Mais, malgré les présages de Sarasin, le duc d'Enghien n'eut rien à dire même à son confesseur.
[275] Mme de Motteville, t. Ier, p. 295: «Le duc d'Enghien avoit une si forte passion pour Mlle Du Vigean, que j'ai ouï dire à Mme Du Vigean, sa mère, qu'il lui avoit souvent dit vouloir rompre son mariage, comme ayant épousé la duchesse d'Enghien, sa femme, par force, afin d'épouser sa fille, et qu'il avoit même travaillé à ce dessein. J'ai ouï dire à Mme de Montausier, qui a su toutes ces intrigues, que ce prince avoit fait semblant d'aimer Mlle de Bouteville, par l'ordre exprès de Mlle Du Vigean, afin de cacher en public l'amitié qu'il avait pour elle, mais que la beauté de Mlle de Bouteville ayant donné frayeur à Mlle Du Vigean, elle lui avoit défendu peu après de la voir et de lui parler, et qu'il lui avoit obéi si ponctuellement que tout à coup il rompit tout commerce avec elle, et que, pour montrer qu'il n'avait nul attachement à sa personne, il l'avoit fait épouser à d'Andelot.»
[276] Ibid., p. 294.
[277] Mémoires de Mademoiselle, t. Ier, p. 85.
[278] Nous tirons quelques-uns de ces détails d'une correspondance conservée aux Archives des affaires étrangères, celle d'un homme tout à fait inconnu nommé Gaudin, qui écrivait à Servien, alors à Münster, tout ce qui se passait d'important à la cour et à Paris, pour le tenir au courant des affaires. Cette correspondance commence en octobre 1643, et dure pendant plusieurs années: elle est d'un homme très bien informé et qui ne manque pas d'esprit. Collection de France, t. CV, année 1643; lettre de Gaudin à Servien, du 21 novembre: «Son Altesse d'Anguyen n'a pas vu Mme sa femme depuis son retour, si ce n'est depuis trois jours que M. le Prince lui en a fait réprimande.»—Lettre du 28 novembre: «M. le Prince et le duc d'Anguyen ne s'accordent pas. M. le Prince a fait de nouveau une belle réprimande au duc d'Anguyen en la présence de Mme sa femme, sur le sujet du mariage, les ayant harangués fort longtemps, les exhortant à s'aimer l'un l'autre; disant au dit duc, puisque Dieu l'avoit ainsi voulu et leur avoit donné un fils, qu'il ne falloit pas abuser de la religion et des sacrements peur d'attirer sa malédiction; qu'il avoit des gens auprès de lui qui ne servoient qu'à lui suggérer de mauvais conseils, et que ses ennemis ne se pourroient pas servir d'un meilleur moyen pour le mettre mal auprès de la Reyne que celui-là.»—Du 4 décembre: «On croit que c'est la Reyne qui empêche la dissolution du mariage.»—Du 12 décembre: «Mme la Princesse a tenu à la Reyne quelques discours touchant la dissolution du mariage dudit duc, mais la Reyne n'en veut pas ouïr parler. M. le Prince veut que le duc d'Anguyen et la duchesse aient part à la succession, et prétend faire casser la renonciation par eux faite, en se fondant sur la minorité, l'iniquité, la nécessité et les protestations contre; mais j'estime que cette affaire sera accommodée, et qu'on baptisera bientôt l'enfant dont M. le cardinal Mazarin sera le parrain et Mme la Princesse marraine... L'on baptise cette après-dînée l'enfant de M. le duc d'Anguyen, et dès le lendemain M. le Prince fait donner assignation à Mme d'Esguillon pour avoir part à la succession.»
[279] T. Ier, p. 303.
[280] Mademoiselle, ibid.
[281] Le marquis d'Huxelles mourut en 1658 de ses blessures, et un peu de dépit de n'être pas nommé maréchal. Son fils le fut en 1703. Mme d'Huxelles était aimable et spirituelle, elle mourut très vieille en 1712.
[282] Lenet, Ire partie, p. 207.
[283] Mademoiselle, ibid.
[284] Appendice, notes sur le chap. II.
[285] Comme alors tout était matière de chansons, on fit sur ce grave et touchant événement les deux couplets suivants, que nous trouvons parmi les Chansons notées de l'Arsenal:
Sur l'air: Laire lan lère.
[286] Lenet, Ire partie, p. 207. Le souvenir que Condé conserva à Mlle Du Vigean était tel que Mademoiselle assure, t. I, p. 88, que si Condé favorisa Chabot dans ses desseins sur Mlle de Rohan, c'est que Chabot avait été son confident auprès de Mlle Du Vigean. «Ainsi, dit-elle, après avoir été servi dans l'occasion qui lui étoit la plus sensible de sa vie, il ne faut pas s'étonner qu'il prît, avec la chaleur qu'il témoigna, le soin de faire réussir le mariage où Chabot aspiroit.»
[287] Ordinairement on prenait en religion son nom de baptême, comme Louise de La Vallière s'est appelée Louise de la Miséricorde, et Anne Marie d'Épernon, Anne Marie de Jésus, etc.
[288] Appendice, notes sur le chap. II.
[289] Villefore, p. 29 et 30.
[290] Villefore, p. 29 et 30.
[291] La Châtre, l'intime ami et le confident de Beaufort, dit bien qu'il aima Mme de Longueville (Mémoires, collect. Petit., t. LI, p. 230), mais sans marquer le temps de cette passion, ce qui peut laisser croire que ce fut après la mort de Richelieu, quand Mlle de Bourbon était déjà mariée et dans les premiers mois de 1643. Mais Mazarin fait entendre que ce fut plus tôt et avant le mariage, puisqu'il représente Beaufort, en 1643, irrité que Mlle de Bourbon eût épousé un autre que lui. Carnets inédits de Mazarin, carnet IIIe, p. 19. Il ne faut pas croire, en effet, que le duc de Beaufort eût suivi son père dans sa fuite en Angleterre, il n'avait pas quitté la France; il servait avec distinction en 1642, et pouvait fort bien songer à Mlle de Bourbon.
[292] Villefore, p. 31.
[293] T. Ier, p. 45.
[294] On a un beau portrait de M. de Longueville, peint par Champagne et gravé par Nanteuil en tête de la Pucelle de Chapelain, in-fol., 1656.
[295] Ce sont les paroles mêmes de La Rochefoucauld que nous avons déjà citées plus haut, p. 43. Retz dit la même chose, t. Ier, p. 123: «C'étoit l'homme du monde qui aimoit le plus le commencement de toutes les affaires.»
[296] L'hôtel des ducs de Longueville n'est pas du tout celui qu'après la mort de son mari Mme de Longueville acheta du duc d'Épernon, rue Saint-Thomas-du-Louvre, à côté de l'hôtel de Rambouillet, où elle a résidé avec ses enfants, et qui a porté son nom depuis 1664 jusqu'à la fin du XVIIe siècle. La demeure des Longueville était l'ancien hôtel d'Alençon (voyez Sauval, t. I, p. 65 et 70, surtout p. 119). Il était situé rue des Poulies, parmi les riches hôtels qui bordaient le côté droit de cette rue depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à la Seine, et qui, avec leurs dépendances et leurs jardins, s'étendaient jusqu'au Louvre. Il était à peu près vis-à-vis la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. Il avait à sa droite, vers la Seine, le Petit-Bourbon, qui, après avoir servi de demeure et de place forte dans Paris aux aînés de la maison de Bourbon, était devenu un bâtiment royal, une sorte d'appendice du Louvre, où le jeune roi Louis XIV donna plusieurs fois de grands bals, et dont la salle de théâtre fut prêtée à Molière pour y jouer quelque temps la comédie à son arrivée à Paris. A gauche, sur la même ligne, après l'hôtel de Longueville, venaient l'hôtel d'Aumont, et un peu plus rapprochés de l'église et de la maison de l'Oratoire, les hôtels de la Force et de Créqui. Quand donc, en 1663, Louis XIV, entré en pleine possession de l'autorité royale et voulant signaler son règne par de grands monuments, entreprit d'achever le Louvre et de lui donner une façade digne du reste de l'édifice, il lui fallut abattre, avec le Petit-Bourbon, une partie des hôtels de la rue des Poulies, entre autres celui de Longueville. C'était le plus ancien et le plus considérable. Il se composait d'un grand bâtiment d'entrée, d'une vaste cour, de l'hôtel proprement dit et d'immenses jardins. Ceux du nos lecteurs qui désireraient s'assurer de l'exactitude de ces détails n'ont qu'à jeter les yeux sur l'excellent plan de Gomboust, qui représente admirablement le Paris du XVIIe siècle en 1652.
[297] Archives des affaires étrangères, France, t. C, p. 55: «Projet de brevet pour conserver le rang de princesse du sang à Anne de Bourbon, duchesse de Longueville.»
[298] Voyez toute cette petite affaire et l'agréable correspondance à laquelle elle donna lieu, dans Madame de Sablé, chap. Ier.
[299] Mademoiselle a beau dire, t. Ier, p. 47, que Mme de Longueville resta marquée de la petite vérole, Retz, nous l'avons vu, affirme le contraire, t. Ier p. 185: «La petite vérole lui avoit ôté la première fleur de la beauté, mais elle lui en avoit laissé tout l'éclat.» Lettres de Mgr. Godeau sur divers sujets. Paris 1713, lettre 76, p. 243: «De Grasse, ce 13 décembre 1642..... Pour votre visage, un autre se réjouira avec plus de bienséance de ce qu'il ne sera point gâté. Mlle Paulet me le mande. J'ai si bonne opinion de votre sagesse, que je crois que vous eussiez été aisément consolée si votre mal y eût laissé des marques. Elles sont souvent des cicatrices qu'y grave la divine miséricorde pour faire lire aux personnes qui ont trop aimé leur teint que c'est une fleur sujette à se flétrir devant que d'être épanouie, etc.»
[300] Sur Conrart, à l'hôtel de Rambouillet, voyez La Société française, t. II, chap. XI, p. 97.
[301] On nous permettra de donner au moins quelques courts échantillons de ces poésies. Manuscrits de Conrart, in-4o, t. XVII, p. 721, un poëte, dont nous ignorons le nom, s'exhorte lui-même à composer un bel épithalame pour le mariage de M. de Longueville et de Mlle de Bourbon:
A propos d'épithalame, on a celui qu'un poëte très médiocre, nommé Arbinet, composa et imprima en 1642: Le Génie de la maison de Longueville, sur le mariage de Mgr. le duc de Longueville et de Mlle de Bourbon, in-4o, Paris, 1642. Au t. XXIV des manuscrits de Conrart, p. 647, sont des vers attribués à Desmarets, mais qui ne se peuvent trouver dans son recueil, puisque ce recueil est de 1641 et antérieur au mariage. Desmarets y compare M. de Longueville à son ancêtre Dunois, qui passait pour avoir fait la cour à la Pucelle d'Orléans:
Autre pièce, ibid., t. XVII, p. 823:
POUR LE ROI DES SARMATES A Mlle DE BOURBON.
[301] Manuscrits de Conrart, in-4o, t. X, p. 945. Un poëte inconnu écrit au nom de Mme de Longueville et de ses amies de l'hôtel de Rambouillet, au duc d'Enghien, qui était alors à l'armée, pour lui raconter leurs occupations, leurs brillantes toilettes et leurs succès au bal:
[303] Ibid., t. XIII, p. 340. Autre épître au duc d'Enghien:
Ce dernier vers, qui s'applique évidemment à Mlles Du Vigean, est une preuve de plus que la jeune Du Vigean s'appelait Marthe. Dans une autre pièce de vers adressée à Mlle Du Vigean et qui pourrait bien être de Condé, manuscrits de Conrart, t. X, p. 1033, la jeune Du Vigean est encore appelée Marthe:
[304] Manuscrits de Conrart, in-4o, t. X, p. 968:
Ces vers inédits pourraient bien être de Sarasin, car on trouve dans ses Nouvelles Œuvres des vers adressés à Mme de Longueville pour la remercier d'une lettre que, pendant une absence, elle avait écrite à ses amies de l'hôtel de Rambouillet, et qui pourrait bien être la lettre ici réclamée. Il serait assez naturel que l'auteur du remerciement fût aussi celui de la plainte et de la réclamation. Nouvelles Œuvres, t. II, p. 249: «Princesse en tous lieux adorable, etc.»
[305] Édit. Michaud, partie inédite, p. 450.
[306] Collect. Petitot, t. LI, p. 370 et 386.
[308] Bibliothèque nationale, Supplément français, no 925.
[309] Sa valeur, pour ce qu'il valait, son mérite. Il ne peut pas être ici question de courage, un Coligny, un ami de Condé n'ayant jamais pu être soupçonné d'en manquer.
[310] Le Polexandre de Gomberville, ou du moins la dernière partie, dédiée à Richelieu, parut en 1637. Ce roman eut un grand succès et en peu de temps plusieurs éditions; la meilleure et la plus complète est celle de 1645, en cinq parties formant huit volumes.
[311] Voyez plus bas sur Rocroy et sur les autres batailles de Condé le chap. IV, et aussi La Société Française, t. Ier.
[312] Disons aussi qu'en 1643 Lesueur commençait l'Histoire de saint Bruno, et Poussin la seconde suite des Sept Sacrements.
[313] Voiture, lettre au duc d'Anguyen sur la bataille de Rocroy, t. Ier, p. 296; La Mesnardière, pour Mme de Saint-Loup après la bataille de Rocroy, etc.
[314] Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de citer un fragment d'une lettre inédite de Mazarin, des premiers jours de son ministère, adressée au maréchal duc de Brézé, gouverneur d'Anjou, beau-frère de Richelieu, père du vaillant amiral de Brézé et de la jeune duchesse d'Enghien. Bibliothèque Mazarine, manuscrits, 1719, no 1, fol. 48.
«28 Mai 1643.
«Monsieur, bien que je ne puisse recevoir de douleur plus sensible que d'ouïr déchirer la réputation de M. le Cardinal, si est-ce que je considere qu'il faut laisser prendre cours, sans s'en émouvoir, à cette intemperance d'esprit dont plusieurs François sont travaillés. Le temps fera raison à ce grand homme de toutes ces injures, et ceux qui le blâment aujourd'hui connoîtront peut-être à l'avenir combien sa conduite eust été necessaire pour achever la felicité de cet État dont il a jeté tous les fondemens. Laissons donc evaporer en liberté la malice des esprits ignorans ou passionés, puisque l'opposition ne serviroit qu'à l'irriter davantage, et consolons nous par les sentiments qu'ont de sa vertu les étrangers qui en jugent sans passion et avec lumière... Quant à moi vous devez faire un état certain que je ne perdrai jamais occasion de vous servir, et que ce que je dois à la memoire de M. le Cardinal m'étant plus cher que la vie, et l'estime que je fais de votre merite ne pouvant être plus grande, ces deux considerations m'obligeront toujours à desirer avec passion de vous pouvoir faire paroître que personne n'est plus veritablement que moi, etc.»
[315] Les parties des Carnets inédits de Mazarin qui sont écrites en espagnol semblent bien destinées à la Reine; ce sont du moins presque toujours les endroits les plus intimes et les plus confidentiels.
[316] Mazarin était né en 1602, comme la reine Anne. Ils avaient donc l'un et l'autre quarante et un ans en 1643. Nous avons un portrait de Mazarin, gravé par Michel Lasne, de cette même année. Le cardinal est représenté dans une bordure, tenant un livre, et entre deux Termes: grands traits, vaste front, bouche pleine de finesse et de résolution. Pour la reine Anne, voyez ses mille portraits peints et gravés, et, pour ne pas sortir de l'année 1643, la belle gravure qui la représente entre ses deux enfants, déjà en veuve, et la bataille de Rocroy dans le lointain. Voyez enfin le Portrait de la reine Anne d'Autriche, par Mme de Motteville, dans ses Mémoires, et dans les Divers Portraits de Mademoiselle.
[317] Voyez sur ce point délicat Madame de Hautefort, chap. IV, p. 87.
[318] T. II, p. 108.
[319] T. Ier, p. 231.
[320] Ces faits et ces dates sont dignes de confiance: nous possédons la protestation même d'Anne de Gonzagues avec plusieurs pièces à l'appui. Si vous voulez voir une beauté accomplie, à la fois italienne et française, et unissant la force et la grâce, allez voir à Versailles, au premier étage, salon d'Apollon, le portrait d'Anne de Gonzagues, princesse Palatine.
[321] Voyez les deux ouvrages que nous leur avons consacrés.
[322] Voyez plus haut, chap. II, la note 211 de la p. 152.
[323] Tallemant, t. III, p. 407.
[324] T. Ier, p. 46.
[325] T. Ier, p. 221. Il en cite, ainsi que Tallemant et même Mme de Motteville, des choses incroyables.
[326] T. V, p. 246.
[327] T. Ier, p. 410.
[328] Plus haut, Introduction, p. 4, etc.
[329] T. III, p. 410.
[330] Sur la beauté de Mme de Montbazon, nous avons uni ce que disent Tallemant, t. III, p. 411, et Mme de Motteville, t. Ier, p. 146. Le lecteur peut juger de la vérité de notre description en allant voir à Versailles, dans la curieuse galerie de l'attique du nord, sous le no 2030, un petit tableau où Mme de Montbazon est représentée en buste, vers l'âge de trente-cinq ans, avec un collier de perles, un beau front très découvert, de beaux yeux noirs, une gorge magnifique; mais le tout un peu fort et sans beaucoup de distinction. Vis-à-vis ce portrait mettez celui de Mme de Longueville, tel qu'on le voit dans le salon de Mars à Versailles, et tel que nous le donnons ici, et vous avez les deux côtés différents de la beauté.
[331] Voyez la fin du chap. II, p. 199.
[332] Voyez sur toute cette affaire Mademoiselle, Mme de Motteville, La Châtre et La Rochefoucauld. Nous en trouvons un récit inédit et assez étendu dans la collection Dupuy, vol. 631.
[333] Sur l'hôtel de Montbazon, voyez Sauval, t. II, p. 124.
[334] Mademoiselle, t. Ier, p. 62 et 63. Le manuscrit de Dupuy ne donne que des variantes insignifiantes.
[335] La Rochefoucauld, ibid., p. 387.
[336] Mme de Motteville, t. Ier, p. 83.
[337] T. Ier, p. 65.
[338] Manuscrit déjà cité, fol. 22.
[339] Nous suivons d'Ormesson qui reproduit plus fidèlement, ce semble, les deux discours, tandis que les Mémoires de Mademoiselle leur donnent une tournure un peu plus moderne, ayant eux-mêmes été arrangés et altérés de la façon la plus étrange, en dépit du manuscrit original conservé à la Bibliothèque nationale et que nul éditeur ne s'est encore avisé de consulter.
[340] Les habiles ne s'y trompèrent pas, et le maréchal de La Meilleraie écrit de Bretagne à Mazarin le 9 août, Archives des affaires étrangères, France, t. CV: «Je viens d'avoir avis de différends survenus à la cour pour le sujet des lettres de Mme de Montbazon, et pour cet effet j'ai envoié trouver Mme de Longueville et Mme la Princesse. L'on m'assure que vous avez entrepris cet accommodement; je ne doute point que vous n'en veniez à bout, pour ce qui sera de l'apparence; mais pour l'effet je le tiens plus difficile, puisque c'est une suite de tous les commencements que j'ai vus.»
[341] Voyez la charmante gravure d'Israël Sylvestre.
[342] La Société française, t. II, chap. XVI, p 308.
[343] Cette lettre avec la réponse est à la fois dans le manuscrit de Dupuy, déjà cité, et aux Archives des affaires étrangères, France, t. CV, pièce II: «Ma cousine, le mécontentement que la Reyne, madame ma mère, a du peu de respect que vous fîtes paroître ces jours passés en ce qu'elle vous fit paroître de son intention, m'oblige d'envoyer partout où vous serez le sieur de Nevily (le manuscrit de Dupuy: Neuilly), un de mes gentilshommes ordinaires, avec cette lettre que je fais pour vous dire que vous vous rendiez en votre maison de Rochefort, et que vous y demeuriez jusques à ce que vous ayez autre ordre de ma part; ce que me promettant de votre obéissance, je ne vous en ferai de commandement plus exprès, et prie Dieu cependant qu'il vous aie, ma cousine, en sa sainte garde. Écrit de Paris, 22 août 1643, Louis, Guenegaud.» La réponse de la duchesse est à la fois très humble et très fière, comme l'avait été son discours à Mme la Princesse: elle se soumet, mais elle proteste de son «mépris de la vie quand il sera question de choses qui blesseroient son honneur et son courage.»
[344] Mme de Chevreuse, chap. IV.
[345] Mme de Chevreuse, chap. V.
[346] Sœur de Charles IV et deuxième fille du duc François. Ce mariage, contracté en 1632, est un roman qu'on peut lire dans tous les Mémoires du temps.
[347] En parlant de la beauté du duc de Guise, nous suivons la tradition et l'opinion des contemporains, car nous n'en connaissons pas de portrait peint, et ses nombreux portraits gravés ne lui donnent pas une très noble figure. Il y en a un assez joli dessin en couleur dans la collection de Gaignières, au cabinet des estampes. Ce dessin, fait, dit-on, sur un portrait de Vandyck, représente Henri de Guise à son avantage, en grand costume de cour.
[348] Bibliothèque nationale, Supplément français, no 925, fol. 11.
[349] Mémoires, ibid., p. 391.
[350] Mémoires, p. 301.
[351] Tome V, p. 230.
[352] Le comte d'Estrades était d'Agen. Il fut un des plénipotentiaires de la paix de Nimègues en 1678, et mourut en 1686. On a de lui des Lettres et Mémoires très estimés, 9 vol. in-12, La Haye, 1743.
[353] Voyez Triomphe de la ville de Guise sous le règne de Louis le Grand, ou Histoire héroïque du siége de Guise en 1650, par le R. P. Jean Baptiste de Verdun, minime. Paris, 1687.—Histoire de la ville de Guise, etc., 2 vol., Vervins, 1851, t. II, p. 86, etc.
[354] La Place Royale, avec ses alentours, était le plus beau quartier d'alors. Commencée en 1604 (Les Antiquités et choses plus remarquables de Paris, 1608, par Bonfons et par Du Breuil, p. 430) sur les ruines du palais des Tournelles, elle fut achevée en 1612 (Le Théâtre des Antiquités de Paris, par Du Breuil, in-4o, 1613, p. 1050). C'est, comme on le sait, un grand carré ou plutôt un rectangle bordé de tous côtés par trente-sept pavillons soutenus par des piliers formant une galerie qui règne tout autour de la place. Au milieu était un vaste préau divisé en six beaux tapis de gazon; et au centre la statue équestre de Louis XIII. La statue était de Biard, et le cheval de Daniel de Volterre. Sur une des faces du piédestal de marbre blanc, on lisait cette inscription: «Pour la glorieuse et immortelle mémoire du très grand et invincible Louis le Juste, XIIIe du nom, roi de France et de Navarre, Armand, cardinal de Richelieu, son principal ministre, a fait élever cette statue pour marque éternelle de son zèle, de sa fidélité et de sa reconnaissance, en 1639.» Sous Louis XIV, ce beau Square fut entouré d'une grille d'un travail excellent. Lemaire disait, en 1685, t. III, p. 307: «On y fait présentement une balustrade de fer admirablement travaillée, qui régnera tout autour et qui renfermera un jardin très agréable, dans lequel il y aura quatre grands bassins d'eaux aux quatre coins. Les particuliers qui y ont des hôtels contribuent pour cette dépense chacun la somme de mille livres: la ville fournira le reste.» Germain Brice, dans la 1re édition de son curieux ouvrage qui parut en 1685, comme celui de Lemaire, dit la même chose, ajoutant que les habitants seuls de la place auront le droit de jouir du jardin que l'on prépare: «Personne n'entrera que ceux des maisons qui en auront la clef.» Dans la seconde édition de Brice, de 1687, la belle grille n'est pas encore posée: elle l'est dans l'édition qui suit, de 1701; on la voit dans La Caille, en 1714, et dans la gravure de Defer, en 1716. Pour le jardin et les quatre bassins, ils ne sont pas même encore dans le plan de Turgot, en 1740: c'est la Restauration qui a accompli les desseins de l'administration de Louis XIV.
Que d'événements publics et domestiques n'a pas vus cette place pendant tout le XVIIe siècle, que de nobles tournois, que de fiers duels, que d'aimables rendez-vous! Quels entretiens n'a-t-elle pas entendus dignes de ceux du Décaméron, que Corneille a recueillis dans une de ses premières comédies, la Place Royale, et dans plusieurs actes du Menteur! Que de gracieuses créatures ont habité ces pavillons! quels somptueux ameublements, que de trésors d'un luxe élégant n'y avaient-elles pas rassemblés! Que d'illustres personnages en tout genre n'ont pas monté ces beaux escaliers! Richelieu et Condé, Corneille et Molière ont cent fois passé par là. C'est en se promenant sous cette galerie que Descartes causant avec Pascal, lui a suggéré l'idée de ses belles expériences sur la pesanteur de l'air. C'est là aussi qu'un soir, en sortant de chez Mme de Guymené, le mélancolique de Thou reçut de Cinq-Mars l'involontaire confidence de la conspiration qui devait les mener tous deux à l'échafaud. C'est là enfin que naquit Mme de Sévigné et c'est à côté qu'elle habitait. En arrivant à la Place Royale par sa véritable entrée, la rue Royale, du côté de la rue Saint-Antoine, on trouvait à l'angle de droite, l'hôtel de Rohan, occupé longtemps par la duchesse douairière, veuve de ce grand duc de Rohan, l'un des premiers généraux et le plus grand écrivain militaire de son siècle. A l'angle de gauche était l'hôtel de Chaulnes, dont Bois-Robert a célébré les magnifiques appartements, et qui plus tard a passé aux Nicolaï. Aux deux autres coins de la place étaient, à droite, du côté de la rue des Tournelles et du boulevard, le vaste et somptueux hôtel de Saint-Géran, et à gauche, du côté de la rue Saint-Louis, l'hôtel qu'habitait le duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal. Les quatre galeries étaient remplies par des hôtels qui n'étaient pas indignes de ceux-là. Il y avait l'hôtel du maréchal de Lavardin, avec celui de M. de Nouveau, et celui de M. de Villequier qui le vendit à M. des Hameaux, lequel en 1680, le revendit aux Rohan-Chabot, et de là cet hôtel, même en passant par d'autres mains, a gardé le nom d'hôtel Chabot. Tous ces hôtels étaient autant de musées, surtout celui de Richelieu, si longtemps célèbre par sa riche galerie, ainsi que l'hôtel de M. de Nouveau pour lequel avait travaillé Lesueur et qui sert aujourd'hui de mairie. Brice, dès 1685, signale l'hôtel du marquis de Dangeau, et en 1713, à droite en entrant par la rue Saint-Antoine, l'hôtel du baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs, et de l'autre côté la maison du président Carrel. Nous savons certainement que Mme de Sablé logeait à la Place Royale, ainsi que la comtesse de Maure, avec Mlle de Vandy; mais la difficulté serait de découvrir les habitants de tous les autres pavillons et de faire ainsi une histoire exacte et complète de la Place Royale jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Nous indiquons ce sujet d'études à quelque élève de l'École des chartes ou à quelque jeune artiste; ils y trouveraient la matière des plus fines recherches ainsi que des descriptions les plus charmantes, et une gloire modeste ne leur manquerait pas après quelques années du travail le plus attrayant. Nous nous permettrons de leur signaler, outre Félibien, t. II, Sauval, t. II, p. 624, le plan de Gomboust de 1652 et les plans postérieurs, les ouvrages suivants: 1o la Guide de Paris, etc. par le sieur Schayes, 1647; 2o Le Livre commode, contenant les adresses de la ville de Paris; par Abraham Pradel, philosophe et mathématicien, Paris, petit in-8o; 3o l'Almanach Royal de 1699; 4o la suite des diverses éditions de G. Brice, de 1685 à 1725; 5o la pièce de vers de Scarron, Adieux au Marais et à la Place Royale, édition d'Amsterdam, de 1752, t. VII, p. 29-35; 6o un manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds de Lancelot, no 7905, où se trouve un Supplément des Antiquités de Paris, avec tout ce qui s'est fait et passé de plus remarquable depuis 1610 jusques à présent, par D. H. J., avocat en parlement. Jusques à présent est à peu près 1640. Terminons par cette dernière remarque: il n'y a qu'un seul hôtel de la Place Royale qui soit resté dans la même famille de 1612 jusqu'à nos jours, à savoir, l'hôtel qui porte le no 25, et qui, de père en fils, est arrivé à son propriétaire actuel, M. le comte de L'Escalopier.
[355] Madame de Sablé, Appendice, p. 421.
[356] Tandis que les uns imputent à Mme de Longueville, en dépit de la modération bien certaine de sa conduite, d'avoir poussé Maurice de Coligny à provoquer le duc de Guise, d'autres veulent que le malheureux Maurice ait cédé aux suggestions de ses ennemis qui l'auraient comme forcé de se battre en l'accusant d'abandonner la cause d'une femme compromise par ses empressements. Du moins trouvons-nous dans un manuscrit précédemment cité, le t. 630-631 du fonds Dupuy, la lettre suivante adressée à Coligny. Elle n'a ni vérité ni vraisemblance. Coligny ne quittait pas l'armée au milieu d'une campagne, il était à Paris, comme le duc d'Enghien, parce que la campagne était finie et qu'on était au milieu de l'hiver. Le prince de Marcillac, loin d'animer les esprits, avait tout fait pour les adoucir, et il était un des amis particuliers de Coligny. Mais il serait presque ridicule de prendre au sérieux cette lettre, et nous la donnons seulement comme une invention de messieurs les Importants, et comme un trait de ce même esprit de raillerie qui un peu après produisit la chanson: Essuyez vos beaux yeux, Mme de Longueville, etc.