88—page 124Tout le monde pleurait, les ennemis comme les amis...

Monstrelet, serviteur de la maison de Bourgogne, qui écrit à Cambrai (en la noble cité de Cambrai, t. I, p. 48), et certainement plusieurs années après l'événement, assure que le peuple se réjouit de cette mort. Le Religieux de Saint-Denis, ordinairement si bien informé, si près des événements, et qui semble les enregistrer à mesure qu'ils arrivent, ne dit rien de pareil. Il assure que le meurtrier lui-même parut affligé (folio 553); il ne croit pas, il est vrai, à la sincérité de cette douleur. Moi, j'y crois; cette contradiction me paraît être dans la nature. L'apologiste du duc d'Orléans dit que le duc de Bourgogne pleurait et sanglotait: «Singultibus et lacrymis.» (Ibid., folio 593.)

89—page 125Hier tout cela, aujourd'hui plus rien...

«...Et lui qui estoit le plus grand de ce royaume, après le Roy et ses enfans, est en si petit de temps, si chétif. Et qui cecidit, stabili non erat ille gradu. Agnosco nullam homini fiduciam, nisi in Deo; et si parum videatur, illuscescat clarius... Parcat sibi Deus.» (Archives, Registres du Parlement. Plaidoiries, Matinée VI, folio 7, verso.)

90—page 126On trouve aux Célestins la cellule où il aimait à se retirer...

Selon l'apologiste du duc d'Orléans (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 594), il disait tous les jours le bréviaire: «Horas canonicas dicebat.»—«Il avoit, dit Sauval, sa cellule dans le dortoir des Célestins, laquelle y est encore en son entier. Il jeûnoit, veilloit avec les religieux, venoit à matines comme eux durant l'Avent et le Carême. Ce prince leur a donné la grande Bible en vélin, enluminée, qui avoit été à son père Charles V, et qu'on voit dans leur bibliothèque, signée de Charles V et de Louis, duc d'Orléans. Il leur donna aussi une autre grande Bible en cinq volumes in-folio, écrite sur le vélin, qui a toujours servi et sert encore pour lire au réfectoire.» (Sauval, t. I, p. 460.)

91—page 127Sa veuve n'eut pas la consolation d'élever au mort l'humble tombe...

«Considérant le mot du prophète: Ego sum vermis et non homo, opprobrium hominum et abjectio plebis; je veux et ordonne que la remembrance de mon visage et de mes mains soit faite sur ma tombe en guise de mort, et soit madicte remembrance vêtue de l'habit desdicts religieux Célestins, ayant dessous la tête au lieu d'oreiller une rude pierre en guise et manière d'une roche, et aux pieds, au lieu de lyons... une autre rude roche... Et veux... que madicte tombe ne soit que de trois doigts de haut sur terre, et soit faicte de marbre noir eslevée et d'albâtre blanc..., et que je tienne en mes deux mains un livre où soit escrit le psaume: Quicumque vult salvus esse... Autour de ma tombe soient escrits le Pater, l'Ave et le Credo.» (Testament de Louis d'Orléans, imprimé par Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 633.)

Cy gist Loys duc Dorléans...
Lequel sur tous ducz terriens
Fut le plus noble en son vivant
Mais ung qui voult aller devant
Par envye le feist mourir...

(Épistaphe de feu Loys, duc d'Orléans. Bibl. royale, mss. Colbert, 2403; Regius, 9681, 5.)

92—page 127—«Hinc surrectura»...

Cette inscription, la plus belle peut-être qu'on ait jamais lue sur une tombe chrétienne, a été placée par mon ami, M. Fourcy (bibliothécaire de l'École polytechnique), sur celle de sa mère.

93—page 128, note 2—Inès de Castro...

Lopes parle seulement de la translation du corps: «Como foi trellada Dona Enez, etc.» (Collecçao de livros ineditos. 1816, t. IV, p. 113.) M. Ferdinand Denis, dans ses intéressantes Chroniques de l'Espagne et du Portugal, t. I, p. 157, cite le texte principal (de Faria y Souza), qui appuie la tradition.—Un savant Portugais, M. Corvalho, assurait avoir vu, il y a quelques années, le corps d'Inès bien conservé: «Seulement la peau avait pris le ton du vélin bruni par le temps...» (Ibid., t. I, p. 163.) M. Taylor, en 1835, n'a plus trouvé que des ossements dispersés sur les dalles du couvent d'Alcabaça, et il les a pieusement inhumés. (Voyage pitt. en Espagne et en Portugal, l. XIII.)—Je trouve encore dans les Chroniques, traduites par M. Ferdinand Denis (t. I, p. 78), un fait curieux qui caractérise, autant que l'histoire d'Inès, le matérialisme poétique de ces temps, c'est l'histoire du bon vassal qui ne veut pas rendre son château au nouveau roi avant de s'assurer de la mort de son maître Sanche II. Il va à Tolède, où Sanche était mort exilé, enlève la pierre, reconnaît le mort, et accomplit son serment féodal en lui remettant au bras droit les clefs du château qu'il lui a autrefois confiées.

94—page 129Les tombeaux de La Scala...

«In terra, e meze sepolte, son prima tre arche di marmo nostrale, quali non si sa per qual di questa casa servissero, poichè non hanno iscrizione alcuna; benne hanno l'arme sopra i coperchi, e nel mezo di uno si vede la scala con aquila sopra,

E'n su la scala porta il santo uccello.»

(Dante, Parad., XVII, 72.—Maffei, Verona illustrata, parte terza, p. 78, éd. in-folio.)

95—page 129La tombe de l'assassiné...

Si ma mémoire ne me trompe, il y a près de là, dans Vérone, plusieurs lieux dont les noms rappellent cet événement: «Via dell' ammazato, Via delle quatro spade, Volto barbaro,» etc.—Ma conjecture semble appuyée par le passage suivant: «Sepultus... exigua cum pompa tantum, cum cives vererentur ne offenderent fratrem.» (Torelly Saraynæ Veronensis, Hist. Veron., lib. secundo; Thesaur. Antiquit. Ital. Grævii et Burmanni, t. noni, parte septima, colonn. 71.)

96—page 129Can Signore de La Scala tua son frère dans la rue, en plein jour...

«Cæde hac a civibus et populo percepta, quilibet quietus remansit... Approbata fuit ejus mens... Exclamarunt omnes: Vivat Dominus noster...» (Ibid., colonn. 70-71.)

97—page 130Toutes les questions politiques, morales, religieuses, s'agitèrent à l'occasion de la mort du duc d'Orléans.

Ces grandes questions semblent avoir déjà été débattues en France, à l'occasion de la fin tragique de Richard II. Voy. Lettre de Charles VI aux Anglais, 2 oct. 1402. Bibl. royale, mss. Fontanieu, 105-6; Brienne, vol. XXXIV, p. 227.

98—page 131Le duc de Bourgogne leur dit tout pâle...

«Se fecisse instigante Diabolo.» (Religieux, ms., folio 154.)—Plus loin, l'apologiste du duc d'Orléans rapporte cette parole comme avouée du duc de Bourgogne lui-même: «Tunc dixit quod Diabolus ad id ipsum tentaverat, et nunc sine verecundia sibimet contradicendo dicit quod optime fecit.» (Ibid., ms., folio 593.)

99—page 132Il rassembla les États de Flandre, d'Artois, etc.

«Auxquels il fit remontrer publiquement comment à Paris il avoit fait occire Louis, duc d'Orléans; et la cause pourquoi il l'avoit fait, il la fit lors divulguer par beaux articles et commanda que la copie en fût baillée par écrit à tous ceux qui la voudroient avoir; pour lequel fait il pria qu'on lui voulsist faire aide à tous besoins qui lui pourroient survenir. À quoi lui fut répondu des Flamands que très volontiers aide lui feroient.»—Les Flamands lui étaient d'autant plus favorables en ce moment qu'il venait de leur obtenir une trêve de l'Angleterre. (Monstrelet, t. I, p. 207, 231.)

100—page 133Il fit répandre le bruit qu'il n'avait fait que prévenir le duc d'Orléans...

Le duc de Bourgogne aurait pu soutenir cette assertion, si l'on s'en rapportait à la mauvaise traduction que Le Laboureur a faite du Religieux. Il lui fait dire ridiculement (p. 624): «Ces flamèches de division causèrent un embrasement de haine et d'inimitié qu'on ne put esteindre et qui fit découvrir beaucoup d'apparence de conspirations sur la vie l'un de l'autre.» Il n'y a pas de conspirations dans le texte; il dit: «In necem mutuam diu visi fuerunt publice aspirare.» (Folio 552.)—Cette récrimination atroce du meurtrier n'est, je crois, exprimée nettement que dans une chronique belge que j'ai déjà citée. Elle suppose, ce qui met le comble à l'invraisemblance, que le duc d'Orléans s'adressa à son ennemi mortel, Raoul d'Auquetonville, pour le décider à tuer le duc de Bourgogne: «Avint ce nonobstant, par commune voix et renommée, si comme on disoit, que ledit Dorliens avoit marchandé ou voloit marchander à Raoulet d'Actonville de tuer le duc de Bourgogne, lequel fait fu découvert par ledit Raoulet au duc de Bourgogne.» (Chronique ms., no 801 D (Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles), folio 222.)

101—page 133Le plus triste et le plus rude hiver...

Au commencement de janvier 1408, il fait si froid que le Parlement ne tient pas séance... «Il ne pouoit besoigner: le grephier mesme, combien qu'il eust prins feu delez lui, en une poelette, pour garder lancre de son cornet de geler, lancre se geloit en sa plume, de 2 ou 3 mos en 3 mos, et tant que enregistrer ne pouoit...» Ce récit est quatre fois plus long que celui de la mort du duc d'Orléans. Les glaçons empêchaient les moulins de fonctionner: il y eut disette. Quand la gelée cessa, les ponts furent emportés. Le greffier termine par ces mots:... «Et ce cas, avec l'occision de feu monseigneur Loiz duc Dorléans frère du roy (DE QUO SUPRA, MENSÉ NOVEMBRI), a esté à grant merveille en ce royaume...» Il paraît qu'il y eut vacance pendant un mois. 1er jour de février: «Curia vacat, pour ce qu'il n'a osé passer la rivière pour aler au Palaiz pour la grant impétuosité et force d'elle. Car aussy croit-elle toujours.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, vol. XIII, folio 11; et Plaidoiries, Matinée VI, folio 40.)

102—page 135Le duc de Bourgogne revint, etc.

«Et se logea en l'hostel d'un bourgeois, nommé Jacques de Haugart, auquel hôtel ledit duc fit pendre par dessus l'huis par dehors deux lances, dont l'une si avoit fer de guerre et l'autre si avoit fer de rochet; pourquoi fut dit de plusieurs nobles estant à icelle assemblée que ledit duc les y avoit fait mettre en signifiance que qui voudroit avoir à lui paix ou guerre, si le prensit.» (Monstrelet, t. I, p. 234.)

103—page 135Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour l'empêcher de venir...

À l'approche des troupes qui allaient occuper Paris, le Parlement, avec sa prudence ordinaire, ne voulut point se mêler des affaires de la ville ni des précautions à prendre: «Et si a esté touchié de requérir provision pour la ville de Paris où plusieurs gens d'armes doivent arriver... Sur quoy n'a pas été conclu, quia, ad curiam non pertineret multis obstantibus; au moins, ny pourroit remédier.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIII, 10 février 1407 (1408), folio 13, verso.)

104—page 138Jean Petit fut soutenu par le duc de Bourgogne...

Cette pension n'était pas gratuite; Jean Petit nous apprend lui-même qu'il a fait serment au duc de Bourgogne: «Je suis obligé à le servir par serment à lui faict il y a trois ans passés... Lui, regardant que j'estois très petitement bénéficié, m'a donné chascun an bonne et grande pension pour moi aider à tenir aux escoles; de laquelle pension j'ai trouvé une grand'partie de mes dépens et trouverai encore, s'il lui plaît de sa grâce.» (Monstrelet, t. I, p. 245.)

105—page 139Il établissait qu'il était méritoire de tuer un tyran.

Bien entendu qu'il ne faut pas chercher dans le discours de Jean Petit un sérieux examen de ce prétendu droit de tuer.

Qui a droit de tuer? Que la société l'ait elle-même (qu'elle doive du moins l'exercer toujours), cela est fort contestable. Dieu a dit: Non occides. Caïn qui a tué son frère, Dieu ne le tue point; il le marque au front.—La société ne doit-elle pas au moins tuer pour son salut? Ceci mène loin. Cléon affirme, dans Thucydide, qu'Athènes doit, pour son salut, tuer tout un peuple, celui de Lesbos.—En admettant que la société ait droit de tuer, un individu peut-il jamais se charger de tuer pour elle, se faire juge du meurtre, juge et bourreau à la fois?—Tuer un tyran. Mais qu'est-ce qui a vu un tyran? qui jamais, dans le monde moderne, a rencontré cette bête horrible de la cité antique? C'est un être disparu, tout autant que certains fossiles. Quel souverain des temps modernes (sauf peut-être un Eccelino, un Ali, un Djezzar) a pu rappeler le tyran de l'antiquité? ce monstre qui supprimait la loi dans une ville, sous lequel il n'y avait plus rien de sûr, ni la propriété, ni la famille, ni la pudeur, ni la vie? (Note de 1840.)

106—page 140—«le duc d'Orléans était sorcier»...

M. Buchon dit que le détail des maléfices du duc d'Orléans, toujours omis dans les éditions antérieures de Monstrelet, ne se trouve que dans le ms. 8347. Le ms. du Roi 10319, ms. du commencement du quinzième siècle, est précédé d'une miniature enluminée qui représente un loup cherchant à couper une couronne surmontée d'une fleur de lis, tandis qu'un lion l'effraye et le fait fuir. Au bas, on lit ces quatre vers:

Par force le leu rompt et tire
À ses dents et gris la couronne,
Et le lion par très grand ire
De sa pate grant coup lui donne.

(Buchon, édit. de Monstrelet, t. I, p. 302.)

107—page 143L'Université, le clergé, allèrent dépendre, etc.

«Ce dit jour ont esté despenduz deux exécutez au gibet, qui se disoient clercs et escoliers de l'Université de Paris, et au despendre a eu, comme len dit, plus de XL mille personnes au gibet, et ont esté ramenez en deux sarqueux, à grant compaignie et grans processions des églises et de l'Université, sonnans toutes les cloches des églises, jusques au parviz de N. D., entre X et XI heures, couverts de toile noire, et rendus à lévesque de Paris par certaine forme et manière, et depuiz portez ou menez à Saint-Maturin où ont esté inhumez, comme len dit, et ce fait par ordonnance royal.» 16 mai 1408. (Archives, Registres du Parlement, Plaidoiries, Matinée VI, folio 93, et Conseil, vol. XIII, folio 26.)

108—page 143Deux messagers de Benoît XIII avaient apporté des bulles menaçantes...

«A esté présentée au roy, dès lundi, comme len disoit, une bulle par laquelle le pape Benedict, qui est lun des contendens du papat, excommunie le roy et messires ses parents, et adhérens. Et qu'il en avendra? Diex y pourvoie!» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIII, folio 27.)

109—page 144Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux hommes et aux affaires, etc.

«Theologi atque artistæ, in disputationibus magis quam processibus experti... Unde inter eos atque in jure peritos pluries orta verbalis discordia.» (Religieux, ms., folio 565.)

110—page 146Les deux messagers du pape furent traînés par les rues, etc.

«Au jour dui entre 10 et 11 heures les prélas et clergie de France assemblé au Palaiz, sur le fait de l'Église, ont esté amenez maistre Sanceloup, nez du pair Darragon, et un chevaucheur du pape Benedict qui fu devers nez de Castelle, en 2 tumbereaux, chascun deulx vestuz dune tunique de toille peincte, où estoit en brief effigiée la manière de la présentation des mauveses bulles dont est mention le 21 de may ci-dessus, et les armes du dict Benedict renversées et autres choses, et mittrez de papier sur leurs têtes, où avoit escriptures du fait, depuis le Louvre où estoient prisonniers, avec plusieurs autres de ce royaume, prélas et autres gens déglise, qui avoient favorisé aux dictes bulles, comme len dit, jusques en la court du Palaiz en molt grant compaignie de gens à trompes, et là ont esté eschafaudez publiquement et puiz remenez au dit Louvre par la manière dessus dicte.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIII, folio 39, août 1408.)

111—page 146Le parti de Benoît et d'Orléans se fortifiait à Liège...

V. les curieux détails que donne Zanfliet sur la faction des Haïroit. (Cornelii Zanfliet Leodiensis monachi Chronicon, ap. Martene Ampliss. Coll., t. V, p. 365, 366.) Le Religieux et Monstrelet sont fort étendus et fort instructifs. Placentius (Catalogus, etc.) est peu détaillé.

112—page 148Le duc de Bourgogne ordonna le massacre des prisonniers...

«Y ont esté occis... de vingt-quatre à vingt-six mille Liégeois, comme on peut le savoir par l'estimation de ceux qui ont vu les noms... Nous avons bien perdu de soixante à quatre-vingt chevaliers ou écuyers.» (Lettre du duc de Bourgogne.)—V. M. de Barante, t. III, p. 211-212, 3e édition.

113—page 149On savait qu'il avait payé de sa personne...

«Comment en décourant de lieu à autre, sur un petit cheval, exhorta et bailla à ses gens grand courage, et comment il se maintint jusques en la fin, n'est besoin d'en faire grand déclaration... Oncques de son corps sang ne fut trait pour icelui jour, combien qu'il fut plusieurs fois travaillé.» (Monstrelet, t. II, p. 17.)

114—page 149La reine et les princes étaient revenus à Paris...

«Dimanche 26 août 1408... Entrèrent à Paris et vindrent de Meleun la royne et le dauphin accompaignés, environ quatre heures après disner, des ducs de Berri, de Bretoigne, de Bourbon, et plusieurs autres contes et seigneurs et grant multitude de gens darmes et alèrent parmi la ville loger au Louvre.—Mardi 28 août... Ce dict jour entra à Paris la duchesse Dorléans, mère du duc Dorléans qui à présent est, et la royne d'Angleterre, femme du dict duc, en une litière couverte de noir à quatre chevaux couverts de draps noirs, à heure de vespres, accompaignée de plusieurs chariots noirs pleins de dames et de femmes, et de plusieurs ducs et contes et gens darmes.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, vol. XIII, fol. 40-41.)—Les princes s'accordèrent pour déférer, dans cet intervalle, un pouvoir nominal à la reine et au dauphin: «Ce Ve jour (5 septembre 1408) furent tous les seigneurs de céans au Louvre en la grant sale, où estoient en personne la royne, le duc de Guienne, etc. (Suit une longue série de noms)... en la présence desquelz... fu publiée par la bouche de maistre Jeh. Jouvenel, advocat du roy, la puissance octroiée et commise par le roy à la royne et audit mons. de Guienne sur le gouvernement du royaume, le roy empeschié ou absent.» (Archives, ibid., Conseil, vol. XIII, fol. 42, verso.)

115—page 154Brisé qu'il était par la torture, Montaigu affirmait...

«Affirmasse quod tormentorum violentia (qua et manus dislocatas et se ruptum circa pudenta monstrabat) illa confessus fuerat, nec in aliquo culpabilem ducem Aurelianensem nec se etiam reddebat nisi in pecuniarum regiarum nimia consumptione.» (Religieux, ms., folio 633.)

116—page 156Ce conseil interdit la chambre des Comptes...

«Et qui a longo tempore, D. Cameræ computorum ægre ferentes quod Rex manu prodiga pecunias multis etiam indignis consueverat largiri, dona in scriptis redigebant, addentes in margine Recuperetur, Nimis habuit; statutum est ut registrum præsidentibus traderetur, qui quod nimium fuerat ab ipsis aut eorum hæredibus usque ad ultimum quadrantem, cessante omni appellatione, extorquerent. Omnes etiam Dominos Cameræ computorum deposuerunt, uno duntaxat excepto qui vices suppleret omnium, donec...» (Religieux, ms., folio 639.)—Voir aussi Ordonnances, t. IX, p. 468 et seq.

117—page 157Cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment...

Au milieu de cette détresse, nous trouvons, entre autres dépenses, un mandement de Charles VI pour le payement de ses veneurs. L'acte est rédigé dans des termes très impératifs et très-rigoureux. À la suite de la signature du roi viennent ces mots: «Garde qu'en se n'ait faute.» (Bibliothèque royale, mss., Fontanieu 107-108, ann. 1410, 9 juillet.)—«Pour une paire d'heures, données par le roi à la duchesse de Bourgogne, 600 écus.» (Ibid., 109-110, ann. 1413.)

118—page 160Le chancelier de Notre-Dame s'emporta jusqu'à dire...

«Nec reges digne vocari, si exactionibus injustis opprimant populum suum, sed quod eos depositione dignos possint rationabiliter reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere.» (Religieux, ms., fol. 675, verso.)

119—page 162, note—Dans une de ces alarmes, etc.

«Ce dict jour, pour ce que le Roy notre Sire, accompaigné de molt de princes, barons et chevaliers et grant nombre de gens darmes, estoit venu loger au Palaiz, et pour les gens darmes estoient pleins les hostelz tans de la Cité que du cloistre de Paris, et par tout oultre les pons par devers la place Maubert, sans distinction, hors les seigneurs de céans pour lesquels a esté ordené, comme a dit en la chambre le prévost de Paris, que en leurs hostelz len ne se logera pas, et que en telz cas aventure seroit que les chambellans du Roy notre dit sire ne preissent les tournelles de céans, esquelles a procès sans nombre qui seroient en aventure destre embroillez, fouillez, et adirez et perdus, qui seroit dommage inestimable à tous de quelque estat que soit de ce royaume; j'ay fait murer l'uiz de ma tournelle, afin que len ne y entre, car: In armigero vix potest vigere ratio.»—Le greffier a dessiné un soldat sur la marge. (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIII, folio 131, verso, 16 septembre 1410.)

120—page 163Dans les vraies usances bretonnes, le foyer restait au plus jeune...

Origines du droit, page 63: Usement de Rohan: «En succession directe de père et de mère, le fils juveigneur et dernier né desdits tenanciers succède au tout de ladite tenue et en exclut les autres, soient fils ou filles.»—Art. 22: «Le fils juveigneur, auquel seul appartient la tenue, comme dit est, doit loger ses frères et sœurs jusques à ce qu'ils soient mariés; et d'autant qu'ils seroient mineurs d'ans, doivent les frères et sœurs estre mariés et entretenus sur le bail et profit de la tenue pendant leur minorité; et estant les frères et sœurs mariés, le juveigneur peut les expulser tous.» (Coutumier général.)—Cette loi me semble conforme à l'esprit d'un peuple navigateur et guerrier qui veut forcer les aînés, déjà grands et capables d'agir, à chercher fortune au loin.—Voir ibid., sur le droit d'aînesse.

121—page 167Les Armagnacs poussaient la guerre avec une violence inconnue jusque-là, etc.

Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 282. Néanmoins ils conservaient toujours des liaisons avec les Anglais. Le Parlement leur fait un procès en 1395, à ce sujet. (Archives, Registres du Parlement, Arrêts, XI, ann. 1395.)

122—page 169La légèreté impie des Armagnacs...

Cette légèreté méridionale est sensible dans les proverbes, particulièrement dans ceux des Béarnais; plusieurs sont fort irrévérencieux pour la noblesse et pour l'Église:

Habillat ù bastou,
Qu'aüra l'air du barou.

Habillez un bâton, il aura l'air d'un baron.

Las sourcières et lous loubs-garous
Aüs cures han minya capous.

Les sorcières et les loups-garous font manger des chapons aux curés, etc., etc. (Collection de Proverbes béarnais, ms., communiquée par MM. Picot et Badé, de Pau.)

123—page 170Les Armagnacs à Saint-Denis...

Les Parisiens croyaient néanmoins, et non sans apparence, que les moines étaient favorables au parti d'Orléans. Le bruit même courut à Paris que le duc d'Orléans s'était fait couronner roi de France dans l'abbaye de Saint-Denis. (Religieux, ms., f. 701, verso.)

124—page 172Le duc de Bourgogne avait fait publier à grand bruit dans Paris, etc.

«Indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes utriusque sexus absque erubescentio velo ducibus publice maledicentes, orarent ut cum Juda proditore æternam perciperent portionem.» (Religieux, ms., folio 734.)

125—page 174Les fréquents appels à l'opinion publique que font les partis...

Le plus important peut-être de ces manifestes est celui que le duc de Bourgogne publia au nom du roi, le 13 février 1412. Il y demandait une aide à la langue d'oil et à la langue d'oc, et en confiait la perception à un bourgeois de Paris. Préalablement il y fait une longue histoire apologétique des démêlés de la maison de Bourgogne avec celle d'Orléans. Il y flatte Paris; il entre dans le ressentiment du peuple contre les excès des gens d'armes du parti d'Orléans. Il fait dire au roi: «Nous feusmes deuement et souffisamment informés qu'ils tendoient à débouter du tout Nous et notre génération de notre royaume et seigneurie.» (Bibl. royale, mss., Fontanieu, 109-110, ann. 1412, 13 février, d'après un Vidimus de la vicomté de Rouen.)

126—page 175Au front de la cathédrale de Chartres, on sculpte la figure de la Liberté...

Voir le curieux rapport de M. Didron, dans le Journal de l'instruction publique, 1839.

127—page 178, note—Clémengis implore l'intervention du Parlement...

«O clarissimi præsides regiorum tribunalium, cæterique celeberrimi judices, qui illam egregiam Curiam illustratis, expergiscimini tandem aliquando, et regni non dico statum, quia non stat, sed miserabilem lapsum aspicite... (Le juge doit comme le médecin) non tantum morbis cum exorti fuerint subvenire, sed præstantiori etiam cum gloria, salubri ante præservatione, ne oriantur prospicere.» (Nic. Clemeng. Epistol., t. II, p. 284.)

128—page 180Ce long travail de la transformation du droit...

Il est curieux d'observer le commencement de ce grand travail dans les registres dits olim. On y trouve déjà des détails curieux sur la procédure. Deux employés des Archives, MM. Dessalles et Duclos, en préparent la publication sous la direction de M. le comte Beugnot. Voir subsidiairement les notices de MM. Klimrath, Taillandier et Beugnot, sur nos anciens livres de droit et sur l'immense collection des registres du Parlement.—Toutefois il ne faut pas oublier que ces registres, même les Olim, que ces livres, même ceux du treizième siècle, contiennent moins le droit du moyen âge que la destruction du droit du moyen âge. Il faudrait remonter au droit féodal, au droit ecclésiastique, tels qu'on les trouve dans les chartes, dans les canons, dans les rituels, dans les formules et symboles juridiques.

129—page 180Le Parlement avait porté une sentence de mort et de confiscation contre le comte de Périgord...

Il serait plus exact de dire: Comte en Périgord. Il n'avait guère que la neuvième partie du département actuel de la Dordogne (mss. inédits de M. Dessalles sur l'histoire du Périgord). D'après une chronique ms. qu'a retrouvée M. Mérilhou, la chute du dernier comte aurait été décidée par un rapt qu'il essaya de faire sur la fille d'un consul de Périgueux, pendant une procession. Le procès énumère bien d'autres crimes. Rien n'est plus curieux pour faire connaître les détails de cette interminable guerre entre les seigneurs et les gens du roi. Le principal grief c'est que, à en croire l'accusation, le comte disait qu'il voulait être roi et agissait comme tel: «Jactabat palam et publice fore se REGEM..., certumque judicem pro appellationibus decidendis... constituerat... a quo non permittebat ad Nos vel ad... Curiam appellare.» (Archives, Registres du Parlement, Arrêts criminels, reg. XI, ann. 1389-1396.)

130—page 183La plupart des collèges, etc.

Du Boulay donne tout au long les constitutions de ces collèges, t. IV et V.

131—page 185Les Carmes voulaient remonter plus haut que le christianisme...

Cette prétention produisit au dix-septième siècle une vive polémique entre les Carmes et les Jésuites. Ceux-ci, qui n'aimaient guère plus la poésie du moyen âge que la philosophie moderne, attaquèrent durement l'histoire d'Élie; ils prirent une massue de science et de critique pour écraser la frêle légende. Les Carmes, en représailles, firent proscrire en Espagne les Acta des Bollandistes. (Héliot, Histoire des Ordres monastiques, t. I, p. 305-310.)

132—page 185La remontrance de l'Université au roi...

Le passage le plus important est celui où l'on compare les dépenses de la maison royale à des époques différentes: «Ad priscorum regum, reginarum ac liberoram suorum continuendum statum magnificum et quotidianas expensiones 94,000 francorum auri abunde sufficiebant, indeque creditores debite contentabantur; quod utique modo non fit, quamvis ad prædictos usus 450,000 annuatim recipiant.» (Religieux, ms., folio 761.)

133—page 187Les maîtres bouchers...

Cette antique corporation ne fit pas inscrire ses règlements parmi ceux des autres métiers, lorsque le prévôt Étienne Boileau les recueillit sous saint Louis. Sans doute les bouchers aimèrent mieux s'en fier à la tradition, à la notoriété publique, et à la crainte qu'ils inspiraient. V. M. Depping. Introd. aux Règlements d'Ét. Boileau, p. LVI; et Lamare, Traité de la police, t. II, liv. V, tit. XX.

134—page 187Ces étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir, etc.

Félibien, t. II, p. 753. Sauval, t. I, 634, 642. V. aussi les Ordonnances, passim. L'une des plus curieuses est celle qui fixe la redevance de chaque nouveau boucher envers le cellérier et le concierge «de la Court-le-Roy» (du Parlement). (Ordonnances, t. VI, p. 597, ann. 1381.)

135—page 188Le boucher Alain y achète une lucarne pour voir la messe de chez lui...

«Une vue de deux doigts de long sur deux de large.» (Vilain, Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie, p. 54, ann. 1388, 1405.)

136—page 189Leur crainte était que le dauphin ne ressemblât à son père...

«Si ab aliquo præpotente (ut publice ferebatur) inducti ad hoc fuerint tunc non habui pro comperto; eos tamen non ignoro ducis Guyennæ nocturnas et indecentes vigilias, ejus commessationes et modum inordinatum vivendi molestissime tulisse, timentes, sicut dicebant, ne infirmitatem paternæ similem incurreret in dedecus regni.» (Religieux, ms., folio 778.)

137—page 192L'hygiène appliquée à la politique, etc.

V. le sermon de Gerson sur la santé corporelle et spirituelle du roi, et la lettre de Clémengis, intitulée: «De politiæ Gallicanæ ægritudine, per metaphoram corporis humani lapsi et consumpti. (Nic. Clemeng. Epist., t. II, p. 300.) Ces comparaisons abondent encore au dix-septième siècle, et jusque dans les préfaces de Corneille.

138—page 195Les Gantais voulurent garder le fils du duc de Bourgogne...

Ce fait si important ne se trouve que dans le Religieux. Les historiens du parti bourguignon, Monstrelet, Meyer, n'en disent rien. Meyer passe sur tout cela comme sur des charbons.—Ce fut Paris qui s'entremit en cette affaire pour ceux de Gand: «Regali consilio (præpositi mercatorum et scabinorum Parisiensium validis precibus) ut Dominus Comes de Charolois, primogenitus ducis Burgundiæ, cum uxore sua, filia Regis, in Flandriam duceretur..., Gandavensium burgenses obtinuerunt.» (Religieux, ms., 723 verso.)

139—page 197Les Universitaires se réunirent au couvent des Carmes...

Lisez cette grande scène dans Juvénal des Ursins, p. 251-252. Cet historien médiocre, qui semble ordinairement se contenter d'abréger le Religieux, présente cependant de plus quelques détails importants qu'il avait appris de son père.

140—page 198Le seul Pavilly s'obstina, etc.

Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le Carme tirait de l'argent de tout cela. Quelqu'un, dit-il, parla pour sauver Desessarts qui était au Châtelet, en grand danger: «Mais le dit de Pavilly qui tendoit fort au profit de sa bourse, et s'intéressoit fort avec les Gois, Saintyous et leurs alliez, voulust montrer que la prise des personnes estoit dument faite et qu'il falloit ordonner commissaires pour faire leur procès.» (Juvénal des Ursins, p. 252.)