141—page 199—«Il y a de mauvaises herbes au jardin de la reine»...
Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore: «Eradicentur herbæ malæ, ne impediant florem juventutis vestræ virtutum fructus odoriferos producere.» (Religieux, ms., 785 verso.)—Cette poésie de jardinage plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé, et d'autant plus amoureux de la campagne qu'il ne voyait pas. On la retrouve partout dans les Meistersaengers, dans Hans Sachs, etc. Il est vrai qu'elle n'y est pas mise à l'usage du meurtre, comme ici.
142—page 201—Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction enfantine, etc.
V. l'article sur «Nostre bonne couronne desmembrée, et les flourons d'icelle baillez en goige...» (Ordonnances, t. X, p. 92); et l'article sur les aides de guerre, dont l'argent sera serré «en un gros coffre, qui sera mis en la grosse tour de Nostre Palais ou ailleurs en lieu sûr et secret, ouquel coffre aura trois clefs...» (Ibid., p. 96.)
143—page 207—Jean Courtecuisse, célèbre docteur de l'Université, prêcha sur l'excellence de l'ordonnance...
Du Boulay rapporte à tort ce sermon à l'année 1403. Cependant le titre qu'il lui donne lui-même devait l'avertir qu'il est de 1413. Aura-t-il craint, pour l'honneur de l'Université, d'avouer les liaisons d'un de ses plus grands docteurs avec les Cabochiens?
144—page 208—Ils commencèrent le pont Notre-Dame...
«Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray le Pont Nostre-Dame, et le nomma le roi de France Charles, et frappa de la trie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son fils, après, et le duc de Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémouille.» (Journal du Bourgeois de Paris, 10 mai 1413, éd. Buchon, t. XV, p. 182.)
145—page 211—La religion de la royauté était encore entière et le fut longtemps...
Voyez si longtemps après l'extrême timidité du chef de la Fronde. Il eut peur des États généraux (Retz, livre II), peur de l'union des villes (livre III): «J'en eus scrupule», dit-il. Il eut peur encore de se lier avec Cromwell. Mazarin, tout en défendant l'autorité royale qui était la sienne, avait apparemment moins de scrupule, s'il est vrai qu'après la mort de Charles Ier il ait dit dans sa prononciation italienne: «Ce M. de Cromwell est né houroux (heureux).»
146—page 211—L'avocat général Juvénal...
Voyez au Musée de Versailles la longue et piteuse figure de Juvénal, et la rouge trogne de son fils l'archevêque. Le père n'en fut pas moins un excellent citoyen. Son fils rapporte un trait admirable de sa fermeté à l'égard du duc de Bourgogne, p. 222, note 2.
147—page 213—Le charpentier Guillaume Cirasse...
V. les armoiries de Guillaume Cirasse, dans le Recueil des armoiries des prévôts et échevins de Paris (exemplaire colorié à la Bibl. du cabinet du roi, au Louvre).
148—page 215, note 2—Le roi désirait fort traiter, etc.
Un grand seigneur vient trouver le roi au matin pour l'animer contre les Bourguignons. «Le roy estant en son lict, ne dormoit pas et parloit en s'esbatant avec un de ses valets de chambre, en soy farsant et divertissant. Et ledit seigneur vint prendre par dessous la couverture le roy tout doucement par le pied, en disant: Monseigneur, vous ne dormez pas? Non, beau cousin, lui dit le roy, vous soyez le bien venu, voulez-vous rien? y a t'il aucune chose de nouveau? Nenny, Monseigneur, luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège, disent que tel jour qu'il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos ennemis et ont espérance d'y entrer. Lors le roi dit que son cousin le duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville en sa main, sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. À quoy ledit seigneur respondit: Comment, Monseigneur, voulez-vous avoir paix avec ce mauvais, faux, traistre et desloyal, qui si faussement et mauvaisement a faict tuer vostre frère? Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit: Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas! Sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère... Mais le roy lui respondit assez chaudement: Beau cousin, allez-vous-en; je le verray au jour du Jugement.» (Juvénal, p. 2-3.)
149—page 217—Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain...
V. les œuvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV, et les travaux estimables de MM. Faugère, Schmidt et Thomassy. Je parlerai ailleurs de ceux de MM. Gence, Gregori, Daunou, Onésyme Leroy, et en général des écrivains qui ont débattu la question de l'Imitation.
150—page 221—L'augmentation des dépenses tenait à l'avilissement progressif du prix de l'argent...
Clémengis s'étonne de ce qu'un monastère qui nourrissait primitivement cent moines n'en nourrit plus que dix (p. 19). Qui ne sait combien en deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre de celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que d'un siècle, quelle grande maison pourrait être défrayée aujourd'hui d'après le calcul que madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre autres ouvrages, une brochure de M. le comte d'Hauterive: Faits et observations sur la dépense d'une des grandes administrations etc.; deux autres brochures de M. Eckard: Dépenses effectives de Louis XIV en bâtiments au cours du temps des travaux de leur évaluation, etc., etc.
151—page 222—Clémengis... d'Ailly...
Je ne veux pas contester le mérite réel de ces deux personnages qui furent tout à la fois d'éminents docteurs et des hommes d'action. D'Ailly fut l'une des gloires de la grande école gallicane du collège de Navarre; il y forma Clémengis et Gerson. Clémengis est un bon écrivain polémique, mordant, amusant, salé (comme aurait dit Saint-Simon). V. le tableau qu'il fait de la servilité du pape d'Avignon, dans le livre de la Corruption de l'Église (p. 26). La conclusion du livre est très éloquente. C'est une apostrophe au Christ; les protestants peuvent y voir une prophétie de la Réforme: «Si tuam vineam labruscis senticosisque virgultis palmites suffocantibus obseptam, infructiferam, vis ad naturam reducere, quis melior modus id agendi, quam inutiles stirpes eam sterilem efficientes quæ falcibus amputatæ pullulant, radicitus evellere, vineamque ipsam aliis agricolis locatam novis rursum autiferacibus et fructiferis palmitibus inserere?... Hæc non nisi exigua sunt dolorum initia et suavia quædam eorum quæ supersunt præludia. Sed tempus erat, ut portum, ingruente jam tempestate, peteremus, nostræque in his periculis saluti consuleremus, ne tanta procellarum vis, quæ laceram Petri naviculam validiori turbinis impulsu, quam ullo alias tempore concussura est, in mediis nos fluctibus, cum his qui merito naufragio perituri sunt, absorbeat.» (Nic. Clemeng. De corrupto Ecclesiæ statu, t. I, p. 28.)
152—page 223—... le piquant réquisitoire du concile contre les deux papes réfractaires...
Concilium Pisanum, ap. Concil., éd. Labbe et Cossart, 1671; t. XI, pars II, p. 2172 et seq.
153—page 224—Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à merveille...
«Habentes facies diversas..., sed caudas habent ad invicem colligatas, ut de vanitate conveniant.» (Ibid., p. 2183.)—«... Volebat unum pedem tenere in aqua et alium in terra.» (Ibid., p. 2184.)
154—page 225—Lorsque Valla élevait les premiers doutes sur l'authenticité des décrétales...
Non seulement Valla, mais Gerson, dans son épître De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam, p. 166. Sur Valla, lire un article excellent de la Biographie universelle (par M. Viguier), t. XLVII, p. 345-353.—«Des papes ont permis à Ballerini de critiquer, à Rome même, les fausses décrétales. Pourquoi ne les ont-ils pas révoquées? Pour la même raison que les rois de France n'ont pas révoqué les fables politiques relatives aux douze pairs de Charlemagne, ni les Empereurs celles qui se rattachent à l'origine des cours Weimiques, etc.» Telle est la réponse de l'ingénieux M. Walter. (Walter, Lerhbuch des Kirchenrechts, Bonn. 1829, p. 161.)
155—page 226—Raymond Lulle pleura aux pieds de son Arbor, qui finissait la scolastique...
Voir la curieuse préface. (Raymond Lullii Majoricensis, illuminati patris, Arbor scientiæ. Lugduni, 1636, in-4o, p. 2 et 3.)
156—page 226—... renouveler...
Ce verbe, employé comme neutre, avait bien plus de grâce. Je crois qu'on y reviendra. V. Charles d'Orléans (p. 48): «Tous jours sa beauté renouvelle.» Et Eustache Deschamps (p. 99): «De jour en jour votre beauté renouvelle.»
157—page 227—Au moment où l'Anglais allait fondre sur la France, etc.
«Licet quis contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, ducem Lotharingiæ, nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Franciæ bellum inferre, non parvus debet hostis videri quem Deus excitat et propter aliorum adjuvat facinora.» (Nic. Clémengis, t. II, p. 257.)—On voit de même dans les lettres de Machiavel qu'à la veille d'être conquise par les Espagnols, l'Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux magistrats de Florence: «Vos Seigneuries m'ont toujours dit que la liberté de l'Italie n'avait à craindre que Venise.» (Machiavel, Lettre de février ou mars 1508.)
158—page 230—Sur les cinquante-trois mille fiefs en Angleterre, l'Église en possédait vingt-huit mille...
Turner, The History of England, during the middle ages (ed. 1830), vol. III, p. 96.—On assurait récemment que le clergé anglican avait encore aujourd'hui un revenu supérieur à celui de tout le clergé de l'Europe. Ce qui est sûr, c'est que l'archevêque de Cantorbéry a un revenu quinze fois plus grand que celui d'un archevêque français, trente fois plus grand que celui d'un cardinal à Rome. (Statistics of the Church of England, 1836, p. 5.) V. aussi trois Lettres de Léon Faucher (Courrier français, juillet, août 1836).
159—page 232, note—Le droit d'aînesse en Angleterre...
Le 12 avril 1836, M. Ewart voulait présenter un bill statuant que, au moins dans les successions ab intestat, les propriétés foncières seraient partagées également entre les enfants; sir John Russel a parlé contre, et la motion a été rejetée à une forte majorité.
160—page 237—Shakespeare ennemi des sectaires de tout âge...
Shakespeare a fait de rares allusions aux puritains naissants, toutes malveillantes. Voir entre autres celle qui se trouve dans Twelfth Night, act. III, scène II.—Quant à Falstaff, j'aurai occasion d'y revenir.
161—page 239, note—L'examen d'Oldcastle par l'archevêque de Cantorbéry, etc.
«Dominus Cantuariensis gratiose se obtulit, et paratum fore promisit ad absolvendum eum; sed ille... petere noluit... Cui compatiens dominus Cant. dixit: Caveatis... Unde dominus Cant. sibi compatiens... Cui archiepiscopus affabiliter et suaviter... Consequenter dominus Cant. suavi et modesto modo rogavit... Quibus dictis dominus Cant. flebili vultu eum alloquebatur... Ergo, cum magna cordis amaritudine, processit ad prolationem sententiæ.» (Walsingham, p. 384.)—Elmham célèbre en prose et en vers les exécutions et les processions. «Rege jubente... Regia mens gaudet.» (Turner, vol. III, p. 142.)
162—page 240—Henri V écrivit aux prélats...
De arraiatione cleri: «Prompti sint ad resistendum contra malitiam inimicorum regni, ecclesiæ, etc.» (Rymer, 3e éd., vol. IV, pars I, p. 123; 28 mai 1415.)
163—page 240—Il complétait ses préparatifs...
Traité pour avoir des vaisseaux de Hollande, 18 mars 1415. Presse des navires, 11 avril; des armuriers (operariis arcuum, etc., tam intra libertates quam extra), le 20; presse des matelots, le 3 mai; recherche de charrettes, le 16; achat de clous et de fers de chevaux, le 25; achat de bœufs et vaches, le 4 juin; ordre pour cuire du pain et brasser de la bière, le 27 mai; presse des maçons, charpentiers, serruriers, etc;—5 juin, négociations avec le Gallois Owen Glendour; 24 juillet, testament du roi; défense de la frontière d'Écosse; négociations avec l'Aragon, avec le duc de Bretagne, avec le duc de Bourgogne, 10 août; Bedford nommé gardien de l'Angleterre, 11 août; au maire de Londres, 12, etc. (Rymer, t. IV, p. I, p. 109-146.)
164—page 242—Le roi réunit la plus forte armée, etc.
Tels sont les nombres indiqués par Monstrelet, t. III, p. 313. Lefebvre dit: huit cents bâtiments. Rien n'est plus incertain que les calculs de ce temps. Lefebvre croit que le roi de France avait deux cent mille hommes devant Arras, en 1414; Monstrelet en donne cent cinquante mille aux Français à la bataille d'Azincourt. Je crois cependant qu'il a été mieux instruit sur le nombre réel de l'armée anglaise à son départ.
165—page 246—Un prêtre anglais nous apprend, etc.
Ms. cité par sir Harris Nicolas, dans son Histoire de la bataille d'Azincourt (1832), p. 129. Ce remarquable opuscule offre toute l'impartialité qu'on devait attendre d'un Anglais judicieux, qui d'ailleurs n'a pas oublié l'origine française de sa famille. Qu'il me soit permis de faire remarquer en passant que beaucoup d'étrangers distingués descendent de nos réfugiés français: sir Nicolas, miss Martineau, Savigny, Ancillon, Michelet de Berlin, etc.
166—page 246—Tous les habitants d'Harfleur furent chassés de la ville...
Le chapelain rapporte les lamentations de ces pauvres gens, et il ajoute, avec une bien singulière préoccupation anglaise, qu'après tout ils regrettaient une possession à laquelle ils n'avaient pas droit: «For the loss of their accustomed, though unlawful, habitations.» V. Sir Nicolas, p. 214.
167—page 247—Henri V déclara que d'Harfleur il irait jusqu'à Calais...
Cette expédition a été racontée par trois témoins oculaires qui tous trois étaient dans le camp anglais: Hardyng, un chapelain d'Henri V, et Lefebvre de Saint-Remy, gentilhomme picard, du parti bourguignon, qui suivit l'armée d'Henri. Il n'y a qu'un témoin de l'autre parti, Jean de Vaurin, qui n'ajoute guère au récit des autres. Je suivrai volontiers les témoignages anglais. L'historien français qui raconte ce grand malheur national doit se tenir en garde contre son émotion, doit s'informer de préférence dans le parti ennemi.
168—page 248—Le duc de Lorraine à lui seul amenait cinquante mille hommes...
Lettre du gouverneur de Calais Bardolf, au duc de Bedford: «Plaise à vostre Seigneurie savoir, que par les entrevenans divers et bonnes amis, repairans en ceste ville et marche, aussi bien hors des parties de Fraunce, comme de Flaundres, me soit dit et rapporté plainement que sans faulte le Roi nostre Seigneur... ara bataille... au plus tarde, deins quinsze jours... que le duc de Lorenne ait assembleie... bien cinquant mille hommes, et que, mes qu'ils soient tous assemblées, ilz ne seront moins de cent mille ou pluis.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 147, 7 octobre 1415.)
169—page 249—Des Picards se joignirent aux Anglais, et peut-être les guidèrent...
Lorsqu'on voit un de ces Picards, l'historien Lefebvre de Saint-Remy, après avoir combattu pour les Anglais à Azincourt, devenir le confident de la maison de Bourgogne, la servir dans les plus importantes missions (Lefebvre, prologue, t. VII, p. 258), et enfin vieillir dans cette cour comme héraut de la Toison d'or, on est bien tenté de croire que Lefebvre, quoique jeune alors, fut l'agent bourguignon près d'Henri V. Il ne vint pas seulement pour voir la bataille; les détails minutieux qu'il donne (p. 499) portent à croire qu'il suivit l'armée anglaise, dès son entrée en Picardie. V. sur Lefebvre la Notice de mademoiselle Dupont (Bulletin de la Société de l'histoire de France, tome II, 1re partie). La savante demoiselle a refait toute la vie de Lefebvre; elle a prouvé qu'il avait généralement copié Monstrelet; il me paraît toutefois qu'en copiant il a quelque peu modifié le récit des faits dont il avait été témoin oculaire.
170—page 250—Un homme du pays vint dire, etc.
Les deux Bourguignons Monstrelet et Lefebvre ne disent rien de ceci. Ce sont les Anglais qui nous l'apprennent: «But suddenly, in the midst of their despondency, one of the villagers communicated to the king the invaluable information...» (Turner, t. II, p. 423.)
171—page 251—Le duc de Berri voulait que les partis d'Orléans et de Bourgogne envoyassent chacun cinq cents lances...
Il avait d'abord fait écrire en ce sens aux deux ducs, avec défense de venir en personne; c'est ce qu'assure le duc de Bourgogne dans la lettre au roi. (Juvénal des Ursins, p. 299.)
172—page 253—Bataille d'Azincourt...
Lefebvre, t. VIII, p. 511.—Religieux, ms., 945 verso.—Jehan de Vaurin, Chroniques d'Angleterre, vol. V, partie I, chap. IX, folio 15, verso; ms. de la Bibliothèque royale, no 6756.—Jean de Vaurin était à la bataille, comme Lefebvre, mais de l'autre côté: «Moy, acteur de ceste euvre, en sçay la vérité, car en celle assemblée estoie du costé des François.»
173—page 260—Alors survinrent les Anglais, etc.
«Ictus reiterabant mortales, inusitato etiam armorum genere usi quisque eorum in parte maxima clavam plumbeam gestabant, quæ capiti alicujus afflicta mox illum præcipitabat ad terram moribundum.» (Religieux de Saint-Denis, ms., fol. 950.)
174—page 260—Puis, c'est le duc d'Alençon, etc.
Cet embellissement est de la façon de Monstrelet, t. III, p. 355. Il le place hors du récit de la bataille, après la longue liste des morts. Lefebvre, témoin oculaire, n'a pu se décider à copier ici Monstrelet.
175—page 262—Le lendemain le vainqueur prit ou tua ce qui pouvait rester en vie...
Lefebvre, t. VIII, p. 16-17.—Monstrelet, t. III, p. 347. Je ne sais d'après quel auteur M. de Barante a dit: «Henri V fit cesser le carnage et relever les blessés.» (Hist. des ducs de Bourgogne, 3e édit., t. IV, p. 250.)
176—page 262, note 3—Le connétable d'Albret...
Le Religieux revient fréquemment (fol. 940, 946, 948) sur ces bruits de trahison, qui probablement circulaient surtout à Paris, sous l'influence secrète du parti bourguignon.—Nulle part ces accusations ne sont exprimées avec plus de force que dans le récit anonyme qu'a publié M. Tailliar: «Charles de Labrech, connétable de Franche, alloit bien souvent boire et mangier avec le Roi en l'ost des Englès... Li connétables se tenoit en ses bonnes villes et faisoit défendre de par le roi de Franche que on ne le combattesit nient.» Cette dernière accusation, si manifestement calomnieuse, ferait soupçonner que cette pièce est un bulletin du duc de Bourgogne. Au reste, l'auteur confond beaucoup de choses; il croit que c'est Clignet de Brabant qui pilla le camp anglais, etc. Dans la même page, il appelle Henri V tantôt roi de France, tantôt roi d'Angleterre. (Archives du nord de la France et du midi de la Belgique (Valenciennes), 1839.)
177—page 263—Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts la charité d'une fosse...
Monstrelet, t. III, p. 358. Selon le récit anonyme publié par M. Tailliar, on ne put jamais savoir le vrai nombre des morts; ceux qui les avaient enfouis, jurèrent de ne point le révéler. (Archives du nord de la France (Valenciennes), 1839.)
178—page 266—Les Français nourrirent les Anglais...
«De suis victualibus refecerunt.» (Walsingham, p. 342.)—Walsingham ajoute une observation de la plus haute importance: «Nempe mos est utrique genti, Angliæ scilicet atque Galliæ, licet sibimet in propriis sint infesti regionibus, in remotis partibus tanquam fratres subvenire, et fidem ad invicem inviolabilem observare.» (Walsingham, ibid.)—C'est qu'en effet, ce sont des frères ennemis, mais après tout des frères.
179—page 266—... des vers charmants, pleins de bonté et de douceur d'âme...
Malgré cette douceur de caractère, Charles d'Orléans avait eu quelques pensées de vengeance après la mort de son père. Les devises qu'on lisait sur ses joyaux, d'après un inventaire de 1409, semblent y faire allusion: «Item une verge d'or, ou il a escript, Dieu le scet.—Item une autre verge d'or où il est escript, il est loup.—Item une autre verge d'or plate en laquelle est escript, Souviegne vous de.—Item deux autres verges d'or es quelles est escript, Inverbesserin.—Item ung bracelet d'argent esmaillié de vert et escript, Inverbesserin. (Inventaire des joyaulx d'or et d'argent, que monseigneur le duc d'Orléans a pardevers lui, fait à Blois en la présence de mondit seigneur, par monseigneur de Gaule et par monseigneur de Chaumont, le IIIe jour de décembre, lan mil CCCC et neuf, et escript par moy Hugues Perrier, etc.» Cette pièce curieuse a été trouvée dans les papiers des Célestins de Paris. Archives du royaume, L, 1539.)
180—page 266—Charles d'Orléans passa de longues années à Pomfret, traité honorablement...
V. le détail curieux d'un achat de quatorze lits pour les principaux prisonniers: oreillers, traversins, couvertures, plume, satin, toile de Flandre, etc. (Rymer, 3e édit., t. IV, p. I, p. 155, mars 1416.)
181—page 267—Notre Béranger du quinzième siècle...
Pour compléter un Béranger de ce temps-là, il faudrait joindre à Charles d'Orléans Eustache Deschamps. Il représente Béranger par d'autres faces, par ses côtés patriotique, satirique, sensuel, etc. V. la pièce: «Paix n'aurez jà, s'ils ne rendent Calais», p. 71.—Il s'élève quelquefois très haut. Dans la ballade suivante, il semble comprendre le caractère titanique et satanique de la patrie de Byron. V. mon Introduction à l'Histoire universelle:
Selon le Brut, de l'isle des Géans,
Qui depuis fut Albions appelée,
Peuple maudit, tar dis en Dieu créans,
Sera l'isle de tous poins désolée.
Par leur orgueil vient la dure journée
Dont leur prophète Merlin
Pronostica leur dolereuse fin,
Quant il escript: Vie perdrez et terre.
Lors monstreront estrangiez et voisins:
Au temps jadis estoit cy Angleterre.
............
Visaige d'ange portez (angli angeli), mais la pensée
De diable est en vous tou dis sortissans
À Lucifer. . . . .
Destruîz serez; Grecs diront et Latins:
Au temps jadis estoit cy Angleterre.
182—page 267—Le sourire y est près des larmes...
«Fortune, vueilliez-moi laisser», p. 170 (Poésies de Charles d'Orléans, éd. 1803).—«Puisque ainsi est que vous allez en France, Duc de Bourbon, mon compagnon très-cher», p. 206.—«En la forêt d'ennuyeuse tristesse», p. 209.—«En regardant vers le pays de France», p. 323.—«Ma très doulce Valentinée, Pour moy fustes-vous trop tôt née», p. 269.
C'est l'inspiration des vers de Voltaire:
Si vous voulez que j'aime encore,
Rendez-moi l'âge des amours...
Et celle de Béranger:
Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse,
Vous vieillirez, et je ne serai plus...
183—page 268, note 1—Il y a pourtant un vif mouvement de passion, etc.
Le pauvre prisonnier eut encore un autre malheur: il fut toujours amoureux; bien des vers furent adressés par lui à une belle dame de ce côté-ci du détroit. Les Anglaises, probablement meilleures pour lui que les Anglais, n'en ont pas gardé rancune, s'il est vrai qu'en mémoire de Charles d'Orléans et de sa mère Valentine, elles ont pris pour fête d'amour la Saint-Valentin. V. Poésies de Charles d'Orléans, éd. 1803.
184—page 268—C'est l'alouette, rien de plus...
Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie...
(Idem, p. 257.)
Ces jolis chants d'alouette font penser à la vieille petite chanson, incomparable de légèreté et de prestesse:
J'étais petite et simplette
Quand à l'école on me mit
Et je n'y ai rien appris...
Qu'un petit mot d'amourette...
Et toujours je le redis,
Depuis qu'ay un bel amy.
185—page 271—Moururent en quelques mois... le dauphin, etc.
«Ce dit jour Mons. Loiz de France, ainsné filz du Roy, notre Sire, Dauphin de Viennoiz et duc de Guienne, moru, de laage de vint ans ou environ, bel de visaige, suffisamment grant et gros de corps, pesans et tardif et po agile, voluntaire et moult curieux à magnificence dabiz et joiaux circa cultum sui corporis, désirans grandement grandeur, oneur de par dehors, grant despensier à ornemens de sa chapelle privée, à avoir ymages grosses et grandes dor et dargent, qui moult grant plaisir avoit à sons dorgues, lesquels entre les autres oblectacions mondaines hantoit diligemment, si avoit-il musiciens de bouche ou de voix, et pour ce avoit chapelle de grant nombre de jeune gent; et si avoit bon entendement, tant en latin que en françois, mais il emploioit po, car sa condicion estoit demploier la nuit à veiller et po faire, et le jour à dormir; disnoit à III ou IV heures après midi, et soupoit à minuit, et aloit coucher au point du jour et à soleil levant souvant, et pour ce estoit aventure qu'il vesquit longuement.» (Archives du royaume, Registres du Parlement, Conseil, XIV, f. 39, verso, 19 décembre 1415.)
186—page 271, note 3—Les Anglais chantaient des Te Deum et des ballades.
As the King lay musing on his bed,
He thought himself upon a time,
Those tributes due from the French King,
That had not been paid for so long a time
Fal, lal, lal, lal, laral, laral, la.
He called unto his lovely page,
His lovely page away came he..., etc.
(Ballade citée par Sir Harris Nicolas, Azincourt, p. 78.)
187—page 274—Plutôt que de recevoir les Gascons, Rouen tua son bailli, etc.
M. Chéruel a trouvé des détails curieux dans les archives de Rouen. (Chéruel, Histoire de Rouen sous la domination anglaise, p. 19. Rouen, 1840.)
188—page 276—Le roi d'Angleterre exceptait de la capitulation quelques-uns des assiégés, etc.
«Ut rei læsæ majestatis.» (Religieux, ms., folio 79.) Ce point de vue des légistes anglais qui suivaient le roi est mis dans son vrai jour au siège de Meaux. (Ibid., folio 176.)
189—page 277, note 2—Armagnac persévérait dans son attachement à Benoît XIII...
V. la déclaration de la reine contre lui. (Ordonnances, t. X, p. 436.)
190—page 279—Un Lambert commença à pousser le peuple au massacre des prisonniers...
Le Bourgeois devient poète tout à coup, pour parer le massacre de mythologie et d'allégories: «Le dimanche ensuivant, 12 jour de juing, environ onze heure de nuyt, on cria alarme, comme on faisoit souvent alarme à la porte Saint-Germain, les autres crioient à la porte de Bardelles. Lors s'esmeut le peuple vers la place Maubert et environ, puis après ceulx de deçà les pons, comme des halles, et de Grève et de tout Paris, et coururent vers les portes dessus dites; mais nulle part ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la Déesse de Discorde, qui estoit en la tour de Mauconseil, et esveilla Ire la forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, et prindrent armes de toutes manières, et boutèrent hors d'avec eulx Raison, Justice, Mémoire de Dieu... Et n'estoit homme nul qui, en celle nuyt ou jour, eust osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée. Car Ire les avoit mise en si profonde fosse, qu'on ne les pot oncques trouver toute celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le Prévost de Paris au peuple, et le seigneur de L'Isle-Adam, en leur admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie respondirent par la bouche du peuple: Malgrebieu, Sire, de vostre justice, de vostre pitié et de vostre raison: mauldit soit de Dieu qui aura la pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys, ne que de chiens; car par eulz est le royaulme de France destruit et gasté, et si l'avoient vendu aux Angloys.» (Journal du Bourgeois de Paris, t. XV, p. 234.)
191—page 280—Seize cents personnes périrent, etc.
Monstrelet, t. IV, p. 97.—Le greffier dit moins: «Jusques au nombre de huit cens personnes et au-dessus, comme on dit.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, f. 139.)
192—page 281—Tout est tué au petit Châtelet...
«Tuèrent bien trois cens prisonniers.» (Monstrelet, t. IV, p. 120.) «Durant laquelle assemblée et commocion, furent tuez et mis à mort environ de quatre-vingt à cent personnes, entre lesquelles y ot trois ou quatre femmes tuées, si comme on disoit...» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, folio 142, verso, 21 août.)
193—page 283—Un traité récent avec les Anglais ne permettait pas au duc de Bourgogne d'appeler les Flamands...
Le traité probablement ne concernait que la Flandre. Tout le monde croyait que dans une entrevue avec Henri V à Calais il s'était allié à lui. Il existe un traité d'alliance et de ligue, où le duc reconnaît les droits d'Henri à la couronne de France, mais cet acte ne présente ni date précise ni signature. Il est probable que Jean-sans-Peur fit entendre au roi d'Angleterre que, s'il l'aidait activement, c'en était fait du parti bourguignon en France, qu'il servirait mieux les Anglais par sa neutralité que par son concours. (Rymer, 3e éd., t. IV, pars I, p. 177-178, octobre 1416.)
194—page 285—Chacun des princes prisonniers n'eut qu'un serviteur français...
Selon le Religieux. Mais Rymer indique un plus grand nombre.
195—page 287—Alain Blanchard...
Sur Alain Blanchard, V. la notice publiée par M. Auguste Le Prévôt, en 1826, l'Histoire de Rouen sous les Anglais, par M. Chéruel (1840), et l'Histoire du privilège de Saint-Romain, par M. Floquet, t. II, p. 548.
196—page 287—Le peuple de Rouen sortait à la fois par toutes les portes...
M. Chéruel, p. 46, d'après la chronique versifiée d'un Anglais qui était au siège. (Archæologia Britannica, t. XXI, XXII.) Ce curieux poème a été traduit par M. Potier, bibliothécaire de Rouen.
197—page 288—Rouen était plein de nobles et croyait être trahi.
«Les Engloys descendirent à la Hogue de Saint-Vaast, dimence 1er jour d'aost 1416, adonc estoit le dalphin de Vyane à Rouen avec sa forche; et de là se partit à soy retraire à Paris, et laissa l'ainsné filz du comte de Harcourt, chapitaine du chastel et de la ville, et M. de Gamaches, bailly de la dicte ville, avenc grant quantité d'estrangiers qui gardoient la ville et la quidèrent pillier; mès l'en s'en aperchut, et y out sur ce pourvéanche. Mais nonostant tout, fut levé en la ville une taille de 16,000 liv. et un prest de 12,000, et tout poié dedens la my-aost ensuivant. Et fu commenchement de malvèse estrenche; et puis touz s'en alèrent au dyable. Et après euls y vint M. Guy le Bouteiller, capitaine de la ville, de par le duc de Bourgongne, avec 1,400 ou 1,500 Bourguégnons et estrangiers, pour guarder la ville contre les Engloys; mais ils estoient miez Engloys que Franchoiz; les quiez estoient as gages de la ville, et si destruioient la vitaille et la garnison de la ville.» (Chronique ms. du temps, communiquée par M. Floquet.)