367: Sur ce point, il n'y avait jamais eu d'hésitation. Dès le 29 juillet 1830, en pleine révolution, Enfantin déclarait que «le saint-simonisme se perdrait en se faisant niaisement libéral».

368: Dans le Globe, M. Michel Chevalier demandait, en ces termes, «un coup d'État industriel»: «Il faut des mesures extraordinaires qui frappent le peuple, l'exaltent et l'emplissent d'espérance; il faut que des actes, d'une haute portée, soient produits. Mais comment la chose se ferait-elle sans détermination extra-légale, c'est-à-dire sans coup d'État? car les Chambres sont à la débandade, et on est obligé d'agir sans elles. D'ailleurs, les Chambres, surtout celle des députés, n'ont pas le sens de ce qui est grand et opportun. Il faut un coup d'État, un coup d'État industriel. Au théâtre, on berne les médecins, qui se consolent d'avoir tué leurs malades, parce qu'ils les ont tués selon les règles de l'art; ceux qui tiendraient obstinément aujourd'hui aux règles de la légalité seraient aussi ridicules que ces médecins. Le système parlementaire a été institué pour entraver l'action du gouvernement, parce que le gouvernement était supposé mauvais à priori; et, en effet, les gouvernements modernes prêtent à cette supposition; d'où il résulte qu'un gouvernement qui se renferme dans les bornes du système parlementaire s'interdit toute action étendue; or, il faut au pouvoir, dans la circonstance présente, une action très-étendue.»

369: Les saint-simoniens ont cru, un moment, avoir fait la conquête de M. Sainte-Beuve: il est vrai qu'à la même époque les catholiques de l'Avenir avaient une illusion analogue. Enfantin écrivait «qu'on pouvait déjà tout à fait compter sur lui». Plus tard, M. Sainte-Beuve a désavoué cette faiblesse passagère. «J'ai pu m'approcher du lard, a-t-il écrit, mais je ne me suis pas pris à la ratière.»

370: Lamoricière, alors en Afrique, paraît avoir été séduit de loin. (Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. V, p. 61.)

371: Lettre du 11 juillet 1831. (Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. III, p. 229.)

372: Voy. notamment certains articles du Globe, qui sont comme l'Apocalypse du chemin de fer et de la banque. Plusieurs de ces articles sont de M. Michel Chevalier.

373: Avenir du 3 août 1831.

374: Parmi ceux qui restèrent alors fidèles à Enfantin, signalons MM. Michel Chevalier, Barrault, Duveyrier, G. d'Eichthal, H. Fournel, Isaac Pereire, Flachat, Lambert, Lemonnier, Guéroult, Félicien David, etc.

375: Jean Reynaud.

376: Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. IX, p. 15.

377: Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, passim.

378: Lettre de 1859. (Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, t. XIII, p. 47.)

379: Expression de l'Avenir, 23 octobre 1830.

380: Louis Veuillot, Rome et Lorette, t. I, p. 39.

381: Lettre de l'évêque de Belley, au printemps de 1831. (Vie de Mgr Devie, par l'abbé Cognat, t. II, p. 19.)—L'évêque de Saint-Dié écrivait, de son côté, en décembre 1830: «Gardez, sur les objets politiques, un silence absolu dans vos instructions et la réserve la plus sévère dans tous vos discours; n'essayez même pas, dans ce moment, d'apologie qui tendrait à vous montrer favorables aux idées de vos antagonistes; car la prévention de certains hommes est si forte, et ils sont si résolus à vous faire paraître coupables, qu'ils vous accuseraient d'hypocrisie, plutôt que de rendre justice à vos sentiments. Laissez donc au temps à dissiper les nuages, et vous qui avez vu nos premières épreuves, souvenez-vous de celui qu'il a fallu pour nous rendre la confiance.» L'évêque d'Orléans écrivait, dès le 18 août 1830: «Prenez soin de ne rien dire qui ait du rapport avec l'ordre présent des affaires publiques. Portez cette attention même dans vos entretiens avec vos amis... Le silence, si profitable en toutes rencontres, est un devoir dans le temps présent.» Les archevêques de Tours, de Sens, les évêques d'Angers, de Strasbourg, de Troyes, tenaient un langage analogue.

382: Lamennais avait quarante-huit ans en 1830.

383: Sur le rôle de Lamennais sous la Restauration, voir Royalistes et républicains, p. 255 et suiv.

384: Il avait une «piété d'ange», écrivait de lui Lamennais.

385: Fondé, en mars 1829, par MM. de Carné, Cazalès, Foisset, d'Eckstein, de Champagny, Dubois, Augustin de Meaux, Gouraud, Wilson, etc., le Correspondant, feuille semi-hebdomadaire, sorte de Globe catholique, avait pris pour épigraphe le mot de Canning: «Liberté civile et religieuse par tout l'univers.» Il voulait dissiper les préventions qui séparaient le catholicisme et les idées modernes. En cela, il avait devancé l'Avenir, avec plus de sagesse, mais avec moins d'éclat. Lamennais n'aimait pas le Correspondant. Il reprochait à ces jeunes gens leur mesure et leur modération, où son esprit violent voyait tiédeur, pâleur et timidité; il leur reprochait aussi de tenir pour ces idées tempérées du libéralisme parlementaire, les seules peut-être qu'il n'ait jamais traversées, dans ses nombreuses pérégrinations intellectuelles. Le Correspondant subsista un moment, à côté de l'Avenir, mais bientôt, à la fois compromis et éclipsé, il dut suspendre sa publication: c'est plus tard, en 1843, qu'il reparut sous forme de revue.

386: L'Avenir paraissait tous les jours. Son format était celui des journaux du temps, environ 43 centimètres de hauteur sur 30 de largeur. La plupart des articles n'étaient pas signés, sauf ceux de Lamennais; quelques-uns étaient suivis d'initiales.

387: Avenir du 21 février 1831.—C'est dans cet article que se trouvait ce morceau, plusieurs fois cité: «S'il nous eût été donné de vivre au temps où Jésus vint sur la terre, et de ne le voir qu'un moment, nous eussions choisi celui où il marchait couronné d'épines et tombant de fatigue vers le Calvaire; de même nous remercions Dieu de ce qu'il a placé le court instant de notre vie mortelle à une époque où sa sainte religion est tombée dans le malheur et l'abaissement, afin que nous puissions la chérir dans notre humilité, afin que nous puissions lui sacrifier plus complétement notre existence, l'aimer plus tendrement, l'adorer de plus près.»—Voir aussi un article sur la Foi dans l'Avenir du 3 août 1831.

388: Ibid. du 7 janvier 1831.

389: Avenir des 15, 18, 31 octobre 1830.

390: Ibid. du 6 juin 1831.

391: Ibid. du 26 novembre 1830.

392: Avenir du 15 janvier 1831.

393: Ibid. du 6 mars 1831.

394: Avenir des 16 octobre, 9 novembre 1830, 27 janvier, 12 février et 28 juin 1831.

395: Avenir du 6 mars 1831.

396: Un jour, par exemple, il s'agit d'un sous-préfet qui a ouvert de force une église, pour y faire des funérailles religieuses à la dépouille d'un homme mort en dehors de la communion de l'Église; de tels incidents étaient alors assez fréquents: les libres penseurs se montraient aussi passionnés à exiger le concours du clergé aux enterrements, qu'ils le sont aujourd'hui à l'écarter, et l'administration se croyait le droit de contraindre le clergé à ce prétendu service public; Lacordaire s'écrie: «Catholiques, un de vos frères a refusé à un homme mort les paroles et les prières de l'adieu suprême des chrétiens. Il a laissé le soin d'honorer des cendres étrangères à ceux qui pouvaient leur dire: «Vous nous avez aimés pendant la vie, aimez-nous encore au delà.» Votre frère a bien fait; il s'est conduit en homme libre, en prêtre du Seigneur... Sommes-nous les fossoyeurs du genre humain? Avons-nous fait un pacte pour flatter ses dépouilles, plus malheureux que les courtisans à qui la mort du prince rend le droit de le traiter comme le méritait sa vie? Votre frère a bien fait. Mais une ombre de proconsul a cru que tant d'indépendance ne convenait pas à un citoyen si vil qu'un prêtre catholique. Il a ordonné que le cadavre serait présenté devant les autels, fallût-il employer la violence pour l'y conduire et crocheter les portes de l'asile où repose, sous la protection des lois de la patrie, sous la garde de la liberté, le Dieu de tous les hommes et du plus grand nombre des Français. Sa volonté a été accomplie; la force et la mort ont violé le domicile de Dieu... Un simple sous-préfet, un salarié amovible, du sein de sa maison, a envoyé dans la maison de Dieu un cadavre! Il a fait cela, devant la loi qui déclare que les cultes sont libres; et qu'est-ce qu'un culte libre si son temple ne l'est pas, si son autel ne l'est pas, si l'on peut y apporter de la boue, les armes à la main? Il a fait cela à la moitié des Français, lui, ce sous-préfet!»

397: Avenir des 26 et 29 novembre 1830, 1er et 12 juillet 1831.

398: Ibid. du 7 décembre 1830, des 3 janvier, 7 février, 29 mai 1831.

399: Ibid. des 17 octobre, 7 décembre 1830 et 21 mars 1831.

400: Rappelons toutefois que l'Avenir avait été devancé, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, par le Correspondant.

401: Avenir des 17, 18, 25 octobre 1830.

402: Avenir du 7 décembre 1830, des 21 mars, 12 et 17 juin 1831.

403: L'Avenir ajoutait: «Nous n'entendons pas dire que ce genre d'abus n'est pas un très-grand crime. Seulement, nous croyons que ce crime est, comme beaucoup d'autres, spécialement du ressort de la loi divine. Il en est, suivant nous, du libelliste comme du parjure, que le législateur ne peut utilement atteindre que dans de rares occasions.»

404: Avenir du 17 octobre 1830, des 27 janvier et 9 mars 1831.

405: Avenir des 17 décembre 1830, 1er, 5, 18, 29 janvier, 1er, 10 mars, 16, 17, 23 avril, 10 mai, 9, 13 juin, 1er et 20 juillet 1831.

406: «Nous n'attendons rien des rois; mais nous attendons beaucoup des peuples, qui nous semblent être les instruments choisis de Dieu, pour rétablir son règne sur la terre.» (Lamennais.)—«Les rois ont été bien coupables, et chaque jour ils ajoutent à leur faute contre la religion et la liberté des fautes qui font pressentir que leur réprobation s'accomplira peut-être jusqu'au bout, et que la tribune de France aura prophétisé quand elle disait: Les rois s'en vont... Que les rois descendent en paix dans leur tombe; leur sort est accompli... Nous voulons séparer notre cause de la leur.» (Lacordaire.)—«Rois de l'Europe, rois sans foi, sans amour, rois qui avez oublié Dieu, tous vous serez atteints; tous vous connaîtrez la faiblesse de ces trônes où vous avez cru vous asseoir sans lui.» (Montalembert.)

407: Voir Affaires de Rome, par Lamennais, p. 27.

408: Avenir des 27 octobre, 17 décembre 1830, 12 février, 21 avril, 29 mai, 9, 28, 29 juin, 1er juillet 1831.

409: Avenir des 17 octobre, 29 novembre 1830, 27 janvier, 12 février, 7 avril, 28 mai, 9 juin, 28 juin, 1er juillet 1831.—Dans l'âme violente et malade de Lamennais, l'hostilité et le mépris contre le gouvernement de juillet dépassent bientôt toutes les bornes. Lisez ce qu'il écrivait dans ses lettres intimes, vers la fin de l'Avenir: «Lâcheté au dehors, tyrannie au dedans, voilà pour le gouvernement, parjure à toutes ses promesses, ne concevant rien que le despotisme.» (Lettre du 8 novembre 1831.) «Le gouvernement se jette à corps perdu dans le despotisme; il appelle cela «faire du pouvoir» et se croit fort quand il a juré. Il me semble voir un Vitellius faisant atteler six chevaux à son char, pour arriver plus vite aux Gémonies. Nos gens s'y rendent au grand galop, et je leur souhaite bon voyage.» (Lettre du 9 novembre 1831.) Or, ne l'oublions pas, à cette époque, le pouvoir était aux mains de M. Casimir Périer. Lamennais était parvenu à faire partager son trouble et sa colère à son jeune ami M. de Montalembert. Celui-ci, dans une sorte d'égarement douloureux, causé par l'abandon de la Pologne, écrivait, sous forme de préface au Livre des pèlerins polonais par Mickiewicz, une diatribe d'une véhémence inouïe contre les «lâches» et les «despotes» qui gouvernaient et «déshonoraient» la France; il montrait celle-ci «livrée à d'effrontés jongleurs, exploitée par une horde d'administrateurs éclos du despotisme impérial, par une magistrature qui semble commissionnée pour tuer la loi dans l'estime des hommes, par des parquets tenant à la fois de la nature du laquais et de celle du bourreau... On dirait que des eunuques ont été chargés de lui faire subir l'antique supplice de la femme adultère: ils l'étouffent dans la boue.» Ajoutons d'ailleurs que, plus tard, M. de Montalembert a noblement répudié ce péché de jeunesse, et qu'en publiant ses œuvres complètes, il en a volontairement exclu ce morceau.

410: «Elle naquit à Paris, dit l'Avenir, le 19 mars 1682. Bossuet la porta, dans son berceau, à Louis XIV, qui la trouva bien et le dit à madame de Maintenon. Madame de Maintenon fut de son avis. C'était naître sous d'heureux auspices, et le sourire du plus grand roi d'Europe valait bien le souffle du Saint-Esprit. Tout le monde le crut, excepté le Pape: vieillard opiniâtre, qui s'imaginait qu'une religion ne pouvait pas venir au monde sans qu'il en sût quelque chose...» L'article continue sur ce ton.

411: Avenir des 16, 18 octobre, 9 novembre, 27 décembre 1830.

412: Un jour qu'une de ces églises venait d'être violée par ordre administratif, Lacordaire s'écriait, dans un langage singulier où l'éloquence se mêle à la déclamation: «Maintenant que ferez-vous, catholiques? Que dirai-je de votre part à vos oppresseurs? Pour moi, je ne puis me défendre d'une réflexion, c'est que si vous mettiez vos autels dans une grange qui fût à vous, au lieu de les mettre dans un édifice qui appartient à l'État de près ou de loin, vous seriez libres à jamais de ces orgies du pouvoir. Quelques bottes de paille vous défendraient mieux que les colonnes et les marbres qu'on vous a volés, pour avoir le droit de vous donner une hospitalité sans regret et sans compassion. Qu'y a-t-il dans ces murailles qui vous attache si fort? Vos pères les ont bâties; mais vos pères n'y sont plus; on n'y a pas même laissé leur poussière. Monuments magnifiques et vides, une chose restait qui aurait pu les rendre sacrés et dignes de Dieu, une chose qui est partout sur le sol de France, la liberté. Eh bien, la liberté n'est plus au coin de l'autel; ou vient d'y accorder un droit d'asile éternel à la servitude. Fermons donc les portes, et que la servitude y dorme en paix sous la garde des sous-préfets. Un jour, quand les âges et la solitude auront noirci nos dômes, fait pencher nos flèches, brisé nos vitraux, abattu à demi nos croix; quand la lumière des nuits, faisant tomber peu à peu nos pierres bénies, éclairera les ruines du sanctuaire à travers les voûtes; un jour, les peuples passant à côté, leurs enfants à la main, ceux-ci leur diront: Qu'est-ce que ces vieilles tours et ces pans qui s'en vont? Les pères regarderont; ils prendront leurs petits, et les élevant jusqu'à la fenêtre pour qu'ils voient, ils leur diront: C'est qu'il y eut là autrefois des hommes qui priaient Dieu, et qui s'en allèrent parce qu'on en chassa la liberté.»

413: Avenir des 18, 27, 30 octobre, 2, 29 novembre 1830, 6 janvier, 27 avril 1831.

414: Le Père Lacordaire, par M. de Montalembert.

415: Le Père Lacordaire, par M. de Montalembert.

416: L'abbé Dupanloup, fort animé contre l'Avenir, écrivait au cardinal de Rohan: «Le jeune clergé est terriblement accessible à ces doctrines de schisme, d'orgueil et de liberté effrénée.» Et encore: «M. de La Mennais est l'idole des jeunes prêtres qu'il entraîne dans l'indépendance politique et la rébellion religieuse.» (Vie de Mgr Dupanloup, par l'abbé Lagrange, t. I, p. 130, 132.)

417: Plus tard, en 1841, quand cette prédiction se sera réalisée, Lamennais, le cœur débordant de tristesse et d'amertume, donnera lui-même le commentaire poignant de cette malédiction: «Il a dit: Væ soli! et cela est vrai en plus d'un sens. La solitude devient pesante, surtout à mesure que l'on vieillit. Jeune, on porte en soi tout un monde; mais ce monde s'évanouit bientôt. L'âme alors s'en va, errant sur des ruines qui peu à peu s'effacent elles-mêmes, vaine poussière que disperse le souffle du temps. Plus d'illusions, de douces chimères, d'espérances lointaines, plus même de désirs. La vie est une terre sans horizon. On s'assied là, sur la roche aride, au pied d'un vieil arbre creux et dépouillé, et, en regardant le nuage qui passe, on voudrait passer avec lui, être emporté comme lui, dans ces régions où le pousse la tempête; on voudrait se perdre dans les abimes inconnus des mers, avec l'eau du torrent qui gronde et gémit au fond de la vallée stérile.» (Discussions critiques et pensées diverses, CCLXXV.)

418: Lettre du 9 novembre 1831.

419: Testament du Père Lacordaire, p. 58.

420: En 1829, alors que les gallicans demandaient au Pape de censurer le livre des Progrès de la révolution, Lamennais ajoutait, après avoir exprimé la certitude où il était de n'être pas condamné: «Il y a des choses qui ne peuvent avoir lieu, sans quoi les promesses manqueraient.» Donc, s'il y a contradiction entre ses doctrines et l'infaillibilité, c'est l'infaillibilité qui doit succomber. Voilà tout l'homme. S'il repoussait alors toute idée de révolte, ce n'était pas qu'il fût prêt à se soumettre, c'est qu'il ne croyait pas à la possibilité d'une censure.

421: Testament du Père Lacordaire, p. 64.

422: Lettre du 10 février 1832.—Quelques mois plus tard, le 1er novembre 1832, Lamennais écrivait: «Je suis allé à Rome, et j'ai vu là le plus infâme cloaque qui ait jamais souillé des regards humains. L'égout gigantesque de Tarquin serait trop étroit pour donner passage à tant d'immondices. Là, nul autre dieu que l'intérêt. On y vendrait les peuples; on y vendrait les trois personnes de la sainte Trinité, l'une après l'autre ou toutes ensemble, pour un coin de terre ou pour quelques piastres. J'ai vu cela, et je me suis dit: Le mal est au-dessus de la puissance de l'homme; et j'ai détourné les yeux avec dégoût et avec effroi.» «M. de Lamennais a blasphémé Rome malheureuse, écrivait alors Lacordaire à son ami Montalembert; c'est le crime de Cham, le crime qui a été puni sur la terre, de la manière la plus visible et la plus durable, après le déicide.» (Décembre 1832.)

423: Voy. la lettre précitée du 10 février 1832 et celle du 1er mai suivant.

424: Discours de réception à l'Académie française.

425: Expressions de Lacordaire, dans une lettre adressée à madame Swetchine, le 15 septembre 1835.

426: Le cardinal Pacca écrivait à Lamennais, en lui adressant l'encyclique: «Le Saint-Père, en remplissant un devoir sacré de son ministère apostolique, n'a cependant pas voulu oublier les égards qu'il aime à avoir pour votre personne, tant à cause de vos grands talents que de vos anciens mérites envers la religion. L'encyclique vous apprendra, Monsieur l'abbé, que votre nom et les titres mêmes de vos écrits, d'où l'on a tiré les principes réprouvés, ont été tout à fait supprimés.»

427: Nous pourrions citer beaucoup de ces commentaires. Bornons-nous à indiquer celui que Mgr Parisis a donné, quelques années plus tard, dans les divers écrits qu'il a publiés précisément pour établir que l'Église n'était nullement l'ennemie des libertés modernes, et notamment dans ses Cas de conscience à propos des libertés exercées ou réclamées par les catholiques, ou Accord de la doctrine catholique avec la forme des gouvernements modernes.

428: Il faudrait lire toute la correspondance de Lamennais, à cette époque, pour bien connaître cet état d'esprit. Voir notamment les lettres des 15 septembre, 9 octobre, 15 décembre 1832, 5 février, 25 mars, 29 juillet et 4 décembre 1833.

429: Expression employée par M. Renan, dans son étude sur Lamennais.

430: Les ratures de ses manuscrits, observées par Hippolyte Rigaud, révèlent cet effort pour charger son style. Tel jour, par exemple, il avait écrit des rois: «Ils font couler des ruisseaux de sang»; il efface ruisseaux, pour mettre d'abord rivières et ensuite torrents. Voici, du reste, un spécimen de ces pamphlets: «Jamais les peuples ne furent broyés sous une meule plus dure: biens, corps, âmes, elle écrase tout, elle réduit tout en je ne sais quelle poussière, qui, pétrie avec des larmes et du sang, et bénie par le prêtre, sert à faire le pain des rois. Ce pain est doux à leur palais, ils s'en gorgent, ils on ont faim et toujours faim. Mangez, ô rois, engloutissez; faites vite, point de repos; la terre vous en conjure, car ce qui descend dans vos entrailles, avec cette nourriture exécrable, ce n'est pas la vie, c'est la mort.»

431: Voyez, sur ce mouvement des esprits, le Parti libéral sous la Restauration, p. 197 et suiv.

432: La monarchie de Juillet est sans contredit le régime où l'on vit le plus d'hommes de lettres ministres. Citons MM. Guizot, Thiers, Villemain, Cousin, de Salvandy, Duchâtel.

433: Portraits contemporains, t. II, p. 452.

434: Sainte-Beuve, Lundis, t. I, p. 43, 44; Portraits littéraires, t. III, p. 87, 88.

435: Jules Janin, Littérature dramatique, t. I, p. 154.

436: «Cette époque est dure pour les poëtes, disait un critique pourtant assez engagé alors dans le mouvement politique de 1830; ce temps-ci est peu propre aux poésies consciencieuses, au culte de l'art du dix-septième siècle. Nous trouvons que l'atmosphère en est lourde, qu'on respire mal dans cette poussière d'opinions et de croyances...» (Nisard, Victor Hugo en 1836. Ce morceau a été inséré dans les Portraits et Études d'histoire littéraire.)

437: George Sand écrivait en 1833: «Les ambitions ont pris un caractère d'intensité fébrile; les âmes surexcitées par d'immenses travaux ont été éprouvées tout à coup par de grandes fatigues et de cuisantes angoisses. Tous les ressorts de l'intérêt personnel, toutes les puissances de l'égoïsme, tendus et développés outre mesure, ont donné naissance à des maux inconnus auxquels la psychologie n'avait pas encore assigné de place dans ses annales.»

438: M. Esquirol dit quelque part: «L'influence de nos troubles politiques a été si profonde, que je pourrais donner l'histoire de notre révolution, depuis la prise de la Bastille jusqu'à la dernière apparition de Bonaparte, par celles de quelques aliénés dont la folie se rattache aux événements qui ont signalé cette période de notre histoire.»

439: Un critique distingué de l'école démocratique et libre penseuse, M. Schérer, a écrit à ce propos: «Le romantisme a été une révolution, et l'on peut demander de lui, comme de la plupart des révolutions, s'il a fait ses frais. Comme la plupart des révolutions, il a détruit plus qu'il n'a édifié. Il a été un 92 littéraire, 92 suivi d'un 93, et 93 suivi d'un Directoire. Il a eu son Mirabeau, ses girondins, ses terroristes et enfin ses muscadins.»—S'il fallait en croire certains esprits, ce ne serait pas seulement en littérature que le romantisme aurait été un 93. M. John Lemoinne, dans son discours de réception à l'Académie, a raconté l'anecdote suivante: «Je me rappelle qu'un matin, dans les plus mauvais jours de 1871, M. Thiers, que j'étais allé voir à Versailles, m'ayant demandé des nouvelles de M. de Sacy, je lui répondis qu'il continuait à être amoureux de ses vieux livres et à ne pas connaître les romantiques. Et M. Thiers me dit, avec cette vivacité dont vous avez le souvenir: Ah! il a bien raison, Sacy; les romantiques, c'est la Commune!»

440: Expressions de Lamartine.

441: Voyez la Préface que Lamartine a mise en tête de ses Discours (1849).

442: Correspondance de Lamartine, t. IV, V, VI.

443: M. de Lamartine en 1837, par M. Nisard, étude publiée par la Revue de Paris, et reproduite depuis dans les Portraits et Études d'histoire littéraire.

444: Article sur les Recueillements poétiques (1839), inséré dans les Portraits contemporains, t. I, p. 349.

445: N'est-ce pas Victor Hugo qui disait, précisément en 1830, dans la pièce qui sert de préface aux Feuilles d'automne:

C'est que l'amour, la tombe, et la gloire et la vie,
L'onde qui fuit, par l'onde incessamment suivie,
Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal,
Fait reluire et vibrer mon âme de cristal,
Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adore
Mit au centre de tout comme un écho sonore.

446: Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.

447: Ce Journal fut publié en 1834.

448: Ce n'est pas que les avances de Victor Hugo aient été alors aimablement accueillies par le parti républicain. Celui-ci se méfiait politiquement; et, littérairement, les journaux de gauche, notamment le National et la Tribune, tenaient pour l'école classique. Quand Victor Hugo publia, en 1832, la préface dans laquelle il menaçait le gouvernement, à raison de l'interdiction du Roi s'amuse, la Tribune lui déclara assez sèchement «qu'il s'exagérait l'importance de son œuvre et la sympathie qu'elle excitait, en pensant qu'il pourrait y avoir là sujet d'émeute».—Henri Heine écrivait, à la même époque, en parlant de Victor Hugo: «Les républicains suspectent son amour pour la cause populaire; ils éventent, dans chaque phrase, une secrète prédilection pour l'aristocratie et le catholicisme.» (De la France, p. 295.)

449: Sainte-Beuve, Chroniques parisiennes, p. 23, 24, 31, 317 à 320.

450: Victor Hugo, fort mortifié de ce succès, disait jalousement, en parlant de Lucrèce: «La chose que l'on joue à l'Odéon.» (Sainte-Beuve, Chron. par., p. 49.)

451: Victor Hugo en 1836. Cet article a été reproduit, il y a quelques années, par M. Nisard, dans un volume de Portraits et Études d'histoire littéraire. Cette opinion n'était pas isolée: deux ans plus tard, dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1838, M. Gustave Planche s'exprimait ainsi: «M. Victor Hugo touche à une heure décisive: il a maintenant trente-six ans, et voici que l'autorité de son nom s'affaiblit de plus en plus.»

452: La première représentation de Chatterton eut lieu le 12 février 1835. Ce fut le plus grand succès de M. de Vigny.

453: Ce n'est pas la seule pièce de M. Pyat qui ait fait quelque bruit. Cet écrivain devait donner, en 1847, le drame du Chiffonnier de Paris, abominable et absurde intrigue, où un chiffonnier héroïque et philosophe protégeait l'innocence populaire contre le vice aristocratique. Le public applaudissait. Il est vrai que quelques mois plus tard, au lendemain du 24 février 1848, la même pièce était froidement reçue: on avait vu à l'œuvre les chiffonniers de M. Pyat.

454: Allusion aux pièces innombrables où figurait Napoléon.

455: Seize Mois, ou la Révolution et les révolutionnaires, par M. De Salvandy.

456: Manifeste contre la littérature facile, et Un amendement à la définition de la littérature facile. (Revue de Paris, décembre 1833 et février 1834.)

457: Écrits et Discours du duc de Broglie, t. II, p. 470.

458: Life, Letters and Journal de G. Ticknor, t. II, p. 140.

459: Procès Saint-Bancal, juillet 1835.

460: Manifeste contre la littérature facile. (Revue de Paris, janvier 1834.)

461: Rappelons à ceux qui voudraient étudier de plus près l'œuvre de George Sand, la brillante et fine étude que M. le vicomte Othenin d'Haussonville a publiée, en 1878, dans la Revue des Deux Mondes.

462: Lettres de X. Doudan, t. I, p. 298.

463: Sainte-Beuve, Portraits contemporains, nouvelle édition, t. I, p. 517.

464: Sur le côté malsain et corrupteur des romans de George Sand, nous connaissons peu d'études plus vigoureuses et plus sévères que celle qui a été publiée par M. de Mazade, dans la Revue des Deux Mondes du 15 mai 1857. La chose est d'autant plus piquante que la plupart de ces romans, et non les moins dangereux, avaient été insérés dans cette revue. Mais, en 1857, il y avait brouille momentanée entre M. Buloz et madame Sand. De là, la liberté laissée au critique.

465: Il avait dans son cabinet une statuette de Napoléon. On lisait sur le fourreau de l'épée de l'Empereur: «Ce qu'il n'a pu achever par l'épée, je l'accomplirai par la plume. Signé: Honoré de Balzac

466: Article de M. Eugène Poitou, Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1856.

467: Portraits contemporains, t. III.

468: Je ne puis rencontrer le nom de M. de Pontmartin sans signaler les très-remarquables et très-vigoureux articles où, l'un des premiers, il a eu le courage de dénoncer les côtés malsains et périlleux de l'œuvre de Balzac.

469: Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, (Revue des Deux Mondes du 1er août 1881.)

470: Cité par M. Maxime Du Camp, dans ses Souvenirs littéraires. (Revue des Deux Mondes, 1er octobre 1881.)

471: Correspondance de Lamartine, t. V, p. 526.

472: Voir le début de la Confession d'un enfant du siècle.

473: Publié, au commencement de 1833, dans le volume ayant pour titre: Un spectacle dans un fauteuil.

474: Publié en même temps que Namouna.

475: Rolla fut publié par la Revue des Deux Mondes, le 1er août 1833, quelques mois après le volume intitulé: Un spectacle dans un fauteuil.

476: La première des Nuits est de mai 1836; la dernière, d'octobre 1837.

477: La Confession d'un enfant du siècle fut publiée au commencement de 1836.

478: Les Vœux stériles, pièce de vers publiée en 1834.—Voyez aussi la conversation que le poëte a eue, à la même époque, avec son frère Paul, et que celui-ci a racontée dans sa Biographie d'Alfred de Musset.

479: Pour compléter le tableau du trouble jeté dans la littérature, il nous faudrait dire ce qu'est devenue, sous cette influence, une partie de l'école historique, dont M. Michelet est le type. Mais l'étude des histoires révolutionnaires et de leurs conséquences se rattache à la fin de la monarchie de Juillet, dont elles ont préparé la chute; nous en reparlerons à ce propos.

480: Salvandy, Seize Mois, ou la Révolution et les révolutionnaires (1831).

481: Quinet, Avertissement à la Monarchie de 1830 (1831).

482: Voyez notamment les écrits suivants de M. Sainte-Beuve: De la littérature de ce temps-ci (1833); M. Jouffroy (1833); De la littérature industrielle (1839); Dix ans après en littérature (1840); Quelques vérités sur la situation en littérature (1843); Chroniques parisiennes (1843). C'est à ces écrits que sont empruntées toutes les citations qui vont être faites.

483: M. de Rémusat, Passé et Présent, t. I.

484: Augustin Thierry, préface de Dix Ans d'études historiques.

485: M. Désiré Nisard, Manifeste contre la littérature facile (décembre 1833); Lettre au directeur de la Revue de Paris (janvier 1834); Un amendement à la définition de la littérature facile (février 1834).

486: Saint-René Taillandier, la Littérature et les écrivains en France depuis dix ans. (Revue des Deux Mondes, 15 juin 1847.)

487: Lettre du 19 septembre 1848.

488: Discours du 26 mars 1847.

489: Discours du 24 mars 1836.

490: Mémoires de M. Guizot.

491: Life, Letters and Journal de Georges Ticknor.

492: Discours du 9 août 1834.

493: Discours sur la tombe de M. Casimir Périer.

494: Aussi Carrel écrivait-il plus tard, le jour même de la mort de Périer: «M. Périer n'était pas fait pour l'opposition, prise dans l'acception populaire du mot. Ses instincts, d'autres diront peut-être son génie, le conduisaient à sympathiser plutôt avec les idées d'ordre, de stabilité, de gouvernement, qu'avec les principes de liberté, de réforme, de progrès. Il avait le goût du pouvoir.»

495: Sur le rôle de Casimir Périer avant 1830, on me permettra de renvoyer à ce que j'ai dit dans mon étude sur le Parti libéral sous la Restauration, p. 129 à 132, et p. 424 à 430.

496: Souvenirs de M. Bérard.

497: Mémoires de M. Dupin, t. II, p. 218.

498: Mémoires de M. Odilon Barrot, t. I, p. 215.

499: Mémoires du général de Ségur, t. VII.

500: Mémoires du général de Ségur, t. VII, p. 390 et suiv.—«Je ne veux pas, disait encore Périer à cette époque, jouer le rôle de Strafford et me mettre sur la brèche pour un Charles Ier qui signerait ensuite lâchement ma sentence. Non, non, il faut, si Strafford monte à l'échafaud, que Charles Ier l'y suive.» (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)

501: Note manquante dans l'original.

502: Mémoires du général de Ségur, t. VII, p. 397 et suiv.—Ce pressentiment funèbre obsédait alors l'esprit de Périer, et le général de Ségur n'est pas le seul auquel il l'a exprimé. Il a répété plusieurs fois à M. de Montalivet et aux autres personnes qui le pressaient: «Vous le voulez, mais rappelez-vous que si j'entre au ministère, j'en sortirai les pieds les premiers.»

503: Correspondance inédite du duc de Broglie.—M. Thiers, en 1871, disait aussi à un personnage politique du parti conservateur, en parlant des hommes de la gauche: «C'est que je les connais; ils sont méchants, très-méchants.» Le langage est le même. Périer en concluait qu'il fallait combattre; M. Thiers, qu'il fallait capituler.

504: Souvenirs du feu duc de Broglie.

505: Expression de M. Vitet.

506: Discours du 18 mars 1831.

507: Correspondance de Lamartine, t. VI.

508: Lettres de M. Guizot à sa famille et à ses amis, p. 107.

509: Bulwer, Life of Palmerston, t. II, p. 52.

510: Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870.

511: Mémoires du prince de Metternich, t. V, p. 128.

512: Séance du 13 avril 1831.

513: Discours de clôture de la session, 20 avril 1831.

514: Il faisait dire au Roi, dans le discours du trône du 23 juillet 1831: «La France a voulu que la royauté fût nationale; elle n'a pas voulu que la royauté fût impuissante; un gouvernement sans force ne saurait convenir à une grande nation.»

515: Notes inédites de Duvergier de Hauranne.

516: Documents inédits.

517: Cette observation est de M. de Rémusat, qui était, sans titre bien déterminé, le lieutenant de Casimir Périer au ministère de l'intérieur. Il écrivait à M. de Barante, le 2 avril 1831: «Je me sens disposé à seconder le nouveau ministre; on me l'a tant conseillé, on m'y a tant pressé, que me voilà à peu près ministre de l'intérieur, au moins pour les détails.» Le voisinage de Périer produisait, du reste, un effet singulier sur la nature sceptique et indolente de son collaborateur. «M. de Rémusat est ressuscité d'une manière merveilleuse, écrivait la duchesse de Broglie le 3 avril 1831; il travaille, il est animé, et ne dit presque plus de mal de ce qu'il fait.» (Documents inédits.)

518: Dans sa circulaire aux préfets, Casimir Périer disait: «La société troublée ne se calme pas en un jour. Les passions s'animent, menacent l'ordre public et semblent constituer un pouvoir nouveau. La liberté de la France est hors de péril; elle repose sous la sauvegarde de la nation: garantie par la constitution de l'État, elle ne l'est pas moins par la volonté du prince, par l'origine de sa puissance. Le premier devoir du gouvernement est donc, en laissant la liberté entière, de rétablir l'ordre, et, pour y parvenir, de rendre à l'autorité toute sa force et toute sa dignité. Telle est l'ambition, telle est la mission du ministère actuel.» Et plus loin: «En irritant les défiances populaires, l'esprit de faction a su provoquer sur quelques points du royaume des désordres graves, des réactions odieuses. L'autorité s'est trouvée souvent trop faible pour lui résister. Il est temps que cet état de choses ait un terme. Si l'administration ne se montrait forte et décidée, si les tentatives de désordre se renouvelaient encore, elles compromettraient la prospérité publique, elles aggraveraient les souffrances de l'industrie et du commerce et altéreraient, aux yeux des peuples de l'Europe, le beau caractère de notre révolution.»

519: 22 mars 1831.

520: Ce fut à propos d'une loi sur les attroupements, séances des 29, 30 et 31 mars.

521: Ces mesures furent publiées dans le Moniteur du 2 avril 1831.

522: Journal des Débats du 4 avril 1831.

523: Dans un article publié, le 1er janvier 1848, par la Revue des Deux Mondes, M. de Morny donne cette autre version: «Eh! le beau mérite, monsieur, de voter pour moi, lorsque vous m'approuvez! Mes ennemis cessent-ils de me combattre quand j'ai raison? Soutenez-moi donc quand j'ai tort.»

524: Les circulaires envoyées par Casimir Périer, en cette occasion, ont été souvent citées; il écrivait dans celle du 3 mai: «Je vous dirai sans détour l'intention générale du gouvernement; il ne sera pas neutre dans les élections; il ne veut pas que l'administration le soit plus que lui. Sans doute sa volonté est avant tout que les lois soient exécutées avec une rigoureuse impartialité, avec une loyauté irréprochable. Aucun intérêt public ne doit être sacrifié à un calcul électoral, aucune décision administrative ne doit être puisée dans d'autres motifs que le vrai, le juste, le bien commun; les opinions ne doivent être jamais prises pour des droits; enfin l'indépendance des consciences doit être scrupuleusement respectée. Le secret des votes est sacré, et aucun fonctionnaire ne saurait être responsable du sien devant l'autorité. Mais entre l'impartialité administrative et l'indifférence pour toutes les opinions, la distance est infinie. Le gouvernement est convaincu que ses principes sont conformes à l'intérêt national; il doit donc désirer que les colléges électoraux élisent des citoyens qui partagent ses opinions et ses intentions. Il n'en fait pas mystère, et vous devez, ainsi que lui, le déclarer hautement. Le gouvernement a plus d'une fois exposé ses principes de politique intérieure et extérieure; le discours du Roi, dans la séance de clôture, les a résumés de nouveau; nous désirons que la dissolution ramène une Chambre dont la majorité les adopte et les soutienne... Cette règle doit déterminer la préférence de l'administration entre les divers candidats.»—Il disait dans une autre circulaire du 20 juin: «...Ce n'est pas qu'il s'agisse de contester jamais à une opposition constitutionnelle, légale, une influence avouée dans son but et franche dans ses moyens, pas plus que de renoncer à la juste influence que l'administration elle-même doit exercer par des moyens dignes de son origine, dignes du pouvoir de Juillet. Mais plus il importe à tous les intérêts que les élections soient une affaire de conscience, plus il convient que les consciences soient éclairées; et si elles sont à l'abri des injonctions du pouvoir, elles doivent être préservées également des déceptions des partis qui se disputeraient le triste avantage de les égarer par de fausses alarmes, de les inquiéter par des bruits trompeurs, de les intimider, s'il est possible, par de vaines menaces.»

525: Le National disait, le 8 juillet 1831: «Nous n'avons demandé aux élections qui s'achèvent en ce moment qu'une majorité contre la pairie héréditaire. Cette majorité, nous l'aurons.»

526: Souvenirs.

527: Journal des Débats des 8, 9, 18 et 19 août 1831.

528: Documents inédits.

529: National du 19 août et du 6 septembre 1831.

530: 1er août 1831.

531: Nous voilà, disaient-ils, débarrassés de Casimir Ier, et le Roi va régner à nouveau.» (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)

532: Ibid.

533: 4 août.

534: 4 août.

535: Du 9 au 17 août.

536: À cette époque, le Journal des Débats observait qu'en «forçant les douteux et les impartiaux à se prononcer, Périer rendait impossibles ces indécisions éclectiques qui prenaient un peu de M. Dupin, un peu de M. Salverte, et faisaient de ce bizarre mélange un système de politique parlementaire». (8 août 1831.)

537: National des 11 et 15 décembre 1831, et du 7 février 1832.

538: Séance du 12 décembre 1831.

539: La princesse de Metternich écrivait alors dans son journal intime, à propos de son mari: «Clément est inquiet aujourd'hui. En France, les affaires vont si mal, qu'il appréhende la guerre et surtout la trop prompte explosion de la lutte...»—«J'ai trouvé Clément soucieux et triste; la situation en France le préoccupe vivement, et il prévoit la guerre. Je ne sais pourquoi je me sens moi-même inquiète jusqu'au fond de l'âme.» (Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 93.)

540: National du 13 mars 1831.

541: M. Hillebrand constate, d'après les dépêches des ambassadeurs étrangers, que la guerre paraissait inévitable à l'avénement de Périer, et que quinze jours après, la paix était assurée. (Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 214.)

542: Documents inédits.

543: Salvandy, Seize mois, ou la Révolution et les révolutionnaires (1831), p. 379, 380.

544: Journal des Débats, 29 octobre 1831.

545: Aux élections de 1831, le National classait les candidats de gauche sous ce nom: «Candidats patriotes.»

546: Veut-on avoir une idée de ce qu'étaient ces attaques, qu'on lise ce que Henri Heine, alors en sympathie avec les hommes de gauche, écrivait de Paris à la Gazette d'Augsbourg: «Jamais la France n'a été aussi bas aux yeux de l'étranger, pas même dans le temps de la Pompadour et de la Dubarry. On s'aperçoit maintenant qu'il y a quelque chose de plus déplorable encore que le règne des maîtresses. On peut trouver encore plus d'honneur dans le boudoir d'une femme galante.» Et il ajoutait, un peu plus tard, au lendemain de la mort de Périer: «Casimir Périer avait abaissé la France, pour relever le cours de la Bourse. Il voulait vendre la liberté de l'Europe au prix d'une courte et honteuse paix pour la France... À ce point que des milliers d'hommes, parmi les plus nobles de cœur, sont morts de chagrin, de misère, de honte et de prostitution politique.» (27 mai 1832.)

547: Voyez, par exemple, la lettre que M. de Rémusat écrivait à M. Guizot, le 29 juin 1831, et où, après avoir analysé la maladie des esprits, il ajoutait: «Je suis persuadé qu'une guerre serait utile, bien entendu si l'on parvenait à la limiter; je serais disposé à la risquer, en exigeant beaucoup pour la Pologne.» (Mémoires de M. Guizot, t. II.) La duchesse de Broglie disait à ce propos, dans une lettre adressée à M. de Barante, le 3 mars 1831: «L'idée absurde que la guerre serait une bonne diversion se répand assez dans les esprits. Victor (c'était le duc), au contraire, regarde que c'est le seul mal sans remède.»—Vers la même époque, le Journal des Débats, fort dévoué à la politique de Périer, disait: «La France veut la paix; elle en a besoin pour son commerce, pour son industrie, pour la libre mise en œuvre de tous les éléments de civilisation et de bonheur qui se trouvent en elle... Et pourtant on ne peut nier qu'elle ne veuille un peu la guerre, vaguement, sans s'en rendre compte; qu'elle n'ait des sympathies très-vives, çà et là très-exigeantes, pour les destinées de certains peuples; qu'elle ne soit très-sensible aux phrases belliqueuses, aux résurrections de drapeaux.»

548: Dès avant de prendre le pouvoir, Périer se moquait de ceux qui parlaient, en France, de déclarer la guerre à quelque autre puissance: «Avec quoi veut-on faire la guerre? disait-il. Dans un pays divisé et agité comme le nôtre, si l'on voulait faire la guerre, le Roi et son ministère ne resteraient pas deux mois en place.» (Dépêche de M. de Sales, du 25 février, citée par Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 217.)

549: Discours du 7 mars 1832.

550: Discours du 7 mars 1832.

551: Discours du 9 août 1831.

552: Discours du 7 mars 1832.

553: Documents inédits.