Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à pareilles images.
Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées Sagkokok, qui représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de parties égales. Lederer (Journal des Savants, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes rouges.
Langage au moyen des gestes.
Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé: De numerorum notatione per gestum digitorum (Paris, 1614, in-8o); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les Eclogæ physicæ de Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on trouve, chez Pétrone, l'expression de manus loquaces.
Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit un traité De loquela per gestum digitorum, traité qui est compris dans le volumineux recueil de ses œuvres[6].
Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit quinault l'Angloys qui arguoyt par signes.
D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la Société philosophique de l'Amérique du Nord, il se rencontre, parmi les nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et d'à-propos.
Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons de mentionner un alphabet qu'on peut appeler alphabet facial.
M. Bertin, dans son Système universel et complet de sténographie (Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées o et u, et il exprime par un même signe les lettres telles que g et j, q et k, qui donnent des sons à peu près identiques.
On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.
Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la seconde.
Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»
Langage des fleurs.
C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des fleurs a pris naissance; il fait partie des mœurs orientales. «Les Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle les caractères, et cependant la liberté de nos mœurs l'a relégué parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à ses projets, mais une tulipe au cœur noir et aux pétales enflammés lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»
Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.
Un œillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au moral.
L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.
Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:
D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message:
«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle jeune fille, et qui veut t'épouser.»
Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, œillet d'un brun sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.
Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en reproduisons fidèlement le style suranné:
Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations sont très-contestables.
Des alphabets factices.
Vigenère, dans son Traité des chiffres, Duret, dans son Trésor des langues, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:
«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»
Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps.
On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:
«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»
Artifices imaginés pour déguiser des dates.
Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris.
Ce livre fut tout parfait
Eu jueillet, comme trouverez:
Pour le savoir dimynuerez
Ces diverses lignes par trait.
Vous prandrez la teste d'un moyne,
De deux cordeliers, d'un chanoyne;
Et puis un () party en dux.
Vous lairrez la teste Jhesus,
Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
Et prendrez un X à cop.
Puis adjoustez en ceste ryme
Ung Signe prince en algorithme:
Si congnoistrez qu'il fut parfait
Le XXIIIe jueillet.
On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez goûté de son temps.
La tête d'un Moyne, (M) mille.
Y ajouter celles de deux Cordeliers et d'un Chanoine, (CCC) trois cents.
Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.
Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques et de Jacob (4 à soustraire).
Prendre ensuite un X (10).
La difficulté consiste à savoir ce que signifie ung N prise en algorithme. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la rime, est algorisme, algorismus, que le dictionnaire de Du Cange explique par arithmetica, numerandi ars. La lettre qu'il s'agit de considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve 1512.
Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est citée dans la Notice de M. du Sommerard sur l'hôtel de Cluny.
| D'un mouton et de cinq chevaux | M. CCCCC |
| Toutes les têtes prendrez, | |
| Et à icelles sans nuls travaux | |
| La queue d'un veau vous joindrez, | V |
| Et au bout adjouterez | |
| Tous les quatre pieds d'une chatte: | IIII |
| Rassemblez, et vous apprendrez | |
| L'an de ma façon et ma date. | |
| ———————— | |
| M. CCCCC. V. IIII | |
| (1509) |
Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même genre; mentionnons-en deux exemples:
Le Doctrinal du temps présent, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:
Un treppier et quatre croissans
Par six croix auec sy nains faire.
Vous feront estre congnoissans,
Sans faillir, de mon miliaire.
Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.
Un petit volume très-rare, le Passe-temps et le Songe du triste, publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:
L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.
Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX. CCCCC. M.
Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs noms.
Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.
Le Formulaire fort récréatif de tous contratz... fait par Bredin, Lyon, 1594.
Les mots Bonté ny soit, sont en guise de signature à la fin de l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: Benoist (du) Troncy.
Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont vivement recherchées des bibliophiles (les Propos rustiques et les Baliverneries d'Eutrapel), cacha son nom sous l'anagramme de Léon Ladulfi; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, donna ses écrits sous la signature du comte d'Alsinois. Le chevalier de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie Collection des petits classiques françois (1825, 9 vol. in-16), n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public lorsqu'il se présenta sous le nom d'Aceilly.
Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons Ancillon, signant du nom de Ollincan son Traité des eunuques; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'œuvre du sieur de La Mothes Josseval d'Aronsel; nous retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un recueil facétieux devenu rare (la Nouvelle Fabrique des excellens traits de vérité), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du Gargantua et du Pantagruel, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui d'Alcofribas Nasier.
Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait qu'Euforbo Melesigenio désigne Calazo; c'est sous le nom d'Eritisco Pilenejo que Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni sa traduction d'Anacréon.
Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'œuvre du bonze Esiab-luc et comme ayant été imprimé à Emeluogna.
Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de son cœur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des chapitres de cet ouvrage:
POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.
L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances placées au commencement du premier volume et dont voici l'interprétation: Luis Hurtado, autor, al lector da salud.
Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le Messagier damours, révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de l'auteur, Pilvelin.
De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.
Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous pouvons en citer plusieurs exemples.
Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de Lasphrise, a placé, dans ses Œuvres poétiques (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier et dont voici le début:
Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne
Tois enud elliv gruob uo egalliv.
Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que chaque mot doit être lu de droite à gauche.
«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il commence ainsi:
Cerdis zerom deronty toulpinié
Pareis hurlin linor orifieux.
Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un pareil emploi des facultés intellectuelles.
Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En feuilletant l'édition de ses Poemata (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8o), nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), in meretricem lascivam, est en partie chiffrée;
Le second vers est exprimé sous cette forme:
Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
et le dernier:
Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
La Biographie universelle, dans l'article consacré au trop célèbre marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande partie, en chiffres dont il avait seul la clef.
Nous rencontrons deux ou trois pages chiffrées dans une composition spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la Physiologie du mariage, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation XXV le paragraphe intitulé: des Religions et de la Confession considérées dans leur rapport avec le mariage, vous y lirez ce qui suit:
«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
«Lsuotru e-nedtnim dbreaus jivec udnt lett emrnu eaCmetss esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeusg ienqseuedroteapt...»
Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la Physiologie du mariage ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.
Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de celles que nous signalons ici.
Les Œuvres poétiques du sieur de La Charnais, gentilhomme nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres exemples.
Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le Scarabée d'or (the Gold-Bug), raconté comment un homme, doué d'une intelligence pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:
53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)
En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le caractère 8 se présentait 33 fois,
| ; | 26 fois, |
| 4 | 19 fois, |
| +) | 16 fois; |
en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.
Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous ses yeux.
Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
Les Princesses malabares: ce livre irréligieux, attribué à Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:
Mison (Simon), saint Pierre; Tuotalic, catholique; Rasoni, raison; Roligine, Religion; Ema, âme; Chéterine, chrétienne; Gélise, église; Vaddi, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:
Les Aventures de Pomponius (par Labadie), Rome (Hollande), 1725. Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de l'anagramme: Relosan, Orléans; Lauges, Gaules; Cilopang, Polignac; Judosb, Dubois; Nedoc, Condé; Xeamu, Meaux.
Dans les Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de la vertueuse princesse Oribelle, par Rétif de la Bretonne, tous les noms sont travestis: Rousseau devient Assuero, et Voltaire Iratlove.
N'oublions pas les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone (par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses Mélanges extraits d'une petite bibliothèque, où il a également placé la clef d'une nouvelle de Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre Charles II et ses favorites: Hattigé, ou les Amours du roi de Tamaran, Cologne, 1676.
Les Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans, présentent un mystère qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: Louis XV, roi des Français.
Indiquons encore:
Les Visites, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
Voyage du Vallon tranquille (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
Histoire de la princesse de Paphlagonie, par mademoiselle de Montpensier.
Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique, avec la clef, par Chevrier, La Haye, 1767.
Galerie des États généraux (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le Cymbalum mundi, de Bonaventure Des Periers.
M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production bizarre et hardie, petit chef-d'œuvre d'esprit et de raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième siècle.»
Le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, par Somaize, 1661, n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
Vogt, dans son Catalogus librorum rariorum, mentionne un recueil de poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. Les noms y sont anagrammatisés; Madaavemania est l'âme (anima) d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (Christus); Rifeluc est Lucifer; Moscos désigne Cosmos, le Monde, etc.
Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, intitulé les Mille et une Faveurs, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur.
Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée.
Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui déroute l'observateur.
Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.
La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou tel caractère à telle ou telle lettre.
Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés deviennent de plus en plus sérieuses:
Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
A
B
C
abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
D
E
F
bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
G
H
I
K
fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
L
M
pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:
| 14 | f | 3 | d |
| 14 | i | 2 | b |
| 12 | b | 2 | n |
| 11 | e | 2 | p |
| 10 | g | 1 | o |
| 9 | c | 1 | q |
| 8 | h | 1 | r |
| 8 | k | 1 | s |
| 5 | m | 1 | t |
| 4 | a | ||
Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.
Je vois d'abord que h i k f se trouvent en deux endroits (B, M); que i k f se trouvent en un seul (F); enfin, que h e k f (C) et h i k f (B, M) ont du rapport entre eux.
D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, ce qu'on indique par les deux points:
Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans amant, legunt, docent, etc.; donc i, e sont probablement des voyelles.
Puisque f m f (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut raisonnablement conjecturer que m ou f est voyelle, car un mot n'a jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est probable que c'est f puisque f se trouve quatorze fois et m seulement cinq; donc m est consonne.
De là allant à K ou g b f b c b g, on voit que, puisque f est voyelle, b sera consonne dans le b f b, par les mêmes raisons que ci-dessus; donc c sera voyelle, à cause de b c h.
Dans L ou g b g r b, b est consonne; r sera consonne, parce qu'il n'y a qu'un r dans tout l'écrit; donc g est voyelle.
Dans D ou f c g f g, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en prenant f c g, pour voyelles; donc ce n'est pas f, mais m qui est voyelle, et f consonne; donc b est voyelle (voyez K). Dans cet endroit K, on a la voyelle b trois fois, séparée seulement par une lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se rencontre, tels que edere, legere, munere, si tibi, etc., et comme c'est la voyelle e qui est le plus fréquemment dans ce cas, il faut en conclure que b correspond probablement à l'e, et i à r.
En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:
Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.
Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.
Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le déchiffrement d'un écrit en langue française.
Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne la voyelle e.
Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, comme dans désirée, fusée, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que ce signe représente l'e. La voyelle e, dans un mot de deux lettres, est toujours précédée des consonnes c d j l m n s t ou suivie de celles n t.
Indépendamment de l'interjection o, qui n'est guère employée dans une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, forment un mot complet. Ces lettres sont a et y. Si l'on trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à une de ces deux lettres.
Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle a, elle précède d'ordinaire les lettres h, i, u, comme dans ah ai au, ou bien elle est après les lettres l, m, n, s, t, comme dans la, ma, sa, ta.
Des diphthongues, ai, au, eu, oi, ou, la dernière est celle qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.
Lorsque la lettre e est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, r ou s.
Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement d'un e.
Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes b, f, g, h, p, q.
Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans été, ici, non, ses.
Supposons que vous avez découvert le monosyllabe le et que vous ayez un autre mot de trois lettres dont les premières sont l et e, vous jugerez que la troisième est un s, attendu qu'elle est la seule qui, dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe le et former le mot les. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot les, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un e et un s, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore inconnu, doit être la lettre t, et que ces trois signes expriment le mot: est.
Ayant découvert la lettre s, vous examinerez si elle ne se trouve pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre e, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un a ou un i. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre l; en ce cas, vous serez certain que c'est un i. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre l, vous en conclurez qu'il désigne l'a.
Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou lettres, savoir les trois voyelles a e i, et les trois consonnes l s t, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot lettre, où tout se trouvera connu, excepté la lettre r, lettre que dès ce moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot cette, où tout sera connu excepté la lettre c, le mot ville où la lettre v seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.
Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.
Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir en vue pour divers idiomes européens.
En anglais, l'e est la voyelle qui revient le plus fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un a comme dans earl (comte), great, reason. L'o est commun dans les mots formés de deux lettres; il est maintes fois accompagné du w, comme dans grow, know, narrowly. L'y se rencontre souvent à la fin des mots et presque jamais au milieu. L'article indéclinable the (le, la, les) reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des mots, sont ll et ss.
En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre voyelles, a, e, i, o; l'u est rare en pareil cas. Che est le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est gli, n'offre un l pour lettre du milieu.
La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que arrepentimiento, verdaderamente. La voyelle o est celle qui est la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de l's, comme dans nosotros, votos. Au milieu des mots, u est fréquemment suivi d'un e; vuestro, ruego.
Passons à l'allemand. L'e est la voyelle la plus usitée; elle se présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en er, es, en ou et. L'n est la consonne qui revient le plus souvent; l'a n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois lettres; la consonne c est toujours liée au h ou au k. Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation o! On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en enn, wenn et denn. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: bald, dein, doch, etwn, Hand.
C. A. Kortum, dans ses Principes (en allemand) de la science du déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande, donne à ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
La première ne présente que des lettres:
Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres et les mots ne sont pas séparés:
64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de l'orthographe.
En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts infructueux.
C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées de voir que leur secret n'en était pas un.
Voici un fait de ce genre.
M. Decremps, auteur de la Magie blanche dévoilée, se vantait de parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre a; que l'e était rendu par une tête vue de profil, et l'i par la figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.
On donne le nom d'encre de sympathie aux substances dont on fait usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.
Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en secret.
Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent être lus nettement et sans difficulté.
On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.
Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque poudre.
On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées et elle la fait revivre.
Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour.
L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.
On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le papier est fortement échauffé.
Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
Avec du jus de cerise, verdâtre;
Avec du jus d'oignon, noirâtre;
Avec du jus de citron, brun;
Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli dans une certaine quantité d'eau.
Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une troisième fois.
Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre pendant quelques moments.
Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place celle qui était invisible.
L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.
Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil, reparaîtront au bout d'une heure ou deux.
Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose: l'escriture apparoistra noire.
«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur substance, sans que rien paroisse dehors.
«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache.
Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.
L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.
Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant une nuit dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la cire, écaillez l'œuf et mettez la coquille entre votre œil et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la coquille de l'œuf: faites durcir un œuf, enduisez-le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'œuf de belles lettres couleur de safran.
Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.