«Comme il n'est pas une seule des réactions chimiques d'un corps, sur laquelle ne rejaillisse sa simplicité ou sa dualité de composition.

«Introduisez votre doctrine dans la loi, interdisez aux juges la recherche du principe des actes, et à l'instant même où l'intention s'évanouit, où il ne reste plus que l'organisme du fait, toute moralité s'évanouit avec elle, et l'homicide par imprudence devient l'égal du meurtre avec préméditation. Introduisez dans les mœurs votre abstention de la recherche des causes, et bientôt, des deux éléments prédestinés de tout acte humain, l'intention morale et l'action, le droit et le fait, il ne reste plus que le fait.

«Prise à ce sommet humain de la vie, c'est-à-dire aux régions morales de l'échelle vitale universelle, la question du principe de la vie n'est donc pas oiseuse.

«Mais ce sommet est préparé par tout ce qui précède, et la question de matière pure ou de principe incorporé dans la matière est la même à tous les degrés de l'échelle.

«Les principes incorporés peuvent varier et varient, en effet, à chacun de ces degrés; mais la question de l'incorporation, c'est-à-dire de la simplicité ou de la dualité de substance, est partout la même.

«Abordons franchement la question.»

XX

«Ces deux états, l'un de pure matière, l'autre de pur esprit, sont aussi étrangers l'un que l'autre à la nature humaine, formée de leur concours et non de leur exclusion.

«Aussi, ne pouvons-nous les concevoir séparés, que par une violence faite à la nature des choses, que par l'abstraction, tout artificielle, de l'esprit du sein de la matière qui le supporte; que par une séparation fictive de la matière d'avec l'esprit qui la vivifie.

«Et c'est cette violence faite à la nature des choses, à la nature bi-substantielle de l'homme et de tous les êtres de notre univers, qui a causé l'erreur, également déplorable, du matérialisme, qui confond la vie avec son support, et du mysticisme, qui prétend se passer de ce support, et qui s'égare dans les fictions de l'esprit pur.

«Le matérialisme, en effet, n'est arrivé à cette conception de matière pure que par l'abstraction, c'est-à-dire par la séparation graduelle de toutes les qualités ou propriétés qu'on observe aux divers degrés de l'échelle des êtres. Il a dépouillé, en idée, la substance sensible, de toutes les vertus que la substance supérieure ou vivifiante lui avait communiquées: de la sensibilité et de la contractilité de l'animal, des qualités végétatives, des propriétés chimiques et de la plupart des propriétés physiques des minéraux; et nous a dit ensuite de cette substance inférieure, réduite à l'étendue et à l'inertie: voilà la matière dans son état primitif.

«Le matérialisme ne s'est pas aperçu qu'il donnait ainsi lui-même et la preuve indirecte de son insuffisance à expliquer les phénomènes de la vie, par la matière, c'est-à-dire par la substance réduite aux deux seules propriétés de l'étendue et de l'inertie; et la preuve directe de la nécessité et de la réalité d'une autre substance: car comment l'étendue et l'inertie, combinées de toutes les façons, pourraient-elles engendrer ce qui est contraire à leur nature? l'étendue: l'unité indivisible de la pensée? l'inertie: les activités vitales de toute sorte?

«L'inertie, d'ailleurs, n'est pas une propriété, mais la négation de toute propriété; c'est l'état où l'auteur de la Genèse se représente la terre avant la vivification par l'esprit créateur: Terra autem erat inanis et vacua.

«Mais, pour passer de cet état d'inertie à l'état opposé qui se définit par des propriétés, il a fallu nécessairement que les vertus dont la matière était dénuée par elle-même lui fussent communiquées. Je ne cherche en ce moment ni par qui, ni par quoi, ni comment; je saisis au passage le fait irrécusable de la dualité, là où était la simplicité; je constate le flagrant délit des vertus au sein même de l'incapacité de toute vertu; par conséquent, l'intervention d'un supérieur dans le sein même de l'inférieur, et je dis, avec l'autorité de l'évidence: Les propriétés ultérieures de la matière sur lesquelles vous vous appuyez pour repousser tout principe étranger à la matière, sont la chose même que vous niez, sont les manifestations logiques de ce principe même que vous essayez vainement de dissimuler, d'absorber dans la matière, croyant par là vous éviter de le reconnaître.

«Et c'est vous-même qui, en défaisant par abstraction et pièce à pièce l'œuvre de la vie, en dépouillant la matière des propriétés qu'elle n'a pu se donner elle-même, c'est vous-même qui faites la preuve, par analyse, de l'intervention nécessaire et progressive d'un agent de la vie.

«Ramenons donc tous les êtres et tous les phénomènes de la vie, de ces abstractions matérialistes et mystiques, aussi fausses l'une que l'autre, à leur véritable nature, formée du concours de deux substances.

«Je sens profondément et sûrement que ces deux termes sont partout au fond de la vie; car la vie est partout, toujours, proportionnelle à leur union. Mais, avouables, évidents l'un et l'autre au sens intime, dans le fait substantiel de leur être, ils sont aussi insaisissables, aussi indéfinissables l'un que l'autre, dans leur état primitif ou essentiel; tellement que nous ne savons les définir que par opposition l'un à l'autre: La matière, disons-nous, est l'opposé de l'esprit, l'esprit est l'opposé de la matière.

«Pour moi, l'essence saisissable de leurs caractères relatifs est là: que l'un est supérieur à l'autre et, par conséquent, prédestiné sur l'autre.

«Ce quod divinum qui s'ajoute progressivement à la matière inerte, qui est la substance même des propriétés progressives qu'elle manifeste aux divers degrés de l'échelle, cette substance supérieure...........................

«Mais si ces principes (âme et matière, vie et mort) sont divers, me dites-vous, où est dans l'organisme vivant le siége organique de la vie?»

XXI

«Je réponds: Votre question n'est qu'une nouvelle violation de la nature réelle des choses.

«Le siége organique d'un principe est partout où est sa logique, et sa logique est partout où il a pris, par elle, possession de la matière. Il n'est pas un point vivant de mon organisme corporel où mon principe vital organique ne soit, ne règne et ne gouverne par sa logique. Ne dites-vous pas vous-même que «l'état vital s'exprime dans la conscience par une affection permanente, vaguement localisée dans tous les points à la fois de la masse vivante et animée?»

«Où est le siége d'un principe de civilisation dans les sociétés humaines, du principe chrétien, par exemple? Il est partout où sa logique s'est emparée des choses humaines, partout où la vie chrétienne a pénétré, c'est-à-dire dans tous les actes chrétiens.

«Mais, au-dessus des phénomènes physiologiques qui m'affirment un principe vital organique, j'observe, dans une région supérieure de mon être, un autre ordre de phénomènes parfaitement distincts des précédents, les phénomènes psychiques, source de tout idéal en moi, qui m'affirment un autre principe. Ce principe, ce demi-dieu créateur de nos pensées et de nos actes, dont mon corps est le temple, dont ma conscience est le sanctuaire, je ne l'aperçois pas seulement en conclusion logique, je le sens en moi de si près et dans une intimité si absolue avec moi-même, que je le reconnais pour être ce moi lui-même qui sent, qui comprend, qui veut et qui parle en ce moment.

«Ce principe, je n'en connais pas la nature essentielle, je ne cherche pas ici comment il s'est constitué; le nom qu'on lui donne m'importe peu; ce qui m'importe, c'est l'irrécusabilité de son être et sa souveraineté incontestable sur le monde de mes sentiments, de mes pensées, de mes volontés, de mes expressions diverses, qu'il gouverne par sa logique.»

Voilà pour la vie.

XXII

Cette belle ébauche de vérité révèle, dans l'homme qui a su la penser et qui a osé l'écrire, autant de hardiesse d'instinct que de profondeur de réflexion. C'est la métaphysique du mystère; il n'y en a pas d'autre. L'homme qui prétend tout expliquer par un seul mot n'est pas digne d'en comprendre deux. Le Cosmos de M. Fournet (c'est le nom du jeune médecin français qui a écrit ces belles lignes) éclaire plus le Cosmos du savant prussien que l'intelligence n'éclaire la matière inerte des époques. Qu'il pense et qu'il écrive encore: ses conjectures sont l'aurore des vérités qu'il découvrira. Il est entré hardiment dans la logique de Dieu, qui est mystère. Je trouve aussi sous sa plume le mot dont j'avais besoin et que la nature divine du sujet me suggère pour mon Cosmos, à moi. Celui de M. de Humboldt ne mérite que le nom d'histoire naturelle. Le Cosmos a une âme, comme l'homme; cette âme, c'est sa loi. Cette loi est évidente, mais ne peut être comprise que par celui dont elle émane. Les hommes et tous les siècles lui ont donné son vrai nom: Mystère, Humboldt!

Je le rétablis et je dis humblement:

Matière et pensée forment le monde.

Mais la matière, soit qu'elle soit composée des mêmes éléments en ignition que supposait M. de Humboldt, soit qu'elle soit composée d'autres éléments inconnus, mais toujours matière, n'est pas Dieu. Elle n'est ni infinie, ni indivisible, ni parfaite. Elle est périssable. Elle ne peut par conséquent être cause; elle est effet.

La pensée seule est Dieu. La pensée est créatrice.

C'est donc la pensée divine qui, s'associant avec la matière créée par Dieu, forme le monde.

Dieu, en appliquant sa pensée ou sa volonté à la matière ou au néant sorti de ses mains, lui a imprimé ses qualités ou ses lois: étendue, poids, grandeur relative, et sa forme, et ses limites, et sa gravitation, et sa vie, et sa mort, et sa transformation quand sa vie est accomplie.

Tout ce que les yeux ou le télescope nous permettent de discerner de ses lois, dans les espaces astronomiques de l'étendue infinie de l'éther, n'est que la volonté absolue et mystérieuse de Dieu qu'il a commandé et commande d'exécuter à l'infini matériel de ces mondes flottants.

Ces mondes nous paraissent petits ou grands, relativement à nous comme matière; mais en réalité, et par rapport à Dieu qui les crée et qui les gouverne, ils ne sont ni grands ni petits. L'égalité de leur création et de leur illusion les nivelle, ils sont tous l'œuvre de Dieu et les exécuteurs de ses volontés qui sont leurs lois.

Ils ont tous, depuis le soleil jusqu'à l'imperceptible animalcule vêtu d'une impalpable poussière de matière, la même dignité, la même sainteté, œuvre de Dieu!

Dieu leur a donné à tous un atome ou un monde de matière, et une parcelle ou un monde d'intelligence, selon les desseins qu'il a sur eux. Aux derniers l'instinct, aux seconds la sensation, aux premiers la liberté méritoire.

Leur partie matérielle se disperse à leur mort.

Leur partie animée, intelligente, méritante, leur âme survit tout entière, et va animer, selon ses perfections ou ses imperfections acquises, d'autres éléments ou portions d'éléments matériels. C'est ce qu'on appelle ciel ou enfer.

La mort étend son linceul sur ce mystère, et l'existence s'accomplit, ou recommence, au gré des desseins mystérieux de Dieu!

XXIII

Mais tout est mystère incompréhensible dans ce Cosmos, où l'existence, la volonté, la Providence de Dieu, le mystère de son action divine et absolue, sont eux-mêmes le mystère nécessaire, mais inexplicite.

Ôter les mystères de ce Cosmos, c'est ôter Dieu du monde, c'est-à-dire la vérité et la vertu.

Donc il n'y a point de matière sans mystère, car qui l'aurait créée?

Point de lois physiques sans mystère, car qui les aurait données?

Point d'âme sans mystère, car qui l'aurait allumée et éteinte?

Rien sans mystère, car le nom de mystère est le nom de la volonté ou de l'action de Dieu dans les deux mondes, le monde physique et le monde de l'âme.

Nier le mystère, c'est plus que nier la matière et l'intelligence; c'est presque nier l'existence et l'autorité de Dieu. C'est nier la logique.

Sans le mystère, je vous défie d'expliquer un atome.

Avec les mystères, tout s'explique, depuis Dieu lui-même jusqu'aux lois physiques et intellectuelles dans les phénomènes qui composent, en découlant de lui, son véritable Cosmos.

J'ajoute la loi des lois, la loi morale de la création intelligente et libre.

La vertu est fille de la vérité!

Chaque vérité impose un devoir.

Le Cosmos est un Tout.

La matière n'explique rien. Jetez dans votre creuset tous vos éléments; nommez-les comme vous voudrez, analysez-les!

Vous ne trouverez sûrement au fond du creuset qu'une énigme.

Est-ce qu'une énigme explique un monde?

Elle ne fait qu'ajouter à l'insolubilité des choses l'insolubilité des doctrines soi-disant scientifiques.

Quant à la conscience, il n'y en a plus! Est-ce que la conscience serait éclairée par une énigme?

Et sans conscience, qu'est le bien et le mal, l'honnête et le déshonnête, le vice et la vertu dans l'univers?

Vous voyez donc que votre prétendue science est obligée de se désavouer elle-même et de recourir au mystère de son instinct inné pour croire à quelque chose de surnaturel, au bien ou au mal moral sur lequel la science matérielle ne dit rien!

Car, si votre Cosmos matériel ne dit rien de ce qui est nécessaire à l'homme, il n'est pas humain, il n'est ni humain ni divin, il n'est rien.

C'est un néant savant, qui est forcé de recourir au mystère ou de désavouer Dieu.

C'est un transcendant blasphème!

Voilà la fin de tout!

Quelle fin!

XXIV

—Mais un mystère, me direz-vous, est la confession de notre ignorance.

—Oui, le mystère mesure toute la distance incommensurable qui existe et qui doit exister entre le mode d'action de Dieu sur les mondes et l'ignorance de l'homme.

Si Dieu n'était pas Dieu, il ne serait pas mystère.

Tout serait clair comme le jour, palpable comme la pierre, compréhensible comme la main qui contient ce que l'œil juge.

Mais il est Dieu, et par conséquent il agit en tout d'une manière incompréhensible à notre misère morale. Quel rapport peut-il exister entre le créateur et le créé?

Aucun, si ce n'est ce mot qui fait incliner toute tête: Mystère!

On le conclut, on le prononce, on adore, on croit, et l'on vit en paix jusqu'à ce qu'une seconde vie nous introduise dans un autre mystère!

Il est permis de le chercher, il est interdit de le découvrir.

On ne peut que le conjecturer: la conjecture n'est point orgueilleuse; elle est l'humiliation de la raison.

Voici la mienne:

Dieu, l'auteur des choses créées, n'est pas matière et ne peut pas être matière, car la matière n'est pas infinie; et lui, Dieu, est infini.

Il lui a plu de s'unir pour la visibilité de son être à nos sens avec ce quelque chose d'imparfait, de borné, de court, de divisible, que nous appelons matière!

Il lui a plu de lui donner la vie, le mouvement, des lois de mouvement, de gravitude; de rotation, par lesquelles les mondes visibles opèrent ce qu'il leur commande d'opérer.

Il l'a soumise au temps, qui lui mesure la durée de l'être;

À la dissolution et à la mort, qui la décomposent et la transforment.

Les êtres qu'il a créés dans ces conditions sont aussi nombreux, aussi innombrables, aussi indescriptibles, aussi infinis que sa pensée.

Tous ont un corps, parcelle de matière; tous ont une âme, parcelle d'intelligence.

Les hommes sont un composé; Dieu est simple, parce qu'il est immatériel dans sa nature.

Mais, dans son action, il est non-seulement double, il est innombrable, il est infini, il est libre parce qu'il est à lui-même sa propre loi; il n'a de limites que lui-même.

Dans son action sur l'univers, pourquoi voulez-vous qu'il soit un? Savez-vous seulement ce que c'est que son unité ou sa dualité?

Dites-moi le jour où il a créé cette substance visible qu'on appelle matière?

Qui vous dit que cette substance dont il a formé votre Cosmos est la même que sa substance invisible à l'œil du corps?

Moi, je suis persuadé qu'elle est distincte de Dieu;

Et qu'il agit sur les mondes par l'action double de l'esprit et de la matière.

XXV

Dieu est, selon moi, pensée;

La pensée du monde qui conçoit et qui régit tout.

La matière n'est que matière.

Elle ne pense pas; elle obéit à la pensée divine.

C'est par l'union éternelle ou momentanée de la pensée et de la matière, c'est par ce mariage surnaturel et fécond, que le monde ou le Cosmos est formé.

Cette union des deux substances, la pensée divine et l'obéissance matérielle, est le mystère!

Ce mystère explique tout!

Il a seul le mot du Cosmos!

Celui qui le prononce sait tout!

Il a trouvé le fond de la science, il a le pied sur le solide.

Il n'a pas besoin d'en savoir davantage; son âme est satisfaite, son esprit est en repos.

Il n'écrit pas de Cosmos; il écrit l'histoire naturelle, la géographie de la terre ou l'astronomie géographique des cieux.

Il ne cherche point sa loi morale alors dans la science, qui ne peut rien lui dire que de matériel.

Il la trouve dans sa conscience, gravitation mystérieuse, mais convenable, que Dieu a donnée comme une impulsion constante dans tous les pays, dans tous les temps, dans toutes les doctrines civiles ou religieuses, à tous les hommes de bonne volonté.

La conscience est le mystère que nous portons en nous.

Nous ne le comprenons pas, mais nous lui obéissons.

Le christianisme en a simplifié pour nos siècles la formule morale.

Il nous a apporté le mot, non de la science, mais de la conscience.

Pour tout le reste il a dit comme nous: Mystère!

Ce mot est terrible pour notre orgueil, mais il est comme Dieu lui-même, parce qu'il est; il faut le subir ou avec rage ou avec amour.

Avec rage, c'est la révolte et l'impiété;

Avec amour, c'est la raison et la vertu.

Peut-on hésiter?

XXVI

Il s'est formé parmi les savants une nouvelle école qui affecte, comme des sourds et muets, de n'admettre que ce qu'ils touchent et de traiter l'existence et le gouvernement du Créateur avec la plus dédaigneuse indifférence, affectant de tout expliquer sans Dieu et sans mystère.

M. de Humboldt a écrit pour eux et comme eux son Cosmos.

Il a enlevé le pivot du monde et il lui a dit: Tournez!

Les ignorants ont été étonnés, et ils ont dit: «Voyez, c'est admirable que cela tourne tout seul. Voilà quatre volumes qui nous expliquent l'univers, et le nom de Dieu n'y est pas même prononcé.

«Laissons la divine énigme au fond des espaces, et répétons les vains mots que nous avons mis à sa place!

«Cela nous suffit!»

XXVII

Mais cela suffit-il à l'inquiète raison humaine, qui n'a de repos que quand elle a trouvé son aplomb?

Mais cela suffit-il à la science, qui n'admet aucun effet sans cause, et qui voit l'effet universel, le Cosmos, se désintéressant de la plus grande des causes, son Créateur et son Dieu?

Mais cela suffit-il au malheur, qui voit effacer des astres cet astre de l'âme, cette divine providence infinie qui compte ses larmes et ses jours et qui met en réserve ses souffrances pour les changer en océan de justice, de réparation et de délices au jour éternel où elle donnera à l'insecte tout ce qu'elle a promis à l'univers pour sa seule existence?

Mais cela suffit-il à l'espérance, qui, en s'approchant chaque jour de la mort, y marche gaiement pour étancher enfin sa soif d'immortalité?

Non, si vous mettez en doute l'existence de la providence et la bonté de Dieu, la création, la conservation, la perfectibilité de ses œuvres, que votre vie soit une éternelle malédiction, au lieu d'être une bénédiction sans fin!

Or, votre conscience vous le dit, un Dieu sans évidence serait, s'il existait, une malédiction sans terme; s'il n'existait pas, le Cosmos n'existerait pas lui-même!

Le mystère est la seule explication du Dieu invisible; le mystère est la seule explication de la matière elle-même.

Confessez que tout commence et que tout finit par le mystère, et adorez!

Le mystère est le passe-partout des deux mondes!

Lamartine.

FIN DU TOME DIX-NEUVIÈME.

Paris.—Typogr. de Firmin Didot frères, Imprimeurs de l'Institut et de la Marine, rue Jacob, 56.

1: Puis, me tournant droit vers l'autre pôle, je vis la brillante constellation de quatre étoiles, dont la présence ne se révèle que par la première paire. Le ciel semblait ravi de voir ses étincelles.—Ô pays désert et désolé du Nord, vous ne verrez jamais l'éclat de cette brillante lumière!

2: Je dois cette incomparable description de la forêt vierge à mon éloquent et studieux ami M. Amédée Pichot, rédacteur de la Revue Britannique, le plus intéressant recueil scientifique et littéraire de ce siècle, que je lis depuis trente ans en m'instruisant toujours. Ce recueil est le télescope universel qui rapproche les îles et les continents de nous, pour nous faire comprendre le Cosmos intellectuel, le globe pensant.—M. Pichot, qui a traduit Shakespeare avec un homme d'État de nos jours, est digne de nous traduire Humboldt.

Notes au lecteur de ce fichier digital:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

Les prénoms Guillaume et Alexandre sont intervertis en page 228.