Une comète a passé près de la terre, nous avons failli nous réveiller tout rôtis.
Je vous dirai, moi, qu’une forme de gouvernement a passé sur nos têtes,—et que ce gouvernement a même publié une charte; ce gouvernement s’appelle la démocratie,—moi je prendrais la liberté de l’appeler le gouvernement sauvage.
image d’une guêpe CHARTE ET PRODROMES DU GOUVERNEMENT SAUVAGE. Charte.—«Où est donc la souveraineté du peuple? Où est la démocratie?»
Se demande le gouvernement sauvage;—je vais vous le dire, ô gouvernement sauvage!
C’est, je pense, un gouvernement passablement démocratique que celui où M. de Cormenin commente le livre de blanchisseuse du roi et publie des brochures où il déclare que le roi use trop de bottes.
Où le prince royal n’oserait pas se dispenser d’assister à un bal auquel l’inviterait M. Dupin.
Où madame Barthe étend les langes de ses enfants sur les balcons de la place Vendôme.
Où M. Coulman, ancien député alsacien, refuse de s’habiller proprement pour aller chez le roi—et demande si on le prend pour un marquis.
Où M. Dupin dit au prince royal à l’occasion de son mariage:
«La princesse que votre cœur a choisie sera bien reçue parmi nous,—nos mœurs, fort éloignées de la morgue des anciennes cours, lui seront bientôt familières.»
image d’une guêpe PARENTHÈSE.—Pauvre princesse,—l’avocat Dupin avait bien raison,—vous n’avez pas trouvé cette cour de France, autrefois asile des plaisirs, du luxe, des fêtes, de la beauté, des amours,—cette cour de France si noble, si chevaleresque, si heureuse, si enviée, que rêvaient les princesses des autres pays comme un paradis sur la terre, pour laquelle elles croyaient n’avoir jamais assez de beauté, d’esprit et de grâce. Autrefois il y avait quelque chose de plus qu’être reine,—c’était être reine de France. Les belles de tous les pays, de toutes les cours, venaient subir à la cour de France une épreuve qui décidait si elles étaient vraiment belles; les seigneurs les plus beaux, les plus riches, les plus élégants, venaient apprendre à Versailles s’ils étaient réellement beaux, riches et élégants,—de la cour de France partaient des arrêts sans appel, c’était là que régnait la mode.
Aujourd’hui, comme dit M. Dupin,—la cour est bien éloignée de cette morgue.
Aujourd’hui on y voit des gardes nationaux avec des boutons d’étain,—les députés y vont en bottes, en cravate écossaise et en gants verts;—l’avocat Dupin,—sans gants, avec ses bas plissés comme un jabot, y parle haut et y est écouté.
image d’une guêpeAh! ce n’est pas là de la démocratie,—messieurs du gouvernement sauvage.
«Dans la société actuelle, quelques-uns ont, à l’exclusion des autres, le monopole de l’éducation, le monopole des capitaux,» ajoute le gouvernement sauvage.—Le monopole des capitaux,—ouf! voilà le gros mot lâché.
Mais, messieurs, l’argent est le fruit du travail, ceux qui ont ce que vous appelez le monopole des capitaux ont aussi le monopole de la fatigue, des veilles, des soucis, ils ont le monopole de l’ordre, de l’économie.
Tout le monde a le droit de vivre de ses rentes, il ne s’agit que de gagner les rentes ou d’avoir un père qui les ait gagnées.—Que voulez-vous, messieurs les sauvages, serait-ce par hasard vivre des rentes des autres?
Je dirai du monopole de l’éducation ce que je dis du monopole de l’argent:—Pour savoir, il faut apprendre,—et, si vous voulez que le peuple soit instruit—il ne faudrait pas lui faire employer le temps qu’il peut consacrer à la lecture à se meubler la tête de billevesées ridicules et dangereuses de certains publicistes sauvages.—Que voulez-vous, messieurs? savoir sans apprendre?—personne, je pense, n’a ce monopole-là.
«On dit que nous avons la liberté religieuse; mais on s’oppose à l’exercice de certains cultes et à l’expression des doctrines qui dépassent les religions privilégiées.»
Qui diable voulez-vous donc adorer?—quels fétiches avez-vous en réserve?
Vous avez à côté du trône une princesse protestante.
Vous avez parmi les députés au moins un juif.
L’abbé Châtel se fait sacrer évêque par un épicier de la rue de la Verrerie,—et prêche un culte de son invention, tantôt dans une écurie, tantôt dans le local du Colysée d’hiver.
Des femmes du monde chantent l’opéra dans l’église-Musard de Notre-Dame-de-Lorette.
Un pédicure a professé publiquement le Johannisme.
Il y a des Templiers qui se rassemblent deux fois par semaine.
Les élèves de Fourier ont leur culte public.
Comme les Saint-Simoniens ont eu le leur.
Et vous, messieurs les sauvages,—vous vous êtes rassemblés pour discuter et mettre aux voix la reconnaissance de l’Être Suprême,—qui n’a passé qu’à une voix de majorité.
Ce pauvre Être-Suprême l’a échappé belle. Heureusement que M. Thoré, qui a une si belle barbe, lui a prêté main-forte.—On se devait bien cela entre barbes.
Personne ne vous a gêné pour cela, messieurs.—Il est difficile cependant de dépasser de plus loin les religions privilégiées que de prononcer la déchéance de Dieu, et personne ne vous en aurait empêché.—Qu’avez-vous donc de plus avancé que l’on ne vous permet pas encore de faire?—Quel Dieu voulez-vous donc adorer?—Est-ce un crocodile, un bœuf, ou un scarabée, ou un lézard?—Est-ce Vitznou, ou Irminsul, ou Jupiter? Est-ce le feu? Est-ce l’un de vous?
Mon Dieu, messieurs, adorez-vous les uns les autres,—personne ne vous en empêchera.
image d’une guêpe Du reste, supprimer la religion—c’est supprimer les frais du culte, c’est supprimer le sacrilége.
Comme supprimer la propriété c’est supprimer le vol,—c’est supprimer la justice, les tribunaux, les juges,—la police,—la gendarmerie.—Pourquoi ne pas avoir formulé votre Charte en trois mots:
Il n’y a plus rien.
C’était d’autant plus facile qu’il ne reste déjà pas grand’chose.
image d’une guêpe Le journal la Démocratie devait paraître le 15 février, et n’a pas paru.—C’est dommage,—on m’avait confié une partie du premier numéro, et cela promettait d’être curieux.
image d’une guêpe POLITIQUE.—Les cochers de fiacre ne marchent pas à moins d’un louis l’heure.
—Tout le monde se décerne des décorations.—On en voit de roses, de jaune-paille, de lilas, de bleu-lapis, de cuisse de nymphe.
—Quelques messieurs ont labouré la grande allée du jardin des Tuileries, et y ont semé des pommes de terre.
image d’une guêpe TRIBUNAUX. Quelques juges se sont rendus au palais;—mais les gendarmes étaient allés boire avec les prisonniers.—Il n’y a plus de lois, il n’y a plus de crimes, il n’y a plus de prisons.
image d’une guêpe NOUVELLES DIVERSES.—Il n’y a plus de timbre, il n’y a plus de poste.—Le journal la Démocratie prie ses abonnés des départements de vouloir bien faire prendre, chaque matin, leur exemplaire rue de Grammont, 7.
—Chacun peut frapper une monnaie à sa propre effigie.
M. *** et madame *** se sont emparés de deux télégraphes au moyen desquels ils font leur correspondance particulière.
—Vu l’approche du froid, nous avertissons nos abonnés qu’il y a de fort beaux arbres dans le jardin des Tuileries; on peut les avoir au prix de la corde et ne pas les payer.
image d’une guêpe CULTE—L’abbé Auzou a proclamé la déchéance de Dieu.
L’abbé Hugo a proclamé la déchéance de l’abbé Auzou.
image d’une guêpe BOURSE.—Toute dissimulation a été mise de côté dans les opérations de la Bourse. Ou a franchement volé des portefeuilles, des bourses et des montres. Au moment de la fermeture, les montres étaient fort recherchées; les mouchoirs, au contraire, éprouvaient de la baisse; les portefeuilles se tenaient fermes.
image d’une guêpe Si j’avais mille écus de trop, je les offrirais à celui qui déterminerait les raisons qui font que dans toutes les émeutes—il y a majorité de tailleurs. Je ne comprends pas bien l’intérêt qu’ont les tailleurs à ce que le pays devienne sans-culotte.
image d’une guêpe Il y a quelques jours, le prince russe T**, accompagné d’un domestique, traversait la Halle dans un cabriolet qu’il conduisait lui-même. Le prince T**,—je dois le dire à ceux qui ne le connaissent pas,—porte la tête plus qu’inclinée sur l’épaule.—Son cabriolet toucha l’éventaire d’osier d’une femme qui vendait de la salade;—elle fit des cris de paon,—et se plaignit qu’on écrasât le pauvre monde.—Le prince descendit, lui mit un louis dans la main,—et lui dit: «Ma bonne femme, si par hasard vous étiez malade,—voici mon nom et mon adresse: je vous enverrais mon médecin.» Cela dit,—il remonta dans son cabriolet. «Ohé! lui cria la marchande de salade qui n’avait même pas eu peur, ton médecin, mon fils, si c’est lui qui t’a remis le cou, j’en veux pas.»
image d’une guêpe On fait cette année des bonbons très-ridicules: ce sont tous les gens célèbres en sucre plein de liqueur.—J’ai envoyé hier à quelqu’un madame Sand au punch, M. Hugo au marasquin,—M. de Lamartine au rhum, mademoiselle Rachel au kirchenwaser,—M. de Chateaubriand à l’anisette,—M. Thiers au genièvre, etc., etc.
Comme joujoux, on donne beaucoup aux enfants:—des Dupin en bois qui remuent les jambes et les bras au moyen d’un fil.
image d’une guêpe On faisait compliment à la jolie duchesse *** de là naissance prochaine et apparente d’un héritier d’une si illustre maison que la sienne. «N’en dites rien à mon mari, répondit-elle, c’est une surprise que je lui prépare.»
M*** a tellement l’horreur de faire des cadeaux, que chaque année il attend au dernier moment pour donner ses étrennes, espérant toujours que quelques morts subites pourront en diminuer le nombre; cela s’étend même jusqu’à ses petits-enfants, qu’il aime beaucoup; mais c’est si fragile un enfant!
Depuis que la pièce de madame de Girardin a montré les journalistes ne puisant leur verve que dans le vin,—M. Janin—n’a pas manqué un seul matin, après son déjeuner, qui se compose d’une tasse de chocolat et d’un verre d’eau, de dire à son domestique: «François, enlevez les restes de cette orgie.»
image d’une guêpe M*** a imaginé un singulier moyen d’économiser le fiacre qui doit le reconduire chez lui après un bal ou une soirée.—Il avise un de ses amis auquel il dit tout haut en plein salon: «A*** je te reconduirai.»—L’assistance le regarde et se dit: «Tiens, M*** a des chevaux.» Au moment du départ, notre homme, descendant avec son ami, met le nez à la porte cochère et prend le premier fiacre qui se rencontre; quand le cocher demande où il faut conduire ces messieurs,—M*** répond: «Dis donc, A***, tu vas me jeter chez moi.»
image d’une guêpe Une demoiselle, célèbre par le luxe et la somptuosité de son ameublement, a quelquefois à subir les importunités de quelques femmes du monde dont la curiosité triomphe de toutes les convenances. Il y a quelque temps, madame ***, après avoir examiné tout dans ses moindres détails, s’écria:
«Mais c’est un conte de fées!—Non, madame, reprit mademoiselle R***, c’est un compte des Mille et une Nuits.»
image d’une guêpe Le projet que nous avons dénoncé d’enterrer tous les pairs et la pairie a eu un commencement d’exécution qui n’a échappé à personne. Les pairs sont furieux du nouvel arrangement de leur Chambre qui les renferme dans des plâtres à peine secs où ils s’enrhument. Il n’est pas sans exemple que quelqu’un des honorables pairs se soit endormi pendant la séance, et l’on sait toute la gravité du danger que l’on court à dormir dans des plâtres frais.
Je me rappelle, à ce propos, deux exemples de sommeil législatif.
A un conseil de ministres, un homme vertueux, qui était aux affaires dans le commencement du gouvernement de juillet, s’était endormi profondément pendant un discours du roi.—Lorsque le roi eut développé son idée, il se retourna vers l’homme vertueux, et, sans s’apercevoir de son sommeil, lui demanda: «M*** est-il de cet avis?—Oui, citoyen, répondit l’homme d’État, réveillé en sursaut.—Un avocat, qui était ministre peu de temps après la révolution de juillet,—s’endormit à un conseil du roi qui s’était prolongé assez tard;—le duc d’Orléans, averti par sa respiration bruyante, le poussa doucement du coude.—Le dormeur impatienté, sans ouvrir les yeux, répondit: «Laisse-moi donc, Sophie, laisse-moi dormir,—je suis fatigué.
image d’une guêpe A un dîner chez M. d’Argout, M. A. Dumas parut avec une broche de croix variées.—Me Chaix d’Est-Ange, remarquant qu’il avait, en outre, au cou un cordon attaché comme les croix de commandeur, lui dit: «Mon cher Dumas, ce cordon est d’une vilaine couleur, on dirait que c’est votre gilet de laine qui passe.
—Mais, non, mon cher Chaix, reprit M. Dumas, il est du vert des raisins de la fable.»
image d’une guêpe On lit dans un journal: «On a trouvé dans la rivière le corps d’un soldat coupé en morceaux et cousu dans un sac, ce qui exclut toute idée de suicide.»
image d’une guêpe Une des choses, sans contredit, sur lesquelles il se soit dit le plus de sottises ce mois-ci est l’affaire d’Afrique.
Il est arrivé en Afrique—précisément ce qui devait arriver, et si quelque chose peut étonner les gens de bon sens, c’est que cela ne soit pas arrivé beaucoup plus tôt et d’une manière infiniment plus désastreuse.
C’est, du reste, ce qui arriverait en ce moment partout où la France aurait une guerre à soutenir.
Les avocats, qui ne doutent de rien et ne se doutent de rien, sont chargés de faire la guerre, c’est-à-dire de décider combien on enverra d’hommes sur un point, combien on donnera d’argent.
Me Janvier, qui n’est pas même garde national, en sa qualité de député, et que sa taille (une colonne trois quarts du Journal des Débats) exempterait de tout service militaire,—a, une fois, parlé pendant une heure à la Chambre sur l’expédition de Constantine.
Me Dupin a exigé que M. Clausel vînt d’Alger à Paris pour lui donner personnellement des explications;—là, il a blâmé les opérations du maréchal, lui a cité des vers latins, et l’a appelé Calpurnius.
On doit se rappeler que M. Clausel prit fort mal la chose et exigea de l’avocat Dupin les plus humbles excuses.
L’avocat Dupin profita de la première circonstance pour faire un grand réquisitoire contre le duel.—Tous les avocats du monde soutinrent Me Dupin.—Il est, en effet, agréable pour ces messieurs de ne pas être obligés de demander raison des soufflets qu’ils peuvent recevoir.
Disons, en passant, que, si les Français ont eu la réputation pendant si longtemps d’être le peuple le plus poli de la terre,—c’est parce qu’ils portaient l’épée—et la tiraient facilement du fourreau.
image d’une guêpe Les hommes du métier demandent, pour Alger, soixante mille hommes et soixante millions.—Les avocats parlent, discutent, chicanent, et arrivent à donner le tiers des hommes et de l’argent demandés,—et chaque année, pour que l’on ne puisse pas diminuer encore cette trop faible allocation,—on est obligé de faire une expédition inutile, ou de donner à l’occupation une extension dangereuse—qui rendrait insuffisants même le nombre d’hommes et la somme d’argent demandés.
Puis on s’étonne quand les soldats meurent de fatigue et de maladie, sans secours.
On s’étonne quand les soldats français sont battus.
Aujourd’hui—le roi l’a dit avec raison dans son discours,—l’armée française ne sortira plus d’Afrique,—l’honneur national est engagé. Mais, avant l’événement qui a amené le résultat, il n’y avait que deux choses à faire pour l’Afrique:
Ou l’abandonner, ou la conserver.
Les députés qui étaient pour l’abandon n’ont jamais osé le dire franchement et honnêtement à la Chambre.—Ils ont, par de honteuses chicanes, rendu la conservation, dont ils ne voulaient pas, désastreuse et impossible.
Ceux qui voulaient la conservation—n’ont pas su ou n’ont pas pu exiger les moyens nécessaires.
Le résultat de toutes les discussions a toujours été—qu’on a gardé et qu’on n’a pas conservé.
On veut de l’économie et de la gloire.—La gloire est un luxe, messieurs,—c’est un luxe que la France peut se donner,—mais c’est un luxe.—La France est riche, grande, forte, brave.—Elle peut bien se passer une fantaisie de soixante mille hommes et de soixante millions.
On n’a pas de la gloire au rabais, messieurs;—vous ne ferez pas pour la gloire ce qu’on a fait de ce temps-ci pour toutes les autres choses; l’or au rabais s’appelle chrysocale;—l’argenterie au rabais est du métal d’Alger. La gloire est chère, messieurs; demandez aux époques glorieuses de notre histoire:—elle était fort chère sous Louis XIV,—fort chère sous l’Empire, et si la Révolution a semblé l’avoir pour rien,—c’est qu’elle la prenait à crédit, et l’Empire a payé pour la Révolution et pour lui.
Si vous ne voulez pas y mettre le prix, messieurs, il faut vous en passer,—il faut réduire la France à la vie bourgeoise et au pot-au-feu,—cela n’est pas cher—et cela n’est pas beau non plus,—cela vous conviendrait à ravir;—mais la France ne voudra peut-être pas toujours que vous lui fassiez sa part, messieurs.
Puis, quand un général est là-bas avec des forces insuffisantes, les ministres, qui craignent d’être inquiétés sur la question d’Alger,—lui envoient une foule d’exigences et de tracasséries de la part des députés.
Il faut faire ceci pour M. Arago,—ne pas faire cela pour M. Mauguin.
Il faut aller par là, revenir par ici.
image d’une guêpe Tenez, voici qu’on vient enfin d’envoyer à la Chambre—M. Gustave de Beaumont,—allié à la famille de la Fayette et philanthrope de l’école américaine.—Revoir le numéro des Guêpes de décembre.
M. de Beaumont est philanthrope,—il voudra moraliser les Arabes;—et comme M. de Beaumont est du parti démocratique, comme, d’autre part, le pouvoir fait tout ce que veulent ses ennemis, on s’occupera de moraliser les Arabes;—on ne voudra plus qu’ils renferment leurs femmes—et, sous prétexte du bienfait de l’éducation, on prendra les petits Arabes et on leur fera faire des thèmes.
Nous ferons deux remarques sur l’élection de M. Gustave de Beaumont.—La première est que le système cellulaire a causé, cette année, à Philadelphie, où il est en vogue, dix-sept morts et quatorze cas d’aliénation de plus que le régime ordinaire sur une moyenne donnée.—La seconde est que le parti démocratique devient friand et libertin, il lui faut des hommes titrés,—il lui faut aujourd’hui des vicomtes et des marquis.
image d’une guêpe Le général Valée s’accommode médiocrement des tracasséries ministérielles.—Voici une lettre officielle de lui au général Schneider, dont on a beaucoup parlé ces jours-ci:
«Mon cher général, si vous voulez que je continue à gouverner l’Algérie, ne m’envoyez plus d’ordre du ministère, attendu que je les f... au feu sans les lire.—Tout à vous.»
Et ceci n’était pas une menace vaine,—le maréchal, dernièrement, avait défendu qu’on laissât entrer personne chez lui.—Le colonel A... força la consigne.
—Colonel, ne vous a-t-on pas dit que je n’y étais pas?
—Général, on me l’a dit, mais il s’agit de signer des dépêches pour la France, et le bâtiment attend.
—Cela m’est égal, je n’y suis pas.
—Mais général, c’est très-urgent, il n’y a qu’à signer.
—Donnez.
Le maréchal prend les dépêches et les—jette au feu, le colonel se précipite sur les pincettes, veut les retirer,—mais le maréchal le retient par les basques de son habit et l’éloigne de la cheminée jusqu’à ce que la flamme ait tout consumé.
image d’une guêpe Il serait bon, je crois aussi, de faire en politique et en affaires sérieuses le moins de vaudevilles possible.
En France, on paraît étonné et abattu quand l’armée française éprouve le plus léger désavantage,—et on traite d’assassins et de traîtres l’ennemi qui nous tue quelques hommes.
J’ai trouvé d’aussi mauvais goût, dans le discours du roi, le reproche de perfidie qu’il fait aux Arabes.
On ne doit pas penser à imposer aux Africains,—si célèbres par leur mauvaise foi,—fides punica,—les conventions chevaleresques qui sont de droit commun en Europe.—Tous les moyens doivent leur sembler bons contre les Français qui sont venus porter la guerre chez eux et s’emparer d’une partie de leur pays; il ne faut pas faire comme M. Jourdain, quand sa servante lui donne des coups de fleuret contre les règles.
Quand nos soldats meurent, ils meurent sans regrets, ils savent que leur vie est leur enjeu, qu’en perdant cet enjeu ils gagnent encore la partie de gloire et d’immortalité qu’ils ont jouée.
image d’une guêpe Les académiciens ont ajourné à trois mois l’élection sur laquelle ils n’ont pu tomber d’accord.—Chacun des concurrents est invité, d’ici là, à faire un chef-d’œuvre.
Les voix obtenues par M. Bonjour peuvent se diviser en deux classes:—Les unes signifiant «pas Berryer,» les autres voulant dire «pas Hugo.» M. Bonjour n’est qu’une négation.
image d’une guêpe M. Thiers a fort soutenu M. Berryer.—M. Thiers est trop égoïste, ses amis le savent bien, pour conspirer pour quelqu’un; mais, en appuyant M. Berryer, il se fait une planche pour aller un peu aux légitimistes.—Il est de même pour un autre parti;—ne pouvant louer ouvertement les opinions politiques de MM. Berryer et Michel (de Bourges), il proclame ces deux avocats, qui n’écrivent pas, les deux plus grands écrivains du siècle.
image d’une guêpe L’élection de M. Berryer, n’ayant pas été enlevée, est manquée pour longtemps.—On s’attendait à voir M. Berryer écrire qu’il renonçait,—mais M. Berryer n’écrit pas. Il improvisera sa renonciation au domicile de ses amis.—On a prêté divers mots à MM. de Chateaubriand, Scribe, etc.—En voici un que je cite parce qu’il vient à l’appui de ce que je disais tout à l’heure: «Que le gouvernement fait tout ce que veulent ses ennemis.»—Quelqu’un a dit: «Mais que veut donc obtenir M. Casimir Delavigne, qu’il se met contre le roi à l’Académie?»
M. Dupin a dit à M. Berryer: «Ma voix ne vaut pas la vôtre, mais elle vous appartient.»
Il a dit à M. Hugo: «A quoi peut servir une voix, si ce n’est à vous proclamer un génie.»
image d’une guêpe Comme on demandait à M. Royer-Collard son appui pour la nomination de M. Berryer, et qu’on lui disait: «Le duc de Bordeaux vous écrira lui-même à ce sujet, il a répondu: «Si monseigneur le duc de Bordeaux me faisait l’honneur de m’écrire, je dénoncerais sa lettre au procureur du roi.»
image d’une guêpe A propos de la littérature du château, nous avons parlé de MM. Delatour et Cuvillier-Fleury;—nous avons maintenant à dévoiler les chagrins de MM. Bois-Milon et Trognon.
Les rôles sont aujourd’hui fort changés: les jeunes élèves sont devenus les maîtres et se font obéir;—ils obligent, à leur tour, leurs précepteurs à apprendre les choses inusitées. M. Bois-Milon est le plus heureux, c’est un homme insignifiant, et on ne s’occupe pas de lui;—cependant le duc d’Orléans s’est fait récemment suivre par lui en Afrique.—M. Bois-Milon a d’abord eu quelques chagrins d’équitation; puis on assure qu’il n’y avait rien de plus curieux que son équipement: il se chargeait de tant d’armes, qu’il lui aurait été impossible de se servir d’aucune.—La dyssenterie, maladie peu épique, fit de lui un bagage incommode que le prince laissa à Alger.
M. Trognon est le précepteur du duc de Joinville.—C’est un brave homme qui adore son élève. Le duc de Joinville est un jeune homme brave, impétueux, impatient, ce qui l’a fait quelquefois passer par de rudes épreuves.—Avant de s’embarquer, il rassemblait ses petits frères les ducs d’Aumale et de Montpensier, les emmenait dans les combles des Tuileries, et là leur apprenait à chanter la Marseillaise et le Chant du départ, en faisant tonuer de petits canons de cuivre. On raconte que l’ambassadeur de Russie entendit un jour par hasard ce concert et en fut assez scandalisé.
D’autres fois, il forçait ce pauvre M. Trognon de faire des armes avec lui, ou il l’obligeait à s’habiller en Turc.
Plus récemment, se trouvant sur son bâtiment, à l’île de Wight, il eut la fantaisie de donner un bal à bord.—M. Trognon s’y opposa. Le duc de Joinville attendit le moment où il se trouvait de quart, et, usant de son autorité de commandant,—il fit déposer à terre M. Trognon, qui ne revint au vaisseau qu’après le bal..
Jésuites;—hélas! on me paraît avoir fait comme l’étudiant, qui, harcelé par un lutin, finit par le couper en deux d’un coup de sabre.—Chaque moitié devint un démon entier.—Sous la robe noire de Basile, déchirée en deux, se cachent aujourd’hui les avocats et les professeurs.
M. Lerminier est un jeune professeur—qui a longtemps professé les principes démocratiques.—Soit que le pouvoir ait senti le besoin d’avoir M. Lerminier à lui, soit que M. Lerminier, amorcé par les succès des professeurs Guizot, Villemain, Cousin, Rossi, etc., ait senti le besoin d’être eu par le pouvoir,—toujours est-il que le pouvoir a agi en cela avec sa maladresse accoutumée.—M. Lerminier est aujourd’hui perdu.—Voici deux fois qu’il essaye inutilement de recommencer son cours, et deux fois que des cris, des hourras, des avalanches de pommes, obligent de le suspendre.
M. Lerminier se console peut-être en pensant que M. Rossi n’a pas non plus manqué de pommes dans ses commencements.
Mais M. Lerminier ne pense pas qu’il y a une chose que la jeunesse, noble, grande et exaltée qu’elle est, ne pardonne jamais:—c’est l’apostasie.
image d’une guêpe On emprunte à la Gazette d’Ausgbourg,—journal remarquable qu’on ne connaît pas assez en France, un article contenant le détail de la réception peu polie que Sa Grandeur M. Teste avait faite à un prince déchu. Mais le Courrier français et les autres—ont supprimé la phrase qui termine cet article. La voici; «Il y a bien des réflexions à faire sur tout ce qu’il y a d’arrogance et de mauvais goût dans la conduite de cet avocat parvenu.»
Pourquoi cette suppression? C’est que, dans un coin de chaque journal, il y a toujours un petit avocat arrogant et de mauvais goût, qui espère parvenir.
image d’une guêpe Eh! mon Dieu! d’où venez-vous, ma pauvre guêpe; vos petites ailes sont tremblotantes et fatiguées,—votre petit corps est tout haletant: êtes-vous entrée chez quelque confiseur et vous a-t-on battue? avez-vous mangé trop de sucre? avez-vous couru tout Paris sans trouver ceux que j’avais désignés à votre aiguillon? Couchez-vous dans ce beau lit de pourpre que vous offre ce camélia,—ma pauvre petite guêpe,—et reposez-vous.
Ce n’est rien de tout cela;—en passant sur le boulevard des Italiens, elle a été asphyxiée par la vapeur du détestable tabac qu’y fument les élégants, les dandys et les lions.—Ma foi, chère petite guêpe, vous m’y faites penser et nous allons traiter cette question à fond.
On annonce qu’à l’ouverture de la session, le gouvernement va proposer le renouvellement du bail de la ferme des tabacs pour un temps illimité.—
Hélas! qui va défendre à la Chambre les intérêts des fumeurs?—La génération qui y est ne fume pas, elle prise;—nous serons bien heureux si elle n’est qu’indifférente et si elle ne nous condamne pas, par un de ces votes saugrenus dont elle est quelquefois capable,—à vingt ans de tabac forcé,—du tabac que nous vend la régie. Depuis quinze ans que l’usage du tabac à fumer s’est prodigieusement répandu en France, on ne s’est pas occupé de se préparer des récoltes plus abondantes, surtout dans les qualités supérieures;—de sorte que la régie ne peut subvenir aux besoins des consommateurs.—Outre qu’elle vend le tabac excessivement cher, et qu’elle diminue les quantités à mesure qu’elle augmente le prix, il n’est pas de drogue honteuse qu’elle ne vende tous les jours sous le nom de cigares;—on fume du foin, on fume des feuilles de betteraves, on fume du papier gris:—il n’y a qu’une chose qu’on ne fume pas,—c’est le tabac.
La régie des tabacs, telle qu’elle est constituée, est un vol odieux.—Il est impossible à Paris, quelque prix qu’on en offre, d’avoir du tabac passable.—Cela est tellement vrai, que j’ai la douleur de dénoncer plusieurs princes du sang royal comme n’ayant pu s’y soumettre et se servant habituellement de tabac de contrebande.
Le duc d’Orléans et le duc de Nemours ne fument presque plus;—mais, quand ils fumaient, ils faisaient prendre leurs cigares chez un marchand de vins qui, je crois, a été poursuivi depuis pour la contrebande du tabac;—je pourrais dire son nom,—attendu que je faisais absolument comme les princes, mais je ne veux pas l’exposer à de nouvelles tracasséries. Pour le duc de Joinville, qui fumait et fume beaucoup, il a soin de faire ses provisions en voyage.
image d’une guêpe Voici mon troisième volume terminé; toutes mes guêpes sont-elles rentrées? Où sont Padcke—et—Grimalkain? Les voici—fermons la porte.
Le discours de la couronne.—L’adresse.—M. de Chasseloup.—M. de Rémusat.—Vieux habits, vieux galons.—M. Mauguin.—M. Hébert.—M. de Belleyme.—M. Sauzet.—M. Fulchiron boude.—Jeux innocents.—M. Thiers.—M. Barrot.—M. Berryer.—La politique personnelle.—M. Soult.—M. Passy.—Horreur de M. Passy pour les gants.—M. d’Argout.—M. Pelet de la Lozère.—M. de Mosbourg.—M. Boissy-d’Anglas.—Je ne sais pas pourquoi on contrarie le peuple.—M. de *** et le duc de Bordeaux.—La réforme électorale.—Situation embarrassante de M. Laffitte.—M. Arago.—M. Dupont de l’Eure.—La coucaratcha.—Les femmes vengées.—Ressemellera-t-on les bottes de l’adjudant de la garde nationale d’Argentan.—La Société des gens de lettres.—M. Mauguin.—Réforme électorale.—M. Calmon.—M. Charamaule.—M. Charpentier.—M. Colomès.—M. Couturier.—M. Laubat.—M. Demeufve.—M. Havin.—M. Legrand.—M. Mallye.—M. Marchal.—M. Mathieu.—M. Moulin.—M. Heurtault.—Prudence dudit.—Quatre Français.—Le conseil municipal, relativement aux cotrets.—Deux gouvernements repris de justice.—M. Blanqui.—M. Dupont.—Un vieux mauvais sujet.—Un préfet de Cocagne.—M. Teste.—Les rues.—Les poids et mesures.—Protestation.—L’auteur se dénonce lui-même à la rigueur des lois.—Les guêpes révoltées.—L’auteur veut raconter une fable.—M. Walewski.—M. Janin.—M. A. Karr.—M. N. R***.—Un bon conseil.—Un bal bizarre.—Madame de D***.—Les honorables.—M. Coraly le député.—M. Coraly le danseur.—Histoire de madame *** et d’une illustre épée.—M. Pétiniau.—M. Arago.—M. Ampère.—Les mathématiques au trot.—M. Ardouin.—M. Roy.—Concerts chez le duc d’Orléans.—M. Halévy.—M. Victor Hugo.—M. Schnetz.—M. Auber.—M. Ch. Nodier et madame de Sévigné.—Madame la duchesse d’Orléans.—Madame Adélaïde.—Le faubourg Saint-Germain et les quêteuses.—Madame Paturle et madame Thiers.—Mademoiselle Garcia et ses fioritures, Grétry et Martin.—Indigence de S.M. Louis-Philippe.—29 janvier.—Ce que les amis du peuple lui ont donné.—Les pauvres et les boulangers.—Bon voyage.
image d’une guêpe CHOSES DITES SÉRIEUSES,—Les Chambres ont commencé ce qu’on appelle leurs travaux.
Après le discours du trône, les hommes graves et les journaux ont, comme de coutume, passé quinze jours à éplucher les phrases et à écosser les mots qui le composent, pour y trouver une foule de sens mystérieux.—Puis on s’est occupé à faire le logogriphe de la Chambre en réponse à la charade de la couronne.
On a vu reparaître alors toute la friperie phraséologique des années précédentes,—le vaisseau de l’État, l’horizon politique,—le timon de l’État,—les athlètes infatigables,—les hydres aux têtes sans cesse renaissantes, les égides, etc., etc., que l’on a ensuite remise aux clous, où on l’avait prise et où on la reprendra l’année prochaine.
L’adresse et la discussion qui l’a précédée ont été une œuvre de banalité et de médiocrité. Les assaillants, comme les défenseurs, l’opposition, comme le gouvernement, tout le monde a contribué de son mieux à en faire quelque chose de parfaitement vide.
Personne n’a eu le courage de son opinion. M. de Rémusat a reculé devant le sens primitivement sournois et agressif de l’adresse dont la rédaction lui avait été confiée,—et a cru devoir l’expliquer.—M. de Chasseloup a reculé devant son amendement.
image d’une guêpe M. Mauguin était à la tribune et prononçait un long discours, lorsqu’il en vint à cette phrase: «Et c’est une chose de quelque importance que le siége d’Hérat.»
La Chambre entendit le siége des rats, et il y eut un éclat de rire universel.
M. FULCHIRON. Le siége des rats a excité les souris de la Chambre.
M. HÉBERT. Qu’en pense le shah?
M. DE BELLEYME. Le shah les surveille; il a l’œil perçant.
M. Mauguin continuait à parler; M. Fulchiron quitta sa place et se dirigea vers le fauteuil du président,—en lui faisant un signe d’intelligence pour lui faire comprendre qu’il avait à lui dire des calembourgs dont on sait que M. Sauzet est grand amateur.
M. Sauzet répondit par un geste d’autorité qui voulait dire: «Attendez un peu, quand M. Mauguin aura fini.»
Comme l’avait prévu l’avocat Sauzet, le discours de l’avocat Mauguin finit par finir,—et le président fit alors à M. Fulchiron un nouveau signe qui voulait dire: «Ah! il y a des calembourgs, eh bien! venez maintenant.»
Mais M. Fulchiron était blessé;—il tourna la tête d’un air boudeur et ne voulut voir aucun des signes que M. Sauzet s’évertua à lui adresser pendant tout le reste de la séance.
image d’une guêpe MM. les députés se font passer de petits papiers sur lesquels on lit:
Quel est le sentiment qui maigrit le plus les hommes?
Quels sont les trois départements qui ne mettent pas de beurre dans leur cuisine?
Ces questions circulent,—et chacun essaye de les résoudre.—L’Œdipe le plus fort écrit sa réponse, et les papiers recommencent à circuler.
Deux de ces papiers que nous avons eus dans les mains contiennent, outre ces questions, les réponses que voici:
Sur la première question:—l’admiration (la demi-ration).
Sur la seconde:—Aisne, Aube, Eure (haine au beurre).
N. B. Il n’y a pas dans ce précis des travaux parlementaires la moindre plaisanterie. Tout est vrai.
image d’une guêpe Un événement parlementaire a été le discours de M. Thiers sur la question d’Orient: ce discours, très-attendu, très-annoncé, très-médité, n’a pas produit l’effet qu’on en espérait.
Ce n’était qu’une triple pétition qui n’a été apostillée par personne; d’abord pétition au roi pour demander un ministère; en effet, on n’y remarquait aucune phrase contre la politique personnelle; loin de là, elle était traitée avec une remarquable mansuétude, le système de la paix y était fort exalté,—il y avait loin de ce discours à celui où M. Thiers a dit: «Louis-Philippe était dans son droit, et j’étais dans le mien.»
Pétition à la Chambre pour demander une majorité et un appui; tout le monde avait sa caresse et sa part de paroles mielleuses; il y avait tour à tour une phrase pour M. Berryer, une phrase pour M. Barrot, une phrase pour les deux cent vingt et un.
Enfin, troisième pétition à l’Europe et particulièrement à l’Angleterre pour obtenir l’autorité d’un grand diplomate, des visites à la place Saint-Georges et la réputation d’un homme avec lequel on peut traiter.
Mais M. Thiers a pu s’assurer que, lorsqu’on veut ainsi contenter tout le monde, on ne contente... que sa famille et ses sténographes.
En effet, voici ce qu’il est advenu des trois pétitions.
Nous croyons savoir qu’un grand ami de M. Thiers s’est fait voir au château et au ministère des affaires étrangères, où il a cherché à persuader à M. Soult de retourner au ministère de la guerre et de donner sa place à M. Thiers.
Mais, au château comme chez le maréchal, on a répondu avec une froide bienveillance que le discours était bien modéré, bien inattendu, bien tiède, mais que, pour entrer au ministère, il était trop tard.
A la Chambre, on a trouvé le discours très-sage, très-convenable, et chacun a été fort content de son lot, mais très-mécontent du lot de son voisin.
En Angleterre, pas un journal ni whig ni tory ne l’a commenté, ne l’a cité, n’en a parlé, ne l’a lu,—il a été considéré comme non avenu. Ç’a été un fiasco complet.
Au point de vue de la diplomatie, le discours n’apprenait rien sur la question, et tout ce qui a rapport au pacha d’Égypte présentait de telles lacunes, que tout le monde a été d’accord sur ce point, que ce n’est pas ainsi, en n’en montrant qu’un côté, qu’on peut avoir la prétention de traiter sérieusement les affaires.
image d’une guêpe Un célèbre orateur n’a pas parlé sur l’adresse.—Son silence a étonné bien des gens. En voici l’explication: cet orateur, avocat, comme tout le monde,—renonce généreusement, pour représenter son parti à la Chambre des députés, à l’exercice de sa profession qui lui rapporterait au moins cent mille francs par an. Il n’a pas de fortune, et le parti lui alloue une indemnité annuelle.
En ce moment, soit que le parti trouve que son orateur ne parle pas assez pour ce qu’on lui donne, soit qu’il ait épuisé sa bourse et son cœur pour une royale infortune qui gémit dans l’hospitalité, il est en retard d’un trimestre, et l’orateur sera muet ou enrhumé jusqu’à solde de tout compte.
image d’une guêpe M. Passy—s’occupe de la conversion des rentes,—nous allons nous occuper un peu de M. Passy.
Comme orateur, M. Passy est tout à fait insupportable à cause d’un défaut dans la prononciation qui le rend aussi fatigant qu’inintelligible.—Je me rappelle une phrase prononcée (si on peut appeler cela prononcer) par lui pendant qu’il était dans l’opposition et qu’il faisait contre le ministère d’alors la guerre que l’on fait aujourd’hui contre lui, avec les mêmes armes et les mêmes arguments. «Les choufranches de la Franche viennent chancheche de che que le minichtère n’a pas de chychtème.
Comme homme d’État et comme administrateur, M. Passy a été perpétuellement, et d’une façon bizarre, sous la double et contraire influence des deux prénoms qu’il a reçus.
M. Passy s’appelle Hippolyte-Philibert, et toute sa vie il s’est efforcé d’éviter les applications qu’on aurait pu lui faire du nom d’un mauvais sujet célèbre au théâtre, et de se réfugier dans les vertus du «sauvage Hippolyte,» son autre patron. Cette précaution devait le jeter dans de singuliers excès, et elle n’y a pas manqué. M. Passy s’est efforcé de se montrer composé, ennuyeux, peu soigné dans sa mise, sous prétexte d’austérité. Jamais il n’a pu s’élever jusqu’aux gants verts que nous avons reprochés avec quelque amertume à plusieurs de ses collègues;—il garde les mains nues,—Hippolyte ne portait pas de gants et Philibert les devait.
La conversion passera à la Chambre des députés à une majorité de deux cent vingt voix contre quatre-vingt-dix,—mais peut-être avec quelques restrictions.
Le projet viendra ensuite à la Chambre des pairs; et il y sera rejeté à quatre-vingt-dix voix contre douze.—Parmi ces douze on peut désigner d’avance M. d’Argout, M. Pelet de la Lozère, M. de Mosbourg, M. Boissy-d’Anglas, et les nouveaux pairs qui sont nommés pour cela.
Il ne restera alors au roi que le plaisir de ne pas sanctionner une mesure sur laquelle nous ignorons son opinion.
image d’une guêpe A propos du roi et de la Chambre, une chose m’a frappé cette année plus encore qu’elle ne l’avait fait jusqu’ici.
Je ne sais pas pourquoi on s’obstine quelquefois à contrarier le peuple et à ne pas faire ce qu’il demande,—ce n’est certes pas moi qui m’amuserai jamais à contrarier le peuple,—ce bon peuple, il demande avec tant d’instance, tant de cris, tant de fureur, il est si près à mourir pour ce qu’il demande, et ensuite il se contente de si peu!
Après l’Empire on était las de la conscription, qui avait plus que décimé les familles... et on avait peut-être raison.—La Restauration annonça que la conscription, l’odieuse conscription, était à jamais abolie.—En effet, on la remplaça par le recrutement, qui est absolument la même chose, et le peuple a été content.
Après juillet 1830, on a dit au peuple: vous abhorrez la gendarmerie, vous n’aurez plus de gendarmerie.—A bas la gendarmerie!—Remplaçons-la par une magnifique garde municipale—et le peuple a été content.
Vous ne voulez plus de gardes du corps, ni de garde royale.—C’était peut-être un but à l’ambition légitime de l’armée—mais aujourd’hui, quand un soldat est ambitieux, il se proclame roi de France.—Il n’y aura plus de gardes du corps, ni de garde royale. Mais comme il faut que le corps du roi soit gardé, attendu la funeste habitude que prennent les garçons selliers de lui tirer des coups de pistolet à trois pas, on lui a donné, au roi, pour gardes du corps, des mouchards et des argousins. Quand le roi va à la Chambre des députés, quand la reine va à l’Opéra, les endroits par où doivent passer Leurs Majestés présentent un rassemblement des physionomies les plus patibulaires et les plus inquiétantes; des haies d’habits bleus râpés et gras,—des escouades de redingotes à collet de fourrure au mois d’août,—des bottes éculées, des gourdins énormes, des chapeaux crevés, des pipes écourtées vomissant des parfums nauséabonds—annoncent à Paris et entourent la Majesté Royale.
image d’une guêpe Une guêpe voyageuse me rapporte une petite histoire de Goritz.—M. de *** était allé faire sa cour au duc de Bordeaux.—En prenant congé du jeune prince, il parut un peu embarrassé, balbutia, hésita, et cependant finit par lui dire: «Monseigneur, Votre Altesse Royale excusera la liberté que je vais prendre,—mais je ne dois rien vous cacher de ce qui est dans vos intérêts: l’Europe entière a les yeux sur vous, monseigneur;—vous n’ignorez pas la puissance de la mode, en France.—Eh! bien... vos habits ne sont pas à la mode! permettez-moi, monseigneur, de vous en faire faire d’autres à Paris et de vous les envoyer.
—Monsieur de ***, répondit le prince en souriant, je vous suis infiniment obligé de votre soin.—Vous me rappelez en ce moment le plus fidèle serviteur d’un des anciens rois de France.»
Quand M. de *** eut pris congé, une des personnes qui étaient auprès du prince lui demanda à quel roi et à quel serviteur il avait voulu faire allusion.
—Comment, répliqua le duc de Bordeaux, vous ne savez pas mieux l’histoire de France?—J’ai voulu parler du grand roi Dagobert et de son conseiller, dont M. de *** m’a parfaitement rappelé le discours: