1: Signalons, cependant, comme un symptôme nouveau dont il convient de se féliciter, l'intéressante Histoire de la monarchie de Juillet, qu'un jeune écrivain, M. du Bled, a naguère fait paraître. Il y a plus de vingt ans, M. de Nouvion avait commencé une importante Histoire du règne de Louis-Philippe; la mort ne lui a malheureusement pas permis de la terminer.

2: J'ai eu plusieurs fois occasion de toucher à ces diverses questions dans mes études sur le Parti libéral sous la Restauration et sur l'Extrême Droite et les royalistes.

3: Sarrans, La Fayette et la révolution de 1830, t. Ier, p. 239.

4: Voy. sur La Fayette, dans les années qui suivirent 1815, mon étude sur le Parti libéral sous la Restauration, p. 41 et suiv.

5: Voy. le Parti libéral sous la Restauration, p. 460 à 478.

6: Béranger écrivait à un de ses amis le 19 août 1838: «Quoique républicain et l'un des chefs de ce parti, j'ai poussé tant que j'ai pu au duc d'Orléans. Cela m'a même mis en froid avec quelques amis... Laffitte ayant vanté beaucoup le peu que j'ai pu faire, au duc d'Orléans, il a exprimé le désir de me voir et de me recevoir; mais j'ai cru nécessaire de me tenir à l'écart... Tu me crois peut-être heureux dans la position que les derniers événements m'ont faite. Tu te trompes, je ne suis pas né pour être du parti vainqueur; les persécutions me vont mieux que le triomphe... J'ai dit sur-le-champ qu'en détrônant Charles X, on me détrônait.» En 1848, Chateaubriand disait un jour à Béranger: «Eh bien! votre république, vous l'avez.—Oui, je l'ai, répondait le chansonnier, mais j'aimerais mieux la rêver que la voir.»

7: «Nous avions, dit M. Guizot, l'esprit plein de la révolution de 1688, de son succès, du beau et libre gouvernement qu'elle a fondé.»

8: La Chambre comptait environ 430 membres, sur lesquels 274 appartenaient aux diverses nuances de l'opposition. Or la déclaration par laquelle les députés vont, dans la journée du 30, appeler le duc d'Orléans à la lieutenance générale, ne réunira que 40 signatures. La proclamation du lendemain en réunira 91.

9: Le général Sébastiani disait à ce propos: «La question d'un changement de dynastie est entièrement étrangère à l'acte que la réunion vient d'accomplir. Les commissaires ne l'ont pas soulevée, et il n'y a pas lieu, quant à présent, de la traiter.»

10: Expression de M. Guizot.

11: Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. II, p. 197.

12: Dans un entretien avec M. de Metternich, à la date du 30 août 1830, le général Belliard, envoyé de Louis-Philippe, a attribué à ce prince l'idée première de la visite à l'Hôtel de ville. «Au moment, disait-il, où le duc d'Orléans avait été proclamé par la Chambre lieutenant général du royaume, il écrivit au général La Fayette, qui organisait à l'Hôtel de ville une commune à l'instar de celles de républicaine mémoire. Le général ne lui fit pas de réponse. Le duc informa les députés de ce qui venait d'arriver, et leur fit part de sa détermination de se rendre en personne et seul à l'Hôtel de ville. Ce ne fut que sur l'insistance des députés qu'il consentit à être accompagné par eux.» (Mémoires de Metternich, t. V, p. 22.) D'autres témoignages font honneur de l'initiative aux députés. Ceux-ci cependant ne paraissent s'être décidés qu'après beaucoup d'hésitations.

13: Expression d'un témoin. (Documents inédits.)

14: M. Laffitte a raconté plus tard que vingt jeunes gens s'étaient embusqués au coin d'une petite rue, pour fusiller le prince, mais qu'on les avait fait renoncer à leur dessein avec ce seul mot: «Vous tuerez en même temps Laffitte, Pajol, Gérard et Benjamin Constant.» (Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution, t. Ier, p. 202.)

15: D'après les Mémoires de M. O. Barrot, c'est La Fayette qui a pris le bras du prince et l'a entraîné. D'autres témoignages attribuent l'initiative au duc d'Orléans.

16: Point de pairie héréditaire, renouvellement de tous les magistrats, élection des juges de paix, liberté illimitée de la presse, jury d'accusation, la constitution soumise à la sanction de la nation, tels étaient quelques-uns des articles de ce programme.

17: Mémoires de Metternich, t. V, p. 23.

18: Guizot, Mémoires, t. II, p. 29.

19: Godefroy Cavaignac répondait alors à M. Duvergier de Hauranne qui félicitait les jeunes républicains d'avoir sacrifié leur idéal à l'intérêt de la France: «Vous avez tort de nous remercier; nous n'avons cédé que parce que nous n'étions pas en force. Il était trop difficile de faire comprendre au peuple qui avait combattu au cri de: «Vive la Charte!» que son premier acte, après la victoire, devait être de s'armer pour la détruire. Plus tard ce sera différent.» (Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, t. X, p. 652.)—Le général Pajol demandait à un des combattants de Juillet, dont il connaissait les opinions très-avancées: «Vous meniez au combat des hommes déterminés; pouviez-vous compter sur leur zèle?—Sans doute.—Assez pour leur donner l'ordre d'arrêter les députés?—Oh! pour cela, je n'oserais en répondre.—Dans ce cas, la révolution est avortée.» (Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. Ier, p. 292.)—Un républicain, apologiste officiel de La Fayette, M. Sarrans, reconnaissait, dans des écrits publiés en 1832 et 1834, «l'ascendant moral des 221 et l'impossibilité dans laquelle se trouvait La Fayette de s'opposer par la force à l'élévation du duc d'Orléans»; il montrait «la presque généralité des citoyens, entraînés par l'exemple de la Chambre et par la crainte des tempêtes que la peur voyait poindre et s'amonceler de tous côtés, se ralliant à cette combinaison et à cet homme comme à une nécessité». (Cf. passim, La Fayette et la révolution de 1830, et Louis-Philippe et la contre-révolution.)

20: Elle avait désigné commissaires provisoires: à la Justice, M. Dupont de l'Eure; aux Finances, le baron Louis; à la Guerre, le général Gérard; à la Marine, l'amiral de Rigny; aux Affaires étrangères, M. Bignon; à l'Instruction publique, M. Guizot; à l'Intérieur et aux Travaux publics, le duc de Broglie.

21: Toutes ces mesures furent prises entre le 1er et le 3 août.

22: 252 députés seulement, sur environ 430, ont pris part, le 7 août, au vote sur la révision de la Charte: 219 pour, 33 contre. Dans la Chambre haute, qui se composait avant 1830 de 364 pairs, il n'y eut, au vote sur la révision, que 114 présents.

23: Les hommes de l'Hôtel de ville avaient profité du désordre général pour publier un texte modifié de la première proclamation du duc d'Orléans; ils lui faisaient dire, au lieu de: «La Charte sera désormais une vérité», cette phrase bizarre, mais dont on devine la portée: «Une charte sera désormais une vérité.»

24: Le National, dans le même article, raillait ceux qui prenaient «pour un simple accident ce qui était une révolution». Il est vrai que ce journal avait dit, quelques semaines auparavant, quand il avait voulu rassurer l'opinion sur la portée de ses attaques contre la Restauration: «Il n'y a plus de révolution possible en France; la révolution est finie; il n'y a plus qu'un accident. Qu'est-ce qu'un accident? Changer les personnes sans les choses.» La contradiction de langage est assez piquante, mais elle n'a pas lieu de surprendre. De tout temps, le parti révolutionnaire a été coutumier de ces dissimulations, de ces changements de masque: c'est ce qu'on appellerait, dans le jargon d'aujourd'hui, de l'«opportunisme».

25: Souvenirs du feu duc de Broglie.

26: Déjà M. Thiers disait dans les placards qu'il avait répandus pendant la nuit du 29 au 30: «C'est du peuple français qu'il tiendra sa couronne.» La proclamation du 31, rédigée cependant par M. Guizot, portait: «Il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens.»

27: Ce mot a été attribué à M. Guizot, qui s'est défendu de l'avoir jamais prononcé. Cf. son discours du 3 janvier 1834.

28: Ces formules avaient été, pour la plupart, imaginées par le duc de Broglie.

29: Tant de ce chef que pour refus de serment, sur les 364 membres qui composaient la Chambre des pairs avant la révolution, 175 furent écartés.

30: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.—Aussi, M. Duvergier de Hauranne ajoute-t-il: «Pour moi, d'après ce que j'ai vu pendant cette semaine, et j'ai beaucoup vu, je suis intimement convaincu que si le gouvernement et les Chambres se fussent hâtés, ils pouvaient, sans résistance, proclamer Louis-Philippe et maintenir, à très-peu de chose près, la Charte de 1814, l'hérédité de la pairie comprise.» Le témoignage est d'autant plus significatif que, personnellement, M. Duvergier de Hauranne tenait peu à cette hérédité. Parmi ceux qui eussent voulu alors tout risquer pour sauver la pairie, M. Duvergier de Hauranne nomme M. Thiers.

31: Ibid.

32: La Fayette disait également à cette époque: «L'hérédité a reçu une atteinte dont elle ne pourra pas se relever.»

33: Souvenirs du feu duc de Broglie.

34: M. Hyde de Neuville appelait les derniers ministres de Charles X «de faux amis, des insensés, des êtres bien perfides, bien coupables». M. de Martignac les traitait de «conseillers perfides», contre lesquels il «partageait la juste indignation de la Chambre»: il parlait des «infâmes ordonnances» et de la «résistance héroïque» de Paris. M. de Lézardières disait: «Les indignes conseillers de la couronne ont, le 25 juillet, légitimé peut-être les événements qui ont suivi cette journée.»

35: M. Hyde de Neuville disait: «Je n'ai pas reçu du ciel le pouvoir d'arrêter la foudre; je ne puis rien contre un torrent qui déborde; je n'opposerai donc à ces actes, que je ne puis seconder ni approuver, que mon silence et ma douleur.» M. de Martignac: «Je ne me dissimule pas tout ce qu'il y a d'impérieux au delà de toute idée, de toute expression, dans la situation où nous sommes.»

36: Pendant que les Chambres travaillaient ainsi à établir la monarchie nouvelle et que le roi déchu se dirigeait lentement vers Cherbourg, un incident singulier s'était produit, incident demeuré longtemps secret. Un soir, peu après la nomination du duc d'Orléans en qualité de lieutenant général, l'ambassadeur anglais, lord Stuart, vint trouver son attaché militaire qui était le colonel Caradoc, depuis lord Howden. Il lui raconta qu'il venait d'appeler l'attention du duc d'Orléans sur l'utilité qu'il y aurait à faire reconnaître les droits du duc de Bordeaux, et que son ouverture avait été bien accueillie. Lord Stuart proposait au colonel Caradoc de partir tout de suite, de rejoindre Charles X sur le chemin de Cherbourg, de lui demander le duc de Bordeaux et de ramener celui-ci à Paris, où ses droits seraient proclamés. La démarche devait être faite au nom du lieutenant général et de l'ambassadeur d'Angleterre, mais sans qu'il y eût rien d'écrit et en se cachant des trois commissaires qui surveillaient, au nom du gouvernement nouveau, la retraite du vieux roi. Le soir même, avant de se mettre en route, le colonel Caradoc vit au Palais-Royal le duc d'Orléans, qui lui confirma ce qu'avait dit lord Stuart et exprima le désir que cette mission réussît. Le colonel partit pendant la nuit, parvint, non sans difficulté, à franchir la barrière, et, après mille péripéties, rejoignit, au milieu de la nuit suivante, le cortége royal dans un village au delà de Laigle. Charles X, qui était couché, lui donna cependant audience et écouta sa communication. Bien que peu disposé à accepter une telle proposition, il ne voulut pas répondre sans prendre l'avis de la mère du jeune prince. La duchesse de Berry, immédiatement appelée, n'eut pas plutôt entendu l'offre qui était faite, qu'elle éclata en paroles violentes contre la famille d'Orléans et déclara qu'elle ne lui confierait jamais son fils. Le colonel Caradoc rapporta cette réponse au lieutenant général, qui lui dit alors en anglais: «Maintenant, j'ai fait mon devoir, que la volonté de Dieu s'accomplisse!»—Il est question de cet incident dans une lettre de Donoso Cortès qui le tenait de la bouche même de lord Howden. (Deux diplomates: le comte Raczynski et Donoso Cortès, par le comte Adhémar d'Antioche, p. 251 à 253.) Lord Howden a laissé, d'ailleurs, de cet épisode un récit détaillé, dramatique, écrit de sa main et jusqu'à présent inédit. Le fait ne paraît donc pas contestable. Quelle en est l'explication? Il semble peu en harmonie avec ce qu'au même moment le duc d'Orléans faisait ou laissait faire à Paris. Faut-il croire qu'il s'attendait à la réponse qui lui fut rapportée? On n'a pas besoin de faire cette supposition. N'a-t-on pas pu déjà entrevoir que, dans cette crise à la fois si redoutable et si rapide, l'esprit et la conscience du prince étaient partagés par des sentiments très-complexes et presque contradictoires?

37: Sarrans, La Fayette et la Révolution, t. Ier, p. 298.

38: Souvenirs du feu duc de Broglie.

39: C'est ce même prince que, peu de temps après, le 27 août, on trouva pendu à l'espagnolette de sa fenêtre. Mort tragique, dont les haines politiques cherchèrent à exploiter le mystère. L'instruction judiciaire conclut à un suicide que l'esprit troublé et les mœurs dissolues du vieux duc ne rendaient pas invraisemblable. Une partie du public s'obstina à voir là un assassinat qu'on imputait à la baronne de Feuchères, maîtresse du prince et sa légataire pour une somme considérable. Des ennemis sans scrupules essayèrent même, par des insinuations calomnieuses, de faire remonter la complicité de ce crime jusqu'à Louis-Philippe qui, à les entendre, aurait craint de voir le duc de Bourbon modifier, après la révolution, le testament fait auparavant en faveur du duc d'Aumale. Il nous semble, en tout cas, que la gloire de la maison de Condé n'a pas eu à souffrir de l'héritier que s'était choisi son triste et dernier représentant.

40: «Ce fut un beau spectacle, écrivait un ami de La Fayette, M. Sarrans, que cette intronisation d'un roi sorti des mains du peuple, entrant dans le sanctuaire des lois, au bruit des chœurs populaires de 1792, mariés aux inspirations patriotiques de 1830; attendant, sur un modeste tabouret, que les mandataires de la nation lui eussent permis de s'asseoir dans le fauteuil du trône. Qui l'oubliera jamais? Le peuple était encore là dans toute la dignité de sa puissance, et jamais les rapports de la créature au créateur n'avaient été plus religieusement observés: des cris de: Vive le duc d'Orléans! et non pas de: Vive le Roi! retentissant sur les bancs et dans les tribunes; le président de la Chambre (c'était M. Casimir Périer) lisant la nouvelle charte au duc d'Orléans; le prince déclarant qu'il l'acceptait; l'intègre Dupont de l'Eure la lui présentant à signer et recevant son serment; un roi debout parlant au peuple assis, et le roi autorisé enfin à se placer sur le trône où, pour la première fois, il est salué du titre de monarque.»

41: M. Quinet exprimait son admiration pour le spectacle qu'offrait «le palais du Roi, écorché par la mitraille et gardé par des chapeaux ronds». (Lettre d'août 1830.) Carrel écrira, quelques mois plus tard: «Jamais monarque ne s'entourera d'une garde plus martiale et plus imposante que cette bande déguenillée qui fournissait les factionnaires du Palais-Royal, dans les premiers jours d'août, et que tant de poignées de main historiques accablèrent.» (National, 18 juin 1831.)

42: L'évacuation ne devait pas, en effet, être une petite affaire. Il fallut trouver des missions, des emplois, des épaulettes à distribuer entre ces protecteurs obstinés.

43: Quatre ans plus tard, La Fayette a voulu contester ce propos; mais les témoignages contemporains ne permettent guère de tenir compte de ce démenti.

44: Souvenirs du feu duc de Broglie.

45: Aujourd'hui, les écrivains sérieux sont bien revenus des vieilles déclamations contre les traités de 1815. Signalons sur ce point l'étude si décisive d'un de nos historiens diplomatiques les plus compétents, M. Albert Sorel: le Traité de Paris du 20 novembre 1815.

46: Mémoires de Metternich, t. V, p. 195.

47: Ce fait est constaté notamment dans la correspondance de lord Palmerston, qui était venu à Paris en 1829. (Life of Palmerston, par Bulwer.)

48: Le duc de Richelieu avait dit, en 1815, à son pays, dans un langage plus patriotique que les déclamations belliqueuses de ceux qui se disaient «patriotes»: «Le plus grand de nos maux est d'être encore, malgré nos disgrâces, un objet de défiance et de crainte.» Il rappelait à la France qu'elle avait «provoqué des vengeances, allumé des ressentiments que le temps, qu'une grande modération, qu'une persévérante et invariable prudence, pouvaient seuls parvenir à calmer». Ce sont ces craintes et ces ressentiments que la révolution de 1830 avait aussitôt ranimés.

49: M. de Metternich écrivait le 6 octobre 1830: «L'influence extraordinaire que la révolution de Juillet a exercée sur les esprits, bien au delà des frontières de France, est démontrée par des faits journaliers. Cette influence est, par plus d'une raison, bien autrement décisive que ne le fut celle de la révolution de 1789.» Plus tard, il disait que cette révolution avait «produit sur l'Europe l'effet de la rupture d'une digue». (Mémoires de Metternich, t. V, p. 52 et 195.)

50: M. de Metternich lui-même déclarait avoir quitté le comte de Nesselrode avec le sentiment de «l'avoir plutôt battu que convaincu». Il ajoutait que les «questions sur lesquelles il l'avait trouvé encore livré à de funestes préjugés étaient celles relatives à la France.» (Mémoires de Metternich, t. V, p. 62.)

51: M. de Metternich a dit lui-même, en parlant de son interlocuteur: «Je le trouvai dans un état de surprise difficile à dépeindre... Tiré par l'événement même d'un long sommeil de méfiance et d'une quiétude fortement empreinte de nuances libérales, il ne m'a pas paru difficile de lui faire adopter, sans beaucoup d'efforts, plusieurs de mes jugements. Le plein se déverse facilement dans le vide.» (Mémoires de Metternich, t. V, p. 63.)

52: Sur les rapports de M. de Metternich et de M. de Nesselrode en juillet et août 1830, voyez les Mémoires de Metternich, t. V, p. 7-17, et p. 62 à 63.

53: Voy., pour connaître cet état des esprits, les études de M. Saint-René Taillandier sur l'Allemagne, notamment celles sur Frédéric-Guillaume IV et le baron de Bunsen.

54: Dépêche confidentielle adressée, le 12 octobre 1835, par M. le duc de Broglie, ministre des affaires étrangères, à M. Bresson, ambassadeur à Berlin. (Documents inédits.)

55: Notes inédites de Duvergier de Hauranne.

56: La Monarchie de 1830, p. 93 (1831).

57: Lord Palmerston, de passage à Paris, écrivait de cette ville, le 9 décembre 1829: «C'est étonnant de voir combien chaque Français déraisonne au sujet de ce qu'il appelle «nos frontières»; chacun d'eux déclare qu'il couperait volontiers ses deux mains pour obtenir la frontière du Rhin.» (Bulwer, Life of Palmerston, t. I, p. 324.)

58: M. Quinet écrivait à sa mère, en août 1830, au sujet des populations de la Prusse rhénane: «On est enivré de joie, et tout le peuple des bords du Rhin n'attend qu'un signal pour se réunir à la France.»

59: M. Quinet écrivait en 1831: «Il est visible que le bruit de guerre universelle, qui éclate depuis un an, n'est que l'écho des marches de la Convention et de l'Empire dans le génie de notre époque.» (L'Allemagne et la Révolution.)

60: Sur plusieurs points, les droits de douane et les contributions indirectes, notamment celles sur les boissons, cessaient d'être payés.

61: La garde comptait vingt-cinq mille hommes; les régiments suisses, huit mille.

62: Lettre du 23 mars 1831. (Le Maréchal Bugeaud, par M. d'Ideville.)

63: Mémoires d'Odilon Barrot, t. I, p. 606.—M. Casimir Périer, se reportant à l'époque de 1830, disait, le 7 mars 1832: «Qu'aurait pu faire un parti de la guerre, dans la situation où la France se trouvait militairement, par suite de la dissolution de la garde royale, du renvoi des Suisses, des distractions de nos forces à Alger et en Grèce, enfin de la désertion organisée par l'esprit de parti et de l'emploi extraordinaire des troupes dans l'Ouest et le Midi?»

64: M. Dupin disait, quelques mois plus tard, à la tribune, en s'adressant aux belliqueux de la gauche: «Certains régiments de ligne étaient en insurrection contre leurs officiers; certes, ce n'est pas avec une armée sans discipline que l'on pouvait entrer en campagne.»—M. Thiers montrait «le trouble s'introduisant dans l'armée, grâce à plusieurs exemples fâcheux qui avaient averti les sous-officiers qu'ils pouvaient devenir officiers en dénonçant leurs chefs». (La Monarchie de 1830, p. 126.)—Enfin, le 14 septembre 1830, Carrel, dans le National, indiquait, comme une des principales causes d'inquiétude, «les actes d'insubordination qui ont révélé dans l'armée un esprit et des prétentions jusqu'alors étouffés».

65: Le soir du 4 septembre 1870, un des personnages importants du parti républicain disait à un de ses amis: «Qui sait si, à cette heure, la république n'est pas proclamée à Berlin?»

66: «Sachons, ajoutait M. Quinet, que la plaie du traité de Westphalie et la cession des provinces d'Alsace et de Lorraine saignent encore au cœur de l'Allemagne, autant que les traités de 1815, au cœur de la France. Chez un peuple qui rumine si longtemps les souvenirs, on trouve cette blessure au fond de tous les projets et de toutes les rancunes. Longtemps, un des griefs du parti populaire contre les gouvernements du Nord a été de n'avoir point arraché ce territoire à la France, en 1815, et, comme il le dit lui-même, de n'avoir point gardé le renard, quand on le tenait dans ses filets. Mais ce que l'on n'avait pas osé en 1815, est devenu plus tard le lieu commun de l'ambition nationale.» (L'Allemagne et la Révolution, 1831.)

67: Lettre du 23 mars 1831. Un peu plus loin, dans cette lettre, le général Bugeaud ajoutait: «Certes, je n'ai qu'à gagner à la guerre; ou je serai tué, ou j'avancerai. Et cependant je ne la désire pas, parce que je crains surtout la guerre civile et l'anarchie républicaine.»

68: Quand il fallut, pour la première fois, signer l'ordre d'exécution d'un condamné à mort, le Roi passa par des angoisses qui durèrent plusieurs jours et plusieurs nuits.

69: Telle est la lettre de Louis-Philippe au czar Nicolas, lettre dont la publication indiscrète souleva de vives colères dans les journaux de gauche. Les mêmes expressions se retrouvent dans la lettre à l'empereur d'Autriche. (Mémoires de Metternich, t. V, p. 26.) Voir aussi le compte rendu des trois entretiens que le général Belliard, envoyé de Louis-Philippe, eut avec M. de Metternich, le 27, le 30 août et le 8 septembre, (Ibid., t. V, p. 17 à 26.)

70: Le Roi dressa lui-même, de sa main, la liste de ses ambassadeurs.

71: Souvenirs du feu duc de Broglie.

72: Dans la dépêche confidentielle que nous avons déjà citée et que le duc de Broglie adressait à M. Bresson, le 12 octobre 1835, nous lisons ce qui suit sur l'attitude de l'Angleterre, lors de la révolution de 1830: «L'effroi a coalisé tous les cabinets. Je n'en excepte point le cabinet de Londres. La ligue s'est formée, ce cabinet y compris. Si le ministère de lord Wellington se fût maintenu au pouvoir, l'Angleterre aurait fait partie de l'alliance défensive contre la France; elle en a fait partie pendant quelques mois. La France serait demeurée entièrement isolée. L'Angleterre aurait contribué à modérer, à contenir les confédérés, mais elle se serait bornée à prendre vis-à-vis d'eux le rôle que la Prusse et l'Autriche exercent en ce moment vis-à-vis de la Russie.» (Documents inédits.)

73: Geschichte Frankreichs, 1830-1870, par K. Hillebrand, t. I, p. 20.

74: Eod. loco.

75: Histoire de la politique extérieure du gouvernement français (1830-1848), par le comte d'Haussonville. Publié en 1850, dans la Revue des Deux Mondes, pour défendre la monarchie qui venait d'être renversée, cet écrit de circonstance s'est trouvé être une histoire définitive qui depuis lors n'a pas été dépassée.

76: Il reprochait à Louis XVIII d'avoir «élevé un trône entouré d'institutions républicaines», et tout en blâmant M. de Polignac pour son incapacité, il louait les doctrines des Ordonnances et y retrouvait ses propres principes. (Mémoires de Metternich, passim; cf. notamment t. V, p. 12 et 83.)

77: Quelques années plus tard, causant avec un Américain, M. de Metternich lui faisait remarquer que, ministre d'Autriche depuis vingt-sept ans, il avait eu à traiter avec vingt-huit ministres des affaires étrangères en France. Dans la même conversation, il se plaisait à répéter: «Je travaille pour demain, c'est avec le lendemain que mon esprit lutte.» (Life, letters and journals of G. Ticknor, Boston, 1876, p. 15.)

78: Dans ses Mémoires, M. de Metternich se proclame «étranger aux aberrations de son temps». En 1848, rencontrant M. Guizot à Londres, il lui disait: «L'erreur n'a jamais approché de mon esprit.—J'ai été plus heureux, lui répondait finement M. Guizot; je me suis aperçu plus d'une fois que je m'étais trompé.»

79: Mémoires de Metternich, t. V, p. 23.

80: Dans cette même conversation avec M. Ticknor, dont nous parlions tout à l'heure, M. de Metternich disait: «Je suis modéré en toutes choses, et je m'efforce de devenir encore plus modéré; j'ai l'esprit calme, très-calme; je ne suis passionné pour rien; aussi je n'ai pas de sottise à me reprocher; mais je suis souvent mal compris. On me croit absolu en politique: je ne le suis pas.»

81: Au moment de la révolution de Juillet, M. de Metternich se félicitait de trouver le roi de Prusse «dans les dispositions invariablement correctes qu'il lui connaissait depuis nombre d'années, dispositions que les événements d'Orient et l'aspect des dangers croissants en France n'avaient pu que raffermir». (Mémoires de Metternich, t. V, p. 62.)

82: On voit bien la trace de cette impression dans le compte rendu, déjà mentionné, des entretiens du général Belliard avec M. de Metternich. (Mémoires de Metternich, t. V, p. 17 à 26.)

83: Ces sentiments se manifestaient dès le milieu d'août. (Geschichte Frankreichs, 1830-1870, par K. Hillebrand, t. Ier, p. 22-23.) La reconnaissance toutefois n'eut lieu que dans les premiers jours de septembre.

84: Mémoires de Metternich, t. V, p. 25 et 26.

85: Ibid., p. 51 à 69.

86: Des émissaires avaient été envoyés dans les villes flamandes par les sociétés révolutionnaires de Paris. «Sans la dernière catastrophe arrivée en France, a dit M. de Metternich, et sans l'activité des agents de la faction révolutionnaire dans ce pays, les événements en Belgique n'auraient jamais pris le caractère séditieux d'une insurrection. (Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 39.)

87: Expression du général Lamarque.

88: Voir, sur cet incident, les renseignements donnés par M. de Viel-Castel dans le tome XX de son Histoire de la Restauration.

89: Ce fait est rapporté par le baron de Stockmar, le médecin et l'ami du roi Léopold et du prince Albert.

90: Geschichte Frankreichs, par K. Hillebrand, 1830-1870, t. Ier, p. 143.

91: Dépêche de Metternich en date du 3 octobre 1830. (Mémoires, t. V, p. 38, 39.)

92: Ibid., p. 15, 39, 44, 60.

93: Souvenirs du feu duc de Broglie.—Le 7 mars 1832, M. Casimir Périer avouait, à la tribune, que le gouvernement français avait vu d'abord dans la révolution de Belgique «un embarras».—Vers la fin de 1830, quand les choses étaient déjà en meilleure voie, M. de Talleyrand écrivait à un de ses amis: «Si nous réussissons, nous nous rappellerons avec plaisir la peur que la Belgique nous aura donnée.»

94: L'entretien eut lieu, non au ministère des affaires étrangères, mais dans la demeure personnelle de M. Molé; la cour de Berlin n'avait pas encore reconnu le roi Louis-Philippe, et M. de Werther ne se considérait pas comme étant autorisé à avoir des relations officielles avec le ministre français.

95: Expression de M. de Werther dans la dépêche où il rendait compte de cet entretien.

96: Dépêches de M. de Werther, en date du Ier et du 24 septembre 1830. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 144 à 146.) Le comte d'Haussonville, dans son Histoire de la politique extérieure du gouvernement français, 1830-1848 (t. I, p. 21), a donné une forme plus vive, plus dramatique, à la conversation de M. Molé et de M. de Werther. «La guerre, aurait dit le ministre français sur un ton presque napoléonien, est au bout de mes paroles; sachez-le et mandez-le à votre cour.» L'historien prussien, M. Hillebrand, conteste l'exactitude du récit de M. d'Haussonville. D'abord il fait observer,—et, sur ce point, il paraît avoir raison,—que l'entretien a eu lieu le 31 août, et non pas «à la fin de septembre ou dans les premiers jours d'octobre», comme dit M. d'Haussonville. En second lieu, se fondant sur la dépêche même où M. de Werther a rendu compte de la conversation, il nie que M. Molé se soit exprimé dans les termes agressifs, menaçants, que lui prête M. d'Haussonville. Celui-ci n'ayant pas indiqué d'où il avait tiré son récit, il est difficile de se prononcer entre les deux versions. D'ailleurs, la contestation paraît porter moins sur le fond des idées que sur la forme, et elle a d'autant moins d'intérêt que, d'après M. de Werther lui-même, le ministre et le Roi ont fait, peu après, à l'ambassadeur de Russie les menaces formelles que M. Hillebrand s'applique à écarter de la première conversation avec l'ambassadeur de Prusse.

97: Expression de M. Bulwer, Life of Palmerston, t. II, p. 23.

98: Ibid.

99: Divers indices tendent à faire croire que, dans son désir de satisfaire à tout prix l'Angleterre, M. de Talleyrand eût été prêt à concéder plus encore. Il ne se fût pas refusé à promettre l'abandon d'Alger. Mais, à Paris, bien que la nouvelle conquête africaine fût alors peu populaire et parût plus un embarras qu'une force, on fut retenu par un sentiment d'honneur national. M. Molé déclara qu'il ne s'associerait pas à un tel abandon, et le Roi voulut tout au moins qu'on s'abstînt de toute promesse. M. de Talleyrand reçut donc pour instructions de ne faire sur ce sujet que des réponses dilatoires et de ne rien ajouter aux engagements pris par la Restauration.

100: Tous les témoignages anglais constatent ce succès. Le Morning Post, dans un article publié à la mort de Talleyrand, dit à propos des débuts de son ambassade à Londres: «Il avait ici tout le monde à ses pieds; toute la noblesse d'Angleterre recherchait sa société avec ardeur; les diplomates de tous pays pliaient devant lui.»—Voir aussi le journal de Ch. Greville.

101: Madame de Dino, nièce de l'ambassadeur, et qui faisait auprès de lui office de maîtresse de maison, écrivait, le 27 octobre 1830: «Nos dîners ont du succès ici; ils font époque dans la gastronomie de Londres; mais c'est ruineux, et M. de Talleyrand est effrayé de la dépense.»

102: Dès l'origine, M. de Talleyrand avait pris, à l'égard du gouvernement nouveau, cette attitude de protecteur quelque peu indépendant. Pendant les journées de Juillet, il avait envoyé un agent officieux à M. de Metternich et lui avait fait dire: «Nous deux réunis, nous maintiendrons la paix contre les anarchistes en France et contre les perturbateurs à l'étranger. Vous lui direz de ma part que je me porte personnellement garant envers lui des intentions toutes pacifiques du duc d'Orléans et de la nouvelle monarchie qui se prépare». (Mémoires de M. de Klindworth, Revue de France du 1er septembre 1880.)

103: Témoin le discours prononcé par le Roi, le 2 novembre, à l'ouverture du Parlement.

104: Dépêche du baron Mortier à M. Molé, en date du 11 octobre 1830.

105: Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 44 et 46.

106: Ce propos était rapporté, quelques semaines plus tard, par un diplomate sarde qui en affirmait l'authenticité. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 148.)

107: Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 42.

108: Dépêches de l'envoyé sarde à Vienne. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 147 et 148.)

109: Il y aurait bien des réserves à faire sur l'assertion tant de fois répétée que l'annexion à la France était alors désirée en Belgique. Un peu plus tard, le 27 janvier 1831, M. Mauguin ayant affirmé à la tribune du Palais-Bourbon que «la Belgique voulait se réunir à la France», le général Sébastiani, ministre des affaires étrangères, répondit que «la Belgique ne s'était jamais offerte». Sans doute, ajoutait-il, les Belges qui avaient exprimé le désir de cette union «étaient les interprètes d'un grand nombre de leurs compatriotes, mais ils n'étaient pas les organes de la nation; la Belgique, qu'on vous présente comme unanime, est, sur cette question, comme sur beaucoup d'autres, divisée en plusieurs partis». Quelques jours après, dans le congrès belge, des protestations très-vives s'élevèrent contre l'idée qu'on paraissait se faire en France d'une Belgique «s'offrant» à sa puissante voisine. On y fit remarquer que presque tous les journaux belges avaient combattu l'union, et qu'à peine deux ou trois orateurs l'avaient soutenue dans la représentation nationale. Tel était l'état d'esprit dans le congrès que ceux mêmes qui, comme M. Gendebien, passaient pour être le plus amis de la France, crurent devoir se défendre d'avoir jamais pensé à l'annexion et se firent au contraire honneur d'avoir combattu les prétentions qui s'étaient manifestées à Paris. Quant à M. de Gerlache, le chef du parti catholique, il s'écria: «Si nous voulons être stigmatisés aux yeux de l'Europe entière, réunissons-nous à la France!» (Cf. sur cette discussion du congrès belge l'ouvrage de M. Juste, le Congrès national de Belgique, t. I, p. 242 à 244.)

110: «Je dis toujours: Dans le doute, abstiens-toi», écrivait alors le Roi à M. Guizot, dans une lettre intime.

111: M. Guizot a dit plus tard de Louis-Philippe, en causant avec M. Senior: «Plein de bravoure personnelle, il était timide en politique; il préférait l'adresse à la force, et cherchait toujours à tourner les obstacles, au lieu de les attaquer de front.»

112: Dans ses dernières années, cependant, Louis-Philippe avait perdu beaucoup de ses illusions sur 89; il écrivait en parlant de cette époque: «Nous avons fait tant de sacrifices, tant d'abandons, tant de destructions, que nous avons rendu la monarchie impossible, sans rendre la république possible.» (Cité dans une lettre écrite par le duc Pasquier, en 1857.)

113: Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution, t. Ier, p. 218.

114: Cf. les Souvenirs du feu duc de Broglie.—Un jour, M. Dupin révélait au conseil qu'un personnage, proposé pour un haut poste, avait subi un procès scandaleux en cour d'assises; peu après, le candidat évincé, mis au courant de ce qui s'était passé, venait demander raison au ministre qui avait révélé ses antécédents. (Mémoires de M. Dupin.)

115: M. Guizot s'étant un jour risqué à mal parler de certains agitateurs, M. Salverte lui répondit: «Les hommes dont vous parlez peuvent avoir des opinions exaltées... Gardez-vous pour cela de les traiter comme des ennemis... Souvenez-vous que ces hommes ont combattu avant nous.»

116: Souvenirs du feu duc de Broglie.

117: Mémoires de M. Guizot, t. II, p. 40 et 41.

118: Le maréchal Maison, MM. Odilon Barrot et de Schonen.

119: Lamennais, encore catholique, se plaint, dans une lettre d'octobre 1830, du trouble jeté dans les esprits par ces prédictions.

120: Réminiscences, par Coulmann, t. II.

121: La Monarchie de 1830, p. 54.

122: Cité par M. Dupin à la tribune, le 30 septembre 1830.

123: Seize mois, ou la Révolution et les révolutionnaires, par M. de Salvandy.

124: M. Saint-Marc Girardin écrivait, le 16 août 1830: «Aujourd'hui, c'est une tout autre insurrection: c'est l'insurrection des solliciteurs; c'est la levée en masse de tous les chercheurs de places; ils courent aux antichambres avec la même ardeur que le peuple courait au feu. Dès sept heures du matin, des bataillons d'habits noirs s'élancent de tous les quartiers de la capitale; le rassemblement grossit de rue en rue. À pied, en fiacre, en cabriolet, suant, haletant, la cocarde au chapeau et le ruban tricolore à la boutonnière, vous voyez toute cette foule se grouper vers les hôtels des ministres!... Le mouvement de l'insurrection se répand de proche en proche, d'un bout de la France à l'autre. Chaque département envoie ses recrues... Les victimes abondent; il y en a de toutes les époques. Les héros aussi pullulent... Ceux qui ne sont pas battus ont aussi leurs titres. L'Intimé aujourd'hui ne dirait plus:

Monsieur, je suis bâtard de votre apothicaire.

Il serait bâtard d'un des vainqueurs de la Bastille et oncle d'un des braves du pont de la Grève. À ce titre, l'Intimé demanderait une place de procureur général. L'armée ordinaire de l'insurrection intrigante, c'est la délation. Personne n'est bon citoyen s'il a une place; personne n'aime la patrie que les solliciteurs. Voici un receveur général qui gagne 100,000 francs par an, c'est un Jésuite! Un préfet qui en gagne 25,000, c'est un homme dévoué à l'ancien ordre de choses. Avec tout cela l'inquiétude se répand dans les provinces, en même temps que l'esprit d'intrigue et de cupidité.»

125: Le 25 septembre, on représentait au Vaudeville la Foire aux places, de Bayard. Au lever du rideau, les solliciteurs, réunis dans l'antichambre du ministère, chantaient en chœur:

Qu'on nous place
Et que justice se fasse.
Qu'on nous place
Tous en masse.
Que les placés
Soient chassés!

126: La Curée, publiée le 22 septembre 1830, fut le premier, et peut-être le plus retentissant des Iambes de Barbier. Paris, disait le poëte, n'est plus qu'une sentine impure,

Un taudis regorgeant de faquins sans courage,
D'effrontés coureurs de salons,
Qui vont de porte en porte, et d'étage en étage,
Gueusant quelques bouts de galons,
Une halle cynique, aux clameurs insolentes,
Où chacun cherche à déchirer
Un misérable coin des guenilles sanglantes
Du pouvoir qui vient d'expirer.

127: Au moment où l'on formait le ministère, le duc de Broglie avait dit au Roi: «Si M. Dupont demeure quelques mois où il est, attendez-vous à voir ce personnel de la magistrature qu'on a sauvé à grand'peine dans la révision de la Charte, empoisonné de choix détestables, vu le nombre et la diversité des vacances; plus de rigoureuses conditions, plus de temps d'arrêt dans les tribunaux.» (Souvenirs du feu duc de Broglie.)

128: 13 septembre 1830.

129: Bien que la politique suivie dans les affaires étrangères fût surtout l'œuvre du Roi, il est juste d'en faire aussi partiellement honneur au ministère.

130: C'est à l'occasion du préambule de la loi destinée à accorder des récompenses nationales aux victimes de la révolution de Juillet, que le National a adressé ce compliment à M. Guizot.

131: Les ministres ne tarderont pas à sentir l'inconvénient d'une telle conduite. Peu de mois après la révolution, le 12 novembre 1830, madame Swetchine écrira: «On est honteux aujourd'hui, surtout embarrassé, d'avoir si ridiculement exalté l'instrument dont on s'était servi; on voudrait bien le briser; mais la peur domine, et aussi cette conviction qu'on s'est ôté le droit de sévir.»

132: Expression de M. Sarrans.

133: Sarrans, La Fayette et la Révolution, t. I, p. 310.—Mémoires de La Fayette, t. VI, p. 440.

134: De la Hodde, Histoire des Sociétés secrètes, p. 32.

135: Madame Swetchine, lettre du 12 novembre 1830.

136: Nous reviendrons plus tard sur cette dernière partie des conséquences révolutionnaires.

137: Aussi pouvait-on dire à la tribune, le 8 novembre 1830, des journaux fondés depuis la révolution, qu'ils étaient «pleins de doctrines anarchiques, d'appels à la force, de menaces adressées à toutes les existences établies».

138: L. Blanc, Histoire de dix ans, t. I, p. 447.

139: Ce désordre se reproduisit plusieurs fois, dans les derniers jours d'août et les premiers de septembre, à l'occasion des bustes du général Foy, de Manuel et du maréchal Ney.

140: Telle fut la grande manifestation du 21 septembre, anniversaire de l'exécution des sergents de la Rochelle.

141: Le Journal des Débats disait, le 23 octobre 1830: «Il s'est trouvé une certaine quantité de gens qui ont adopté pour argument une menace d'émeute.—Faites élire le Roi par les assemblées primaires, ou nous vous faisons une émeute.—Il nous faut encore deux articles de la Charte, ou bien une émeute.—Changez le cens électoral, donnez-nous des places de juge, ou bien une émeute.—De telle sorte que les émeutes sont tombées à l'usage commun des solliciteurs; on la produisait par supplément aux apostilles des députés.»

142: Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution, t. II, p. 25.

143: Les prétentions démocratiques n'étaient pas alors moins ridicules qu'ont pu l'être, à d'autres époques, les prétentions aristocratiques. Quand, le 30 juillet, la future reine avait dû, avec sa famille, rejoindre son mari à Paris, on n'avait pu, dans la confusion de ces jours, trouver d'autre véhicule qu'un vulgaire omnibus. Il eût été, certes, bien puéril d'y chercher un sujet de raillerie contre la nouvelle dynastie: mais que penser de ceux qui croyaient y voir un titre d'honneur et qui s'attendrissaient, avec M. Jules Janin, sur ce que la famille royale avait fait son entrée à Paris dans «une de ces longues voitures à bon marché faites pour le peuple»? Les légitimistes, ennemis acharnés de la nouvelle royauté, se réjouissaient de tout ce qui pouvait diminuer son prestige: ils y aidaient de leur mieux. Dans les salons du parti, c'était à qui se vanterait d'avoir fait chanter le plus de Marseillaises au Roi. Les poignées de main royales étaient aussi, dans la société carliste, un sujet perpétuel de gausserie: on y jouait une sorte de farce satirique où Fipp Ier, roi des épiciers, donnait à son fils Grand-Poulot des leçons de science politique, et lui expliquait comment toute la science du gouvernement consistait à serrer la main du premier va-nu-pieds; il lui enseignait les différentes manières de donner des poignées de main, dans toutes les positions, à pied, à cheval, en voiture, quand on galope dans les rangs, quand on voit le défilé, etc.

144: Ainsi faisait le Roi dans ses conversations avec La Fayette, Dupont de l'Eure, Laffitte. Quel était le secret de ces professions de foi, un peu étranges dans la bouche de celui qui venait de monter sur le trône? Après 1848, M. Guizot, causant avec un Anglais, M. Senior, lui disait, non sans finesse: «Louis-Philippe avait pour la république les sentiments que certains peuples de l'Asie ont pour le démon; il la considérait un peu comme un être malfaisant qu'il faut flatter et se rendre favorable, mais qu'il ne faut pas combattre.»

145: A. Trognon, Vie de Marie-Amélie, p. 197.

146: M. Louis Blanc raconte qu'une imprimerie qui, au moment de la révolution, employait deux cents ouvriers, six mois après, n'en employait encore que vingt-cinq, gagnant 25 ou 30 sous, au lieu de 5 à 6 francs. Encore l'imprimerie était-elle une des industries qui avaient le moins souffert.

147: Séance du 5 octobre 1830.

148: Journal des Débats du 11 septembre, du 15 et du 19 octobre: Constitutionnel du 14 et du 18 octobre.

149: National du 8 septembre, des 16, 18 et 29 octobre.

150: Ibid. du 8 septembre.

151: Cette exécution s'accomplit le 25 septembre, le soir même du jour où avait eu lieu à la Chambre le premier débat sur les clubs.

152: Le chiffre lui-même avait été populaire. Macaulay raconte que, venu peu de temps après la révolution à Paris, il avait pris un fiacre et avait demandé au cocher son numéro. «Ah! monsieur, répondit le cocher, c'est un beau numéro, c'est un brave numéro, c'est 221.» (Life and letters of lord Macaulay, par M. Trevelyan.)

153: M. Victor Hugo écrivait à la même époque: «Une révolution de vingt-cinq ans, un parlement de soixante, que peut-il résulter de l'accouplement?»

154: National, passim, août et septembre 1830.

155: Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution, passim.

156: Débat du 30 août 1830, à propos du projet de loi tendant à remplacer les députés démissionnaires. Voir notamment le discours de M. Mauguin.

157: «Quel mandat avions-nous donc reçu? s'écriait M. Mauguin dans la séance du 30 août. N'était-ce pas de concourir avec une Chambre de pairs maintenant mutilée, avec une Chambre émanée d'un roi maintenant renversé? Ne devions-nous pas, en un mot, faire partie d'un gouvernement qui formait un tout indivisible et qui maintenant n'existe plus? Et la partie subsistera-t-elle quand le tout est détruit? Non, non, ne nous abusons pas; notre mandat est mort avec le gouvernement près duquel il devait s'exercer.» Certes, en pure logique, il était malaisé de réfuter cette argumentation. Toutefois, elle avait un point faible, une fissure qui n'échappa point aux contradicteurs. M. Mauguin avait commencé par reconnaître la légitimité des actes faits par la Chambre pour choisir un roi et reviser la Charte. Comment! répondirent MM. de Rambuteau et Dupin, nous aurions eu le droit de faire de si grandes choses, et nous ne pourrions pas voter de modestes lois! Le dernier de ces orateurs rappelait d'ailleurs un souvenir historique qui fit un grand effet. «Serons-nous condamnés, dit-il, à passer encore par les mêmes fautes pour arriver aux mêmes résultats? Imiterons-nous l'Assemblée constituante, qui ne sut pas achever son propre ouvrage?»

158: Quand la Chambre ainsi complétée reprendra ses travaux, le ministère du 11 août aura déjà disparu.

159: Cette proposition, faite le 13 août, avait donné lieu à un premier débat, le 20 août. Un vote avait alors investi la commission des pouvoirs de juge d'instruction. Le 23 septembre, M. Bérenger avait lu le rapport concluant à la mise en accusation: celle-ci fut votée, après discussion, le 27 septembre.

160: Mémoires de M. Guizot, t. II, p. 50-51.

161: National du 16 octobre 1830.

162: Quelques jours après, M. Guizot, sorti du pouvoir, avouait noblement à la tribune qu'il avait commis une faute grave, en consentant à cet article du Moniteur. (Discours du 9 novembre 1830.)

163: National du 7 octobre.—Seul, le Journal des Débats, dégoûté et indigné, osait rappeler le souvenir de cette démagogie qui, pendant trois ans, «avait léché le sang de la guillotine».

164: National du 18 et du 24 octobre.

165: Constitutionnel du 26 octobre.

166: Journal des Débats des 16, 21 et 24 octobre.

167: National du 24 octobre.

168: Quelques jours après être sorti du ministère, M. Guizot, qui pourtant n'aimait pas les confessions publiques, disait à la tribune: «Je l'avoue, dans mon ministère, je n'ai pas fait tout ce que j'aurais voulu faire; j'ai fait des choses que je voudrais aujourd'hui n'avoir pas faites.» (Discours du 9 novembre 1830.)