La maréchale Booth appelle la bénédiction d’en haut sur le couple. Mais, les hautes envolées de l’inspiration piétiste ne l’empêchent pas de penser aux réalités terrestres. Son discours se termine par un appel de fonds; il manque mille cinq cents francs pour dégager la signature du capitaine. Le Seigneur, qui est au milieu des fidèles, les procurera.
—Amen, répond le chœur.
On attendait avec curiosité le «témoignage» que, suivant le rite, devaient rendre les nouveaux époux. Le capitaine a remercié le Seigneur des bienfaits qu’il lui accordait, précieux encouragement à persévérer dans le bien. Mais tout le succès de la séance a été pour sa jeune femme; elle a parlé avec un aplomb ingénu qui désarmait le rire, et les applaudissements ont éclaté lorsque, résumant les sentiments qui l’animaient, elle a dit: «Le mariage n’est pour moi qu’une étape du salut. Le capitaine et moi nous sommes liés l’un à l’autre à la façon de ces Gaulois qui s’attachaient pour combattre et mourir ensemble.»
Et les psaumes de reprendre, et l’orchestre de faire tapage; en avant la musique! zim, boum, boum!! La cérémonie est terminée.[10]
JOURNAL DE SUZETTE
Pendant que madame était à son mariage salutiste, la longue miss m’a emmenée à Sydenham voir le Palais de Cristal. Je m’attendais donc à un palais j’ai vu plutôt un immense serre renfermant des statues en petit nombre, des pianos, des dentelles, des tapisseries, des brimborions comme on en voit à tous les étalages, enfin une infinité de choses qu’il me serait impossible d’énumérer.
L’exposition chinoise est intéressante, ce qui est exotique attire toujours. Il y avait beaucoup de fils du ciel, ce sont des gens à figure jaune, yeux obliques, cheveux nattés comme une mèche de fouet; Miss a parlé avec un Chinois et un Turc qui brodait assis à la mode de son pays. Ensuite nous avons vu une reproduction délicieuse d’une habitation de Grenade, c’est ce que j’ai trouvé de plus beau; nous avons parcouru une galerie renfermant des animaux empaillés dont quelques-uns habillés en homme et en femme, c’était comme une petite représentation des animaux peints par eux-mêmes.
Madame parle d’aller aux courses de Newmarket, moi je resterai à l’hôtel et j’aurai deux jours pour me promener à ma guise. J’en profiterai pour voir Londres plus tranquillement.
Le tunnel sous la Tamise, La chapelle Saint-Louis de France.
Je tenais beaucoup à voir le tunnel de la Tamise, dont j’avais souvent entendu parler par un de mes oncles, qui l’avait traversé en 1844. Je tenais à voir cette chose curieuse; une route passant, non sous la terre, mais sous l’eau. C’est une œuvre, d’une scientifique originalité. De mon wagon de 1re classe, car ce tunnel est maintenant ligne de chemin de fer, je l’ai admiré sans jalousie, et même avec un certain orgueil, en pensant que c’est à un français que revient l’honneur d’avoir exécuté ce travail, d’avoir eu cette idée géniale, de réunir les deux rives de la Tamise, en passant dessous. Il s’appelait Brunel. Son entreprise, protégée par Wellington, subit cependant de grandes difficultés. On y travailla dix-huit ans, de 1825 à 1843, la dépense fut de douze millions et demi de francs. Cinq fois les travaux furent interrompus à la suite d’accidents. Ce tunnel a trois cent soixante-huit mètres de long, il est à cinq mètres, sous le lit du fleuve.
Cette œuvre si remarquable, n’eut aucun succès, au point de vue financier, et ne rapporta jamais un penny à ses actionnaires. Elle était même dans un complet état de délabrement, lorsqu’en 1865, le tunnel fut acheté cinq millions, par l’East-London-Railway.
La route de voitures fut transformée en voie de chemin de fer et, par ce moyen, les lignes du Nord et celles du Sud de Londres furent mises en communication en aval de London-Bridge, ce qui permit de gagner deux heures pour se rendre directement de Douvres ou de Folkestone à Liverpool ou en Ecosse.
J’ai aussi traversé le Tower-Subway vulgairement appelé le Tuyau de Pipe, qui date de 1870. Ce n’est qu’un simple tuyau de fer, n’ayant guère plus de deux mètres de diamètre. Deux personnes seulement peuvent y marcher de front. On accède au tuyau, par un vilain escalier en colimaçon. En bas, on trouve un tourniquet et un gardien auquel on donne un sou, l’on passe, et l’on se trouve dans le tuyau, dont le parquet est formé de trois planches. On y étouffe, on en sort baigné de sueur, tant la chaleur que dégagent les becs de gaz est forte et insupportable. Cependant, on estime à trois mille le nombre des personnes, qui traversent chaque jour la Tamise, dans le Tuyau de Pipe.
Saint-Louis de France, dans Little George Street Portman square, l’un des plus humbles sanctuaires de Londres, m’attirait invinciblement. J’y suis allée faire un pèlerinage. Ah! cette modeste chapelle rappelle de pieux et tristes souvenirs. Hélas! toutes les dynasties qui ont régné sur la France depuis près d’un siècle, sont venues prier là, dans l’exil et la douleur.
L’érection de cette chapelle remonte aux plus mauvais jours de la Révolution française. Elle fut fondée en 1793 par des prêtres, que la Terreur avait chassés de leur patrie. C’était le rendez-vous de tous les émigrés, qui venaient en grand nombre le dimanche, y entendre la messe. On y voyait les princes de la maison de Bourbon et la fleur de l’aristocratie française. Un jour, il fut donné à ces fidèles d’élite, de compter dans le chœur de l’humble chapelle, seize archevêques et évêques. «Lorsqu’arrivait le moment de la prière pour le roi, l’assistance se levait comme un seul homme et chantait le Domine salvum, avec un enthousiasme impossible à décrire.» On espérait alors contre toute espérance...
«Ce fut dans cette chapelle, que les obsèques de la reine, femme de Louis XVIII, furent célébrées sans pompe, mais avec une grande piété. Plus tard, après que la Révolution de 1848 eut envoyé la branche cadette en exil à son tour, ce fut dans la chapelle de Little George Street que le comte de Paris, le duc de Chartres, leurs cousins et leurs cousines firent leur Première Communion. Tous les princes et les princesses de la maison d’Orléans s’y rendaient chaque année pour les exercices de la Semaine Sainte et édifiaient les fidèles par leur recueillement.»
«Puis le vent des révolutions qui souffle périodiquement sur la France, comme le mistral sur les côtes de Provence, renversa l’Empire qui paraissait si fort, et Napoléon III vint avec sa famille demander une seconde fois asile à l’Angleterre. La veille de son départ pour le Zoulouland, d’où il ne devait pas revenir vivant, le prince impérial vint se confesser à la chapelle française de Little George Street. En sortant du Tribunal de la pénitence, il demeura longtemps en prière. On remarqua qu’il était agenouillé devant un tableau, don du roi Louis-Philippe, représentant la mise au tombeau de Notre-Seigneur. Le prince qui semblait animé d’une grande ferveur, ne pouvait détacher les yeux de cette toile. Etait-ce un pressentiment?»
Pauvre jeune prince! il dort maintenant du dernier sommeil à Windsor.
Dans cette petite chapelle, se sont fait entendre, tour à tour, les maîtres de l’éloquence sacrée.
L’abbé Combalot, le P. Milanta, le P. de Ravignan, l’abbé Deplace, le P. Félix, le P. Reculon, le P. Monsabré, le P. Didon, et d’autres encore.
Le consulat et l’ambassade de France y ont des bancs réservés.
Cette chapelle, tout en rappelant l’instabilité des choses de la terre, est pour les cœurs français, comme un reliquaire sacré du passé. Elle évoque les générations évanouies, les couronnes détachées du front royal, les empires disparus. Les trônes sont tombés, mais l’autel est resté debout!
La Religion demeure, avec ses sublimes espérances, et elle plane immortelle sur les ruines accumulées par les hommes et le temps.
JOURNAL DE SUZETTE
Madame est aux courses. La longue miss m’a procuré une matrone d'âge respectable, quarante-cinq ans (moi je lui accorde le demi-siècle), parlant bien l’anglais et pas mal le français. Fanny Smith, c’est son nom, consent à me piloter moyennant cinq francs par jour, les frais de voiture à ma charge, et la voilà déjà me traitant comme une dame. Je deviens sa maîtresse, c’est moi qui donnerai des ordres. Je vais trouver cela charmant, hein! Deux jours de commandement dans une absolue liberté.
J’ai commencé par Saint-Paul que je voulais voir plus en détail, car pendant les trois jours que Madame m’a fait rouler du matin au soir, je n’ai fait qu’entrevoir Londres. Les rues et monuments, tout cela apparaissait et disparaissait comme dans une lanterne magique.
L’église Saint-Paul est immense, c’est une masse imposante, grandiose, mais encaissée dans un cercle de maisons, elle ne fait aucun effet; il faudrait la contempler de loin et on est arrivé devant elle presqu’avant de l’avoir vue. Je pense qu’elle a bien cent cinquante mètres de long et les piliers de la nef n’ont pas moins de vingt à vingt-cinq mètres de tour. Elle peut contenir treize mille personnes à l’aise. L’intérieur est sévère et nu, j’y ai cependant remarqué quelques statues un peu décolletées pour un lieu de piété, même protestant. La statue de Wellington est, paraît-il, un marbre de grande valeur. Six bas-reliefs en marbre représentant des scènes de la Bible sont également fort beaux.
A mon avis Regents-park est plus agréable que Hyde-park, il a d’aussi beaux arbres, de jolis parterres dans le goût français, des fontaines, où tout le monde peut boire, et d’élégants pavillons où l’on trouve autre chose que de l’eau, des glaces, des pâtisseries et tous les rafraîchissements possibles.
La cité est le quartier qui me plaît le plus—c’est le commerce, le mouvement, l’animation comme à Paris.
La Tamise est bien large et bien sale.
En passant devant la caserne des Horse-guards miss Smith m’a fait entrer dans la cour pour admirer les plus beaux hommes du monde. Ils sont en effet d’une taille gigantesque et leur costume est superbe, culotte blanche, jaquette rouge chamarrée de blanc et or, bottes noires, shako couvert d’un immense panache blanc, avec cela six pieds, bien faits, l’air de le savoir, raides comme des piquets, et pas étonnés du tout qu’on les regarde, ils y sont habitués; à cheval, avec leur cuirasse d’acier et leur casque de même métal, ils ressemblent aux statues équestres de l’antiquité.
L’ambassade française n’est pas une belle demeure, c’est bien petit et il est honteux pour les Anglais de ne pas mieux loger notre ambassadeur. Le Consulat très éloigné de l’ambassade est aussi peu de chose.
Quand la reine est à Londres, ce qui est rare, elle habite le palais de Buckingham, assez grand, mais pas remarquable. Saint-James-park qui se trouve devant est très joli; les horse-guards donnent aussi dans ce park. Saint-James-palace, résidence de la cour, a l’air gai d’une prison. Malborough-palace où demeure le prince de Galles ressemble à une simple maison de particulier. Trafalgar-square est plus ornementé, une belle statue de Nelson en bronze s’élève au milieu, et aux quatre coins quatre lions en bronze plus gros que des éléphants complètent cet ensemble splendide. Là est la galerie nationale renfermant seulement quelques peintures de maîtres, mais je n’y suis pas entrée, il fallait encore payer.
Le British-muséum, est un beau monument, contenant d’intéressants manuscrits enluminés; des lettres d’Henry IV roi de France, d’Elisabeth d’Angleterre, de Marie Stuart, d’Henry VIII, d’Anne de Boleyn, de Marie de Médicis, etc. Les cachets et sceaux des rois anciens, ceux de la reine Victoria. Quelques bronzes, beaucoup de momies égyptiennes, des statues grecques, les têtes en plâtre de Néron, de Caïus-Caligula, de Jupiter, de Junon, de Vénus et une foule d’autres curiosités que l’on voit heureusement pour rien. J’ai repassé devant les ministères qui sont vraiment d’énormes maisons.
En rentrant nous avons rencontré un pauvre garçon qui vendait de la lavande, mais personne ne lui en achetait, par charité, je lui en ai pris deux paquets, il avait l’air si malheureux, sa vue m’a gonflé le cœur. Je voudrais être riche pour pouvoir donner. Un peu plus loin, une jeune fille pleurait de désespoir de ne pouvoir vendre ses fleurs. Achetons-lui un bouquet, m’a dit Miss Smith, cette pauvre fille paraît honnête, elle n’appartient certes pas au cercle des Street-Girls, ces pâles et cyniques pauvresses dont les albums conservent le type si particulier. Ah! les Street-Girls, a continué mon interlocutrice, ce sont elles qui, loqueteuses et malpropres offrent en passant, au coin des rues, les bouquets de violettes salies, ce sont elles aussi que l’on rencontre au crépuscule, dansant la gigue dans les sombres carrefours, au son d’un vieux clavier discord; et la nuit on les heurte parfois du pied sur le pavé, anéanties par les orgies du gin.
Que de misères à Londres; Miss Smith m’assure qu’il y a des maîtresses de piano qui donnent des leçons à quatorze sous l’heure, et quatorze sous en Angleterre ne représentent pas sept sous chez nous. Ce soir nous allons à Covent-Garden, à bon marché, pour vingt-quatre sous. Ah! En voilà une chance! Miss Smith est une débrouillarde, elle a le truc pour dénicher les bonnes occasions. Lorsque la saison théâtrale est finie, on donne, l’été, pendant un ou deux mois des concerts dans cette salle. Je ne verrai pas de représentation, mais je suis bien aise de connaître un des plus beaux théâtres de Londres.
Il y avait beaucoup de monde, des hommes graves et des femmes fardées qui n’arrivaient pas à les dérider; tout cela n’était pas une foule de premier choix. Miss Smith m’a glissé à l’oreille que la bonne classe, en Angleterre, ne va pas au théâtre.
La salle est très grande, éclairée par deux énormes lustres et des lampes à la lumière électrique. Les stalles sont blanches et or, mais les tentures sont fanées, aussi bien que les robes des chanteuses. Elles vocalisent délicieusement, mais quelle friperie que leur toilette; ce sont des rossignols que le costumier du théâtre affuble de ses vieux rossignols.
On applaudissait beaucoup, il y avait des nègres habillés en dandys, qui gesticulaient, une canne à pomme d’or en main, et se bouffissaient comme des paons, ils avaient autant de bijoux qu’un homme peut en porter, de grosses bagues aux doigts, une épingle de cravate large comme une broche de dame et une montre d’or avec chaîne et breloques, qui faisaient autant de bruit que d’effet. L’un d’eux, même, avait des boucles d’oreilles. L’attraction irréfléchie pour tout ce qui reluit est, paraît-il, un goût donné aux races noires: les nègres adorent les bijoux d’or et d’argent, le métal qui brille. Eh bien! c’est la même chose chez les corbeaux et les pies, qui sont la race noire des oiseaux.
A dix heures, nous avons été obligées de partir, pour ne pas rentrer trop tard. Il me semblait que nous venions seulement d’arriver.
L’air était doux et le ciel plein d’étoiles; en les regardant, j’ai senti soudain mes yeux se remplir de larmes. Je pensais que sous notre beau ciel de France, ces mêmes étoiles éclairaient ma vieille mère et mes sœurs.
Notre dernière journée avant l’arrivée de Madame a été aussi bien remplie: visite à l’Aquarium, à la Tour de Londres et à Greenwich.
On paie un schelling par personne, à l’entrée de l’aquarium. Je n’y ai pas vu grand chose, des phoques et des plantes vertes très belles. Mais l’aquarium a une autre attraction que je préfère. Au centre se trouve un cirque où l’on fait de la haute école à cheval et des exercices vélocipédiques très remarquables. On voit encore des lions en cage, stylés par un nègre et sautant des barrières; ce spectacle dure deux heures, on en a vraiment pour son argent. Miss Smith m’a fait remarquer l’aiguille de Cléopâtre; dame! celle-là ne se perdrait pas dans une botte de foin: c’est un magnifique monolithe apporté d’Egypte. J’ai croisé un Ecossais, mais trop rapidement, j’aurais voulu voir son costume plus en détail: jupon court plissé vert et noir, jambes nues, écharpe prenant de l’épaule droite rattachée sous le bras gauche et descendant presque jusqu’aux pieds, grand chapeau avec plumes retombantes, sabre au côté, fusil sur l’épaule, l’ensemble est charmant.
La Tour de Londres se compose de bien des tours, mais on n’en visite que deux. Celle qui contient les joyaux de la couronne ne m’a pas émerveillée: il y a peu de bijoux, mais beaucoup de vaisselle d’or, des sallières particulièrement. Les joyaux se composent de trois couronnes dont la plus belle, celle de la reine, est couverte de diamants; la couronne du Prince de Galles m’a paru fort modeste. On nous a montré la chambre très étroite au pied d’un escalier où les enfants d’Edouard ont été tués. Nous parcourons plusieurs salles garnies d’armes et d’armures. On nous fait aussi remarquer une statue de la reine Elisabeth à cheval et le plan en relief du monument que nous visitons, cette fameuse tour de Londres où les souvenirs ne sont pas gais. Nous entrons ensuite dans la tour des personnages célèbres; les murs sont couverts des initiales, noms, et armoiries des malheureux qui ont passé par là. Dans la cour on montre la pierre où furent décapitées Anne de Boleyn, Jeanne Seymour et Catherine Howard, cela donne le frisson; autrefois les favorites des rois payaient bien cher leur triomphe.
Les gardiens ont un costume moyen-âge très chic, le voici: chapeau de velours noir tout froncé et entouré de faveurs rouges, bleues et blanches, pantalon noir et rouge, tunique noire avec plastron de flanelle rouge représentant des fleurs de lys et les lettres V. R., Victoria Reine; cette tunique est serrée à la taille par une ceinture de cuir fermée avec une grosse boucle en cuivre.
Nous avons pris le bateau pour aller à Greenwich, une grande ville sur la Tamise, à deux lieues de Londres; pendant tout ce parcours, les bords de la Tamise sont entièrement livrés au commerce, et la rivière aux bateaux, elle en est littéralement encombrée, c’est un mouvement extraordinaire.
On va voir à Greenwich, 1º le magnifique hôpital des Invalides de la marine, bâti en 1696, sur l’emplacement d’un ancien palais des rois d’Angleterre. 2º l’Observatoire, qui est célèbre; il fut fondé en 1775, par le roi Charles II. Une fabrique d’instruments d’optique et de navigation y est attachée. L’observatoire est très haut perché, dans un parc superbe, dessiné par un Français, Le Nôtre. Nous sommes grimpées jusqu’au haut, bien résolues à tout voir... hélas! on ne peut pénétrer à l’intérieur. Nous avons dû nous contenter de la vue qui de cette hauteur embrasse un vaste horizon. De petites marchandes établies dans le parc nous ont vendu des gâteaux et de la bière. Après nous être restaurées, nous avons visité une salle de peinture, dont Nelson est le héros; on le voit à différents âges et dans toutes les positions, assis et debout, de profil, de trois quarts et de face. Nous avons aussi donné un coup d'œil à la station des yachts royaux. En face, de l’autre côté de la Tamise, se trouvent les docks et chantiers de la Compagnie des Indes.
Après avoir parcouru quelques rues, comme je ne voulais pas m’attarder, à cause de l’arrivée de Madame, nous avons repris la route de Londres.
Les courses de Newmarket.
Il me semble impossible de venir en Angleterre, sans y voir au moins une de ses courses tant vantées. J’aurais bien désiré aller à celles d’Epsom, fondées depuis plus d’un siècle, en 1779, et qui ont un si grand renom, mais nous sommes bien loin du 21 mai, jour où elles ont lieu chaque année, et je suis allée à Newmarket, dont les courses classiques, demi-classiques, les steeples, les handicaps, sont également célèbres.
Newmarket est une petite ville où l’on se rend de Londres, en deux heures, par le chemin de fer Great-Eastern. Les courses y sont organisées sur une grande échelle. Quarante-cinq entraîneurs publics ont sous leur direction deux mille chevaux de courses. Les courses et les régates sont pour l’extérieur les solennités mondaines par excellence, la great attraction des Anglais, c’est leur passion dominante. Les parieurs, les uns pour les chevaux, les autres pour les bateaux, se lancent dans la carrière à fond de train, c’est le cas de le dire; les paris sont insensés!
En définitive, c’est toujours le jeu, le jeu sur un tapis vert de gazon ou d’eau, au lieu d'être sur un tapis de drap. Je me suis fait mettre au courant des principaux termes de la langue chevaline, termes que nous avons empruntés, je me demande pourquoi, car il me semble que le français est une langue assez riche par elle-même, pour se suffire, sans avoir recours aux autres. Il y a plus de deux cents ans qu’Amyot disait: «La langue française n’est plus cette pauvre gueuse à laquelle le grec et le latin faisaient l’aumône» et aujourd’hui nous avons encore moins besoin d’emprunter ailleurs, surtout aux Anglais, qui seront toujours nos voisins sans jamais vouloir être nos amis.
On me répond: c’est la mode, il faut la suivre. Soit, je m’incline, mais non sans faire quelques restrictions. Sport veut dire en anglais divertissement, courses, chasses, gymnastiques, joutes sur l’eau, lawn-tennis: j’admets ce mot, puisqu’il comprend à la fois tous les exercices en plein air.
Mais pourquoi dire: arriver sur le turf (gazon), plutôt que sur le champ ou la piste. Pourquoi dire le ring, littéralement le rond, plutôt que l’enceinte, pour désigner le lieu où se réunissent les grands amateurs et les parieurs forcenés.
Betting signifie tout simplement pari et Starting départ.
Pourquoi appeler steeple-chase cette course hérissée d’obstacles, rivière, palissades, murs, haies, fossés, et dont le vrai nom est course casse-cou.
Dead-heat veut dire que les chevaux arrivent ensemble; quel inconvénient y aurait-il à dire course nulle, où les chevaux sont arrivés tête à tête? Pourquoi ne pas prononcer la tribune au lieu du stand, le concours ou la lutte au lieu du match, le haras au lieu du Stud?
Dame! pourquoi? je répondrai en anglais: That is the question, comme disent ceux qui veulent se donner des airs savants et passer pour connaître Shakespeare par cœur.
Jusqu’ici je n’avais jamais pu lire jusqu’au bout les articles de courses dans nos journaux, cela me faisait un peu l’effet du sanscrit ou du chinois.
Je m’en tenais à la spirituelle boutade de Bernadille sur l’agréable vocabulaire des courses «il faut suivre, dit-elle, la gradation des sentiments qu’il produit sur l’esprit des lectrices qui débutent par l’impatience et finissent par l’horripilation.
«Gentleman-rider les intrigue; un propriétaire qui déclare forfait les inquiète: comment devineraient-elles qu’il s’agit ici d’une amende, d’un dédit,—forfeit.
«Le handicap les étonne, elles ignorent qu’un handicap est une course où l’on admet les chevaux de force et de mérite différents, en égalisant autant que possible par des suppléments de poids les chances de victoire?
«Le stud book les agace; les book makers les irritent; au betting-ring, elles sont rouges de colère, un cheval disqualified leur arrache des cris de désespoir, et la performance des signes d’aliénation mentale.»
Si cela continue, il sera nécessaire d’apprendre l’anglais avant de pouvoir lire certains journaux français.
Il faut voir comme les Anglais, généralement si froids, s’animent sur le turf. Il y a un demi-siècle, quand la société pour l’encouragement et l’amélioration des races de chevaux en France accordait aux vainqueurs des hippodromes douze paniers de vin de Champagne, les courses en Angleterre remuaient déjà un comté tout entier; cependant les Anglais ont encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre à la hauteur des anciens Polonais qui placèrent un jour sur les quatre fers d’un cheval les destinées de leur patrie.
Leur histoire rapporte que, le roi étant mort sans héritier, tous les palatins se montraient prêts à entrer en lutte armée pour conquérir le trône; soudain on décida de s’en remettre au hasard d’une course, celui des Palatins qui arriverait «bon premier» serait couronné roi. Ce procédé peu ordinaire eut les meilleurs résultats, la guerre prête à s’allumer s’éteignit comme par enchantement et la nation eut son roi.
Le cheval de courses en France comme en Angleterre est un patricien qui a son état civil très bien tenu; on pousse même les choses plus loin depuis une quarantaine d’année, on conserve le portrait des grands vainqueurs.
Old England est forte pour les portraits. La reine Victoria n’a-t-elle pas un musée canin renfermant le portrait de tous les petits toutous qu’elle a aimés?
Je ne sais quel sera plus tard le sort des chiens de sa gracieuse Majesté, mais les chevaux passeront à la postérité «leur nom figurera dans le dictionnaire Larousse à côté de Bucéphale dompté par Alexandre, d’Incitatus fait consul par Caligula, de Vaillantif tué sous Roland dans le défilé de Roncevaux, de Bubiéca la cavale du Cid, de Rossinante l’idéal coursier de Don Quichotte. Les chroniqueurs ont négligé de nous transmettre les noms des chevaux des quatre fils Aymon, c’est regrettable! Je termine ici ma liste des chevaux célèbres sur laquelle je pourrais inscrire encore le cheval de Troie qui était en bois, et le cheval de bronze d’Auber qui sera toujours en musique.»
Les courses de Newmarket ont presqu’autant d’importance que celles d’Epsom, elles m’ont vivement intéressée. Je suis revenue très satisfaite de mon excursion et très enthousiasmée des beaux chevaux que j’ai vus, les uns courant sur le turf, du stand où j’étais fort bien placée, les autres au repos, dans le stud que j’ai visité ensuite, Ciel! je m’arrête! aurai-je par hasard des dispositions à devenir une horse women et parler la langue des chevaux.
Ici j’y suis presque obligée, mais en France je ne me le pardonnerais pas. Vive partout, même aux courses, notre belle riche et harmonieuse langue!
JOURNAL DE SUZETTE
Il m’est impossible de décrire tout ce que j’ai vu depuis quelques jours. Tout cela encombre ma mémoire, et danse dans ma tête une sarabande effrénée. Quand de retour au pays, on me demandera des détails sur Londres, je montrerai mon journal à mes amies, aux autres je me bornerai modestement à répondre ceci: Qui n’a pas vu Londres, ne peut se faire une idée de cette ville immense, avec ses millions d’habitants. Elle est plus peuplée que plusieurs Etats d’Europe, tels: la Suisse, la Bulgarie, la Saxe qui n’ont chacune que trois millions d'âmes. Londres a deux fois plus d’habitants que la Grèce, le Danemark et la Norvège qui ne comptent chacun que deux millions d’habitants; et sa population s’accroît chaque année de soixante-dix mille personnes. Ma vanité satisfaite de ces comparaisons et de l’ébahissement de mes auditeurs, j’ajouterai pour finir: Voilà ce qu’est Londres, une ville extraordinaire, sans rivale, la plus grande ville du monde et je la connais!...[11]
Windsor est une petite ville de huit mille âmes qui s’est groupée autour du château royal, séjour préféré de la Reine Victoria. Windsor est donc un magnifique château gothique avec remparts et fossés, bâti sur une élévation d’où la vue s’étend fort loin. Une immense forêt de cent kilomètres de tour fait partie du domaine de Windsor.
Fondé par Guillaume le Conquérant, augmenté par Edouard III et sans cesse embelli par ses successeurs, ce château est vraiment une demeure royale digne de la reine d’Angleterre, impératrice des Indes.
J’ai admiré la chapelle royale et la chapelle Saint-Georges où sont reçus les membres de la Jarretière; la terrasse qui a près de six cents mètres de long est vraiment splendide.
«Madame monte à la tour si haut qu’elle peut monter» c’est ce que j’ai fait. Je suis montée à la plus haute tour de Windsor, pour jouir d’un horizon sans limites. Le regard s’étend sur douze comtés.
Les salons que j’ai visités sont somptueusement meublés. Du reste, des trésors en tous genres, artistiques et autres, s’accumulent ici depuis des siècles. N’est-ce pas à Windsor dans les appartements particuliers de la reine que se trouve le chef-d'œuvre de notre manufacture de Sèvres, un service à dessert, estimé un million deux cent cinquante mille francs.[12] Commandé pour Louis XVI, il fut acheté par George IV, alors prince régent. Le fond est gros bleu, avec des dorures merveilleuses, du célèbre Leguay, et des peintures exquises en médaillon, par Dodin.
Cette visite à Windsor, m’a vivement intéressée; je la classe parmi mes meilleurs souvenirs de voyage.
JOURNAL DE SUZETTE
Nous ne sommes pas allées directement de Londres à Oxford, nous avons fait un petit crochet pour visiter Windsor, où nous avons commencé par déjeûner, dans un hôtel de belle apparence. On nous a servi des œufs et du jambon, qu’on mange ensemble ou séparément, à sa guise. C’est le menu invariable et traditionnel du matin, dans la grande Angleterre. Du jambon cuit ou du jambon crû, du jambon aux œufs ou du jambon aux pommes de terre, du jambon toujours; comme c’est agréable pour ceux qui ne l’aiment pas!
Tout cela se mange avec un trident. En France les fourchettes sont à quatre dents, en Angleterre elles n’en ont que trois. Par exemple, on nous a servi un nouveau dessert que nous ne connaissions pas! On nous a servi—Lucullus et tous les cuisiniers des temps anciens—Brillat, Savarin, Vatel, Carême, Trompette, et tous les chefs des temps modernes, voilez-vous la face,—on nous a servi comme dessert sous le nom de croquettes croquantes et dorées de petits morceaux de pain (des restes sans doute) desséchés au four. Hein! jolies croquettes bien réussies et bien goûtées surtout; j’étais indignée. Madame a pris la chose plus philosophiquement et s’est mise à rire. Ma pauvre Suzette, calmez-vous, m’a-t-elle dit, cela me rappelle un mot de Chamfort qui peut s’appliquer ici: «Il y a des gens, écrivait-il, qui ont plus de dîner que d’appétit, alors que d’autres ont plus d’appétit que de dîner.» Ce dernier cas est le nôtre aujourd’hui.
C’est à Windsor que demeure ordinairement la reine, car elle n’aime pas Londres. Son château est très considérable, il a l’aspect d’un château-fort bâti en petites pierres, ce qui n’est pas joli comme la pierre de taille. Nous sommes montées sur la plus haute tour d’où le panorama est splendide. La visite des appartements m’a bien intéressée, surtout la salle du roi Georges où l’on donne les banquets. Sur les murs s’étalent les armes de tous les pairs d’Angleterre. Le grand salon de réception est très beau, le meuble est doré et recouvert en satin rouge broché, le plafond guilloché est blanc et or, plusieurs salles sont tendues en tapisserie des Gobelins, avec des plafonds dorés, c’est même un peu trop chargé. Nous avons visité la chapelle de la reine; le chœur est en chêne sculpté ainsi que les sièges de la famille royale. Très jolie est aussi la chapelle érigée en mémoire du prince Albert, l’époux de la reine. J’ai vu le tombeau où reposent ensemble Henri VIII et Jeanne Seymour. J’ai salué respectueusement le monument élevé au petit prince impérial tué si malheureusement chez les Zoulous.
Les gardes sont des grenadiers habillés de rouge et coiffés d’un chapeau à poil.
En partant, j’ai demandé à un domestique de la reine, tout habillé de noir, à cause de la mort du duc d’Albany, l’heure exacte du train pour Oxford; c’est avec toute la dignité due à son rang qu’il m’a donné ce renseignement, en me tirant son chapeau aussi respectueusement que si j’avais été membre de la famille royale. En voilà des domestiques, dont le sort fait envie... Plus heureux que bien des maîtres!
Arrivée à Oxford
Mes premiers jours à Oxford ont été consacrés à l’amitié. Il est si doux de parler du temps passé, avec ceux qui l’ont vécu, de parler de la génération qui précéda la nôtre, avec les derniers contemporains de cette génération. Le souvenir de ma mère bien-aimée planait sur tout ce que nous disions, le passé me ressaisissait tout entière. Par instant il me semblait qu’elle était là, que j’allais l’entendre, la voir... Chère bonne mère, elle avait bien placé son affection, et sa vieille amie m’a délicieusement reçue. Chacune de vos lettres m’a-t-elle dit, me donnait du soleil pour toute la journée. La distance disparaissait, mon affection vous évoquait, ma pensée retrouvait la vôtre et j’avais la tendre illusion de me croire près de vous. Aujourd’hui je tiens la réalité, quel bonheur! Quand on est entré dans mon cœur, c’est pour la vie, autrement, l’amitié ne serait ni sincère, ni vraie.
Malgré son existence qui s’écoule en Angleterre, le snobisme britannique ne l’a pas atteinte. Elle est restée bien française par le cœur et par l’esprit. Aujourd’hui, on est un peu brutal dans ses idées, un peu crû dans ses expressions, cela s’appelle du naturalisme, un long mot, que personne ne comprend guère, pas même ceux qui s’en servent le plus.
Mon amie au contraire a gardé des expressions élégantes et choisies, et pratiquant l’art du bien dire, fait tout passer sans choquer personne. Et je suis heureuse de nos causeries, comme elle est heureuse de ma présence. Ah! que j’ai bien fait de venir!
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Nous voilà donc arrivées chez l’amie de Madame. Cette amie habite une belle maison, bien confortable, elle a plusieurs domestiques; c’est une vieille dame riche. D’ailleurs ce n’est pas en Angleterre qu’il faut venir habiter lorsqu’on n’a pas de fortune. Au contraire, beaucoup d’Anglais quittent leur pays par raison d’économie, et si nous voyons certaines villes françaises, encombrées d’Anglais, c’est qu’ils y trouvent leur avantage, et vivent bien plus à l’aise chez nous que chez eux.
J’ai une assez jolie chambre, mais ce n’est pas tout dans la vie, et mes débuts ne sont pas heureux. Mauvais sommeil, nuit détestable à digérer laborieusement l’affreux pain pas cuit, qu’on mange ici comme du gâteau. Ah! ces Anglais, ils ont un estomac à rendre des points à toutes les autruches de la création.
La ville d’Oxford, ses collèges, ses musées, ses promenades.
Oxford passe à bon droit pour être une des plus jolies villes d’Angleterre.
C’est une ville essentiellement protestante; sur quarante mille habitants il n’y a que quatre cents catholiques.
Oxford possède une fabrique de Bibles, c’est par milliers qu’elles s’en vont chaque jour inonder les colonies et le monde entier, et une Université fondée au commencement du XIIe siècle, disent les uns, dès le Xe siècle, par Alfred Le Grand, disent les autres. En tout cas, cette Université célèbre compte vingt-quatre collèges tous plus beaux les uns que les autres: Saint-John’s, Magdalen, Kable Christ-Church, Trinity, Queen’s, New-Collège, etc. Cette Université est généralement dévouée aux principes des Tory (elle envoie deux députés au Parlement) et à l’église anglicane. Cependant c’est dans son sein qu’a pris naissance le Puseysme, encore une nouvelle secte que ma bonne amie m’a expliquée. Son principal auteur est le docteur Pusey, chanoine de l’église du Christ et professeur d’Hébreu à Oxford. Sauf qu’elle déclare la loi indépendante du pouvoir pontifical elle se rapproche du catholicisme sur les points les plus importants. Elle rétablit la messe, la Confession, la pénitence, le jeûne, l’invocation des saints.
Inquiétés par l’épiscopat anglican qui ne les voyait pas d’un bon œil, la plupart des Puseyistes ont ouvertement embrassé le catholicisme.
Tous les collèges ont des jardins ou des parcs, de sorte qu’il est impossible de trouver une même ville ayant autant de promenades et d’aussi belles.
Oxford possède encore plusieurs halls, édifices pour loger les étudiants, plusieurs bibliothèques parmi lesquelles la Bodléienne, comptant plus de deux cent mille volumes et vingt-cinq mille manuscrits, une belle galerie de tableaux, un musée d’histoire naturelle, un jardin botanique médiocre.
Cette ville fut prise d’assaut en 1067 par Guillaume. Elle devint pendant quelque temps l’une des résidences des Rois; c’est là que furent rédigées en 1258 les Provisions dites d'Oxford. Charles Ier s’y retira pendant la guerre civile.
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Ma consolation ici, c’est la gouvernante, Miss Emily, une jersiaise, d’origine bretonne, parlant français. Il est facile de voir que la perfide Albion ne tient aucune place dans son cœur. Elle aime sa maîtresse qu’elle sert fidèlement depuis 30 ans, mais elle n’aime pas les Anglais. Elle a la permission de me montrer la ville et nous faisons de jolies promenades ensemble.
Je désespère de pouvoir faire la description d’Oxford, je ne connais rien à l’architecture, et je crois que lorsque j’aurais dit c’est beau, je ne pourrais que m’arrêter. Cependant je vais faire de mon mieux.
La ville est très grande, bien percée, propre, mais ce qui fait sa gloire ce sont ses nombreux collèges, tous plus beaux les uns que les autres, bâtis dans le genre de nos vieux châteaux français, comme celui de Josselin, par exemple. Tous sont recouverts de lierre, de vignes vierges et entourés de parcs charmants où l’on peut se promener; ces parcs se composent d’allées ombragées de beaux arbres et de pelouses. On ne trouve guère de fleurs que dans les jardins particuliers.
Oxford, malgré sa réputation de jolie ville, manque de gaîté. Jusqu’ici les villes que j’ai vues me paraissent tristes. Les maisons estompées de briques rouges sont ternes. Cela tient sans doute à la couleur grise du ciel, et à celle des pierres couleur du ciel. On ne crépit pas les maisons, on ne les blanchit pas davantage, je trouve qu’on voit trop la carcasse. Oxford compte trois mille étudiants que l’on reconnaît facilement à leur costume très drôle. Ils portent un énorme manteau flottant, et un chapeau, dur comme un morceau de carton, de forme carrée, orné d’un gland, qui leur tombe sur le nez avec toute la grâce imaginable. Si j’en ai le temps, j’habillerai une poupée en étudiant, pour la rapporter en France.
Avant-hier, par curiosité, j’ai accompagné Miss Emily à un service protestant. Un ministre à l’air digne, une baguette de cuivre en main, nous a placées dans un banc.
Il y avait peu de fidèles, mais ils avaient l’air très pénétrés et se tenaient respectueusement.
Quand le ministre jetait les yeux de mon côté, je baissais les miens sur mon livre, une bible imprimée en anglais à laquelle je ne comprenais rien, bien entendu. J’ai trouvé les chants pleins de douceur et de suavité. Il y avait des choristes habillés comme les nôtres, les ministres portaient des espèces de chapes noires bordées d’hermine. J’ai aussi été très édifiée à l’église catholique: les fidèles me semblent plus pieux, plus recueillis qu’en France et pendant les offices restent presque toujours à genoux.
Miss Emily m’a demandé si je voulais visiter les collèges; les collèges, ai-je répondu, je veux bien en visiter un et cela me suffira, car je pense que tous les autres sont à peu près pareils; mais ce que j’ai vu avec plaisir ce sont les grands parcs qui les entourent, celui du collège Keble est particulièrement beau.
Je suis allée voir jouer une partie de lawn-tennis, ce qui m’a bien amusée. Ce jeu fort en vogue a ici détrôné le croquet; c’est la distraction préférée des étudiants. On bataille beaucoup, la raquette en main, on s’amuse, on s’agite, et l’on attrape grand chaud. Ce devrait être le jeu hygiénique de l’hiver pour se réchauffer. Les Anglais sont absolument passionnés pour ce jeu et le Daily-News enregistre leur succès à ce sujet.
Brood-Way, Le Musée, La Mésopotamie
Brood-Way, c’est-à-dire large voie, est une allée plantée d’ormeaux magnifiques, et les plus grands qu’on connaisse; leur réputation est, paraît-il, européenne.
Le musée d’histoire naturelle que je viens de visiter doit être bien intéressant pour les savants et les étudiants en médecine: des pierres, des silex de toutes sortes, richesses minéralogiques, attendent les premiers, les seconds trouvent des cerveaux, des cœurs, des foies conservés dans de l’esprit de vin, des animaux, corps de girafes gigantesques, d’éléphants monstrueux, de baleine immense, où un ménage pourrait se loger à l’aise et s’installer un appartement complet; enfin, sujet profond d’étude, un millier de crânes humains de tous les pays, et on pourrait presque dire de toutes les formes, et quelques squelettes; en contemplant l’ossature humaine effrayante et attristante tout à la fois, ces vers de Victor Hugo, je crois, me revenaient à la mémoire:
Nous sommes revenues par la Mésopotamie, cette Mésopotamie ne se trouve pas entre le Tigre et l’Euphrate, quoique entre deux rivières sillonnées de barques pompantes et coquettes traçant leur léger sillon sur les eaux; c’est une promenade. Ses berges étaient garnies de pêcheurs à la ligne gardant une immobilité absolue, raides comme une trique et me faisant penser à ces définitions quelque peu irrévérencieuses et si souvent reproduites de la pêche et des pêcheurs à la ligne.
Dans la rue Magdalen se trouve une croix horizontale qui marque la place où furent tués deux prêtres, sous le règne d’Elisabeth, toujours si cruelle envers les catholiques.
Il paraît qu’ici on voit continuellement surgir de nouvelles religions. Hier, un bonhomme, la vivante image du vieux Christmas, qu’on dessine dans les gravures, cheveux blancs, comme des flocons de neige, immense barbe givrée jusqu’au genoux, pérorait d’une voix enrouée en frappant de toutes ses forces sur une bible. On aurait dit qu’il voulait faire entrer tout ce qu’il débitait, à coups de poings, dans l’esprit de ses auditeurs. Il était très entouré.
On compte, paraît-il, en Angleterre, cent quatre-vingts sectes différentes. Voilà bien des moyens pour arriver au ciel; il me semble même qu’il y en a trop pour qu’ils soient tous bons.
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A Oxford aussi les magasins se ferment de bonne heure; il n’y a aucun agrément à se promener le soir dans les rues; ce n’est pas comme en France, où on a l’éblouissement des beaux étalages bien éclairés. Ici le samedi est comme à Jersey très mouvementé, tout le monde fait ses provisions et court les magasins et les marchés. Le dimanche on semble confit en dévotion, tout mouvement cesse, sauf celui des cloches qui carillonnent à vous rompre la tête.
Le grand marché couvert d’Oxford est très intéressant, tout y est beau et de bonne qualité, mais d’un prix!... La viande, magnifique, un peu grasse, peut-être, mais fort appétissante est bien plus chère qu’en France. Et le poisson donc! Etre planté au milieu de la mer, et payer le cent d’huîtres vingt-cinq francs, c’est raide! Les fruits sont inabordables, beaucoup viennent de France, et on les paie en conséquence. Du reste, c’était bien un peu comme cela à Jersey et à Guernesey, où les habitants tout en n’ayant pas l’air de se croire anglais, se montrent tout aussi grasping que ceux de la mère-patrie. L’eau est mauvaise et empâte la bouche. Je m’abreuve de thé, que j’aime heureusement. Le pain ordinaire est détestable, je l’ai déjà dit. Il y a bien un pain de luxe, le pain viennois, qui est très bon, mais on ne le sert qu’à la table des maîtres.
Miss Emily me fait goûter de tout. Le fameux whisky est détestable à mon goût; en revanche, j’ai trouvé le sherry fort bon. J’ai bu du gin; cette sorte d’eau-de-vie coûte aussi cher que le rhum, ce qui n’empêche pas les femmes du peuple d’en boire jusqu’à l’ivresse. Je ne ferai pas de folies pour le gin. Je ne sais quels ingrédients on y ajoute, mais on y trouve amalgamés ensemble trois parfums bien différents et qui semblent sortir de chez le coiffeur, de chez le pharmacien et de chez le liquoriste, le tout bien sucré. Pour être juste, je dois reconnaître que le goût d’anisette domine. C’est blanc comme de l’eau, et point capiteux du tout. Je pense qu’il faut en boire à haute dose pour se griser. Ce qui est bien meilleur, c’est le cidre de Devonshire, mais il est très cher.
La cuisinière nous a fait manger hier une conserve d’Amérique: une langue de panthère ou de kanguroo, je ne sais plus au juste. C’était détestable! L’indépendante Amérique empoisonne sa petite sœur anglaise de toutes ses conserves de viande et de poisson, tout en les lui faisant payer cher.
Mœurs anglaises
Mon amie me donne des détails fort intéressants sur la société anglaise, sur les coutumes mondaines et religieuses. Elle m’a même promis des notes prises sur le vif, et écrites par elle, il y a quelques années. Certes, je lui rappellerai sa promesse avant de partir.
Voici donc quelques détails sur l’aristocratie.
La noblesse vient sans doute, à Londres, mais elle habite beaucoup plus ses terres que la ville. La noblesse anglaise est rurale, comme la bourgeoisie anglaise est commerciale. L’amour des voyages existe dans toutes les classes.
La saison brillante de Londres dure trois mois: mai, juin, juillet. Pendant ces trois mois, tout sujet de sa gracieuse majesté, appartenant au grand monde par sa naissance, sa fortune, sa position, se croit absolument obligé de venir dans la capitale, et de s’y montrer, c’est un point d’honneur pour lui.
Cette grande noblesse anglaise, fondée sur la hiérarchie est d’une puissance énorme. Elle n’a point été réduite en poussière comme le fût la nôtre, suivant l’expression énergique du premier Consul Bonaparte.
En ces dernières années cependant, elle s’est laissée entamer par la juiverie. Oui, les juifs sont enfin parvenus,—la force de l’argent est irrésistible,—à pénétrer dans l’aristocratie anglaise, si pleine de morgue et d’orgueil. Il y a maintenant à Londres un lord Rothschild. Quelle révolution sociale et politique dans ce titre rapproché de ce nom! Un demi-siècle a suffi pour l’accomplir. Se douterait-on qu’il y a à peine cinquante ans, il existait encore dans la législation anglaise, un statut tombé en désuétude, il est vrai, un statut qui obligeait les juifs à porter un costume distinctif.
Les gens qui habitaient Londres de 1848 à 1858 se souviennent d’avoir vu le père de lord Rothschild, le baron Lionel, élu député par la Cité de Londres, se présenter chaque année à Westminster pour prendre possession de son siège et chaque fois être repoussé parce qu’il ne pouvait prêter serment «Sur la foi d’un chrétien,» comme l’exigeait la loi.
Enfin, en 1858, on changea la formule, et il put entrer.
Et voici qu’aujourd’hui le fils du député si longtemps relégué à la porte de la Chambre des Communes, est entré dans la Chambre des Lords, l’assemblée la plus fière de l’univers, et qui naguère n’avait pas assez de dédain pour les juifs.
On n’a pas oublié dans les salons de Londres la saillie de M. de Talleyrand, alors ambassadeur de France, qui, remarquant dans une soirée donnée par lui, la présence du duc de Montmorency et celle de M. de Rotschild, que l’empereur d’Autriche venait d’anoblir, s’écria: «Nous avons ici le premier Baron chrétien et le premier Baron juif.» Et cette coutume s’est enracinée, les chrétiens vont danser chez les juifs, séduits et éblouis par le faste de leurs réceptions.
En général, les jeunes Anglais sont fanatiques des exercices corporels. Ils aiment beaucoup la danse, plus même peut-être que les jeunes filles. Le prince de Galles leur donne l’exemple; valseur émérite, il ne dédaigne pas les invitations de la haute noblesse et danse jusqu’à trois et quatre heures du matin, dans les bals qu’il honore de sa présence.
Les énormes fortunes de l’aristocratie, de l’industrie et du haut commerce, donnent des fêtes, des raouts d’un luxe inouï; il n’est pas rare de commander pour douze ou quinze mille francs de fleurs et de plantes vertes, pour une réception d’apparat. Les angles des appartements, les fenêtres, les cheminées, sont remplis de palmiers, fougères, camélias, etc.; les rampes des escaliers, les chambranles des portes, sont enguirlandés de jasmin, de lilas, de mimosa; aux plafonds, se balancent entre les lustres, de grosses lanternes rondes de cristal, éclairées intérieurement et revêtues d’azalées, de clématites, ce qui fait l’effet de boules de fleurs lumineuses. La musique sort de bosquets verdoyants et parfumés et le service, comme élégance et confort, ne laisse rien à désirer. Voilà les fêtes que se donne, pendant la saison, la riche Angleterre.
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Madame m’a donné la permission d’aller avec Miss Emily à deux fêtes du pays, aux régates d’Oxford et au bal champêtre de Wourcester.
Les régates ne m’ont point divertie. Pour s’y rendre, c’était un tohu-bohu effrayant; une foule énorme, bariolée de toutes couleurs, marchait, parlait, gesticulait, mais je ne comprenais rien; je ne connaissais personne, je ne m’intéressais à aucun bateau, et ce n’était guère amusant. Ce dont je me souviens le mieux, c’est qu’on a passé une immense coupe pleine de Champagne, en buvait qui voulait. Il est vrai que nous étions sur un bateau réservé, c’était sans doute une galanterie des personnes qui l’avaient loué. En revanche, j’ai trouvé très à mon goût la fête champêtre.
A six heures nous entrions dans le parc des jeux où nous nous sommes trouvées au milieu d’un grand nombre de jeunes filles toutes habillées de rose, de blanc, de velours, de fourrures, etc., puis, pour faire face à ce bataillon féminin une poignée de jeunes gens à l’air aussi penauds que des renards pris aux pièges.
Dame! leur frayeur se comprend, attendu que les jeunes filles ont à pourvoir seules à leur avenir et dans ce pays-ci le sexe faible étant plus nombreux que le sexe fort attaque celui-ci pour le bon motif, bien entendu.
En thèse générale les hommes sont toujours en garde contre les femmes, ils les fuient dans les rues; car c’est une grande imprudence qu’ils commettent en répondant à une femme qui semble, par exemple, demander un simple renseignement: ça peut être un traquenard, et s’ils lui parlent, elle peut s’écrier qu’il y a injure et demander une somme considérable, cela n’est pas rare.
C’est sans doute une des raisons qui rendent les hommes si peu polis. Ensuite ils ne peuvent pas saluer sans y être autorisés, les femmes font d’abord un petit mouvement de tête, c’est le signal approbateur qui permet aux messieurs de tirer leur chapeau. Autre pays, autres mœurs, mais revenons à la fête.
Jusqu’à sept heures une petite musiquette, ressemblant à celle que l’on joue au cirque, a charmé les oreilles des assistants; puis la danse a commencé. Les jeunes filles étaient obligées en grand nombre de se transformer en cavaliers, car il y avait disette de danseurs. Tout ce monde danse parfaitement et très convenablement; ce qu’on peut reprocher, c’est trop de raideur, cela ôte la grâce et me faisait penser, la musique aidant, aux marionnettes si jolies de France. Vers la nuit, l’animation a commencé un peu; pour tout éclairage, deux grands lampions de chaque côté de la tente des musiciens, le reste du parc était éclairé par la lune. Je crois que les nuages qui la voilaient de temps en temps, faisaient bien l’affaire des amoureux. Une autre tente servait de buvette; c’est là qu’après les danses, on venait se raffraîchir. Tout en promenant et regardant, Miss Emily m’a encore donné d’autres renseignements sur le peuple anglais que j’étais très contente de voir de près.
En Angleterre, la femme est considérée comme inférieure et le mari regarde son épouse comme sa première servante; elle n’a pas comme en France une certaine influence sur son seigneur et maître. Les fils eux-mêmes, en grandissant, n’ont pas le respect que les enfants de France témoignent à leur mère; ils ne l’embrassent jamais. Chez eux les instincts sont développés, mais pas le cœur.
Je ne lâchais pas le bras de Miss Emily, j’aurais eu peur de m’égarer; ensuite je me demandais si dans cette foule compacte il n’y avait pas quelques pickpockets. Rassurez-vous, me disait Miss Emily en riant; on n’entend pas parler de voleurs à Oxford. Saint Patrick a sans doute fait ici à l’égard des voleurs, ce qu’il fit jadis en Irlande, à l’égard des grenouilles... Elles y sont inconnues.
C’est égal, dès qu’on me frôlait, je portais instinctivement ma main à ma poche, pour voir si mon porte-monnaie était bien à sa place.
En revenant, Miss Emily m’a parlé de la fête de Saint Patrice, cet apôtre venu de la Gaule pour convertir l’Irlande, et qui fit de cette dernière une île de Saints.
Partout où ils sont, les enfants d’Erin célèbrent la fête de leur saint patron. La plupart d’entre eux assistent à la messe ce jour-là. On les reconnaît aux rubans verts, dont ils ornent leurs coiffures, ainsi qu’aux touffes de trèfle qu’ils portent,—les hommes à leur boutonnière, les femmes à leur corsage. (On sait que saint Patrice s’était servi d’une feuille de cette plante pour donner aux Irlandais idolâtres une idée du mystère de la Trinité).[13]
La tradition dit que saint Patrice ayant demandé à Dieu qu’il fît beau le jour de sa fête, afin que tous les Irlandais pussent aller à l’église, sa prière fut exaucée. Il ne pleut jamais en Irlande le 17 mars.
Mais s’il ne tombe pas d’eau, d’autres liquides coulent à flots. L’enthousiasme fait parfois oublier la tempérance, et il arrive que saint Patrice a lieu d'être mécontent de la façon dont certains de ses enfants célèbrent sa fête.
Deux fêtes.—Raout et garden-party.
Je me suis laissée entraîner à une petite soirée; c’est l’époque. Ces dames ont les small and earlies, ces mots, mis au bas d’une invitation, signifient qu’on sera peu nombreux, qu’il faut venir de bonne heure, et qu’on s’en ira de même. Bref, cette phrase anglaise équivaut à notre sans cérémonie français. Nous étions quand même plus de cent personnes. On est arrivé à dix heures et parti à deux heures après minuit. C’est paraît-il ce qu’on appelle en Angleterre, arriver tôt et partir de même.
Cette petite soirée était un raout; on promène et on cause, en régalant son palais d’excellentes choses, et ses oreilles d’excellente musique.
Tantôt ce sont les chanteurs tyroliens qui font fureur, en ce moment, les tziganes, très en vogue aussi, ou simplement un orchestre jouant des airs d’opéra. Cette fois, c’était une troupe de tziganes qui se faisait entendre. Ces artistes ont beaucoup d’originalité et leur musique beaucoup de caractère. Je suis également allée à un garden-party, cette distraction est un des plaisirs favoris de tout le monde aussi bien des dames que des messieurs.
Le lawn-tennis et le crickett ont fait florès. J’ai vu un jeune homme d’une force remarquable au crickett, et qui tient son savoir de William Grace, de Manchester, lequel depuis trente ans, passe pour le premier cricketter d’Angleterre.
Cette fête se passait au milieu d’un jardin rempli de corbeilles de fleurs qui se détachaient sur des pelouses d’herbe tendre et unie comme du velours; ces pelouses sont le triomphe des jardiniers anglais. Le five o’clock tea a été servi dans une grande serre aménagée ad hoc, mais le modeste thé était additionné de chocolat, de café, de sorbets, de champagne, de sandwichs aux volailles truffées, de fraises, de raisins et de friandises de toutes sortes, c’était une avalanche de bonnes choses, auxquelles on a fait grand honneur. Il est certain qu’ici le climat creuse l’estomac; il faut beaucoup manger pour ne pas s’anémier. Les pâtés ont été profondément battus en brèche, et l’armée des petits fours a reçu de rudes assauts.
Les Anglais se tirent à merveille de ces batailles gastronomiques. Ils sont un peu de l’avis de ce cuisinier de haute volée, qui disait à son maître, un jeune diplomate d’avenir: «C’est par les dîners, qu’on gouverne le monde.» Le fait est que les Anglais mangent énormément sans se montrer trop difficiles sur le choix des mets. Ils font passer la quantité avant la qualité. Ici cependant ce n’était pas le cas. Tout était abondant et parfait. Après ce repas, on est entré dans le grand salon pour se reposer quelques instants et mettre en pratique le proverbe anglais: