Ce n'est point près des rois que l'on fait sa fortune:
Quelqu'ingrate beauté qui nous donne des lois,
Encor en tire-t-on un souris quelquefois.

C'est ce goût pour les femmes, dont il parle sans cesse, comme l'Arioste, en bien et en mal, qui lui dicta ses contes, se reproduit sans danger et avec tant de grâces dans ses fables mêmes, et conduisit sa plume dans son roman de Psyché. Cette déesse nouvelle, que le conte ingénieux d'Apulée n'avait pu associer aux anciennes divinités de la poésie, reçut de la brillante imagination de La Fontaine une existence égale à celle des dieux d'Hésiode et d'Homère, et il eut l'honneur de créer comme eux une divinité. Il se plut à réunir en elle seule toutes les faiblesses des femmes, et, comme il le dit, leurs trois plus grands défauts: la vanité, la curiosité et le trop d'esprit; mais il l'embellit en même temps de toutes les grâces de ce sexe enchanteur. Il la place ainsi au milieu des prodiges de la nature et de l'art, qui s'éclipsent tous auprès d'elle. Ce triomphe de la beauté, qu'il a pris tant de plaisir à peindre, demande et obtient grâce pour les satires qu'il se permet contre les femmes, satires toujours générales: et dans cette Psyché même, il place au tartare

Ceux dont les vers ont noirci quelque belle.

Aussi ses vers et sa personne furent-ils également accueillis de ce sexe aimable, d'ailleurs si bien vengé de la médisance par le sentiment qui en fait médire. On a remarqué que trois femmes furent ses bienfaitrices, parmi lesquelles il faut compter cette, fameuse duchesse de Bouillon qui, séduite par cet esprit de parti, fléau de la littérature, se déclara si hautement contre Racine; car ce grand tragique, qu'on a depuis appelé le poète des femmes, ne put obtenir le suffrage des femmes les plus célèbres de son siècle, qui toutes s'intéressaient à la gloire de La Fontaine. La gloire fut une de ses passions les plus constantes; il nous l'apprend lui-même:

Un vain bruit et l'amour ont occupé mes ans;

et dans les illusions de l'amour même, cet autre sentiment conservait des droits sur son cœur.

Adieu, plaisir, honneurs, louange bien aimée,

s'écriait-il dans le regret que lui laissaient les momens perdus pour sa réputation. Ce ne fut pas sans doute une passion malheureuse: il jouit de cette gloire si chère, et ses succès le mirent au nombre de ces hommes rares à qui le suffrage public donne le droit de se louer eux-mêmes sans affliger l'amour-propre d'autrui. Il faut convenir qu'il usa quelquefois de cet avantage; car, tout étonnant que paraît La Fontaine, il ne fut pourtant pas un poète sans vanité. Mais, ne se louant que pour promettre à ses amis

Un temple dans ses vers,

pour rendre son encens plus digne d'eux, sa vanité même devint intéressante, et ne parut que l'aimable épanchement d'une âme naïve, qui veut associer ses amis à sa renommée. Ne croirait-on pas encore qu'il a voulu réclamer contre les portraits qu'on s'est permis de faire de sa personne, lorsqu'il ose dire:

Qui n'admettrait Anacréon chez soi?
Qui bannirait Waller et La Fontaine?

Est-il vraisemblable, en effet, qu'un homme admis chez les Conti, les Vendôme, et parmi tant de sociétés illustres, fût tel que nous le représente une exagération ridicule, sur la foi de quelques réponses naïves échappées à ses distractions? La grandeur encourage, l'orgueil protège, la vanité cite un auteur illustre, mais la société n'appelle ou n'admet que celui qui sait plaire; et les Chaulieu, les Lafare, avec lesquels il vivait familièrement, n'ignoraient pas l'ancienne méthode de négliger la personne en estimant les écrits. Leur société, leur amitié, les bienfaits des princes de Conti et de Vendôme, et dans la suite ceux de l'auguste élève de Fénélon, récompensèrent le mérite de La Fontaine, et le consolèrent de l'oubli de la cour, s'il y pensa.

C'est une singularité bien frappante de voir un écrivain tel que lui, né sous un roi dont les bienfaits allèrent étonner les savans du nord, vivre négligé, mourir pauvre, et près d'aller dans sa caducité chercher, loin de sa patrie, les secours nécessaires à la simple existence: c'est qu'il porta toute sa vie la peine de son attachement à Fouquet, ennemi du grand Colbert. Peut-être n'eût-il pas été indigne de ce ministre célèbre de ne pas punir une reconnaissance et un courage qu'il devait estimer. Peut-être, parmi les écrivains dont il présentait les noms à la bienfaisance du roi, le nom de La Fontaine n'eût-il pas été déplacé; et la postérité ne reprocherait point à sa mémoire d'avoir abandonné au zèle bienfaisant de l'amitié, un homme qui fut un des ornemens de son siècle, qui devint le successeur immédiat de Colbert lui-même à l'Académie, et le loua d'avoir protégé les lettres. Une fois négligé, ce fut une raison de l'être toujours, suivant l'usage, et le mérite de La Fontaine n'était pas d'un genre à toucher vivement Louis XIV. Peut-être les rois et les héros sont-ils trop loin de la nature pour apprécier un tel écrivain: il leur faut des tableaux d'histoire plutôt que des paysages; et Louis XIV, mêlant à la grandeur naturelle de son âme quelques nuances de la fierté espagnole qu'il semblait tenir de sa mère, Louis XIV, si sensible au mérite des Corneille, des Racine, des Boileau, ne se retrouvait point dans des fables. C'était un grand défaut, dans un siècle où Despréaux fit un précepte de l'art poétique, de former tous les héros de la tragédie sur le monarque français[13]; et la description du passage du Rhin importait plus au roi que les débats du lapin et de la belette.

Malgré cet abandon du maître, qui retarda même la réception de l'auteur des fables à l'Académie française; malgré la médiocrité de sa fortune, La Fontaine (et l'on aime à s'en convaincre), La Fontaine fut heureux; il le fut même plus qu'aucun des grands poètes ses contemporains. S'il n'eut point cet éclat imposant attaché aux noms des Racine, des Corneille, des Molière, il ne fut point exposé au déchaînement de l'envie, toujours plus irritée par les succès de théâtre. Son caractère pacifique le préserva de ces querelles littéraires qui tourmentèrent la vie de Despréaux. Cher au public, cher aux plus grands génies de son siècle, il vécut en paix avec les écrivains médiocres; ce qui paraît un peu plus difficile, pauvre, mais sans humeur, comme à son insçu; libre des chagrins domestiques, d'inquiétude sur son sort, possédant le repos, de douces rêveries et le vrai dormir dont il fait de grands éloges: ses jours parurent couler négligemment comme ses vers. Aussi, malgré son amour pour la solitude, malgré son goût pour la campagne, ce goût si ami des arts auxquels il offre de plus près leur modèle, il se trouvait bien partout. Il s'écrie, dans l'ivresse des plus doux sentimens, qu'il aime à la fois la ville, la campagne; que tout est pour lui le souverain bien;

Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique,
Les chimères, le rien, tout est bon.

Il retrouve en tout lieu le bonheur qu'il porte en lui-même, et dont les sources intarissables sont l'innocente simplicité de son âme et la sensibilité d'une imagination souple et légère. Les yeux s'arrêtent, se reposent avec délices sur le spectacle d'un homme, qui, dans un monde trompeur, soupçonneux, agité de passions et d'intérêts divers, marche avec l'abandon d'une paisible sécurité, trouve sa sûreté dans sa confiance même, et s'ouvre un accès dans tous les cœurs, sans autre artifice que d'ouvrir le sien, d'en laisser échapper tous les mouvemens, d'y laisser lire même ses faiblesses, garans d'une aimable indulgence pour les faiblesses d'autrui. Aussi La Fontaine inspira-t-il toujours cet intérêt qu'on accorde involontairement à l'enfance. L'un se charge de l'éducation et de la fortune de son fils; car il avait cédé aux désirs de sa famille, et un soir il se trouva marié: l'autre lui donne un asile dans sa maison; il se croit parmi des frères; ils vont le devenir en effet, et la société reprend les vertus de l'âge d'or pour celui qui en a la candeur et la bonne foi. Il reçoit des bienfaits: il en a le droit, car il rendrait tout sans croire s'en être acquitté. Peut-être il est des âmes qu'une simplicité noble élève naturellement au-dessus de la fierté; et, sans blâmer le philosophe, qui écarte un bienfaiteur dans la crainte de se donner un tyran, sait se priver, souffrir et se taire, n'est-il pas plus beau, peut-être, n'est-il pas du moins plus doux de voir La Fontaine montrer à son ami ses besoins comme ses pensées, abandonner généreusement à l'amitié le droit précieux qu'elle réclame, et lui rendre hommage par le bien qu'il reçoit d'elle? Il aimait, c'était sa reconnaissance, et ce fut celle qu'il fit éclater envers le malheureux Fouquet J'admirerai sans doute, il le faut bien, un chef-d'œuvre de poésie et de sentiment dans sa touchante élégie sur cette fameuse disgrâce. Mais, si je le vois, deux ans après la chute de son bienfaiteur, pleurer à l'aspect du château où M. Fouquet avait été détenu; s'il s'arrête involontairement autour de cette fatale prison dont il ne s'arrache qu'avec peine; si je trouve l'expression de cette sensibilité, non dans un écrit public, monument d'une reconnaissance souvent fastueuse, mais dans l'épanchement d'un commerce secret, je partagerai sa douleur: j'aimerai l'écrivain que j'admire. O La Fontaine! essuie tes larmes, écris cette fable charmante des Deux Amis; et je sais où tu trouves l'éloquence du cœur et le sublime de sentiment: je reconnais le maître de cette vertu qu'il nomme, par une expression nouvelle, le don d'être ami. Qui l'avait mieux reçu de la nature ce don si rare? Qui a mieux éprouvé les illusions du sentiment? Avec quel intérêt, avec quelle bonne foi naïve, associant dans un même recueil plusieurs de ses immortels écrits à la traduction de quelques harangues anciennes, ouvrage de son ami Maucroix, ne se livre-t-il pas à l'espérance d'une commune immortalité? Que mettre au-dessus de son dévouement à ses amis, si ce n'est la noble confiance qu'il avait lui-même en eux? O vous! messieurs, vous qui savez si bien, puisque vous chérissez sa mémoire, sentir et apprécier ce charme inexprimable de la facilité dans les vertus, partage des mœurs antiques, qui de vous, allant offrir à son ami l'hospice de sa maison, n'éprouverait l'émotion la plus douce, et même le transport de la joie, s'il en recevait cette réponse aussi attendrissante qu'inattendue: J'y allais? Ce mot si simple, cette expression si naïve d'un abandon sans réserve, est le plus digne hommage rendu à l'humanité généreuse; et jamais bienfaiteur, digne de l'être, n'a reçu une si belle récompense de son bienfait.

Tel est l'image que mes faibles yeux ont pu saisir de ce grand homme, d'après ses ouvrages mêmes, plus encore que d'après une tradition récente, mais qui, trop souvent infidèle, s'est plu, sur la foi de quelques plaisanteries de société, à montrer, comme un jeu bizarre de la nature, un homme qui en fut véritablement un prodige; qui offrit le singulier contraste d'un conteur trop libre et d'un excellent moraliste; reçut en partage l'esprit le plus fin qui fut jamais, et devint en tout le modèle de la simplicité; posséda le génie de l'observation, même de la satire, et ne passa jamais que pour un bon homme; déroba, sous l'air d'une négligence quelquefois réelle, les artifices de la composition la plus savante; fit ressembler l'art au naturel, souvent même à l'instinct; cacha son génie par son génie même; tourna au profit de son talent l'opposition de son esprit et de son âme, et fut, dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus étonnant. Malgré ses défauts, observés même dans son éloge, il sera toujours le plus relu de tous les auteurs; et l'intérêt qu'inspirent ses ouvrages s'étendra toujours sur sa personne. C'est que plusieurs de ses défauts même participent quelquefois des qualités aimables qui les avaient fait naître; c'est qu'on juge l'homme et l'auteur par l'assemblage de ses qualités habituellement dominantes; et La Fontaine, désigné de son vivant par l'épithète de bon, ressemblance remarquable avec Virgile, conservera, comme écrivain, le surnom d'inimitable, titre qu'il obtint avant même d'être tout-à-fait apprécié, titre confirmé par l'admiration d'un siècle, et devenu, pour ainsi dire, inséparable de son nom.

FIN DE L'ÉLOGE DE LA FONTAINE.

NOTES
SUR
LES FABLES DE LA FONTAINE.

LIVRE PREMIER.

FABLE I.

Cette fable est une des plus faibles de La Fontaine. Elle n'est très-citée que parce qu'elle est la première. La fourmi qui paiera l'intérêt et le principal. Je chantais, eh bien! dansez maintenant. La brièveté la plus concise vaudrait mieux que ces prétendus ornemens.

V. 15. La fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.

Il y a là une équivoque, ou plutôt une vraie faute. La Fontaine veut dire que d'être prêteuse est son moindre défaut, pour faire entendre qu'elle ne l'est pas; et on peut croire qu'il dit que de n'être pas prêteuse est son moindre défaut, c'est-à dire qu'elle a de bien plus grands défauts que de ne pas prêter.

FABLE II.

C'est ici qu'on commence à trouver La Fontaine. Le discours du renard n'a que cinq vers, et n'en est pas moins un chef-d'œuvre. Monsieur du corbeau, pour entrer en matière; et à la fin, vous êtes le phénix, etc.

V. 14. Il est plaisant de mettre la morale dans la bouche de celui qui profite de la sottise: c'est le renard qui donne la leçon à celui qu'il a dupé, ce qui rend cette petite scène, en quelque sorte, théâtrale et comique.

Il est fâcheux que Monsieur rime avec Flatteur, c'est-à dire ne rime pas; mais c'était l'usage alors de prononcer l'r de monsieur. On tolère même de nos jours cette petite négligence au théâtre, parce qu'elle est moins remarquable.

FABLE III.

Cette petite fable est charmante par la vérité de la peinture, pour le dialogue des deux grenouilles, et pour l'expression élégante qui s'y trouve.

Plusieurs gens de goût blâment La Fontaine d'avoir mis la morale, ou à la fin, ou au commencement de chaque fable; chaque fable, disent-ils, contient sa morale dans elle-même: sévérité qui nous aurait fait perdre bien des vers charmans.

FABLE IV.

V. 5. Relevé. Mauvaise rime qu'on appelle suffisante; La Fontaine pouvait mettre d'un pas dégagé.

V. 6. Et faisait sonner sa sonnette.

Est un vers heureux, et d'harmonie imitative, qui s'est trouvé sous la plume de l'auteur.

La Fontaine ne manque pas, du moins autant qu'il le peut, l'occasion de mettre la morale de son Apologue dans la bouche d'un de ses acteurs. Cette fable des deux Mulets est d'une application bien fréquente.

V. 2. Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

Ce mulet-là fait songer à bien d'honnêtes gens.

FABLE V.

Cette fable du loup et du chien est parfaite d'un bout à l'autre; il n'y a à critiquer que l'avant-dernier vers.

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Un loup n'a que faire d'un trésor.

FABLE VI.

Voilà certainement une mauvaise fable que La Fontaine a mise en vers d'après Phèdre. L'association de ces quatre personnages est absurde et contre nature. Quel besoin le lion a-t-il d'eux pour chasser? ils sont eux-mêmes le gibier qu'il cherche. Si Phèdre a voulu faire voir qu'une association avec plus fort que soi est souvent dangereuse; il y avait une grande quantité d'images ou d'allégories qui auraient rendu cette vérité sensible. Voyez la fable du Pot de terre et du Pot de fer.

FABLE VII.

La Fontaine pour nous dédommager d'avoir fait une fable aussi mauvaise que l'est la précédente, lui fait succéder un apologue excellent, où il développe avec finesse et avec force le jeu de l'amour-propre de toutes les espèces d'animaux, c'est-à dire de l'homme, dont l'espèce réunit tous les genres d'amour-propre.

On ne finirait pas si on voulait noter tous les vers heureux de cette fable.

V. 23. Dame fourmi trouva le citron trop petit.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
V. 28. Lynx envers nos pareils et taupes envers nous.

Et les deux derniers vers.

C'est donc la faute à Jupiter si nous ne nous apercevons pas de nos propres défauts. Esope, que Phèdre a gâté en l'imitant, dit, et beaucoup mieux, chaque homme naît avec deux besaces, etc. De cette manière, la faute n'est point rejetée spécialement sur le fabricateur souverain. La Fontaine aurait mieux fait d'imiter Esope que Phèdre en cette occasion.

FABLE VIII.

Autre Apologue, excellent d'un bout à l'autre.

FABLE IX.

V. 27. Fi! Espèce d'interjection qu'on n'emploie que proverbialement et dans le style très-familier.

FABLE X.

Cette fable est connue de tout le monde, même de ceux qui ne connaissent que celle-là. Ce qui en fait la beauté, c'est la vérité du dialogue. Plusieurs personnes ne semblent voir dans cet Apologue qu'une vérité triviale, que le faible est opprimé par le fort. Ce ne serait pas la peine de faire une fable. Ce qui fait la beauté de celle-ci, c'est la prétention du loup qui veut avoir raison de son injustice, et qui ne supprime tout prétexte et tout raisonnement, que lorsqu'il est réduit à l'absurde par les réponses de l'agneau.

V. 19 et 20. Si je n'étais pas né ne rime pas avec l'an passé. Pure négligence.

FABLE XI.

Ce n'est point là une fable, quoiqu'en dise La Fontaine; c'est un compliment en vers adressé à M. le duc de la Rochefoucault sur son livre des Maximes. Un homme qui s'enfuit dans le désert pour éviter des miroirs: c'est là une idée assez bizarre, et une invention assez médiocre de La Fontaine.

V. 21. On voit bien où je veux venir.

On le voit à travers un nuage; cela est si vrai, que La Fontaine est obligé d'expliquer son idée toute entière, et de dire enfin:

Et quant au canal, c'est celui
Que chacun sait, le livre des Maximes.

Cela rappelle un peu le peintre qui mettait au bas de ses figures, d'un coq, par exemple, ceci est un coq.

FABLE XII.

La plupart des fables et des contes ont fait le tour du globe. La Fontaine met en Europe la scène où il suppose que fut fait le récit de cette aventure, récit que les Orientaux mettent dans la bouche du fameux Gengiskan, à l'occasion du Grand Mogol, prince qui dépendait en quelque sorte de ses grands vassaux. Au surplus, ce récit ne peut pas s'appeler une fable; c'est une petite histoire allégorique qui conduit à une vérité morale. Toute fable suppose une action.

FABLE XIII.

V. 10. Au lieu de deux, etc. Voilà deux traits de naturel qu'on ne trouve guère que dans La Fontaine, et qui charment par leur simplicité.

V. 12. De nul d'eux. Transposition que de nos jours on trouverait un peu forcée, mais qui se pardonnait alors dans le style familier.

V. 13. Un quart, un quatrième.

Un quart voleur survient, etc. Voilà les conquérans appelés voleurs, c'est-à dire par leur nom. Nous sommes bien loin de l'Epître dédicatoire, et de ce roi qui comptera ses jours par ses conquêtes.

FABLE XIV.

Encore de la mauvaise morale: on peut trop louer sa maîtresse, et tout éloge qui n'a pas l'air d'échapper à un sentiment vrai, ou d'être une galanterie aimable d'un esprit facile, déplaît souvent même à celle qui en est l'objet. On peut trop louer son roi, 1o quand on le loue et qu'il est blâmable; 2o quand on le loue démesurément pour une bagatelle, etc.

V. 4. Ce sont maximes toujours bonnes.

Au contraire presque toujours mauvaises.

Castor et Pollux ne font pas un beau rôle dans cette fable. Quel mal avaient fait ces pauvres conviés et ces échansons? Cela dut faire grand plaisir à ce Simonide, qui était fort avare.

Un jour un athlète qui avait remporté le prix aux courses de mules lui offrit une somme d'argent pour chanter sa victoire. Simonide, mécontent de la somme, répondit: Moi, faire des vers pour des animaux qui sont des demi-baudets! Le vainqueur tripla la somme offerte. Alors Simonide fit une pièce très-pompeuse qui commence par des vers dont voici le sens: «Nobles filles des coursiers qui devancent les aquilons.»

Le même Simonide fut avec Anacréon à la cour d'Hipparque, fils de Pisistrate. Le dernier ne voulut que des honneurs, il fallut des présens au premier.

V. 64. Melpomène. Tout cela signifie qu'un poète peut tirer quelqu'avantage de ses travaux.

FABLE XVII.

V. 4 et 5. Il avait du comptant,
Et partant.

Ce vers de six syllabes, suivi d'un autre de trois, si l'on peut appeler ce dernier un vers, ne me semble qu'une négligence et non une beauté. Quand cette hardiesse sera une beauté, je ne manquerai pas de l'observer.

A proprement parler, cette pièce n'est pas exactement une fable, c'est un récit allégorique; mais il est si joli et rend si sensible la vérité morale dont il s'agit, qu'il ne faut pas se rendre difficile.

FABLE XVIII.

V. 4 Besogne, (autrefois besongne) n'est pas le mot propre; mais, à cela près, la fable est charmante d'un bout à l'autre. Elle me rappelle le trait d'un riche particulier qui avait fait dîner ensemble un antiquaire, qui hors de là ne savait rien, et un physicien célèbre dénué de toute espèce d'érudition. Ces deux messieurs ne surent que se dire. Sur quoi on observa que le maître de la maison leur avait fait faire le repas du renard et de la cigogne.

FABLE XIX.

Dans ce récit, La Fontaine pouvait se dispenser d'annoncer son dessein. Cela diminue la curiosité, d'autant plus qu'il y revient à la fin de la fable, et même d'une manière trop longue et peu piquante.

FABLE XX.

Ces deux petits faits mis ainsi à côté l'un de l'autre, racontés dans le même nombre de vers et dans la même mesure, font un effet très-piquant. Les six derniers vers ne sont que l'explication des six premiers, mais le commentaire plaît autant que le texte.

V. 3. Le beau premier, le fin premier, mots reçus dans l'ancien style pour dire simplement le premier. On le disait encore de nos jours dans le style familier.

FABLE XXI.

V. 7. Les témoins déposaient. Cette formule de nos tribunaux est plaisante: elle nous transporte au milieu de la société. C'est le charme et le secret de La Fontaine; il nous montre ainsi qu'en parlant des animaux, il ne nous perd pas de vue un seul instant.

V. 31. Plût-à-Dieu, etc. Tous les procès ne sont pas de nature à être jugés ainsi; et quant a la méthode des Turcs, Dieu nous en préserve. La voici: Le juge, appelé Cadi, prend une connaissance succincte de l'affaire, fait donner la bastonnade à celui qui lui paraît avoir tort, et ce tort se réduit souvent à n'avoir pas donné de l'argent au juge comme a fait son adversaire: puis il renvoie les deux parties.

FABLE XXII.

Je ne connais rien de plus parfait que cet Apologue. Il faudrait insister sur chaque mot, pour en faire sentir les beautés. L'auteur entre en matière sans prologue, sans morale. Chaque mot que dit le chêne fait sentir au roseau sa faiblesse.

V. 5. Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau, etc.

Et puis tout d'un coup l'amour-propre lui fait prendre le style le plus pompeux et le plus poétique.

V. 8. Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content, etc.

Puis vient le tour de la pitié qui protège, et d'un orgueil mêlé de bonté.

V. 12. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage.

Enfin il finit par s'arrêter sur l'idée la plus affligeante pour le roseau, et la plus flatteuse pour lui-même.

V. 18. La nature envers vous m'a semblé bien injuste.

Le roseau, dans sa réponse, rend d'abord justice à la bonté du cœur que le chêne a montrée. En effet, il n'a pas été trop impertinent, et il a rendu aimable le sentiment de sa supériorité. Enfin le roseau refuse sa protection, sans orgueil, seulement parce qu'il n'en a pas besoin.

V. 22. Je plie et ne romps pas.

Arrive le dénouement; La Fontaine décrit l'orage avec la pompe de style que le chêne a employée en parlant de lui-même.

V. 27. Le plus terrible des enfans
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
V. 30. Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

Remarquez que La Fontaine ne s'amuse pas plus à moraliser à la fin de sa fable qu'au commencement. La morale est toute entière dans le récit du fait. Cet Apologue est non-seulement le meilleur de ce premier livre, mais il n'y en a peut-être pas de plus achevé dans La Fontaine. Si l'on considère qu'il n'y a pas un mot de trop, pas un terme impropre, pas une négligence; que dans l'espace de trente vers, La Fontaine, en ne faisant que se livrer au courant de sa narration, à pris tous les tons, celui de la poésie la plus gracieuse, la plus élevée: on ne craindra pas d'affirmer qu'à l'époque où cette fable parut, il n'y avait rien de ce ton là dans notre langue. Quelques autres fables, comme celle des animaux malades de la peste, présentent peut-être des leçons plus importantes, offrent des vérités qui ont plus d'étendue, mais il n'y en a pas d'une exécution plus facile.

LIVRE DEUXIÈME.

FABLE IV.

V. 10. Il ne régnera plus, etc. Voici encore un exemple de l'artifice et du naturel avec lequel La Fontaine passe du ton le plus simple à celui de la haute poésie. Avec quelle grâce il revient au style familier, dans les vers suivans:

V. 13. ... Il faudra qu'on pâtisse
Du combat qu'a causé madame la génisse.

Madame: mot qui donne de l'importance à la génisse. Ce vers rappelle celui de Virgile (Géorg. liv. 3): Pascitur in magnâ silvâ formosa juvenca.

FABLE V.

Cette fable est très-jolie: on ne peut en blâmer que la morale.

V. 33. Le sage dit, selon les gens,
Vive le roi! vive la ligue!

Ce n'est point le sage qui dit cela: c'est le fourbe, et même le fourbe impudent. Quel parti devait donc prendre La Fontaine? Celui de ne pas donner de morale du tout.

Solon décerna des peines contre les citoyens qui, dans un temps de troubles, ne se déclareraient pas ouvertement pour un des partis: son objet était de tirer l'homme de bien d'une inaction funeste, de le jeter au milieu des factieux, et de sauver la république par l'ascendant de la vertu.

Il paraît bien dur de blâmer la chauve-souris de s'être tirée d'affaire par un trait d'esprit et d'habileté, qui même ne fait point de mal à son ennemie la belette; mais La Fontaine a tort d'en tirer la conclusion qu'il en tire.

Il y a des questions sur lesquelles la morale reste muette et ne peut rien décider. C'est ce que l'Aréopage donna bien à entendre dans une cause délicate et embarrassante dont le jugement lui fut renvoyé. Le tribunal ordonna, sans rien prononcer, que les deux parties eussent à comparaître de nouveau dans cent ans.

FABLE VI.

V. 1. Flèche empennée. Le mot empennée n'est point resté dans la langue; c'est que nous avons celui d'emplumée, que l'auteur aurait aussi bien fait d'employer.

V. 9. Des enfans de Japet, etc. La Fontaine se contente d'indiquer d'un seul mot le point d'où sont partis tous les maux de l'humanité.

FABLE VII.

Cette fable, très-remarquable par la leçon qu'elle donne, ne l'est, dans son exécution, que par son élégante simplicité.

La morale de cet Apologue est si évidente, que le goût ordonnait peut-être de ne pas y joindre d'affabulation; c'est le nom qu'on donne à l'explication que l'auteur fait de sa fable

FABLE VIII.

Cette fable est une des plus heureuses et des mieux tournées.

V. 19. Ses œufs, ses tendres œufs, etc. Il semble que l'âme de La Fontaine n'attend que les occasions de s'ouvrir à tout ce qui peut être intéressant. Ce vers est d'une sensibilité si douce, qu'il fait plaindre l'aigle, malgré le rôle odieux qu'il joue dans cette fable.

FABLE IX.

V. 36. J'en vois deux, etc. Tant pis; une bonne fable ne doit offrir qu'une seule moralité, et la mettre dans toute son évidence. Au reste, ce qui peut justifier La Fontaine, c'est que ces deux vérités sont si près l'une de l'autre, que l'esprit les réduit aisément à une moralité seule et unique.

FABLE X.

V. 1. Un ânier, son sceptre à la main,
Menait en empereur romain
Deux coursiers à longues oreilles.

Il y a bien de l'esprit et du goût à savoir tout anoblir sans donner aux petites choses une importance ridicule. C'est ce que fait La Fontaine en mêlant la plaisanterie à ses périphrases les plus poétiques ou à ses descriptions les plus pompeuses.

V. 21. Camarade épongier.

Épongier. Mot créé par La Fontaine, mais employé si heureusement, qu'on croirait qu'il existait avant lui.

FABLES XI ET XII.

Ces deux fables ne comportent aucune espèce de notes, n'étant remarquables ni par de grandes beautés, ni par aucun défaut. C'est la simplicité et la pureté de Phèdre, avec un peu plus d'élégance.

FABLE XIII.

Encore une fable qui n'est point fable. Un trait que La Fontaine raconte en quatre vers, lui donne lieu de causer avec son lecteur, mais pour le jeter dans des questions métaphysiques auxquelles il n'entendait pas grand'chose. De là il fait une sortie contre l'astrologie judiciaire, qui, de son temps, n'était pas encore tombée tout-à-fait.

V. 21. Aurait-il imprimé? etc.

Voilà deux vers qui ne dépareraient pas le poème écrit du style le plus haut et le plus soutenu.

V. 40. Emmenez avec vous les souffleurs tout d'un temps.

Les souffleurs, c'est-à dire les alchymistes, dont la science est à la chymie ce que l'astrologie judiciaire est à l'astronomie.

FABLE XIV.

V. 2. Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe?

Ce vers est devenu proverbe à cause de son extrême naturel, sans qu'on puisse voir d'ailleurs ce qui a fait sa fortune.

V. 29. Et d'où me vient cette vaillance?

Il se croit déjà brave, et son amour-propre devient son consolateur. Voilà ce me semble la pensée dont il fallait achever le développement; et c'est ce que l'auteur ne fait pas. Au contraire, le lièvre qui vient de parler de sa vaillance, parle de sa poltronnerie dans les deux derniers vers. On pourrait, pour sauver cette faute et cette contradiction, supposer que le lièvre finit de parler après ce vers:

Je suis donc un foudre de guerre!

et que c'est La Fontaine qui dit en son propre nom les deux vers suivans; mais cette conjecture n'est pas assez fondée.

FABLE XV.

Il fallait ce me semble que le renard commençât par dire au coq: «Eh! mon ami, pourquoi n'étais-tu pas aux fêtes qu'on a données pour la paix qui vient de se conclure?» Dans ces vers, nous ne sommes plus en querelle, le renard n'a l'air que de proposer la paix.

V. 17. Que celle
De cette paix.

Ces deux petits vers inégaux ne sont qu'une pure négligence, et ne font nullement beauté.

V. 19. Et ce m'est une double joie
De la tenir de toi, etc.....

Les ressemblances de son déplaisent à l'oreille.

V. 32. Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.

V. 29. Malcontent, etc. On dirait aujourd'hui mécontent.

Le coq ne trompe pas le renard, il le joue, il se moque de lui.

FABLE XVI.

V. 8. .... Pour la bouche des dieux.

Cette exposition montre la finesse d'esprit de La Fontaine. Les dieux étaient supposés respirer l'odeur des sacrifices, mais non pas manger les victimes. La Fontaine, par ce mot de la bouche des dieux, indique leurs représentans, qui avaient soin de choisir les victimes les plus belles et les plus grasses.

Les quatre derniers vers sont charmans; le second et le quatrième sont devenus proverbes. Ce rapport de sons répété deux fois entre la rime de eure et celle de eurs, les gâte un peu à la lecture.

FABLE XIX.

Cette fantaisie de chasser doit être trop fréquente chez le lion pour qu'il y ait de la justesse à employer cette expression, se mit en tête; ce mot semble indiquer une fantaisie nouvelle ou du moins assez rare.

Sanglier était autrefois de deux syllabes, ce qui était assez dur à l'oreille.

V. 12. Leur troupe n'était pas encore accoutumée, etc.

Il fallait donc que ce fut au commencement du monde. Cette circonstance paraît bizarre... dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse. Il fallait ce me semble que l'âne se rendît tout-à-fait insupportable au lion par ses fanfaronnades; cela eût rendu la moralité de la fable plus sensible et plus évidente.

FABLE XX.

Ce n'est point là une fable; c'est une anecdote dont il est assez difficile de tirer une moralité.

V. 5 Une histoire des plus gentilles.

Quoique ce soit d'Ésope que La Fontaine parle ici et non pas de lui-même, peut-être eût-il été mieux de ne pas promettre que l'histoire serait gentille: on le verra bien.

V. 22. .... Chacune sœur. C'est le style de la pratique; et ce mot de chacune, au lieu de chaque, fait très-bien en cet endroit.

LIVRE TROISIÈME.

FABLE I.

V. 4. Les derniers venus, etc., n'y ont presque rien trouvé.

V. 16. Et que rien ne doit fuir, etc. Locution empruntée de la langue latine.

V. 22. La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.

Vers charmant.

V. 23. ......... où buter. Ce mot de buter est sec et peu agréable à l'oreille.

V. 74. .... Car, quand il va voir Jeanne. La Fontaine, après nous avoir parlé de quolibets coup sur coup renvoyés, pouvait nous faire grâce de celui-là.

V. 81. Quant à vous, suivez Mars, etc. Ce n'est point La Fontaine qui parle à son lecteur, c'est Malherbe qui continue et qui s'adresse à Racan. Celui-ci ne prit ni femme, ni abbaye, ni emploi; il se livra, à son talent pour la poésie, qui lui fit une grande réputation.

FABLE II.

La Fontaine a pris ici le ton le plus simple, et ne paraît pas chercher le moindre embellissement. Il a craint sans doute qu'on ne le soupçonnât d'avoir voulu lutter contre Horace, qui, dans une de ses Épîtres, a mis en vers cet Apologue d'une manière beaucoup plus piquante et plus agréable.

V. 7. Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire...

Voilà un trait de satyre qui porte sur le fond de nos mœurs, mais d'une manière bien adoucie. C'est le ton et la coutume de La Fontaine de placer la morale dans le tissu de la narration, par l'art dont il fait son récit.

V. 25. .... Et la chose est égale. Pas si égale. Mais La Fontaine n'y regarde pas de si près. On verra ailleurs qu'il ne traite pas aussi bien l'autorité royale, et que même il se permet un trait de satyre qui passe le but.

FABLE III.

V. 5. Hoqueton. Ce mot se dit et d'une sorte de casaque que portent les archers, et des archers qui la portent.

V. 10. C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.

Comme ce vers peint merveilleusement les fripons et les attentions superflues qu'ils prennent pour le succès de leurs fourberies; attentions qui bien souvent les font échouer!

V. 16. ... Comme aussi sa musette. Ce dernier hémistiche est d'une grâce charmante. Ce qu'il y a de hardi dans l'expression, d'une musette qui dort, devient simple et naturel, préparé par le sommeil du berger et du chien.

V. 22. Mais cela gâta son affaire.

C'est ce qui arrive. On reconnaît l'imposteur à la caricature: les fripons déliés l'évitent soigneusement: et voilà ce qui rend le monde si dangereux et si difficile à connaître.

V. 32. Quiconque est loup, etc.... Il fallait finir la fable au vers précédent, toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre. La Fontaine alors avait l'air de vouloir décourager les fripons, ce qui était travailler pour les honnêtes gens.

FABLE IV.

V. 14. Or c'était un soliveau... Il faut convenir que la conduite de Jupiter, dans cet Apologue, n'est point du tout raisonnable. Il est très-simple de désirer un autre roi qu'un soliveau, et très-naturel que les grenouilles ne veuillent pas d'une grue qui les croque.

FABLE V.

V. 22. Et vous lui fait un beau sermon.

La Fontaine se plaît toujours à développer le caractère du renard, et il le fait sans cesse d'une manière gaie et comique. Les autres fabulistes sont secs auprès de lui.

FABLE VI.

V. 5. Fourbe, moins commun que fourberie.

V. 8. Possible, guères.. Mot que Vaugelas, Ménage et Thomas Corneille ont condamné. L'usage a, depuis La Fontaine, confirmé leur arrêt.

V. 19. Gésine... Mot vieilli, qui ne s'emploie guère que dans les tribunaux.

V. 25. Obligez-moi de n'en rien dire.

C'est la première précaution du fourbe. La Fontaine ne manque pas ces nuances, qui marquent les caractères et les passions.

V. 29. Sottes de ne pas voir, etc... La Fontaine a bien fait de prévenir ses lecteurs sur cette invraisemblance avant qu'ils s'en apperçussent eux-mêmes. Mais elle n'en est pas moins une tache dans cette fable. Il n'est pas naturel que la faim ne force pas tous ces animaux à sortir.

FABLE VII.

V. 1. ... Où toujours il revient. , pour auquel. Selon d'Olivet, auquel ne peut se supporter en vers: pour auquel ne peut se dire. Voilà les poètes bien embarrassés. Racine n'a point reconnu cette règle de d'Olivet.

FABLE VIII.

Cette goutte que l'auteur personnifie pour la mettre en scène avec l'araignée, est une idée assez bizarre et peu digne de La Fontaine.

V. 11. ... Aragne, vieux mot conservé pour le besoin de la rime ou du vers.

FABLE IX.

V. 16. ... Vous êtes une ingrate. Mot qui exprime à merveille un des grands caractères de l'ingratitude, qui compte pour un bienfait le mal qu'elle ne fait pas.

FABLE X.

V. 1. On exposait en peinture. Une femme d'esprit, lasse de voir dans nos livres des peintures satyriques de son sexe, appliqua aux hommes qui font les livres, la remarque du lion de cette fable. Elle avait raison; mais les femmes ont mieux fait depuis: c'est de prendre leur revanche, de faire des livres, et de peindre les hommes à leur tour.

FABLE XI.

V. 1. ... Gascon, d'autres disent Normand. Cette incertitude, ce doute où La Fontaine s'enveloppe avec l'apparence naïve de la bonne foi historique, est bien plaisante et d'un goût exquis.

On a critiqué, et bons pour des goujats, et l'on a eu raison; les goujats n'ont que faire là.

FABLE XII.

V. 8. Tantôt on les eût vus côte à côte nager.

Ce vers et les deux suivans sont d'une vérité pittoresque qui met la chose sous les yeux.

FABLE XIII.

V. 13. ... Louvats. Mot de style burlesque, qui s'emploie, comme on le sait, pour louveteau.