On prend des attitudes abattues,—des airs déshonorés à n’en plus finir.
Dernièrement des carrés de papier (organes de l’opinion publique) avaient fait croire aux Français que l’on jouait à Londres une pièce injurieuse pour notre honneur national,—intitulée le Coq gaulois chante, mais il ne se bat pas.
Les Français se sont indignés, sans penser que pendant quinze ans, en France, il ne s’est pas joué un seul vaudeville,—où il n’y ait eu un Anglais bafoué et battu.
Indignation de plus en plus véhémente des carrés de papier,—et par contre-coup du peuple français.
Pendant ce temps, Victor Bohain,—qui est aujourd’hui à Londres, et qui,—lorsqu’il demeurait à Paris, n’allait au théâtre que pour y dormir,—s’est mis à courir les théâtres de Londres, et n’a pu voir ni la pièce en question, ni rencontrer quelqu’un qui l’eût vue quelque part.
image d’une guêpe PROGRÈS DE L’ANNONCEP:—On lit dans divers journaux:
«M. Lacordaire prêchera dimanche à Notre-Dame, en habit de franciscain.»
Cela rappelle beaucoup les affiches des théâtres de province qui annonçaient que mademoiselle Georges jouerait avec tous ses diamants.
image d’une guêpe Au bal déguisé de lundi chez la reine, où toutes les femmes étaient brillantes, on a remarqué madame la duchesse de Nemours, qui était admirablement belle dans un costume choisi par le roi, qui avait mis tous ses soins à la rendre encore plus jolie.
Les princes étaient tous fort exactement costumés. On a dansé jusqu’à cinq heures.
Le lendemain,—le prince de Joinville,—le duc de Nemours—et le duc d’Aumale—ont demandé à M. L... un bal où ils sont arrivés déguisés, le premier en débardeur,—le second en hussard,—le duc d’Aumale en marin;—ils se sont fort amusés,—et se sont laissés aller à mille folies, entre autres de déchirer les habits de ceux qui n’étaient pas déguisés.—Leur danse a été si animée, que, dans un établissement public, elle eût inévitablement éveillé la sollicitude des sergents de ville.—Le duc de Nemours a ôté son habit.—Il est possible,—comme dit le vieux journal, le Constitutionnel, dans ses jours de terreurs,—que nous dansions sur un volcan;—mais il faut dire que nous y dansons beaucoup.
image d’une guêpe Voici une anecdote que m’a racontée un jour,—en dînant chez notre ami G***,—ce bon général Clary, qui vient de mourir subitement:
Il était lieutenant, et se trouvait à dîner à la campagne avec le général Lasalle.—Un bourgeois arriva un peu en retard et fort en désordre,—et dit pour s’excuser qu’il avait mis pour la première fois au cabriolet un cheval très-vigoureux qu’il avait;—que le cheval s’était emporté, avait rompu les brancards; que son domestique était blessé, et que c’était un grand hasard si lui n’avait pas été tué;—que, du reste, il avait donné ordre à son domestique de reconduire le cheval sans l’atteler.
—Il est donc bien difficile?—demanda le général Lasalle:
—Si difficile—que je considère comme impossible de l’accoutumer jamais à la voiture.
—Voulez-vous me prêter votre cheval et votre cabriolet pour m’en retourner à la ville après dîner?
—D’abord, mon cabriolet est brisé,—et, ne le fût-il pas, je ne voudrais pas vous exposer à un danger que je crois très-grand et inévitable.
—C’est égal, j’y tiens.—Obligez-moi, mon cher, dit le général au maître de la maison, de me faire avoir un cabriolet.
On veut détourner le général, mais il se montre si décidé, qu’on lui cède.
—Lieutenant Clary, dit-il, voulez-vous m’accompagner?
—Certainement, général.
Après dîner,—on attelle le cheval;—Clary et Lasalle allument chacun un cigare,—et montent dans le cabriolet après avoir subi de nouvelles observations.
Le cheval gagnait à la main, et portait le nez au vent.—Le bruit des roues l’effrayait au point de lui faire faire des bonds convulsifs.—Lasalle, qui était très-vigoureux,—le maintenait de toutes ses forces.—Bientôt il fut obligé de tourner chacune des rênes autour de ses mains;—mais on arriva à une chaussée pavée,—le bruit des roues augmenta;—le cheval devint fou et s’emporta tout à fait, malgré les efforts de Lasalle.—La situation se trouva bientôt très-aggravée par cette circonstance qu’il se rencontra une colline à descendre. «J’avais assez peur,» disait Clary en racontant le fait.
Lasalle me dit: «Faites comme moi.»—Il me donna une des rênes,—il se mit à tirer sur l’autre de ses deux mains.
Mais bah!—le cheval ne courait que plus fort.
Alors Lasalle me dit froidement: «Rendez-moi la rêne.»—Je la lui donnai;—il noua les deux ensemble et les jeta par-dessus le tablier du cabriolet, sur le dos du cheval, croisa les bras et se remit à fumer son cigare, qui n’était pas éteint,—le mien l’était.—Le cheval alors—n’étant plus gêné,—se lança à travers la campagne, franchissant les fossés.
—Voulez-vous du feu, Clary?—me dit le général.
Mais à ce moment—le cheval, le cabriolet, Lasalle et moi, fûmes précipités au fond d’un ravin,—le cheval à moitié mort, le cabriolet brisé,—moi fort étourdi;—Lasalle, debout,—me répéta: «Voulez-vous du feu?»—Ma foi,—je rallumai mon cigare, qu’au moment de la chute j’avais machinalement et convulsivement tenu serré entre mes dents,—et nous continuâmes la route à pied.
image d’une guêpe Dans la discussion des fonds secrets, M. Thiers a dit qu’il n’y a plus à faire que de la politique extérieure,—le tout parce que sa femme ne veut recevoir que des étrangers, et parce qu’elle a du ruban violet et blanc. Ceci veut dire que, manquant d’idées pour gouverner et organiser son pays, il demande à remuer l’Europe pour que le bruit du monde empêche de voir le trouble de la France.
La gauche,—qui faisait de si longs discours contre les fonds secrets,—les a votés,—comme un seul homme,—en faveur de M. Thiers,—les marchande cette fois-ci à son successeur.—On n’est violée qu’une fois, ô gauche! et il est ridicule de jeter de si grands cris à la seconde.
image d’une guêpe Éloquence de M. Taschereau: «Ah!—oh!—hi!—han!—je demande l’appel nominal.»—(A propos de l’armée): «A bas les sinécures!»—A M. Guizot: «Allez à Gand!»—A M. Soult: «Vous n’étiez pas au siége de Troie.»
image d’une guêpe Le rapport des fortifications traîne en longueur à la Chambre des pairs, c’est déjà quelque chose que cette lenteur, comparativement à la pétulance de l’autre Chambre.
image d’une guêpe Nous avons cependant la douleur de répéter ici—que la coalition des Tuileries et du National l’emportera,—que les ambassadeurs, les généraux, les hommes dépendants, et tous ceux qui veulent le devenir,—se joindront pour voter le projet de loi—à une portion de la Chambre très-prononcée contre le projet en paroles, et qui se laissera attendrir. On craint la faiblesse de MM. Pasquier et Portalis.
image d’une guêpe M. Ancelot a été élu à l’Académie;—cette élection est entachée de vaudeville,—il faut l’avouer.
image d’une guêpe M. de Chateaubriand, qui n’écrit plus une ligne sans parler de sa mort et de sa sépulture,—semble s’être fait le saule pleureur de sa propre tombe.
image d’une guêpe La direction de l’Opéra, qui n’est que l’application du 1er mars à l’art dramatique, est menacée d’un changement de ministère.—C’est vers le 1er juin qu’aura lieu cette révolution;—on remarque déjà qu’il n’y a plus que la Favorite et plus de répertoire.
Histoire d’un monsieur auquel il manquait trente-quatre sous.—Sur la propriété littéraire.—M. Berville.—M. Chaix-d’Est-Ange.—M. Lherbette.—M. Durand de Romorantin.—M. Hugo.—M. de Lamartine.—Histoire de M. M*** et d’un commissaire de police.—Un mot d’ami sur M. Villemain.—De la valse à deux temps.—Des miracles du puits de Grenelle.—Une histoire d’un voleur.—Sur les fortifications.—A quoi tient un vote.—M. Thorn.—Les fleurs des critiques et des romanciers, et, en particulier, de quelques fleurs de M. Eugène Sue.—Un œillet.—Un mot d’amie.—Un distique sur un avocat.—De la tyrannie et de l’inviolabilité de MM. les comédiens.—La vérité sur mademoiselle Eissler aux États-Unis.—Le timbre, les Guêpes et les cachemires.—De l’éloquence du Palais.—M. Léon Bertrand.—Deux nouvelles étoffes.—L’exposition de peinture.
image d’une guêpe Pour cette fois, je commence bien.—J’ai envoyé mon sommaire aux journaux, et on me fait remarquer que je suis coupable d’un délit.—La loi est formelle.
J’ai dit trente-quatre sous, j’en ai le droit dans mon volume; mais, dans les annonces, je dois dire un franc soixante-dix centimes.—Dans un pays où quatre cents hommes passent leur vie à faire des lois avec d’autant plus d’empressement que, pour les uns,—leur âge, leur fortune et leur position ne les soumettent pas aux lois qu’ils font;—que pour les autres,—tous avocats, toute loi enfante des procès,—il est impossible d’aller de l’église Notre-Dame-de-Lorette au boulevard sans avoir contrevenu à deux ou trois lois et à cinq ou six ordonnances.
Ainsi, si un libraire,—par fantaisie,—s’avisait de mettre dans les annonces qu’il ferait d’un livre de M.*** ces deux vers qui se trouvent dans l’ouvrage:
Il voudrait bien dire:
Autrement,—ceci n’est pas une plaisanterie,—il peut être poursuivi et condamné.
J’ai quelque raison de m’alarmer à ce sujet,—parce que la semaine ne m’a pas été favorable.—J’ai été condamné à la prison pour la garde nationale, et au timbre par je ne sais quel tribunal.—Par suite de quoi, mon premier numéro sera timbré.—Avec quelque pureté de cœur que je me réveille chaque jour, j’ai, depuis quelque temps, bien du mal à me coucher innocent.
image d’une guêpe Parlons de l’homme aux trente-quatre sous:—l’homme aux trente-quatre sous (vieux style) est M. Pelletier-Dulas,—élu député à Château-Chinon, dont l’élection a été annulée par la Chambre à cause qu’il s’en faut de un franc soixante-dix centimes—qu’il paye le cens d’éligibilité.
image d’une guêpe Ce monsieur a paru plus qu’assez audacieux de s’aller ainsi glisser en la compagnie de gens qui payent trente-quatre sous de plus que lui;—on l’a renvoyé avec ses pareils, c’est-à-dire avec des gens qui payent trente-quatre sous de moins que M. Auguis.—Si M. Auguis lit les Guêpes, il doit rire dans sa barbe de ce que je le prends ici pour exemple.
image d’une guêpe Toujours est-il que M. Pelletier-Dulas,—qui, avec trente-quatre sous de plus,—eût fait des lois pour les autres, s’en est retourné à Château-Chinon subir les lois qu’il plaira de faire à ceux qui ont trente-quatre sous de plus que lui.—Et, s’il veut parler en public, il sera obligé de se faire membre de quelque société philanthropique ou scientifique, ou patriotique ou religieuse,—toutes ayant divers prétextes,—mais n’ayant qu’un seul et même but,—ainsi que j’ai déjà eu occasion de le dénoncer, à savoir: de monter sur quelque chose et de parler devant d’autres gens.
image d’une guêpe C’est pourquoi—je suis décidé à ne plus laisser faire cette vieille plaisanterie usée sur la loquacité des femmes—à une époque où les hommes feignent une foule de goûts, de vertus, de vices, de sciences, de missions, de devoirs, etc., pour se rassembler dans des endroits et y parler d’abord, chacun à son tour, au commencement des séances, puis tous à la fois, pour ne pas perdre de temps à écouter.
image d’une guêpe DE LA PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE.—Une des plus grandes preuves de l’amour de la parole dont sont possédés les gens en ce temps-ci est sans contredit—la ridicule discussion sur la propriété littéraire.
Je commencerai par dire que je suis aussi désintéressé dans la question que M. Lherbette ou M. Chaix-d’Est-Ange,—qui n’écrivent pas.
Si j’avais eu besoin ou désir d’argent,—j’aurais fait un tout autre métier que celui de poëte,—métier auquel je ne demande que l’indépendance,—la paresse et la dignité,—acceptant comme argent trouvé—celui qui me revient de mes vers ou de ma prose.
De quoi je donnerai pour preuve,—seulement en ce qui regarde les Guêpes,—que depuis un an et demi que je les publie—je n’ai jamais prétendu tirer aucun bénéfice des reproductions qu’en ont faites les journaux de Paris et surtout de la province,—ne suivant pas en cela l’exemple de mes confrères de la Société des gens de lettres,—Société sur laquelle je me suis suffisamment expliqué—dans mon volume du mois de mars 1840;
Que j’ai refusé formellement de joindre à mon volume quelques pages d’annonces,—pour lesquelles on m’offrait d’assez fortes sommes,—ce que je ferai seulement à prendre du mois prochain,—pour m’aider à payer le timbre, auquel j’aurai à donner six cents francs par mois,—ce que je serais assez embarrassé de faire sans cet expédient.
image d’une guêpe J’avais proposé une loi,—claire et simple suffisamment: La propriété littéraire est une propriété.
M. de Lamartine et quelques bons esprits étaient de mon avis;—mais ils n’ont pas osé proposer à la Chambre quelque chose d’aussi raisonnable, et ils ont pris un terme de cinquante ans, qui a été repoussé.
image d’une guêpe On ne peut,—disait-on, assimiler les œuvres de l’esprit et de l’intelligence aux propriétés grossières et matérielles;—ces œuvres appartiennent à la société,
Tudieu! messieurs, quel respect aujourd’hui et quelle humilité!—cela ressemble beaucoup à l’action de Jacques Clément, qui se met à genoux pour mieux poignarder Henri III.
image d’une guêpe La société,—qu’entendez-vous par ce mot? Qu’est-ce que la société a en commun?—La société qui profitera des œuvres de l’esprit, ce sera, dans vingt ans,—un libraire,—un marchand de quelque chose;—ce sera un Lebigre ou un Ledentu d’une autre époque.—Hélas!—hélas!—mes bons messieurs de la Chambre,—je vous le dis, en vérité,—c’est une loi agraire que vous nous proposez là;—c’est un partage des œuvres de l’intelligence;—et,—je suis forcé de le faire remarquer, messieurs mes représentants,—j’ai toujours vu que les gens qui criaient le plus fort pour le partage étaient ceux qui mettaient le moins à la masse.—Les lois agraires n’ont jamais, a aucune époque que je sache,—été présentées par les gros capitalistes et les riches propriétaires.—Je ne pense pas que M. Roy—ou M. de Boissy—soient fort partisans d’une loi agraire,—messieurs.—C’est un rapprochement qui n’est peut-être pas très-heureux pour vous, messieurs.
image d’une guêpe Je l’ai déjà dit,—ce n’est pas la chose en elle-même qui me frappe;—pour moi, je n’ai jamais demandé beaucoup d’argent à la littérature,—et je puis, quand je voudrai, gagner ma vie à deux ou trois autres métiers que j’ai appris.—Je suis jardinier et laboureur, et je compte pour un bon travailleur sur les bateaux de pêche d’Étretat.
Mais je prends en grande pitié—ces pauvres gens qui s’intitulent conservateurs,—et auxquels on a tant de fois demandé déjà avec raison: «Mais que conservez-vous donc?»
Voici que l’on attaque la propriété—par un de ses côtés, il est vrai, les moins respectés;—mais, quoi qu’il en soit,—c’est toujours la propriété.
Et il ne s’est pas trouvé, à la Chambre, un homme pour dire:
«Messieurs,—il n’y a pas plusieurs sortes de propriété;—la question qui nous est soumise n’existe pas,—la propriété littéraire est garantie par les lois, déjà au moins assez nombreuses, sur la propriété.—Nous n’avons rien à faire;—si nous faisons une loi sur la propriété littéraire, il n’y a pas de raison pour que nous ne fassions pas une loi spéciale sur toutes les formes de la propriété;—et je vous propose une loi—sur chacune des formes que voici:
»Sur la propriété des chapeaux;
| Idem | melons cantaloups; |
| Idem | maraîchers; |
| Idem | abricots; |
| Idem | prunes; |
| Idem | pêches; |
| Idem | —à l’eau-de-vie; |
| Idem | de l’habit vert de M. Auguis.» |
image d’une guêpe Accordez, messieurs, aux œuvres de l’esprit—l’admiration ou le mépris que vous voudrez,—mais, comme propriété, je n’admets ni l’emphase de votre éloge hypocrite,—ni votre dédain superbe; les deux vers dont je viens de trouver la dernière rime—m’appartiennent juste et sans aucune différence comme la planche appartient au menuisier qui vient de la raboter.
image d’une guêpe Il y a un monsieur payant trente-quatre sous de plus que M. Pelletier-Dulas, je retrouverai son nom,—je l’espère.—Ceux qui liront les Guêpes plus tard et qui y verront l’histoire de ce temps-ci—ne me pardonneraient pas de ne leur avoir pas conservé ce nom.
Ledit monsieur a remarqué—que les poëtes avaient plus de talent quand ils étaient plus pauvres,—et qu’il n’y avait conséquemment pas lieu à garantir leurs propriétés, ni à assurer leur fortune.
C’est absolument—comme les huîtres que l’on fait jeûner pour qu’elles soient meilleures à manger;—comme les pauvres volatiles auxquels on crève les yeux pour qu’ils engraissent plus vite;—comme les carpes que l’on fait cuire toutes vivantes pour augmenter leur saveur.
image d’une guêpe Pourquoi,—ô mon bon monsieur! pendant que vous y étiez,—n’avoir pas rédigé la chose en un petit aphorisme,—comme celui de la Cuisinière bourgeoise?
«Le lapin aime être écorché vif, le lièvre préfère attendre.»
«Le poëte aime mourir de faim, le député préfère manger.»
image d’une guêpe Mais, messieurs les conservateurs, si vous aviez, faute de mieux, conservé un peu de sens et de raison—au milieu de la folie universelle,—n’auriez-vous pas remarqué quels terribles arguments vous donnez à l’émeute?
Si moi, par exemple, je croyais et tenais à ma propriété littéraire,—que répondriez-vous à ces paroles que je vous dirais:
«Comment! vous,—monsieur un tel,—vous me niez la propriété des œuvres de mon esprit, de ce que j’ai créé,—de ce qui n’existait pas avant moi!—et vous voulez que je reconnaisse votre droit et celui de vos descendants sur cette belle campagne où vous passez les étés,—sur une portion de la terre, de l’herbe, de l’eau et des fruits, qui existaient avant vous,—qui existeraient sans vous,—qui existeraient malgré vous,—que Dieu nous a donnés à tous en commun, sans que rien en indique le partage;—tandis qu’il a pris la peine de partager à chacun l’intelligence et l’esprit!—Voyez plutôt votre part.»
image d’une guêpe Messieurs,—a dit M. Berville,—il me semble que l’homme de lettres n’est pas trop malheureux;—le président du conseil est un homme de lettres,—le ministre de l’instruction publique est un homme de lettres,—le président du dernier conseil était un homme de lettres,—et le rapporteur de la loi est un homme de lettres.
Très-bien, monsieur Berville,—vous en verrez bien d’autres, je vous assure.—Puisque vous voulez absolument les mettre hors du droit commun,—ils arriveront à tout,—comme cela commence déjà assez bien;—mais ils arriveront comme on entre dans un pays conquis,—en ravageant et en détruisant.
Messieurs les conservateurs, que Dieu vous conserve! car vous vous conservez bien peu vous-mêmes.
image d’une guêpe Il s’est élevé à la Chambre une facétieuse discussion,—qui a donné à MM. Chaix d’Est-Ange,—Lherbette et Durand de Romorantin—une occasion de développer un esprit de galanterie qui doit les avoir mis au mieux dans l’esprit de nos bas-bleus.—Que leurs faveurs leur soient légères!
Ces messieurs voulaient que la femme de lettres fût placée au-dessus de la loi qui régit toutes les autres femmes,—et peu s’en est fallu qu’il ne fût voté cette monstruosité:—«Qu’une femme pourrait publier malgré son mari des ouvrages dont il est moralement, matériellement et légalement responsable,—c’est-à-dire des ouvrages dont chaque ligne peut lui amener un duel ou un procès ruineux.» C’est Me Dupin qui a sauvé la Chambre de ce vote par trop saint-simonien.
image d’une guêpe Voici deux vers faits d’avance pour la postérité, que j’ai trouvés l’autre jour au bas du portrait d’un avocat—chez un de ses amis:—
image d’une guêpe Voici un mot qu’un ami de M. Villemain disait en l’entendant causer l’autre soir: «Mon Dieu! que Villemain est donc aimable! Il ne dit pas un mot de ce qu’il pense, il ne pense pas un mot de ce qu’il dit,—mais qu’il est donc spirituel et gracieux!»
image d’une guêpe M. Mac ***, citoyen médiocre, monte rarement sa garde.—Dernièrement il avait laissé amasser sur sa tête douze jours de prison;—comme tout le monde,—après avoir échappé vingt fois à la vengeance de la société, représentée par MM.—Ripon,—Begouin, Verther, Rostain, etc., et autres gardes municipaux, il fut une fois pris au gîte par un commissaire dûment escorté et orné de son écharpe.
—Messieurs, vous me permettrez de m’habiller?
—Oui, monsieur,—mais je ne vous quitte pas,—nous connaissons les tours,—et cette fois vous ne nous échapperez pas.
—Comme vous voudrez.—Joseph, donne-moi des bas.
—Voici les bas que demande monsieur.
—Quels bas est-ce que tu me donnes là?
M. Mac *** jette les bas sur son lit avec impatience et dit:
—Donne-m’en d’autres.
—En voici d’autres.
—Que diable veux-tu que je fasse de ceux-ci?—Tiens, décidément j’aime mieux les premiers.
M. Mac *** va reprendre les bas qu’il a jetés sur son lit,—mais ils sont tombés dans la ruelle;—il tire un peu le lit,—passe derrière et se baisse pour les ramasser.
—Allons, monsieur,—disait le commissaire,—avouez que vous espériez n’être pas encore pris de sitôt.—Vous en avez attrapé plusieurs.—Mais je me suis chargé moi-même de votre affaire,—et je me suis dit: «Voyons donc le monsieur qui est si malin.»—Eh bien! vous ne trouvez donc pas vos bas?—c’est singulier, ce qu’on perd de temps à chercher ses bas;—moi, c’est mon chapeau que je perds sans cesse.—Dites donc, monsieur, ils sont peut-être restés dessus.—Je suis sûr qu’à la fin de ma vie j’aurai passé huit ans à chercher mon chapeau.—Oh! ça, c’est une plaisanterie.—Monsieur le comte, relevez-vous donc,—je sais bien où vous êtes,—il ne faut pas un quart d’heure pour ramasser une paire de bas.—Allons donc.—Nous n’en finirons jamais.
—Monsieur le commissaire,—dit Joseph,—écoutez un peu.
Le commissaire prêta l’oreille et dit:
—Eh bien! c’est un bruit de voiture? qu’est-ce que ça me fait?—Allons donc, monsieur le comte, finissez donc,—relevez-vous.
—Mais c’est sa voiture qui s’en va,—dit Joseph.
—Qu’est-ce que ça me fait?—répéta le commissaire.
—Ah! c’est que M. le comte est dedans,—ajouta Joseph.
—Comment, comment?
Le commissaire se lève effaré,—tire le lit, cherche—derrière, dessus,—dedans,—dans les armoires,—dans la cheminée;—il s’égare, il perd la tête,—il ouvre deux tiroirs et une tabatière.
—Où est-il?
—Je vous l’ai dit, dans sa voiture—et loin d’ici maintenant.
Enfin, à force de perquisitions,—le commissaire découvre,—derrière le lit,—une porte très-basse—et très-cachée dans la draperie,—qui communiquait avec une autre pièce.
image d’une guêpe DE LA VALSE ET DE LA CONTREDANSE.—Les gens de goût se plaignent de l’invasion de la valse à deux temps qui a été essayée l’hiver dernier,—et est fort à la mode cet hiver;—cette valse est disgracieuse pour les femmes et pis que cela pour les hommes. «Si ceux qui valsent à deux temps,—disait une femme l’autre jour,—se voyaient si ridicules ensemble,—ils ne voudraient plus se retrouver jamais.»—La valse à deux temps fait manquer bien des mariages.—Il n’y a pas d’infidélité ou de caprice qui ne soit justifié par ce mot: «Je l’ai vu valser à deux temps.»
image d’une guêpe Il y a deux ou trois ans,—j’ai écrit en parlant de la contredanse et de la figure du cavalier seul—les lignes qui suivent.—Cette figure a été supprimée depuis.—Il ne tient qu’à moi de prendre cette conséquence pour un résultat,—et, en rapprochant les dates, de m’ériger moi-même en réformateur de la contredanse française.
image d’une guêpe J’ai souvent écouté des gens échanger en dansant des mots—toujours les mêmes—qui semblent faire partie de la contredanse; on dirait un dialogue enseigné par les maîtres de danse au son de la pochette, et pouvant se chanter sur l’air de la trénis ou de la pastourelle, et que l’on répète à toutes les danseuses pendant toute une nuit, sans y rien changer. L’été,—en avant deux,—à droite, chassez à gauche, traversez, balancez vos dames.
—Il fait bien chaud. Ah! oui,—ou—mais non. Vous avez une robe rose; c’est une bien jolie couleur que le rose. (Variante si la robe est bleue: Vous avez une robe bleue; c’est une bien jolie couleur que le bleu).
—Avez-vous été beaucoup au bal cet hiver?
—Il y a beaucoup de bals cette année. J’ai eu le bonheur de vous voir chez (nommer une maison dans laquelle il soit du bon ton d’être admis; il n’est pas nécessaire que vous y alliez réellement).
—Main droite, main gauche,—balancez,—à vos places.
—Finissez par un jeté battu et un assemblé.
—En avant deux.
—On ne fait plus le dos à dos.
—A vos places,—tour de main.
La connaissance devient plus intime, la phrase monte.
—J’adore les cheveux noirs (ou les cheveux blonds, ou les cheveux d’or, selon que la personne est brune, blonde ou rousse).
(—C’est ce que les moralistes appellent:
«Ces danses mêlées de paroles brûlantes et pleines d’enivrements où l’amour prend les formes les plus séduisantes et achève par la parole ce qui n’est que trop bien commencé par la musique et de voluptueux entrelacements.»)
—Pastourelle,—conduisez vos dames,—en avant trois, cavalier seul!
J’ai connu des hommes braves et intrépides, dont le corps était couvert de blessures, des hommes que j’avais vus affronter la mort avec le sourire sur les lèvres et un visage impassible. Eh bien! à ce moment solennel du cavalier seul, il n’en est pas un que je n’aie vu hésiter, arranger sa cravate, passer sa main dans ses cheveux pour se donner une contenance, s’embarrasser et sentir rougir de honte, de timidité, de peur, la cicatrice faite à son front par le sabre ennemi.
En effet, l’espace est là ouvert devant vous; un espace qu’il faut remplir de grâce et d’élégance, devant des yeux qui ne sont distraits par rien. Vous êtes sur un théâtre, sans être plus élevé que les spectateurs. Tous les yeux sont sur vous. Votre habit vous gêne; vous rougissez rien que de la peur de rougir; vos yeux se troublent, ne voient plus; vos genoux flageolent et se dérobent; il vous semble à vous-même que vous êtes devenu un de ces pantins dont les jambes et les bras sont mal attachés et prêts à tomber; votre respiration est pénible et embarrassée.
Vous voudriez que le lustre tombât, sinon sur vous, du moins sur quelqu’un, ou que le feu prît à la cheminée.
Le plus funeste accident vous ravirait, pourvu qu’il vînt mettre un terme à votre angoisse.
Vous usez d’une foule de petits subterfuges, vous n’osez regarder ceux qui sont en face de vous. Mais vous êtes embarrassé de sentir que vous baissez les yeux, vous voulez les relever et ils ne vous obéissent pas, ou partout ils rencontrent des regards embarrassants.
Vous avez commencé par marcher, mais vous vous faites des reproches de votre lâcheté; il faut danser franchement, et, dans votre élan de courage, vous commencez un pas que vous n’achevez pas; vous êtes en avance de trois mesures; vous avez fini, la musique va encore, vous vous arrêtez en face des deux dames;—le cavalier médite déjà son pas et s’embarrasse par avance; il aurait pitié de vous, car tout à l’heure il aura besoin de votre pitié; il vous tendrait la main,—mais les femmes! elles vous voient là, rouge, essoufflé, le corps légèrement penché, les mains tendues vers elles, avec un sourire niais et contraint, et elles ne livrent leurs mains aux vôtres pour le tour de main que quand la mesure viendra l’ordonner rigoureusement.
J’ai appris à danser, et je suis assez habile à tous les exercices; je rencontre parfois, dans les rues, un brave homme, maigre et grêle, qui m’a donné des leçons; ce professeur est danseur et joue les diables verts à l’Opéra quand M. Simon est malade. M. Simon est premier diable vert de l’Académie royale de musique et a reçu la croix d’honneur en 1838.
Une fois j’ai essayé de pratiquer les leçons de mon professeur.
Mais, arrivé au cavalier seul, j’ai appelé la mort de meilleur cœur que le bûcheron de La Fontaine.
J’étais si désespéré, que je ne sais si je me serais contenté de la prier de finir, pour moi, mon cavalier seul.
Tout se mit à tourner devant moi: les danseurs avaient des formes étranges.
Le piano ricanait et se moquait de moi.
Les figures des tableaux se tenaient les côtes et riaient aux éclats.
Les bougies dansaient dans les candélabres en me contrefaisant; et le cornet à piston me sembla la trompette du jugement dernier; hélas! on me jugeait, en effet, un sot et un maladroit.
Tout disparut; je ne sais comment cela finit, je me retrouvai à ma place, près de la femme que j’avais engagée à danser; je n’osai plus lui parler, ni la regarder. Je ne voyais pas son visage, mais il me semblait apercevoir du mépris jusque dans ses pieds, et dans les plis de sa robe.
Jamais, depuis, je n’ai osé m’exposer à un pareil supplice.
image d’une guêpe ELOQUENCE DU PALAIS.—Le 6 mars 1841, devant le premier conseil de guerre de la ville de Paris, Me Pinède, avocat, a dit: «Le poignard est un instrument odieux;—il est le symbole de la lâcheté, aussi, c’est dans d’autres climats qu’on le CULTIVE, mais en France jamais.»
image d’une guêpe LES MIRACLES DU PUITS DE GRENELLE.—Les bourgeois les plus notables de Paris ont reçu sous enveloppe un billet rose dont voici le spécimen:
Ministère de l’intérieur.
Ce billet est personnel.
M est autorisé à visiter, avec sa
société, l’intérieur du puits de Grenelle.
Le directeur des Beaux-Arts,
CAVÉ.
Nota. Ce billet n’est valable que pour une fois, et doit être déposé en descendant. Les cannes, paquets, parapluies et chiens, doivent être déposés à l’orifice, chez le concierge du puits.
Beaucoup desdits bourgeois s’y sont présentés, et ont été fort surpris quand on leur a fait remarquer qu’on ne pouvait les introduire, eux et leur société, dans l’intérieur du puits, dont l’orifice n’a que quelques centimètres de largeur.—On a eu beaucoup de peine à leur faire comprendre qu’ils avaient été mystifiés.
Lors de l’érection de l’obélisque,—des billets semblables ont été envoyés pour visiter l’intérieur de l’obélisque. Après avoir frappé aux quatre faces du monolithe sans qu’on leur ouvrît,—plusieurs privilégiés s’en sont pris au marchand de dattes qui se tient d’ordinaire à ses pieds de granit.
image d’une guêpe On vend trois sous, par les rues,—avec l’autorisation du préfet de police,—une brochure grise,—dans laquelle on trouve l’anecdote que voici:
«Un riche chaudronnier, demeurant rue Louis-Philippe, 17. le sieur D..., atteint de la goutte, ayant entendu dire que l’eau du puits de Grenelle le guérirait immédiatement, parvint, avec la protection d’un des principaux ouvriers de M. Mulot, ingénieur en chef, à approcher du jet; il emplit une bouilloire de cette eau bienfaisante, et, rentré chez lui, il se préparait à en faire usage lorsqu’il ne fut pas peu étonné de trouver au fond de sa bouilloire un anneau dit alliance en or. Il ouvrit la bague en présence de sa femme; mais à peine eut-il jeté les yeux sur les chiffres gravés à l’intérieur, qu’il devint presque fou de surprise et de joie. La femme, effrayée de cet état de délire, appela les voisins, et, quand le sieur D... fut un peu calmé, il leur raconta que le jour où il quittait le département du Puy-de-Dôme pour venir à Paris, n’emportant pour toute fortune que l’anneau d’alliance de sa mère, il laissa tomber cette même bague dans une espèce de lac très-profond, situé au versant d’une des montagnes de l’ancienne Auvergne; les noms de son père et de sa mère, qui se lisent parfaitement dans la partie concave de l’anneau, ne peuvent lui laisser aucun doute sur l’identité. La science se charge d’expliquer ce que ce brave homme regarde comme un miracle, ou, pour mieux dire, ce singulier événement ne fait que venir à l’appui de tout ce que les savants ont avancé pour expliquer le jet des puits artésiens.
»On assure que depuis ce temps une foule de gens se pressent pour recueillir de cette eau souterraine, que l’on continue de vanter pour la guérison des rhumatismes aigus et des douleurs de toute sorte.»
Voilà la littérature que le gouvernement protége et entoure de sa sollicitude éclairée.
image d’une guêpe UNE HISTOIRE DE VOLEUR.—On a ri beaucoup ces jours derniers de l’embarras d’un homme qui, reconnaissant sur le dos d’un voleur un habit qui lui avait été dérobé, prit son voleur au collet, et, après une lutte de quelques instants, le lâcha dans la crainte de déchirer son habit.
image d’une guêpe M. TH.—D’UNE FEMME DU MONDE, D’UN SOULIER ET D’UNE MAISON SUSPECT.—J’ai parlé déjà d’un Américain qui donne à Paris des bals, dans lesquels il impose une étiquette de son invention, et des conditions humiliantes auxquelles se soumettent les gens les mieux nés et les mieux élevés pour ne pas être exclus des invitations, et j’ai reproché à ces derniers le peu de dignité de leurs concessions. Au dernier de ces bals, M. le duc ***, nom dont la terminaison ressemble beaucoup à celle du mien,—devait être présenté chez M. Th... par madame de ***. Cette dame arriva dans la maison plus tard qu’elle ne l’avait prévu,—et le duc l’attendit dans un des premiers salons. M. Th... se promenait alors d’une façon toute royale,—jetant un mot aux uns, jetant un signe de tête aux autres,—lorsqu’il avisa M***, qui se perdait de son mieux dans la foule, pour ne pas être remarqué du maître de la maison avant que la présentation fût faite.—Mais M. Th... alla droit à lui et lui dit: «Monsieur, je n’ai pas l’honneur de vous connaître,—comment vous appelez-vous?»
Cette question, peu convenable en elle-même et fort peu corrigée par l’urbanité de ton avec laquelle elle était faite,—troubla un moment M***, accoutumé à d’autres façons; cependant il répondit: «Je suis M***,» et il prononça son nom, en ajoutant: «Je dois vous être présenté par madame ***.» M. Th...,—frappé de la consonnance, s’écria:
—Comment, monsieur, vous vous permettez de venir chez moi,—après vos plaisanteries...
—Mais, monsieur,—reprit M***.
—Mais, monsieur,—répliqua M. Th...
—Je ne vous comprends pas.
—Ni moi,—vous.
—Je suis le duc ***.
—Le duc?
—***
—Ah! pardon, j’avais entendu un autre nom.
Si vous me connaissiez, mon bon monsieur Th...,—vous sauriez—que je ne vais pas dans le monde,—que je ne vais pas partout,—que mes goûts et ma paresse me rendent peu assidu dans des maisons meilleures et plus haut placées que la vôtre—où l’on m’accueille avec bienveillance,—que je ne me glisse nulle part,—que je refuse beaucoup d’invitations et n’en ai de ma vie sollicité aucune;—je ne suis pas assez grand seigneur pour pouvoir me permettre de ne pas choisir beaucoup ma société.
image d’une guêpe SUR LES FORTIFICATIONS.—A quoi tient un vote.—La discussion de la Chambre des pairs, qui n’est pas encore terminée au moment où j’écris ces lignes, est entièrement conforme à ma prédiction.—Les antifortificationnistes—(c’est le barbarisme qu’amène aux Chambres toute loi nouvelle) ont eu sur leurs adversaires un immense avantage, et ont démontré, jusqu’à l’évidence, l’absurdité du projet.
Les bonnes gens s’étonnent de ceci, que, grâce à quelques bons esprits qui se glissent dans les Chambres,—et en plus grand nombre à la Chambre des pairs,—il arrive presque toujours que les questions importantes sont présentées sous leur véritable jour,—et que, cependant, après que le vrai, le juste et le raisonnable ont été démontrés, les Chambres ont assez fréquemment le malheur de voter le contraire de ce qui ressort évidemment de la discussion.
Il faut dire aux bonnes gens,—d’abord que le nombre fait loi,—et ensuite que le plus grand nombre vote pour ou contre le ministère systématiquement,—et que les lumières qui jaillissent de la discussion (quand elles jaillissent) peuvent avoir de l’influence sur l’esprit des votants, mais pas sur leur vote.
On racontait à la dernière représentation de l’Opéra qu’un général, connu par la protection libérale qu’il accorde aux arts,—avait consulté, dans le vote qu’il a promis, beaucoup moins ses connaissances et son expérience—que la promesse exécutée d’avance du rengagement de mademoiselle *** à l’Académie royale de musique.
image d’une guêpe DES FLEURS, DES CRITIQUES ET DES ROMANCIERS,—et, en particulier,—de quelques fleurs de M. EUGÈNE SUE.
Il semblerait que, pour être journaliste,—c’est-à-dire pour distribuer chaque jour, sans appel,—la louange et le blâme aux hommes et aux choses,—pour assigner à chacun son rang et son mérite, il faudrait avoir affermi son esprit par l’étude, son jugement par l’expérience, et son impartialité par une position acquise assez élevée pour se sentir inaccessible à l’envie. Il semble que le journalisme devrait être réellement un sacerdoce au lieu de se décerner à lui-même ce nom comme il fait;—et se composer d’écrivains émérites,—de prud’hommes reçus et assermentés.
Au lieu de cela,—c’est par les journaux que l’on débute aujourd’hui, et que les plus jeunes gens et les plus inexpérimentés—commencent par attaquer et assiéger par la critique et le dénigrement—les positions qu’ils ne se sentent pas le courage ni la force d’emporter par le travail et le talent.
Aussi n’y trouve-t-on que ce que vous savez,—et ce n’est qu’après sept ou huit années d’autocratie au bas d’un carré de papier,—sept ou huit années pendant lesquelles il a maltraité tous les talents de l’époque, qu’un feuilletoniste—essaye presque toujours infructueusement de donner enfin le modèle après le précepte;—d’écrire un livre qui montre au monde ravi comment il faut faire, et qu’il s’efforce de monter personnellement sur les piédestaux dont il a renversé les statues importunes. Ce sont des tentatives fécondes en avortements,—et, si le plus fameux critique de ce temps-ci,—Gustave Planche,—a imaginé le titre de Béatrice deotati qu’il a fait annoncer sur la couverture des livres mis en vente par le libraire Gosselin, il est juste de dire,—qu’il n’a jamais rien imaginé au delà—et qu’il lui a été impossible d’écrire la première ligne de l’ouvrage annoncé.
M. de Balzac, mon ex-ami, est en ce moment très-fâché contre moi,—il est décidé à ne plus me voir, quoique nous soupions quelquefois ensemble,—et, quand je me trouve placé devant lui,—pour ne pas tourner les yeux de mon côté, il se prive volontairement de toute la partie de l’univers qui se trouve derrière moi. Je n’en dois pas moins dire que, dans la petite revue parisienne qu’il a publiée pendant quelques mois,—il a fait quelques chapitres de critique littéraire fort remarquables—et qui avaient toutes sortes de mérites,—outre celui de venir d’un homme expert en la chose dont il parlait,—et du premier de nos romanciers.
image d’une guêpe Quand la critique n’est pas faite par un homme de semblable portée,—par un homme qui a fait ses preuves,—et son chef d’œuvre, comme disent les compagnons du devoir,—c’est un métier un peu plus humble que ne semblent le croire ceux qui l’exercent.—C’est,—on l’a dit avec raison,—le métier de chiffonniers, qui gagnent leur vie en cherchant des ordures.—Le premier des critiques est immédiatement au-dessous du dernier des producteurs,—et le ton de supériorité que prennent ces messieurs à l’égard des écrivains les plus distingués a pour eux-mêmes le désagrément d’être parfaitement ridicules.
image d’une guêpe Vous me permettrez, mon cher Sue, d’être un peu aussi critique et envieux, et de me venger sur quelques-unes de vos lignes du succès de vos ouvrages.
Si je parle souvent des fleurs et des arbres,—et des prairies, et des bois, et de la mer,—c’est que c’est là que s’est passée toute ma jeunesse et que se passe encore la meilleure partie de ma vie.—Aussi, suis-je fort expert en ces choses,-et n’est-il personne qui me puisse prendre, en aucun de mes livres, à donner à une fleur une autre couleur que la sienne,—ou à la faire épanouir en une autre saison que celle qui lui a été assignée par la nature.—Je les connais parce que je les aime,—parce que je vis avec elles.—Si je vous dis aujourd’hui que les cerisiers sont en fleurs,—ce n’est pas un effet de style que je cherche, c’est que j’ai dans mon jardin des cerisiers en fleurs, et que je viens de quitter la plume pour les aller voir un moment, c’est que c’est pour moi un événement, et des plus importants, qu’une belle journée de soleil.
Comment, vous,—vous qui avez des fleurs et une serre dans votre charmante retraite,—vous avez commis les énormités que voici:
Vous faites fleurir non-seulement l’aubépine en même temps que les premières violettes, mais encore—l’héliotrope et le jasmin,—vous faites des bouquets dont chacune des fleurs qui les composent est séparée des autres par deux ou trois mois.
Mais je vois la source de votre erreur,—vous êtes un jardinier fashionable,—vous vous en êtes rapporté à votre serre, qui vous a trompé—en vous donnant en mars des fleurs du mois de juin et du mois de juillet.
image d’une guêpe Mais il y a quelque part un homme qui, depuis une dizaine d’années que je fais par-ci par-là quelques livres,—a passé une partie de sa vie à me reprocher de parler trop des fleurs et de parler trop de moi,—qu’il soit content, je vais un peu parler de lui.—Je l’attendais au coin de la première phrase qu’il ferait lui-même.
La fantaisie vous en a donc pris aussi de parler de vous-même, monsieur,—dans les conseils, assez raisonnables du reste, que vous donnez à des jeunes gens,—en leur montrant les écueils de la carrière littéraire et en leur disant: «J’étais bien plus heureux quand j’étais OBSCUR ET IGNORÉ,—quand je voyais le soleil à travers la clématite ROSES de ma fenêtre.»
Je ne ferai pas remarquer—l’ambition de ce temps passé j’étais,—mais je vous dirai—que vous me semblez mettre de côté quelques lambeaux des livres que vous déchirez, un peu comme les tailleurs rognent le drap qu’on leur confie, et vous vous parez de ces lambeaux avec peu de discernement. Tenez, monsieur, voyez à quoi vous vous exposez,—vous donnez le droit à tout le monde de vous dire: «Non, monsieur, vous n’avez jamais vu le soleil à travers les clématites roses de votre fenêtre.»
Parce qu’il n’y a de clématite rose sur aucune fenêtre;—parce que je vous offre dix mille francs de votre clématite rose.
Et de quoi voulez-vous que je parle,—si je ne parle de moi?—Où voulez-vous que je prenne les incidents, les passions, les joies et les douleurs que je vous raconte dans mes livres,—si ce n’est dans ma vie et dans mon cœur:—on n’invente qu’avec le souvenir.
Il y a eu au Luxembourg une exposition d’horticulture,—dans laquelle figurait un œillet de mon nom;—je ne sais pas celui de l’horticulteur que je dois remercier du plaisir que cela m’a fait.
image d’une guêpe DE LA TYRANNIE ET DE L’INVIOLABILITÉ DE MESSIEURS LES COMÉDIEN.—Messieurs les comédiens plus ou moins ordinaires persistent dans leurs prétentions, non pas d’être bons comédiens,—mais d’être bourgeois estimés dans leur quartier,—gardes nationaux exacts,—bons époux et enterrés au Père-Lachaise.
M. de Longpré a fait une comédie sur les comédiens, les comédiens du Vaudeville ont refusé de la jouer, sous prétexte que leur profession n’y est pas représentée avec les égards convenables.—Je ne connais pas la pièce de M. de Longpré,—mais je le défie bien de nous montrer des comédiens plus ridicules que ceux que ces messieurs nous montrent quelquefois pour notre argent et aujourd’hui pour rien.
Comment, messieurs, vous acceptez parfaitement des appointements avec lesquels on payerait six présidents de cour royale et vingt-cinq juges d’instruction,—le dernier d’entre vous refuserait ceux d’un sous-préfet;—je ne trouve pas cela mauvais,—mais on ne peut séparer la médaille de son revers;—sans cela, les sons-préfets, les présidents de cour royale et les juges d’instruction joueraient vos rôles et vous feraient jouer les leurs.
Comment, messieurs, vous qui, par état, jouez et ridiculisez tout, les rois,—les prêtres,—les poëtes,—les savants,—les médecins,—les diplomates,—non-seulement par des comédies,—mais parfois aussi par les façons grotesques dont vous les représentez au sérieux, vous avez la prétention d’être seuls à l’abri de la satire!—Allons, messieurs, à notre tour nous réclamons le bénéfice de l’égalité que vous continuez à demander du haut de votre supériorité actuelle.
image d’une guêpe On reprochait à madame *** d’être un peu sévère pour un de ses amis,—lequel est, il faut le dire, un de ces caractères bourrus, désagréables, pour lesquels il faut toujours se rappeler qu’ils sont les plus honnêtes gens du monde pour pouvoir les supporter un instant.
Il vous est si dévoué, lui disait-on,—il se jetterait à l’eau pour vous sauver. «Que voulez-vous, reprit madame ***, je ne me noie jamais et il m’ennuie toujours.»
image d’une guêpe M. Bertrand,—dont j’ai raconté la fin déplorable il y a deux mois, n’est pas si pendu que je l’avais cru,—il a pris; au contraire, la direction du Journal des Chasseurs, un des plus amusants recueils que je connaisse;—il n’en est pas moins la bête noire de ces messieurs de la liste civile. M. de Sahune a dit qu’il donnerait plutôt sa démission au roi qu’une permission à M. Bertrand.—M. de Fos en a perdu le sommeil;—enfin, pour éviter qu’il soit introduit par ruse dans les forêts de l’État,—on va faire une nouvelle rédaction de permission:—au nombre des défenses expresses expliquées sur chacune, on ajouterait celle d’emmener M. Bertrand.
M. Bertrand ne se rappelle avoir tué depuis 1830,—sans jamais avoir été pris par les gardes,—quoique l’objet d’une surveillance spéciale,—que cent cinquante mauvais chevreuils.
image d’une guêpe Maintenant que les journaux nous ont fait assez de récits prodigieux sur les succès,—que dis-je? sur les triomphes de mademoiselle Elssler aux États-Unis;—qu’ils nous ont montré assez de magistrats dételant les chevaux, s’attelant à la voiture et la traînant au théâtre,—il est bon de dire la vérité:—mademoiselle Elssler n’a pas même pu obtenir qu’on abolît pour elle l’usage de faire cirer et frotter les planches du théâtre;—elle a objecté qu’elle se tuerait;—on lui a répondu un peu brutalement que cela serait malheureux,—mais que, si on ne cirait pas le théâtre, ce serait inconvenant, et que, entre une inconvenance et un malheur, on ne pouvait pas hésiter,—qu’ainsi on continuerait à cirer et à frotter.
image d’une guêpe J’ai inutilement demandé à l’administration du timbre qu’on fît un timbre particulier pour les livres,—qu’il s’agit, je crois, non pas de salir, mais de marquer.—A la Chambre des députés, il a été un moment question d’apposer un poinçon, une sorte de timbre, sur les châles de Cachemire,—on a repoussé la proposition parce que cela gâterait les châles.
image d’une guêpe Je vais probablement adresser une pétition à la Chambre à ce sujet,—mais il y a là plus de marchands de châles et de représentants de marchands de châles que d’écrivains,—et cela ne servira qu’à faire constater la supériorité des châles sur les livres.
image d’une guêpe J’ai vu dans un article de modes—les noms de deux nouvelles étoffes:—l’une, qui se vend chez Delille, s’appelle ailes de Guêpes,—l’autre, je ne sais où,—s’appelle baarpoor.—Comment aller demander du baarpoor,—comment se rappeler cela,—et ensuite comment le prononcer?
image d’une guêpe MUSÉE DU LOUVRE.—Ici encore, je n’ai ni le droit ni l’intention de répéter ce que j’ai dit l’année dernière sur ce sujet.—Vous me permettrez de vous renvoyer au volume des Guêpes d’avril 1840, page 171,—où vous trouverez des choses fort bonnes à lire.
J’ajouterai à ce que j’ai dit alors sur le jury que ce n’est pas à MM. Garnier, Picot, Bidault et autres académiciens de l’école de David pour le moins que je m’en prendrais de la partialité quelquefois choquante de leurs jugements;—mais à MM. Horace Vernet, Delaroche, Blondel, Abel Pujol, Hersent, etc., qui, portés par la jeune école, s’abstiennent d’assister aux délibérations du jury, sous prétexte d’indignation,—et laissent sans contre-poids et sans protestations les décisions de leurs confrères plus assidus,—semblables en cela aux gens qui ne soignent pas leurs amis malades, sous prétexte de sensibilité.
image d’une guêpe Joignez à cela que MM. Ingres et Schnetz sont tous deux en sens inverses sur la route d’Italie.
L’année passée, le duc d’Orléans a acheté un tableau de M. Rousseau, paysagiste habituellement repoussé par le jury.
image d’une guêpe Cette année,—mon ami Couveley avait envoyé deux tableaux, résultats d’études très-intéressantes, faites dans un voyage récent dans l’Orient; le premier, acheté par M. Aguado, avait été loué par le roi lui-même;—le second était une esquisse de très-petite dimension, à peine terminée et sans aucune importance aux yeux de son auteur;—le jury a accepté l’esquisse et refusé le tableau.—Couveley a fait savoir à M. Aguado qu’il lui rendait sa parole et ne le considérait pas comme obligé de prendre son tableau déshonoré.—M. Aguado a eu le bon goût de s’en rapporter à lui-même et de répondre qu’il gardait la parole et le tableau de Couveley,—et que de plus il permettrait qu’il fût visité dans sa galerie.
image d’une guêpe Un autre de mes amis,—Ferret,—l’homme le plus consciencieux dans son travail, le plus dénué d’intrigue,—qui a exposé depuis plusieurs années des œuvres de peinture sévère qui ont attiré l’attention des peintres et des connaisseurs, a été repoussé.
Madame *** avait présenté quatre tableaux peints par elle, deux sous son nom, deux sous le nom de ses élèves;—on a accepté les derniers et refusé les autres.—Un des tableaux refusés est exposé chez Giroux,—avec une inscription constatant le fait, etc., etc.
Je vais maintenant vous parler au hasard de quelques tableaux qui ont attiré mon attention dans les visites peu fréquentes que j’ai faites au Louvre, pour les raisons que j’ai déduites l’année dernière.
196.—Chinois qui d’abord ont l’air d’être peints par eux-mêmes, comme les Français de M. Curmer,—mais en réalité le sont par M. Borget.
1429.—Deux joueurs d’échecs, par M. Meissonnier;—c’est un petit tableau grand comme une tabatière,—mais plein d’esprit et de finesse.
2018.—Portrait en pied de madame la duchesse de Nemours, par M. Franck Vinterhalter.—On sait que la duchesse de Nemours est une très-charmante personne.—Je ne trouve pas que M. Vinterhalter ait réussi dans toutes les parties de son ouvrage;—tout ce qui est costume est peint d’une façon remarquable, les fleurs qui entourent la princesse sont rendues avec une rare perfection et une grande richesse,—mais le ton de la chair manque de distinction.
1037.—Le Relancer du sanglier, par M. Jadin.—Magnifique cadre de bois sculpté.—Un des chiens n’a que trois pattes.—La funeste habitude qu’a prise M. Jadin de ne donner que trois pattes aux chiens est encore bien plus évidente dans le tableau 1036: Hallali,—cadre encore plus beau que le précédent; c’est le même, doré.
24.—Les Bergers de Virgile, par M. Aligny, sont d’un vert que j’ai eu le plaisir de ne jamais rencontrer jusqu’ici sur des figures humaines. On me dit que cela a du style,—je laisse dire.
1050.—Une fantaisie de Tony Johannot; une des figures n’est pas aussi jolie que celles qu’il fait d’ordinaire; elle est surtout trop grande;—les accessoires sont peints avec beaucoup de bonheur.
1717—1719,—par M. Robert Fleury,—les deux meilleurs tableaux de cette année à mon sens:—de la pensée et de la peinture.—C’est bien beau.—Je ne connais rien de plus beau, excepté les pastels si distingués, si purs, si nobles, de M. Maréchal, de Metz, 1772,—1773,—1774.
547.—Cette toile représente le portrait—d’un magnifique canapé de velours cramoisi.—Je voudrais qu’on ôtât le monsieur que l’on a mis dessus et qui me dérobe une partie du canapé.
704.—Une Chasse au Lion.—Une des manies des peintres est de donner au lion la figure humaine.—Qui veulent-ils flatter?—Un des lions de M. Finard a l’attitude d’un homme qui, dans un duel, les bras croisés, attend que son adversaire ait fait feu sur lui.—Il y a bien aussi un cheval bleu,—mais, comme je ne suis pas allé en Afrique,—je ne puis prendre sur moi d’affirmer qu’il n’y a pas de chevaux bleus en Afrique.
1131.—A la bonne heure:—voici une Madeleine repentante.—On nous fait toujours des Madeleines ravissantes de beauté, de jeunesse et de fraîcheur,—comme si on se repentait d’autres péchés que de ceux qu’on ne peut plus faire,—comme si on allait encombrer à la fois sa vie de crimes et de remords.—Les remords d’une belle femme, ce sont des regrets. La Madeleine de M. Laby—est à l’âge et dans l’état d’avaries où une femme peut se repentir sans que personne le puisse trouver mauvais.
1047.—Un monsieur laid et mal peint.
646.—Le ciel reflété dans l’eau de ce paysage a plus de solidité que le ciel réel,—qui a l’air d’être le reflet de l’autre.
1060.—Portrait d’un pâté de jambon.
1822.—Ce tableau représente des lions à deux fins.—C’est un animal ressemblant à la fois au lion et au chameau.
209.—Un portrait de femme.—Je ne dis que cela, et je gage qu’on ne m’en saura pas gré.
650.—M. E. L. dans un désert, avec des éperons et une cravache.
—La vue s’étend à trois lieues, et on n’aperçoit pas le moindre cheval.
108.—Attaque du Teniah.—Ce tableau est de M. Bellangé.—Malgré l’énorme et désagréable quantité de couleur garance dont il est tacheté par le sujet, il a des qualités remarquables.
—Les hommes tués et blessés sont bien tombés.—Les terrains sont très-bien peints.
1439.—A la bonne heure, voici la mer.
1373.—Ève et le Serpent.—Ève est rose vif,—le serpent lilas ardent,—l’arbre vert furieux.—Une grande plante assez bien peinte jaune féroce.—L’arc-en-ciel ferait soupçonner Dieu d’être élève d’Ingres, si on le compare à ce tableau.—Théophile Gautier me dit que c’est très-beau.—Je n’en crois pas un mot.
2013.—Voici un tableau aussi charmant que ceux de MM. Robert, Henry et Maréchal;—c’est une grande mare l’hiver, par M. Wickembourg; quelle vérité! quelle perfection!—la glace y est glissante;—il y fait froid.
26.—Ceci a encore ses admirateurs:—c’est un rond de papier rose dans un rond de papier d’or qui est dans un carré de papier bleu.
M. Amaury Duval,—jeune peintre fort estimé de ses confrères,—a encore exposé un portrait de madame Véry—qui est une très-belle personne.—Je ne sais vraiment pas comment je l’ai reconnue,—toujours est-il que je ne voudrais pas qu’elle le sût.
1892.—Portrait d’un foulard,—d’une touffe de capucines et d’une blanchisseuse.—La blanchisseuse et la touffe de capucines ne valent pas grand’chose;—le foulard est réussi—assez pour indiquer à l’auteur sa véritable vocation.—Il peint très-bien les foulards.
210.—Une figure par M. Louis Boulanger.—Tant pis pour vous, madame, pourquoi vous faites-vous peindre et exposer?—je dirai que vous avez la figure d’une poupée d’enfant,—que vos mains, qui sont belles et bien peintes, ont tort de faire tourner leurs pouces;—quant à votre robe qui paraît être de papier peint,—ce doit être la faute de M. Louis Boulanger.
1745.—Tant pis pour vous aussi, madame: je dirai que vous êtes bleue.
1057.—Poissons rouges très-bien faits;—beaucoup les préfèrent dans le bassin des Tuileries.
image d’une guêpe Mon voisin M. Alaux et M. Galait ont fait chacun un tableau très-estimé.—Les peintres préfèrent celui de M. Alaux,—moi j’aime mieux celui de M. Galait, quoiqu’il ait fait mieux d’autres fois.
image d’une guêpe Je continue à ne pas me rendre compte des tableaux de M. Delacroix,—La composition de la Prise de Constantinople ressemble beaucoup à celle de la Justice de Trajan de l’année dernière:—le groupe des cavaliers est assez beau;—il y a là dedans, à la fois, de l’harmonie et une confusion qui fatigue.—Dans le tableau du naufrage, la mer est perpendiculaire;—je la préfère horizontale, mais cela vient peut-être de ce que je l’ai toujours vue ainsi. Je n’aime pas beaucoup la peinture de M. Delacroix: ceci n’est pas un blâme, c’est une façon de sentir.—Je lui rends néanmoins la justice de dire qu’il est original et toujours lui-même,—et qu’on reconnaîtrait au milieu de deux mille toiles une esquisse de lui grande comme la main.
image d’une guêpe Encore un mot sur six petits tableaux de M. Gudin dans un même cadre;—plusieurs sont fort jolis;—et sur une petite, toute petite toile de M. Diaz, d’une couleur féerique.—Le pauvre cadre de bois, si simple, qui entoure l’étude de femme de M. Jourdy, m’a fait désirer tout d’abord que son tableau fût bon, et j’ai été heureux de voir toutes les excellentes qualités de sa peinture.—J’en oublie des meilleurs et sans doute aussi des plus mauvais, mais j’ai la tête brisée,—je m’en vais,—je paye à la peinture chaque année un tribut de cinq migraines,—celle-ci est la cinquième, je suis quitte,—adieu.