Medio de fonte leporum
Surgit, amari aliquid, quod in ipsis floribus angit.

Lucret.

On a même dit en français surgeons, tantôt pour ces rejetons qui naissent au pied des arbres, tantôt pour un petit ruisseau qui vient de sourdre de la terre; et surgir, qui est pris pour sourdre, avec un peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:

Après vous surgirez dedans l'île déserte
D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
D'oiseaux qui ont la plume à pointe comme espics,
Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.

Mais s'il est vrai que cette origine soit à-peu-près incontestable, il n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifié jusqu'à un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-être malheureux qu'elle vieillisse négligée, car elle est significative et utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de Daphnis et Chloé, et cet exemple en déterminera le sens:

«Il y avoit, dit-il, en ce quartier-là une caverne que l'on appelait la Caverne des Nymphes, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de laquelle sourdoit une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit arrouzé le beau pré verdoyant».

M. Mercier a cru mal-à-propos que ce mot faisait sourdir à l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes, durement séparées par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que le mot sourdre doit son harmonie pittoresque.

* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un peu frémissant, qui est produit par un corps très-réfractaire, attaqué avec la lime ou avec la scie.

Ce mot expressif et vrai, heureusement formé du stridere des Latins, n'a point encore été admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne pourrait qu'enrichir.

STRIE. C'est une espèce de sillon profond, gravé difficilement dans un corps dur, ce qui est marqué par sa construction rude et stridente. Cette expression est propre à l'Histoire naturelle descriptive.

SUCER. Onomatopée préférable au sugere des Latins dont elle a été formée, avec un changement pris dans le son radical.

C'est le saugen des Allemands, le sycan, le sugan, le succan, le sucian des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le zuigen des Flamands, le suck des Anglais, le suga des Suédois, le succhiare des Italiens.

Skinner rapporte toutes ces étymologies au vieux Sarmate cic, qui signifiait mammelle, et dont le type naturel est le même.

Suc, c'est la substance qu'on extrait des corps par la succion.

Sucre, est le nom d'une production végétale qu'on tire des fruits par le même procédé. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie, appellent le sucre zucchero, et les Arabes sucar.

* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois substantifs et ce verbe qui sont peut-être des latinismes assez heureux, pour exprimer le frémissement des feuillages et le murmure des roseaux émus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces idées que des mots trop généraux et des images trop vagues.

Un de nos Lexicographes dit susurre, qui est construit sur le mot murmure avec lequel il a tant de rapports. Susurration est plus conforme au type latin, et susurrement à l'esprit de notre Langue; mais il n'est donné qu'à nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions agréables, et d'en fixer l'emploi.

T

TACT. Le mot factice tac fut inventé pour exprimer le bruit des corps durs et secs qui frappent les uns sur les autres.

Tic tac, eut une signification analogue, et marqua un battement, un mouvement réitéré, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du cœur. Regnier l'emploie pour représenter les coups que se donnent dans leur lutte grossière les personnages de son souper ridicule:

Ainsi ces gens à se piquer ardens
S'en vinrent du parler à tic tac, torche lorgne;
Qui casse le museau, qui son rival éborgne;
Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.

Tic, maladie de cheval, est une Onomatopée, selon Ménage, parce que le cheval qui a le tic, reproduit ce bruit en frappant de sa tête contre sa mangeoire; et je crois que tic, dans le sens de caprice ou de manie, en est une acception figurée.

Tiqueté, s'est dit d'un corps taché de petits points, imprimés comme au hasard, et semblables aux meurtrissures qui résulteraient de petits coups dont ce mot rappelle le bruit.

Taquer ou Toquer, qui sont des mots populaires, ont été formés d'après cette racine, et le mot tact en est pris avec une grande extension, pour désigner tout ce qui a rapport à l'action du toucher.

Tâter, Tâtonner, à Tâtons, et autres termes de la même famille, n'ont pas une autre origine, et ont été construits, soit dans notre Langue, soit dans celles qui en offrent les équivalens, d'après le son naturel.

TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'étymologie de ce mot, qui est prise dans le bruit de l'étoffe qu'il désigne. Dixose assi, dit Covarruvias, del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando el tiftaf, par la figura onomatopeia. On a même écrit autrefois taffetaf, comme dans ce passage de la grande nef des Fous du monde: Les bourses comme pannetières, les ceintures de taffetaf, etc.

En italien, c'est taffeta, en espagnol taffatan, en grec moderne, taphata. Ménage prétend que taffata se retrouve dans la basse latinité, et Ducange y a vu taffetas et taffetin.

TAMBOUR. Chez les Latins tympanum, et dans la basse latinité tabur, taburcium et tamburlum; en arabe tabal et tambor, en italien et en espagnol tamburro; en allemand trommel, et l'homme qui bat la caisse tambour; en vieux français tabur, thabur, tabor et tabour, d'où taborer et tabourner. Rabelais et Regnier disent tabouriner, et le peuple tambouriner.

Ces mots sont faits du bruit éclatant de la caisse, et en général des bruits très-retentissans.

De la même racine, on avait tiré dans le vieux langage les mots tabut et tambusteis qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant comme celui de la caisse.

Tarabuster, en est une dérivation figurée.

TAMPON. On appelle tampon ce qui sert à boucher un vaisseau, parce qu'en enfonçant le tampon, on excite un bruit dont ce nom paraît formé.

Les Latins ont dit tappus dans la même signification, les Italiens zaffo, les Anglais et les Allemands tap.

Tape, Taper, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du même son naturel.

Se Tapir dans une place étroite, y demeurer en tapinois, c'est s'y tenir caché, serré, et en quelque sorte adhérent comme un tampon.

Tapon, est un mot très-bas qui se dit d'un paquet pressé, contenu, ou tapi dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empêcher l'eau d'y pénétrer.

Taupin, est le nom français d'un insecte dont le thorax est armé d'un ressort au moyen duquel il saute sur lui-même avec bruit.

Étoupe, fait du latin stuppa ou du celtique stoup, qui est le topp de Davies, pourrait se rapporter à cette Onomatopée, parce que les tampons sont ordinairement d'étoupes.

TAN. Ce mot désigne une poudre menue d'écorce de chêne, battue dans de gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit qu'il exprime.

TAON. Le vol bruyant du taon était assez bien représenté par ce nom que la nouvelle prononciation a dénaturée. L'Onomatopée s'est conservée dans le langage du peuple qui dit tavon ou tavan. Je ne doute pas que la même aphérèse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot paon, formé du pavo des Latins, qui l'était du cri naturel de cet oiseau.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois tahon, qui se lit dans ces vers de Christian de Troyes:

Toujours doit li fumier puir,
Et tahons poindre, et maloz bruire,
Envious, envier et nuire.

Ménage fait hanneton de tabanus, qui est le nom latin du taon, par un procédé bien bizarre. De tabanus, tavanus, tavanettus, vanettus, vanetto, vanetonne, nanettone, hanneton. Je crois qu'on peut établir, sans insulter à la mémoire de ce savant laborieux, qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces étymologies arbitraires dont la filiation ne repose que sur des intermédiaires factices. Si hanneton n'est pas fait d'alis tonans, c'est peut-être une Onomatopée.

TARABAT. Instrument bruyant qui servait à appeler les Religieux aux Offices nocturnes.

Les Grecs ont dit thorubein, pour, faire du bruit, et thorubos, pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais été aperçue.

TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a été fait d'après son chant; mais la variété de ses modulations a dû déterminer un grand nombre d'Onomatopées. En effet, les Grecs l'ont nommé thraupis, les Allemands zinsle, zeizel, zyséle, zyschen, zeisich, les Polonais csiseck, les Illyriens csisz, et les Anglais siskin. Nous l'appelons vulgairement scenicle, cinit, cerizin.

Tous ces mots, quoiqu'étrangers les uns aux autres, ont une racine naturelle.

TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action produit un bruit dont le mot qui la désigne est emprunté.

Tette, qui n'est plus d'usage, mais dont les équivalens ont la même racine, et qui signifie l'endroit par où les animaux nourrissent leurs petits, s'est dit en grec titthos et titthion; en latin tetta; en allemand titte; en anglo-saxon tit, titt ou tytt; en Langue franque tuito; en anglais teat, et en espagnol teta. On m'assure que le syrien et le chaldéen thad expriment la même idée; et dans la partie de ma préface où j'ai démontré que les premiers rapports de l'enfant et de la mère, c'est-à-dire, l'action de teter, ont eu dans le langage une racine commune avec les premiers rapports de parenté, j'ai fait sur la forme hiéroglyphique, et sur le son imitatif du thêta des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande à l'attention du Lecteur.

TIMBALES. Tabala était, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et suivant Hésichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est tablon en arabe, tympanon en grec, et tympanum en latin.

Il paraît que cet instrument s'est d'abord appelé timbre, et qu'il en est question sous ce nom dans Perceval et dans ces vers du roman de la Rose:

Cil fleues court si joliement,
Et maine si grand dissonent,
Qu'il résonne, tabourne et timbre
Plus souef que tabour ne timbre.

Timbre, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un métal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tiré de la même racine.

Timpan, est le nom qu'on a donné à cette partie de l'oreille qui reçoit les impressions de l'air agité, et qui cause le sentiment de l'ouïe, parce qu'elle est comme une espèce de tambour sur lequel les bruits extérieurs viennent agir.

Timpanon, sorte d'instrument de Musique, monté avec des cordes de laiton qui vibrent sous de petites baguettes, présente le type grec sans aucun changement.

On appliquera facilement aux autres expressions de la même famille les observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles représentent aient été dénommés d'après le bruit qu'ils rendent, soit que leurs qualifications aient été déterminées par de simples analogies, comme cela a lieu dans le verbe timpaniser, qui se dit pour, blâmer hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque manière, divulguées au son du tambour.

TINTEMENT, TINTER. Onomatopées du son de la cloche, qui avaient d'heureux équivalens dans le tinnitus et le tintinnire des Latins. Ils avaient aussi appelé tintinnabulum la petite clochette qui rend un bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de goût, ce me semble: auris tintinnat tintinnabulum.

Tintement, ou Tintouin, se disent indistinctement d'un battement importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au tintement de la cloche. Nicod en explique assez bien l'extension métaphorique. «Tintouin, dit-il, est un nom imité du chifflement qui se fait aux ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de tinter; et parce que tel tintouin empêche le repos de la personne, on l'usurpe aussi par métaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit et fatigation de l'entendement».

Tintamarre, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand ils frappent sur leur marre, qui est un instrument de labour, pour avertir ceux qui sont éloignés, de quitter leur besogne, et que midi est sonné. Quoi qu'il en soit de cette désinence parasite, il ne peut y avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le caractère de sa racine, qui est bien évidemment prise dans le son naturel.

TOCSIN. Ce mot vient de toquer, frapper, et de sing, qui signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans le Pontifical.

En quelques lieux, on appelle encore petit sing les petites cloches. Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les sings sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.

Tocsin, est donc composé d'un son naturel et d'un son abstrait, à supposer que sing lui-même ne soit pas une Onomatopée ancienne. Rabelais a écrit toquesing au chapitre 66 du livre IV de Pantagruel.

TONNER, TONNERRE. Ce météore terrible a fourni des Onomatopées à tous les peuples. C'est une des premières catastrophes naturelles qui aient dû frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas étonnant qu'il ait cherché à le représenter par un concours de sons éclatans. Dans notre Langue même où cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du tonnerre est formé d'une syllabe très-sonore, alongée d'une terminaison roulante.

Les Celtes ont dit tonitru, les Latins tonitruum, et leur prononciation donnait à ce mot une harmonie sourde et retentissante comme les grondemens de la foudre dans les échos; les Italiens tuono, les Espagnols tronido, les Anglais thunder, et les Allemands donner.

Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des différens noms par lesquels ils l'ont caractérisé, soit le plus grave de tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots son et ton, le signe général de tous les bruits, de toutes leurs modifications et de tous leurs effets.

TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau très-impétueux, effet que l'auteur d'un roman moderne a cherché à rendre dans ce passage, qui ne me paraît pas tout-à-fait dépourvu d'harmonie.

«Après des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes avec le bruit de la foudre, s'élance furieux dans la plaine, la remplit d'épouvante et de désastres, brise, envahit, dévore tout ce qui contrarie son passage; et, chargé d'arbres déracinés, de rocs et de décombres, il roule et se précipite en grondant dans la Salza».

Torrent se dit strumor en Langue gallique, et se trouve ainsi exprimé dans des fragmens d'anciennes poésies, attribuées à Ossian.

* TOURDE. En vieux français tourd. C'est un nom qu'on donne à la grive dans quelques provinces, et que les Étymologistes disent fait par Onomatopée.

Le mot twrdd a désigné en celtique, suivant M. Court de Gébelin, le chant bruyant de certains oiseaux, et, en général, les bruits tumultueux et fatigans.

Étourdir, rompre la tête à quelqu'un à force de criailleries, est construit sur cette racine.

TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hébreu thor; dans presque toutes les Langues orientales tur; en latin turtur, prononcé tourtour; en italien tortora, tortorello, tortorella; en espagnol tortola; en anglais turtledove; en allemand turteltaube; en celtique turzunel; en vieux français tourte et tourtre.

Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des Onomatopées très-heureuses du roucoulement des tourterelles.

TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en toussant.

Le husten des Allemands, et le cough des Anglais, pour être d'une construction différente, n'en sont pas moins des Onomatopées incontestables.

TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils diffèrent de cette dernière espèce d'expression et quant au sens et quant à la racine, en ce que l'idée de fracas emporte celle de rupture et de brisement, qui n'est point inhérente à celle-ci.

Nicod prétend fort mal-à-propos, selon moi, que tracas vient de trac ou trace, comme qui dirait aller çà et là, errer par les voies.

Quoique ce terme et ses dérivés ne soient guère d'usage que dans des acceptions figurées, ils sont sensiblement tirés d'un son naturel, et on appelle encore très-bassement dans la Langue du peuple, du nom de tracas, une chaussure lourde et grossière, qui cause un bruit désagréable quand on marche.

On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la dénomination triviale dont je parle a le même rapport avec le mot tracasser que savate son synonyme avec le mot sabat, qui se prend dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. Sabata se dit en celtique, pour, faire du bruit ou crier à pleine voix. Sabot dériverait de la même racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par extension, le nom de l'ongle de certains animaux.

TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille, caractérise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est marqué par le bruit naturel dont ils dérivent.

Les dents serrées convulsivement dans le frémissement du froid, de la fièvre et de la peur, laissent échapper un son dur et roulant dont on a fait transir, engourdir, pénétrer de froid,

Terreur, sentiment de crainte causé par la présence d'un objet épouvantable,

Tremblement, frissonnement véhément et universel,

Trembler, frissonner avec force par tout le corps,

Trembloter, qui en est le diminutif,

Tremble, arbre ainsi nommé, parce que ses feuilles tremblent et s'agitent au moindre vent,

Trémoussement, se trémousser,

Tressaillement, Tressaillir, qui expriment de petites émotions, de faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.

TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son acception figurée, c'est-à-dire, pour signifier l'intelligence d'un état, d'un métier, le secret d'un négoce, le cours des affaires de commerce et d'industrie.

Quelques-uns prétendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor des chasseurs, sens auquel il est employé dans la vénerie de Dufouilloux, de sorte que ce serait une métaphore tirée de la conduite de la chasse.

D'autres avancent que cette façon de parler vient du bruit des violons qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par trantran; et alors ce serait une métaphore tirée de l'accord et de l'harmonie de la musique.

TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trémie, pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.

TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les dés dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime admirablement dans ces vers:

J'entends ce jeu bruyant où le cornet en main,
L'adroit joueur calcule un hasard incertain.
Chacun sur le damier fixe6 d'un œil avide
Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.
Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;
Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l'espoir,
Battu, chassé, repris, de sa prison sonore
Le déz avec fracas part, rentre, part encore.
Il court, roule, s'abat.

Dumarsais croit que ce jeu s'est appelé autrefois tictac, et il est encore désigné de cette manière par les Allemands et les Anglais.

* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit dont le mot trinquer est formé par Onomatopée.

Les Allemands s'en sont emparés, en lui donnant quelque extension, pour représenter l'action de boire elle-même. Ils disent trincken, les Flamands drincken, et les Italiens trincare.

TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinité trumpa; en italien tromba et trombetta; en anglais trumpet; en allemand trompete.

Il était inutile de chercher l'étymologie du mot trompette dans ces différentes Langues, comme l'a fait Ménage, ou il fallait remonter du moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.

«Trompe, dit le père Labbe, tromper, trompette, trompetter, viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse trom, trom, trom, et non pas de tuba, ni du taratantara du bon Ennius qu'il avait formé sur le son clair et gaillard des clairons et de la doucine».

Trombonne, est le nom italien actuellement francisé d'un instrument que nous avons d'abord nommé trombon.

TROT, TROTTER. Le mot trot représente à l'oreille comme à la pensée l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec raison que Pasquier le dérive, par Onomatopée, du bruit que font les animaux en trottant.

De la même racine vinrent le celtique troad qui signifie pied, et le celtique trotta qui signifie trotter.

Je ne sais où M. Court de Gébelin a lu trul, qui se disait pour, aller ou courir çà et là, et dont viendrait le mot populaire trauler.

TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nommé turlut en raison de son chant dont ce mot est l'expression.

Tirelire, est une autre Onomatopée construite pour représenter le même bruit naturel, comme turelure et turelurelu pour imiter le son de la flûte. «Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une poésie telle que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels, seraient insupportables dans un poème sérieux. Virgile n'a eu garde d'employer le taratantara d'Ennius. Un Merlin Coccaïe, un Arena, un Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a semblé, toutes sortes de voix dans leurs macaronées, mais on ne saurait pardonner à Dubartas sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du cinquième livre de sa Semaine»:

La gentille alouette avec son tire lire
Tire l'ire à l'iré, et tirelirant tire
Vers la voûte du Ciel, puis son vol vers ce lieu
Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.

Il faut dire à l'honneur du siècle de Dubartas que ces vers parurent déjà très-misérables de son temps, car je les lis ainsi corrigés, mais non pas beaucoup meilleurs dans l'édition que je consulte.

La gentille alouette avec son tire lire
Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire
Vers le pole brillant, plus d'un plumage las
Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.

C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction latine, intitulée Beresithias:

Dulcis alauda suo tire liro consonna tollit
Iratis iras, sævamque extrudit Erymnin
Flammicomum tractuque polum levis involat uno
Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt
Corpora demittit terræ.

Baptiste Mantouan a cherché à exprimer la même chose dans ce passage de ses poésies, et y a sans doute mieux réussi que ses rivaux, sans recourir au même procédé:

Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda
Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet.

Ronsard a fait usage aussi du mot tire lire dans une piece de ses Gaîtés, intitulée l'Alouette, et c'est peut-être la seule tache qu'il y ait dans ce morceau charmant:

Hé Ciel que je porte d'envie
Aux plaisirs de ta douce vie.
Alouette qui de l'amour
Dégoises dès le point du jour,
Secouant en l'air la rosée
Dont ta plume est toute arrousée!
Devant que Phébus soit levé
Tu enlèves ton corps lavé
Pour l'essuyer près de la nue.
Trémoussant d'une aile menue,
Et te sourdant à petits bonds,
Tu dis en l'air de si doux sons
Composés de ta tirelire,
Qu'il n'est amant qui ne desire,
T'oyant chanter au renouveau
Comme toi devenir oiseau.
Quand ton chant t'a bien amusée,
De l'air tu tombes en fusée
Qu'une jeune pucelle au soir
De sa quenouille laisse cheoir,
Quand au fouyer elle sommeille
Frappant son sein de son oreille:
Ou bien quand en filant le jour
Void celuy qui luy fait l'amour
Venir près d'elle à l'impourveüe,
De honte elle abaisse la veue,
Et son tors fuseau délié
Loin de sa main roule à son pié.

Cet épisode de la fileuse est d'un goût absolument antique, et un des plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait que de pareils vers, la postérité lui aurait peut-être confirmé jusqu'à un certain point ces titres pompeux de Prince des Poètes, et d'Apollon de la source des Muses, qu'on lui a donnés de son temps.

V

* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif vagissement sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable, écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot vagissement, dérivé du latin vagitus, aurait très-bien exprimé le cri des enfans au berceau.

»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que mugissement. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien longue périphrase».

Le verbe vagir, qui est fait du substantif, comme de mugissement et rugissement sont faits mugir et rugir, et dont la construction est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de vagir une seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».

Vagues, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce que le bruit qui s'en élève ressemble à un long vagissement. En allemand wage, woge; en gothique wego; en anglo-saxon waeg; en islandais vag.

VIOLON. Je crois devoir rapporter à propos de ce mot les raisons ingénieuses qu'emploie M. Court de Gébelin pour en faire remonter l'origine au son naturel. «Le mot violon, dit-il, désigne un instrument à cordes qu'on fait résonner avec un archet. Mais quelle est l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les Étymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol biolone, ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vînt par l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile à prouver.

»Ce nom tient à ceux de quelques autres instrumens appelés viole, basse de viole, violoncelle, etc.

»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée, n'est-ce pas celui d'un instrument de musique? Ils ont un son à eux, un son déterminé et constant, un son propre à les distinguer de tout autre. Ce son dut devenir leur nom dès l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre à jamais cette origine de vue, dès qu'on eut perdu de vue les origines de la Langue qu'on parlait, et les révolutions de la nation dont on faisait partie.

»Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on peint le coup qui les fait retentir.

»Dans les instrumens à cordes, on avait à peindre des sons d'une toute autre espèce, des sons aigus et sifflans, grêles en quelque sorte; on eut donc recours, pour les peindre, à la voyelle i, dont le son grêle, aigu et sifflant se met si bien à l'unisson de ces instrumens, et qui, associée au son o, sert également à peindre cette joie et cette gaîté qu'accompagne et qu'inspire dans les fêtes le son des instrumens. On dit donc viole, violon par le même sentiment qu'on disait ioh! ioh! et qu'on fit en iol et en jol les mots celtes, theutons, basques, etc. qui peignent la joie et le plaisir.

»C'est de ce mot que les Latins firent également celui de fides, qui désigna les instrumens à cordes, et qui forma le diminutif fidicula, petit instrument à cordes; tandis qu'en le prononçant en v, ils en firent vitula, 1o. la déesse de la joie; 2o. en latin barbare, cet instrument dont nous avons altéré le nom en celui de vielle.

»Ils en firent encore

»Vitulari, se réjouir, folâtrer,

»Vitellianæ, tablettes sur lesquelles on écrivait des choses gaies».

VÎTE, VÎTESSE. Le mot vîte est peut-être l'imitation du souffle, accéléré par la promptitude de la marche.

Les Latins n'en auraient-ils pas fait festinare, se hâter? En anglo-saxon, hwato signifie alerte, prompt, et hwetan, exciter, animer.

Z

ZESTE. C'est une zône très-mince qu'on enlève de la peau d'une orange, en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le petit bruit qui en résulte a motivé cette dénomination qu'on a étendue depuis à d'autres acceptions, tant propres que figurées.

ZIGZAG. Ce sont, suivant Ménage, des tringlettes croisées en losange les unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux élevés.

Poisson a composé une petite comédie intitulée le Zigzag, où Octave donne une lettre à Isabelle, qui était à la fenêtre d'un logis.

Mon zigzag fera son office;
Ce mot de lettre mis au bout
Instruit Isabelle de tout.

Ménage reconnaît que ce mot a été fait par Onomatopée.