m,30,—Noir de Belgique, h. 0m,35,—de Soissons nain, h. 0m,50.—de la Chine, h. 0m,35,—Flageolet, h. 0m,35,—Fl. jaune, h. 0m,40,—Suisse blanc, 0m,45,—S. gris, h, 0m,45—de Chartres, h. 1m,40,—de Soissons, h. 2m,—Sabre, h. 2m,—Riz, h. 0m,60.
Haricots sans parchemin ou Mange-tout.—Nain blanc, h. 0m,50,—Sabre nain, h. 0m,50,—de Prague marbré nain, h. 0m,45,—Princesse nain, h. 0m,40,—Jaune du Canada, h. 0m,40,—Beurre nain, h. 0m,35,—Predomme, h. 1m,50,—Princesse, h. 2m,—Beurre 2m,50,—B. blanc, h. 2m,—de Prague rouge, h. 2m,50,—de P. marbré, h. 2m,—de P. bicolore, h. 2m,50,—de Villetaneuse, h. 2m.
Igname de la chine (Dioscorea Batatas).—Cette plante, dont l'introduction en France date de 1848, a résisté à l'épreuve du temps, sous laquelle ont succombé un grand nombre de plantes nouvelles. Elle justifie de plus en plus les espérances fondées sur les services qu'elle rend dans son pays natal, et l'on peut dire maintenant qu'elle est digne à tous égards de figurer au premier rang sur la liste de nos plantes potagères.
La saveur des racines tuberculeuses de l'Igname de la Chine diffère peu de celle de la Pomme de terre; elles sont aussi riches en fécule, et peuvent, comme la Pomme de terre, recevoir toute sorte d'assaisonnements.
Ces racines sont annuelles; laissées en terre, elles s'atrophient chaque année, mais seulement après avoir donné naissance à de nouvelles racines, qui partent du collet de la plante.
On multiplie l'Igname de la Chine en plantant, en mars ou avril, sans plus de soins que n'en exige la culture bien comprise de la Pomme de terre, soit les bulbilles qui naissent dans les aisselles des feuilles, soit les jeunes racines que produisent les bulbilles, soit enfin le collet des racines destinées à la consommation. On plante les Ignames de la Chine en lignes, à 0m,20 ou 0m,25 les unes des autres, en tous sens. Dans les terrains siliceux, qui conviennent mieux que tous les autres à la culture de cette plante, la récolte des Ignames de la Chine peut être faite l'année même de la plantation. Les frais d'arrachage ne dépassent pas sensiblement alors ce que coûte ordinairement la récolte des Carottes longues, par exemple. Néanmoins, pour obtenir de cette plante tout ce qu'elle peut produire, il faut laisser les racines en terre pendant deux ans. D'après ce que nous avons été à même de constater dans nos propres cultures, le rendement en racines de l'Igname de la Chine dépasse toujours de beaucoup la seconde année ce que la même étendue de terrain aurait pu produire de Pommes de terre. Il en résulte que, malgré les deux années de culture et les frais d'arrachage, cette opération offre encore des avantages certains.
Bien que les tiges de l'Igname de la Chine soient grimpantes, elles n'ont pas besoin d'être ramées, et l'on peut les laisser ramper sur le sol. S'il arrivait même qu'elles prissent un trop grand développement la seconde année, on pourrait sans inconvénient en donner une partie aux bestiaux, qui les mangent avec plaisir comme fourrage frais. L'Igname de la Chine est peu sensible au froid; sous le climat de Paris, elle passe très-bien en pleine terre les hivers ordinaires. Cependant, il est prudent d'arracher les Ignames de la Chine dès que les tiges sont complétement sèches.
Placée dans les mêmes conditions que la Pomme de terre, l'Igname de la Chine peut se conserver facilement cinq et six mois hors de terre.
Laitue (Lactuca sativa).—On en cultive deux races principales: les Laitues pommées (Lactuca capitata) et les Laitues romaines (Lactuca romana).
Laitues.—On les divise en Laitues pommées, de printemps, d'été, d'hiver, et à couper.
Laitues de printemps.—Dans la première quinzaine d'octobre, on sème la variété dite petite noire, sur un ados exposé au midi; lorsque les cotylédons sont bien développés et que les premières petites feuilles commencent à paraître, on place trois rangs de cloches sur l'ados, et l'on repique sous chacune une trentaine de plants; puis on élève ces Laitues sans jamais leur donner d'air. Mais il n'en est pas de même pour les autres variétés, qu'on sème dans la seconde quinzaine du mois: car lorsque le plant est bien repris, ce qui se voit quand il commence à végéter, on donne un peu d'air en soulevant les cloches d'environ 0m,03 du côté opposé au vent. Au bout de quelques jours, on augmente progressivement, selon l'état de la température, et afin de fortifier le plant. Il ne faut rabattre les cloches que lorsqu'il gèle à 2 ou 3 degrés. Lorsque la gelée devient plus forte, on garnit les cloches avec du fumier bien sec, qu'on augmente en raison de l'intensité du froid.
On découvre les cloches au moment du soleil; mais on doit s'assurer avant si le plant ne souffre pas de la gelée; car il faudrait alors, au lieu de découvrir, augmenter la couverture et le laisser dégeler graduellement.
Dans la première quinzaine de novembre, on plante sur couche (sous panneaux ou sous cloches), et à partir de cette époque, on continue successivement jusqu'à la fin de février. En mars, on plante en pleine terre, à bonne exposition, toujours avec des plants pris sur le même ados.
Vers la fin de février ou au commencement de mars, on sème sur couche et sous panneau; et lorsque le plan est assez fort, on le repique en planches que l'on aura eu soin de pailler avant la plantation.
Variétés.—Crêpe ou petite noire, — Gotte, — Georges, — À bord rouge. — Bigotte.
On sème aussi ces variétés en août et en septembre; on les plante sur des vieilles couches, qu'on recharge de terreau, de manière qu'elles se trouvent près du verre; mais c'est seulement quand il gèle qu'on les recouvre de panneaux, et en ayant soin de leur donner autant d'air qu'il est possible. On en conserve souvent jusqu'en décembre.
Laitues d'été.—On commence à en semer dès les premiers jours d'avril, puis jusqu'en juillet, successivement tous les quinze jours, afin d'en avoir qui se succèdent pendant toute la saison. Les soins sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués précédemment; seulement, en raison de l'époque, les arrosements doivent être beaucoup plus fréquents.
Variétés.—Blonde de Versailles, — Bl. d'été, — Bl. de Berlin, — Batavia blonde, — Bl. brune, — de Malte, — Turque, — Impériale, — verte de Gênes, — grosse brune paresseuse, — Palatine, — rouge chartreuse, — rousse à graine jaune, — sanguine ou flagellée.
Laitues d'hiver.—On commence à les semer en août, et l'on peut continuer jusque vers le milieu de septembre. En octobre on les plante dans une plate-bande, à bonne exposition, et on les garantit des fortes gelées et de la neige en les couvrant avec de la litière, qu'on enlève toutes les fois que le temps le permet.
Variétés.—De la passion, — Morine — Brune d'hiver.
Laitues à couper.—On peut facilement en avoir presque toute l'année, et en commençant à semer sur couche en janvier et en février, puis en pleine terre dès le mois de mars successivement jusqu'en novembre.
Variétés.—À pincer, — Chicorée, — Épinard.
Laitues romaines.—On en cultive plusieurs variétés que l'on peut classer, comme les Laitues pommées, en Romaines de printemps, d'été et d'hiver.
Romaines de printemps.—Dans la première quinzaine d'octobre, on sème la Romaine verte hâtive, et dans la seconde, les Romaines blonde et grise maraîchère; on traite le plant comme celui des Laitues pommées cultivées à cette époque; seulement, dans le courant de novembre, on relève le plant des Romaines vertes pour le replanter immédiatement; mais alors on n'en place plus que douze ou quinze par cloche.
Vers la fin de décembre ou le commencement de janvier, on commence à planter sous panneaux ou sous cloches, et à partir de cette époque on continue successivement jusqu'à la fin de février; en mars, on plante en pleine terre, à bonne exposition.
Romaines d'été.—On les cultive absolument comme les Laitues d'été, à la seule différence que pour les faire blanchir, on lie avec un ou deux liens de paille les variétés qui ne se coiffent pas elles-mêmes. Cette opération ne doit avoir lieu que par un temps sec, et dès lors il faut s'abstenir de mouiller les feuilles en arrosant.
Variétés.—Alphange, — Blonde de Brunoy, — Monstrueuse, — Panachée, — Dorée, — À feuille de chêne.
Romaines d'hiver.—On les traite comme les Laitues d'hiver; et pour semer à cette époque, on donne généralement la préférence à la Romaine rouge d'hiver, variété très-rustique et supportant le mieux les gelées.
Les graines de Laitues et de Romaines mûrissent en août, et elles se conservent bonnes pendant cinq ans.